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Docteur G. -J. WITKOWSKI

SES LICENCES SYMBOLIQUES, SATIRIQUES ET FANTAISISTES

CONTRIBUTIOxN A L'ÉTUDE AIICIIÉÜLOGIQUE ET ARTISTIQUE

DES ÉDIFICES RELIGIEUX

FRANCE

Ouvrage illustré de 636 gravures, avec le concours de G. -A. Payraud

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PARIS

Jean S G H E M I T , Libraire

o2, RUE LAFFITTE, î)2

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LIBRAIIUE DE U ART FRANÇAIS.'

Docteur G. -J. WITKOWSKI

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SES LICENCES SYMBOLIQUES, SATIRIQUES ET FANTAISISTES

CONTRIBUTION A L KTUDK ARCHÉOLOGIQUE ET ARTISTIQUE DES ÉDIFICES RELIGIEUX

FRANCE

Ouvrage illustré de 636 gravures, avec le concours de G. -A. Payraud

PARIS

Jean SCIIl^iMIT, Libraire

d2, rue LAFFITTE, ü2

I !)08

AVEirnSSEMENT

Quand nous voyons les galeries nationales reconnaître la nécessité d’un « Musée secret’ », nous ne saurions approuver l’exposition injus- tifiable d’objets plus que déplacés dans une église.

Chanoine Aciiilee Laju’he, 1879.

Nous i*eiivoyons nos lecteurs à TAvertissement des Seins à Végli se. D’ailleurs, il appartient surtout à ce nouveau volume qui, à l’origine, devait faire partie de la même publication, sous le litre du Nu à V église. Mais l’abondance des matières nous a obligé à séparer cette étude de la précédente, et, si nous avons modifié le premier titre, trouvé trop cru^ notre programme est resté le même.

Ce volume est donc le complément de V Iconographie reli- gieuse traitée dans nos Seins à V église *. Là, nous avons envi- sagé les manifestalions du nu dans fart chrétien, à un point de vue général. Ici, nous nous occupons principalement des nuda exposés dans les édifices religieux et que les guides, les archéologues ou les critiques d’art, trop collet-monté, « qui parlent proprement et ennuyeusement », disait La Bruyère,

1. ru, par suite, se rattache à nos précédents travaux qui comprennent une dou- zaine de volumes in-8, sur l’Anatomie et la Physiologie humaines, considérées par leur coté anecdotiijuc, littéraire et artistique.

A V i : K r 1 s s K .M i<: iN r

passent sous silence dans leurs descriptions, forcément incom- plètes, soit par hypocrisie, soit par esprit mercantile : il ne faut pas nuire à la vente d’ouvrages écrits avec l’encre de la « Petite Vertu ».

Pour ne citer cpi’un exemple, voyez le résultat de pareille restriction mentale : combien de curieux des choses de l’art ont visité Saint-Pierre de Rome sans avoir rien compris aux piliers du baldaquin ! Ils en trouveront la clef dans notre excursion à l’étranger.

Nous nous attaclions donc à combler ces lacunes regretta- bles et à parfaire l’éducation artistique des trop nombreuses victimes de la censure (( fulbertine ».

Nous avons recours à la documentation par l’image, et nous en usons jusqu’à l’abus, persuadé que la vue d’une gravure est une leçon de choses autrement éloquente que le plus brillant morceau de littérature descriptive. Les orthodoxes nous sau- ront gré de n’avoir pas hésité à reproduire les illustrations les plus libres qu’ils rencontrent chaque jour sur les murs des temples du Seigneur, et, pour ce devoir accompli, nous n’atten- dons d’eux ni indulgence ni (( indulgences ».

Quelque attentive qu’ait été notre recherche, nous ne sau- rions affirmer qiPelle n’ait rien laissé échapper de ce qui subsiste, surtout à l’étranger, des chercheurs, amis des beaux-arts, seront plus à même que nous de grossir notre collection. Mais qu’ils se hâtent, carie fléau de la pudibonderie envahit le monde entier et aura tôt accompli son (cnvre dévastatrice.

Déjà beaucoup de ces aimables témoins de la franchise et de la jovialité de nos pères, « qui traitaient avec Dieu à la bonne gauloise », selon l’expression familière à saint François de Sales, ont disparu par l’effet du temps, d’accidents div-ers et des passions des hommes. Nous avons à compter avec

A V i<: w r I s s i-: !\i e n t

III

le vandalisme des hiigueiiols, des révolulioimaires et du clergé catholique, lui-même, qui a détruit bon nombre de curiosités archéologiques, de plein gré et, parfois, sur la décision des conciles. La religion, en effet, fut maintes fois iconoclaste, et ce n’est pas sans raison que Coysevox l’a représentée, parmi les figures allégoriques du tombeau de Mazarin V* foulant aux pieds les attributs des Arts.

Nous l’avons dit et le répétons : nous ne faisons pas seule- ment œuvre d’historien anecdotier ; nous prétendons servir la morale, en signalant ces tares du culte extérieur au souve- rain Pontife et en l’aidant à assainir les maisons de Dieu, dont saint Pierre lui a transmis les clefs. Nous nous approprie- rons les paroles de saint Cyrille, qui dénonçait les mœurs des Manichéens: « Je vous parle ainsi, je fouille dans les ordures de ces impies, afin de vous apprendre à ne vous en pas souiller ; je dévoile ces blessures hideuses, pour vous en garan- tir vous-mêmes ».

Lt à ce propos, nous renouvelons toutes nos excuses aux chastes Ligues contre « la licence des rues » et contre a les nudités dans l’art ». Nous les prions de nous pardonner de marcher sur leurs plates-bandes oh ! combien plates ! et d’explorer un terrain qu’elles ont fort négligé.

Mais nous ne saurions souffrir que les édifices d’où partent ces bataillons de croisés pour l’épuration des mœurs offrent des tableaux qu’ils qualifieraient de scandaleux, s’ils les avaient jamais aperçus eux-mêmes. A moins cependant que de tels tableaux ne les réjouissent, diront les malintentionnés : entre les goûts, la conduite et les principes de ces parangons de la vertu, de ces fervents gymnophobes, il y a un étrange désaccord.

Devons-nous rappeler la navrante défaillance d’un margiiil-

1. Eouvrc, salle ries sculptures modernes, 231.

IV

A V !•: R r I s s K M J O N r

lier, le eonile de X..., f|ui se Irissh cliouoir en posluie inélé- gante dans line vespasienne des Gliamps-Klysées ?

Il nous serait facile de citer d’autres fougueux et intré- pides champions de la vertu et de l’honneur, convaincus des pires turj)itiides ^ mais nous craindrions de nous enliser dans le marécage de la politicjue (pu salit tout ce (|u elle louche.

En ce cpii nous concerne, nous ne faisons partie craucune Ligue, sainte ou profane. Nous écrivons sur tout sujet en parfaite indépendance, sans autre guide cpie notre conscience et l’amour de la vérité ; aussi ne pouvons-nous mieux terminer ce court préambule eju’en répétant la déclaration pleine de franchise d’Henry d’Andely i << \ entez est, et je le dis. »

Y jfj X ous avons mis à contribution la science et 1 amabilité de M. O. Cnlait.

archéologue émérite et directeur du Musée de sculpture comparée du Trocadéro, (lui a bien voulu nous communiquer un certain nombre de documents inédits; nous lui en exprimons notre vive gratitude, ainsi (pi’au statuaire distingué, M. le vicomte

du Passage.

L'ART PROFANE A L’ÉGLISE

LIVRE PREMIER

SUR L’ART RELIGIEUX

Caractères généraux de l’iconographie mystique. Les peintures et les sculptures des églises étaient, dans les siècles de ferveur, les plus puissants auxiliaires de la prédication. C’est par elles que la religion s'adressait aux foules. Le vitrail traduisait en flamboyantes images les enseignements de la foi, que le ciseau, de son côté, éternisait en d'immortelles attitudes. « Les peintures des temples, écrit un vieil auteur, sont le livre des illétrés. Pour autres choses ne sont faites les ymages, fors seulement pour montrer aux simples gens, qui ne sevent pas Lescripture, ce qu’ils doivent croire ». Saint Grégoire disait de même que la peinture est, pour les igno- rants, ce qu'est l’écriture pour les savants. Six siècles plus tard, le synode d’Arras (1025) déclarait aussi que ce que les illettrés ne peuvent saisir par l’écriture ou la parole doit être enseigné par la peinture.

Villon prête le même sentiment à sa mère, dans la strophe bien connue :

Femme je suis, pauvrette et ancienne,

Qui riens ne scay, oncques lettres ne leuz.

Au moustier voy, dont je suis paroissienne,

Paradis painct sont harpes et luz h]t un enfer dampnés sont boulluz,

Lun^ me faict pour, l’autre joye et liesse.

î/aut rnoFANK. I,

1

Utasse Marcadé, oITicier de Corbie, exprime une idée analo^me au sujet des

I^xemples, histoires, pointures Faictes ès moustiers, ès palais

pour ceux

Qui point n entendent Fescripture.

Quant aux sculptures des églises, David d Angers n a-t-il pas déclaré qu’elles étaient « les archives du peuple ignorant )> ? On les a appelées « la Bible du pauvre ». Et tout le monde connaît les admirables développements de Victor Hugo sur la cathédrale consi- dérée comme expression et comme symbole de la pensée religieuse ou meme laïque. Il est clair que les « ymaigiers » et les « voirriers » se proposaient, avant tout, d’enseigner. De cette profusion de scènes historiées, dites « histoires », sur les porches, les chapiteaux, les boiseries, les verrières et les murailles des monuments. Les artistes de l’époque romano-byzantine ou monacale, puis ceux de l’époque ogivale, depuis la période épiscopale jusqu à la période laïque, fixaient dans la pierre ou retraçaient sur le veiTe les vérités immuables du dogme ou les grands événements de 1 histoire sacerdotale. « Et quelles âmes ils avaient, ces artistes î s écrie l’auteur de la C'a //iè(7ra/c ; car, nous le savons, ils ne besognaient que lorsqu’ils étaient en état de grâce. Pour élever cette splendide basilique, la pureté fut requise même des manœuvres. » Le fait est attesté, selon cet écrivain, par « des documents authentiques, des pièces certaines ». 11 nous paraît néanmoins tort douteux, même pour l’époque les maîtres ès arts étaient des moines et des ecclé- siastiques de complexion assez peu mystique, il est vrai h Dès le IX® siècle, en effet, les mœurs du clergé et des monastères laissaient passablement à désirer. C’est un historien dévoué au Saint-Siège, le cardinal Baronius, qui l’affirme :

L’h]»^dise romaine, écrit-il, était transformée en une courtisane éhontée, couverte de soie et de pierreries, qui se prostituait publiquement pour de l’or. Le palais de Latran était devenu une ignoble taverne, e^

1. Ail XV* siècle, cependant, en Allemagne, les francs-maçons étaient tenus de communier, sons peine d’exclusion de la corporation. De même an pa;\s on leuii l’oranger, ainsi que l’hyperholc. la communion tnt longtemps ohligaloiie pour es laïipies : ainsi, à la jiorte de San Giovanni Battista, a Inrin, on voit cncoit e carcan ([ue l’on passait au cou de ceux qui n’avaient pas tait leurs paques.

SlIK i/aRT REI.ICxlEUK

3

ecclésiasti([ues de toutes les nations allaient disputer aux lilles d amour le prix de la débauche.

Trois siècles plus tard, le mal qui auparavant sévissait surtout à Rome a srag’iié toute la chrétienté. Honorius, prêtre d Autun, nous lait une vive peinture de la décadence et de la corruption des mœurs ecclésiastiques, tout au moins du clergé régulier :

Uej^ardez ces moines : la fourbe et l’hypocrisie s’abritent sous leurs capuces ; le froc couvre tous les vices, la gourmandise, la cupidité, l'avarice et la sodomie.

Quant aux recluses des monastères, il les compare à autant « de Phrynés et de Messalines qui ne se prosternent plus devant le Christ, mais devant une idole de Priape ! » On voit que ce sacerdote n’est pas tendre pour ses frères en capuchon, non plus que pour ses sœurs en cornette.

Mais revenons à nos... agneaux sans tache, les francs-maçons d'antan ; aussi bien nous continuerons à vider la poubelle des méfaits relatifs aux mœurs cléricales un peu plus loin. Remarquons d'ailleurs que Loris Iluysmans contredit lui-même son affirmation précédente par un détail qu’il nous fournit. Ne nous apprend-il pas que les moines, écrivains ou copistes, remerciaient Dieu, leur besogne achevée, chose louable, en vérité, mais qu’ils de- mandaient aussi une récompense pour leur peine. « L’un demandait

qu'il lui soit donné du vin et du meilleur, et un autre pulclirsc piiella^ une belle hile ». Nous voilà loin, bien loin, il nous semble, de la pureté de mœurs des simples manœuvres.

Dès le xiiie siècle, qui est par excellence le siècle des cathédrales.

l’élément ecclésiastique et monacal est absorbé par l’élément laïque dans la construction des édifices religieux. Et ce n’est point non plus parmi ces artistes vaniteux qu'il faut chercher des crovants modestes et sincères. Ils sont la proie de toutes les passions humaines, qui parfois les poussent jusqu’au véritable forfait. On peut emprunter à une époque un peu postérieure un exemple frap- pant de cet état d’esprit qui régnait déjà chez ces artisans au xm*' siècle. Nous savons qu’au xv‘' siècle, la rose d’une croisée de 1 église Sainl-Ouen, à Rouen, fut exécutée par l’a apprentif » d’un maître maçon, Alexandre de Rerneval, et jugée supérieure au modèle de l’architecte ; celui-ci en conçut une telle jalousie contre

4

i/aR'I' 1* R (J fane a I. E(iI^1SE

son habile rival, quil n’hésita pas à le tuer Pour ce crime il lut pendu haut et court, mais les religieux de 1 abbaye obtinrent .[u on leur rendît son corps et ils l’ensevelirent « honorablement » dans leui

”unc rivalité aussi haineuse n’est pas rare non plus chez les peintres. C’est pour se défendre contre elle que Giovanni Porde- none mortel ennemi du Titien et célèbre par ses « raccourcis ter- ribles’ » tandis qu’il travaillait aux fresques de Santo Stepbano, a Venise, 'était revêtu d’une cotte de mailles et armé d’une épee et de son poignard. Faut-il rappeler la jalousie du Florentin lorrigiani qui, dans une querelle d’art, brisa le ne/, de Michel- Ange, et la violence d’Alonzo Cano qui, pas plus que Buonarroti, ne soulfrait de discussion sur sa supériorité, blessa en duel le peintre c on Sébastian de Llanô y Valdès qui la contestait ? De meme, es élèves de Raphaël, au dire de Benvenuto Cellini, voulaient tuer Rosso del Rossi, parce qu’il avait décrié les œuvres de leur maître. Ajoutons le cas d’Antoine de Messine, qui dérobe a ’Van Fyck le secret de la peinture à ITiuile et le confie à Dominique Beccafumi, l’un de ses élèves, qui l’assassine pour en être le seul possesseur. Enfin n'a-t-on pas attribué la mort du Dominiquin à un empoison- nement perpétré à Naples par les élèves du Caravage, Ribera, Corenzio, Gorracciolo, « véritable association de bandits et de coupe-jarrets », faction féroce qui ne reculait devant aucun moyen pour éloigner les rivaux, les grands maîtres romains, comme le

Guide ? ...

Voilà bien l’àme de l’artiste dans toute sa laideur : ijeiuis, irri-

labilc vatiim! Pour un Fra Angelico, de Fiesole, dont le pinceau se

refusait à reproduire l’image d’Iscariote et qui peignait la cruci- fixion à genoux, les larmes aux yeux, ce qui, soit dit en passant, devait nuire au choix des couleurs, combien de Gelliin pour- raient répéter ce propos mercantile du maître llorentin, truculent et inverti : « Je travaille pour qui me paie ou me fait manuel

1. lAmc clos ligurincs du ,nédcslal de l’er^ée. \ Florence («F;, l-;';;'';’* celle de Ze».s'. porte uiic inscripUoii laline ‘.1”'

»( s’en remettait volontiers à son escopette et a son epee pon ^isean On

.adversaires », 11 uvnil, dit A. Dumas, le polKnard aussi Urer que le "

ooimail la haine <iue, par opposUion d’art, il ™uait à Baecio liandmelli, doni il était jalon.v. Pen d’artistes ont eu la modestie d’André Oreagna <pu si^^nai tableaux, nciiiplor, et ses sculptures, picLor.

SUR L ART RI-:L1GIEUX

5

Il y a (railleurs l’énéraleinent peu de rapport entre la vie et les ceuvres de ces artistes. Le Pérug-iii était athée et ne s’en cachait pas, rappelle l’auteur du Lys roucfc. Gomme Gaton^ qui avait des moeurs de catin, Joachim Patenier, d’après W. Bürg-er, était (( or- durier » et mena une vie crapuleuse ; pourtant presque toutes ses compositions sont des taldeaux de sainteté. Jean Gossart, qui se spécialisa dans les sujets religieux, parce qu’il était incapable de taire le nu, (( était adonné à de honteuses débauches ». Le moine Filippo Lippi n’a-t-il pas aussi fait ses preuves de libertinage*, comme tant d’autres ? Santerre, par exemple, dont le pinceau délicat caressa tant de torses de Madeleines^ repenties ou non, était grand amateur du nu en peinture aussi bien qu’en nature. (( Il n’avait pas de valets, écrivait Mme la duchesse d’Orléans, plus connue sous le nom moins otHciel de Princesse palatine ; mais il se faisait servir par des jeunes filles qui riial)illaient et le déshabillaient. » Pour égayer sa philosophie, dit un critique d’art, il avait formé une académie de jeunes filles auxquelles il enseignait son art, et elles lui servaient de modèles.

