HISTOIRE

generale

DES

DROGUES

'7 ao lui, dal cjuœsUxi dut, pcuicLsqus r&p&. H'ota^acit, miuidus citiÆ rruige rara capi liorû , £cctor , siunmoj perpa^e Lob or es ^ utriptibus et quanUs pfrarule peregit opiis

«is 61

HISTOIRE

GENERALE

DES

DROGUES

r R A I T A NT

DES PLANTES. DES ANIMAUX. & des Minéraux ; Ouvrage enrichy de plus de «quatre cent Figures en Taille-douce tirées d après Nature *, avec un difcours qui explique leurs differens Noms . les Pays d'où elles viennent i la maniéré de connoître les Véritables d’avec les Falfifiées i & leurs proprietez . l'on découvre l’erreur des Anciens & des Modernes ; Le tout très utile au Public.

Par le Sieur PIERRE POMET, Marchand Epicier ^ Droguifie.

PARIS-

Chez jEAN-BAPTisTE-LoYsoitj&ÀuGusTiN PiLLON, fur IcPont au Change, à la Prudence.

ET AU PALAIS.

Chez ESTIENNE DUC ASTIN, dans la Gallerie des Prifonniers, au boh Pilleur.

Avec Apfrokations Ptivile^e du Roy. M. DC. XCIV.

A PARIS

Chez l’Auteur , rue des Lombards, à la Barbe d'or.

M D C X C

%AVEC APPROBATIONS ET PPUVILEGE DV ROI

MARCHAND SINCERE

OU TRAITE GENERAL

DES DROGUES

SIMPLES ET COMPOSEES.

RENFER MANT DANS LES TROIS CLASSES DES VEGETAUX^

des Animaux , & des Minéraux 5 tout te qui eft l’objet de la Pbyfique , de la Chimie , la Pharmacie , & des Arts les plus utiles à la focieté des Hommes : Ouvrage enrichi de plus de quatre cens Figures en Taille-douce , tirées d’après nature j avec un Dilcours qui explique leurs diiferens Noms , les Pays d’où elles viennent, la manière de connoître les véritables d’avec les falhficcs , & leurs proprictez , l’on découvre l’erreur des Ancien^ & des Modernes, le tout tres-utile au publié.

IL EST A remarier ^E TOVTES LES D RO GV ES T>ONT

il eft parlé dans ce nouveau Tiaité , ont été démontre^ publiquement tannée derntere aie Jardin T{pjal d Paris j par M. Po M E T , Marchand Drogutfte , par ordre de {Monfieuf Fagon , ConfetUer d*Etat Cÿ premier Médecin de Sa Majefté»

A MONSIEUR

MONSIEUR FAGON.

CONSEILLER DU ROY EN SES CONSEILS .

E T

PREMIER MEDECIN DE S AMAJESTE'

ONSIEVR,

£lmi quil foit certain que la connoijfance & le choix des Drogues foient une des parties de la Medecine la plus utile & la plus importante y on peut cependant dire ^ que cejl celle qui a etè peut-être la plus négligée jufquici. On ne fçauroit comprendre combien le public fouffre du débit qui fe fait dans le monde de je ne fçai combien de Drogues fophijliquèes ^ qui ne fçauroient nul¬ lement produire î effet que Ion en attend y foit pour le retabliffe- ment y foit pour la confervation de la famé. On fera peut-être encore bien plus furpris d apprendre que ce mal fi terrible ejl la chofe du monde la plus ordinaire y & que rien nefi plus commun dans les Boutiques des Droguijles & des Apoticaires que ces

a ij

E P I s T R E.

ï)rogues falfifiees y qui ne mentent point du tout les noms pom¬ peux dont on en rehaujfe le prix. J ai eu deffein Mons ieur^ développer dans cet Ouvrage cette mauvaife foy qui fait un grand préjudice d la famé des hommes. Et comme on ne revele point ces myfleres de tenehres y fans s attirer la malignité de ceux qui profitent fi indignement de la crédulité des hommes y j'ai he- foin dun EroteEteur qui ait des lumières & du crédit y Je ne pouvois mieux le trouver M o n s i e u r ^ en votre Ferfonney puifque chacun fçait que vous êtes univerfeUementyfçavant dans tout ce que la nature enferme de pim curieux & de plus utile dans les trois familles des Végétaux y des Animaux y & des Miné¬ raux y dont je parle avec affefjj étendue dans ce Livre. D'ailleurs y Monsieur^ vous vous êtes fait parmi les f gavant s une réputa¬ tion fi belle que perfonne n hefîte à fe rendre à vos décifions. Ainfî après t oblige ante Approbation dont vom honnoreXjnon Ouvra¬ ge yj'ofe me promettre que quelque hardie que foit l envie y il aura peu de contradiEleurs , Le Roy qui dans le choix qüil fait des per- fonnes quil defiine à l honneur de lui rendre fervicey nagit jamais que par un difcernement toùjourg merveilleux , ne vom a pai eu plutôt fait fon Premier medecinyque toute la France a retenti des acclamations que les perfonne s de Lettres & de mérité ont donné à cette difiinflion dont vom veneljd être honnoré, Mîais enfin yen vous pre fient ant cet Ouvrage ^je ne fais que vom rendre une par¬ tie de ce que vom m'aver^ donné y Car enfin ce que je dis fur les Plantes & fur beaucoup d autre s matières y nejl que ce que fai eu î honneur d apprendre dans les Leçons publiques que vom avelf fait autrefois dans le Jardin Royal. Je vous fupplie sieu r^

d'agréer ce témoignage public de ma reconnoiffance & dhonnorer de votre proteElion celui qui ejl avec un tresprofond refpefl y

moltsievr.

Vôtre très - humble & très - ob^ïflàor Serviteur P. P omet.

P R E F A CE.

A Providence divine mayaiu appelle à une profelTion ^ui m’engage à avoir une particulière connoiiïancc des Drogues qui fervent à lufage de la Medecine , je m’y fuis appliqué avec tout le foin la bonne foy que l’on doit attendre d’un homme d’honneur. Il faut avouer que je his d’abord tou¬ che du peu de finccrité qui règne dans un commerce qui eft non fulcmcnt le plus grand du Royaume , mais encore le plus utile le plus important à la vie des hommes. Les abus que j’y remaqué d’abord , êc qui inc firent d’autant plus d’horreur qu’ils alloi'Ut à priver les hommes des juftes fccours qu’ils doivent atten¬ dre la Médecine foit pour la- confervation , foit pour le rc- tablÆment de leur faute , me firent prendre delfein d’employer tout temps à déveloper ce que la cupidité criminelle a in- trodiit de fophiftiqueries dans une profeflTion la bonne foy efi: fan.^ doute plus precieufe que dans aucune autre *, voilà ce qui a do.iné la nailfance à l’Ouvrage que je rends public. J’ofe dire ^uc fl le delfein que je me fuis formé étoit bien exécuté , il y en iuroit peu dont le public pût recevoir plus d’utilité. Rien n’eft plus capable de décrier la Medecine , & d’attirer à ceux qui la profelfent , des reproches fanglans , que les abus qui fe commet¬ tent chaque jour dans le débit des Drogues. Cela va meme au delà de tout ce que l’on peut s’imaginer. On remarquera dans la fuite de cet Ouvrage , que ce feroit icy un lieu bien propre à décla¬ mer contre un fi mauvais ufagc,qui eft capable défaire tant de pré¬ judice à lafanté des particuliers ,&tant de ravage dans la focieté hu¬ maine : mais comme j’ayplus en vûc de corriger les abus, que de dé¬ crier les profcfsions , je me fuis borné fouvent à donner les moyens de difeerner les bonnes Drogues d’avec celles qui font falfifiécs , ou meme fuppofees en tout , qui ne font rien moins que ce que l’on les appelle. Ainfi s’il m’etoit arrivé quelquefois que mon zélé eût employé quelque exprefsion , peut-être trop dure ( s’il y en peut avoir dans une matière il ne s’agit rien moins que de la vie des

PREFACE.

hommes , ) on me pardonnera bien ces petits mouvemenspi ne ten¬ dent apres tout qu’à faire fentir mieux des defordres outre quoy tout le monde a intereft de fe foulever.

Mon Ouvrage n’efl: donc pas feulement utile à ceux qui profef- fent la Médecine, ô^qui ont autant de droit que perfonne, que l’on n’employe dans la compolîtion des remèdes qu’ils ordonnent , que des drogues finçeres 6l de bon aloy j mais encore auxEtudiaas en Phar¬ macie, aux Droguiftes, ScauxApoticaires, qui pourront dorénavant par les lumières qui font répandues dans cet Ouvrage, faire ledifcernc- ment du vray d’avec le faux dans l’ufage, ou dans le commerce des Dro¬ gues. Mais quelle profefsion peut fe palTcr d’un travail qui regarde ce qui doit être employé pour conferver ou pour rétablir la hnté de tous les hommes. Combien de gens qui compofent chez eu; leur^ Remedes , ont intereft de connoître fi ce qu’ils achètent cft td qu’il le doit eflre pour parvenir aux fins qu’ils fe propolcnt. Je neparle point icy de je ne fçay combien d’Arts &dc métiers, comme foit les Orfèvres, les Chirurgiens , les Peintres, les Teinturiers, les Maré¬ chaux , & généralement tons ceux qui fe fervent de Drogues ^auf- quels il cft important de n’cftre pas trompez.

J’ay donc eu raifon de dire que fi mon deffein étoit aufi bien éxccLué , que l’importance de la matière le demande , je coirois avoir rendu au public un fervice qui ne feroit pas medioec en publiant cet Ouvrage : mais quelque foin que j’ayc apporté, ÔC quelque dépenfe que j’aye faite pour acquérir la connoifl^nct exade des Drogues , il cft certain qu* il s’en faut beaucoup que je ne fois arrivé , j’aurois fouhaitté de parvenir : car quo/ :jue j’aye employé prés de vingt ans à me compofer un Droguier qii cft peuc-eftre le plus complet le plus curieux qui foit en Eurepe , & que j’aye entretenu commerce de lettres dans les Indes d’Orent d’Occident pour avoir des relations fidèles des Drogues qui m font pas alfez connues en Europe , il faudroit avoir le fccours d’ui. grand Prince afin de fournir à toutes les dépenfes qu’il convient de faire pour ces fortes de recherches. Il y a meme dequoy s’étonner, qu’un particulier fe foit engagé à une dépenfe excelsive qu’il a falu faire tant pour la découverte des foftilcs , des plantes & des ani¬ maux , ôc pour en faire graver les Figures , dont la plupart ont été faites d’après nature , que pour l’imprefsion de cet Ouvrage 5 aufsi faut -il que je dilc que quelque ardeur que j’euffe pour donner mes vues fur le choix des Drogues , je ne me ferois pas déterminé à rendre fi-tôt cet Ouvrage public , fi je n’avois pas été pouf¬ par unç çonjonéfurc qui m’a mis dans une fituation , il n’y avoir pas moyen de reculer. La plûpart de mes papiers ôc originaux m’ayant été volez de plus ayant appris que l’on prenoit des mefu- rcs pour les imprimer , 6C au refte n’ayant pu obtenir jufticc au Châtelet l’affaire a clé craittéc de bagatelle , j’ay etc obligé de

P RE FA C E.

précipiter la publication de cet Ouvrage , pour empêcher qu’un particulier { de l’humeur de la Corneille de la Fable , qui fe paroic des plumes étrangères ) ne profitât de mes veilles ^ ne donnât au public un travail encore imparfait.

]’efpcre que ceux qui liront cet Ouvrage , remarqueront que l’on n’a jamais vu un Traité de Drogues fi complet , & que j’y ay ramaffé non' feulement ce qui fe trouve répandu dans un grand nombre d’Autcurs que fon ne trouveroit pas facile¬ ment , mais encore quantité de matières, dont on ne voit rien, ou du moins tres-peu de chofe dans les Auteurs qui nous ont précédé. On y trouvera encore quantité de nouvelles découvertes que je dois à la generofité de mes amis , & dontle public n’au- roit pas eu fi-tôt connoifTancc. Je n’ay point oublié de leur rendre la jullice qui leur efl: duc , & de citer dans les occafîons les noms des Sçavans qui m’ont communiqué leurs lumières, comme il fe ver¬ ra en beaucoup d’endroits. Et je déclaré même que comme j’ay pro¬ fité avec plaifir du fecours de quelques perfonnes d’érudition , qui m’ont fait part de leurs études fur les matières que j’ay traitées , je profiteray pareillement des avis de toutes les perfonnes bien inten¬ tionnées , lors qu’on aura remarqué quelques endroits dans mon Li¬ vre, qui auront befoin d’eftre retouchez ou augmentez , ôC qu’oil me fera la grâce de m’en avertir.

Quant à Tordre de ce Livre j’ay fuivi ccluy que les Phyfîciens nous ont marqué il y a long-temps, en renfermant dans les trois Claffes des végétaux , des animaux , & des minéraux , tout cc qui efl Tobjet de la Phyfiquc , de la Pharmacie , & des Arts les plus utiles à la focietc des hommes.

Comme je me fuis plus attaché à l’utile qu’à l’agrcable , que j'ay eu en vûê particulièrement de former dans le choix des Drogues quantité de perfonnes comme font les Droguifles, les Epiciers &les Apoticaires , tous ceux qui en employent , je nVy pas fait difficulté de préférer les noms des Drogues qui font en ufage dans les boutiques à ceux qui font peut-être connus d’un petit nombre de Sçavans j ainfi je n’ay point, hefîté dans cet Ouvrage de parler comme ils par¬ lent eux-mêmes fans tour & fans façon , parce que c’efl d’eux dont j’ay eu particulièrement deffein de me faire entendre : car pour ce qui eft des Sçavans , la politcfTe qu’ils acquièrent par l’étude des bel¬ les Lettres me fait cfperer qu’ils ne m’examineront pas à la rigueur fur les mots , ôc qu’ils fe contenteront des bonnes chofes qui font icy ramaffées.

J’ay été obligé, pour ne pas grofsir trop cet Ouvrage , pour n’en augmenter pas le prix , de renfermer dans une feule Planche pluficurs Figures differentes j mais cependant j’ay gardé un ordre que pluficurs perfonnes verront peuD-cflrc avec plaifîr ; c’efl que dans une feule Planche je renferme les efpcces qui ont un nom commun.

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^APPROBATION DE TM. PAGON CONSEILLER DV ROT en fis Confieils , premier Médecin de Sa, Ma,jefié.

IL eft fi important pour le bien public qu’on découvre allurément la nature & l’origine des choies in¬ connues , qui font partie de la matière medecinale , & que l’on foie fidclèment inftiuit des fraudes quiic commettent ordinairement dans le commerce des Drogues , qu’on ne fçauroit alFcz louer le de ifein de ceux qui entreprennent cette recherche avec application. C’eft ce que l’Auteur de ce Livre a fait depuis pluficurs années avec tant de foins , de dépenfes , d'intelligence & de probité , qu’il mérirc que ce fruit de Ibn tra¬ vail iôit reçu avec une approbation generale. Il n eft pas poiîible que le vafte/ujet dont il traitte ibit égale¬ ment éclaircy par tout , & qu’il ne s’y ibit rencontré des difiicultez infurmontables aux cftbrts d’un particu¬ lier. Mais il faut auffi convenir qu’il y a un très-grand nombre d’articles jufqu’a prefent incertains , fort curieuièment décidez dans cet Ouvrage , & que les moyens qu’on y trouve de découvrir les Drogues fal- fifiées le doivent faire regarder comme le plus utile qui ait paru iûr fa matière , & l’Auteur comme un trés- honnête homme , dont le defintereftement & la bonne foy n’avoicnr point encore eu d’çxcmplc. C’eft ce qui Nous oblige à luy donner nôtre approbation avec un entier applaudiilèment. Fait à Verfailles ce 14. No¬ vembre mil fix cens quatre-vingts-treize.

FAÇON.

Approbation de SM. de Ca 'én DoSieur en Médecine de la faculté de Paris.

IL n’y a rien de plus naturel à l’homme que le defir de fçavoir , & la connoiftlincc des choies naturelles eft la plus louable. Nous avons dans cet Ouvrage dequoy nous iâtisfaire , en apprenant à connoître ce que la terre nous produit pour la vie & l'utilité de l'homme , tant par les choies qui viennent des Pais étrangers , que par celles qui nailfcnt chez nous. Les Marchands qui font profeilion de vendre les Drogues & Eipice- rics qu’ils ont reçû d' ailleurs & de mains en mains , ic contentent de les connoître par la cherté & le prix fans qu’ils leur donnent leur valeur & leur mérite. Mais on peut dire que le public doit avoir obligation au fleur Fomet , .qui ne s’étant pas contenté de içavoir ce que fes autres Confrères fçavcnt ordinairement , a employé tous fts foins , & fait une dépenic extraordinaire dans ce ramas Sc ce Recueil , pour nous donner tout ce qui a venir à la connoiflliiicc , ïbit par luy , Ibit par lès amis > en nous marquant les diffèrens lieux d’où font tirées Icfdites Dr^ues, leur choix & leurs bontez , ce qui n’eft pas d’un petit avantage pour tous ceux qui exercent profeluon , mais pour tous ceux qui ont quelque amour pour les chofes naturel¬ les ; c’eft le témoignage que je dois rendre au mérite de fon Ouvrage. Fait à Paris ce quinziéme Novembre mil fix cens quatre-vingts-treize.

DE CAEN D. M. P.

oApprcbcition de Monfieur Morin DoSleur en Medecine de la paatlté de Paris , Médecin de feu fin Altejfe Mademoifielle de Guifi.

T E foufiîgné Doéteur Regent en Médecine dans l’Uni verfité de Paris , certifie avoir parcouru & lu en nlu- j fieurs Chapitres un Livre qui décrit les Drogues qui lèrvcnt à l’ulàgc de la Idédecine , compofé par le neur l’omet Marchand Epicier-Droguifte à Paris , & y avoir remarqué beaucoup de chofes dont h connoif fanccn’étoit point encore venue jufq'u’à nôtre temps , en Ibrte que j’en croy l’impreffion fort utile au pu¬ blic. Fait à Paris le vingt-fixiéme jour de Novembre mil fix cens quaire-vingts-douze.

MORIN.

Approbation de M. The'var DoEieur en Mcdecim.

JE fouITigné Dodeur Regent en la Faculté de Medecine de Paris , certifie à tous qu’il appartiendra , que Livre cy-dellu.s nommé , fait par M. Pierre Pomet eft d’une tres-grande utilité pour le public. Fait ce vin'^t-fepticme jour de Novembre mil fix cens e|uatrc-vingts-douze.

^ THE VA R.

AT?]? ROB AT ION DE MON SI EV R CharM , Docteur en Medecine.

JE fouflîgnc Doftcur en Médecine , certifie avoir parcouru avec beaucoup de fatisfa(5lion un Livre intitulé. H tfioire generale des Drogues , composé avec leurs Fi¬ gures, tirées autant qu’il a été polfible au naturel, par le Sieur Pierre Pomet, Mar¬ chand Epicier & Droguifte à Paris i & que l’aianc trouvé beaucoup plus accompli que tous les Livres fur ces matières , qui ont paru jufqu’à ce jour , & très -utile non feulement à ceux de fa Profeflîon : mais à toutes les perfonnes qui défirent con- noitre à fond la matière Medicale j Je l’ai exhorté de demander incelfamment un Privilège pour l’imprimer , dans la perfuafîon je fuis que ce Livre fera bientôt reconnu fort neceflairc au public fie très - recherché. Fait à Paris le z6. Novembre 1691.

Signé, C Fi A R AS.

JP PROBATION DE ^0 N S I EVT^ ^ 0 R 1 N DOCTEVR en Medecine de U Faculté de Montpelier.

N Ou s foullîgné Efeuyer Dodeur en Medecine de la faculté de Montpelier, certifions que le Sieur Pomet Marchand Droguifte , a écrit avec la dernie- je exactitude un Livre intitulé, Hiftotre generale aes Drogues , qu’il a pris un foin très- particulier de s’informer des Marchandifes qui viennent des Pays fort éloi¬ gnez j qu’il a fait venir à très -grands frais, pour les pouvoir examiner & ne rien avancer , autant qu’il lui a été polfible qui ne lui fut bien connu & qui ne foit dans fon Droguier, que j’ai eu le plaifîr de voir très - fouvent , & comme c’eft fans contredit le Cabinet le plus accompli du Royaume , par les foins qu’il a pris & les dépenfes qu’il a faites depuis long-temps : On peut dire que ce Livre qui fait la delcription de toutes les Drogues qui y font enfermées , qui en dit les differens noms , le lieu d’où elles font apportées , la maniéré de les diftinguer & feparer les bonnes d’avec les mauvaifes , leur ufage , & la préparation de la plupart, ne peut être cjue tres-iitilc & avantageufe au public ; En foi de quoi avons figné ce prefent certificat. Fait à Paris, ce zo. Novembre 1691.

Signé, MORIN.

approbation de éMONSIEVR DE BEAV LIEV Premitr Apoticaire du Corps du Roi.

"1 ’Ai un Livre intitule H'tfioire geneule des Drogues , fait par Monfieur Pomet, 1 Marchand Epicier. On ne peut alTez lôüer fon zele pour l’utilité publique; car outre la curieulc & exafte recherche qu il a fait de toutes les Drogues pour en fai. rc la defcriptioiij ils’eft particulièrement appliqué à remarquer les choies qui con¬ cernent l’éleclion des Drogues 5 & comme ce bon choix elt la plus neceffaire par¬ tie du Pharmacien. Il faut convenir qu’outre l’obligation generale que lui a tout le monde 9 les Apoticaires lui en ont une en particulier, c’elt pour cet effet que j’ai donné à fon Livre mon Approbation. Fait à Verfailles ce Mars 16^3,

Signé , DE BEAULIEU, premier Apoticairc du Corps du Roi.

APPROBATION DE M 0 N S J EV R 3V I S S J ERE, Apoticaire de fon Aitejfe Serenijfime gonfleur le Prince.

T’Ai avec une grande fatisfadion, l' Ht flaire generale des Drogues , composé par le J Sieur Pomet , laquelle contient une defeription trcs-précifes de chaques efpeces, enrichie des véritables Figures tirées fur tous les Originaux qu’il a chez lui dans fon Droguier, qu’on peut dire être l’ouvrage le plus nombreux ,1e plus laborieux &: le plus curieux par la pureté des efpcces qui ait encore parû dans ce genre, l’aïant vu travailler depuis vingt-ans à faire venir de toutesles parties du Monde, toutes les Drogues tant vraies que faulfes , pour éclaircir tout ce que les Auteurs en ont écrit julqu’à prefent de douteux ou de faux } en forte que cet Ouvrage ne peut être que trcs-utile à tous ceux qui veulent fe rendre habile à la connoilfance des Drogues , comme la partie la plus elfentielle delà Pharmacie •, c’eft le témoignage que je fuis obligé de rendre au public de cet Ouvrage. Fait à Paris ce 13. Aouft *>3.

Signé , BUISSIER.E, Apoticaire de fon AltelTe Sereniffime Monfieur le Prince.

APPROBATION DE ^ESSIEVRS LES GARDES EN

(^harge ^ Anciens Confuls des SMarchandi/ès d' Epicerie T)roguerie.

N Ou s fouflignez Gardes en Charge & Anciens Confuls de la Marchandife d’E- picerie& Droguerie de cette ville de Paris, ccrtitîons à tous qu’il appartiendra, avoir veu & leu un Livre intitulé, Hifloire generale des Drogues ^ composé par le Sieur Pierre Pomet, Marchand Epicier & Droguiftes à Paris, dans lequel nous n’avons rien trouvé que de trcs-utile au public , & notament à tous lcs,Marchands qui exercent ledit Négoce, puifqu’il leur (ervira de guide pour les inftruire ,ou foulagcr leur mé¬ moire dans le commerce, vente &: débit des Drogues ôc Marchand! fes contenues en icelui , fuivant les marques & l’explication de leurs bonnes & mauvaifes qualitez, pour en faire le jufte dicernement, & le choix necelfaire aux difFerens emplois & ufages, foit pour la Pharmacie, la Tinture, & autres Arts & Profeïïîons: En foi de quoi, nous avons ligne le prefent certificat. Fait à Paris ce 25. Novembre

H A R L A N , Garde en Charge. N. Drouet, ancien Garde & Conful. C. LA R ü Z £, Ancien Garde & Conful. A. F R E M i N, ancien Garde.

approbation IM O N s I E V R T^OVf^IERE,

Apoticaire ordinaire dte R.oy , ^ premier Apoticaire Major des Camps , üdpitaus , Armées de Sa Majefté,

J’Ai & examiné avec beaucoup de foin le Livre intitulé, Hifloire generale des Drogues ^ compose par le Sieur Pierre Pomet, Marchand Epicier Droguifte à Pa¬ ris, & je n’y ai rien trouvé que de trcs-utile & très- avantageux pour Pufage de la Médecine 5 les jeunes Etudians en Pharmacie, pourront acquérir dans la leclurcde cet Ouvrage la connoillàncc de toutes les Drogues les plus rares qui viennent des Pays Etrangers. L’Auteur en a fait une recherche également exaéle & curieufe, & toute la polterité lui fera obligée des foins qu’il a pris & des dcpences qu’il a faites, pour faire venir des Pays les plus éloignez ce grand nombre de Plantes rares, dont il nous a donné les Figures & les Deferiptions cfans la derniere exactitude j c’eft le fentiment que j’ai de ce Livre , Sc dont j ai crû devoir rendre témoignage au public. Fait à Paris ce 27. Novembre 1 6 pz.

Signé, H. ROUVIERE,

I

HISTOIRE

GENERALE

DES DROGUES,

TRAITANT DES PLANTES,

des Animaux, des Minéraux, OU de leurs parties, &: généralement de toutes les Marchandifes Amples, ou compofées , que les Marchands Droguiftes & Elpiciers doivent ordinairement avoir & peuvent vendre dans leurs Boutiques 8c Magazins.

LIVRE PREMIER

Des Semences.

PREFACE.

£ o^m nous appelions Graine^ ou Semence , eji la partie de la Plante qui naifi après la fleur; mais comme la Jcmence en efl ordinairement la plus noble partie^ ^ que ç efl par elle quelle renaifl^ l’on ne Jçauroit trop s’étudier à la bien con- noiflre , ce qui nefl pas facile , tant à caufe de la diverjîté des efleces^ que parce qti ilj en a qui approchent beaucoup en figure (ÿ* en autres marques les unes des autres.

f’ofe bien dire qu'à moins de les pajjer fouvent par les mains , la connoijfance que l’on en peur avoir d'ailleurs efl bien, tofl perdue , ceél pourquoj je confcille à ceux qui ont befoin d’acheter des Graines ^ de s’adrejfer aux plfts habiles & honnefles Marchands qui en font coYfimerce ^ (ÿ* non pas à ceux qui les vendent ordinairement ^ & qui n'ajans ny étude ny expérience, vendent le plus fouvent ce qu’ils ne connoijfent pas ^ (y une graine pour l'autre^ donnant des vieilles pour des nouvelles , ^ des froides pour deS chaudes ^ çyc. pourveu que leur figure en approche.