Nous trouvons encore une preuve du caractère licencieux des ar- tistes dans certains sobriquets méprisants qu’ils infligeaient à leurs camarades d’atelier, surtout à Home, pendant la Festa del Batte- sinia . tels, le peintre Razzi, qui sigaiait Sodona, surnommé le Südoma. et le verrier de Coiinei, appelé ainsi, dit Bernard de 1 alissA , (( parce qu il avait 1 haleine punaise ». A. rapprocher, le suiiiom de (^h... donné à Patenier en raison du monogramme qui lui servait de signature au bas de ses paysages : un petit homme accroupi par nécessité.

Artistes et symbolisme. Gontrairement à une idée assez ré- pandue, l’esprit religieux est très souvent étranger aux manifesta- tions de Part chrétien: nous aurons maintes fois l’occasion de le constater. Que d’imaginatifs en état de grâce, atteints de « symbou- lisme » chronique, croient découvrir des symboles dans tous les dévergondages apocalyptiques des artistes : têtes grimaçantes dites « rageurs », animaux hideux, chimères fantastiques, guivres, et jusque dans leurs conceptions humoristiques et obscènes les plus

1. Les Seiivi h l'éçjlise, p. lu!).

i/aUT PROKANK a I. KCLlSi:

cîiractérisécs ! A (jiioi bon se torturer rimagination pour explicjuer par de savantes et obscures interprétations beaucoup de ces bam- boches d’atelier, de ces jeux d ecolier, chez qui le rapin a des sou-

bresauts et des réveils inattendus ?

Certes, le langage sacerdotal du moyen âge, le symbolisme (jui disparaît à peu près au xv"* siècle, a son importance et sa place dans de multiples allégories pieuses ou morales, analogues aux paraboles évangéliques ; mais gardons-nous de généraliser, et ne nous bor- nons pas à déclarer que la clef du symbole nous échappe et nous échappera toujours, pour nous éviter de rechercher une explication plus naturelle de certaines fantaisies artistiques plus ou moins licen- cieuses h Saint Bernard, qui devait s y connaître en logogriphes de ce genre, ne s*y est certes pas trompé, et dans sa fameuse phi- lippique contre les moines de Gluny, il stigmatise énergiquement « ces ridicules monstruosités et ces prodiges de dillbrmités ». Avant lui, saint Nil écrivait : « C’est une puérilité d’amuser ainsi les yeux des fidèles. » Aussi nous étonnons-nous quelque peu qu’un auteur aussi lucide et pénétrant que celui de la Cathédrale^ mais imbu d’une religiosité ancestrale d'origine hollandaise, voie dans les tours et les clochers de la cathédrale de Chartres deux bras munis de leurs mains jointes, avec leurs dix doigts“^, et reconnaisse dans les gargouilles, simples gouttières décoratives, « des créatures

1. Parmi ces symbolistes incorrigibles et abstrus, en dehors de nos virtuoses contemporains, l’abbé Auber et Mme Félicie d’Auzac, citons deux modèles du genre : Guillaume Durand, évc({ue de Mende, au xiu® siècle, qui élucubra le linlionul, et Fortunat A malaire. Ce dernier s'ingénie à démontrer ce cpii est vrai pour le mezzin, cloche vivante appelant les lidèles à la mosquée que le corps de la cloche désigne la bouche du prédicateur, et le marteau, sa langue. De plus sensuels y trouvent l’image des deux sources de la vie, le phallus procréateur et le sein vivi- fiant ! Pourquoi pas ?

C'est avoir de bons yeux que de voir tout cela.

Rien ne déconcerte ces hardis commentateurs, dont les élucubrations confinent parfois à la démence, tel ce Gobineau de Montluisant, gentilhomme chartrain, grand amateur de science hermétique, cité par de Saint-Foix, et pour qui les figures hiéroglyphiques du portail de Notre-Dame « dévoilent tous les secrets de l’Alchy- mie ». Le Père éternel étendant les bras et tenant un ange dans chaque main repré- sente, d’après cet halluciné, le soufre incombustible et le mercure de vie; les \ ierçfes sucfes ne sont autres que les vrais « Philosophes Chymistes, amis de la Nature, qui reçoivent du Ciel la matière propre à faire de l'or ; les Viergea folles désignent « cette foule innombrable d’oiiérations fausses des Soullleurs et des Charla- tans », ete.

2. D’aucuns, de mauvais esprits assurément, en font l'image d’éteignoirs étoullant la lumière du progrès !

s 11 H I. A II T UKUGIEIIX

7

livhrides matérialisant les vices vomis, reje- tés (lu sanctuaire, rap- pelant au passant qui les voit exprimer à pleine gueule les lies (les gouttières, (pi'liors (le l’Eglise ce ne sont ([lie gémonies de l’es- prit et des cloaques d 'aines ».

Ce sont ralline- ments d'écrivains qui ne correspondent à rien de précis. En vé- rité, dans ces époques déjà le zèle reli- gieux se refroidissait.

Fif;’. 1. Tiivc du J Acre (V Heures du chancelier Perrenot, 15ol.

les artistes s’inc:é- niaient surtout à provoquer la curiosité ou l'étonnement, et ils se souciaient assez peu d’éveiller d’autres sentiments plus pro- fonds dans l'esprit des hommes.

Thèmes de prédilection. Les sources puisait l'art chrétien au moyen âge n'étaient ni très abondantes ni très riches. Aussi trou- vons-nous de fréquentes redites dans la décoration de nos cathédra- les, d’autant plus que le nombre des (( tailleurs d’ymages », « mais- tres huchiers » et « peintres verrvers » a toujours été assez restreint.

Les thèmes favoris de ces artisans sont empruntés aux deux

Testaments, les mamelles de l'Eglise, et à la Vie des Saints. Ils choi- sissaient de préférence les sujets qui se prêtaient le mieux à l'exhi- bition du nu : Adam ci Eve avant le péché, la chaste Suzanne et les vieux messieurs (( qui ont encore du goût pour la réalité », l’adultère Bethsabée (lig. 1) \ l'impudique Pufiphar, les prostituées patriotiques Judith et Dalila, etc.

l. ()n rencontre, surtout au vertueux pays des « homosexuels », des Belhsuhêes habillées, prenant un simple bain de pieds dans une l'ontaine (hj^, ri). La vue de ces mollets sutfit pour allumer les convoitises de rinllammable David.

8

i/aHT IMlOKANi: A l/ÉflLISE

Les portails des églises des x\^ et xii*' siècles sont décorés de scènes du Jufjement dernier les nudités du monde entier se sont donné rendez-vous, à l’exception toutefois de celles de l’enfance

et de la vieillesse, dont les acadé- mies ne sont pas assez suggestives L Nous ne voyons plus que corps en- tièrement dévêtus, qui sortent du tombeau ou subissent divers sup- plices : des serpents et des crapauds dévorent les mamelles et les parties génitales des luxurieuses ; des dé- mons nus, poilus, crochus et cornus dévident les boyaux des réprouvés sur un treuil ou les précipitent à coup de fourches, soit dans la gueule du monstre Léviathan, qui vomit des flammes, soit dans des chau- dières incandescentes et bouillantes. Itc^ maledicti, in igneni æternuni ! Un distique expressif de Vincent de Beauvais résume toutes les variétés des peines éternelles :

Nix, nox, vox^ lacrymæ, sulphur, silis, leslus ^

Maliens et slridor^ spes perdi'ta, vincula^ venues.

Tels sont les tableaux des châtiments épouvantables des damnés, qui devaient frapper les esprits d’une terreur salutaire et inspirer l’horreur du péché :

Saillez tout nus, vieux, jeunes et charnus,

Bossus, tortus, serpens diaboliques !

Ces diableries jaillies d’une foi qui n’est plus la notre, terrifiantes autrefois, cocasses aujourd’hui, naïves bagatelles de la porte occi- dentale, qui font la parade devant « l'Opéra du pauvre » -, et 1’ « Auguste », le comique de « la Divine Comédie », parjiît sous la

1. Habituellement, les élus, les justes, appelés à jouir de la béatitude éternelle, sont habillés, bien (|u’IIonorius d’Autun, comme le fait remarquer K. Mâle, ait dit (pi’ils « ne seront re\ étus que de leur innocence et de la splendeur de leur beauté ». 11 est vrai (juc, dans V Apocnlifpae, il est écrit : « Celui cpii vaincra sera vêtu de vête- ments blancs ».

Méi’imée compare la richesse sculpturale de rextérieur d’une église, par rapport à celle de l’intérieur, « à ce que l'ouverture est à un opéra » ; les détails les ^>lus

SUR i/aRT REIilGlEUX

1)

forme (l’un diahloUn facétieux et triclieur, qui donne le coup de pouce à la balance avec laquelle saint Michel, le « psycliopompe »,

Pig. 3. Kalc-Bavvani-Parvali, épouse de Siva. Tirée du Panthéon indou.

pèse les âmes, se retrouvent encore à l’intérieur, dans les scènes infernales narrées sur les chapiteaux, les verrières ou les stalles.

On sait que le Diable, tiré de la théogonie hindoue (üg. 3), ne fait

riches sont réservés pour le chœur, les sujets ridicules ou obscènes s’étalent sur les stylobates, les archivoltes, les pieds-droits, etc.

U)

l’ art LROFAM-: A i/lC. LISl

son apparition dans l’art religieux (|u’a- près le siècle ; mais il triomphe surtout au xive siè- cle, en compagnie de Renart et de la Mort. (Quelle trou- vaille, quelle for- tune pour l’Eglise que ce fabuleux ange du mal, cet esprit des ténèbres capable d'inspirer une si vive terreur aux bienheureux « pauvres d'esprit », aux « poires tapées » par le clergé. C’est, dit un calembour di-

sur Pierre que l’Eglise est construite ; mais Satan en est la clef de voûte et celle du colfre-fort des fidèles. Dans tout cela, le Christ et Dieu le Père surtout n’ont plus qu’un rôle secondaire ; retirez Beel- zébuth et l’h]glise s’écroule aussitôt. Mais le clergé peut être tranquille ; la marmite infernale continuera à faire bouillir la sienne à perpétuité.

Le Nouveau Testament fournit moins de prétextes au nu que l’Ancien ; il n’offre guère que le sein de la Vierge, la nudité du Sauveur flagellé

sriî L Aur iiKMC. iEi:x

1 1

sur le chemin de lu croix, et surtout celle de 1 enfance de Jésus (li^*. 4), ([uand (( la bouche encore blanche de lait », le sanlissimo Hambino tripatouille la poitrine maternelle (lig‘. 5), évoquant à l’esprit ces vers de l'auteur du Myosotis :

(^ii vont CCS doigts curieux ?

Puisque j’en tiens un, Madone,

Laissez-moi prendre les deux !

Mais nos artistes ne se bornent pas à cette source. .Vprès les contes de nourrices des Ecritures, les légendes « dorées » des bagio-

(). D’après Ilaiis Burj,^kmaier

graphes, saint Sébastien, côté des hommes, sainte Madeleine, for evcr! coté des dames galantes, les « maistres habiles » in-

i/aUT P R O ta N K A l/Éfif. [SE

O

terprétaient les légendes, les chansons de gestes, les grandes épo- pées — amours de l^yrame et de Tliisl)é ou de Lancelot et de Gene- viève — et aussi les fabliaux, que l'abbé de Glairvaux, peu clair- voyant, appelle des a inep- ties », lui qui, pourtant, croyait aux récits bibli- ques î

Parmi les scènes sati- riques et immodestes des contes que les trouvères colportaient au nord de la France et les troubadours, au midi, le Lai cV Aristote (fîg. 6, ci-dessus p. 11, et 7)^ dont Henry d’Andely est l’ingénieux auteur, jouit de la plus grande Amgue. On représente la chevauchée de la cour- tisane Phvllis, d’autres écrivent l’indienne Gam- paspe, ou encore Gléo- phile, voire Roxane, sur le dos du prince des phi- losophes, Aristote, qui consent à se laisser mettre un bât sur l’échine et un mors à la bou- che. On nous rappellerait ainsi la toute-puissance de la femme sur l’homme lorsqu'il s’abandonne à ses sens et à sa passion, rendant vaine la prédiction de la Genèse : « Tu seras sous la domination de l’homme. » La (( gente demoiselle » qui dompta le grave et austère Stagirique et, comme Circé, changea ses amants en pour- ceaux, se promenait dans (( le vergier, en pure chemise » ; elle est même souvent reproduite en cet accoutrement tout intime. Alexandre, à la fenêtre de son palais, éclate de rire à la vue de sa favorite sur l’échine encore souple de son précepteur, qui s'excuse par cet argument ad hominein : <( Si un vieillard peut être amené à une telle extravagance, quel délire pareille passion doit-elle

SLR l'art religieux

13

inspirer à

un jeune homme? » La morale du Lui

est plus naïve :

Ainsi va qui aniors mai ne Pucelle plus blanche que laine. Mestre musars me soutient Ainsi va qui mors maine Et ainsi qui les maintient.

Le conte fait passer le précepte, assure notre bon La hontaine, qui a fait ses preuves.

\argile aussi, le prince des poètes latins, aux mœurs pures, paraît souvent en posture analogue, dans un panier, joué et mystifié par une courtisane. C’est partout et toujours, d’après de Gaumont, la mise en œuvre de la Ballade sur la qualité des femmes du Plai- sant — Boutehors d'oisiveté :

Si femme veut, un homme studieux Du tout fera et rendra imhecille,

Veu qu’elle a peu faire croire à ses dieux Samson, David, Salomon et Virgile.

$

Un manuscrit du xiiE siècle, de la bibliothèque de Berne, fait allusion à ces moralités qui mettent en garde contre les séductions féminines :

Par femme fut adam déçu Et VIRGILE moquez en feu (fut) ;

DAVID en lit faux jugement Et SALOMON faulx testament ;

Yi’OGRAs en fut enerbez,

SAMSON, le fort, deshonoré.

Femme chevaucha aristote 11 n’est rien que femme n’assote.

Autrement dit, méditons et suivons le conseil d’un Père de FÉglise : « Il faut se méfier du devant d’une vache, du derrière dMn cheval et de tous les côtés d’une femme. »

Le meme enseignement emblématique est donné à la cathédrale de Chartres par la figuration de la Luxure^ sous les traits d’une cour- tisane qui, comme Frosine, « connaît Part de traire les hommes ». Elle tient le sceptre de sa toute-puissance charnelle d’une main, et, de l’autre, le miroir de la coquetterie, tandis quMn coquebin ([ui aspire à être « déniaisé » la couvre de caresses.

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l/AUT PROFAM*: A l/ÉdUSF

Une autre leçon de morale était donnée par la paral)ole des Dix Vierges^ communément représentée sur les ventaux des porches pour exalter la sag-esse des femmes. Les lig-ures des cimj Vierges folles allégorisent les diverses espèces de concupiscence des cinq sens. A Chartres, cet enseig^nement s’imposait sans doute particu- lièrement au sexe féminin, car on retrouve jusqu'à trois fois la représentation de cette parabole à la cathédrale. La sensuelle Renaissance, en dépit du texte biblique^, hal)illera c’est une façon de parler ses Vierges folles en l)acchantes, (( allichant les postures les moins équivoques jusque sur les sièg-es réservés aux pontifes» ; tandis que, dans Tart roman et le gothique, elles sont tou- jours drapées ; tout au plus, à Chartres, par exemple, leur robe accuse-t-elle les formes, en signe de leur mondanité. Quant aux Vierges sages, elles sont vêtues comme des religieuses.

Mais ce sont des figures « de fortune » ou allégoriques, dont le sens est facile à saisir. 11 iLen est pas de meme pour la plupart des représentations plastiques dans nos églises, et dont le caractère énigmatique laisse le champ libre aux explications les plus saugre- nues. On se plaît à reconnaître à des sculpteurs plutôt naïfs une admirable subtilité. Mais c'est de leur propre subtilité que nos écrivains modernes gratifient les vieux praticiens ; et si ces images en sculpture sont souvent d’un sens mystérieux, n’est-ce point qu’elles ne contenaient pas de sens précis et n'étaient, en somme, que de purs motifs de décoration ? Comme Ta fort bien dit Hugo, à part les sujets imposés de la théologie chrétienne dont nous avons parlé, ce qui a guidé les artistes du livre architectural, c’est « la fantaisie et le caprice ». Et ils ne se gênaient pas pour faire des « niches » aux clercs exégètes préposés à leur surveillance.

Sans doute, et nous ne songeons nullement à le nier, la syndjo- lique se manifeste dans certains traits de l’art chrétien : c’est ainsi que le Sauveur nous apparaît sous la forme d’un agneau, en sou- venir du jour le précurseur le baptisa et le désigna à la foule : (( Eece agniis Dei I » (Voici l’agneau de Dieu!) Nous trouvons aussi sur nos cathédrales l’image symbolique de divers Vices opposés aux Vertus correspondantes : la Colère est personnifiée par un lion à l’épaisse crinière ; le Libertinage, par un bouc à longue

1. MaUhieii, ch. axv.

su U i/aRT KKLir.lEüX

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barbe \ la Luxure y par une Icinine cjiii tire la lang'ue ou montre ses seins, etc. ; mais, à coté de ces lig’urations nettes, classiques^ pour jiinsi dire, combien de déverg'ondag’es, d obscurités, véritables hié- rog’lvphes qui attendent et attendront long’temps leur Gliampollion ! Or, ce qu'on peut expliquer de plusieurs manières, pense \oltaire, ne mérite d être expliqué d'aucune. Si vous passez près de 1 ég'lise Notre-Dame de l’Épine, dans la Marne, vous verrez à 1 extérieur, au niveau de l'abside, le lieu d’élection se cachent les honteux ohscena derrière contre derrière une bonne femme, à demi accroupie h qui relève sa jupe pour satisfaire un petit besoin. Devons-nous chercher une intention symbolique, et devons-nous en chercher aussi chez Marcus Guerards, de Bruges, au xvi*‘ siècle, (|ui se plaisait à placer en évidence dans tous ses paysages une petite femme « occupée à pisser » ? De même Breughel, disposait souvent des personnages « accroupis » dans ses compositions burlesques. Ce sont des bizarreries inexplicables et que nous rencontrerons en grand nombre, chemin. faisant.

Dès la période romano-byzantine, les créations du paganisme s'infiltrent, par la loi de transition, dans l'art chrétien ; leurs nudités mêmes y voisinent avec les sujets religieux; d'où la profusion de chimères, marmousets, coquecigrues grimaçants, sphinx, grif- fons, néréides ou femmes poissons, sirènes ou femmes oiseaux, atlantes ou télanions, harpies, mélusines moitié femmes et ser- pents, et d'autres animaux fantastiques empruntés aux Bestiaires du temps, dont les pieux enlumineurs peupleront leurs vignettes décoratives. La néréide au buste féminin terminé par une queue unique ou double,

Desinil in pisceni millier formosa superne,

et dont on ne peut dire qu’elle n'est ni chair ni poisson, est toujours confondue avec la sirène. Elle ligure souvent sur les murs des édi- fices religieux, surtout dans les baptistères et les églises des pays maritimes. Entre temps, la néréide personnifie la Volupté quand elle tient un miroir, et la Reli(jion si elle a un poisson"^ à la main.

U D" lÎAnuAX, Chron. inédic.

-. Quand elle tient nu couteau, d’nn coté, et nn poisson, d'nn antre, (ju’elle va fléconper par tranches, elle indicpie (pie « la cruauté accompagne la débauche » ; assise sur le dos d’un centaure, elle persoiinific le comble du liiiertiua^e.

IG

l’art P RO LAN!" A l’ÉOLISL

l’emblème familier aux premiers clirétiens pour indiquer Jésus;

nous savons qu’ils avaient trouvé dans les cinq lettres du mot grec poisson, IX(-)Vi), les initiales des cimj mots suivants :

Ir)<70îjç XpKTTÔ; (")£ou Ho;

Jésua Christna Oei l'iliim Salvalor

La Renaissance reprendra les mythes de la Grèce et les mariera avec les licences bibliques, en accentuant les dangereuses séductions du nu, le plus actif des a^dirodisiaques ; « elle symbolisera meme la Vertu par des formes sensuelles », écrit Labbé Crosnier.

Quand la surface à illustrer était trop étendue, après avoir épuisé la série des événements ordinaires, les tailleurs « d’hystoires », sous peine de se répéter, comme k Chartres, égayaient leur œuvre, à l’exemple des sermonnaires, par des épisodes plaisants.

Ainsi s’entremêlent k Rouen, au portail des Libraires, les sujets chrétiens et les Métamorphoses d’Ovide ; arlequinade bigarrée, macédoine disparate du sacré et du profane, auxquelles s’applique ce qu’lsidore de Séville disait de sa bibliothèque : Sunt hic plura

sacra, sunt et mundalia plura.

L’esprit satirique si goûté de nos pères, surtout quand il était relevé de bon sel gaulois, se donnait libre carrière dans les sculptures des édifices religieux. Ces soties de la pierre et du bois prenaient comme objectif les scènes familières ; elles représentaient les corps de métier et les diverses professions : sur les culots des miséricordes d’Amiens, par exemple, se coudoient la Femme galante ou la Mondaine, tenant en main une demoiselle », c’est-k-dire un miroir, la Sage-femme, avertissement des dangers de 1 inconduite et le ménage se disputant la culotte, mise en action du fabliau de Sir Ilaiiis et dame Anieiise ou du strugglc for life de la vie conjugale.

Le clergé lui-même, régulier autant que séculier, n était pas épargné dans ces parodies ; des renards travestis en moines prê- chent des poules sans défiance ; des évêques, des abbés coiffés de leur mitre et qu’on ne vienne pas dire qu'il s’agit du bonnet des prêtres juifs, la présence assez fréquente de la crosse épiscopale ou abbatiale le démentirait marchent entête de la théorie des damnés,

liés par une corde ou enchaînés et entraînés par des démons gogue- nards. Les épiscopes rossés et « passés k tabac » par les flics infernaux avec une furia sans égale sur les tympans des portails

SCR l'art R K lu; I eux

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sacrés étaient crossés crimportance par ce c[uatrain entre mille :

la muse populaire ; témoin

Au temps passé du siècle d’or, Grosses de bois, évêques d’or ; Maintenant, chang^eant les lois^ Crosses d’or, évêques de bois.

Rarement, le saint pontife figure dans le cortège des condamnés, et pourtant les tarés ne manquent pas chez les tiares d antan ; mais le peuple, encore moins respectueux que les artistes, n’épargnait pas le grand chef de la Chrétienté : « On chantait, en France, dit Viollet-le-Duc, avant et depuis Philippe le Bel : Je me f... du pape; c'est le refrain d’un ancien fabliau. » D’autre part, les libres prêcheurs, imagiers du verbe, n’étaient pas moins hardis que les imagiers de la pierre pour flétrir du haut de la chaire les mœurs détestables des ecclésiastiques de tout rang, depuis le simple diacre jusqu’au vaniteux prélat. Lisez plutôt ce passage d'une des boutades de Pasquin et Marforio :

Je souhaite un peu d’instruction aux cardinaux et la haine des goûts infâmes ! Je voudrais que les évêques apprissent à lire et à préférer leurs devoirs aux plaisirs et à la domination temporelle. Quant aux prêtres, je leur donnerais des femmes pour les forcer à quitter leurs concubines, et je donnerais des concubines aux moines, afin de les empêcher d’être les maris de toutes les femmes et les femmes de tous les maris.

Il est vrai que nous sommes en Italie, la patrie des Ganymèdes. Mais des vices et des défauts identiques se retrouvent dans les autres pays. Il est non moins curieux de voir le même écrivain public, Pasquin, sous Paul III, « de lubrique mémoire », jouer dans une intention satirique avec les noms des ordres religieux : il appelle les Carmes, les Charnels \ les Dominicains, les Démonicains \ les Franciscains, les Fraudiscains ; et les autres ordres à l’avenant, les Servîtes, les Bcnébihites, iQ^Caprutiens^ etc. Mgr Fagnani, l’un des familiers de Donna Olimpia, l’intrigante belle-sœur d’innocent X, n’y voyant plus d’un œil et à peine de l’autre, disait que « Dieu lui avait fait une grande grâce en lui ôtant la vue, parce qu’ainsi il ne pouvait voir les fourberies des frati ».

Bien avant, sous Henri III, l’on portait les manteaux courts,

i/aUT IMIOI'AM*:, I. O

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l’art profane a

L F (.LISE

(lits (( à l;i clystériqiie », et fureur, l’auteur du Cabinet du

les elystères d’eau l)(3iiite faisaient rojj de France écrivait : « Autant

Fij?. 8. Tirée du Vitnül, de L. Ottin.

doncques qu'il y a de cardinaux en cour, autant d’estalons pour les darnes. »

SUR L ART RELIGIEUX

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Dans la chronique scandaleuse du xviii® siècle, la « fureur d’érotisme », selon Ténerg-ique expression de Brunetière, des romanciers et des artistes ne connaissait pas de bornes, nous trou- vons une aventure analogue à celle qui est satirisée sur un vitrail ancien (lig. 8), attribuée au cardinal Dubois b L’escalade amoureuse aurait eu lieu au domicile de 1’ « abbé », au parc de Saint-James.

Autres temps, memes mœurs, avec cette dillerence, toutefois, qu'au xx*^ siècle on s’attache surtout à sauver les apparences. N’avons-nous pas eu récemment (1907) un représentant du Saint- Siège, Monsignorc M..., qui « flirtait, papillonnait et gaudriolait » ; avons-nous oublié la fugue tragico-comique de l’abbé peu ga- lant D..., qui mit à mal une institutrice laïque, puis l’abandonna au milieu « de la rue », ainsi que le produit de leur conjonction charnelle ? Est-il nécessaire de rappeler les exploits de ce curé qui transforma son presbytère en maison d'accouchement ? Et combien d’autres, qui ont eu l’habileté d’éviter les poursuites judiciaires et le scandale public ! Car tout est là, comme le donne à entendre l'aveu cynique d'un de ces don Juan en rabat devant le tribunal : (( Personne ne me pardonnera, non pas d'avoir fauté, mais de m^être laissé prendre. »

Sans tenir compte de ces exceptions, les mères chrétiennes con- tinueront à suivre le conseil de Mgr Dupanloup : (( Élevez vos filles sur les genoux de l’Eglise ! » Ceci dit pour l’édification des mœurs cléricales à toutes les époques, fermons la parenthèse.

Entre temps, l’irrévérence des artistes s'attaquait aux saints eux- mêmes, alignés et figés au fond de leurs niches dans une immobi- lité hiératique, la figure empreinte de la sérénité impassible des justes.

Ces facéties figuratives dans la décoration des églises répon- daient exactement à la partie comique de nos Mystères. Elles étaient un repos pour l’esprit. Le grotesque, qui apparaît surtout aux époques de décadence et dont le moyen âge fit un véritable abus en peuplant les édifices religieux d’être fantastiques et de monstres hybrides, tenait, nous venons de le dire, l’emploi de ces clowns burlesques qui servent à égayer les intermèdes des jeux du cirque. Dans sa recherche de la note drolatique, le ciseau en

1. V te privée du cardinal IJuboifi.

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i/aU'I’ profane a L kg 1.1 se

folle or^ne parcourait allègrement toutes les gammes de la licence, depuis la joyeuseté la plus anodine jusqu’à l'obscénité la plus crue.

Tandis que, dans les lettres et les arts, le trivial coudoie l'idéal, les gens d’église eux-memes, quelque peu maltraités par les trou-

vères, recherchent cependant leurs contes de haulte gresse. L auteur de YOhlat nous donne la clef de ce contraste. Après avoir raconté la Pâssion de sRint Gcindolplic ^ une des pièces du théâtre de la moniale Hrotsvitha, qui vivait au x** siècle, et 1 incident des (( fuites sonores » et cela sans arrêt dont fut incommodée, tant qu elle vécut, la femme dissolue transformée en déesse Crépita de ce prince sanctifié, Iluysmans ajoute :

Remarquez d’ailleurs que les plaisanteries scatologiques sont encore chères aux gens d’église b ^t c’est assez naturel ; les autres, celles sur

1. Ces plaisanteries de j^oût douteux, se rencontrent ellectivcment dans les scènes des diableries. En France, nous verrons un démon jouer le rôle de « petit vent du Nord .> et rafraîchir le visa^-e de sa victime, en réventant avec une fuite de j?az mal odorant: au Campo Snnlo, de Fisc, le supplice d‘un damné consiste a être embrene par un diable. Rappelons en tiucllc circonstance une peine stercoraire analo^me tut inflij::éc à des humains. L’épouse de Fi’édéric Rarberousse visitait eu curieuse Milan ; les habitants, par haine de ce monarque, tirent subir a 1 impératrice un sanglant allront. « Hz la mirent sur une mulle, luy taisant tourner la teste ^ers la ([lieue, la([uellc ilz lui baillèrent en la main, au lieu de la bride. Et ainsi par moc- querie l’envoyerent par vnc aultre jiortc. (^jcsar ayant juste indignation de ceste injure, les assiégea et pressa fort de se rendre, comme ja il avoit souvent tait mitre- fois, pource ([ii'ilz ne pouvoient endurer ne paix ne guerre. Après i[u ilz turent

SUR i/aRT R U Lien eux

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les femmes, qui délectent les laïques, aux lins de repas, entie honyiies, leur sont interdites ; ils se rattrapent donc sur celles-la qui ne sont ni plus malpropres, ni plus sottes, d’ailleurs; et elles ont au moins cet avantage

d’étre innocentes.

D'où l’explication de la profusion de marmousets accroupis, des deux sexes, dans tous les coins de nos vieilles cathédrales , ce sont

autant de petits saints Gandolphes.

Le g'rotesque de la sculpture médiévale atteig’nait parfois au cynisme des farcissures à l’usage des mystères liturgiques. Est-il, par exemple, un langage plus grossier que celui de ce personnage d’une Passion qui s’écrie devant Jésus crucifié :

Poy, palhart, poy !

Crachez-lui trestous au visage,

Se vous pouvez, ou à la îuicfe (fesses),

Et lui faictes montrer le c...

OMNES TIRANI.

Bé, bé, hé, bé.

MALQUE.

J’ai appétit

D’arregarder s’il porte brayes.

Et n’as ja hesoing que tu n’ayes ;

Je crois que ta chair est retraite.

GIRG.

Il fait beau voir besoigne fête.

Gualans, monstrons lui tous le c...

MALREG.

Arregarde : il est velu ;

Jésus, arregarde la lune.

renduz, ilz les receut à cestc coiidiLion, que ceux qui vouldroient vivre, tireroyent avec les dentz une fif^ue du derrier de la mulle (lig. ’J), autrement qirilz seroyent incontinent mis à mort. Plusieurs aymerent mieux mourir que de sotVrir ceste igno- minie : les autres désirans de vivre i’eirent ce qu’on leur commandoit. Delà est venue une mocquerie injurieuse qui est entre les Italiens de monstrer un doigt entre deux autres, et dire : Voilà la fujue ».

(ialiotto, plus humain, après la victoire de Cascina, pour humilier les prisonniers ])isans, se contenta de les forcer à baiser le derrière de la fameuse statue de Marsocco, l’un des ornements de la place du Grand-Duc, à Florence.

Nbmtfaucon, dans son Anliquilé expliquée^ relate une « peine établie pour les adultères, en certains pays », qui s’appliquait à la meme région anatomique :

« G’étoit de leur arracher tout le poil de l’anus ; cela s’appeloit uapaTtXgoi;, mot grec qui exprime cette opération ».

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L A K 1’ l‘ U O F A N i : A L F Tl I. i S K

MALFGORGE.

Arregarde si le mien fume ;

N’est-ce pas la gorge d’un four?

PRIMELLE.

Par mon âme, tu es bien lour ;

Que ne descends-tu pour nous battre.

Dans un autre Mystère, un ang-e lance au Très-Haut cette verte apostrophe :

Père Eternel, vous avez tort,

Et devriez avoir vergogne ;

Votre lils bien-aimé est mort,

Et vous dormez comme un ivrogne !

Et gardons-nous bien d’oublier que ces farces avaient pour public et pour interprètes des ecclésiastiques aussi bien que des laïques. Ce n’est certes pas le côté le moins piquant de ces représentations dramatiques.

Tolérance du nu à l’église. Le nu, à la condition qu’il ne soit pas cynique, est le nerf de Part, a fort bien dit Grimoüard de Saint Laurent, et Tommaseo, Pennemi des nudités immodestes, reconnaît, avec non moins de justesse, qu’une femme nue peut être plus pudique qu’une religieuse couverte de sa guimpe. On ne saurait donc exclure le nu des temples qui donnent asile aux manifestations de Part.

D’ailleurs, les artistes consciencieux ne commencent-ils pas les esquisses de leurs œuvres profanes ou sacrées en représentant leurs personnages sans vêtements, comme le prouvent de nombreux croquis de maîtres (fig. JO, IJ). Aussi peut-on dire que tous les tableaux religieux de valeur ont été primitivement des nudités plas- tiques absolues.

Bien que le pape S. Damase ait dit que la nudité ne convenait qu’aux idoles, elle s’étale souvent dans les églises où, emblémati- quement, elle signifie « damnation et misère ».

Le moyen âge considérait la forme humaine comme obscène et pensait avec Brunetière que « la nature est immorale, foncière- ment immorale » ; aussi, sauf exceptions assez nombreuses, les imagiers évitaient-ils de représenter de vraies nudités, et même

SUR i/aRT UUMUilEUX

-s/ f >

d'accuser les formes témiiiiiies sous le voile des vetenieiits. Ils les esquissaient discrètement, et lluysmans a pu laiie obsei\er avec raison que « le corsag-e enfantin des \ ier^es rentle à peine ».

Mais l’K^dise n'a jmnais prononcé de proscription absolue contre

Fig. 10, 11. Détail principal de la

TransficfiinUioii, d’après un dessin de Raphaël.

l'état de nature ; le pourrait-elle d’ailleurs ? Comment représenter autrement Adam et Ève avant la pomme? Est-il possible d’éviter les académies dans la figuration de certains martyres? Celui de saint Sébastien ftig. 12), par exemple, ou encore de saint Laurent, de sainte Agathe, de sainte Agnès, de sainte Christine (lig. 13), etc. Et les ressuscités, les damnés du Jugement universel^ prendront- ils de quoi se vêtir ? On nous répondra que les élus, ,au sortir de leurs sépulcres, ont bien trouvé un « complet », fourni sans doute par la Belle Jardinière , assise à la droite du Juge suprême ; mais ce sont des privilégiés.

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i/aut P ko fa N K A i/é(ilisi-:

L ame elle-même, en icoiiograpliie sacrée, ne prend-elle pas toujours la lig-ure d\m enfant nu, insexué, qui sort de la bouche ou

Fig. 12. Statuette en ivoire, attribuée à Jean Cousin.

de l’anus d’un défunt et qui est recueillie par un ange ou un dé- mon, selon l’état de grâce ou de péché du moribond?

Et les tableaux de la Vierge nourrice ne sont-ils pas autant d'images de seins tétés ? Quant à son divin nourrisson, s'est-il jamais gêné pour pétrir la mamelle maternelle et se montrer dans une nudité absolue, couvert seulement de son prépuce-, bien que

1. Communiqué par le D" Cabanes.

2. Le D** Aimé (iuinard, qui a étudié le « Prépuce dans l'art » {Chron. méd.), ne connaît que sept exceptions, dont la Vierije eL V Enfant adoré par les saiîits (Louvre n“ l.'i.TTl), du peintre de Cadorc ; une Sainte Faniitle (n° 1.5711), du même et la Belle Jardinière (Louvre, 1.49(>), du peintre d’Urbin, Jésus est nettement circoncis.