Mais comme il feroit impojflble d’entrer dans le détail de toutes les Graines ou Semences, je me contenteray de celles qui font une partie de mon négoce, que je vais décrire avec le plus de (oin cjsr d’exaÛitude qu'il me fera pojflble.

Hifloire generale

CHAPITRE PREMIER. Du Semen contra Vermes.

* Caravanneeft une alTemblée d’hommes, con¬ duiras pluficnrs chevaux , cha¬ meaux, & autres animaux char¬ ges de diverfes Marchandifes , qui partent de Perfe , une ou deux fois l’an¬ née , pour dif- fetens endroits du Levant.

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E Semen Contra Vermes a pris fon nom de fa principale vertu ^

qui eftde faire mourir les vers qui s’engendrenc dans le corps humaifjj & fur tout dans celuy des petits enfans ( nous l’appelions auffi Santo- line, ou Xantoline , Semenjanàîum J Semen fkntonicum, Semencine, Bar- botine, ou poudre à vers. ) Ç’eft une petite graine que les Perfàns envoyent annuellement dans leurs *Caravannes à Alep Alexandrerce, & à Smlrne, d’oii nous la tirons par les voyes d’Holandc, d’Angleterre & de Marfeille.

La plante qui porte le Semen contra , a fes feiiilles fi petites , 4u’il eit affez difficile de les feparer d’avec fa graine, c’eft pourquoy ceux du Royaume de Boutan y employeur des paniers propres a la vaner, pour en feparer les feiiilles qui vo¬ lent en poufficre. Quelques Auteurs difène que le Semen contra eft la graine d’une elpece d’Abiintlie que quelques-uns ont appelle Santonique, parce qu’il en croît en Xaintonge , ce que je ne veux contefter , n’en ayant apprendre autre chofe quelque diligence que j’aye fait, fînon que celuy que nous vendons croît en Perfe, &aux confins de la Mofeovie, comme des lettres que j’ay rcceu de divers endroits me l’ont affiuré,àquoy j’ay bien voulu ajouter ce qu’en a e'cric M’Tavcrnier dans le fécond Tome de fes Voyages, à la page 384. en ces termes.

Pour ce qui eft de la Semencine , ou poudre à vers , on ne peur pas la recueillir comme on fait les autres graines -, c’eft une herbe qui croît dans les prez , j&z qu’il faut laiffer mûrir , & le mal eft que lors qu’elle approche de fa maturité, le vent en fait tomber urie grande partie entre les herbes, elle fe perd ; c’eft ce qui la rend chere. Comme on n’ofe la toucher de la main, parce quelle en feroit plûtoft gaftee , & que mefme , quand on en fait la montre , on la prend dans une écuelle j lors qu’on veut recueillir ce qui eft demeuré de refte dans l’épy, voicy de quelle adreffie on fe fert j ils ont deux paniers à ances & en marchant

des Drogues J Livre Premier. 3

dans ces prez, ils font aller un des paniers de droite à la gauche, & l’autre de « la gauche à la droite , comme s’ils fauchoient l’herbe , laquelle toutefois ils ne <c prennent que par le haut , c’eft à dire par l’e'py , & toute la graine tombe ainfi « dans ces paniers. Il croît aulfi de la Semencine dans la Province de Kerman, cc mais elle neft pas ü bonne que celle deBoutan,où on n’en recueille guère que « ce qu’il en faut pour le païs. Cette Graine n’eft pas feulement pour chaffer les vers rc du corps des enfans, mais les Perfans & tous les peuples qui font vers le Nord , <c êc mefme les Anglois & les Holandois s’en fervent comme d’anis pour mettre ce dans les dragées.

Qjmy qu’il en foit, on choilîra le Semen contra bien nourry, verdâtre, d’une bonne odeur, & le plus net que l’on pourra, car il eft fort fujet à eftre augmenté de petits corps étrangers qui luy caufent un gros déchet, & en augmentent de qL icsï«int beaucoup le prix. Il faut prendre garde qu’il n’ait point efté verdi , & que cc ne (bit de la femencc * d’Auronne laquelle on luy fubftituë affez fouvent, ce qui fera facile à connoiftre , en ce que le Semen contra eft palTablement gros , y aya« longuet , & verdâtre , & que la femence d’Auronne eft legere , jaunâtre , reC- ne la tiouvcioa femblant plûtoft à de la petite paille coupée bien menue qua de la graine, & de plus c’eft que le Semen contra cil plus amer & plus aromatique que n’eft cette femencc. aufll à la graine

Le Semen contra eft fi familier, qu’il n’eft pas necelTaire d’en marquer l’ufage, nom de Batbo- fon amertume eft caufe , que l’on le couvre de fucre , & qu’on en fait ce que nous appelions Barbotine, ou Semen contra , en dragées.

CHAPITRE IL JD^ chouan.

4 Hiftoire generale

La planî€ qui le porte cft balTe & a fa graine par petits bouquets, à peu près comme le Semen contra.

Il ma efte du tout impoflible de fçavoir pofitivement l’endroit croît la plante qui porte le Choüan , tout ce que j*en ay fçavoir, ç’a cfté par quel¬ ques perfonnes de la fuite de M' deGuillcrague Ambaffadeuren Turquie pour le Roy de France, qui en firent venir à Paris avec eux, uneaffez bonne quantité.

Quoy qu’il en foit , il faut choifir le Chouan verdâtre, gros, bien net , Ôc le moins rempli de bûchettes qu’on pourra le trouver.

Il n’a point d’autre ufage enFrance,que jefçachc,que pour faire le Carmin, & pour les Plumaciers, quoy que prefentement on s’en ferve tres-peu.

CHAPITRE III.

Du ^srjîl de

4-

Le Persil de Maccdoine eft une plante, qui reffcmble en quelque forte au Perfil de nos jardins, mais dont la graine ell de beaucoup plus petite, plus longuette & pointue, & vient par ombelles, comme le Fcnoüil. Cette plante a pris fon furnom du Royaume de Macédoine , elle croift naturellement , & d’où l’on nous en apporte la fcihence , qui eft la principale partie de la plante, feule en ufage en Médecine.

On la doit choifir nouvelle, nette, bien nourrie, longuette, d’un verd tirant fur le brun, d’une bonne odeur & fort aromatique, qui font les principales marques du véritable Perfil de Maccdoine , pour lequel quelques-uns employent mal à propos la graine de nôtre Perfil , & d’autres la graine noire d’une forte de gros Ache que les Jardiniers nômmcnt improprement Perfil de Maccdoine. Androma- che Médecin de Néron General des Légions Romaines , au temps de la guerre des Romains contre Annibal, ayant invente la Thériaque, y fit entrer cette fcmencc iousic nom <\c Petrofelimm Macedonicum y comnne eftant fort âlexiterc.

On la prend feule le matin à jeun, en poudre, au poids d’un demi gros, dans du vin, ou dans quclqu'autre liqueur convenable à la maladie.

des Drogues, Livre Premier,

ESesel^ou Sifelcos a tiré ion fiimom de Marfçille, qui çft fon païs natal, I , quoy qu’il y en aie encore beaucoup eh divers autres endroits de la Provence & du Languedoc ; Ç’cft une plante qui paiTe pour une efpece deFenoüil, d’où vient que quelques Auteurs l’ont nommée F «nicnlum tortHofiim^ ouFenoiiil tortu, mais il a moins de feüilles que'le Fenoüil ordinaire, & elles ne font pas fi lon¬ gues, ny fa tige fi droite, ny fi hautes outre qu’elle a pluficurs noeuds, & des branches peu régulières , étendues en largeur vers fes codez. On n’eraploye que (a femence qui vient par ombelles , de mefme que celle de l’Aneth ; la, quelle cftant en fa maturité, rcflemble beaucoup en figure à celle du Fenoüil fauvage j clic doit dire de moyenne grofleur, longuette, pefantc, bien nette, verdâtre, dune bonne odeur, & d’un gouft acre & aromatique.

Il y a plufieurs .autres fortes de Sefeli, comme celuy de Candie., du Pelopon, nefe , de la Morée, d’Ethiopie, & celuy des prez j mais comme il n’y a que la graine de celuy de Marfeille qui foit en ulàgc, je ne parlcray point des autres, y ayant affez d’Auteurs qui en font mention.

On attribué à la graine de Sefeli de Marfeille, des qualitcz qui approchent de celles du Perfil de Macedoine.

Q^lques Botaniftes ont donné le nom de Siler montAmm , ou Scrmontain au Scleli. Autrefois lesR^oulliers qui nous amenoient de la Franche-Comté, des Fromages de Berne, ou de Vachelin,& des Boettes à mettre des confitures, nous apportoient aulTi en des petits balocs , une femence qu’ils nommoient Sefeli , plus grolTe, & d’une plus forte odeur que celle de Marfeille , qu’ils donnoient aux jumens qui amenoient leurs marchandifes , pour les engrailfcr , afin de les mieux vendre à Paris.

6

Hiftoire generale

CHAPITRE; y.^

. De lAmmi.\\:S^

L*A M M I à qui quelques-uns ont donné le nom d’Ameos , cft une plante qui a fes feüillcs femolables à l’Ancth , & qui porte une tige aflez haute , avec phifîeurs rameaux, qui fc terminent en des mouchets garnis de fleurs blan¬ ches , apres Icfquelles vient une petite graine rondelette aflez menue & pref^ que fémblable a des grains de fable , d’où la plante a pris fon nom.

Cette graine eft la leulc partie de la plante dont on fe (erc -, on la doit choi- fîr nouvelle, verdâtre, bien nourrie, d’un gouft un peu amer, & d’une odeur aro¬ matique, &preferer celle d’Alexandrie, ou deCrcte,àcelleque l’on cultive dans les jardins en quelques endroits de la France, qui n’a pas un goufl: entre l’Ori¬ gan & le Thym , que l’on peut remarquer en celle d’Alexandrie & de Crète , qui en toutes chofes eft beaucoup meilleure.

On attribue à cette femcnce , les mcfmes proprietez qu’aux deux prece¬ dentes.

des Drogues, Livre Premier.

7

CHAPITRE VI.

Du Thlafpi.

Le ThlÀspi efl: une plante de la hauteur d’un pied ou environ , qui a fcs feiiilles d’un verd affez enfoncé dans fa couleur , de la longueur du petit doigt , larges dans leur baze , & finiflant peu à peu en pointe ; fige jette quantité de rameaux chargez de fleurs blanches, apres lefquelles naifl'ent des goufles plates, ayans la figure des lentilles , qui contiennent chacune deux graines de couleur jaune tirant lur le rouge , qui par lucceflion de temps fe change en rouge obfcur , & plus çlle vieillit plus elle noircit. Elle cft ronde, longuette, & tant foit peu pointue.

On la doit choifir nouvelle, nette , rougeâtre, acre & mordicante, & avoir de celle qui croifl dans les pays chauds, tels que font le Languedoc & la Pro¬ vence. Il ne la faut pas chercher chez les Grenetiers, non plus que toute au-* tre graine étrangère, parce qu’ils donnent aflez fouvent de la graine de Naflîtorr, ou Creflbn Alenois, pour du Thlafpi à ceux qui ne les connoiflent pas.

Il y a une autre forte de Thlafpi , qui a fa tige , fes feiiilles & fcs gouffes beaucoup plus petites, de mefme que fa graine , laquelle efl: tout- à-fait jaune & beaucoup plus petite, quoy qu’elle ait un goull approchant , mais eftant de beaucoup inferieure en vertu, on la doit rejetter. Je laifle à part les autres ef- peces de Thlafpi, qui font hors d’ufage.

On fellime propre pour la guerifon des gouttes feiatiques , & pour diflTou- dre les calculs & les grumeaux de fang , pris en poudre , au poids d’un demy gros, le matin à jeun.

8

. Hiftoire generale

CHAPITRE VII.

Du Daucus.

Le Daucus de Crete ou Candie , efl une plante affez femblable aux Pa¬ nais J d’où vient que quelques-uns ont crû que c'en eftoit une cfpece j C’elt une plante d’un pied & demi de haut, qui produit en Tes fommicez plu- fîcurs mouchées garnis de fleurs blanches , d’où fortent quantité de graines d’un verd pâle, qui (ont velues, blanchâtres, longues & approchantes de celles du Cumin , mais elles ne font pas longues ny grofTcs , ny d’une odeur aufli forte ; Au contraire leur odeur & leur gouft font agréables & aromatiques, (ut* tout lors qu’on les tient quelque temps dans la bouche.

Cèttc graine eftant velue retient ordinairement avec elle des petits feftus & de la poufliere , qui augmente lors qu’elle vieillit , par des particules qui s’en ffeparent. Il faut la choiflr nouvelle, bien nourrit, & la plus nette qu’on pourra trouver.

On nous apporte du Daucus d’Allemagne, & des montagnes qui dépen^dent des Alpes, mais il n’a pas les marques, ny les bonnes qualitez de celuy de Crète, qu’on doit feul rechercher.

Il ell (îngulier pour guérir ceux qui font attaquez de la pierre, & ceux qui font fujets aux coliques venteufes , citant du rang des rcmedes qu’on nomme lithontriptiques ou calTc- pierres , & palTant.pour un puiflant carminatif. On le prend en poudre au poids d’un demi gros, dans de l’eau de raves , ou dans du vin blanc, contre la pierre ou la gravellc, le matin à jeun, &: dans de l’eau d’a- nis, de fenouil, de rhuc, ou de noix, contre les coliques venteufes ; quelques- uns y ajoutent un femblable poids de (cl d’Abfînthe.

CH AP.

des Drogues, Livre Premier.

9

CHAPITRE VIII.

Du Carui.

Le Carui que les Latins appellent Carttm^ & les Grecs Caron, eft une plante qui approche beaucoup de celle des Panais fauvagesjfes feuilles (ont grandes, dentelées & divife'es en plufieurs petites parties, de l’entre-deux dcfquelles forcent plufieurs tiges quarrées, noüeufcs éc hautes d’un pied, ou environ, pouffant à leurs fommitez des ombelles couvertes au commence¬ ment de fleurs blanches, qui fe convcrtilfenc bien toft apre's en des graines qui ont affez de rapport à la fcmence de Perfil de jardin, à la referve quelle cil tant foie peu plus obfcure ôc plus platte, & d’un goût plus acre & piquant.

Cette plante croît en plufieurs endroits de nos jardins, & generalemenc par tout, mais comme les pays chauds font toujours plus convenables pour les plantes aromatiques, c’ell le fujet pour lequel la fcmence de Carvi que nous débitons à Paris dans nos Boutiques nous cil envoyée de Provence & du Languedoc.

Ün doit choifîr cette graine bien nourrie, nouvelle, verdâtre, d’un goût chaud, acre & piquant, d’une odeur aromatique, laquelle ellant tenue dans la bouche a un affez bon goût, c’efl pourquoy on l’eflimc propre pour rendre l’haleine agréable, & fort convenable pour aider à la digefîion, pour appaifer les vents , pour forti.^er f eflomac & pour faire uriner. Les Allemands ont tant d’eflime pour cette graine qu’ils la mettent coure entière dans la pâte dont ils font leur pain, & même dans la plûpart de leurs fàuffes,& s’en fer¬ vent comme nous faifbns icy de l’Anis. Quelques-uns fe fervent aufîi des feuilles comme d’une herbe potagère.

B

lo Hiftoire generale

CHAPITRE IX.

De la Saxifrage.

La Saxifrage efl: une plante f! femblable au Thym qu’il eft diffi- cile d’en faire la différence. Cette plante croît en quantité en Dauphi¬ né, Provence & Languedoc, tant entre les pierres que fur les rochers, ce qui luy a fait donner le nom de Saxifrage comme à beaucoup d’autres, qui fignifîe Brife-pierre.

Il en faut choifir la femence aufli nouvelle que Ion pourra. Elle doit eftre d’un goût chaud & piquant & d une odeur agréable.

On luy attribue la vertu de brifer la pierre; la donnant en poudre le ma¬ tin à jeun, dans un verre deau diftillee de la plante, ou dans quelque autre eau diurétique. La doze elt d un demy gros.

Il y a quantité d’autres efpeces de Saxifrage, dont plufieurs Auteurs font mention; mais comme il n’y a que la femence de celle cy-deflus dépinte qui foit en ufage parmy nous, & que nous ayons ordinairement dans nos Bouti¬ ques, c’eft le fjjet pour lequel je n’en parle point, & de plus ceft que quan¬ tité de Livres en font mention , & entr’autres Dodon & d’Alechamp qui d e- crivent les Saxifrages affez au long. Quelques-uns veulent que toutes les plan¬ tes qui croificnt entre les pierres & rochers foient appellées Saxifrages.

des Drogues, Livre Premier,

II

CHAPITRE X.

Du Cumin.

Le C u m I n ou Anis aigre cft Ja graine d’une plante qui a aflez de rap¬ port au Fenoiii! qui croît en quantité dans Tlfle de Malte, ou l’on le feme comme l’on fait icy le bled.

On choifira le Cumin nouveau, bien nourry , verdâtre, d’une odeur forte & aifez defagreablej il faut prendre garde qu’il ne foit piqué ou vermoulu , à quoy il eft affez fujer, ce qui fe pourra voir facilement à l’œil, & en ce qu’il eft fort chargé de pouffiere, & que le prenant à poignée & le relevant, les grains s’accrochent & pendent les uns aux autres, comme par des fîlamens qui font les fibres de la graine.

On employé quelquefois cette graine pour l’hydropifie timpanite, parce quelle cft carminative j on s’en fert beaucoup pour rechauffer les chevaux, les bœufs, & quelques animaux domeftiques; on peut en tirer une huille par ex- preflion comme del‘Anis,qui eft tres-bonne pour lesrhumatifmes, mais en très petite quantité.

Q^lques uns fc fervent du Cumin pour peupler les Colombiers, en ce que les Pigeons en font^ fort frians, non pas de la manière que nous le vendons, mais après avoir efté incorporé avec une terre falée que les Pigeons découvrent eux-memes à la campagne, ou d’une autre terre imbibée d’urine, ou de fau- mure de Moluës,ou autres femblablcs j c’eft ce qui fait qu’il y a des endroits il eft deffendu aux Marchands d’en vendre.

12 Hiftoire generale

CHAPITRE XI.

Du Fenouil.

Le F e no üil cft la graine dune plante fi connue de tout le monde qu*il cft comme inutile d’en faire la defeription, ainfi je me contenteray de dire que le Fenoüil que nous vendons, nous elt apporte du Languedoc, fur tout d’auprès de Nllmcs cette plante elt cultivée avec grand foin, à caufe de la grande quantité de Fenoüil qui fe tranfporte en France, principalement à Paris.

On doit choifîr le Fenoüil nouveau, bien nourry, longuet , verdâtre, d’un goull: doux, fucrc & afTcz agréable, & le moins rempli de bûchettes ou autres corps étrangers, à quoy il eft fort fujet.

Le Fenoüil eft quelque peu utile en Médecine, tant pour chafTer les vents que pour employer au lieu d’anis, mais beaucoup pour les ConfifTeurs qui le couvrent de fucre, & qui le diftingucnt enfuite par numéro fuivanc la quantité de fucrc dont il cft couvert. Du Fenoüil verd , ils en prennent les ombelles qu’ils chargent de fucre & qu’ils vendent, tant pour rendre l’halcine agréable, que pour cftre plus rempli de vertu, ayant cfté confit tout verd. De la plante de Fenouil nouvelle & verte les Apotiquaires en peuvent tirer par la diftilla- tion une eau qui eft eftimée fort propre pour ofter les inflammations des yeux, ils en peuvent tirer aufli par la meme voyc une huille blanche, d’une odeur forte & aromatique, mais en fi petite quantité que cela ne mérite pas la peine d’en tirer. La fecherefte du Fenoüil fait que l’on auroit bien de la peine d’en pouvoir tirer une huille verte par cxprcflion , comme de l’anis. Outre les em¬ plois cy-deffus, on s’en fert aufli pour mettre dans les Olives lorfque l’on les leflive, pour leur donner bon gouft.

11 y a encore une autre forte de Fenouil que l’on peut nommer fauvage ,

^rzù

14 Hiftoire generale

Gn doit choifir l’Anis de l’année, gros, bien net, d’une bonne odeur, d’un goufl: piquant &z aromatique, & prendre garde qu’il ne Toit point amer, en ce qu’il s’en rencontre qui l’ell en telle forte, qu’on ne fçauroic prefque legourter, principalement ccluy de Chinon.

L’ufage de l’Anis verd cil: trop familier pour en faire un long difeours, & de plus , il y a fore peu de perfonnes qui ne Içache qiul eit convenable pour appaifer les vents , &: qu’il eft le corredtif du Séné, Les Confifleurs aiilTi en emploient une alfez grande quantité, qu’ils font fccher, & le couvrant de fiicre, en font ce qu’ils appellent Anis couvert, ou Anis Reyne & petit Ver¬ dun; à l’égard des autres Anis, furnommez de Verdun , ils ne font point faits d Anis, mais deFenoüil.

On tire de l’Anis par diftillation , une eau & une huille blanche qui au moindre froid fc congele & le liquifie à la moindre chaleur, qui eft d’une odeur forte & pénétrante, doüée de très bonnes qualitez, mais fa forte odeur fait que l’on ne s’en fert que très peu, ou fi l’on s’en fert , il faut que ce loit avec bien de la modération. Les Apoticaires & Parfumeurs en ufent quel¬ quefois dans leurs Pomades au lieu d’Anis , tant pour en conlervcr la blan¬ cheur, que parce que demi-once de cette huille fait plus d’effet & donne plus d'odeur que deux livres d’Anis.

Les Parfumeurs s’en fervent encore pour aromatifer leurs Pâtes & pour met¬ tre dans des mélanges d’aromats qu’ils appellent Pots-pourris ; quelques-uns fe fervent de cette huille affez mal à propos au lieu d’Anis, pour faire l’eau qu’ils furnomment eaud’anis ouanifé. Cette huille a de tres-grandes proprietez,eftanc un excellent remede pour appaifer les tranchées, fur tout des petits enfans,cn leur en frottant le nombril , ou en mettant une petite goûte dans leurs ali- mens; en un mot elle a les mêmes qualitez & peut eftre employée aux mêmes ufages que l’Anis. On peut tirer aufti par expreffion de l’Anis, une huille ver¬ te, d’une forte odeur, qui a les mêmes proprietez que la blanche, avec cette différence neanmoins qu’elle n’agit pas avec tant de force, parcp qu’on en tire beaucoup plus , & quelle n’eft pas fi purifiée , ainfi que le marque Monfieur Charas dans fa Pharmacopée Royale, à qui nous avons cette obligation comme ayant efté celuy qui l’a inventée. A l’égard de la blanche, nous la tirons de Hol¬ lande, tant parce qu’elle revient à beaucoup moins, que parce que celle que les Hollandois nous envoyeur, eft plus blanche, plus claire & plus odorante que celle que nous faifons en France, foit que cela vienne de l’Anis, ou qu’ils y ajou¬ tent quelque menftrui* que nous ne connoiffôns pas; je ne veux pas neanmoins affurer qu’il ne fe trouve quelques perfonnes à Paris qui la puiffent faire de mê¬ me qu’en Hollande, mais je luis perfuadé qu’elle revient à bien plus; à l’égard de fon choix, elle doit eftre comme j’ay déjà dit, blanche, claire & tranfpa- ranre , d’une forte odeur, aufti facile à fe congeler au moindre froid comme à fe liquifier à la moindre chaleur, & qu’en en mettant quelque peu fur de l’eau elle nage comme de l’huillc. On appelle cette huille Eftence ou quinte-Eftcncc d’Anis.

A l’égard de l’eau d’Anis que l’on fait en tirant l’huille, on s’en peut fervir aux mêmes ufages, la différence qu’il y a c’eft qu’il en faut prendre une bien plus grande quantité.

des Drogues , Livres Premier.

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CHAPITRE XIII.

Du Coriandre.

Le Coriandre eft la graine d’une plante qui nous eft fort familière & qui croît en grande abondance aux environs de Paris , principalement à Aubcrvilliers , d’ou prefque tout le Coriandre que nous vendons, nous eft apporté.

On doit choifir la graine de Coriandre nouvelle, blondcjfeche, bien nour¬ rie, la plus grolTe & la plus nette qu’on pourra.

Ceux qui achepteront du Coriandre des Payfans qui l’apportent, auront foin avant que de l’enfermer de l’étendre en un grenier afin de le faire fecher,car fi on l’enfermoit fans eftre bien fec , on courroit grand rifque de tout perdre; il faut eftre foigneux auflî de le tenir dans un lieu bien fermé, de crainte que les rats ou les fouris n’y aillent, en eftant fort amateurs.

On employé peu de Coriandre en Médecine, mais lesBrafteurs en employent beaucoup, lur tout en Hollande &: en Angleterre , pour donner bon gouft à leur Bierre double. Les Confifleurs après l’avoir afpergé de vinaigre , le couvrent de fucre, qui eft ce que nous appelions Coriandre fucré,ou en dragée.

}6 Hiftoire generale

CHAPITRE XIV.

Du Bunias.

Le Bunias cft la fcmencc dune des cfpcccs de Navet fauvage, qui croît ordinairement dans les bleds. Ces Navets fauvages ont prcfquc tous quantité de branches & leurs fleurs jaunes, à la referve de quclqucs-ups qui les ont entre niclces de blanc, leurs feuilles font prefque toutes femblablcs , tandis que la maigreur ou la bonté du terroir elles croiflent, les rend plus ou moins grandes, de meme que toute la plante j ils produilent aufll également leur fcmcncc dans des gouffes de la longueur d’un pouce, ou d’un pouce &: demi, rondes dans leur longueur, & plus ou moins grolTes, fuivant la diver- le grofleur des fcmcnces qu'elles enferment. Car celles du Bunias, dont nous vendons la fcmenccjfont au double plus grofles que la plufpart des autres,

f)arcc que cette fcmcnce cft plus grolTe. Cette fcmcncc cft ronde , de cou- cur purpurine, acre & mordicantc au gouft , & en toutes chofes fort appro¬ chante du Naveau domeftique, fi on en excepte la vertu alcxitcrc qui luy cft particulière i rdpccc de Bunias qui croît prelquc dans toutes les terres ôc le plus abondamment, a fa fcmcncc de couleur jaune & du moins plus petite d’une moitié que celle du Bunias, mais on la méprife. Le plus grand ufâgc de la femcncc de Bunias cft pour la Thcriacjuc, qui ne peut pas feule engager les Droguiftcsàcn tenir une grande quantité. Il faut la dcman^icràdcs Marchands fidèles, & prendre garde qu’au lieu de la vraye fcmcncc de Bunias, ils ne don¬ nent de la graine de Naveaux , dont on ne fçauroit bien connoître la différen¬ ce qu’au gouft de Naveau qu’on y peut remarquer plutôt qu'en celle de Bunias. Quelques pcrlbnncs m’ont aftùré que les véritables Naveaux làuvagcs font les Coulcvrécs ou Bryonne.