SUR i/art RELHIIKIX

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la circoncision l'ait privé de « l’anneau d alliance » d Abraham One les doux antisémites, ces <( apaches pieux selon le cruel sobriquet cpie leur inflig'ea l’abbé Gardet, curé de Sainte-Glotilde, se souviennent de ce baptême au sécateur pour tempéiei leur zèle et qu'ils se g'ardent bien d’écouter des fanatiques comme le P. Doré, ([ui, à propos de la croisade grotesque des inventaires, s éciiait . « Le temps n’est plus à la tisane, il est au sang! » LLcrituie ne dit-elle pas : Non occides?

Mais revenons à ce que Ricord appelait avec esprit et irré- vérence (( la couronne d’épines », de Jésus. Geiler de Kaisersberg, qui vivait du temps d’Eberhard de Bavière, explique a sa façon, dans un de ses sermons à la cathédrale de Strasbourg, la cause de la persistance du prépuce divin dans les œuvres d art :

Ce qui est indécent dans l’homme, la nature l’a placé dans les endroits secrets de son corps; aujourd’hui, quand les tailleurs d’images représen- tent Jésus, on pense à la porliuncula ; il faut qu’il ait la portiuncula^ comme disent les béguines. Essayez d’olfrir à un couvent de femmes un enfant Jésus qui en soit privé, il sera refusé net.

Le concile de Trente, effrayé par les clameurs de la Réforme, donna des ordres sévères pour proscrire des églises et chapelles les sujets deshonnêtes; mais ce moment d’émoi passé, les freins se sont détendus et on revint de plus belle aux anciens errements.

Cependant à chaque crise de pudicité des conciles effarés ou de certains pontifes microcéphales, comme Pie V ^, c{ue d’œuvres artis- tiques à sujets égrillards ont été perdues! Sans compter l’hécatombe due aux iconoclastes byzantins, dont l’exemple fut trop souvent suivi par la suite. Ces frécjuents ressauts de vandalisme rappelaient le fanatisme aveugle des premiers chrétiens, brisant tous les objets du culte païen.

L’Eglise, dit Jean de Bonnefon, a donné l’exemple des peintures et des sculptures les plus échevelées dans la nudité. 11 est facile de prouver, contre tous les conciles du monde, que la vraie piété, celle de nos pères.

Les artistes ont laissé le prépuce par décence et tradition, mais non parce qu’ils copiaient leurs modèles (jui étaient de jeunes chrétiens. On sait que l’abhaye de (.liarroux prétendait posséder dans ses précieuses reliques, le saint prépuce « authen- ti(pie » de Notre-Sei^neur.

1. Ce pape lit draper les anj^ms du Vatican qui soutiennent les portraits des papes.

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l’a HT IMUM'ANL A l’ÉLI-ISI:

ne s’ellraya jamais des choses naturelles vues au naturel, et qu’il faut être tombé dans l’imbécillité sénile pour voir l’obscénité derrière la beauté ^

Nous pensons, avec E. Bayard, en présence de ces (cuvres exé- cutées avec tant de liberté sous les yeux amusés des moines et des prêtres, que les religieux d’antan avaient la conscience plus éclectique et une idée plus large de leur sacerdoce.

Mais voyez la peine que les artistes sont obligés de prendre, dans les tableaux religieux de commande, pour masquer les organes générateurs, au lieu de les abriter sous leur voile pileux naturel : d’abord, ils les épilent, même avant le péché, alors que nos pre- miers parents ignoraient « la pudorité » ; puis ils les aüublent d’in- solites feuilles de vigne se mariant à l’ormeau, de figuier ou de banane ; passe encore pour le feuillage du chêne qui abrite les glands. Souvent même, comme les chastes Teutons, ils les empri- sonnent dans de laids suspensoirs qui éveillent de coupables curio- sités. Tous ces masques de convention avaient l’avantage de tirer d’embarras les artistes soucieux de traduire avec exactitude le passage de la Genèse il est écrit qu’Adam fut créé « mâle et femelle » ; car s’il est parfaitement avéré que l’hermaphrodisme est commun aux deux sexes jusqu’à l’âge de trois mois dans la vie intra-utérine, comment représenter le premier homme avec les organes masculins et féminins?

Mais puisque les tableaux religieux appartiennent au domaine de la fiction, ne serait-il pas plus logique, sinon plus décent, de sup- primer les organes de ces personnages irréels, au lieu de les parer

1. « Il faut SC convaincre, dit l’antcur de la Cathédrale, qn’il existe un nu lubrique et un nu chaste, et que, par conséquent, tous les tableaux s’alïirment des nudités, ne sont pas à honnir. Il est nécessaire d’exhiber les vices et de les décrire pour en susciter le dé^’oût et en suggérer l'horreur... C'est la méthode de la théolope sculp- turale, et c'est la raison d'être de ces statues, de ces {iroupes qui alarment encore la scandaleuse pudeur de nos momiers. Elles abondent, ces images choisies des stupres, à Saint-Benoît-sur-Loire, à la cathédrale de Reims, au Mans, dans la crypte de Bourges, partout se dressent des églises ; et celles nous n'en voyons pas sont celles qui n'en ont plus, car le bégueulisme qui sévit plus spécialement dans les époejues impures les a brisées à coups de pierres, détruites au nom d'une morale opposée à celle qu’enseignaient les saints, au moyen âge ! »

2. A Madère, on croit que « le fruit défendu » était la banane. Est-ce en raison de la forme du fruit, l’image de la virilité, ou de la largeur des feuilles, plus aj)tes à servir de premiers vêtements ? Est-ce encore parce que, à la coupe, paraît-il, on découvre dans ce fruit la figure du Christ en croix ? Mais il faut, sans doute, avoir les yeux de la foi.

sru L A HT RELKilElJX

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lie feuilles, comme font les cuisinières pour les cailles bardées de lard ?

Et pourtant, pourquoi roug'ir (rorg’anes naturels connus de tous, et à quoi bon les cacher hypocritement ? <( llien n est plus chaste que le nu » ; robscénité réside dans 1 intention du regard. Le Coran a raison : « h]tre nu n’est pas inconvenant, c est celui qui regarde

des nudités qui commet le péché. »

Les auteurs inspirés de la Bible, les Pères de 1 Eglise, les premiers champions de la théologie, les primitifs de Part chrétien, comme plus tard les prédicateurs osés du xvi® siècle, ne se gênaient pas pour exjorimer librement leurs pensées ; ils n'y mettaient aucune des formes exigées de nos jours par les ralïinements de la civilisation et surtout par l'invasion de la pudibonderie outrée d’outre-Manche ; car, s'il existe une supériorité des Anglo-Saxons sur les Gallo-Ro- mains, c'est assurément dans leur hypocrisie religieuse qu elle réside. Aussi les premières manifestations de l’énergie chrétienne passent- elles, à nos yeux pervertis et brouillés par la chassie de la pudeur, pour des grands écarts de langage, des gaillardises malvenues.

L’abbé Auber, dans son étude sur le Symbolisme, rappelle l'histoire des anus d’or citée au premier livre des Rois: les Philistins, atteints d’une affection intestinale, imprécise, mais pénible et tenace, obtinrent leur guérison en offrant en sacrifice la partie ils souffraient.

L’ex-corroyeur saint Paul, dans son Epîlre aux Corinlhicns, a plus d'une fois recours au style énergique pour expliquer le mystère de l’incarnation du Verbe; saint Augustin, au Sermon 11, de virgi- nitale Mariæ, écrit crûment : « Inlumescunl ubera Virginis et intacta manenl genilalia malris. » Un passage scriptural du Père Jean Chrysostome n’est pas moins explicite ; voici en quels termes, aussi expressifs que laconiques, il s’étonne de la naissance humaine du Eils de Dieu : « Patri æqualem per Virginem venisse vulvani^. »

Même réalisme en art : les premiers artistes chrétiens, toujours (1 après l’abbé Auber, ne s’embarrassaient pas de voiles ; les murs des catacombes reproduisent les Prophètes dans une complète nudité. (Jue de sarco ph âges de chrétiens, ornés de bacchanales païennes et de sujets profanes ou religieux, agrémentés de personnages nus (fig. 14

Jlnmil. II, in cap. I, Matth., n'

28

l’ a UT UUOFAiNE A i/ÉLI.ISE

La staiuaire delà période g’othique n admettait le lui ([ue pour les ressuscités, les réprouvés et les démons. Mais, limitée par la qualité, elle s’est rattrapée sur la quantité, et elle a couvert les portails des cathédrales de ces académies audacieuses.

L’art roman n’est pas exempt des mêmes excès, loin de ; et sa c»*rossièreté maladroite frise souvent 1 obscénité. Ce defaut tient k

Fig. 14. __ Jésus descendu aux enfers et ressuscité, sous la figure de Jonas englouti par le monstre marin et rejete sur le rivage. (Bas-relief de sarcophage) L

une certaine g’aucherie dans le maniement du ciseau ou du pinceau et k une certaine naïveté. C’est ce que Mérimée appelle complai- samment « la bonhomie innocente » des sculpteurs des xii® et xiii^ siècles, « qui n’entendaient pas malice^ quand ils représentaient un péché tout crûment, comme il se fait )) 5 apparemment, ils ig’no- raient la fo-orme de Brid’oison.

Au xvi*’ siècle, l’art se matérialise et s’humanise sous le souffle de la Renaissance ; les sujets chrétiens eux-mêmes sont tout pénétrés de ce néo-pag“anisme. Les témoig'nag'es de ce christianisme plus qu’aimable sont encore assez nombreux, surtout dans les églises de la sensuelle Italie, qui « accommodait, dit Taine, la religion aux douceurs voluptueuses de ses mœurs et de ses sonnets ». Les artistes ne tenaient aucun compte du milieu leurs œuvres devaient être exposées et s’abandonnaient k tous les caprices de leur inspiration, Michel- Ange, Paul Véronèse, Zuccato n’hésitaient pas k placer aux côtés du Rédempteur des figures académiques, sans nul rapport avec le thème traité; les Guerchin, les Guide, les iitien et tant d autres

1. Pour les premiers chrétiens, l’histoire de Jonas exprimait 1 emblème de rection, c’est pourquoi ils la faisaient graver sur leurs tombeaux.

la résur-

SUR l’art religieux

29

ne craignaient pas de parer leurs saintes des attributs de la beaute, avec ses gracieuses, mais impures rondeuis. Ce n étaient plus ces raides et piteuses ligures byzantines qu’on voit encore dans les peintures de San Glemente, les plus vieilles de Rome, et la poi- trine d’une vierge « tombe comme celle d une bete à lait ».

Le nu atteignit alors son apogée ; la plus belle couleur est celle de la chair, comme la forme la plus pure est celle de la nature sans voiles. En ramenant le goût à l’imitation de 1 antiquité, la Renais- sance a donné une nouvelle vie aux lictions les moins chastes de la mythologie qui s’épanouirent en pleine lumière. Aussi trouvons- nous dans les œuvres les plus religieuses des maîtres de ce temps un mélange de piété chrétienne et d’impudeur naïve qui semble provenii d’une inspiration toute païenne.

Si Fra Angelico peignait ses tableaux d autel a genoux, aux pieds du Seigneur, le moine Lippi les peint, nous le savons, aux genoux d’une novice vicieuse qui lui servait de modèle pour ses Vierges. C’est lui qui le premier ô profanation î ose donner a la Mère de Jésus les traits de sa maîtresse. Paul Véronèse, dans ses Noces de Cana, au lieu de s’inspirer du récit de l’Evangile, fera figurer à la table du Seigneur le maître des poètes licencieux qui visait pour- tant au chapeau de cardinal, l’Arétin, ses amis, peintres comme lui, travestis en musiciens*, et les courtisanes les plus renommées. Andrea del Sarto, « pour peindre la Vierge immaculée, dit 1 abbé Gareiso, la représentait sous la figure de sa femme, et de sa femme enceinte î « Quel art avili, corrompu et corrupteur que cet art de la Renaissance ! » s’écrie notre aristarque ensoutanné. Mais alors que dira ce moraliste tonsuré, du xviii*^ siècle, le siècle des abbés de ruelle et des estampes spintriennes ? Son sosie, le demi converti Huysmans, va répondre à sa place avec sa franchise brutale : « Le xv!!!*^ siècle, dira-t-il, fut une époque de bedon et de bidet, et, dès qu’il voulut toucher au culte, il fit d’un bénitier une cuvette. » Watteau lui-même, le peintre des pastorales galantes, sacrifie dis- crètement au goût du jour : regardez de près Y Embarquement pour Cythère^ et vous verrez, dissimulée dans le feuillage de droite, l’image d’un Priape monstrueux.

1. Titien joue du violoncelle, Tintoret du violon, le Bassan de la flûte et Paul Véronèse de la viole.

30

i/aRT l’ROFANE A l/Éfir.lSE

Mais, grâce à l’ardeur de la « Ligue contre le nu dans Tari », déjà nommée, toutes les turpitudes artistiques disparaîtront bientôt des églises et même des musées : plus d’Kves épilées, de Djililas en buste bimamelonné, de Madeleines revêtues uniquement de leurs blonds cheveux ; « la religion et les convenances s y opposent éga- lement », disait déjà Stendhal pressentant ce syndicat de marchands de confection. Dorénavant, les nudités chrétiennes porteront le froc et la cagoule. Une ère nouvelle va s’ouvrir pour l’art religieux, et nous en avons déjà un avant-goût dans la froide nudité des murs du Sacré-Cœur, (( dont les murailles, écrit l’enfant de chœur terrible Iluymans, sont des moellons de vanité scellés par un ciment d’or- gueil, des murs l’on voit des noms de commerçants connus, atïichés en bonne place, tels que des réclames ». Plus de sculpteurs, plus d’artistes peintres ; les maçons et les badigeonneurs suffisent ! Aussi pouvons-nous conclure, avec le même « mystique-licateur », mort en odeur de sainteté, que «l’art chrétien ne produit plus que de débiles images de pieusarderie », dont les ateliers encombrent le quartier Saint-Sulpice. Et pour peu que la nouvelle Ligue des « chands d’habits » et des « chienlits » en question prospère, nous verrons bientôt toutes ces boutiques fermées... pour cause d’agran- dissement.

LIVRE II

LICENCES ARTISTIQUES DES ÉGLISES

DE FRANCE

I.

SEINE

PARIS

Notr6“D3lH6. î^xtcriciir . l^nçncle occidentale. L'observateur

attentif remarque tout d’abord, sur le portail central de « la reine de nos cathédrales », des figures, les unes monstrueuses, les autres angéliques, qui .symbolisent l’antagonisme du Bien et du Mal dans les lias-reliefs et pendentifs des rinceaux du tympan se tiennent les assises du Jugement universel. Le clou de ces excentricités licencieuses, que 1 on s étonne de rencontrer au seuil d’un lieu saint, se trouve à la droite du spectateur, entre les six cordons et au Ijas de la voussure (fig. 15). Voici les Tourments des damnés, les mauvais sujets des deux sexes sont emportés, puis entassés par d’affreux démons pour être bouillis dans une chaudière sur laquelle grimpent des crapauds ou rampent des serpents. Au voisinage de ce groupe dantesque, la saisissante image de la Chevauchée de la

l’abondance des documents, nous serons brefs dans nos commen-

Mt::.’ ,t"trfr -^Plioations, «t poü..

recoins -m I I ',‘d>obtions des (ermes descriptifs, nous aurons souvent

Xniw ^ y ^ tplegrapliiquc : la concision n’exclue pas rexactitucle

fï«ns une classification toute artificielle l'ordre alnhahétiaue des

32

i/aht i‘Rofa\i: a i/kcusi-:

Mort celle-ci, les 3'eux hanJés par le destin, en fourche « un cheval pale » et porte en croupe un cadavre, l’Antechi'ist, a-t-on dit, dont les org-anes génitaux sont hypertrophiés. A coté, la témé- raire Chevauchée de la Guerre dhaprès la vision de saint Jean ;

Fig. l;i. Pendentifs dn xiii® siècle.

(( c est un de ces cavaliers qui s'appellent Guerre ou Famine, en- voyés pour dépeupler le monde ».

On a cherché à expliquer de telles représentations : dans ces temps de mœurs simples, a-t-on dit, elles ne constituaient pas plus une indécence que le pieux usage observé par les matrones ro-

1. Appelée à tort le Démon de lu Luxure. On y a vu aussi une scène de sodomie, mais il s’agit l)ien de la Camarde dont parle YApoculypse suivie de Y Enfer, elle sème l’épouvante sur son passage.

2. Pour certains, c’est rOrr/ne/2, vice contraire à la sixième \erl\\, Y Humilité, pincée au-dessus.

s 1-: 1 N r.

33

Fig-. IG.

mailles les plus chastes de porter au cou un pliallus d’or, ou encore ipie cette coutume chère aux Éj-yptiens de faire du « chib » un objet de parure.

A la zone inférieure du Jiigcmcni sculpté sur le tympan grouil- lent, comme à l’habitude, des académies de Tiin et l'autre sexe, sous forme de ressuscités et de damnés. Pour rappeler la faute première d’Eve, c'est une femme qui marche à la tête du cortège des ré- prouvés ; elle est suivie d’un évêque mitré, d'un roi couronné, de dames galantes ou de qualité coiffées de toques, etc., qui sont tout éberlués de se voir à la géhenne.

Portail Nord ou « Porte de la Vierge )>.

Le démon tentateur est figuré par la lamie, vampire mi-serpent mi-femme. Ce démon féminin au sourire malin offre à Adam les pommes de son torse plus savoureuses que celles de 1 arbre autour duquel est enlacée sa queue frétillante.

Un bas-relief allégorique qui n’aurait pas été déplacé dans la dé- coration d’un temple païen occupe le tym- pan d’une des petites ogives de l’arcature du stylobate, au côté droit de la porte d’entrée: en face de la d/cr, figurée par un person- nage nu, monté sur un cétacé, et une femme assise, dont le torse, sans draperie, a beau- coup souffert, on voit la Terre (fig. 16), per- sonnifiée par une créature puissante. Elle est assise et tient à la main gauche un chêne chargé de glands; à la droite, une haute plante herbacée sortant d’un vase. Une jeune fille, la Race humaine est agenouillée de- vant sa mère et semble saisir sa mamelle droite pour y puiser la vie. Ce curieux tableautin lapidaire est, par malheur, fort endommagé. Nous en dirons autant d’une figure voi- sine de femme nue (fig. 17), qu’il nous est impossible d’identifier.

Fig. 17.

1. Cf. Ann. archéul., t. IX. i/aht phoi’am:. I.

LA UT U U or A. MO A L L(;iosi-:

La même « porte » est encore décorée du Zoduif/uc^ , (|ui rappelait la brièveté de la vie. Au douzième Signe, Cérès y est remj)lacée par Marie ^ la Vicnje ; le Verseau est un personnage nu, assis sur la (jueue

V‘v^\ 18.

Fig.

d'un monstre marin. A chacun de ces signes répondent deux bas-reliefs rappelant les divers travaux des mois ou des saisons. Le Taureau [xXvril ou le Printemps) est liguré par un personnage à deux têtes, l'une de personnage qui dort {V Hiver), l’autre de personnage éveillé (VEté) : une moitié du corps est vêtue, l'autre nue. Au signe estival de V Ecrevisse (Juin ou VEté), un jeune homme complètement déshabillé se dispose à prendre le frais ou un bain (fîg. 18) ; d’autre part, un paysan nu jusqu’à la ceinture indique la moisson d’.dod/ (fig. 19). A V Automne correspond un vigneron dans une cuve cer- clée.

Sur le trumeau du portail Sud ou « Baie de saint Marcel », neu- vième évêcjue de Paris, un dragon s’échappe de la sépulture dhine adultère, enveloppée de son linceul : avertissement à Ladresse des

1. Auzone en a réuni les douze signes dans ce distique mnémonique :

Sunt Arles, Tauriis, Gemini, Cancer, Léo, Vir(jo,

Lihraque, Scorpius, Arcilenens, Caper, Anipitora, Pisces.

N’est-il pas piquant de voir adopter par les chrétiens des constellations qui, comme les mois de l’année et les jours de la semaine, portent les noms des divinités du paganisme?

s E l iN I *:

35

épouses iiilidèles. Kappelons que, suivant une lég-ende dont les hagiographes ont abusé, saint Marcel délivra la ville d’un serpent, venu irun bois voisin, qui s’était introduit dans la fosse d’une daine de haute naissance pour lui dévorer les seins et les parties sexuelles, châtiment réservé aux personnes impures et luxurieuses ou aux mauvaises nourrices qui ont refusé leur lait à l’enfant sans mère. Cette interprétation est en rapport avec le récit d’une vision qu’eut, au xii'^ siècle, le frère Albéric. 11 vit des serpents téter la poitrine des femmes <( qui avaient refusé de donner leur sein aux orphelins ou qui feignaient de les allaiter », quæ darc ad hibendum mamillas noliieriint, aut dare se /Inqentes non dederunt... C’était un pressant appel aux devoirs de la maternité, lancé par un précur- seur de Rousseau et du professeur Pinard.

La Luxure est figurée à la môme façade^ sur un second bas-relief qui a été « restauré » ou mieux « gargoté » par Soufïlot. Cette Luxure tient une balance ; est-ce pour indiquer qu’elle vend ses charmes ? Ne serait-ce pas plutôt l’une des vertus cardinales, la Justice ?

Nous trouvons un autre motif décoratif ayant un rapport indirect avec le péché de la chair ^ dans la statue du personnage qui joue du violon et semble clumiev Land Jure i te, Land' rira ! elFet, Lenoir et d’autres critiques d’art y voient Chilpéric“^, le malheureux époux de Frédégonde qui le fit assassiner, au retour de la chasse, le jour où, occupée a sa toilette et distraite, elle donna à son mari le nom de son amant, Landri, maire du palais. Des archéologues plus avisés veulent que ces statues représentent, non pas les rois de France, mais les ancêtres du Christ, les reines et les rois d'Israël. Dans ce cas, le violoneux serait un de ces derniers, le roi David, par exemple.

Ne quittons pas la façade principale sans jeter un regard de compassion sur Adam et Eve, plongés dans la douleur. Complète- ment nus, comme leurs innombrables congénères, ils s’en distin- guent toutefois par leur profonde indifférence aux lois de la bien- séance ; ils sont si haut perchés ! Ni l’un ni l’autre ne songe à porter

clc notpc description des licences artistiques, nous nous permettrons de

cons puer en notes certains faits licencieux dont les édifices rcliLdenx on été e - penso„s.no„., au..ont à:

n onn,plétcro.a

« lenanl un violon, dit Lenoir, pour exprimer ses talents en poésie. »

i/aI5T IMHJTANR A L KflLlSF-:

3 G

Fig’. 20.

(( Porte des Martyrs ou de du tympan , ce diacre prêche rÉvangile au peuple ; au milieu de l’assistance se détache un groupe de trois personna- ges attentifs(fîg. 20), dont une femme qui donne le sein à son enfant debout.

Même façade, di- vers médaillons en quatre feuilles, scul- ptés vers 1257, sont consacrés à des lé- gendes historiques et religieuses ; Pun d’eux, au côté droit de la porte du tran- sept, reproduit le Supplice de V échelle (lig. 21 ) infligé aux

une main pudi(|ueoù il convieni,, après le pé- ché : le premier hom- me, en signe d'alllic- tion, soutient sa tête de la droite et la gauche glisse le long de la cuisse ; la première femme, également, pose la main droite sur la joue et « laisse tom- ber son bras gauche^ avec un geste de dé- sespoir ».

Façade méridionale, saint Étienne ». Dans la zone inférieure

Fiff. 21,

s E 1 N E

37

vu

i)0

blasphémateurs et aux « folles femmes » b Celle qui est liée aux échelons, sous la garde de deux archers, porte sur la poitrine un écriteau fort endommagé par le temps. Plus tard, les femmes de mauvaise vie seront fouet- tées (( espoustées », disait-on dans le peuple, au pilori des halles par le hourreau, comme le rappelle cette invective que le sieur Bertliod, auteur des Jiues de Paris (1650), met dans la bouche d'un de ses personnages :

Chacun t’a veu, vieux pourry,

Donner le fouet au pilory.

Un auteur a double vue a prétendu découvrir dans les encadrements inférieurs de ces bas- reliets des enfants luttant contre des monstres. aJo Nous aurions selon lui, dans ce tableau, un symbole de la lutte incessante des hommes contre les vices î Pour nous, qui sommes moins sagaces, nous ne voyons que de simples motifs de décoration. Un homme, par exemple, s’amuse avec son chien, paisible animal do- mestique et qui n a rien de monstrueux, sinon son mode d’inter- prétation.

Avant de pénétrer a 1 intérieur du monument, signalons encore au dehors deux animaux fantastiques munis de mamelles ; l’un piès du cadran de 1 horloge (côté Sud), 1 autre à l’angle d’une des tours, appuyé sur la balustrade (fig. 22) ; enfin, à l’abside ou dans son voisinage, plusieurs retombées des gables des chapelles et des

grands pinacles, qui portent des sculptures décolletées par l’iin ou l’autre bout. (fig. 23-26).

Intérieur. A l’entrée, au coin de l’escalier de la tour Nord, est scellée dans le mur une pierre tombale d’un effet saisissant (fig. 27); elle provient de la sépulture d’Étienne Yver, décédé le 24 février 1467. lUienne ô ver était chanoine de Notre-Dame, et non pas conseiller au Parlement, comme le dit par erreur Viollet-le-Duc. Avant 1762, ce cenotaphe occupait la chapelle Saint-Nicolas, devenue depuis la

Ilaudrieu^^ s’^vaità l'angle de la rue du Temple et de la rue des

iiauurietlcs, avait aO pieds de haut ; celle de l’évêque se trouvait place du parvis.

38

|/ai;T PUÜh'ANK A i/iodi.isi:

cliapelle de la PénUence. La p;irtie supéiieure, non rei)ro(luite ici, est réservée au Jiiycmenl universel ; en dessous, nous voyons le chanoine qui sort nu comme un Y ver de son tombeau, au jour de h Résurrection. Au devant du sépulcre est couché le cadavre du

mort, sans linceul, et livré en pâture à de gros et longs vers. Est-ce en raison du nom du chanoine ou pour mieux frapper 1 imagination

Fiîr. 27.

1, 2. Reproduites par Viollet-le-Duc.

s 1-: i .N I :

39

du public (|ue rartislc, par une macal)re fantai- sie, a exagéré outre me- sure la grosseur de ces insectes? Cet homme a les cheveux courts et joint pudiquement les mains sur le pubis, en guise de feuille de vigne. Le res- suscité suppliant est as- sisté de saint Etienne, cpii tient un livre, et de saint Jean LEvangéliste, qui porte une coupe rem- plie de serpents, allusion au poison changé en rep- tiles.

Il existait à Notre- Dame un autre monu- ment analogue, actuelle- ment au Louvre, et pro- venant du cimetière des Innocents (fig. 28).

C'était un cadavre dé- charné, en albâtre et do-

Fi^. 28. D’après A. Lcnoir.

ré, tenant une javeline de la main droite et appuyant la gauche sur un bouclier était gravé ce quatrain :

Il n’est vivant, tant soit plein d’art, Ne de force pour résistance,

Que je ne frappe de mon dart,

Pour bailler aux vers leur pitance.

Le jour de la Toussaint, on découvrait cette élligie funèbre, appelée la Morl-Saint-Innocent^.

1. Lenoir, le directeur du Musée des Monuniens frnnçois, cette sépulture avait été d’abord transportée, y a ajouté une épitaphe, en bouts rimés, provenant de la '1 ombe-lssoire. Ce fabi-icaiit de postiches maquillait avec la même ardeur dépourvue de tout scrupule aussi bien les monuments historiques ou privés (pic leurs ins- criptions ;

10

1 / A l\ r I’ 15 O I' A N A 1/ É ( ; M S K

Chœur*. Une des « ysloires, en personnages de pierre, dorez et bien peints », de la clôture, rappelle 1 entrevue de Joachim et d ^\nne sous la Porte dorée, doit être conçue la Vierge, coram populo

(lig. 29). Pour entrer en matière, et en guise de bagatelle de la porte, le vieux Philémon saisit à pleine main la mamelle gauche de la Heaucis évangélique, au point d'en faire saillir le mamelon, fortement accusé par Pimagier, avec intention sym- bolique sans doute.

Fig:. 30.

Même geste expressif à la Visitation. Elisabeth met la main sur la poitrine de sa cousine et « s’émerveille, dit E. Mâle, de sentir son sein gonflé ». Pour une vierge^ il y avait de quoi s’étonner.

Transept. Côté droit. Au-dessous delà statue - de la Vierge cou-

Bonnes gens vous devez...

Qu’on doit son temps bien dis... Car la mort homme ne dé...

Témoino: maistre Jehan de la...

porte

jour

roy

Conciliateur pour le...

Au Chastelet et sous des...

L'un dos eschuiers en sa...

De Paris, sous d’autrui en...

Lequel en terre cy... élevant Gist comme la mort re...

Et laissa ce monde hi... deux Mil quatre cent quarante...

En novembre neufvième...

Si priés Dieu que tout le...

De ses péchés pardon lui...

Et le puisse veoir en...

La sus en son glorieux...

il domine, vit et...

Et qu’il nous veuille si bien... duire Qu’en la lin nous y puist con...

1. En mars 1711, on opéra des fouilles dans le chœur, pour y iriger 1 autel du « A^ru de Louis XIII », et l'on découvrit plusieurs autels élevt'S à Jupiter, sous Tibère, ornés des ligures nues de lovis, vknvs, f.svs ou mars. Lenoir raconte qu un mystificateur transforma la jîremière lettre de lOvis et en fit lovis. Aussitôt « un fanatique » composa un mémoire pour démontrer que ce monument avait idi* érigé à l’un des rois de France !

2, Cette statue et le chapiteau historié jjroviennent de 1 église Saint-Aignan au Cloître.

s 1 N E

41

ronnécy sur le chapiteau est sculptée une hve qui finit en queue de poisson.

Trésor. Le couvercle d'un colîret en argent (xiL siècle), dit « de Saint-Thomas Becket », porte un motif qui représente une nvmphe matant deux chimères (lig. dO) : le Bien maîtrisant le Mal ?

Aux décorations fixes des édifices religieux, les pompes funèbres

Fiji-. 31.

et autres cérémonies imposantes ajoutent, parfois, des ornements complémentaires plus ou moins « catholiques ». Telle la scène mythologique figurant un fleuve des Enfers (fig. 31) :

Va favare Achéron ne lâche point sa proie,

placée en avant du catafalque d Élisabeth, Thérèse de Lorraine, reine de Sardaigne, à l’église métropolitaine, le 22 septembre 1741.

42

1 / A U T IMH K A N !•: A l/ K Ci T J S K

De même, lors de la fête de la Raison célébrée à Notre-Dame le 10 novembre 1703^ la déesse républicaine fut représentée, non pas au moyen du métal ou du marbre, mais elle apparut en chair et en os sous les traits gracieux et les formes potelées de Mlle Mail- lard, actrice de TOpérab

Saint-André des Arts“^. En 1325,d’aprèsun opuscule versifié sur les Églises de Paris, elle s’appelait Saint-Andrieu des Ars (Arcs) et était une succursale du Pré aux clercs, « ce joli rendez-vous d’amour », si l’on en croit ce passage, la raison est peut-être subordonnée à la rime et les deux ne valent pas plus l'une que l’autre :

Après est Saint-Andrieu-des-Ars Ou mainte dame de leur ars Ont maintes fois lancée {sic) ot trait Et maint homme a eutz atrait.

Le Vieil rapporte qu’à la chapelle de Monsieur le Curé, Héron composa un « vitreau » représentant la désobéissance de nos pre- miers parents, dont le costume fut modifié par une fabrique timorée :

L’Adam et FÈve sont d’un dessin fort élégant. Des paroissiens plus scrupuleux que le peintre les ont défigurés par des feuillages peints à Fhuile qu’ils ont fait serpenter autour des corps nuds de ces deux figures.

Chapelle Saint- Augustin. Monument funéraire en .marbre de Jacques de Thou, actuellement au Louvre (lig. 32). Les caria- tides assises sur le sarcophage et le buste féminin qui sert de prie- Dieu sont dépouillés de draperies. Les statues agenouillées de ses deux femmes, Marie de Barbançon-Gané, la première en titre, et Gasparde delaChastre, étaient posées de chaque côté de 1 effigie du

1. Autre nudité profanatrice d’ordre privé, consignée dans le Journnl de Bnrbier (juillet 1722) : « Il arrive à présent des choses extraordinaires. La semaine dernière,

on trouva un des autels des côtés de la nef de Noire-Dame, tout rempli de ; on

avoit fait des ordures sur le dernier Evangile. On a béni la chapelle. Il laut que des gens aient bien le diable au corps pour faire pareille chose; ils ne sont pas pris. »

Cloître Notre-Dame. Situé près de la cathédrale, il servait d’habitation aux chanoines de la métropolitaine. Les statuts capitulaires, d'après llollbaucr, délcn- daient de laisser passer la nuit dans la maison claustrale à aucune femme, religieuse ou autre, à l’exception de la mère, d’une strur, d’une pai’cntc au troisième degré, ou « d’une femme de haut rang ([u'on ne peut éconduire sans scandale » : vel nisi aliqiiæ mafiiialæ mulieres quæ sine scandalo evilare non possnnl. Le dernier article, par son élasticité, se prêtait aux « accommodements avec le ciel ».

2. Pour les églises et chapelles de Paris, disjiarucs ou existantes, nous suivrons l’ordre alphabétique.

s i: lis M

O

ù

président, sur un même entablement de mar- bre, soutenu par des colonnes ioniques.

Fig^. 32, J. -A. de Thou et ses deux femmes.

Des cariatides semblables se retrouvent sur le sarcophage de Jacques de Souvré, commandeur de Malte, 1760 (üg. 33).

Saint- Augustin. Comme toute église moderne, celle-ci se distingue par l’absence abso-

lue de nudités. Même le Christ, à son baptême (pein- ture de Bouguereau, chapelle Saint-Joseph), a la précau- tion de s’envelopper d’un peignoir de bains.

Saint-Barthélemy. Au

xii*^ siècle, cette église s’ap- pelait le « Moustier » Saint- Bertremiex ; elle fut sup- primée sous la Révolution, et l’on établit sur son em- placement le théâtre de la Cité, puis le Prado, alias « Closerie des lilas » : lla- bent sua fata hasilicæ.

Fig. 33.

U

I. A R T I* R O !•' ANE A L E (; U S E

La PesLc de Milftn, en l.*j7G ffig. 34 j, bas-relief inachevé, auquel travaillait Puget quand la mort vint le surprendre, était destiné à Pabbé de la Chambre, curé de cette église. Aux pieds du saint évêque

Fi^. 34.

Fig’. 33. D’après Millin.

Charles Borromée, une mère expire, les mamelles encore gonflées de lait. Au fond, un jeune époux assiste à l’agonie de sa femme qui se tord, toute nue, sur sa couche, en proie aux dernières convulsions L

Saint -Benoit. Possédait un groupe curieux delà Trinité (fig. 35).