CH AP. XV.

des Drogues, Livre Premier. 17

CHAPITRE XV.

De la Graine des Choux-Fleurs.

La Graine deChoux-Fleurs cft une petite femence ronde alTez (emblable à celle du Naveau,à la referve c|u’elle cft tant Toit peu plus grofte. Elle nous eft envoyée par la voye de Marfeille de l’ifle de Chypre, qui cft le (cul endroit que je fçaehe les Choux Fleurs montent en graine : il en vient aufti de Genne, mais elle eft beaucoup inferieure à celle de Chypre , & de plus c’eft quelle a beaucoup plus de peine à lever.

On doit choifir cette femence nouvelle, vrayeChypre& non mélangée: Etafin d’en eftre plus fur, il faut tirer des certificats de ceux qui l'envoyent, comme elle cft véritable & de Tannée, car autrement on court grand rilque d'y eftre trom¬ pé, ce qui n’cft pas d’une petite confequence, tant parce que les Jardiniers qui Tachetent aftez chere vous rendent refponrable,tant de l’argent qu’ils vous ont donné & des frais qu’ils ont fait, que du temps qu’ils ont perdu, & ce qu’il y a encore de plus fâcheux, c’eft que vous en eftes garant julqu’à ce quelle (bit le¬ vée, ce qui n’arrive que quatre ou cinq mois après qu’on Ta vendue.

A Tégard de la plante, elle nous cft trop connue pour m’y arrefter.

Les Choux-Fleurs me donnent fujet de parler d’une autre cTpeca. de Choux que quelques Auteurs nomment fàuvagcs , qui eft cultivée avec grand loin en Hol¬ lande, en Flandre, en Normandie & dans la Bric, tant à caulc de la graine, que de Thuilic que Ton en tire par expreftioniqui cft ce que nous appelions Navet¬ te & huillc de Navette, & les Flamans Colfa & huitlc de Colla: Cette huillc eft d’un fl grand ufage en France, tant pour les Bonnetiers que pour brûler , qu’il s’en fait un négoce fort confîdcrablc, fur tout quand Thmlle deBalainccft rare, foit par les guerres, ou quand lâpclchc manque.

Le choix de cette huillc cft connu de beaucoup de perfonnes à caufe de fon

C

Choux fauva- pc», qui pio- duifrm la na- xetic.

ig Hiftoire generale

grand ufagc, neanmoins je diray quelle doit eftre pure & non mélangée d au¬ tres. huilles, ce qui fe connoîtra facilement à fa couleur dorée, à fa bonne odeur, en ce que la véritable huillc de Navette eft douce, & quau contraire l’huille de Lin eft amere.

CHAPITRE XVI.

Du Riz..

O

Le Riz eft la femence d’une plante fort commune qui croît en divers en¬ droits de l’Europe, mais celuy que nous vendons à Paris nous eft appor¬ d’Efpagne & de Piedmont. Cette Icmcncc eft d’un fi grand ufage & utilité, que l’on peut l’appcller la Manne des pauvres, fur tout dans de certains pays ou il n’y a prefque autre chofe que du Riz pour toute nourriture.

Ondoie choifir le Riz nouveau , bien mondé, gros, c eft à dire, bien nour- ry, blanc, non poudreux, ne fentant le rance, qui font les marques du Riz de Piedmont , lequel eft beaucoup plus eftirne que celuy d’Efpagne qui eft ordi¬ nairement rougeâtre & d’un gouft falc.

L’ufagc du Riz en grain , principalement à Paris , eft pour le Ca¬ rême, en le faifant cuire dans de l’eau, &enfuite dans du lait; Et lorfqu’il eft mis en poudre, c’eft à dire en farine, on s’en fert au lieu de farine de froment pour faire de laboüillie ,auffi en Carême.

Pour réduire le Riz en poudre, il le faut mettre dans de l’eau bouillante, & en- fuite le laver dans de l’eau froide, jufqu’à ce que l’eau en forte claire , & après le mettre dans un Mortier pour le pulverifcr, & lors qu’il fera tout à fait pul- verifé, il le faut laifter recher,& enfuitc le garder pour le befoin: il faut encore le pafTer par un tamis de crin fin, car qu^ que le Riz réduit en poudre paroilTe fin quand il eft humide, il ne laifte pas citant fec d’eftre gros & hors de vente. Nous vendons encore d’autres Légumes comme l’Orge monde, dont la

des Drogues, Livre Tremier. 19

meilleure eft celle de Vicry le François.

L’Orge mondée doit cftre nouvelle, fechejgrofTe & bien nourrie, blanche , de non blanchie, qui ne fente le rance ny le moifi. Il s’en préparé àCharanton prés Paris, mais la meilleure eft celle de Vitry , dont j’ay parlé cy-defTus.

Nous vendons encore du Seigle de la BeaufTe & autres lieux , principalement du depuis que le cafFé eft en party & que l’on a reconnu qu’il avoif le même gouft ,que le caffé lors qu’il eftoit brûlé.

Nous pouvons vendre aufti de la grofte Avoine préparée au moulin fait exprès elle eft coupée, nettoyée de fa peau & de fes extremitez, laquelle cftant pré¬ parée eft appcllée Gruau, que nous faifons venir de la Touraine & de la Bre. tagné , dont l’on fe fert comme d’Orge mondée, ou de Riz.

Il y a encore le Mil ou Millet en cocque & mondé, que nous tirons de la Foreft d’Orlcans j & audi d’autres Légumes, comme les Pois verts & jaunes, que nous faifons venir de Normandie &: de Galardon,& les Fèves d’aricot de Picar¬ die & autres endroits. Je n’aurois pas parlé de ces Légumes fi ce n’avoit efté qu’il eft permis aux Marchands Epiftiers d’en faire venir des endroits marquez cy-deffus , en ce que ce n’eft pas un fait de drogues.

Outre ces fortes de Légumes nous vendons encore quelques marchandifes que l’on tire du Froment-, fçavoir, le Vermichel blanc & jaune , & l’Amidon.

Le Vermichel que les Italiens ont inventé & qu’ils appellent Ta^liarini, mille fanti ou y ermicelli ^ei\ une paftecompoféedela plus belle farine du Froment, que les Italiens nomment Semoule ^ de d'eau par le moyen de certaines feringues ayans plufieiirs petits troux, ils en font des filets de telle longueur & grofleur qu’ils foûhaitent, & que cette figure fait appcller Vermicelli -^ ils en font comme du ruban de deux doigts de large, qu’ils appellent la Kagnc-, celuy de la longueur & groffeur d’une plume eft appellé Macarron , celuy qui eft par petits grains comme la moutarde eft appellé Semoule, du nom de la farine dont il eft com- poféj finalement le dernier eft appellé Patrez a caufe qu’il eft de la figure des grains de chapelets. Ils donnent telle couleur qu’ils veulent à cette pafte, foie avec du Safran ou autres chofes J ils y ajoutent auifi quelquefois des jaunes d’œufs, du fucre & du fromage. Depuis quelques années on fait du Vermichel a Pa¬ ris avec de la plus belle Farine, & plufieurs perfonnes en mangent fur le pota¬ ge comme en Italie, Provence & Languedoc, mais la mauvaife grâce que cela a fur le potage eft la caufe que plufieurs perfonnes n’en ufent que fort peu , par¬ ce qu’ils s’imaginent voir remiier des vers.

•Le Vermichel blanc doiteftre nouvellement fait de le plus blanc que faire fc pourra, de le jaune d’une belle couleur dorée, le plus fec de aufti le plus nou¬ veau fait qu’il fera poftiblc.

L’Amidon, que les Latins appellent j^milum^ell une fcculc ou refidu qui fc trouve au fond des Tonneaux des Amidoniersj cette fécule fe fait de recou¬ ples de Froment que l’on met dans de l’eau, & lorsqu’elle eft feparée du fon,lcs Amidoniers en forment des pains qu’ils font fechcr au four, ou au Soleil, &cn- fuite les mettent par morceaux, de la manière que nous le voyons.

L’Amidon nous eftoit autrefois apporté de Flandres, mais prefentement ce¬ luy de Paris furpaffe tout celuy des autres endroits, de il s’en tranfporte une fi grande quantité, tant dans le refte de la France , qu’aux pays étrangers j que c’eft une chofe prefque incroyable.

On doit choifir l’Amidon blanc, tendre, friable , en gros morceaux (comme cftant plus net de plus de vente )& feché au Soleil j car celuy qui eft feché au four eft d’un blanc grisâtre, beaucoup plus dur.

C ij

Gruau,

Mi! ou Mil¬ let & autres ic-

gUtliCS.

Vermichel.

AmiJon.

20 Hiftoire generale

L'ufage de l’Amidon eft pour faire de la colle, & de l’empi y ajoutant de bel email , & pour luy donner un bel ccil, t de mouton &c d’Alun d’Angleterre.

D// Fenu^rec.

Le Fenugrec que quelques-uns nomment improprement Scncgrc, &:

d’autres Buccra ou Jigoceras^ à caufe que les goufl'es qui renferment la graine reflcmblent en quelque lortc à des Cornes de Bœuf, eft une plante qu’on trouve en divers endroits de la France. Elle a fes tiges rondes, creu- Ics, un peu obfcurcs & blanchâtres , fes feuilles petites, à demi rondes, den¬ telées & trois à trois, à peu prés comme les Trèfles, & les fleurs petites & blan¬ ches, d'où naiflent des gouftes aflez groftes , longues & pointues., reprefentans comme j’ay dit, des Cornes de Bœuf ou de Bouc fauvage, contenans la graine qui porte le nom de toute la plante, & qui eft la Iculc pariie que nous vendons fous le nom de Fenugrec. Cette graine cftant nouvelle, eft de couleur jaune prcfquc dore', mais elle devient rougeâtre fie meme brune fi on la garde long- tems, elle eft de la grofTeur d’un demi grain de Froment, dure fi<: lolidci faite en quelque (brtc en triangle, mais un peu incilcc prefoue tout autour vers fon milieu, fie d'une odeur forte Ôcaftez mauvaile. Les Laboureurs d’Aobcrvillicrs fement fie recueillent le Fenugrec de uicmc que le Coriandre fie nous rappor¬ tent tant pour confommer à Paris que pour envoyer en Hollande ou autres en¬ droits. Les Anciens ôc meme les Allcmans modernes veulent qu’on en boive la decodion, ou qu’on le mange cuit comme les légumes, pour ramolir fie l⬠cher le ventre, mais je ne crois pas qu’aucun François voulût les imiter en cela, ny s’accommoder à un gouft fie à une odeur fi iWagrcablcs j c’eft beaucoup

des Drogues 5 Livre Premier, 21

que quelques-uns le donnent aux befliaux, & fur tout aux chevaux parmy leur avoine pour les engrailTer, mais ce nelt pas une bonne nourriture , au raport de ceux qui l’ont éprouvé.

Son plus grand ufage eft pour l’extericur, tant en décodions, que mis en poudre &c mêlé dans les cataplafmcs, lors on veut ramolir & refoudre.

Le Fcnugrec n’a point d'autre choix que d’ellçe nouveau , le mieux nourry ^ le plus doré qu il fe pourra.

CHAPITRE XVllI.

De la Luzerne.

La Luzerne eft une efpece de Trefleou de Sainfoin, à laquelle quel¬ ques uns ont donne le nom de Mcdica^ parce que les Grecs, après leur guerre contre Darius, en apportèrent la femence en (jrcce, &: luy donnèrent le nom de fon lieu natal, qui eftoic Medie. Cette plante ert domcltique 6c j-ort commune en Languedoc, en Prôvcricc 6c en Dauphiné, fur tout le long du Rôncjôc même en Normandie, d’ôd prcfque tout#; celle que nous avons à paris, nouscîl apportée^ ôcoù on la femc ordinairement dans les bonnes terres 5c fur tout dans celles qu’on peut arrofer j parce que la femant dans un bon fonds, bien engraifle 6c arrofé de tems en tems , on peut la faucher prcfque tous les mois dans la belle faifon, 6c jufqua cinq ou fix fois chaque année j dont on ne doit pas dire furpris, parce que cette plante ayant fa racine droite, afTcz grof Ic, d’une aune de long , 6c quelquefois plus, 6: ne mourant pas dans l’hyver, elle peut tirer fa nourriture plus abondamment que ne peuvent la plufpart des autres plantes, 6c fait déplus grandes 6c de plus frequentes produélions,fur tout dans les pays chauds , d’où vient , qu citant une fois femée , elle dure plufieurs années i pourveu quon la fume de tems en tems, 6c qu’on ait loin de l’arrofer dans les iàilons. La Luzerne n’a pas fa tige panchée prés de terre comme l’ont

C iij

22

Hiftoire generale

les autres Trefles , mais elle la ronde, raifonnablcment grolTe, ferme, droite, alTez forte, munie de plufîeurs branches, fur tout vers'feslommicez, &les bran¬ ches garnies de quantité de feuilles rangées trois à trois, &elle croît jufqua la hauteur d’un pied & demi, & quelquefois jufqu’à deux. Elle donne parmy fes feiiil- Ics une fleur violette purpurine, alfezfemblable à celle des Mauves, & après elle fa graine, fi on luyen donne le tcms,&fi on ne préféré à la graine le foin qu’on en peut recueillir. Cette graine cft prefque ronde, un peu longue & un peu pointue, fa couleur eft d*un jaune pâle, lors quelle efl nouvelle, mais elle de¬ vient rougeâtre & enfuite alTcz brune en vieilliflant, elle cft un peu plus peti- te que celle du Creftôn Allenois, &: Ion gouft en approche, mais il n’a pas tant d’acrimonie.

Les Chevaux, les Mulets & les Boeufs, & plufieurs autres animaux domefti- ques, aiment extraordinairement la Luzerne, fur tout lors qu’elle cft verte, & fi on le leur permettoit , ils en mangeroient tant qu’ils en creveroient , & fur tout les Bœufs -, on ne doit pas aulli leur en trop donner à la fois : car encore que la Luzerne leche foit propre à les engrailTcr, l’excez leur en cft toujours dommageable.

Lors qu’on veut en recueillir la graine, on laifle fleurir la plante, & on diffè¬ re de la faucher jufqu’â ce quelle foit fort prés de fa parfaite maturité, refer- vant pour cela la première, ou la fécondé herbe, & perdant deux herbes pour uhl , parce qu’en donnant le tems à la Luzerne de fleurir & d’avoir fa graine meure, outre la perte que le foin fait de fon meilleur fuc que la graine a tiré, il devient fi dur & fi dépouillé de feuilles, que les bcftiauxrefufans de le manger on ne peut l’employer qu’à la litière, ou à faire du fumier. Cette perte inévita¬ ble de foin & le rifque que l’on court, que quelque vent fccoüant la Luzerne n’en faffe perdre une bonne partie de la graine , font caufe qu’on ne la laiffc guerre fouvent mourir, & c’eft ce qui fait quelle cft plus chcrc que fi clic n’eftoit fujetteà cet inconvcnicnr.

des Drogues, Livre Premier.

23

CHAPITRE XIX.

De t ^gnus-Cafius.

L*Agnus-C AS TUS à qui quelques uns ont donne' le nom de Vitex, eft une plante qui croît en forme d’arbriffeau le long des rivières, & meme dans les jardins, & qui a fes fleurs fcmblables à celles de TOlivicr, à la referve quelles font plus longues •,& qui a fon tronc & fes branches ligneufes, quifi- niflent en plufieurs rameaux longs, afTez déliez , ployans , cng*e. mêlez de feuilles, de fleurs, ou de grains en leurs icms,qui paroifTent blancs à l’abord, mais qui infcnfiblcment deviennent rougeâtres. Quelques-uns appellent ces pe¬ tits grains Petit Poivre, ou Poivre fâuvage,tant àcaufede leur figure ronde, qui approche de celle du Poivre, que parce qu’ils ont un gouft un peu acre & aro¬ matique.

Cette plante porte le nom de Vite», parce que ces rameaux font au flî ployans que rOzier: & d’Agnus Caftusj parce que les Dames d’Aihenes qui vouloient conferver leur chaftetc dans les Thcfmophores , qui eftoient des lieux confà. crez â la Dccflc Ceros, cmplifToicnt leurs lits de feüilles de cet arbriffeau, fur Icfqucllcs clics couchoient-.mais c’eft par dérifion qu’on a donne un femblablc nom à CCS grains d’Agnus-Caftus , dont on fe fert ordinairement dans les re¬ mèdes que Ton préparé pour la gucrifon des maux vencriens qui arrivent affez louvent à ceux qui violent leur chaftetc.

Quoy qu’il en foit,on doit choifir la fcmencc d’Agnus Caftus nouvelle, grof fcjbien nourrie & des pays chauds, cftant beaucoup meilleure que celle des régions froides.

24

Hiftoire generale

CHAPITRE XX.

Du Magalep.

Le Magalep que quelques-uns nomment Mahalep cft l’amande d’un pe-' tit fruit tout lemblable à un Noyau de Ccrifc, qui croît fur une efpece rifleau, que quelques Auteurs croient eflre un Phylliarca,dont les fcüilles font grandes, pointues & un peu reployées & approchantes de celles ces orties j de l’encre- deyx defquelles fort un fruit couvert d’une petite peau verte, extrê¬ mement mince, de la figure cy-deffus.

Le Magalep nous eft apporté de divers endroits, mais le plus fouvent d’An¬ gleterre, & pour qu’il foie de la qualité rcquife, il doit eftre nouveau, le plus gros & le moins rempli de fes petites coques qu’il fe pourra.

On prendra garde auflî qu’il ne fente point trop mauvais, en ce qu’il y en » a qui fent fi fort la punaife , que l’on ne peut prefque s’en fervir.

Sonufàge eft pour les Parfumeurs, qui après l’avoir concaflc,le mettent dans de l’eau commune, ou dans de rcau-roze,& le diftillcnt pour en laver le favon de quoy ils font leurs favonnettes.

CHAP. XXI.

des Drogues, Livre Premier.

5

CHAPITRE XXI.

De la Graine d'Avignon.

La Graine D*AviGNON,que ceux du pays nomment Grainette, & d’autres Graine jaune, eft la graine d’un arbrilTeau que les Auteurs ont nommé Z./cz«»î, à caufe de la Lycie il en croît en abondance, de mêmequ’cri Capadocej & quelquefois P i;(^acanth a , nom Grec qui fignific Bouis à c'pines.

L’arbrifleau qui porte cette graine , croît en quantité aux environs d’AvignonJ &prefque en tous les lieux âpres & pierreux du Comtat Venaiflin ,& meme en plufieurs endroits du Dauphiné, de la Provence & du Languedoc. C*eft un arbrif- feau épineux , dont les branches font longues de deux à trois pieds , ayant leurs écorces grifatres j les racines jaunes & ligneufes ^ les fcüilles petites, cpaifTeSjdif- pofées comme celles du Myrte & de la grandeur de celles du Bouis : fa graine eft de la grofTeur d’un grain de froment, tantôt à trois & tantôt à quatre an¬ gles, & quelquefois faite en cœur-, elle eft d’une couleur verte tirant fur le jaune, d’un gouft aftringent & fort amere.

Son ufage eft pour les Teinturiers, qui s’en fervent pour teindre en jaune. LesHollandois font boüillir cette graine dans de l’eau, avec de l’alun de Rome, ou d’Angleterre ;& avec le blanc, dont ils falcifientla cerufc,ilscnfontunepaftc qu’ils mettent en petits pains tortillez, & lors qu’ils font fecs,ils nous les en- voyent fous le nom de ftil de grain, lequel pour eftre de la qualité eequife doit eftrc d’un jaune doré, tendre, friable, le moins graveleux & falle que faire fc pourra. ^

Le Stiji de grain jaune , fert pour peindre en huille & en mignature.

D

Hiftoire generale

CHAPITRE XXII.

Des Myrtilles.

LEs Myrtilles font les bayes ou femences de certains arbrifTcaux <ju*on nomme Myrtes ou Mcurtcs,dont les Auteurs décrivent pluficurs efpecesauf- fl differentes , que leurs fentimens le font fur toutes. Ne pouvant m’y accorder, jemereftraint à deux efpeces que l’on connoît & cultive à Paris ; l’une fous le nom de mâle, & l’autre fous ccluy de fcmellej dont la première devenant plus grande & plus grofTejafes feuilles de couleur verte-pâle, pointues, lilTces, odo¬ rantes, & trois ou quatre fois plus grandes que celles du Myrte fcmejle, qui font d’un vert obfcur, de figure approchante de Celle du Buis, mais de quelque cho- fc plus petites, naifians par rangées , afi'cz prés les unes des autres j d’odeur en¬ core plus forte que celles -du mâie,& ayant leurs rameaux plus ployansj les fleurs de l’un & de l’autre Myrte, font en clochettes, de couleur blanche, tirant un peu fur le rouge, &naiflent également dans l’entre-deux des feuilles; elles don¬ nent auffi de meme leur petit fruit, qu’on met au rang des bayes, verd au com¬ mencement , mais qui devient infennblement noir ,lucculenr, lifTé, rempli de graines blanchâtres , entaflecs, faites comme des croiflans, dont les pointes iont tournées en dedans , de fubftancc folide & fort dure, de gouft artringent, de même que celuy de toute la plante, & enveloppées d’une tunique prcfque ronde; quoyque le fruit foit à demi ovale, à caufe d’une efpece de couronne qu’il porte naturellement, laquelle on voit affez diftiniffe , tandis que ces bayes font lur l’arbre, mais qui n’cft guère connoiffable lorfquon les a défichées au Soleil, & que de lilfées quelles eftoient, elles font devenues ridées & telles qu'on nous les apporte.

Mais defirant d’en parler jufte, ne m’arrêtant pas tout à fait â ce quej’cn ay remarqué dans mesvoyagcs,jc me fuis déplus informé à quelques pcrionnes qui

des Drogues, Livre Premier. 2,7

voyagent fouvenc en Languedoc & en Provence, pour le commerce qu’elles y font, qui m ont unanimement confirmé la plufparc des chqfes que je viens d’a¬ vancer, & de plus m’ont affuré que les Myrtilles que nous recevons, font prefi que tous produits par desMeurtes femelles, qui nailTent d’cux-mêmcs dans cer¬ tains bois du Languedoc & de la Provence, parmi le Romarin &. lesarbriflfaux qui portent la graine d’efcarlatc , & que c cft de que nous viennent les Myr¬ tilles que nous avons j & defirant en Içavoir d’avantage , j’ay confultépour cela M. Charas Doâicur en Medecine , lequel m’a alTuré que dans un voyage qu’il fit en Efpagne il y a quelques années , eftant parti dans le mois de Décem¬ bre de Cadis pour Madrid, fans parler de plufieurs plantes curieufes qu’il vit dans Ton chemin jufqu’à Sevillej après avoir pafic delà par Cremone, par Efiî- ca & par Cordouë,par le grand & unique chemin royal qui conduit à Tolcdo, êc qui traverfe les montagnes qu’on nomment Sierra Morena^ à caule de leur couleur brune , qu’on voit de loin, que des arbrilTeaux fort épais, fur tout de Ladanum , naifians des fentes des Roches, & verdoyans toute l’année leur don¬ nent, & fui van t le grand chemin de ces montagnes, il palTapardcs endroits alTez applanis & couverts de terrin, ou pendant plufieurs lieues on ne voyoit guère autre chofe que des Myrtes prefquc tous femelles , la plulpart de grolTeur & de grandeur fort confiderablc,fort verdoyans, extraordinairement couverts de leurs fleurs, fortans de l’entrc-deux de leurs feüillcs, dont il commença de bien loin de fentir l’odeur forte &merveillculcmcnt agréable, quiembaumoit le che¬ min & toute la conrrée, dont il continua de joiiir pendant plufieurs lieues, non- obltant la fin de* l’année qui eftoit fort prés: ce qui luy perlüada que ce cli¬ mat eftant fuflîîlàmment chaud , les Myrtilles ne manqueroient pas de fuivre ces fleurs & que fi on prenoit le foin de les cueillir, il yen auroit plus que tou¬ te la France n’en fçauroit employer. Il m’a dit aufli qu'outre quelques Myrtes mâles aflez grands qu’il y vit parmi ces Myrtes femelles, paflànt au mois d’Aouft aflez prés de la Mer de Galice à deux lïeuës d’une petite Ville nommée Rodo»- àella^ il y vit quelques Myrtes mâles dontlagrofleur du tronc égaloit celle d’un gros & grand homme, & les branches répondans au tronc en groflTeur & en étendue, la hauteur des arbres eftoit de trois à quatre toifes & leurs branches hautes, aflez fortes & fermes pour le porter, eftant monté deflfus par curiofité. Il m’a dit encore qu’il ne trouva aucune fleur ny aucun fruit fur ces arbres , ce qui luy fit juger qu’il faîoic attendre le tems de la fleur de ceux de Sierra Morena , c ’eft à dire ai mois de Décembre.

On emplo/e les Myrtilles pour le dedans & pour le dehors dans toutes les maladies, iicft neceflàire dereflerrer. Les Appoticaires en compofent un firop & une huille ,qui font fort peu en ufage en France. Les Allcmans,employcnt les Myrtilles pourteindre en bleu, de même qu’on employé en France la graine d’Avi¬ gnon pour teindre en jaune, & celle de Nerprun pour teindre en vert j mais les An- glois cmployeit les feüilles & les branches du Myrte, de meme que celles du Sumach , pour tmner leurs cuirs.

Les Myrtillei que nous recevons ayans efte fechez au Soleil, ne peuvent cftre que ridez, leur enveloppe noire j au lieu quelle cft non feulement lifTée, mais encore fucculente lors qu’on la cueille dans maturité, en forte qu’on en pourroit alors exprimer le fuc pour divers ufàgcs , & en fccher & referver le marc. Ce qui ne le pratique pas, à caufe que les fruits mêmes nous font aflez communs.

Dij

On nous ap¬ porte auiTî quel¬ quefois des Mirtillcs d’Al¬ lemagne & au- ttcseiidroits.

28 Hiftoire generale

CHAPITRE XXII I.

Du Staphifa^e.

Le SxAPHisAGREeftla graine cl*une plante qui croît communément en divers endroits de la. Provence & du Languedoc.

La plante qui porte le Stapliifagre a fes feüilles vertes, grandes, fort décou¬ pées & affez épailTcs, après lerquelles naiflent des fleurs d’un bleu celefl:e,& en- fuite des gouflcs,ou cfl: contenue lafemence. Cette graine ellant dans fa gouf- fe cfl G étroitement jointe cnfcmble, qu’à peine peut-on voir par elle cft join¬ te , & lors qu’elle eft feparée , clic cft de la grofleur d’un pois , d’une .igurc trian¬ gulaire, d’une couleur noirâtre par deftus, toute chagrinée au deLors, & d’un blanc jaunâtre au dedans, d’un gouft mordicant, amer & fort deagrcable.