Le Père, coilfé de la triple tiare^ soutient sur son giron son Fils absolument nu, tandis que le Sainf- Eprit placé entre eux sort de la bouche de PEternel sous la forme

1. C’est à la porte de cette église, « car il n’osoit pas y entrer », cpic, chacpie jour, après avoir lu le Psautier, le « bon roi » Robert 11, le Dévot, excommunié par Grégoire V pour avoir épousé sa cousine Rcrthe, venait faire ses oraisons. C'est aussi, selon la légende, (prAbbon, abbé de Fleuri, suivi de deux femmes du palais, apporta au roi, sur un plat en vermeil, le fruit des entrailles de la reine, le rejeton incestueux et monstrueux ayant un corps d'enfant, un cou et une tête d'oie. Terrible punition de la désobéissance aux décrets de l’Eglise. On sait (pie l’interdit du pape et ses consé({uences obligèrent le roi à répudier sa seconde femme et cousine, après plusieurs années d’hésitation, pour en prendre une troisième, l'altière et « inconstante Constance », comme l’appelait le bon roi trop débonnaire. Depuis,

(1 lino colombe et simule une barbe de patriarche. Semblable représentation décore le portail méridional de la cathédrale de Senlis : une colombe remplace aussi la barbe de Dieu qui tient la croix est étendu le Christ.

Bonshommes de Ghaillotb Sur le fronton du portail, on re- marquait, d’apres l’auteur des Antiquités nationnles^ trois petites ligures nues, « qui n'avoient guère la mine catholique ». Celle du haut représentait un garçonnet « gros, gras et riant » ; son pied droit reposait sur une tête de mort et sa main droite s’appuyait sur un bouclier portant une croix enlacée d'une couronne d’épines. Les petits personnages des angles à Tair mélancolique étaient « mai- gres et tristes », et tenaient à la main une tête de mort qu’ils consi- déraient comme llamlet débitant son fameux monologue : To he or not to he... Dulaure voit dans ces personnages des divinités païennes qui ornaient autrefois l’hotel de Bretagne. « Ce ne seroit

la reine Berthc, sous le nom de « reine Pédaïujne », aux pieds palmés (a), figure sur plusieurs portails d’édifices religieux, entre autres à l’abbaye de Sainte-Bénigne, à Dijon, les deux effigies se font pendant. Son exemple est comme une menace de la colère divine n’oublions pas que le Père Eternel, comme le Père Duchene, est souvient en colère contre ceux qui tentent de braver le pouvoir spirituel et temporel de l’Eglise.

1. Surnom des Minimes de Saint-François-de-Paul. J. Laffitte rapporte une aventure furent mêlés nos Minimes et le fameux Paul de Gondi, plus tard cardinal de Betz, (jui relate ainsi l’événement dans ses Mémoires; : « C’était en 1642, en plein été, il faisait une chaleur étouffante. La duchesse de Vendôme de la famille de Henri IV pour éviter les ardeurs du soleil, rentrait de nuit à Paris en compagnie de Turenne, jeune encore, du spirituel Voiture et dudit Paul de Gondi. Le carrosse suivait le chemin le long de la Seine lorscpie, arrivés au bas des coteaux de Passy, les gens de l'escorte aperçurent dans le vague de l’obscurité, sur les bords du fleuve, un groupement d’ombres suspectes. Les bouillants compagnons de la duchesse mettent aussitôt l’épée à la main et s’avancent impétueusement ; mais à mesure flu’ils approchent, ils voient se jeter à leurs pieds des êtres dévêtus qui leur crient grâce en ces termes : « Bons seigneurs, nous sommes de pauvres religieux qui ne faisons de mal à personne, nous venons simplement de nous rafraîchir, vu la grande chaleur qu’il fait, en prenant un bain de santé dans la rivière. »

Si leur règle, fort sévère, défendait de changer d’habit, ce fait prouve qu’elle n’interdisait pas la propreté corporelle. Les chroniqueurs du temps sont peut-être trop sévères à leur égard, quand ils les accusent de « sentir l’huile rance » ; ils oublient l’incident du bain in niiLiiralibiis, dont ces bonshommes étaient coutu- miers, car leur monastère s'étendait jus(ju’aux bords de la Seine. Admettons, si vous le voulez, que leurs libations étaient aussi copieuses à l’extérieur qu’à l’intérieur.

(n) Pour d autres, cette figure serait cefle de Berlrade ou Berthe au grand pied, femme de Pépin d lléristal. L’ingénieux Père Mabillon croit (lu’elle représente sainte Clotilde, et (jue le pied (I oie est remblème de sa grandeur, les oies ayant sauvé le Capitole! Mais voilà qui est plus fort r le subtil antiquaire l’abbé Lebœuf pense qu’il s’agit de la reine de Saba, lieginii aiislri ; le pied de [lalmipède rappellerait sa grande passion jiour les bains !

k;

LA U T l'IMU'ANL A L L (i 1. 1 S K

pas la première fois que la dévote ignorance auroit fait de sem- blables bévues », assure-t-il. L’allégorie serait-elle si dillicile à dé- chilïrer et ne sig^nifièrait-elle pas la sérénité de la Foi et la terreur des pécheurs devant la Mort ?

La peinture d’un des vitraux du réfectoire des Minimes nous paraît aussi dig'iie d’être notée. Au dire de Lenoir, elle représente- rait une scène diabolique de derrière les fag^ots : un démon « faisait à des hommes ce qui excita la colère de la divinité contre les habi- tants de Sodome » ! Sublime et expressive leçon de choses ! s’excla- meront les fervents défenseurs de la symbolique religieuse, qui aiment à voir mettre les points sur les i. Mais nous ne devons accepter que sous la plus grande réserve les interprétations de cette sorte, dont une étude approfondie des monuments religieux démontre le plus souvent la fausseté L

Capucines-. Ce couvent fut fondé par Marie de Luxembourg, en exécution des dernières volontés de Louise de Lorraine, veuve de Henri III, qui y eut sa sépulture, et sur laquelle nous allons revenir. En 1G86, quand Louis XIV fit construire la place Ven- dôme, le couvent fut transporté un peu plus loin. La façade de l’église constituait alors la perspective d’une des ouvertures de cette place. Le couvent et l’église furent désaffectés pendant la Révo- lution ; on y établit la fabrique aux assignats. Après la tourmente révolutionnaire, l’immeuble fut vendu aux enchères publiques. D’après le D‘* Max Billard '^, l’acquéreur y éleva l’un de ces édicules humanitaires « que la pruderie française baptise aujourd’hui d’un nom d'outre-Manche », et « toute une population se livra tran- quillement à l’antithèse de la soif et de la faim ». En 180(), à l'ou- verture de la rue de la Paix, l’édicule disparut à son tour; mais, en vidant la fosse, on fut stupéfait d’y découvrir une plaque de marbre noir portant cette inscription :

CY GIST

LOUYSE DE LOIIRAIAE ROYNE DE FRANCE ET DE POLOGNE

1. A Berlin, l’accusation criiomoscxualilé est devenue ci^urante, comme ici celle de vendu à rétranf>er entre p^ens (lui ne sont j>as du même avis.

2. Cr. II. Bouniiîii, les Erjliaes ci Monnalcres de P:iris.

;>. Lcfi Tombeaux des Itois sous la Terreur, 1907.

SEIN 1-:

4 7

Un caveau funéraire transformé en fosse d aisance ! Le cercueil d une reine recouvert pendant des années d ordures humaines au lieu de tleiirs et de couronnes ! Eloquente image de la vanité des grandeurs de ce monde et réaliste accomplissement de la prophétie : Pulvis CS, et in pulvcrcm rcvcrleris! que, pour la circonstance, on peut traduire librement: Tu es poudrette et tu redeviendras poudretteL

Carmes (de la place Maubert) La Vierge y était représentée portant sur son sein Tenfant Jésus et tenant à chaque main un vase de cristal. L’un contenait un peu de son lait, garanti pur, et l’autre, des cheveux authentiques du Christ.

Sainte-Catherine du Val-des-Escoliers ou de la Culture. Dé- molie, en 1783, pour faire place à un marché, rue Saint- Antoine.

Chapelle du cardinal de Birague. On y voyait deux fameux tom- beaux dus au ciseau de Germain Pilon, celui du chancelier René de Birague ^ et celui de sa femme, Valentine Balbiani (lîg. 37, 38)

1. Rappelons un détail rétrospectif relatif à l’absence de vespasiennes à la lin du xye siècle, et qui ne manque pas de piquant. A l’entrée de la reine Anne deBretafrne (1491), « on poussa l’attention, raconte de Saint-Foix, jusqu’à placer, de distance en distance, fie petites troupes de dix ou douze personnes, avec des pots de chambre pour les dames et demoiselles du cortèg^e (pii se trouveraient pressées de quelque besoin », Tels sont les précurseurs lointains des colonnes Rambuteau élevées à la satisfaction des nécessités qui ne connaissent pas de loi.

-. Carmélites. Cet ordre possédait deux couvents à Paris. Celui de la rue Saint-Jacfpies, 284, ({ui fut le refuge de Louise de la Vallière, sous le nom de sœur Louise de la Miséricorde. Elle y servit de directrice de conscience à sa collègue la Montespan, dès que la veuve du podagre prit sa place. Celle-ci se retira quelque temps aux Filles de la Miséricorde, rue MoulVetard, (il. Quanta la Fontanges, après avoir traversé en coup de vent la couche royale, elle vint échouer dans une autre maison close, à l’Abbaye de Port- Royal, qui deviendra la Maternité. Coïncidence curieuse, c’est aux suites d’une maternité qu'elle y succomba, « blessée au service du roi », écrit Mme de Sévigné. Rue Saint-Jacques, paraît-il, l’impudique tille du Régent, la duchesse de Berry, y édifia ses nouvelles compagnes par l’apparence d’un repentir sincère.

Le second couvent était situé rue Chapon, nom approprié à un monastère ; mais son église s'ouvrait sur la rue Trousse-Nonnain, « qu’un sentiment de convenance morale, dit l'abbé Pascal, fit changer en celui de Trace-Nonain, qui ne signifie rien et dont on a tiré le vocable actuel de Transnouain, le({uel dit trop ou trop peu. Pour un semblable motif, la rue du Pet devint celle du Gi*and-Hurleur et la rue de la Pute-y-muse celle du Petit-Musc. Ajoutons que la Chapelle et le Collège de

Tournai se trouvaient dans la rue Bordelle, repaire de « filles ivrognesses de leur corps ».

3. Cet intrigant Italien passe pour l’un des plus actifs et cruels organisateurs de la Saint-Parthélemy ; devenu veuf, il fut promu, par Grégoire XIII, à la dignité cardinalice ; au chapeau rouge, le prix du sang.

f. f.n CCS mausolées, réunis en un seul, turent reconsiruits à Sainl-Louis des

48

L AUI’ 1* HO 1<’A.\ E A L K fi MSI

Fig. iU>. D'après le Musée des Monumenls frunçais, de Lenoir.

«lésuiLes, dans la première cliaj^elle, à main droite. Mutilés eiH793. lAMioir les reconstituer an Musée des l*etits-Anguslins.

essaya de

U L’elHj^'ie (ricolle dame est tout de blanc albatre, appuiée sur son coude, » et tient un livre à la main. Un chien est couché a ses cotés au lieu de l’étre à ses pieds la place est occupée par un g'énie nu en bronze. Celui-ci porte une plaque de marbre noir sur laquelle est écrit : morte n’est point qui vit au ciel, et, au bas de cette même fi- gure, on lit encore : qui rien AIME TARD OURLIE. Au-des- sous du personnage princi- pal, un bas-relief nous révèle son cadavre presque nu (fîg. 37b Le Louvre a re- cueilli cette œuvre précieuse.

Tl r ^ 38. Tombeau de Mme de Birairue, d’après les

On pouvait von au Musee AnUquilez, Chroniques el Sinquluritez de Paris.

des Monuments français,

Y (( archétype » de ce monument exécuté par le même sculpteur : c était la reproduction d’un corps de femme morte d’étisie. Le choix du modèle n’était guère flatteur pour le sujet.

Gélestins. Cette église était une véritable nécropole abritant de nombreux mausolées. En face de l’autel, dans la chapelle d’Orléans, on conservait le cœur et les entrailles de trois princes, qui n’en eurent guère de leur vivant : le lâche et perfide Henri II, le séditieux François, duc d’Anjou, et le sanguinaire Charles IX Ces viscères étaient contenus dans une urne en bronze doré, dont les pieds, formés par des dauphins, sont soutenus par trois figures féminines, œuvres de Germain Pilon, et que l’on a considérées comme les trois Vertus théologales ou comme les Trois Grâces (fig. 39). Sculptées dans le même bloc de marbre, elles tiennent

1. Dans les sépultures funéraires, on avait coutume de coucher un levrier, l’emblème de la h idelilé, aux pieds des dames, et un lion, le symbole de la Puissance, aux pieds de l’homme. Quelles ironies! Il est vrai que, pour la symbolique chrétienne, le chien est le symbole de VEnvie, comme le coq, qui domine le clocher du village, est celui de la Colère.

2. 1 ont d abord, le monument ne contenait ({ue le cœnr de Henri II, ainsi que indiquait ce distiijue, inscrit sur l’une des faces :

lin: COR URPOSUIT rrois catiiarina mariti II» ciiriRxs rnorRio condcrk rosse sixir.

i/art rRoi AM;. I.

4

50

i/aUT l'HOFAAK A l/l'AiMSK

leurs mains enlacées et reposent toutes trois sur un socle orné «le petits Ciipidons nus et de chimères aux angles. Ces élégantes allé- gories sacro-païennes, Ton a cru retrouver les traits de Catherine de Médicis, de la mar- (piise d’Etampes et de Mme de Villeroi, bien que (( légères et court vêtues », comme Pé- rette portant son pot au lait, ont une mine relativement décente, Gratiæ decentes. Une seule, la Charité^ laisse son torse à décou- vert, mais ses fonctions nourricières l’v au- torisent: les nudités ne sont pas qu'agréables, il y en a d’utiles. Ce curieux reliquaire est actuellement au Louvre.

Le cœur de François II, digne fils de sa mère Catherine, avait une urne à part. Le même Campa santo possédait aussi une urne qui contenait le cœur de la brute connue sous le nom d’Anne de Montmorencv.

Renée d'Orléans, lîlle de François d’Or- léans, duc de Longueville, petite-fille de Dunois, morte en 1515, à l’âge de huit ans, était étendue sur son tombeau, les pieds posés sur une levrette, l’emblème de la Fidélité ik huit ans î), selon la formule de la statuaire (funéraire fig. 40). La face principale est ornée des Vertus cardinales ;W\nQ d elles, la Force ^ usant de son privilège traditionnel, exhibe ' à nu non seulement les saillies de ses biceps, mais aussi celles d\m torse d’une robuste santé. Pour Lenoir, qui a reconstitué et truqué ce fragile monument en albâtre détruit à la Révolution, aujourd’hui à Saint-Denis, les figurines décoratives des niches seraient autant de sujets tirés du martyrologe, de sorte que la Force deviendrait une Sainte Afjathc^ cambrant sa poitrine juvénile devant les tenailles du bourreau.

La sépulture de Louis Potier, marquis de Gèvres, placée près de la grille du chœur, offrait à hi curiosité un bas-reliet en bronze

VU

31).

SEIN 1-:

51

(I un caractère assez profane. Une Renommée à moitié nue annon- çait, urhi et orhij les exploits du marquis ; un génie entièrement

Fier. 40.

nu le couronnait, tandis que les impitoyables Parques, nues, elles aussi, tranchaient ses jours. Auprès de ces tilles du Styx, la Fermeté, non moins deshabillée, soutenait le défunt.

La Fortune renversée ftig. 41), chef-d'œuvre de Jean Cousin, était couchée au-dessous de Lamiral Philippe de Chabot ; elle lui sourit encore et charme la solitude du vieux loup de mer.

Les angles du tombeau d’Henri Chabot de Rohan (fig. 42) étaient occupés par quatre génies du sexe féminin, aux mamelles exubérantes ; ils éteignaient « le tlambeau de la Vie ». Un cartouche portait les armoiries de famille composées de trois chabots ou poissons et de deux II circules armés de leurs massues et de leurs attributs virils f fig. 43).

Ln face de ce sépulcre s'élevait celui de Timoléon de Cossé, comte de Rrissac, moins bien partagé que son voisin. Sur un pié- destal de marbre noir, deux génies, sans ailes ni draperies, mais dont le sexe masculin était fortement modelé, s’appuyîdent sur un bouclier (jui ne dissimulait aucun détail de leur nudité.

Fi‘»’ 42

1

s i: I N !■:

53

ChartreuSG de Paris*. Fort l)eau lutrin, historié par Julience sculpteur provençal ; le piédestal était occupé par les trois Vertus théologales^ dont l’une, la Charité^ tenait au sein un orphelin nu.

Fig-. 43.

tandis qu’à ses pieds s’ébattaient deux autres enfançons, également dévêtus.

Sur une pierre tombale (fig. 44), le chevalier Pierre de Navarre est enfermé dans son armure recouverte d’une courte tunique. Celle-ci s’écarte vers le bas et découvre inimodestement la volumi- neuse (( braguette » destinée à protéger « paquet et baston de ma- riage » Il avait suivi le conseil que dame de Merveille donne à son seigneur et maître, d’après Rabelais :

Celle qui vit son mari tout armé Fors la braguette aller à l’escarmouche,

Luy dict : « Amy, de peur qu’on ne vous touche,

Armez cela qui est le plus aimé 3. »

1. Chartreux. L'entrée de ce monastère était interdite aux femmes, « pour ce (pie tel objet est nuisible à ceux (jui font profession de s’esloigner des allechemens de la chair et de tous les plaisirs (pie riiomme peut recevoir par les sens extérieurs de ce monde ».

2. Cambry (an ni) parle d’un matamore armé ({ui décore la devanture d’une maison de Quimper et « porte un de ces étuis insolens et menteurs ({uc nos pères etalaient, en forme de priape, au défaut de la cuirasse et des cuissarts ».

3. Quatrain cité par A. Le Double, dans la Chron. méd.

f)l

L ' A U T F* R () F A N i: A f. ' F (', F l S 1]

I.e tonihier eut |)u ral)attre les pans (le la tunique pour niénaf^er la pudeur des visiteurs qui feig-nent d’en avoir en public ; mais ce détail de costume ne choquait nullement nos aïeux, dignes descendants des Gaulois et des Francs F

Hôtel des Glunisiens. L’hôtel de Gluny, sans être un édifice religieux proprement dit, dépendait de l’abbaye de Gluny, en Saône-et-Loire, et ser- vait de pied-à-terre aux abbés de cette puissante congrégation

Pour entrer dans leur a Palais des Thermes », les abbés de Gluny passaient sous des gargouilles en posture émi-

1. D’autre part, les armures de femmes, d'a- pres Dulaure, portaient au même endroit une cavité pour recevoir une éponge qui leur servait d’urinoir et de serviette périodique à l’occasion. Il paraît que la Pucelle était indemne de ces in- convénients. Elle ne fut pas rég-lée et possédait une vessie complaisante ; ce n’est pas à elle qu’on eût appliqué le terme de mépris qui accueille les nouveau-nées à leur naissance chez nos bons villageois : « Encore une pisseuse ! » (a) Ce qui ii’empéclia pas l’excellente « cavalére » de se blesser « in tnferioribiis de equilando », d’après le récit du chanoine Jean Monnet.

2. C’est que se déroula un incident historique, d’ordre intime des moins édifiants. En 1515, François b* fait habiter l’IIôtcl par Marie, s(cur de Henri VIII, veuve de Louis XII, (jui, désirant jouir des ])rivilégcs et bénéfices royaux, simula une grossesse, à l’aide « de linges et de drapeaux », puis s'adressa au comte de Sulfolk, qui l’avait acconqiagnée depuis son départ d’Angleterre, ])our l'aider à réaliser au naturel son subterfuge. Mais Louise de Savoie, mère de François I'% « ({ui savait ce (^ue c'était ({uc de faire des enfants », déjoua cette intrigue et fit surprendre, flnqrnnle delicto, dans la chambre des Abbés, le couple anglais, par son fils, accompagné de l’évêque de Coutances. François les obligea à se marier, séance tenante, puis les renvoya en Angleterre. On lit, dans VEpistre de lu Roijne Marie, à son père, à la date de mars 1515, l’épisode résumé en ce distique aussi expressif que laconique ;

Fig.

1 'l

•it.

Ung accident douloureux et divers Que ne pourrois raconter en dix vers.

Cette aventure scandaleuse se passait à la période de l'abbatiat de Ceolfroy d’Amboise (Cf. Ch. Normand, Vllôlel de Cliini/).

(.1) La Japonaise du grand inonde dit : « J’ai eu un fils et deux dècejitions (filles) ; pour les Célestes, le fils est un diamant et la fille une tuile.

55

neinmenl postérieure, 45-47), visibles encore, bien (jii un

Saint-Côme et Saint-Damien. Cette ég-lise était placée sous le vocable de deux médecins martyrs, au coin de la rue de la Harpe et des Cordeliers, près de l’Ecole de Médecine, de la rue du Fouarre. Au cimetière de cette paroisse, on lisait l’épitaphe plaisante de François Trouillac, cpii avait une corne au milieu du front :

Dans ce petit endroit à part.

Gît un très-sing-ulier Cornard ;

Car il l’étoit sans avoir femme :

Passants, priez Dieu pour son âme b

. Les Cordeliers. Pierre de l'Estoile rapporte, dans ses Méninires-Joiirniinx, nn fait cpii se serait })assé, en 1577, dans ce couvent. On retrouve des détails analogues dans plusieurs Minicles du moyen âge ; mais laissons la parole à noire vieux chro- niqueur et rapportons-nous-en à sa véracité : « Une iille fort belle, déguisée en homme, et qui se faisoit appeler AiiLoine, fut découverte et prise dans le (àmvent des ('.fM'deliers. Elle servoit, entr’autres, Frere Jnc([uea Berfon, (ju’on appeloit l'enfant de Paris, et le Cordelier aux belles mains. Ces llévérentls Pèi’es disoient tous ([u’ils croyoient (jue c'étoit un vrai garçon : on s'en rapporta à leur conscience. Quant à cette lille-garçon, elle en fut quitte jxnir le fouet, cpii fut grand dommage à la chas- teté de celte honnête personne, ({ui se disoit mariée, et qui, par dévotion, avoit servi dix ou douze ans ces bons Ueligieux, sans jamais avoir été intéressée en son honneur. »

l/ A 15 T P R O !-• A M-: A L ' É (1 M S []

hi\

Sainte-Elisabeth. Abside. Côté droit. L'un des cent panneau:^ sculptés, provenant dCVrras, interprète la Descente de Jésus aux limbes. A Lentrée se pressent les âmes des justes, aux poitrines nues ; non loin se tiennent aux aguets des démons et des monstres ailés : Lune de ces horreurs a le buste d’une femme et la tète d’un singe, peut-être par allusion satirique à l’esprit d’imitation ou à la

malignité du sexe faible? Ce ouistiti ou plutôt cette guenon menace, du poing. Lame féminine que protège le Sauveur.

Le panneau se déroule la scène du Ser- pent d’airain montre une femme dont un ser- pent dévore le sein (tig. 48) ; celui de la Naissance d’Isaac présente Sarali couchée, à demi vêtue, sous une riche tente.

Côté gauche. Autre petit bas-relief en bois : la Première institution du maidage, c’est-à-dire l’union, par le Créateur, d’une Eve rondelette et grassouillette, tournée de face, à un Adam vigoureux, du côté pile, alors que le fruit conjugal leur était interdit. Etrange contradiction !

Signalons encore le Jugement dernier, peinture murale de Roger Adolphe (1844), un flagorneur féministe qui ne place qu’une seule femme au nombre des damnés ! Cette réprouvée, quoique vêtue d’une robe bleue, laisse une partie de sa poitrine à découvert et, pour mieux l’étaler, elle s'agenouille de face, les traits contractés par la douleur, tandis (ju un serpent 1 enlace de ses anneaux.

Fij?. iS.

Saint-Etienne du Mont. Troisième du nom : d’aboixL Saint- Pierre et Saint-Paul, puis Sainte-Geneviève. Ce fut Marguerite de Valois, la répudiée du Vert Galant (159!)), qui posa la première pierre du grand portail, en 1(110. Deux anges, déchus sans doute, soutiennent au-dessus de la grande rosace les armes de la iîlle de Catherine de MédicisL

Les originales tourelles ou tournées en culs-de-lampe du chœur

1. Le jour de la consécration de l'église, faite par Jean-François de (londy, arche- vêque de Paris, le février 16l>G, survint un accident étrange, dont le souvenir est

SEINE

57

sont réunies par le magnifique jubé de Biart père, œuvre unique en son g-enre. Sur les frontons des portes latérales sont assis deux (t jeunes hommes », à physionomie et formes féminines (fig’. 49), dont la partie inférieure du corps est seule drapée. « Ils écoutent rEvangile que l’on chante, écrit l’abhé J. Perdrau ; leur figure rayonne de joie et de bonheur. » Mais ils nous paraissent plutôt

L'admirable chaire sculptée par Claude

gravé en lettres d'or sur une plaque de marbre noir placée sous la grosse tour, au collatéral nord de l’église. Fig. 40.

PE.NUANT LES OÉlUMOMES DE LA ItÉDICACE, DEl'X FILLES DE LA PAHOISSE TOMUÈUENT DV HAUVLT DES GALLEUIES DF C(H<:VR, AVEC l’aPPVY ET DEVA DES UALLVSTUES, OUI FVREAT MIRACVLEVSEMEAT PRÉSERVÉES, COMME LES ASSISTANTS ; AE s’ÉTAAT REACOATRÉ) PERSONNE SOVRS LES RVIAES, VEV l’aFFLT EACE DV PEVPLE QVI ASSISTOIEAT AVS DITES CÉlUMOAIES.

('e jour-là, ou put voir, par suite de cette ciilhiile providentielle, le mot l'indique du moins, deux « lunes » en plein midi. Ce prétendu miracle est consigné sur la plaque commémorative dont nous venons de parler, mais on s'est bien gardé de mentionner, et pour cause, les écroulements de clochers sur les fidèles et surtout l’assassinat de Mgr Sibour par le prêtre Verger, durant la neuvaine de Sainte- Geneviève, le 3 janvier 1857. A quoi pensait donc la Vierge de Nanterre? Il est vrai que le corps de la protectrice de Paris, à qui Trochu avait eu la malencontreuse inspiration de recommander la ville assiégée par les Allemands, a été brûlé en place de Grève, l’an 1793, et ses cendres jetées au vent. Sa châsse n’en continue pas moins à chasser maladies et mauvais destin.

De même à Rome, en 1854, Pie IX se rendit à Sainte-Agnès-hors-des-murs ; le plancher s'écroula et il n’y eut aucune victime. Ce « prodige » est, paraît-il, l’occasion d’une fête anniversaire, célébrée « par toute la catholicité ». Mais on oublie que Paul V, en présidant à la translation des reliques de la vierge martyre, dans la même église, y contracta la maladie dont il mourut. N’est-ce pas Pic de laMirandole qui avance : PhUosophia verilatem quæril, Tlieolocfia. invenit, Religio possidet ? (Lti Philosophie cherche la vérité, la Théologie l’a trouvée, la Religion en fait son domaine ?) Amen.

On vit plus fort à Rouen, pendant l’une des prédications de saint Mellon. Un jeune homme nommé Præcordius, monté sur un toit pour écouter l’orateur sacré, fit une chute et se tua, dit la légende. Le saint le ressuscita illico, suhilo, presto et, par reconnaissance, la famille de Priecordius lui fit don d’un terrain sur lequel est actuellemen t construite la cathédrale de Rouen. Mais nous ne sommes malheureu- sement plus au temps l’on gagnait de si belles récompenses à rappeler à la vie un blessé tombé en syncope.

D’ailleurs, de nos jours, de semblables miracles s'observent communément. On lit dans un journal du ^1 octobre 1907 cette Nouvelle en trois lignes : « Léger sans doute, chançard à coup sûr, le couvreur Dufour, de Saint-Germain, tombe d’un toit (16 mètres) et, gaillard, se relève indemne. »

1. A l’entrée de la chnpelle Sainle-Anne, 26, rue de Lille, fondée pour les Théatins. par Anne d’Aulriche, on voit, assis sur une nuée, un personnage du même genre, le

adorer le crucifix placé au centre du jubé ^

58

I / A irr l' lu » I*’ A NI-: a i > k ( ; u s k

Lestocart est soiileime parmi Samsoii nu, assis sur un lion, double emblème de la Force ; selon Sauvai, (c il la porte bien ». De jilus,

elle est ornée des Vcr/us en statuettes : la Charité^

comme toujours, tient un petit abandonné au sein.

Les corps latéraux des orgues (lig. 50) sont suppor- tés par des cariatides fémi- nines absolument nues et qui se terminent en orne- ments agrémentés de feuilles

d’acanthe et de fruits.

Chapelle des Fonts bap- tismaux. Médaillon de mar- bre, avec le sujet, ressassé depuis des siècles, de Jésus allaité par sa mère. Mais ce poncif se recommande à Fattention par un sein vir- ginal fort saillant. « Il est étonnant ! » dirait Gali- paux. Un peu plus loin, l’Anne d’une Naissance de la Vierge est couchée au fond du tableau, le torse nu ; au premier plan, une forte nourrice tire l’un de ses ballons mammaires pour en gaver la petite Marie.

Chapelle de Saint-Bernard. Par galanterie, le pinceau flatteur de l’auteur d’un Jugement dernier, école de Jean Cousin, s est refusé à placer des femmes en enfer. On en voit seulement quelques-unes, à la poitrine nue et mamelonnée, dans le Purgatoire, comme si le beau sexe ne commettait que des péchés véniels, alors qu il est responsable de tous les péchés capitaux, y compris les crimes et délits commis par les trop faibles hommes h Cette toile est en

buste nu et le visage efleminé, encadré d'une longue chevelure à la raie médiane, ui homme ni femme, une tante d'Auvergne.

1. h’Ecclésinslique (v. moins galant, dit : « La femme a été le principe du péché, et c’est par elle que nous mourons tous (v. li et 13). Ne demeure/ poiul au milieu des femmes ; car, comme le ver s'engendre dans les vétemenls, ainsi 1 ini- quité de riiomme vient de la femme ».

s E 1 >■ ! •:

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contradiction avec le principe du « Cdierchez la Femme » qui, selon un policier renommé, devait dirig-er les recherches dans toute

alVaire criminelle.

(duipelle des Alartyrs du mont iVrarat. Une fresque cuiieuse. les Dix mille chevaliers du Christ, « (|ui eurent tous les costes de lances percés ». Ces chevaliers ne portent (|u une lég'èie diapeiic autour des reins ; celui qui marche en tête a la figure et les seins

d’une femme.

Chapelle du sépulcre. La Peste, signée Jouvenet, avec le groupe classique de la mère, victime du fléau, son enfant suspendu au sein.

Bas côté droit. Chapelle sans vocable. Groupe, en plâtre, de la Charité, par C. IL Laitié (Salon de 1824). Nous retrouverons cette allégorie, due au même ciseau, au fronton de Notre-Dame de Lo- rette. C’est, disait-on dans les ateliers, le (( laitier » des sacristies.

N’oublions pas le vitrail du Christ au pressoir, le Seigneur est dépourvu de tout lange. Cet cx-dono, symbolique du fruit de la vigne, a été offert par Jean le Juge, qui cumulait LolFice de mar- guillier et de marchand de vinsL

1. Ce don de reconnaissance professionnelle peut être rapproché de l’inscription équivoque d’un ancien rôtisseur qui avait surtout rôti le balai sur l’un des vitraux d’une abbaye :

Accordcz-lui, Seig-neur, tout autant de pardons Qu’il a fiché de lardons.

Relevons, à titre de curiosité, l’inscription emphatique qui avait été gravée sur le tombeau du chirurgien Nicolas Thognet, mort en 1(14:2 et enterré derrière la chaire de cette église :

Passant, qui (lue tu sois, arrête et considère.

Qui gist sous ce tombeau ;

Tu sauras que thognet, par un secret mystère,

Ce monde abandonna pour en prendre un plus beau.

Son art et son savoir garantissaient les hommes,

Bien souvent, de mourir.

Mortels, pensez à vous, dans le siècle nous sommes ;

Puisque thognet n’est plus, (jui pourra vous guérir?

Si l’Ours de la Fable eût été chargé de rédiger une épitaphe, il n’eût pas dit autre chose.

Rappelons enfin, avec de Saint-Foix, une ancienne coutume matrimoniale le clergé tenait... un beau rôle. Les nouveaux mariés ne pouvaient se mettre au lit avant ((u'il n'eût été béni par le curé de la paroisse. Se chargeait-il aussi des der- nières recommandations à la mariée sur la perte de... ses illusions? C’était le « droit divin du Seigneur » réservé aux ecclésiastiques, appelé « les plats de noces », c'est- à-dire assurer le dîner des curés, pour ce jour, en argent ou en espèces. Or, le curé

GO

i/aut piu)KANK a i/k(i i.isk

Saint-Eustache. 'roule une demi-ceinture de gargouilles simu- lant de gracieux et profanes torses fé- minins, entoure l’ex- térieur de l’abside (fig. ni).

Au portail Nord, on est accueilli par une avenante figurine (tig. 52), qui porte allègrement un tronçon de colonne, à la façon d’une guitare, la Force sans doute, une des Vertus cardinales, en costume de lutteuse antique.

A peine a-t-on franchi cette porte, l’œil est attiré du côté d’un superbe bénitier en marbre, sculpté par E. Bion (1834), orné de sujets nus, des deux sexes, blottis au-dessous de la coquille. Le groupe principal heure Alexandre VI distribuant l’eau bénite ; deux anges drapés jusqu'au col soutiennent le pape qui, du pied, écrase P « Infâme », le Démon et non pas l’Eglise ; un lecteur de Voltaire pourrait s’y tromper (fig. 53).

Chapelle de Sainte-Madeleine. Une chatoyante peinture, naguère recouverte d’un badigeon, montre à nu le buste de la pénitente à la chevelure ondée et aux yeux sujets aux ondées.

Chapelle du Sacré-Cœur (6'' travée). Au bas d'un tableau en l’honneur de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, on voit aux côtés de Clément XllI et de Marguerite Alacoqiie Mgr de Belzunce, évêque de Marseille, consacrant sa ville épiscopale à cette pratique religieuse, pour obtenir la cessation de la peste. Comme dans toutes

de Saint-Eticnne-dii-Müiit s'élant plaint que le nomme Michau, un de ses paroissiens, l’avait l'ait attendre juscpi’à minuit pour « la bénédiction du lit nuptial », 1 évêque de Paris, Pierre do Gondi, ordonna qu’à l’avenir cette cérémonie aurait lieu dans la journée, avant le souper de noces.

Les curés de Picardie élaient plus exigeanls ; ils prétendaient (pie les nouveaux mariés ne pouvaient, sans leur permission, passer ensemble les trois premières nuits de leurs noces. Cet abus fut réprimé par arrêt du Parlement, en date du 11) mars 1409, portant : Défenses à V Evêque d’Amiens et luix Curés de lu dite ville, de prendre ni exiqer urqent des nouveaux mariés, pour leur permettre de coucher avec leurs femmes la première, la seconde et la troisième nuit de leurs noces, et lut dit (jue chacun desdits habitans jiourroit coucher avec son épousée sans la permis- sion de l’Evêque et de ses Officiers.

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01

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Ornilicr do Sainl-Kuslaohc

1* KOI' A NE A LKdl.lSK

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les représentations de ce lléau^ une jeune mère, les seins complète- ment découverts, meurt de désespoir près du cadavre de son enfant. Les deux ang:les extrêmes de la montre des ^^-randes orirues sont

deux torses humains terminés en produire en public les attributs de

flanqués de pilastres, couron- nés par des néréides qui for- ment cariatides ; de nombreux dauphins surmontent Tenta- blement ; seule, Aphrodite manque à ce milieu sous-marin et quasi païen.