On choifîra le Staphifagrc bien riourry, le plus nouveau & le moins rempli d’ordures qu’il fc pourra.

L’ulàge de cette graine cft ufité pour faire mourir la vermine, fur tout des petits enfans ,& pour faire des vcflicatoircs , ou pour apaifer les maux de dents, ayant cfté auparavant cuite dans du vinaigre j mais comme c’eft une graine per- nicieufè, je ne confcillc à perfonne de s’en fervir à caufe du rifqie qu’il pouroic y avoir, & de plus c’eft qu’il y a d’autres remèdes qui pciiveni faire le même cifet ôc il n y a pas tant de danger.

i

des Drogues, Livre Premier.

29

CHAPITRE XXIV.

De l'Ambrette.-

i

L’A M B R EXT E OU graine de Mufc , ou fcmcncc mufqucc eft une petite (ê- mcnce de la groffcur d’une tête d epingle , d’un gris brun & comme cha¬ grinée ^ faite en forme de petits rognons , d’une odeur de mufc & d’ambre, prin¬ cipalement quand elle eft nouvelle, d’où elle a tiré fon nom.

La plante qui la porte eft droite , garnie de feüilles verdâtres & veloutées , qui approche de celles de la Guymauve, c’eft pourquoy clic eft appellée AL CCA InàicAV'tllofAQ^x fignifie Guymauve des Indes veloutée^ Elle porte des fleurs jaunes en forme de clochettes, d’où fortent des gonfles triangulaires , brunes au dehors & blanches en dedans, & de la longueur du doigt, ou la graine eft renfermée.

On la choifira nouvelle, bien nourrie, d’une bonne odeur, feche, nette. Celle de la Martinique eft beaucoup plus odorante que celle qui croît dans les au¬ tres Iflcs des Antilles. Cette plante croît aufli en Egypte, elle eft appellée .Mofe, & la graine Abel mofc.

Les Parfumeurs fe fervent de cette graine, fur tout en Italie j & les Pateno- tiers en font des Chapelets.

On ne doit jamais employer cette graine dans une chofe à laquelle on veut donner de l’odeur, à moins que de la fçavoir employer , car au lieu de donner une bonne odeur, elle gâteroit tout.

L’Ambrette n’a aucune urage,quc je fçache,dans la Médecine, foit parce que nous n’en connoiflbns paslcs facultC2,ou quefes proprictcznc Ibicnt pas venues à ma connoiflance.

JO Hiftoire generale

CHAPITRE XXV.

De la Cochenille.

La Cochen iLLEjfurnommée Mcftcquc,cft la graine d’une plante de deux à trois pieds de haut, garnie de feuilles, épaifles de deux doigts, d’un allez beau verd & fort epineufes, apres Icfquellcs nailTenc des^oulTes eg forme de coeur, d’un verd tirant fur le jaune, dans Icfquelles font renfermées quantité de petites graines de la grofleur d’une grofle tête d’épingle, d une fi¬ gure tantôt à demi plattc, tantôt triangulaire, & toujours chagrinées, d’un gris argenté par delTus & d’un rouge de làng de bœuf au dedans, ^ -

Cette graine nous ell apportée du Pérou, ou autres endroits de la nouvelle Efpagnc , comme de l’Eftang falé , & du Mexique; ti de Cadix ville de Landalou- fie fituée fiir le bord de la mer Oceanne Méridionale , tant par les Galions d'Efpagne que par la Flotte qui partent tour à tour annuellement pour porter en Efpagne l’or & l’argent que l’on a tiré des Mines du Pérou , l'Ipecacuariha, le Quinquina, la SalTeparcille & autres marchandifes du pays, citant arrive à Cadis elle ell tranfportée par d’autres Bâtimens en Hollande, en Angleterre. & à Marfeille , d’où nous la faifons venir.

La Cochenille Mefteque ell d’une fi haute confequcncc auxEfpagnolsjque l’on m’a êlTuré qu’ils la paflbient par le feu ou par la chaux , de peur que Ton ne la fit germer en France :& ce qu’il y a de plus particulier , c’cll que fi quel¬ qu’un fe trouvoit dans les endroits ou croilTent les plantes de Cochenilles, qui ne fut pas Efpagnol, il feroit aulli-iôt pendu.

Il y a très peu de perfonnes qui ne croyent & ne foûtiennent que la Coche¬ nille Mcllcquc ne foit un petit animal; je l’aurois cru de même fi je n’en avois pas appris la vérité par deux lettres du ficur François ftoulTeau natif d’Auxer¬ re, habitant deLeoganne côte faint Domingue, lequel par une première lettre

des Drogues^ Livre Premier. 31

du quinzième May mil fix cens quatre - vingt - douz'e , m’écrit ainfi.

La Cochenille^ Monfieitr, que vous ave:(^envie de Avoir de connoître par fa plan¬

te^ vient environ de deux à trois pieds de haut, tout par balets, garnis de feüilles de deux doigts à'ét>ais , d'un ajie‘:(^ beau verd & remplies d'épines de tous cote:^, fa graine ramajje dans des petites cof es jattes en coeur eéT tirant fur le jaune dans leurs maturité^ laquelle l'on fait jfecher^^ delà on la met dans des Canajjes de cuir ou toille, qui eft comme vous la rcceve:^ en France. Celle qui vous eéî apportée vient de l' Efpagnoffur tout d'un lieu appelle l Ejlang-falé , car te peu que nous en avons à Lcoganne , ne mérité pas d'en parler. Voilà qui crt bien contraire à ce que rapporte M. de Fu- retiere,qui confond la graine d’écarlatte avec la Cochenille, & à la fin de phrafe il marque que c’efi: un ver gris qui vient des Indes & qu’il s’en fait un fi grand trafic qu’il en entre dans Tlafcalaville de Mexique, po‘ur plus de deux cens mil écus par an-, & apres luy, le Reverend Pere Plumier Minime m’a die le IJ. Septembre itîgî.. defa propre bouche, Ôc par un écrit figné de fa main, ma certifié ce qui fuit ;

La Cochenille furnomméeMefl:eque,eft un petit animal femblable à une pu- naife qui fe trouve fur differentes fortes de plantes , tant dans la nouvelle Ef- pagne qu’aux Ifles de l’Amerique ; ces petits animaux font fi frequents dans les pays cy-deffus, qu’il s’en fait une cfpece de récolté , après les avoir fait fe- chcr.

Toutes les plantes ne font pas e'galement propres pour donner à ces petits animaux une nourriture capable de Its rendre d’un rouge foncé, c eft pourquoy les habitans des lieux nourriffent ces petites bêtes fur des Opontium dont elles fucent le fuc qui en eft rouge, ce qui contribue beaucoup à leur donner cetre couleur foncée, que les Teinturiers recherchent, & comme les fourmis aiment beaucoup ces petits infeétes, les Efpagnols ont foin d’entourer de fofies plei¬ nes d’eau, les lieux ou croiffent les plantes dont je viens de parler, pour empê¬ cher les fourmis d’y aller.

La principale plante, ou fe trouve la Cochenille , eft celle que les Ameri-* quains appellent Raquette ou Cardaffe, & les Rotaniftes Opontium majus fpino- fum fruùlu fanguineo^ qui fignifie un grand Figuier d’Inde épineux, dont le fruit eft rouge comme du fang.

Cette plante eft admirable dans fa nature, en ce que ce n*eft qu’une quan¬ tité de grandes feüilles épaifles , comme en ovale, d’un très beau verd, cou¬ vert de longues épines, fort piquantes , d’une couleur jaune; à la fin des feüil¬ les naiffent de grandes fleurs de couleur de roze pâle, enfuite des fruits d’un très beau rouge, au haut defqucls il y a une efpece d ombelique de couleur de terre. Cette plante eft de differentes hauteurs, y en ayant quelquefois de celle d’un homme, ce qui ne provient que de la bonté de la terre. Lors que les in- fulaires veulent faire la récolté de ces infeétes, ils les font tomber avec des pe¬ tits ballets faits exprès dans des vaifleaux il y a de l'eau & de la cendre, & lors qu’ils font noyez, ils les retirent pour les faire fecher.

Ces petits infeéles eftans vivans,font d’un rouge comme couverts de fari¬ ne , c’elt ce qui fait que la Cochenille que nous voyons eft d’un gris argenté, mais ce qu’ils ont de particulier c’eft qu’ils multiplient d’une maniéré fi prodi- gieufe qu’une centaine fuflit pour en produire des millions.

Et le 50. Janvier 1693» le même R. Perc Charles Plumier Minime m ’aporta un billet écrit de fa main, eftoit contenu ce qui fuir.

Acarus cf> proprement cct te petite ver¬ mine qni four¬ mille dam les fromages.

32 Hiflroire generale

DECLARATION DE LA COCHENILLE,

Par le Pere Charles Plumier Minime.

La Cochenille qn on apporte de U nouvelle Efpagne ou de laTerre.ferme de l’Ameri^* que efi un infeBe de la groJ?eur forme prefque d'une punaife, il s'attache contre dL verfes fortes d arbres^ mais plus particulièrement fur les Acacias ^ ou fur certains arbres quon nomme Cerijters dans nos If es Françoifes, G' efi un animal fort fécond^ il porte

entre fes jambes ^ fur fin fin une infinité des oeufs quafi imperceptibles , qui venant d éclore produifent un nombre innombrable d'infeéîes très menus & rouges, dont les fourmis font fort avides, ^and on écrafe les meres, elles donnent un fuc rouge tirant fur l'écar- latte mêlé pourtant de tant fo'it peu de jaune ^ ainfi celles-ci qui na’ifent fur ces arbres^ ne produifent pas cette belle couleur vive; mais pour leur faire prendre ce beau fuc ^ les In- diens les cultivent fur certaines plantes quon nomme en latin Opontîum , & que nos François nomment jaquettes- Ces plantes produifent un fruit gros comme une de nos figues , plein d’un fuc d’un rouge admirable , ce qui fait aujfi que les Cochenilles qui font cultivées fur ces plantes , ont leur fuc beaucoup plus éclatant ^ plus vif que celles qui naifientfur d'autres plantes, ^and feus découvert ces infeéîes dans U fie de fa'int Do^ mingo au petit goive , je les montray à deux Indiens efclaves gp* natifs du pays d on la cultive, ils m'afurerent tous deux que cefioit de la Cochenille; quelques Philibujfiers qui avaient voyagé en ce pays m'afurerent la même chofi ^ me dirent que les Indiens la cueilloient fur les 2{aquettes, ce qui me fit juger que cefioit la feule culture , fur cef- te plante qui leur communiquait ce beau rouge, celuy de celles que je cueillis fur les Acatias ou fur les Cerifiers efi ant fort fade.

Or efiant de retour de mon voyage de faint Domingo je voulus m'éclaircir df cet in- feéle par les Auteurs qui ont parlé de l’ Amérique, gy voicy ce que fay trouvé dans les recueils du feur de Laet. Delcription des Indes Occidentales ^ Liv. V. Cliap. 3.

Le grain de la fochenille’vient en plufieurs Provinces de la noH'vclle Efpagne ^fur l'arbre quon appelle Tuna, qui des feiUlles fort épaifes, aufquelles il croît aux lieux expof'^ au Soleil & couvert du vent de Nord-efl. C’efi un petit animal vivant ou plu¬ tôt un infeéîe , prefque femblable aune punaife , lors quil s’attache premièrement à la plante il efi un peu plus petit qu'une puce , vient d'une fimence de la grojfeur d'une mitre, en latin Acarus , cÿ* remplit tout l'arbre & même tout le jardin; on l'amajfe une fois ou deux l'an; ils difpofent les arbres en certains rangs comme on plante les vignes, les cultivent fi'i^neufement & les nettoyent des herbes; plus les plantes font jeunes & plus elles portent abondamment & donnent de meilleure graine , mais il faut fur tout prendre garde de les prefirver de l'injure de plufieurs inféles, ^7* non moins des poules qui man. gent le grain : ils fe fervent de queues de Renards pour nettoyer les plantes , de peur que la fimence nouvelle de fes inféles ne foit gâtée» Fluand ils font venus afie^i gros on les Ote avec un grand foin fjr on les tue en les arrofant d'eau fraiche, on les feche à l’ombre ^ on les conferve dans des vaiffeaux de terre, on les tue aujfi avec de la cendre quon jette dejfus , puis on les lave.

Nota. Le Tuna, » fjî autre chofi que cette Opontium ou Raquette, dont fay par¬ cy. dejfus. Il y en a de plufieurs efpeces, gg* il faut choifir pour la culture de la Coche- mile celle dont le fruit a ce beau fuc rouge.

Mais ne pouvant foulcrire à ce que Monfieur de Furetiere Je R. Pere Plu¬ mier & Laet en ont écrit , je me trouve de plus en plus engagé à croire que la Cochenille ell la graine d’une plante, parce que le heur RoulTeau me mar¬ que à la fin de fa première lettre, qu’il efl: prêt, pour vérifier fon dire, de m’en envoyer une plante j ce qu’il cfpere faire avec l’aide de Dieu: & de plus

des Drogues , Livre Premier.

c’efl que par fa fécondé lettre, dattee du zj. May de la meme anneejil m’écrit ainli,

A L’egard de U Cochenille j Monfaur , dont je vous avois parlé ^ il faut que je vous tn fajje une hifloire ajfe:^ pl<*ifante^ d un Pere Minime Provençal en apparence ^fe difant Herhorifle ^ âgé d environ quarante^cinq à cinquante ans ^ noirâtre de vifage ^ lequel on eut cru fort expert ^ s’il n'eût jamais parlé ^ mais malheureufement pour luy comme il fe difoit grand dejjintur^ ilvit quelques ydcatias , qui font des arbres fort épineux des Cor ^ dajjeStqui font une efpece de plante qui jette des feuilles de deux doigts d épais ^faites à peu prés comme les raquettes dont on joue â U paume en France y ^ qui rapportent des fruits de U façon d’une Figue, d’un goujî un peu acre ^ qui fait uriner rouge; ^ voyant certains animaux fur ces arbres , H s'avifa de dire que cejioit de laCochenille , ^ fit rire tout ce qu’il J avoit d habitant de faint Domingue qui connoijjoient la plante ^ qui enfçavoient la fabrique; cela fit que l'on diminua en tout U foj quon avoit eu en ce bon Pere , prin. cipalement Monfieur de Cufii^qui prit fa part comme les autres en ce que dijoit le bon Pere. Il partit pour France quelque tems après, ou j’ay fçeu qu*il ejioit arrivé avec la tnéme erreur en Ja Cochenille, comme il l’ avoit eu à faint Domingue.

Le fîeur RoufTeau me marque encore qu’il fe trouve fur leurs acatias une efpece de petites bêtes, de la grandeur d’une punaile,que l’on nomme Vermil¬ lon: Elles font un peu plus cpailTe, mais elles ne font d’aucun ufage, parce qu’on ne peut pas les faire fecher tc’eft apparemment, à ce que je puis conjec¬ turer, la prétendue Cochenille du Pere Plumier.

Au furplus les lettres du fieur RoufTeau font d’autant plus dignes de foy, qu’on ne fçauroic découvrir ny pieds ,ny ailes, ny têtes, ny aucunes parties d’ani, mal dans la Cochenille que nous avons, & qu elle a en elle toutes les mar¬ ques d’une véritable graine: & fi ces preuves ne fbffifent pas, Ton n’a qu’à voir le fentiment de Ximenes,& Guillaume Pifon dans fon hifloire des plantes du Brefil , ou après avoir donne une longue defeription d’une efpece de Figuier des Indes, qu’il nomme Jamacaru, H dit que c’eft cetre même plante, laquelle dans la nouvelle Efpagnc produit & porte la Cochenille.

Et de pluSjlhilloire de la Virginie marque que leMetaquefunnaukçiï un fruit plaifant,quafi de la forme & grandeur de nos poires, mais parfaitement rouge dehors & dedans, qui croît deffus une plante dont les feüilles font fort épaiffes , & pleines d’épines piquantes comme des aiguilles. Qj^lques-uns qui ont elle aux Indes, & qui ont veu croître cette efpece de rouge & de haut prix qui efl nom¬ me Cochenille, d’écrivent la plante toute femblable à celle de Metaquefunnauk.

Quoy qu’ilenfoit, on doit choifir la Cochenille Mefteque de la bonne forte, c’eft à dire, celle qui efl pefante, groffe, bien nourrie, nette, (cche, d’une cou¬ leur argentée & brillante par deffus, & en ayant écrafé un grain dans la bou¬ che, il donne à la falivc une couleur rouge foncé j & rejetter celle qui cil mai¬ gre, falc, legere, & prendre garde qu’il n’y ait point de petites pierrettes de- dans, comme il arrive affez fouvent, fur tout lors quelle efl chere.

La Cochenille efl une graine qui n’a aucun ufage, que je fçachc, dans la Medecine, ce n’efl: par quantité de Médecins ou autres perfonnes qui ont cru & croyent encore que la Cochenille & la graine d’écarlatte font la même chofe J ce qui efl: neanmoins fort éloigné de la vérité , comme il verra au chapitre fuivant : mais elle efl fort ufitée par les Teinturiers rîu grand Teint c^ant la bafe & la principale drogue pour teindre en ccarlatte. Quelques perfonnes s’en fervent pour colorer le lucre , en y ajoutant quelque peu de crème de Tartre en poudre fubtil, ou autres acides.

I. Partie, E

34

Hiftoire generale Du Carmin.

Le Carmin eftla plusprecieufe & riche marchandife que l’on tire de la Co¬ chenille Mefteque. C’eft une fecule ou poudre d’un tres-beaii rouge fon¬ ce , isc velouté , que l’on fait par le moyen d’une eau dans laquelle on a fait entrer le Choüan & l’Autour, de qui elfant bien préparée & léchée, eft ce que nous appelions Carmin, lequel pour eftre de la qualité requife , doit eftre en poudre impalpable, haut en couleur, le plus proprement & fidellemcnt fait qu’il fera poffible : Mais comme grande cherté eft caufe que quelques perlon- nesmal intentionnées le fophilïiqucnt; c’efl: le fùjet pour lequel on n’en doit achepter que des marchands, incapables de le frauder ny de vendre celuy de la fécondé forte, pour la première, ellant beaucoup moins beau.

Quelques- uns ajoutent au Carmin du Rocou, mais cela luy donne une cou¬ leur trop orangée.

L’ufage du Carmin eft pour la mignaturc;ôc pour faire ces belles Draperies rouges, que nous voyons aux tableaux de confequence.

De la Lacque fine ^ & autres fortes.

La Lacque fine eft furnommée de Venife , à caufe que celle que nous avions autrefois nous en cftoit apportée j mais depuis que quelques per- s de Paris fe font mêlées d’en faire, & qu’ils y ont effectivement reufti , &: que tout ce qu’il y a d’habiles peintres la pref-erent à celle de Venife j c’eft le lujec pour lequel il ne nous en vient que très -peu.

Quelques uns Ccttc Lacquc eft une pafte dure, faite du ventre des os de Seche,que l’on Tcna*Mcrita! a coloré d’une teinture faite de Cochenille Mefteque , de Brefil , de Fer- nambourg, d’Alun d’Angleterre calciné, d’Arcenic ôc d’une leflive de Natrum d’Egypte, ou (bude blanche, ou à fon défaut de foude d’Alican, & par le moyen d’un drap, ou d’une chauffe àhypocras, en y procédant de la même maniéré que l’on fait llndc ou l’Indigo , on la réduit en pafte de laquelle on forme des Trochifques que l’on fait fecher & que l’on garde pour le befoin.

Cette Lacque pour eftre delà qualité requife, doit eftre en petits trochifques, ft’un rouge foncé, tendre & friable.

L’ufage de cette Lacque eft pour la mignature,& pour peindre en huille.

De la Lacque Colombïne,

La Lacque plate ou Colombine, n’eft faite que des tondures d’écarlattc bouillies dans une pareille leflive que cy-deffus,& après l’avoir paffée &jet- tée fur de la craye blanche, & de l’Alun d’Angleterre en poudre J on en fait une pâte que l’on forme en carreaux, de l’épaiffcur du doigt, & de telle grandeur que l’on fouhaitte, & eftant fechée, fera gardée pour le befoin. Celle de Ve¬ nde eft beaucoup plus belle que celle d’Hollande & de Paris, en ce que le blanc dont les Vénitiens fe fervent, eft plus beau & plus propre à recevoir une vive couleur que le blanc d’Hollande & le nôtre. Cette Lacque pour eftre de la bonne qualité, doit eftre vraye Venife, la plus haute en couleur & la moins graveleufc qu’fl fera poflible.

L’ufage de cette Lacque , eft aufli pour la peinture.

Il y a une troifiéme Lacquc furnommée Liquide, dont je parleray au chapitft du Brefil dcFernambourg.

des Drogues, Livre Premier. 35

T>u Torne-fol fin en drapeau.

T E Tome -fol fin de Confi:àntinople,efl: de la Toile d’Hollande, ou du

Jj _ / Crefpon bien fin, qui ont efte' cein avec de la Cochenille, aidé de

quelques acides.

L’on s’cn fert pour colorer les liqueurs aqueufes , comme l’eau de vie, &: autres femblables. A l’égard de Ton choix, il n’importe qu’il Toit fur de la toile, ou fur du crefpon, pourveu qu’il foit bien fin, haut en couleur & qu’il tein- de . en beau rouge.

Les Turcs & Levantins, appellent ce Torne-fol, en drapeau ou en chif¬ fons Bi'^^erere ruhré.

Du Torne-fol en cûton, de Portugal.

LEs Portugais nous en envoyent en coton , qui eft de la figure, épailTeur & ron-^:

deur d’un écu, dont on fe fert pour teindre les gelées de fruits,mais il eft biçn moins en ufage que le Tome fol en toile. Il doit eftre aufli d’un beau rouge, le plus fec & le plus propre, c’eft à dire, le moins falle, qu’il fe pourra. Voi¬ tout ce que nous tirons de la Cochenille Mefteque.

Les autres fortes de Cochenille font la Campefehane, la Tetrcchalle & la Silveftre.

La Cochenille Campefehane, n’eft autre chofeque le grabeau, ouïes criblures de la Mefteque, dans lelquelles il fe rencontre quantité de grains fecs & ari¬ des, de petites coques*, de petites bêtes rouges fur le dos, que nos enfans ap¬ pellent Chevaux à Dieu, & autres ordures j on appelle aufti Cochenille Cam¬ pefehane, la Cochenille Mefteque qui a déjà fervi à la teinture.

La Cochenille Tetrechalle, n’eft que de la terre qui fe trouve dans la Co¬ chenille Campefehane..

Et la Silveftre, ou Cochenille de graine, eft celle qui fe rencontre fin¬ ies racines de la grande ’Pimpenelle, que les Simplifies appellent Pir/îpi»c//^ty4»- guiforba^ comme il fe verra au Livre des feuilles. Ces dernieres Cochenilles n’ont aucun ufage, que pour la teinture.

* Ce font apparemment ces coques dans lefquelles il s'y trouvent quelques grains de Cochenille qui s’y eft mis pat Lazard, & CCS petites bêtes qui oiu donne fujct de cioireàpluficurs que laCochcnilic cftoit un animal.

Cochenille

Gampcfchanc-

Cochenille

Tctrechallc,

Cochenille

Silveftre,

Hiftoire çenerale

De la Graine d’Ecarlatte.

La Graine d’E carlatte que les Latins appellent Crana ùn^îorum , les Grecs Coccus infeûorÎM &c les Arabes Ktrmm ou Kermes ^ ejft la graine ou plutôt l’cxcrement d un petit arbrifleau, dont les feüilles font piquantes & afTcz femblables à celles du Houx, à la referve qu’elles font beaucoup plus petites, qui fe trouvent en grande abondance, tant en Portugal, qu'en Efpagne, Provence & Languedoc.

Je ne m’arrêteray point à décrire rarbrifTcau qui porte cette graine, en ce que quantité d'Auteurs en font mention -, je diray feulement que ce que nous appelions graine, fc trouve attache'e au bas & deffus les feüilles de cet arbrif feau, ôc lors que la récolté en eft bonne, c’efl une des principales richefles du pays , principalement pour les pauvres gens , flir tout en Provence & Lan¬ guedoc, à qui elle ne coûte qua cueillir & enfuite la vendent à la livre aux Apoticaircs-, qui en tirent la Pulpe pour en. faire le Sirop furaomme' Alker- mes, & du refidu qui refte fur le tamis, apres l’avoir mondé, les Apoticaircs le revendent aux Tinturiers autant que la graine leur a coûté. Ceux qui la veu¬ lent tran(portcr,ou envoyer en differents endroits, la font fecher,tant pourlu- fage de la Médecine, que pour la teinture, il s’en emploie une grande quan¬ tité i laquelle pour cet effet fera choifie greffe , nouvelle , ceft à dire , l’année, garnie de fon paftel,la plus rouge &la plus nette que faire pourra, car auf- u-tôt que cette graine commence à vieillir, il s*y engendre un infedtequi man¬ ge le paftel & fait un trou à cette graine en forte quelle eff: toute trouée, fort legcrc, n’y reliant que la fîmple peau, ce qui luy diminue de beaucoup qua¬ lité. Celle du Languedoc paffe pour la meilleure , eflant ordinairement gref¬ fe & d’un rouge fort vifj qui eft le contraire de celle du Portugal, qui eft cfti-

37

des Drogues,

Livre Premier.

méc la moindre, en ce quelle eft petite, maigre & d’un rouge noirâtre.

La graine d’Alkermcs,ou d‘Ecarlatte,eft cftimée fort cardiaque & fort pro¬ pre pour foulagcr les femmes grolTes qui font tombées , en leur en donnant un demi-gros en poudre dans un œuf, & non pas de la Cochenille, comme quantité îe perfonnes l’ordonnent j en ce quils croient que ces deux graines loicnt la même chofe.

Du Pafiel d’ Ecarlatte.

Al egard du paftel d ecarlatte, qui eft cette poudre qui fe trouve dans la grai¬ ne lors quelle eft nouvelle, doit eftre d’un tres-beaü rouge , & quelle n aye point efté afpergéc de vinaigre , comme eft ordinairement ccluy du Por¬ tugal, tant pour en augmenter le poids, que pour luy donner une belle cou- leur. Cette four|^érie fera facile à connoître, en ce qu’il eft humide & d’une odeur forte & aflez defagreable. Ce paftel, quoy que la plus noble partie de la graine, n’eft aucunement ufitée en Mcdecine, faute de connoiflance, mais beaucoup par les Teinturiers du grand Teint.

Du Sirop d A ikermes.

X E Sirop d’Alkermes eft la pulpe de la graine d'Ecarlate rccente, & de la i .caflbnadcdu Breril,ou du fucrc en petit pain réduit en poudre mêlé enfem- ble , & après avoir efté liquific fur un peu de feu, eft mis dans des petits barils de bois blanc, de la maniéré que nous le recevonsitant de Nifmesque de Mont¬ pellier, il s’en fabrique de groftes quantitez , tant pour la Foire deBeaucaire^ que pour en voyer en differents endroits de l’Europe.

Ce Sirop pour eftre de la qualité rcquife , doit eftre d’un rouge foi^cé , nouveau, d’une confîftance moyenne, le plus uni & le moins aigre que faire ce pourra. On prendra garde qu’il ne foit trop chargé de fucre , ce qui fe con- noîtra facilement en la couleur d’un rouge pâle & à Ton goût fucré , fans pref- qu’aucune amertume, qui eft le contraire de celuy quieft fidellement fait,cftant d’un rouge foncé & d’une amertume allez defagreable.

De la ConfeBion d’Alkermes.

Le Sirop d’Alkermes eft fort peu employé dans la Médecine j mais lors que l’on y a incorporé un firop compolé de fuc de pomrpe de rainette, d.eau roze , de foye crue & de fucre blanc , ôc les poudres de perles orientales préparées, de fantal citrin , de candie fine, de la pierre d’azur préparée, des feuilles ou bac- trioles d’or , on en fait un opiat ou éleduaire liquide, qui eft ce que nous ap¬ pelions Confetftion d’Alkcrmes. Cliques- uns y ajoutent le mufe & l’ambre , ce qui ne fe doit point faire que par l’avis d’habiles Médecins , ces parfums eftans fort contraires aux femmes. A* l’égard de fa préparation, ceux qui l’adé- fîreront faire,pourront avoir recours aux Pharmacopées qui en traitent, mais nous en feifons venir de Montpellier, ou elle fe fait mieux , à caufe de la nouveauté du fîrop qui s’y trouve, que dans les lieux plus éloignez ou il eft tranfportée. Et il ne faut pas en achepter de ces gens qui ne vendent que dts drogues, qu'un honnête homme auroit peine à s’imaginer , & qui font indignes d’entrer dans le corps humain, qui eft le fujet pour lequel nous voyons quantité de brouillons qui l’établilfent & vendent de la Confcdlion d’Alkcrmes à un prix

E iij

Uni, iignific non - gtoume- leux & non- candi.

38 ' Hiftoire generaie

fl modique qu’ils n’en pourroient pas compofer deux onces (ur le pied qu’ils vendent la livre, & pour couvrir leur friponnerie, ils mettent dans des pots de fayance qu’ils couvrent de papier , avec cette infeription : Confeéîion d'Jlker- mts de Montpellier J pour faire accroire qu’elle vient de Montpellier, ce qui n'eft pas d’une petite confequence, car ceux qui l’ordonnent font fruftrez de leurs attentes, &les malades n’en reçoivent aucun foulagement, & je puis certi¬ fier avec vérité, comme l’ayant veu plufieurs fois, que de femblables compofi- tions & généralement toutes les autres qui fortent des mains de deux ou trois par¬ ticuliers de Paris, que la charité & la prudence m’empêchent de nommer, qui féroient plutôt capables d’eftre jettées au feu, que d’eflre employe'es à aucun ufage; & neanmoins ils en vendent une prodigieufe quantité à ces Colporteurs de la Foreft de Lyons en Normandie qui prennent le nom de Droguiltes, & qui en portent par la Campagne, ou pour mieux dire en empoifonnent la moi¬ tié de la France, principalement du côté de la Bourgogne^ du Nivernois, de la Flandre, de la Touraine, & autres endroits, & ce qui eft plus furprenant ils font un gros débit de cette prétendue Confedion d’Alkermes , de celle d’Hya¬ cinthe ,de la Theriaque,& autres compofitions galéniques, falfifiées & fophi- ftiquées, à Paris, dans les Convents, aux Apoticaires, Chirurgiens & autres j ce que j’ay cru eftre obligé de publier, pour empêcher les Religieux & Rcligieu- fes , Apoticaires & Chirurgiens, tant de Paris que de la Campagne , d’achepter de ces ambulans & colporteurs des compofitions & mêmes les drogues fim- ples, comme ne valant rien du tout, & n’eftant que le rebut de nos boutiques.

M, Charas, dans fa Pharmacopée à la page 514. attribue de grandes proprié- tez à la véritable Confedion d’Alkermcs,& dit que cette Confedion eft fans contredit, un des meilleurs cordiaux que la Médecine galcnique aye jamais in¬ venté; car elle repare & recrée les efprits vitaux & animaux, elle fait ccfTcr les palpitations de coeur &: les fyncopes , elle fortifie beaucoup le cerveau & les ’’ parties nobles, clic eft ennemie de la pourriture, conlerve la chaleur naturel- le, rétablit les forces languifiantes, chafie la mélancolie & la trifteffe, & rc- ’’ met & entretient le corps & l’efprit dans un fort bon état. Cn la prend fur la pointe d’un couteau, ou dans du vin, ou dans du bouillon , ou dans quel- ques liqueurcs cordiales & céphaliques ; on la mêle aufli parmy les opiates & ** les éleduaires mois & folides; la doze ordinaire eft depuis une fcrupule jufqu’à une dragme , on la mêle auffi dans les Epithemes deftinez pour le cœur , ou pour le foye.

des Drogues, Livre Premier.

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chapitre’ XXVI I. De l’Âmomum Racemofum.

L’Amomum RàcemosuMjOu Amome en grappe , ou en raifîn, eft une efpece de fruit que nous recevons par la voyc d Hollande ou de Marieille , naifTanc en plufieurs endroits des grandes Indes , rarement •en grap. pe, mais le plus fouvent en goufTe.

Il croît fur un arbrifTeau dont les feuilles font d un verd pâle, longuettes & étroites i il eft en quelque force, femblable au raifm mufeat , en couleur ;grof. feur & figure, mais il eft plus rempli de grains & moins (ucculent ; il a auftî cela de particulier, que toutes fes goufles cftant fans queue, font fort entaftées & comme collées contre un long nerf, quelles encourent jufqu’à Ton bout,& qui leur fert de baie & de foûticn , à l’imitation clés grains de poivre , & en ce qu’ayant un petit bouton en Ton fommet^ ileft ordinairement divifé en cellules.

Ouvrant ces goufles ,on les trouve remplies de grains purpurins, quarrez, joints & comme collez les uns aux autres, faifant enfemble une figure ronde, conforme à celle de la goufle ^ & qui font couverts d’une membrane blanche , fort déliée & feparez en gros tas, par de pareilles membranes, mais en force qu'on peut aifément les en tirer & divilèr. Leur gouft eft acre & mordicanc,&leur odeur extrêmement perçante & aromatique.

On choifira l’Amomum le plus nouveau qu’on pourra trouver, ayant fes goufles rondes, & de couleur blanchâtre, cirant fur le blond, pefantes & bien remplies -, il faut rejcccer les legeres & qui eftant ouvertes , contiennent des grains noirs & ridez-, mais cftimer celles qui font bien remplies de grains, gros & bien nourris, d’un gouft chaud, piquant, fort aromatique, & approchant de ceJuy des Cardamomes.

Le principal ufage de l’Amomum eft dans la Thériaque, pour laquelle on fc

40 Hiftoire generale

contente d’employer les grains bien nets & bien nourris.

Plufïeurs perfonnes ne connoifTent cette drogue cjue fous le nom de Grande Cardamome ou Cordumomum majus ^ qui neft autre chofe que la Maniguette j dont je parleray dans le chapitre fuivant.

Il y a d’autres fruits ou graines qui portent le nom d’Amome, comme l’Amom- ne de Pline, qui eft un fruit rouge, tout femblable à celuy qui fc trouve dans les bayes d’Alkckange,qui naît lur une plante ou arbrilTeau, qui nous cft fort commun, y ayant fort peu de boutiques d’Apoticaires ou de jardins il ne ferve de parade.

Il y en a un autre que les Hollandois &lesAngîois appellent nous

Poivre de la Jamaïque, qui eft le fruit du Bois d’Inde, ainfi que l’on le verra à fon lieu.

On feraaverty que quand on trouve dans les Auteurs le nom Amomum o\x diAmomi^ on ne doit employer autre chofe que l’Amome en grappe.

CHAPITRE XXVIII.

De la Grande Cardamome.

G^'Oiide^ Cardamorrve

LAGrande Cardamome, que nous appelions Maniguette ou graine de paradis, eft une graine triangulaire, d’une couleur rougeâtre au def- fuS & blanche au dedans, d’un gouft acre éc piquant, comme celuy du poivre-, c’eft ce qui a donne occafion aux Colporteurs de le vendre pour du poi-

La plante qui porte cette graine, a fes feiiilles vertes, apres quoy elle pro¬ duit un fruit ou plutôt unegouirc,de lagrofleur & figure d’une Figue, d’un af- fez beau rouge, dans laquelle eft renfermée cette graine de paradis, que l’on croit avoir efte ainfi nommée , tant à caufe de la beauté de fon fruit qu’à cau- fc de fa bonne odeur, lors qu’elle eft nouvelle 5 nous l’appelions aufli Mani-

quette

des Drogues Livre Premier. 41

guette, OU Melaquetce, du nom d’une ville d’Afrique, appcilcc A/e/e^4,d’oûelle ^ cftoic autrefois apportée en France, mais à prefent on l’apporte de differents S'î pays, tant par la voye de S.'Malo, qu’autres lieux. mT*

Cette drogue cft fort peu en ufage dans la Médecine, mais beaucoup par- mi ceux dont j’ay parlé cy-deffus, qui la vendent mêlée avec le poivre.

M. de Flacourc dit que dans l’Iflc de Sainte -Marie & à Galcmboule, il «r" vient un fi grand nombre de Maniguette , que de la recolce d’une feule année, geni on en pourroic charger un Vaiffeau. '

CHAPITRE XXI.X

De la Moyenne Cardamome.

hrmenne

’e^ine

a>na7?ie

LAMoyenne Cardamome efl: renfermée dans une gouffe de la lon¬ gueur du petit doigt d un enfant, fait en triangle, naiffant fur une plante que quelques-uns m’ont affuré cftrc rampante, & qui a Tes feiiilles difpofécs en trois comme le trefle,finiffans en pointe & fort dentellée, naiffant en divers en¬ droits des grandes Indes. Ces gouffes nous {ont fort rarement apportées en France , & font peu en ufage, daurant que la petite Cardamome eft plus recherchée, tant des Etrangers que de nous , comme ayant beaucoup plus de vertu que la moyenne. Neanmoins comme il s’en rencontrera quelquefois- je diray que l’on la choifira la plus approchante j qu’il fe pourra, des qualicez de la petite , dont je vay parler.

De la Petite Cardamome.

La Petite Cardamome qui cft celle que nous voyons icy fort communé¬ ment, & que nous tirons ordinairement d'Hollande, eft une petite gouffe gure triangulaire, qui eft par deffus, d’un blanc grisâtre, rayée, ôc garnie dune petite queue de même couleur, laquelle eftant ouverte, il s’y trouve une I. Partie. p

42 Hiftoire generale

quantité de petits grains de la figure & du goufi: de rAmome en grappe, donc j ay parlé cy- devant.

La plante qui porte la petite Cardamome m’efl: encore inconnue , quelque dili- ge nce que j’ayc fait , mais félon toutes les apparences elle efl: femblable à la moyenne, &ii n’y a peut eflre que la diverfité des lieux ou elle croît, qui en falTe la différence J je diray feulement qu’elle nous eft apportée par les Hollan- dois & Anglois du Royaume de Vifapour elle eft fort rare, c’eft pourquoy on ne s’en fert que fur la table des grands, cftant la meilleure épice du pays.

On la choifira nouvelle, bien nourrie, pelante, pleine, la moins remplie de coques vuides & de gouftes perfoirées, petites, ou feches, qu’il fe pourra.

Cette Cardamome eft la feule ufitée dans la Médecine, en ce quelle eft douce de meilleures, qualitez que les deux precedentes.

Les Hollandois en ulent beaucoup, parce qu’ils en mâchent affez Ibuvenr.

Nous appelions les Cardamomes bien fouvent en François, Cardamonum ma- jus^m:djum ^ minus ^ qui veut autant dire que Cardamome Grande, Moyenne, & Petite.

CHAPITRE XXX.

De la Nielle Romaine.

La N I e l l e , ou Nigclle romaine eft la fcmence d’une plante d’environ deux pieds de haut , ayant fes feuilles vertes , petites , découpées & aftez minces i après lefquelles naiffenc des fleurs d’un blanc bluâtres, & enfuite des gouftes dans lefquelles il rencontre une graine longuette, d’une couleur grife, d’un goût piquant, d’une odeur forte & aftez aromatique.

On choifira cette lemencc nouvelle, bien nourrie, d’une belle couleur jaune, la plus aromatique, tant au gouftqu’à 1 odeur , qu’il fera poflible,& qui loitd’I- talic, celle -cy eftant la meilleure & plus cftiraéc que celle qui croît dans nos bleds.

I

des Drogues, Livre Premier. 43

L’ufage de cette graine -cft pdlir faire mourir les vers, pour appaifer les vents;

& quel<|ues perfonnes dirent -qu’elle eft un fort bon antidote: On l’cllime auffi fort convenable , pour faire venir le lait aux nourrices.

Il y a encore plufieurs fortes de femenccs dont je ne puis parler, tant pour n’en avoir rien de certain, que parce que nous n’en voyons que très peu: com¬ me le Mens , Mçlîè ou Mungo , dont parle plufieurs Auteurs. Les Indiens fe werie ou fervent de laplante pour nourrir les Chevaux ,& de la graine en Médecine pour guérir les fièvres -, ainfi qu’il le pourra voir dans l’iiifioire des Indes , faite par Gercie du Jardin.

Le Bilnague , dont on ne ftous apporte que les mouchets , encore bien Bifnague, rarement ,& duquel les Turcs fc fervent aufïi bien que plufieurs perfonnes de qualicez en France pour fe nettoyer les dents.

La fcmencc de BAcHan, ou Anis de la Chine, ou de Sibery, dont fe fervent les Orientaux, à l’imitation des Chinois, pour préparer leurThéé &: leurSorbec. -*“*“*'=

Cette femence eft toute femblable à celle de la Coloquinte , à la referve qu el¬ le eft d’une couleur tannée, luifante &c d'une odeur aflez agréable j elle cft ren¬ fermée dans une petite gouffe épailTe & dure; c’eft avec cette graine & la raci¬ ne de Ni/i^ que les Hollandois rendent la boiffon du Théé & du Sorbec, plus agréable qu’en France.

Ladoze cft de deux dragmes de racine de Nifî, quatre onces d’eau bouillante, demi-once de Théé & une dragme de femence de Badian.

J’en obmets d’autres pour nous ettre trop connues, ou parce qu’elles croifTent & fe trouvent par tout , comme les femences de Fumeterre, de Chicorée, d’Ofcille, de Laitue-, de Violette, de Pourpié,de Jafquiamme , de Sophie, ou Talietrum, de Mauves, de Milium folis, d’Hiebles,d’Achc,dc Ravc,de Bafilic,dc Brufeus ou petit Houx, de Pfilium, ou herbe aux Puces , donc les Chapeliers fe fervent , ôc plufieurs autres que nos Grainiers débitent a Paris , & comme il y a très peu de Médecins, Apoticaires & Chirurgiens qui ne fçaehent que quantité d’Au- teurs en traitent, c’eft le fujet pour lequel je n’ay pas trouvé à propos d’en parler.

Outre ces femences cy-defTus nommées, nous vendons quatre fortes de grai¬ nes, à qui on a donné le nom des quatre femences froides , qui font les grai- men^ froides, nés des Citroüillc , de Courge, de Melon, & de Concombre, tantôt en coc- ques, c’eft à dire, comme nous les faifons venir d’Italie, ou de la Touraine, & tantôt aufti toute mondées ; lefquelles pour eftre de la qualité requife en coc- que ou mondées, doivent eftre nouvelles , c’eft à dire, de l’année, pelantes, feches ne fentant le rance ny le moifi , prenant garde fur tout que l’on ne fuppofe pas le Melon pour le Concombre, & le Concombre pour le Melon, ce qui n’ar- rive que trop fouvent , lorfquc l’un des deux eft chcre,cc qui fera neanmoins facile à connoître , en ce que le Melon cft plus court & plus étroit que le Con¬ combre.

L’ufage des c^uatre femences froides cft pour faire des émultions,eftant fort propres pour rafraichir ,*& pour en tirer une huillc qui a les facultez d’adou¬ cir le teint des Dames & plufieurs autres chofès fembîables. L’huillc des qua¬ tre femences froides, doit eftre fidèlement & proprement faite, nouvelle tirée, bien blanche, & de nul gouft ny odeur.

Ce qui refte dans la prefTe qui eft le marc, eft fort propre pour laveries mains, quoy que la pâte dont l’huillc n a pas efté tirée, loit beaucoup meilleure en ce qu’elle décrafte plus.

Autrefois l’on nous apportoit d’Italie desCitrQÜilles noires, qui eftoient beau,

/. Partie» F ij

44 Hiftoire generale

coup plus eftimées* que celles que nous voyonyprefentemenr.

Comme la Confection auffi bien que la vente de cette huille &dequantite's d’autres tirées lans feu, efl permife aux Marchands Efpiciers, j’ay trouvé à pro¬ pos d’inferer icy la maniéré de la préparer j & d’avoir unehuille des quatre fe- mences, doiiée de toutes les bonnes qualitcz.

Prenez des quatre femances froides, bien mondées & feches, une livre, ou plus fi vous voulez i faites les battre dans un mortier de fonte, ou de marbre bien net, & lors quelles feront à demi pulverifiécs, faites les paffer par un gros tamis de crin , & lorfque le tout fera pafTé, on le mettra dans une toille de crin double toute neuve, ou du moins qui n’ait jamais fervi à tirer d’autres huilles, amoins que ce ne fût de l’huille de Ben, & lorfque le tout fera accommodé , on le mettrai la prefre,& petit à petit on prefrera,mais toujours également , & lorfqu’il n’en fortira plus rien, on retirera fhuille que l’on mettra dans une phiolle, fimplement bouchée d’un papier troué, de peur quelle ne fe rancif. le, que l’on gardera pour le befoin,ôc la pâte, comme j’ay déjà dit, fera fort propre pour laver les mains.

Quelques perfonnes feront furpris de ce que je dis, qu’il ne faut que paffer les femences par un gros tamis, & enfuite les mettre à la prefl'e, en ce qu’il y en a qui les font battre jufques à ce quelles foient réduites en pâte, mais je fuis feur que quand ils en auront effayé , ils aimeront mieux ma maniéré que la leur , tant parce qu'il y a moins de peine , que parce que c’eft plutôt fait , & de plus c’eft que l’on retire plus d’huille& elle ell plus claire & ne fait ças tant de faiffe. On fera de plus encore averti de ne faire de cette huille qu’à mefa- re que l’on en aura befbin, tant parce quelle eft bien*tôt faite, que parce qu’el¬ le eft fort peu de demande, & que plus elle eft nouvelle & meilleure elle eft.

De cette maniéré, l’on peut tirer les huilles de Ben, de Pignon blanc , de Noifettes, de Pavot blanc, d’Amandes douces &ameres, de Noix, de Piftaches, de Pignove , de Barbare , de Palma Chrifti , & généralement de toutes les graines , bayes, & fruits qui, facilement donnenc de l’huille, ainfî qu’il fe verra chacun en particulier.

Les Auteurs ont donné le nom de femence, à une maniéré de plante qui n’a ny feuilles ny racines , qui eft ce que nous appelions Cufcute, dont la deferip- tion fe trouvera au chapitre de l’Lpithyme. ,

Fin des Graines ou Semences.

45

des Drogues, Livre Second.

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HISTOIRE GENERALE

des Drogues.

LIVRE SECOND

Des Racines.

PREFACE.

'ENT E N S parle mot de Racines , la partie de U plante qui ejl dans terre y çy qm m tire y communique la nourriture aux autres par¬ ties quelle produit ^ qui font la tige , les feUdlcs, la femence ^ yc. Les Racines que nous 'vendons ordinairement jJ ont non feulement en grand nombre , mais fort differentes en figure ^ y en h urs 'vertus. Nos tlcrbo^ rifles nous fournifent plttfieurs Racines , qui nom autre préparation , que d'efire nettojés yfechés^ tantôt bien ^ tantôt mal y fui'vant la capacités que les Herborifies peu'vent a'voir ; telles que font les Racines d’Julnée ou Enule^de Cam~ pane , de Guymauve ^ de "Benoificy de Flambe ou d’iris noflras , y autres. Nous en fai. fins venir d'autres des Pays Etrangers , d’une partie defquelles on a ôté le cœur ^ qui cji la partie nerveufiy dure y inutilles , telles que font le Turbith , la Tapfie , le Diéiam blanc ^ yCy de même que l’on le pratique en plujïeurs Racines de France , telles que font celles de Lefule^de Pentaphjllum ou ^inte feuille. On nous en envoyé d' autres coupées en rouelles , comme le falap, Mechoacam ; en petits morceaux y comme leGalanga minonen tronçons y comme la Rhubarbe y le 2{hapontie; en leur entière ^ comme ï Angélique î d'autres garnies de leurs feuilles y comme la Vipérine; y d'autres , dont on ne nous envoyé que les longs fi. lamens' ou fibres , comme la SafepareilUy y finalement d’autres qui font mondées de leur peau extérieure y comme U Squine ^ l'Iris de Floranco y y autres Jcmblables : comme il fi verra cy après.

La connoifance des Racines ne reçoit pas moins de difficulté que celle des graines y tant à caufe de leurs diverfes efpeces j que de plufieurs marques qui font communes entre quel¬ ques unes; c efi pour cela qu’il faut efire fort circonfpeél dans leur choiXy y fçavoir les prin- cipalles marque de chacune y pour en pouvoir faire un jufie dicernementy aufjique l on acquiert par lufage y y quon pert bien -tôt y fi on n’en fait pas un négoce continuel. Ceux qui ont befoin de Racines , ne doivent pas chercher le bon marché y mais s’addi cfier à des Mar¬ chands y fur la probité defquels ils fi puifent repofer y fur tout lorsque le prix en efi un peu confiderable.

Ceux qui n’ont pas grande confiance yne fi mettent pas en peine' defuppofr l’une pour l'autre, y de vendre l’once yde cetteracinefuppoféeyplus que nen vaut la livre , quand ils la vendent par fin nomscarfayvü de certaines perfonnes vendre pour du ComiSL-Y ctwHy de laTormcn-

46 Hiftoke generale

tille, fur le fieà de plus de cinquante francs la livre , ainf des autres. Il nef ^as aujffort avantageux de fe charger de ces fortes de marchandifes , fur tout de celles e^ui nom pas grand débit , tant à caufe du gros dechet qu elle i font en les gardant, que parce que la plus part de ces Racines font fujettes kfe vermoudre, . comme l’ Jngeliepte ,lj4carus vertus; ■^afegdter comme la Rhubarbe, la Reglijfe autres. Comme ce Chapitre ferait d’une grande étendue ^ que ce ne ferait jamais fait de vouloir faine la àeferiptio» de toutes les Racines^ je me renfermera)/ dans celles qui dépendent de mon négoce; fur tout celles que nous faifons ve~ nir de plujieurs endroits du monde, fans m'arrêter à cédés qui Croisent dans nos jardins, ou dans nos Campagnes , non plus qu'à celles cm croijfent dans des p^^sf éloigne:(^ ,que la con^ noiffance n'en efl pas encore venue jufques a nous.

CHAPITRE PREMIER.

De ïlpecacuanha.

’IPECACUANHA ijotomc Beguquella , auffi Specacuanha , Cagofmga , Beculo , Beloculo , ou Mine d' Or ,c(i une petite racine quç les Hol- landois & les Portugais nous apportent d'un endroit du Brefil , ap- ... . . pelle Rio de genecjro , & qu’on ne trouve qwe fur les Mines d’or, qui

rAmcHqïcmt luy cu ont donne le nom. On la fait ramalTer par ceux qui font condamnez aux Mines j & ce qui en fait la grande cherté, çeft que le plus fort ouvrier n’en peut recueillir qu’une douzaine de livres dans un an , & fi ce n croit qu’on rechange contre d’autres marchandifes ^ elle feroit encore beaucoup plus chcre. Les Hollandois , ou autres, nous envoyent trois fortes d’Ipecacuanhaj-fçavoir, le brun, qui eftle premier & le meilleur; & par confequent le plus cher ; le fe- condquieft le gris, eft moins violent que le brun; le troificme e/l le blanc, dont je parlcray , cy-aprés.

Les plantes de Tlpccacuanha , tant du brun que du gris , font de moyenne

des Drogues^ Livre Second. 47

moyenne hauteur, en partie rampantes, en partie éleve'es à la hauteur dun de- my pied; elles ont leurs feüilles aflez approchantes de celles de la Pariétaire, du milieu defquelles naifTent des fleurs blanches à cinq feüilles, foûtenués par de petites têtes, d’où forcent des bayes brunes, qui dans leur maturité font dune couleur rouge brune, de la groffeur d’une ccrife fauvage-, ces bayes con¬ tiennent une pulpe blanche , fucculente , dans laquelle on trouve deux grains durs, & jaunâtres, approchans de la figure d’une Lentille.

On doit choifir cette racine nouvelle, bien nourrie, foncée, difficile à rom¬ pre, refineufe dans fa fubflance,& ayant un nerf dans fon milieu; & prendre garde qu’elle ne (bit mélangée de fa tige & de fes filamens , que ceux qui lenvoycnc y laiflent quelquefois, & qu’elle foit d’un gouft acre, amer & defagreablc. Quel¬ ques amis que j’ay à Lifbonne, en Hollande & âMarfcillc, m’ont afiùré que le meilleur Ipccacuanha eft le brun, qui elt celuy principalement qu’on trouve fur les Mines d’or, & que les deux autres fe trouvent au bas des montagnes dans les prez & autres lieux humides.

Lufàge de cette racine efl; pour la guerifon des dyflenteries ; quelques uns veulent que cette racine (bit Alexiterre, mais nonobftant cela, je ne confeillc à perfonne de s’en fervir qu’avec de grandes précautions & par lavis d’habiles gens , à caufe quelle agit avec beaucoup de violence , foit qu’on la donne en mfufion , ou en fubftance.

La doze ordinaire de cette racine eft depuis demi gros , jufqu’à un gros; on la donne en poudre dans quelque liqueur convenable , le matin à jeun; & on donne un bouillon gras, ou au lait, deux heures après.

Cette racine fait vomir , avant que d’arrefter, qui eft le contraire des autres aftringents.

De r lÿecacuanha blanc,

L’Ipecacuanha blanc, différé des deux autres, en ce que la racine eft blan¬ che & tout à fait femblablc au Bchen blanc, ou à la racine de Dicftam blanc ;

& a fes feüilles femblables à lOzeille ronde : d’autres difent qu’il eft fem- blable au Pouliot; & comme il m’a efté du tout impoftible de fçavoir fa vérita¬ ble figure, j’ay mieux aimé m’abftenir de la reprefenter, que de dépeindre ce que je n’ay pas vû.

Les Efpagnols & les Portugais preferent l’Ipecacuanha blanc , qu’ils appel¬ lent Ipccacuanha blanca aux deux precedens , principalement pour les femmes groffes, & pour les petits enfans, à caufe qu’il agit avec moins de violence ; ils l’ordonnent en fubftance au poids de demi-gros, &en infuflon jufqu’à deux gros, àc ils y procèdent de la même maniéré que j'ay marqué cy-deft'us.

Au mois de Janvier 1690. il futfbûtenuëuneThefe,aîix Ecolles de Médecine de Paris, au fujet de la racine du Brefil,ou Ipccacuanha-^ dans laquelle il eft marquée que les Ameriquains en font beaucoup d’eftime, tant à caufe qu’ils prétendent que c eft oa^îpcMcuïï un fort bonantidore,que parce quelle eft fort convenable pour la guerifon déplu- fieurs longues & fâcheufes maladies ; fur tout les Dyffenteries ou Flux de vendre , & fe donner bien de garde d’en faireufer à ceux qui ont un flux hépatique.

QiKlques uns veulent que ce foit M Helvetius Médecin Hollandois,’ qui aie mis 1 Ipccacuanha en ufage en France , depuis environ 4 ou ^années , mais je pourrois ccr- tiffier le contraire , parce qu’il y a plus de vingt années que j’en ay vu â Paris ; pour preuve , c’eft qu’il s’en eft trouvé une affez bonne quantitee dans la boutique de feu le S' Claquenellc Maître Appoticaire , qui tomba entre les mains du Poulain fon gendre, auffi Appoticaire qui l’a remis en ufage, par ordonnances du S'^Helveiius.

Hiftoire generale

foutra- Ycr va blanc.

48

CHAPITRE II.

Bu Contra-Yerva.

Ccmtr’i

X E Contra-Yerva cft la racine d’une plante qui a fcs feuilles ram-<, 1 ipantes a vertes, nerveufes, de la figure d'un coeux, du milieu defquelles fort une tige toute nuë,dc la grofleur du doigt. On nous l’apporte de la nou¬ velle Efpagne.

On doit choifir cette racine nouvelle, bien nourrie, garnie de longs filamens, noüeufe, pcrantc,d’un rouge tanné au dehors, & d’un blanc grisâtre au dedans, d’un gourt fuave & aromatique.

C’eft un Alexiterc fort puiflanc pour refifter à plufieurs fortes de venins; c’eft pourquoy les Efpagnols l’on nomme Contra-Ycr'va ^ qui fignifîe en leur langue contre poifon.

Il croît encore au Pérou, une racine fort (cmblable à celle cy-delTus, qui eft appellée Drak ou Drakena, du nom de François Drak , qui en a apporte le pre¬ mier en Angleterre.

Quoyque cette racine foit un contre-poifon, fes fcüilles au contraire font un poifon mortel.

Plufieurs perfbnnnes fe fervent prefentement düContra^Ter'va réduit en pou¬ dre, & mêlé avec fbn double poids de Quinquina, au fli pulverifé , pour guérir , ou du moins fufpcndre pour un temps les fievres d’accez ; d’autres s’en fervent aufli en le mêlant de meme avec de l’Ipecacuanha, pour laguerifon du Flux de ventre, ou de la Dysenterie.

Nous vendons la racine d’une plante qui croît en quantité, par route la Fran¬ ce, & meme dans nos jardins, qui eft connue prcfque de tout le monde, fous le nom d’Afclcpias ,& des hmpliftes, fous celuy d’Hirundinaria. Cette racine ert fort déliée, blanchâtre, & alfcz (emblable i\ a efté appellée de

des Drogues * Livre Second. 4 p

quelques-un$ Contra.Yer<va blanc, parce qu’ils pretendrent qu’elle aies mêmes proprietez. On la doit choifir nouvelle, bien nourrie, d’un gouft tant foie peu piquant & aromatique.

CHAPITRE III.

De la Vipérine ,0x1 Serpentaire Virginienne.

Il y aune «om- pofition de plu- iieuts drogues dans laPharma. copàc de M. Charasàla pa¬ ge 1041. àqui on a donné le nom de Pierre de Contra- ycr- va, à caufe que la racine de Contra Yerva en cft la balTc.

La VIPERINE, que quelques- uns ont nommée Serpentaire ou Serpentine de la Virginie; & d’autres Diâame, ou Pouliot , ou Contt a^Terva delaVirgi. nie, eft une plante qui croît dans la Virginie, l’une des parties del’Amerique Septentrionale, d’où les Anglois tirent & s’en fervent beaucoup contre tou, ces fortes de venins j en ayant éprouvé les bons effets dans les lieux ou elle croît, & fur tout contre la morfure d*un certain Serpent affez gros , long de cinq pieds, de couleur brune mêlée de jaune, ayant les dents longues & pointues, portant certaines fonnettes fous la queue , rampant avec une extreme vi- ceffe, & fort redoutable aux voyageurs, qui feroient beaucoup plus fujets à en eftre attaquez & mordus, fi le bruit des fonnettes qu’ils entendent de loin, ne les obligeoit à fe tenir fur leurs gardes, & à fuivre les avis de ceux du pays, qui leur font porter un long bâton fendu par un bout,& dont la fente eff remplie de Vipérine écrafée & débordant hors de la fente du bâton ; pour s’en fervir à avancer la pointe fendue contre la gueulle du Serpent s’il vient à eux & l’en faire mourir, ou l’obliger à s’éloigner d’eux j & d’autant que ceux du pays pren¬ nent ce Serpent pour une cfpcce de Vipere, & que cette racine guérit fes mor- fures, on luy a donné le nom de Vipérine, & le furnom de Virginienne, àcau- fe de fon lieu natal. Les Efpagnols ont donné à ce Serpent, le nom de Cafeavel, à caufe des fonnettes qu’il a fous la queue.

On peut dire que l’odeur & le gouft aromatique de cette petite plante, l’em¬ portent de beaucoup > fur ce qu’on en .peut remarquer en toutes les autres qu’on met au rang des aromats.

/. Partie. G

JO Hiftoire ‘generale

Cette plante eft non feulement connoiflablc en cela , mais en ce quelle cft •compofée d'un nombre prefque innombrable de filamens fort déliez, qui font attachez à un nerf,& avec lequel ils reprefententune barbe afe grande. Ou¬ tre les vertus fingulicres de cette plante, contre les morfüres de Viperes& de tou¬ tes autres fortes de Serpents, elle eft aufli très propre contre toutes fortes de poifons, & même contre les maladies Epidémiques, & l’on en doit cftrefort per- luadc,puis que Monfieur d’Aquin, premier Médecin de Sa Majefté,! a choific com¬ me un des principaux inerediens de fa Thériaque reformée , décrite dans la pharmacopée Royale, Galenique & Chymique de M. Charas , d«ntl inven¬ teur de la Theriaque, ny aucun Auteur moderne , ne s’eftoient 'encore avifez. On peut donner cette plante depuis le poids d’un fcrupulc, jufqua une drag- me, la reduilànten poudre, & la délayant & donnant dans du vin, ou dans quel¬ que eau cordiale , loin de toute nourriture.

A l’égard de fon choix , elle doit eftre nouvelle , fa racine grofle & bien nourrie, d’odeur forte , tout à fait femblablc a lafpic,ou lavande male ^ foie que Ion la porte au nez, ou qu’on en mette tant foit peu dans la bouche. Ccl* le dont les fcüilles font vertes & bien nettoyees , doit eftre la plus cftimée , en ce que comme cette plante eft petite en toutes fes parties, il y en a ou il fc trouve la moitié de perte par les corps étrangers qui s'y rincontrent; foit que ceux qui la cueille, ne l’épluchent pas, ou que Ton les y mette exprès àcaufe •de fa cherté.

CHAPITRE IV.

Des Ruharbes,

La Rubarbe du Levant cft la racine d’une plante de laquelle jenay pu fça- voir pofitivement le vray lieu nataj non plus que la figure de fa plante.

des Drogues, Livre Second. 51

C’cft pourquoy j ay efté oblige de prendre l’Eftampc qui eft reprefentee dans Dodon,ne m’ayant pas efte poflible de fçavoir aucrcmcnc la véritable figu¬ res de fes fcüilles & la maniéré donc elles (ont dilpolees eftant fur pied.

Pour fes fleurs , j’en ay une afTez bonne quantité donc un de mes amis ma fait prefenc,

Dalefchamps, en la page 538. du fécond Tome de fon Hiftoirc des Plantes, fait un grand difeours fur la Rubarbe, & fur le lieu d’où l’on nous l’apporte j mais luy &c les autres Auteurs, en ont parlé fi diverfemenc , que j’ay jugé à pro¬ pos de dire feulement ce que j'en ay apris depuis peu , fans m’arrêter à ce que les autres en ont dit. Voicy ce que l’on m’en a écrit de Marfcille le 25. Juillet 1691.

,, La Rubarbe vient de Perfe^ quelques-uns difent qu’elle y croît, d’autres ,, veulent qu’elle vienne des confins de la Mofeovie , mais la plus commune opi- nion eft qu’elle naît en Perfc; cela a affez de rapport à ce qu’en a écrit M.

J, Tavernier, qui affure dans fon Livre de voyages, que la meilleure Rubarbe croît & vient du Royaume de Boutan.

Cette racine nouvellement tirée de terre, eft greffe, fibreufe , noirâtre par- deffus & d un rouge marbré au dedans ^ elle pouffe des feiiillcs larges & cot-' tonnées, d’où naiffenc de petites fleurs incarnates en forme d’étoiles , après lef quelles vient la femence.

On choifira la Rubarbe nouvelle, & autant qu’on le pourra en petites piè¬ ces unies, raifonnablemcnt foliJes & pefantes, d'un gouft aftringent & un peu amer , d’une odeur affez agréable & un peu aromatique , ôc d’une couleur jau¬ ne affez belle en dehors ,& de couleur de noix mufeade au dedans , laquelle eftant trempée dans de l’eau luy donne une teinture approchante de celle du fàfran; ôc cftanc.cafice ,que la couleur du dedans en foie vive ôc vermeille j ce que le vendeur ne permet guere volontiers, parce qu’il y peut eftre trompé de même que l’acheteur j c’eft pour cela qu’il faut fe contenter des marques cy- deffus, ou la rompre par quelque endroit defeâ;ueux,fans neanmoins l’endom¬ mager, comme on le peut faire aifement avec la pointe d’un couteau ou avec une aiguille à emballer-, il faut auffi prendre garde que ce ne foie de vieille Ru¬ barbe racommodée avec des poudres qu’il n’cft pas befoinde nommer, ce qui fc pourra voir facilement en la maniant , par la poudre jaune qui s’attachera aux doigts.

On attribué de grandes proprietez à la Rubarbe, fur tout de fortifier l'efto- mach, de purger doucement la bille , principalement lors qu’elle eft aidée de quelque purgatif. On l’eftime aufli fort convenable pour arrefter lesDyfl'entc- rics, eftant mâchée ou groflierement pillée, prife dans quelque liqueur con¬ venable. On s’en fert aufli pour tuer les vers des petits enfans; enfin c’eft un remede doux Ôc bénin, duquel on fepeuc fervir en toutes fortes d’âges ôc pour toutes fortes de perfonnes, foit femmes greffes ou petits enfans ; fes bonnes qualitez font caufe que les Médecins l’ordonnent fi frequemmenr, connoiffant qu’ils ne courent aucun rifquc, 5c eftans fort perfuadez que c’eft un excellent remede , ils en ont fait un des pilliers de la mcdecine. Je diray en paffant que l’endroit par ou l’on a enfilé la Rubarbe, pour meprifé qu’il fbit, eftant donné en poudre au poids d’un gros, dans un verre d’eau -roze ou de plantain, le matin à jeun, eft un remede affuré^pour arrefter les cours de ventre.

l. Partie,

Gij

P Hiftotre generale

De l' Extrait de Rubarhe.

L’On peut tirer de laRubarbCjpar le moyen de l’eau commune, une tein¬ ture jaune , quieftant évaporée doucement fur le feu & réduite en confif- tancc de miel , eft ce que les Appocicaires appellent Extraie j bc pour qu’il foir de la qualité requife , il doit eftre fidèlement fait &avec de bonne Rubar- be & bien cuir, ce qui fe connoîtra facilement en approchant le doigt defliis: car lors qu’il ell bien travaillé, il ne doit ellre aucunement adhérant aux doigts & eftant délayé dans de l’eau il doit faire une belle teinture jaune & nepasfentir le brûlé.

On attribue de grandes proprietez à l’Extrait de Rubarbe dont plufieurs Auteurs font mention , principalement pour purger doucement & pour fortifier l’eftomac.

Sel five de Ceux qui feroient une grande quantité d’Extrait de Rubarbe, du marc cllanc nkibe. pourroient faire un Sel jîxe , à qui l’on attribue de grandes proprietez.

Rubarbe de ï Amérique.

DEpuis quelques années nous voyons quantité déplantés de Rubarbe dans nos jardins, que M.de T oify Viceroy des Ifles,fit apporter des Indes Occiden¬ tales en France. Il y a même des endroits ou cette Rubarbe vient fi groffe bc fi approchante de la vraye Rubarbe de Perfe, que l’on auroit afiez de peine d’en faire la diffcrenccijc puis aulTi aCTurcr d’avoir tiré moy-même de terre, au bouc du Pont du Rhône à Lyon le long de la Riviere, plufieurs racines de cette Ru¬ barbe, laquelle ayant cfté ratifiée & fechée, ne differoit prcfque en rien de la véritable Rubarbe.

Plufieurs perfonnes prennent cette Rubarbe pour le Rhapontic, à caufe de leur grande conformité. Entr’autres Profper Alpin, qui a efté celuy qui la ap¬ portée des Indes àPadouë,quoy qu’il y ait beaucoup de différence; fur tout en ce que la Rubarbe efi ordinairement en morceaux , prefque ronds, & quelle a fes lignes internes de travers; & qu’au contraire le Rhapontic eft en morceaux longs, & qu’il a fes lignes en rayes rougeâtres & en long^ôc comme cette diffé¬ rence n’efi connue que de peu de perfonnes, ceux qui nousenvoyent la Rubar¬ be y mettent affez fouvent du Rhapontic. C’cfl le fujet pour lequel le vray Rha- poniic, c’ell à dire, celuy du Levant, efi: fi rare. Et delà maniéré que je viens de dire , ceux qui auront befbin de Rhapontic, en trouveront parmi la Rubar¬ be, car nous ne recevons point de Rubarbe, ou il n’y ait des morceaux de Rhapontic mêlez. Mais outres les marques cy-deffus exprimées, pour mieux connoître la différence du Rhapontic d’avec la Rubarbe , le plus fur efi: de les goûter, car la vraye Rubarbe ne donne aucune vifeofité dans la bouche, au lieu que le Rhapontic ne manque pas d’en donner.

Rubarhe des Moines ^ ou Rhapontic de Montame,

O

La rareté du Rhapontic du Levanr,a donné lieu à quelques broüillonsdeluy fubfiituer & donner, à ceux qui n’en ont aucune connoifiànce, les racines de l’Hypolapathum à feuilles rondes de l’obel, que plufieurs cultivent dans leurs jardins-, ou une autre cfpccc d’Hypolapathum, qui a fes feüilles grandes, mais

des Drogues, Livre Second. J3

moins rondes ,& qu on trouve en certaines montagnes j quoy que la différence en foit grande, vu que le Rhapontic du Levant elt jaune au dehors & rouge⬠tre marbre au dedans, ôc que cet Hypolapathumeft noir & chagriné pardefllis & jaune par dedans, fans aucune marbrure-, c’eftpourquoy lors quils rencontrent desperfonnes entendues, ne pouvant faire pafTer ces racines pour vraye Rha¬ pontic du Levant , ils les qualifient Rhapontic de Montagne ou Rubarbe des Moines.

Le Jalap eft la racine d’une plante de quatre à cinq pieds de haut , & qui a Tes feuilles aflez approchantes de celles du grand l’hyerre , excepté qu elles ne font pas fi épaifles -, fuivant ce que m’en a écrit le fieur RoufTeau , éc fuivant ce que m’en a dit le R. P. Plumier, le Jalap que nous vendons cfi: la racine de cette plante qui nous eft apportée de la nouvelle Efpagne il n’y a pas Ipng-temps, à qui M. de Tornefort a donné le nom de SoUnum Mexicanum , magno Jîore, femine rugofo , Jala^ exiflimatum , qui fignifie Morelle du Mexic^ue à grandes fleurs , dont la graine eft ridée, que l’on croît cftre une elpecc de la-^ lap.

Le R. P. Plumier veut que cette Morelle foit une belle de nuit, en ce qu’elle eft tout à fait femblable à nos belles de nuit, que nous appelions en latin, mi. rahilïs ^eruuiana. Cftte plante eft fort commune dans nos jardins , àcaufe quelle ne fleurit que la nuit, d’où luy eft venu le nom de belle de nuit.

Quelques-uns auront peut-eftre peine à croire que le Jalap foit les tronçons

G iij

Bcllcdenule,

BîTcuits

nii.

54 Hiftoire generale

de la racine de cette plante , mais comme le R. P. Plumier a efté fur les lieux, & quW de mes amis m’a donné de cette racine crue en France dans une bon¬ ne terre, & que j’ay vu quelle ne différé du Jalap qu'en ce qu elle cft plus le- gere^ plus blanchâtre & qu’elle ell plus figurée, & que fes différences ne provien¬ nent, fans doute, que des differens efimats , ainfi je laiffe cet article à déci¬ der, n’ayant pu en Içavoir davantage, pour dire que l’on doit choifir le Jalap, en greffes rouelles , difficile âcaffer avecks mains, mais tendre fous le marteau, d’un gris noirâtre au defius & d’un noir iuilànc au dedans, refineux, d’un goufl acre & affez deTagrcable, j5renanc gardé qu’il ne (bit pas mélangé de Brionne ou d’autres racines fcmblables, à quoy il elt fort iujec.

On nous apporte le Jalap que nous vendons en France des Indes Occiden¬ tales, mais la plus grande quantité vient de l’ifle de Madcre , ou il croît fore communément, & lans culture.

On cfiime le Jalap propre pour purger les ccroficcz , mais il faut en con- tioîcre la portée, parce qu’il opéré vigoureufement, (ur tout fi on le donne en fiibrtance, & fi on ne modéré la doze, laquelle on doit proportionner à laconlli- tution , à l’âge & aux forces des perfonnes j a’eft le fiijcc pour lequel on n’en doit ufer qu’avec de grandes précautions.

La doze ordinaire cft depuis un ffirupulc jufqua une dragme, dans du vin blanc ou autre liqueur convenable.

On fera averti de ne point achepter dujalap enpoudrc,fi cen’eftde Marchands donc la probité foie connue, & à qui l’on puiffe fc fier, en ce qu’il y en a qui ne mettent en poudre que du Jalap chargé de Bryonne ou autres racines , ou de celuy qui eft carie' & vermoulu j on doit eftre foigneux auffi qu’il aiteftépaf- par un tamis de foye, en ce que plus il cil fin , plus il a de qualité, & eft moins malfaifanr.

' C’eft avec cette poudre qu’un Paticier de Paris fait ces Bifeuits purgatifs,'' dont l’on fait une felle à cous Chevaux j & il en fait un débit affez confidc- rable, foie par les bons effets que l’on y a pu remarquer , ou par le bon mar¬ ché qu’il en fait j ce que je n’ay pas jugé a propos de décider, eftant plutôt l'af- fairc des Médecins & des Appoticaires que la mienne.

De la Refine ou Magijlere de lalap.

ON tire du Jalap, par le moyen de rcfprit de vin & de l’cûu commune , une Refine liquide, blanche & gluante , affez approchante de la Thcrc- beiuine; & qui apre's avoir eftéfechéc à l’ombre, approche de la Refine ordinaire; elle doit eftre de l’odeur de la Refine de feamonée; principalement lors qu’elle a efté bien travaillée, car fi par une mal façon ,il y a de l’extrait de Jalap mê¬ avec, ou qu’elle ait efté fechee fur le feu , clic fera d’une couleur brune , tout à. fait femblablc à celle de l’Arcanfon, vulgairement appellé Colopbone. La belle Refinc du Jalap, outre la couleur & l’odeur cy-deffus, doit eftre lé¬ ché, tranfparantc , tendre & friable, & eftant écrafée entre les doigts , elle doit eftre une cendre ou poudre grife.

Cette Refine eft plus cftimée que le Jalap, tant à caufe qu’elle a beaucoup plus d’effet, que parce quelle eft bien plus facile à prendre.

La doze ordinaire de cette Refinc eft de cinq à fix grains, prife dans un jau¬ ne d’oeuf. Quoy que cette Refine foit doüéc de très bonne qualitcz , on ne doit s’en fervir que par l’avis d’habiles Médecins.

Apres avoir fait la Refîne dejalap en avoir tiré l'efpricde vin , & fait évaporer

des Drogues J Livre Second.

rhumiditc, on retirera un Extrait d’une couleur brune, d’une confiftancc de ExcMitdciaiap miel , qui a à peu près les mêmes qualitez que la Refine , excepté qu’elle n’agit pas avec tant de force.

Du Mechoacam.

Le Mechoacam ainfi appellée Kubarbe blanche ^ Scamome ou Brjonne de l'Jmerique, eft une racine Icgere & blanche, tant de hors que dedans , que Ion nous apporte coupée en roüelles, de la Province de Mechoacam dans la nouvelle Efpagnc, d’où cette racine a tiré fon nom.

L’IflcdeS.Dominguc ,felon le témoignage du S' F. Roufieau, eft fi abondante en Mechoacam, que l’on en pourroit charger un vaifteau en très peu de temps.

Cette racine eftantdans terre, poufle des tiges, d’où forcent des fcüilles minces, faites en cœur, d’un verd blanchâtre, après lefquellcs naifTcnt de petites bayes Vertes au commencement & qui rougiftenc à mefure qu’elle meuriftenr. La plante du Mechoacameft rampante, & ne diftere de laBryonne, eftanr fur pitd, qu’en la figure de fes feuilles, & par le gouftj & la racine eftant coupée & fe- che ne diffère aufli de celle de la Bryonne, qu’en ce que Je Mechoacam eft d’un gouft & d’une odeur prefque infipide, & la Bryonne eft d’une amertume infuportable.

On doit choifir k Mechoacam en belles rouelles , blanches defTus &: dedans , fcc & pefanc, d’un gouft prefque infipide, ainfi que je l’ay marqué cy-deftus; & rejetter celuy qui eft falle, maigre, mince & aride ;& prendre garde qu’il n’y ait de la Bryonne mêlée avec; ce qui ne fe rencontre que trop rouvcnc,lors que le Mechoacam eft cher, ainfi qu’il eftoit en lôytî. ce qui fera facile à connoî- tre, en ce que le Mechoacam à les lignes plus ferrez, & eft d’un gouft doux, & la Bryonne eft extrêmement pierreufe & d’un gouft fort amer.

50 Hiftoire generale

Le Mechoacam réduit en poudre & pris en double dozc du Jalap,cfl: le plus excellent remede pour purger les cerofitez , qui ait paru jufqu a prefent-, mais comme ces ciFcrs ne (ont pas extrêmement prompts, & qu’il n’agit pas avec une aufTi grande violence que le Jalap j la mode d’en ufer en eft prefqiie paf- lée, quoyque alTez mal à propos, ce qui ne vient que de la faute des mala¬ des, en ce qu’ils croyent n’eftre pas bien purgez ,fî un remede n’opere prom- tement & avec violence j neanmoins quoyque ce foit un remede très doux , il doit ellre préféré au Jalap, en ce qu’il y a moins de rifque, & que l’on le peut donner à toutes fortes de perfonnes, foit jeunes ou vieux; il fe prend dans du vin ou autre liqueur, le matin à jeun comme le precedent.

Lait , OU F e eu le de Mechoacam.

S"* I nous pouvmnsavoir du Mechoacam recent, on en pourroit tirer une fe- Jciile , qui (efoit,ce que quelques - uns appellent lait de Mechoacam: mais comme il eil prefque impoflible d’en pouvoir faire, faute d’avoir de ces raci¬ nes recentes, & que c’eft un remede affez inutile j c’ell le fujet pour lequel on ne s’en doit pas mettre en peine.

De la Bryonne , ou Viyne hlanclK.

Naveaa fau- vage.

La Bryonne , à qui l’on a donné le nom de Coulevrée, ou de Vigne- blanche, eft une plante fi connue, qu’il eft inutile d’en parler j & déplus c’eft que tout ce qu’il y a d’Auteurs en font mention, & il y a très peu de jar¬ dins & de hayes à la compagne qui n’en foient remplies. La racine de cette plante , lors qu’elle eft nouvelle eft fi violente , que les Payfans luy ont donné le nom deNaveau enragé, en ce que dés aufli-tôt que l’on en a mangé, on de¬ vient infenfé, comme fi l’on eftoit enragé, & quelquefois en rifque d’en mou¬ rir. Mais eftant feche, elle eft de quelque ufage dans la Médecine, en ce qu’il y a quelques compofitions, ou elle entre.

Le fieur Mathurin Sebille le plus fameux Herborifte que nous ayons eu à Paris depuis plufieurs fiecles, m’a aflliré que le véritable Naveau fauvage eftoit la Bryonne, & que la graine qui fe trouve dans ces petites bayes féches, eftoit la feute qui dévoie entrer dans la compofition de la Theriaque. Quelques uns veulent que la Bryonne foit un très bon remede pour guérir les morlures des Serpens , & que c’eft de la que luy eft venu le nom de Coulevrée, de même qu’elle porte celuy de Vigne blanche, ou noire j àcaufe que fes feuilles font fcm. blables à celles de la Vigne.

Fecule de Bryonne.

ON peut tirer de la Bryonne une fecule, qui eftant feche eft femblable à l’Amidon; mais depuis que l’on a reconnu qucc’eftoitun remede prefquc inutile, c’eft le fujet pour lequel l’on n’en tire que très peu.

De la Bryonne, ouV igné noire.

IL y a encore une autre cfpccc de Bryonne, ou Coulevrée, ou Vigne noire , à qui quelques-uns ont donné le nom deSceaude Nôtre- Dame^mais comme nous ne vendons point de ces deux fortes de racines, & que les Auteurs entrai.

tent

des Drogues^ Livre Second. 57

tcnt; c cft le fùjet pour lequel je n’en ay pas fait graver les figures, & que je n'cn ay pas fait un plus lorîg difcours.

Je diray que la racine de la Bryonne noire recentc appliquée fur lescontufîons empêche lefang de fe meurtrir afin qu’il n’y paroifle pas, & c’eft ce qui luy a fait donner le nom de racine contre les meurcriflures. Racine contra

les mcuttiilTu-*

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CHAPITRE VII.

Du Turbith.

Le Turbith, que les latins zp^eWentTurpethum la racine d'une plan- te rampante le long des autres arbres, qui a les feuilles & (es fleurs aflez approchantes de celles de la Guymauve, ainfi que le rapportent plufieurs Au¬ teurs, entr’autres Garcie du Jardin, qui marque dans (on Livre, à la page 231. de Ton fécond Volume, ce qui fljit ;

Le Turbith eft une plante qtii a racine d'une moyenne groflfeur & lon- ,* gueur , ayant le pied épars fur la terre , comme le lierre: elle produit des feiiilles & des fleurs femblablesà la Guymauve -, la meilleure partie de la plan- te, eft ce qu’il appelle le pied , & dit que toute cette plante n’a aucun gouft J, lors qu’elle eft recentc j & qu’elle fe trouve aux environs de la Mer, tant en ,, Cambajette, Suratte, qu’en d’autres contrées des grandes Indes. Il dit en- »> qu'il s’en trouve à Goa , mais que les Médecins du Pays n’en font point détatj & ne pouvant tout à fait m’arrêter à ce qu’en a écrit Garcie du Jardin, >»j^y j^gc à propos de mettre icy ce que M. Paul Hcrmance Dodeur en 3, Médecine & Demonftrateur au jardin des Plantes de l cyde , rapporte dans J, fon Livre a la page78.ou il dit qu il a vii en plufieurs endroits des Grandes Indes ,

5, principalement dans Tlfle de Zeilan , du véritable Turbith. Cette Plante », cft rampante & s’entrclafle fort facilement d’elle même, ou autour des autres arbres qui luy (ont voifinsi cette racine eftant dans terre, pouflfe desSarmens

/. Partie. H \

58 Hiftoire generale

longs de cinq à {ix pieds, du milieu des tiges fortent des feuilles qui y J, (ont attachées par une queuë de moyenne grandeur-, ces feüilks font afîez

ftmblables à celles de la Guy mauve, à la relcrve quelles, font tant foit peu ,, plus blanches, vtloutécs&épineufes, ou plutôt garnies de petites pointes après lefquelles naifTent des fleurs incarnattes,femblables à celles du Liferon; c’eft le Injet pour lequel M. Paul Hermance luy a donné le nom de Convohu- Im Indiens alUtus maximns folio ihifco nonnihil [mile Tttrbith offtemarum, qui figni- fie Liferon des Indes ^ d grandes feUilles qui approche en quelque façon de la Gujmau- nje eÿ* que l'on appelle Turbith dans les Boutiques i lots que la fleur efl: tombée il refte des goufles, dans chacune defquelles il y a quatre femences noirâtres ,, à demi rondes , de la grofleur du poivre.

Le fleur Hermance dit de plus que la plante du Turbith aime les lieux hu¬ mides & voiflns de la mer j & on peut s’affurer fur ce qu’en rapporte cet Auteur tant parce qu’il a efté luy- même fur les lieux, que parce que ckfl: un homme de probité & digne de foy.

On doit choifir le Turbith bien mondé, c’efl: à dire fendu en deux & que le cœur en foit ôté, difficile à rompre, gris au dehors & grisâtre en dedans, pe- fant, non carié, reflneux aufli bien dans le milieu que par les bonis, & rejetter celuy qui efl blanc., léger, facile à rompre & à le vermoudre, aufli bien que ce« luy qui n’efl: reflneux que par les extremitez, cela ne provenant que de ce que les Indiens le tordent aufli- tôt qu’il efl: tiré de terre , pour faire aller Ton fuc à fes extremitez, & qui venant enfuite à.fe Iccher, paroît reflneux j ou cela provient d’avoir efle trempé dans quelques gommes ou reflnes fondues. Qiielques-uns préfèrent les moyens morceaux de Turbith au gros, ce que je ne défaprouve pas.

Plufieurs fuppofent & employenc la Thapfla pour le Turbitli, ce qui le -connoîtra facilement, comme il fe vera cy- après.

On eflime le Turbith propre pour purger les feroflrez,& fon plus grand ufàgè efl pour les Appoticaires, parce qu’il entre dans beaucoup de compofltions galéniques.

On prétend que le nom de Turbith vient du mot latin Turbare^ en ce qui purge en troublant les humeurs, de même que le Jalap.

Rejîne ou Extrait de Turbith,

O N peut tirer du Turbith une Reflue &jLjn Extrait , de la même manière que l’on fait du Jalap, mais le peu qu^l’on en retire, fait que je ne con- Teillc àperfonne de s’y amuler.

De la Thapfie blanche.

La Thapsie ou Thapsia Blanche ou Turbith gris, efl la racine d’une planted écrite dans tous les Auteurs, qui a fes fcüilles comme le Fenoüil; apres lefquelles naiflent des ombelles femblables à celles de l’Ancth , fes fleurs font jaunes & fa graine large, approchantes de celles de la Ferulc.

Cette plante cft fort peu en ufage, à caufe de fa grande violence , & le fuc ou lait qui en fort efl fl acre, que la feule vapeur fait enlever le vifâge ; la raci¬ ne de cette plante efl aufli très peu ufitée en mcdecine, fl ce n’cft par quelques Appoticaires qui en employent (quoy que mal à propos) pour le véritable Tur- bich loit faute deconnoiflance,ouà caufe qu| cette racine de Thapfie efl à beau^

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des Drogues J Livre Second; 59

coup meilleur marché, la difFcence qu’il y a entre cette racine & celle duTurbith cft neanmoins fort confiderable,en ce que leTurbith elt d'un gris rougeâtre au deiTus, d’un blanc grisâtre au dedans, aflez pefant & difficile à rompre j qui eft le contraire de la Thapfie qui eftlegere, froncie, d’un gris argenté au deffus ,

& d’un gouft fi acre & fi chaud quelle enlcve la bouche, fur tout lors quelle eil: nouvelle.

Il y a encore une autre forte de Thapfie, à qui l’on a donné le nom de Tapfic»oir; Thapfie noire ^ laquelle n’cflant d’aucun ufàge dans la 'médecine , c’eft le fujec pour lequel je n’en parleray point , me contentant feulement de dire que ces deux racines doivent élire mifes , à caufe de leurs grande acrimonie, au rang des remedes violcnsj dont l’cmploy cflfort dangereux, ce qui fera que les Appoticaires & autres perfonnes, fe donneront bien de garde d’employer ces deux racines à la place du véritable Turbith.

CHAPITRE VIII.

Du Coflus Arabim.

Le Costus Arabicus ou ArabiQi^e , efl la racine d’un arbriffeau fore femblableau Sureau qui croît en quantité dans l’Arabie heureufe, d’où il a tiré fon furnom.

On le choifira en belles racines pefantes,d’un gris cendré au delTuSj&d’un gris rougeâtre au dedans, mal aifé à rompre , d’une odeur forte, d’un goufl: aromatique, accompagné de quelque peu d’amertume.

Le plus grand ufage de la racine de ce Collus ell pour la Theriaque, à la quelle il na befoin d’aure préparation que d’être nouveau, gros , bien nourri, inondé de fbn rofeau qui tient le plus fouvent à la racine, &: de la terre ou au¬ tres corps étranger qui s’y rencontre affez fouvent.

/. P4r/if. H ij

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Hiftoire generale Du Cofim doux.

Le Coftus dou;: eft une petite racine fort approchante en couleur , groffeur & hgure au Terra Mérita-^ mais comme c^cte racine eft prefentement d'une fi grande rareté, qu’il eft prefquc impolïible d’en trouver, & que la plantç mê¬ me nous en eft inconnue, auffi bien que celle du Coftus amer dont je parle- ray ^y-aprés: ceft le fujet pour quoy les figures ne font point icy reprefentées.

Du Cojlm amer.

Le Coftus amer, à qui quelques uns ont donné le nom de Cojltis Jndicm , eft une grofte racine fort dure, unie, luifante, qui reftcmble plutôt à un inorceau de bois de chêne qu’à une racine.

Ce Coftus n’cft pas tout à fait fi rare que le precedent, s’cn trouvant encore dans plufieurs anciennes boutiques ; comme la rareté d’une marchandife donne occafion aux uns d’en faire une plus exaéte recherche, & aux autres d’avoir re¬ cours à des fubftituts , il eft arrivé que quelques montagnards ont apporté d'I¬ talie , fur tout du Mont faint Ange, des racines de l’Agriocynera , qu’ils font pafTcr pour du Coftus amer, quoy que la différence en loit fort grande , parce que l’Agriocynera eft prefque infipide., & le Coftus eft anKr, ainfi qu’il en porte le nom: d’autres fubftituént à la place de ce Coftus amer, tant pour éviter d’eftre trompez , que pour épargner leurs bourfes,l‘écorce de Vvintherus , à qui ils ont donné le nom de Coftus blanc j & d’autres la Zedoare, ou la racine du coq de jardin, que les Botaniftes appellent corjmbi-fera, quifignified^fwfe

de jardin portant des ombelles , finalement d’autres l’Enule de campane , ainfî du refte ^ mais pour éviter tous ces abus & empêcher de faire des fubftituts , on pourra fe fervir du Coftus Arabique, comme eftantle meilleur & celuy qui doit porrer feul le nom de Coftus, puifque l’on doit eftre perfuacJé que tous ces differens Coftus que l’on voyoit le temps paffé, ne provenoient que de la différence des lieux , d’où ils eftoient apporté.' ; comme l’a fort bien remarqué M. Cliaras dans fon Traité de la Theriaque à l'article du Coftus à la page izy. ou il dit que fon fentiment eft que tous les Coftus ont cfté la racine d’une même plante naiffant en plufieurs endroits du monde, & qu’il fe pouvoir faire que le Coftus croiffant en divers endroits des mêmes pays , eut receu quelque diver- ficé de forme, ou de figure, de couleur, ou de faveur, fuivant la differente terre de laquelle il avoir pris fa nourriture: de même que nous le remarquons au bled à la vigne & à toutes fortes de plantes, defquelles une terre plus humide ou plus fcche,p1us graffe ou plus fabloneufe & plus ou moins montueule , change non feulement la forme ou la figure, mais même le gouft & la vertu-, ainfi on doit s’atacher employer uniquement le Coftus Arabique, pour quelque com. pofition que ce foit.

des Drogues J Livre Second,

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CHAPITRE IX.

Du Gingembre.

Le Gingembre eft la racine d’une plante que les Botaniftes appellent Arundo humilis çUvata radicc acri, c*cft à dire. Petit rofeauà mafjuëdont U u- cine ejj; acre.

Cette racine ne s’éloigne pas beaucoup de la fuperficie de la terre, mais elle s’étend en longueur, reprcfentant une elpcce de pâtes au bout de fes produc¬ tions, c’cft aulli pour cette raifon que les habitans de Saint Chriftophe & des autres lilesdes Antilles, le nomment Pâte ou Gengimbre.

Le Gingembre eftant dans terre poulTe des rofeaux chargé de feuilles vertes, grandes, longues , & apres Icfquelles naît une fleur rougeâtre, mêlée d’un peu de verd,&il fort du total une pointe verte, qui reprelenteafl'ez bien unemalTuë, ce qui adonné lieu aux Latins de le nommer Gingembre à fleur de majjue.

On nous apportoit autrefois le Gingembre des grandes Indes, mais de¬ puis que l’on en cultive aux ifles Antilles , il ne nous en vient plus , ou bien peu. Lors que les Ameriquains ont tiré de terre le Gingembre , ils l’expofc à l’air pour le faire fecber au Soleil , & le remuent de temps en temps, ou bien pour avoir plutôt fait , ils le font fechcr au four, qui ell ccluy que nous recevons quelque fois, qui eft extraordinairement fec & aride.

On doit choifir le Gingembre nouveau, fec, bien nourry, difficile à rompre, d’un gris rougeâtre au deftus ,refineux au dedans, d un gouft chaud piquant ; & rejetter ces Gingembres d’Angleterre, qui font molaftes, filandreux blancs , par deftlis & au dedans, & le plus fouvent vermoulu, qualité' qui luy convient fort bien, en ce que quand il n’eft pas carié, il eft fi filandreux qu’il eft prefi que impoflible de le réduire en poudre^

Ejicci blanches

Si HiftoiVe generale

LE Gingembre cft fort peu ufité dans la médecine , mais en rccompen- (e il i*elt beaucoup par quantité de Colporteurs & Merciers de village qui le mclenc dans le poivre. Nous le reduilons en poudre, & enfuice on l’ap¬ pelle Epice blanche, dont on fc ferc à pluheurs uiages, principalement pour la compofidon des quatre Epices.

Du Gingembre confit,

LEs Ameriquains confifenc au fucre le Gingembre , nouvellement tiré de terre: après l’avoir fait tremper, tant pour luy ofter une partie de fon acrimonie, que pour luy ofter fa première peau-, &eftant bien confit ils l’en- voyent en plufieurs endroits : Il en font aufli de la marmelade , des pâtes fc- •ches, comme nous en faifons par de la de nos fruits ou racines.

Le Gingembre confit doit eftre .molafte , non filandreux, gros, d’une cou¬ leur dorée, d’un gouft agréable, ny trop chaud ny trop acre, & dont le firop foit blanc ôt bien cuit.

L’ufàgc de cette confiture eft pour porter fur mer', & pour recliaufcr les viellards. Les Indiens, les Hollandois, les Anglois & généralement tous les Peuples du côté du Nord, ufent de cette confiture, tant pour fe réchauffer que pour aider à la dige ftion , & pour le prelervcr de (corbut ou mal de bouche , qui n’eft que trop ordinaire furmer, ôc auquel ils font fort fujets.

Du Zerumbeth & de la Zedoaire.

Le Zerumbeth et la Zedoaire font deux racines de differentes cou¬ leur & figure, qui proviennent neanmoins d’une meme plante, laquelle aies feuilles femblables à celles du Gingembre, c’eft pour quoy quelques-uns les nomment Gingemyre fau^a^e. On nous apporte ces deux racines des Gran¬ des Indes, & de fifle S. Laurens, ou elles croiffent en abondance.

Le Zerumbeth eft la partie ronde de la racine, laquelle nous recevons cou¬ pée par rouelles, comme le Jalap; il doit eftrc gris en dehors & en dedans, pe¬ lant, difficiile à rompre, non carié, d’un gouft chaud & aromatique.

La Zedoaire eft la partie longue de la plante, fervant au Zerumbeth com. me de piedi elle doit eftre de la longueur &:groffeur du petit doigt, d’un blanc rougeâtre au dtffus & blancheâtrc au dedans, bien nourrie, pelante & mal ailé à rompre, fans vermoulure, à quoy il eft extrêmement lujct, d’un gouft chaud ^ aromarique , approchant de celuy du Romarin.

Le Zerumbeth eft de peu d’ulage dans la Medecine , au contraire de la Ze- do^irc qui paffe pour un bon cordial & que l’on eftime de grande efficace con¬ tre toute lorte de venins.

On fera averti de ne point trop fcchcrgcrde ces deux fortes de racines, tant parce qu’ils font peu de demande , que parce qu’ils font de très peu de garde cilant fort fujettes à fc vermoudre.

des Drogues, Livre Second.

^3

CHAPITRE X.

De l' Iris de Florence,

L’Ir is furnommée de Florence, eft la racine d’une plante qui a fes feüil-’ les longues, étroites, d’un affez beau verd, après Icfqueües naiflent des fleurs blanches, ainfi que me l’a afluré Monfieur Morin, Médecin de feu Ma-’ dame la Duchefle de Guife, homme de probité & fort expert dans la connoif- fance des hmples.

L’Iris de Florence eft cette plante connue en France, fous le nom de FUm- he, de Glajeul^ ou à' Iris noftrets , qui croît par tout, tant furies murailles, le long des eaux, que dans les jardins, & de laquelle il y a plufieurs efpeces, ainlî que plufieurs Auteurs font mention; & à l’égard du nom d’iris , on prétend qu’il vient des diverfes couleurs de fes fleurs, qui refemble en quelque maniéré à celle de f Arc-en-ciel , que quelques-uns appellent Iris,

On choifira llris de Florence, gros & bien nourry, uni, blanc deftus, & de¬ dans fec, difficile à cafter , d’une odeur douce tirant à celle de la violette j & rejetter celuy qui eft maigre, falc, & de nul odeur, aufti bien que celuy qui eft molefte , ou qui eft vermoulu, à quoy il eft fort füjet.

Il eft à remarquer que l’Iris nouveau, outre le gros déchet qu’il fait,cftd’un fi méchant gouft dans la bouche lors qu on le mâche , qu’il eft impoflible de luy laifter long-temps, par l’afpreté qu’il laifle à la gorge, ce qui eft bien con¬ traire de celuy qui eft fcc, en ce qu’il rend l’halaine agréable & luy donne l’o¬ deur de la violette. C’eft le fujet pour lequel la plulparc des jeunes gens en mâchent &en portent fur eux; outre ces bonnes qualitez, il eft fort en ufage chez les Parfumeurs, tant pour mètre dans la poudre, que pour plufieurs au¬ tres ouvrages il eft requis. LesTcinturicrs & autres s’en fervent pour donner de l’odeur auxEtofes,ou Draps qu’ils teindent, afin de leurs ôter l’odeur de la

Nomparcillc

Iris noftras. recule d'iris.

Verd d'iris.

Pintures fines.

(54 Hiftoire generale

reinlure; les ConfifTeurs s’en fervent tant pour donner de l’odeur à quelque conferve qu’il n’eftpas befoin de nommer, de peur d’abus, que pour le couvrir de fucrc lors qu’il eft pafle par un tamis de foyc,pour faire les petites dragées que nous appelions nompareille.

Outre toutes ces belles qualitez, l’Iris de Florence eft quelque peu ufité dans la medecine , en ce qu’il entre dans plufieurs compofitions Galéniques.

A l’egard de celuy qui croît dans nos jardins, les Appoticaires s’en fervent pour en tirer le fuc, pour diverlès compofitions, comme l’emplacrede Diachilon & autres. Nous tirons aulïî de ce fuc uneFecule fcmblableàcelledc laBryonne qui a à peu prés les mêmes proprietez des fleurs bleues de l’/m noflras-ynous en tirons une couleur verte, a qui on a donne le nom de Verd d’iris, dont les Peintres en mignature fe fervent. Ce Verd, fe fait en plufieurs manières ,ainfi qu’il eft marqué dans un petit Traité de Mignature , ou ceux qui defireront le fçavoir faire, aufli bien que le Carmin, pourront y avoir recours.

CHAPITRE XL

Du oranâ Qalanqa.

Q O

Le Grand Galanga , que quelques-uns nomment mal à propos ^ Accrus 'verus^ eft la racine d’une plante ou rofeau qui a fes feuilles approchantes de celles de l’Iris, qui croît en abondance dans l’ifle de Java, &c dans la Chine.

On choifira cette racine grofte, pefante, rougeâtre au deffus, blanchâtre au dedans, d’un gouft chaud & piquant, fuivi d’un peu d’amertume ; & rejeiter celuy qui eft prefque infipide , ce qui ne luy arrive que par une extreme vieil- leffe. Cette racine na point d’autre ufage, que je fâche, que pour les Vinai¬ griers , qui s’en fervent au lieu du Petit Galanga, pour la fabrication du Vi^ migre.

des D rogues , Livre Second. 6 j

Du Petit Galama.

O

Le Petit Galanga, cil: une racine rougeâcre au delTus & au dedans , d un goull piquant & fort aromatique , laquelle nous recevons coupe'c par tranches, des grandes Indes, & de la Chine. Cette racine eftant dans terre poulTe des tiges en forme d arbrifleaux, doù fortcnc des feuilles femblables à celles du Mirihe.

^On doit choifir le petit Galanga bien nourri, haut eu couleur, lequel eftant mâché, foit d’un gouft piquant & aromatique, & prendre garde qu’il n’y ait des tronçons du gros entre rriêlez, ce qui fe connoîtra facilement , en ce que le petit Galanga n’cft tout au plus que de la grofteur du petit doigt, d’une cou¬ leur plus vive , & d’une gouft plus chaud que le Galanga major.

Le petit Galanga eft beaucoup plus uftté cnMedecine que le Galanga major parce quil eft plus rempli de vertus. Les Vinaigriers s'en fervent aufli dans leur vinaigre.

CHAPITRE XII.

De la T ma Mérita.

La Terra Mérita, que quelques-uns appellent Curcumayôc d’autres Safran , ou Souchet des Indes, ou de Malabar, ou de Babilone, eft une raci* ne jaunâtre au deftus & au dedans, qui produit des feuilles aflez grandes & ver¬ tes ^ cette meme racine produit des fleurs qui viennent en maniéré d’épic,ainfi qu il eft reprefenté par cette Eftampe que j’ay fait graver après la figure qui eft dans le livre de M. Hermance. Cette petite racine eft prcfque femblable au Gingembre -, on nousl apporte de plufieurs endroits des grandes Indes, fur tout par Meflieurs de la Compagnie. Il en vient aufli quantité dans l’iflc de S. Lau- rens.

J. Partie. \

Terra mérita rouge.

66 Hiftoire genei'ale

On doit choifir la Terra Mérita^ grofTe, nouvelle, refineufe, difficile àcaffir, la plus pefante, & la moins vermoulue &: chargée de pouffiere qu’il le pourra.

Il y a beaucoup de perfonnes à Paris qui demandent delaTcrm Mérita rouge, c’eft un abus bien grand, parce qu’il n’y en a pas de deux forces j il elt vray que lors que la Terra Mérita vieillit , elle brunit ^ cftanc battuë , la poudre elt plus rouge que de celle qui elt nouvelle, &: même il s’en trouve d’entiere, la- qu’elle calTée en deux, paroîc plus brune, ce qui arrive , fuivanc quelle elt plus ou moins refineufe.

Cette racine elt en ufage, principalement pour les Teinturiers, les Gantiers, & les Parfumeurs J les Fondeurs s’en fervent pour donner la couleur d’or au mé- tail ; & Içs Boutonniers pour frotter le bois qu’ils veulent couvrir d’argent doré filé, de peur que la couleur du bois ne paroilTe. Les Indiens s’en fervent pour teindre & pour donner une couleur jaune à leur ris, ou autres denrées, de la même maniéré que nous nous fervons du Safran.

Du Souchet rond.

Le Souchet ordinairement appelle Cyperus rond, ou Souchet d’Angle¬ terre, ou de Flandre, elt une racine ddpofée par nœuds, lemblablc à de gros grains de chapelet, laquelle elt de couleur brune au deffiis, ôc grile au dedans, d’un goult allringent & prefque fans odeur lors quelle elt nouvelle¬ ment tirée de terre.

Cette racine croît dans l’eau , ou le long des ruilTeaux, & poulTe des tiges trian¬ gulaires, fühdcs, lilTées, ôc fortans du milieu des feüilles longues, étroites-, fes fleurs font petites, rougeâtres, & viennent par mouchets, au haut de fes tiges.

Cn nous apporcoit autrefois cette racine de Flandre ôc d’AngIccerrc,d’où luy elt venu Ion lurnom; mais comme elle cil peuufîtée à Paris, nous nous conten¬ tons de celle qu’on nous apporte du voifînage , ôc fur tout d’Eltampes.

On fait boüillir cette racine concalTée , dans du vin blanc , ôc après l’avoir paflee, on boit le vin le plus chaud qu’il elt pollible, comme un remede alluré pour guérir la colique.

Du Souchet long.

Le Souchet, ou Cyperus long, nommé de quelques uns Galanga fauvage, elt une petite racine noueulc , entourée de filamens, mal-aifée à rompre, de couleur brune au deflus, ôc grisâtre au dedans, d’une odeur alTez agréable, principalement quand elle elt nouvelle & qu’elle a cité bien feche'e.

Cette racine naît dans les ruifleaux & aux autres lieux aquatiques ôc même le long des folTcz , elle poulfe des feuilles vertes , qui approchent de celles du porreau, fes tiges, ôc lès fleurs font fort fcmblables à celles du Souchet rond , Ôc allez belles à voir.

On le choifira gros, fcc , ne fentant point le moifî,ny l’enfermé, & qu’il ne foit point vermoulu.

Il elt de quelque ufage en Medecine, mais alTez employé des Parfumeurs ôc des Gantiers.

On fera averti que quand on achètera le Souchet des payfans qui l’appor¬ tent à Paris, on ne fc contentera pas de voir la premierc poignée qui elt à l’en¬ trée du lac, & qui elt ordinairement feche, mais prendre garde fi le tout elt de même.

des Drogues, Livre Second. 6^

CHAPITRE XIII. , BeiEfule.

L’Esule cft Tccorcc d’une petite racine rougeâtre, qui produit des feüilles fort vertes, étroites, & laiteufes. Cette plante croît en plufieurs endroits France on la négligé; d’où vient que nous Tommes obligez de faire venjr de Provence, ou du Languedoc les racines que nous vendons.

On doit choifir TETuIc nouvelle, en belle écorce rougeâtre au dclTus & au dedans, laquelle cftant tenue dans la bouche Toit d’un gouft aflTez defagrcable, & accompagnée d’une grande acrimonie. Cette petite racine, ou écorce cft fort peu ufitée en médecine.

Avant que d’employer cette racine onl’infufe dans du vinaigre pour la corri¬ ger, ainfi que le marque M.Charas dans fa Pharmacopée, au (ujet de la Benc- diétc laxative.

On peut tirer de cette racine un extrait, ainfi que l’enfeigne le même Auteur a la page 738. de (a Pharmacopée, qui cftant bien préparé cft un remede fort puiftant pour vuider les eaux des hydropiques.

Il y a quantité d’autres fortes d’Efule, mais il n’y a que l’écorce de celle cy. deflus reprefentée , dont nous faifons commerce.

Du Eentaphyllum,

La racine cy-deftus m’a donné occafion de parler d’une autre racine aftez fcmblable en figure & en couleur à l’Efule que les Grecs appellent Penta- ^hjllum ^ les Latins ^inque-folinm ^ Sc les François caufe quecette

petite racine produit des feuilles qui font dilpofées de cinq en cinq-, cette raci¬ ne eft fort commune, s’en trouvant par tout, tant dans nos jardins , que le long des chemins.

/. Partie, I ij

■58 Hiftoke générale

La racine de Qinnte-foiille a fbn peu d’ufage en Médecine J &fî neftoie quelle eft un des ingricdiens de la Thewaque je n’en aurois pas parlé. Pour em¬ ployer cette racine, on la doit ratilTer & luy ôter fon cœur, & enliiitc la tortil¬ ler autour d un petit bâton pour luy donner une figure tortillée , & la faire fechçr.

CHAPITRE XIV.

IA Thymelee que nous appelions vulgairement T^we/^e<i, eft une t racine legere , de differente groffeur & longueur , rougeâtre au deffus , & ETanche au dedans , ligneufe & nbreufe -, d’un gouft doux au commence¬ ment, mais , après l'avoir tenue un peu de temps dans la bouche, elle eft caufti- que & brûlante comme le feu, principalement lors quelle eft nouvelle.

Cette racine produit des feüilles vertes, épaiffes & gluantes , affez fcmbla- Lks à celles de l’Olivier, avec des fruits de la groffeur du poivre, verts dans leur commenceincnt & d’un beau rouge dans leur maturité , aufquels les Latins ont donné le nom de Qocqus gnidius, ou Gramm gnidium-^ toute cette plante eft fort peu en ufagc,à la referve de la racine qui l’cft bcaucoup,principalementâLion & prefentenient à Paris, pour attirer de latctcpluficurs humeurs acres, qui tom¬ bent fur les yeux, en mettant un petit morceau dans le bas de l’oreille, qu’il faut percer exprès ; & pour ce fujet, on préférera celle du Languedoc à celle qui nous eft apportée de Bourgogne.

des Drogues, Livre Second. dp

Du Pareira Brava.

DEpuis quelques années nous voyons à Paris une racine tout à fait fem- blable au ThjmeUa^ à la referve qu elle eft plus noirâtre & plus dure.

Le premier qui a apporté cette racine a Paris à efté-Monfieur Amelot, Am- bafTadeur en Portugal, & apres luy M. deTornefort qui m’a donné le morceau dont la figure cft reprefentée cy deflusi quelques perfonnes m’ont alTuré que cette racine eftant dans terre poûflbit des branchages chargez de fciiilles tout à fait femblablcs à la vigne, qui rampent le long des murailles, ou des arbres.

C’eft pour jce fujet que les Portugais, qui ont cfté les premiers qui l’ont ap¬ portée de Mexique, luy ont donné le nom de Pareira /»ra'v<t,quifignifie en Fran¬ çois Fi^ne fauvage ou hâtarde; & depuis que Monfieur Amelot en a apporté à Paris, Monfieur Thevard Médecin de la Faculté & quelques autres, l’ont mife en ufage , comme un remede Ipecifique pour la guerifon de la pierre ; on la prend en poudre dans du vin blanc, le matin à jeun j pour ce qui cft de Ton choix , Monfieur Thevard ma afluré que celle de Mexique cftoit beaucoup meil¬ leure que celle de Portugal; & par une Lettre que j’ay receu de Lilbonne le i6. Odobre 1691. on me marque Pareira brava qui vient des Indes & duBrefiiefl une racine plus commune que l' Ipecacuanha ,on en trouve prefque cheT^tous les Jppoticaires de cepajSj mais la quantité nen ejl pas ^ande ; ils la vendent dix teftons , qui font en¬ viron cinqlivresde notre monnoye. Voilà tout ce qucj’ay apprendre de cette ra¬ cine nouvellement connue en France.

CHAPITRE XV.

De t Ellébore blanc.

L*£llebore Blanc, nommé de quelques-uns Vcrccre , & des Latins Feratrum album ^ oüEUeboras albas une plante qui croît fur les mon-

liij

70 Hiftoire generale

tagnes du Dauphiné & de la Bourgogne, qui a (a racine blancheâcre, remplie de filamens longs de h même couleur, laquelle produit des feuilles larges, vertes au commencement, & d’un rouge jaunâtre fur la fin , du milieu dcfquelles fort une tige creule, garnie de petites fleurs en forme d’étoiles.

On nous en apporte feulement la racine qu’il faut choifir groffe , en belles racines, garnies de longs filamens, jaune au deflus & blanche en dedans, d’un goufl acre & defagreablej quelques-uns efliment plus celle quieft mondée de les filamens, ce que je ne défaprouve pas , principalement quand c’eft pour ré¬ duire en poudre.

Cette racine fert à faire éternuer, mais fon principal ufage eft pour les Che¬ vaux , & pour la galle des Brebis.

De l Elkbore noir.

L’Ellebore noir aufli appellée Verêtre , & des latins V ^ratrum nigrum , ou ElUhoms niger^tù. une racine brune, garnie de petits filamens , noire au deflus & grife au dedans, de laquelle fortent des tiges vertes, accompagnées de fcüilles de la même couleur, & dentelées, avec des fleurs de couleur incarnat , en for¬ me dc'rofe.

On choifira TEllebore noir en belles racines aufli garnies de longs filamens , feches, bien nettes.

Il eft fort peu uhté en medecine , fi ce n’eft pour en tirer un extrait j mais les Maréchaux s’en fervent pour guérir le hircin des Chevaux.

Du Doronic.

E Doronic Romain que nous appelions communément DoronicimRo- mantm^ eft une petite racine jaunâtre au deflus, & blanche au dedans, d’un

des Drogues, Livre Second, 71

goufl: douceâtre & aflringcnt, accompagné d’un peu de vifcolicé; On nous ap¬ porte cette racine mondée de Tes fîlamens, des montagnes de Suide, d’Allemagne, de Provence, & du Languedoc.

Cette racine eftant dans terre eft de la figure de la queue d’un Scorpion, de laquelle Portent des feiiilles larges, affez fembla blés au concombre fauvage,ou au plantain-, c’eft pourquoy il ell appelle Aconitum ^ardalianches ^lanta^inis folio.

On choifira le Doronic gros, non plâtreux, ny vermoulu, du gouft cy-def- fils, lequel eftant cafte foit bien blanc.

On croît qu’eftant pris par la bouche , c’eft: un contre - poifon pour les hommes, & qu’au contraire c’eft un venin mortel pour les bêtes à quatre pieds.

CHAPITRE XVI Di? ï Angélique.

L’Angelk^ue appelléejpffqïï®y;^S!Bpi^, 0\xrAdneàeS. Efprit y çÇc une plante qui croît en quantité en Boeme, d’oîi elle a tiré fon lurnom , en Efpagne, en Angleterre , en Italie, & même en France j qui a fa racine de la grofleur d’une noix , garnie de plufieurs petites racines noirâtres d’environ demy pied de long , aft’ez femblable à l’Ellcbore noir , d’oii fortent plufieurs groffes tiges, creufes, d’un vert rougeâtre, apres lefquelles naiftent d’abord des feüilles d’un vert obfcur & découpée, & enfuite des ombelles garnie de fleurs blanches & d’une petite graine ronde & platte, laquelle eft ufttéc en Angleterre pour mettre en dragées, aufti bien que (es côtes que l’on confît au fucre , & que l’on appelle Angélique cow/fCi demême que fa racine quand elle eft recente.

On choifira l’Angelique en belles racines grofles, longues, blanches au de¬ dans, d’une couleur obfcure par deftiis, non vermoulue, à quoy elle eft fort fu- jette pour peu qu’on la garde; & quelle foit d’un gouft ôc d’une odeur fuave, ^ aromatique, accompagnée d’un peu d’amertume. On doit préférer celle de

Angélique con-

qi. Hifloire generale

Bohemeàtotice autre, fi l’on en peu avoir j finon Te contenter de celle que nous tirons d Angleterre & d’Hollande.

On prendra garde aulTi que ce ne foit des racines du Meon , que les Bourgui¬ gnons nous apportent à Paris , & qu’ils vendent aux gens qui ne s’y connoiffenc pas , pour de l’Angelique-, ce qui fera facile à connoître pour le peu que Tony prenne garde, tant parce que la véritable Angélique eft allez approchante en figure à l’Ellebore noir ,& le Meon eft en racine comme le Perfih grisâtre au delTus & blanc dedans, prefque fans odeur; ce qui eft bien contraire à l’Angelique qui eft noirâtre & d’une aftez agréable odeur.

Les belles qualitez de cette plante, principalement de fa racine, luy ont fait donner le beau nom qu’elle porte: On l’eftime un remede afturc pour refifter aux venins & à la pete; eftant prife le matin à jeun, de quelque manière que ce foit; elle eft aulTi fort ufirée en Medecine.

CHAPITRE XVIII.

De ïlwperatoire.

L’Imperatoire eft la racine dune plântequi a Tes feuilles vertes , rudes, & dentelées, apres lefquelles nailTcnt des ombelles chargez de fleurs blan¬ ches, d’où fort une petite graine, qui a beaucoup de raport à celle du Sefely de Marfcille.

On choifira l’Imperatoire en belles racines nouvelles , difficile à rompre , de couleur brune au deflùs & verdâtre au dedans, d’une odeur forte &: d’un gouft aromatique. On doit préférer celle des Monts d'or, en Auvergne, ou dcquel- qu’autres grandes Montagnes à celle qui croît dans nos jardins.

On attribué à cette racine les memes propriétez qu’à l’Angélique ; ce qui fait que quelques-uns difent que le nom d’Imperatoire luy 'a cfté donné; tant à caule de toutes ces belles qualitez, que parce que c’eft un Empereur qui en a fait la découverte.

CHAP. XIX.

des Drogues, Livre t’remier.

Il

CHAPITRE Xlï.

Delà Cemiane.

La Gentiane eft une plante ainfi appellée à caufe que le Roy Gentius en a le premier découvert les belles qualitez. Elle croit en abondance aux environs de Chabli en Bourgogne , & aux lieux les plus humides , tant de la Bourgo¬ gne que des autres endroits de la France, & même furies Pirenées & fur les Alpes.

La racine quieft la feule partie de la plante que nous vendons;, eft quelquefois grolTe comme le bras , divifez en quelques racines épaiffes comme le pouce ou comme le petit doit , jaunâtres & d’un amertume infupportablc. Les fcüillcs font en quelque fa(jon femblables à celle du Plantin , & nailfent deux â deux à cha¬ que nœud des tiges. Elles fontlifes , vertes, pâles, & traverfées d’un bout à l’autre par des nerfs relevez en deflbus. Les tiges font droites , fermes , de deux â trois pieds de hauteur, garnies de fleurs jaunes dans le mois de Juin , qui font ran¬ gées par anneaux & par étages dans les aifelles des feüilles. Chaque fleur eftd’unc feule piece coupée en cinq parties fort étroites & fort pointue. Le Piftilc qui cil au milieu produit une capfulc qui s’ouvre en deux parties dans fa couleur, & qui renferment plufieurs graines alTez rondes , mais fort plattes , qui font dans les mois de Juillet en leur maturité.

On la doit choifir de moyenne grolfeur , nouvelle , bien fechc, parce qu’elle diminu’é beaucoup en fechant , & la moins garnie de petites racines & de terre qu’il fc pourra. On prendra garde auflî qu’elle h’aye été fcchée au four , ce qui fc pourra connoître facilement , en ce que celle qui a été fechée au four eft noir⬠tres en dedans , qui eft le contraire de celle qui a été fechée â l’air , qui eft d’un jaune doré.

Cette racine eft eftiméc propre pour refifter aux venins , & meme â la pefte j & I. Partie, K

74 Hiftoire generale

à caufe de vcKtu alcxitaire , eft employé fort à propos dans la Thériaque , &: au¬ tres compofitions de pareille nature. Elle elt fudorifique , & l’on s’en fert avec fuccés dans les fièvres intermittentes , ce qui luy a fait donner le nom de Kin- quina d’Europe.

CHAPITRE XX.

De / Anthora à" du Thora.

L’Anthora, fuivantM. deTornefort,eftune plante un peu plus rare que la Gentiane , c’ell: une efpece daconit qui fert decontrepoilon à ceux qui ont mangé la racine Daconit, c’ell pourquoy Charles Bauhin l’appelle Aconitum fa- Ititiferum five Anthora. Sa racine ell compofée de deux navets allez courts , très amercs , blanches en dedans charnues , mais brunes en dehors , & garnies de quantité de fibres. Sa tige monte à la hauteur d’environ deux pieds , accompa¬ gné d’un bout à l’autre de quantité de feüilles de la figure & grandeur à peu prés de celles du pied d’aloüctc. Les fleurs nailTent au bout des tiges en manière d’épy. Elles font jAunâtres , 6c rclfemblent à une tête couverte d’un cafque j les graines font noirâtres , ridées , ôc nailfent dans des gaines ou cornets membra- nez , ramalfez cinq ou fix cnfemble.

La racine de cette plante ell un bon contrepoifon. Les Païfans qui font dans les Alpes & dans les Pirenées cette plante fe trouve , s’en Ervent avec fuccés pour les morfures des chiens enragez , &c pour la colique. On croit que c’cll un remede fouverain pour ceux qui ont mangé de l’herbe nommée Thora.

Le Thora cil une forte de plante qui ne vient que dans les hautes Montagnes. Cet Auteur \'tiŸ\fc\\ct^conithHm ftardalienches ,feuThora major. Elle a la racine gru- melée comme celle du Renoncule de Conftantinople. Scs feüilles font allez ron¬ des , fermes , dentelées autour, ôc foûtcnuës par des queues allez déliées. Les tiges n’ont quefept ou huit pouces de hauteur , branchues vers le haut, & gar¬ nies de quelques fleurs jaunes compofées de quatre feüilles , parmy lefquclles fc forme un petit bouton femblable à ceux des renoncules , &la fleur étant paf- fée produit quelques femenccs plattcs & femblable à celle des renoncules des prez.

On fe fert du fuc de cette herbe pour cmpoifonncr les flèches dont on tue les loups, les renards, & bêxcs femb labiés. Ces deux racines font peu uficées dans nos boutiques , tant parce qu’elles font peu connues que parce qu’elles n’ont pas grande demande , c’cll pourquoy il n'en faut pas faire grande provifion.

Les figures de l’Antorax & du Thora , fc trouveront à l’Eltampc du Doronic Romain , je renuoye le Lcéleur.

Dictam.

des Drogues , Livre L 75

CHAPITRE XXI. Tiu Dîctame blanc.

Le Didame blanc ou laEraxinelle ,cftunc plantt dont tes racines font blan¬ ches , plus menues c^\xt le petit doigt , un peu amerc , & d’une odeur alTez forte. Les tiges font hautes de deux pieds , rougeâtres , accompagnées de quel- ques fcüilles femblablc? a celle du frêne, & chargées à la cime en manière d’épy, de grandes fleurs gris-de-lin , mélangée de purpurin , compofées de cinq fciiil- Ics alTez pointues , & de quelques filets plus longs & recourbez , au milieu dcfqucl- les eft place un piftile qui produit une tête dillinguée en cinq graines , dans leT quelles ou trouve des femences noires , luifantes , ovales , pointues par un bout.

On doit choifir cette racine grolfe , blanche deffus & dedans , & la moins remplies de petites fibres , & la mieux mondée qu’il fe pourra.

Cette plante fc trouve dans les Forefts de Provence & de Languedoc. Sa raci¬ ne eft alexetaire, & propre pour les morfures des bêtes venimeufes ,pour les vers , pour les tranchées, & pour faire uriner. On s'en fert aufli pour les maladies con- viilfivcs. M”.Zuvelfer, Charas , & la plufpart de Auteurs modernes , fubftitucnt la poudre de cette racine à la farine d’orobe pour faire les trochifques de fcillcs.

/. Partie.

Catline

nsirc.

Hiftoire generale

CHAPII^RE XXII.

D<? la Carline hlaticbe.

La Carline ou Caroline blanche , & de quelqu’uns Chanieleon blanc ou char- doneretrcjcft une plante qui a fa racine de la groffeur du pouce , brune &: ger- féc au dehors & blanche en dedans , longue depuis un pied jufqu à deux , d’une odeur forte & d'un goût allez agréable. Les fcüilles font difpofées en rond & couchées fur terre , d’un vert pâle , ondées. & fort découpées , de cha¬ que côté garnie de piquants ou petites épines. La fleur ce trouve parmy ces fcüilles attachées â la racine , fans tiges, larges de quatre à cinq pouces , plattcs & femblables à un petit balTin , bordée de quelques feuilles étroites & pointues. Les femcnces viennent après les fleurs , elles font aflez longues 6^ fouticnnent une aigrette blanche.

On doit choilir cette racine nouvelle , bien nourrie &: fcChc, d’un goût doux & d’une odeur aromatique , & prendre garde que ce ne foit d’autres racines que l’on luy fubftituc bien fouvent à fa place , furtout lorfqu’clle eft cherc.

C’eftun des meilleurs remèdes que nous ayons contre la pefte , c’eft pour- quoy l’on tient communément qu’elle fût montrée par un Ange à l’Empereur Charlemagne pour guérir les Soldats peftiferez de fon Camp , ce qui fut caufe qui luy donna fon nom.

Diofeoride & Bouhin appellent la Carline blanche , CarlinA à caulos mdgno flore.

La Carline noire ou Chamclcon noir , eff tout â fait femblablc â ccluy que nous venons de décrire , fi ce n’cfl que cette efpecc s’élève en tige , & fes fcüilles font d’un verd plus obfcur 5 il efl vray que Mathiole parle d’une autre cfpece dont les fleurs font purpurines , mais c’ell une plante très rare & n’cft d’aucun ufage. . . '

des Drogues , Livre Premier. 77

Les vertus de la Carline ordinaire , font de combattre le poifon , d’exciter les fucurs, de pouffer par les urines, & d’emporter les obftrud:ions , aufli s’en fert*- on dans la pcfte,dans l’hydropilîe, dans la paffion hypocondriaque , & dans des (emblablcs maladies. Cette plante fe trouve dans les Alpes & dans les Pire>- nés, ainli que dans le Mont d’Or en Auvergne, & ces deux Carlines y font fi communes que lesPayfans mangent les racines &lcs artichaux, lorfqu’elles font encore jeunes & tendres. Q^lqn uns prétendent que les artichaux ou fleurs de ces plantes , s’ouvrent & fe ferment fuivant que le temps eft plus ou moins beau.

LaracinedelaCariine noire différé de la blanche, en ce qu’elle eft ordinairc- mcntxomme à demy ouverte , &c moins pefante que la racine de Carline blanche.

C H AP I T RE XXIII.

De la grande Valériane.

La grande Valériane que Jean Bauhin appelle Valerunit major odorata radtee, eft une plante dont les racines font greffes comme le pouce, brunes au de¬ hors , ridées comme par anneaux , garnies de fibres fur les cotez , d’une odeur fort aromatique & fort defagreable. Elle eft de la hauteur de trois pieds , creu- fes , droites , accompagnée à chaque nœud de deux feüilles oppofées vis à vis. Les premières font quelquefois entières , mais les autres font fort découpées de chaque côté jufques proche la côte. Les fleurs font blanches & fen- tent comme le jafmin j elles naiffent en bouquet'. Au haut des branches ce font des petits tuyaux recoupez en cinq petites parties dans le haut , & laiffent après elles des femences plattes & longuettes , chargée d’une houpe velue & blan^ châtre.

La petite Valériane a les racines menues & de bonne odeur. Les feuilles qui petite naiffent des jets font prefque par ovales, mais pointues par le bout. Les tiges

K iij

y 8 Hiftoire generale

n’ont environ qu'un pied & quelques pouces de hauteur, accompagnez à cha¬ que nœud de deux feüilles découpées menu jufqu à leurs côte. Les fleurs font purpurines , femblables à colle delà grande Valériane , mais très menue ; leur lémence eft de même. A l’égard du choix de ces deux racines , elles doivent être nouvelles & bien feches , le moins remplies de fibres qu’il fera poflible. On fe fert de ces racines , fur tout de la grande , contre les poifons & contre la pefte, & pour guérir l’athfme, la vieille toux , & l’hydropifie. Quelques Auteurs don- phu.pott- nent à fes racines le nom dePhu-pontique.

tique.

C H A P I T RE XXIV.

Bu Mehon.

LEMehon.on wf«w,ou Mcu,que les anciens ont fiirnomé A thamantique,à caufe d’une Montagne de Grcce nommée Athamanthe, eft une racine de la grofleur du pçtit doigt, noirâtre en dehors , blanchâtre en dedans, longue , accompagnées de quelques racines plus menues, acre, un peuamere, & d'une odeur auez aro- matique.Les feüilles font femblables à celles du fenoüil , mais plus petites, plus dé¬ coupées & beaucoup plus menues. Les tiges ont un pied de hauteur, chargées de quelques ombelles de fleurs blanches , compofées de cinq petites feüilles , apres lefqucllcs riaiflcnt deux femenccs brunes , plus grofles que celle du fenoüil , 6c 6c plus canelées j c’eft ce qui a donné fujet à plufieurs de croire que le Aneth ou Mclioii étoit une efpece de fenoüil ou d’aneth , & de l’appeller aneth ou fc- lonu ^ noüil tortu. Le Mehon eft une racine fort alexitaire , c’eft pourquoy elle ^ été mifes fort à propos dans la Thériaque i elle eft aufli fudorifique & divriti- que.

Tout le Mehon que nous vendons nous eft apporté dos Montagne d’Auver¬ gne , de la Bourgogne, des Alpes 6c des Pirenées.

Des Drogues. Livre premier.

79

CHAPITRE XXV.

De la T arment ille &Bifione.

La Tormcntillc que l’on employé dans la medecine, que C. Bauhin appelle TormentilU filvejiris , eft une plante dont la racine eft un tubercule gros com¬ me le pouce , brun en dehors ou rougeâtre , ftiptique & accompagnée de quel¬ ques fibres. Les feüillcs font femblabls à celle delà quinte feüilles, lilTécSjlui- fantes, foutenués de fix ou fept fur une queue. Ses tiges font balTcs, courtes , branchuës, chargées de quelques fleurs à quatre feüilles jaunes, après lefquellcs on trouve un bouton oii font entalTées quelques femences menues.

Les meilleurs racines de Tormentille viennent dans des lieux herbus &c humi¬ des des Alpes & des Pirennées. On employé ces racines dans les confed;ions alc- xitaires ; elles font fudorifiques & reUiftent aux poifons j on les ordonne aufli pour la dilfenterie.

On doit choifirla Tormentille nouvelle , fcche , & des pais chauds, étant meilleur que celle qui croit dans nos jardins.

La Biftortc eft une plante dont la racine eft grolfe comme le pouce, tortue & roulée fur elle même , ridée par anneaux , brune en dehors , couleur de chair en dedans , accompagnées de fibres chevelues & d’un goût aftringcnt. Ses feüil- les font aifez femblables à celles de la patience fauvage , vert gay en delfus , vert de mer endeflbus. La tige eft en fleur à la fin de May , garnies de quelques feüillcs dans fa longueur , quij font plus petites que les premières. Les fleurs font couleur de chair entalTées en épy , mais fort petites & fort toufuës i clic lailTe cha¬ cune après elle une fcmcnce à trois coins aifez aiguës. Cette efpece eft nommée par C. Bouhin , Bijîorta major radice magts intorta.

La Biftortc vient dans les Alpes & dans les Pirenées , dans les Montagnes d’Au¬ vergne & autres. On employé cette racine dans les occafions ou il fautreferrer.

Biftortc,

8 O Hiftoire generale

comvcK. dans tous les cours de ventre & dans les hernies , elle fortifie encore & refifte aux poifons.

On la doit choifîr bien nourrie , nouvelle , brune au defTus & rougeâtre au de¬ dans, & des pays chauds.

CHAPITRE XXVI.

N Ous vendons ordinairement de trois fortes d’Ariftoloches.Sçavoir, la lon¬ gue, la ronde & la legere. Il y en a une quatrième qui eft la Clématite on Sermenteufe i mais comme nous n'en faifons aucun négoce , c’eft pour ce fujec que je n en parlcray point.

L’ Ariftoloche ronde eft une plante qui a fa racine tubereufe , charnue , de dif¬ ferentes grofleurs , y en ayant qui ont jufqu’à trois pouces de diamètre j elles font irregulieres , c’eft à dire qu’elles font ordinairement plus larges par le bas , & comme élevé en côte femblable à une trufe. Cette racine eft d’une amertume infupportable , jaunâtre en dedans , brune en dehors , d’une odeur qui n’eft pas dcfagreablc garnies de quelques fibres deliez. Plufieurs tiges forcent de partie fuperieure, elle lèvent à la hauteur d’un pied , accompagnées alternati¬ vement de fcüillcs alfez rondes , attachées fans pédicule & qui embraflela tige par unebalfe échanciéc en deux oreilles arondies. Les fleurs naiflent dans les aifcl- Ics de ces feüillcs , ce font des tuyaux jaunâtre ôc rayez le long d’un pouce demy , croifez en dc-là de leurs moitié , & applatis en maniéré de langue de bœufs , d’un rouge tres-foncé , & qui approche fouvent delà couleur de fuye j elles font fans odeur j lesfemences font noires, très minces & très plattcs , pref- que triangulaire , & font renfermées dans des petits fruits menbraneux , verts dans le commencement , bruns dans leur maturité, divifez dans leurs longueurs en fix cellules.

L’Ariftolochc

des Drogues , Livre fécond. 8 i

L’Aiiftolochc longue cfl; une racine feinblable à un raifort , mais beaucoup ^ plus groïTcs & plus longues , charnues , caffanccs , brunes en dehors , jaunâtre chciongnc^ en dedans , fort amcrc , R accompagnée de quclc^ues fibres. Ses tiges font plus longues que celle de la ronde , couchées à terre , garnies âltcrnativemcnt de feuilles qui ne font pas tout à fait fi rondes que celle de la precedente ^ R qui font foutenuës par une petite queue. Les fleurs font à peu prés comme celle de la ronde, mais les fruits font de la figure d’une petite poire , R renferment aufîi dans leurs celui es des fcmenccs très aplaties R noires.

L’Ariftoloche que Jean Bouhin nomme uÂrtfolochia *TûIyrrhi:(^of. Et Charles Bouhin t^riflolochta Pi jio ochudiéîa J cftla plus petite toute fes racines , font compofées d une infinité de fibres jaunâtres fort menues , attachées à la meme tête , accompagnée de chevelu , fort ameres , R de fort bonne odeur. Scs tiges font foiblcsj minces, couchées a terre , garnies alternativement de feuilles plus petites R plus pâles que celle des autres , de la figure d un cœur renverfé , R foûtenus par des pédicules très déliées de leurs aifeiles ^ naiflent des fleurs fem- blables â celles de la ronde , plus petite pourtant , jaunâtres , mélées de couleur de fuye , fes fruits font aufli plus petits. Et c'eft cette Ariftoloche que nous ven¬ dons fous les noms d’ Ariftoloche Tenuif , ou fous ccluy d' Ariftoloche léger, Anïtoio. quoyquc mal â propos , puifque le mot Latin Tennis j ne fignific pas léger , mais menu ou délié.

L’Ariftolochc Clématite a les racines fibreufes qui tracent de tous côte^ ,amc- AriHoio* rcs , R d’une odeur alfez agréables. Les tiges font hautes de deux â trois pieds , droites , fermes , plus fortes que celles des prâcedentes, accompagnées alterna¬ tivement de feuilles plus grandes , taillées pour ainfi dire en cœur , renverfé d’un vert plus pâle, R foutenuës par des queues aifez longues. Les fleurs naiflent en foule dans les aifeiles de ces feuilles jaunes,