Un détail décoratif, perché au sommet d\m pilastre exté- rieur des Chapelles du Nord, offusque la pudeur des prati- quants doués d\me bonne vue, ce qui est rare d’ailleurs L Aux cotés d’un génie, absolument nu, qui croise les cuisses pour cacher ce que ses voisins mon- trent sans façon, se prélassent gracieuses arabesques et fiers de leur virilité (fîg. 54 )“^.

1. La gravure donnée par Lenoir, dans la SlaUsti([ue Monumentale de Paris, t. II, pl. XIII, est quelque peu fantaisiste.

2. A cette église, se rattache le souvenir d'un épisode plaisant, que nous rappor- terons plus en détail dans notre étude sur rEçflise et le Théâtre; il est relatif à Jean de l’Espine, dit Pont-Allais, l’un des baladins ou « gargouilles vivantes » en renom sous François I®*'. Un jour, il battait le tambour près de l’église, pour annoncer un nouveau spectacle. Le curé Lccoq était en chaire ; impatienté par le bruit de la peau d’âne qui couvrait sa voix, Lecoq hérisse sa crête et court interpeller le comédien : k Qui vous fait si hardi de jouer pendant ([ue je prêche, clame le calotin hors de lui ? (,)ui vous a fait si hardi de prêcher tandis que je tambourine, rij)Oste le cabotin, sur un ton gouailleur ? » Le curé, furieux de se voir le jouet d'un bateleur, crève sa caisse. Pont-Allais coilTe aussitôt le j)rêtrc de l’instrument éventré et le pousse dans l’église, au milieu des éclats de rire de la foule et des paroissiens (lîg. â'â).

Plus tard, un autre clérical mélophobe, âlgr du Belloy, proscrira la musique des églises de son diocèse « comme étant un usage trop profane et inconvenant au culte divin » ! f't cependant le musicien Ilameau était inhumé dans la chapelle de Sainte- Cécile et, depuis, des messes en musique fameuses sont célébrées, plusieurs fois l'an, avec l’aide d'artistes lyriques des deux sexes.

Avant le point final de ce hors-d’œuvre, livrons aux méditations des chercheurs de midi à quatorze heures, un nouvel exemple de choc en retour du « Doigt de Dieu » : Hadigon, l'architecte des Halles centrales, fut frappé d'insolation mortelle devant le portail du Midi, dont il dirigeait les travaux de restauration.

Fig'. 5o. Tirée des lluea de Paris, par I.oiiis Luriiie.

Les Filles du Saint-Sacrement. Les Filles-Dieu. Filles Pénitentes L

Les

1. Les Filles du Saint-Sacrement. (]c couvent était voisin de Saint-Snlpice. Aime d’Autriche, un cierge à la main, y vint pour expier, olliciellcnient, les outrages laits au Saint-Sacrement pendant la guerre civile, qu’elle avait contribué à soulever, et, ollicieusement, pour s’y faire pardonner son llirt avec le séduisant lluckingham. « Il était d'usage dans ce cornent, dit Franz de Lienhart, ({u’une religieuse réqiétât, chaque jour, cette cérémonie et fit amende honorable au milieu du clunur, moitié nue, la corde au cou et une toi’che à la main ». La croix et ce la bannière », rien ne manquait à ce pi({uant spectacle.

Les Filles-Dieu. Fondées en li22G comme Les Filles du Sauveur, « pour retirer des pécheresses ([ui, toute leur vie, a voient abusé de leur corps ». Ne jias confondre ces chairs à plaisir avec :

Les Filles Pénitentes. Instituées par un cordelier, elles ne furent établies cju’en 140/. On ne pouvait faire partie de cette congrégation qu’avec un certificat de mau- vaise vie et moeurs et de défloration, condition sine f[iia non exigée par les statuts (jue dressa .Tean-Simon de (diampigny, évêque de Paris : « On ne recevra aucune Heligieuse malgré elle. Aucune qui n'ait mené, au moins pendant quehjue temps, une vie dissolue; et pour (jue celles cpii se préseiitei'ont ne puissent pas tromjier à cet egard, elles seront visitées en présence des Meres, sous-Meres cl discret tes, par des

(*)1

i/ A I I* IM ) l’ A N r: A 1/ K (; l i s i:

Abbaye de Sainte-Geneviève ^ Los chapiteaux de la nef

Matrones nommées exprès, et qui feront serment sur les saints Evanj^iles de faire bon et loyal rapport.

« Alin d’empêcher les lillcs d'aller se prostituer pour être reçues, celles qu'on aura une fois visitées et refusées seront exclues pour toujours.

« En outre, les postulantes seront oblig-ées de jurer, sous peine de leur damnation éternelle, entre les mains de leur Confesseur et de six Relig-ieuses, qu'elles ne s’étoient pas prostituées à dessein d'entrer un jour dans cette Congrégration : et on les avertira ([uc si l’on vient à découvrir qu'elles s’étoient laissées corrompre à cette intention, elles ne seront plus réputées Ilclig'icuses de ce Monastère, fussent-elles Professes, et ([uelqucs vœux qu’elles aient faits.

« Pour (juc les femmes de mauvaise vie n’attendent ]>as trop longtemps à se convertir, dans l’espérance ({ne la porte leur sera toujours ouverte, on n’en recevra aucune au-dessus de l'âge de trente ans ».

1. C’est dans cette abbaye que se retira le tils du Kégcnt, en expiation des péchés de son père et de sa sœur, après avoir mutilé la I.êdn du (]orrègœ tableau actpiis par le grand Frédéric et restauré j>ar Sclicssinger.

Fig-. 58

sciil[>tiires, aussi ij;Tüssièi‘es de composition que d exécution. Ainsi, })arini les sii»'iies du zodia([ue, on reinarcjuait le nu <d)Solu du Verseau (verse eau) (dg*. i celui des Geineaiix qui, [)oui cacliei leur devant, accentuent le coté opposé (tig. o7), et la ^ ienje qui, dans la même intention.

met en évidence ses roton- dités antérieures et postérieures (lig. 58).

L'attitude de nos premiers parents n'était pas moins sin- ii-ulière. A la Xaissance d'Eve (fig. 5Î1), on se demande ce que fait la main droite de la nouveau-née, au moment l'Eternel s'apprête à la pré- senter à Adam, en prononçant ces mots, écrits au fond : ecce viR, par analogie à Lecce iiomo, appliqué plus tard au « double » d'Adam.

Sur le tableau du Péché originely les mamelles d’Eve ont une exubérance extraordinaire, et le plus surprenant est l’ustensile,

galette, assiette ou dis- que, employé par les cou- pables pour cacher leur nudité (fig. 60).

Dans une chapelle si- tuée à droite de l’autel s’élevait le tond^eau du cardinal François de La Rochefoucauld ; la queue de son manteau était por- tée par un jouvenceau caudataire, sans costume. ((Je suis étonné, dit de Saint-Foix au sujet du marbre de Philippe Buyster, que l'extravagante imagination qui a créé ce page, au lieu de le laisser à moitié nud, ne lui ait pas donné a livrée ».

Fig. 59

- AUT IMU)1'ANF,.

I.

i/aK 'I' l* ko I' a N !■: A i/kt. MSi:

(•) (*)

4

Notons encore un groupe l)i/aiTe, pres- (|ue funanil)ulesque, qui ég-ayait une fres- que, le l^ortcment (le croix (lig. (H), et ornait la chapelle de cette xVbbaye royale : le Rédemp- teur semblait s'ap- pliquer à donner une claque sur le Fio-, GO. fessier nu d’un de

ses bourreaux à moins qu il ne cbercbat a y attraper une mouche.

Saint

-Germain l’Auxerrois. Bien des nudités réelles ont défilé

dans cette église, qui fut long- temps le baptistère des cam- pagnes avoisinantes !

Alors qu’elle était dans la cam- pagne, dit 1 abbé Lebœul, et qu’elle n’était pas resserrée dans une cité dont les murs impéné- trables étaient solidement entre- tenus, la Seine y avait été con- duite facilement, et elle y formait un l)assin pour y donner le bap- tême par triple immersion.

Extérieur. Sous le por- che, adossée à un pilier, se dissimule Marie V Egyptienne

(fig. ()2), la pénitente des dé- , i i

serts de la Palestine, vêtue seulement de sa chevelure doree et

portant trois pains pour sa nourriture. Certes, pendant les dix-sep années (lu’elle lit « folie de son corps », elle coûtait plus cher a entretenir. On voyait encore au xviiP siècle, dans la chapelle con- sacrée à la sainte, une moitié de vitra-e, elle était représentée sur le pont d’un bateau, troussée jusqu'aux genoux, devant le ha-

s i: I N !•:

(‘)7

Fig. 02.

tolior, iivcc cctlo légende explicative I la sainte offrit son

coRi‘s AF l’.ATELiFR POER SON PASSAOE. Jus({u alops, le clcrg’é (lu lieu n'avait pas été cho(|iié de cette iina^'e ; mais, en 17()0, le curé fit enlever ces « vitres ridicules », suivant l’expression du pudiijue Sauvai. Nul ndi^nore que ri^ij;-yptienne se donna à tout Téquipag-e pour payer son parcours jusqu'à Jérusalem : la plus Icelle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a *.

Le portail central est ég-ayé d'une diablerie ( lig*. 63)

([ui n'était pas déplacée à la porte d'une collég-iale Charles le Sage avait fait inhumer son fou, Grand Johan : un démon piétine et tourmente de sa fourche, dans la chaudière à bouillie humaine, trois person- nages dont l'im est mitré, fréquente et sanglante allu- sion aux mœurs des prélats ou tout au moins des abbés. Ses compagnons semlùent être un prince et un riche bourgeois, le gratin de la société civile. Ce- pendant, un bon diable leur apporte une Gigolette, pour leur tenir compagnie, et met la « poupoule » au pot. Ce groupe de damnés faisait partie du Jugement enlevé en 1745.

L'extérieur de l’église est peuplé de tout un monde d’êtres chimériques et drolatiques : un sauvage, en sauvage, sort de la gueule d’un hippoj^otame ; une truie allaite sa nombreuse progéniture ; une femme nue, aux mamelles opulentes, enfourche et dompte un fauve ré- calcitrant ; un bélier saillit une brebis ; etc.

Intérieur. Transept. Aire du bras droit. Un l)énitier sculpté en 1844 par François Gouffroy, d'après la libre composition de la prude anglo-saxonne, Mme de Lamartine, est surmonté d'un groupe de trois garçonnets nus, au pied de la croix Mig. 64). Une réplique de ce curieux monument se trouve au Musée de Dÿ on (N" 1034), pays natal du sculpteur.

i. Saint François de Panlc, pour Iraversor le détroit de Messine, enl recours à nn expédient pins honnête. Ne pouvant payer sa place dans le bateau de jiassage, il clendil son manteau sur la mer, en saisit nn coin pour scr\ ir de voile et se confia à Zéphyr ({ni lui fut ravoral)le. Fait atirihué aussi à Sain! Itavmond de PennarorI,

Fig. r»:L

0)8

1 / A U r l* R < > l' A N R A 1 . 10 ( i M S 10

Chapelle (le la Viei'i’e. Sous un ép^‘‘« hadigeoii, (•leiidu vraisem-

hlal.lemeiitsurlesordVesdu nuuue ahhé <c e.memi des .éaül.-s -,

OU U découveii une fresque du

XVI" siècle, la liésurrcclion au jour

du Jug-ement universel. Dans leui émoi, réveillés en sursaut par les sept trompettes angéliques, les morts de Fun et Fautre sexe ont oublié leurs linceuls au fond des sépulcres. De le coup de ripolin.

Chapelle Saint-Landry. Une peinture historique de grandes dimensions, raconte la lamine qui allligea Paris, sous le règne de Clovis II. Saint Landry, après avoir donné tous ses biens, livra même les vases sacrés, pour nourrir le peuple^ la pestiféiée de rigueur (fig. 65), tenant son enfant mourant, est placée sous la protection du saint.

Fig-.

Au-dessous se déroule la frise peinte par Guichard (1848), la Translation des j'cstcs de saint Landrif. Dans le cortège, on reconnaît Fauteur de la dé- coration, Ingres, le chanteur Nourrit qui se tua dans un accès de délire, a Naples, et d’autres contemporains du peintre L

Fn liiOi), le cm'c de Sainl-Gcrmaiu uxcri'oii' sf)uleva uiic ^'e^ilal)lc enicu- l‘i^. Ck).

en rcrusanl d'enterrer une marchande

la iM.c (le TA, -bi-c-Sw, avant '' ^ ,„.„it fait ... C’élail im (lia.il «lue

..•avoicu ..s rai ..s . i-K„i. ...

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Saint-Germain des Prés. Transept. Avant la Révolution, s e e- vait clans la partie ^^auclie le tombeau de Casimir, roi de 1 ologne, sculpté par les frères île Marsy. Les angles étaient occupés par des captifs enchaînés à des trophées d’armes (lig. 611, (i7). Pmani ces captifs figurait une femme montrant ses seins. Au dire deCourajod,

la provenance des 196 et 197 de la Sculpture moderne, du Lou- vre, est attribuée inexactement à ce mausolée, reproduit dans Vllis- toire de Saint-Germain des Prés, de dom Bouillard.

(Jn y voyait aussi le tombeau de Guillaume Douglas, gravé dans la Statistique Monumentale de Paris, par Lenoir. Ce monu- ment oltrait dans son ornementation une particularité prêtant à l’équivoque : V Hercule de ses armoiries (fîg. 68), quoique muni d'un brayer de feuillage, tenait sa massue verticalement, au devant

Le droit de n lîéiiédiclion du lit nuptial », dont nous a\ ons parlé, et bien d'autres abus lucratifs prom eut que le « spirituel » n’a jamais dédaij;né le « temporel », et <{ue Viiuri sacvn fumes, de ^drg•ile, s’applique avant tout aux choses sacrées.

Le clerg-é de la même paroisse ne lit })as tant de dillicultés pour recevoir les corps de Gabrielle d'Estrées, marquise de Monceau, et du ([uatrièmc enfant royal, dont elle était jiTosse. Elle mourut au moment Brûlant de Sillerv s’occupait, à Home, de la dissolution du mariage d’Henri IV avec Marguerite, dont elle devait prendre la j)lace. Co'incidence fâcheuse ({ui lit prendre un accident tocologique })üur un empoisonnement ; de cette mordante épitajîhe :

Cy-gît Madame la Marquise,

D'un esprit plus grossier (|ue fin.

Qui mourut pour trop s’être enquise Qui seroit Monsieur le Dauphin.

70

i/aHT l>ROrANK A l/K(iMSK

(le sou pubis ; de sorte ([ue cet attribut simule un (*norrne pliallus et accentue ce (pi’il doit cacher.

Gilles Gorrozet d(3crit, dans ses AnlUiuitez de Paris (1580), le tombeau de Cliilperic, fils de Clotaire. Le quatrième roi de France tenait le sceptre royal d'une main, et, de l'autre, <( sagor^e, comme

tesmoignant la trahison de la paillarde de Frédégonde, sa femme qui le fît occire par son adultère ». La (( paillarde » était « ensé- pulturée » vers le maître-autel et sa victime gisait dans le premier chœur, côté septentrionnal L

Le même auteur a vu dans cet édifice abbatial, jadis un temple dédié à Isis^ la statue de cette déesse, u Elle estoit maigre, haute droite, nuë, sinon avec quelque figure de linge enlassé autour ses membres ; elle estoit située contre la muraille du costé septen- trional, au droit est le crucifix de l’Eglise ».

Saints-Gervais et Protais. Chœur. La seule église de Paris dont les stalles sont ornées de sujets profanes, reproduisant des scènes de la vie journalière : scènes professionnelles ou familières, parfois comiques ou libertines. Troche pense que ces motifs variés permettaient aux ecclésiastiques de reconnaître la sellette qui leur était assignée. Ils servaient plutôt à les distraire et offrent surtout un témoignage durable de riiumeur joviale des maîtres huchiers.

1. Sa pierre tombale, en mosaïque de marlire sertie de tilets de cuivre, est à Saint-Denis ; les extrémités, ^'isag•e, mains, pieds, maiKpient ; elles étaient sans doute

lamées de enivre ou d’argent ?

s !•: I N 1-:

71

Ilautes-romics. Côté de l’Epître. 8-' slnllc. Uae néréide i)eigne ses lonüTs clieveiix et se mire tlaas un miroir . cmblt me de la 1 o

O

lu])/c {)!!).

10" stalle. Un chien couché lève la cuisse et se pourléche : cynisme de la Luxure. Mutilé, en 1703, par des sans-culottes tiop

4/

scrupuleux ((iy\ 70).

12^ stalle. Iloiniiie nu eiifourcliaiit un lonncau, a la Bacclms : V Intempérance . C’est sans doute la lig’ure 71 abominablement endommag'ée.

liasses-formes du meme coté. 3*' stalle. Un galant, la

façon de qui a été

tête cou-

Fi

<y*

n

7i\

verte d’un capuce (lig\ 72 ) et non un fou folâtre avec une ril)aude ou une rebelle. Ce crrou]:;e svmbolise-t-il la Luxure ou est-

X

il consacré à la corpondion des Madelonettes non repenties? (( d'riste allégorie, soupire l'archéologue morose susnommé, mon- trant le dénûment des vertus et la bassesse des habitudes. » lié-

l/Airi’ I'HOFANH a 1. KdMSF

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'V^. /O.

Ilexion il laquelle Cluimpneury répond : « Je crains bien (jue l’aulcur de cette interprétation ne soit souvent irrité par la vue de sein-

lilahles sujets dans les cathédrales. »

Sous une miséricorde voisine, un j^racieux et potelé Cupiclon

sommeille, accoudé sur une tête de mort : symbole de Vlllusion et de la lUaütc (fig“. 73).

Côté de rEvan- o-ile. 6*' stalle. Une

O

femme est repré- sentée nue dans un bain ; le mari ou Tamant s’apprête à entrer dans la même baignoire, mais ne lui caresse pas en- core le menton,

comme le veut Troebe. Pour la morale du saint lieu ce tableau de mœurs est exposé, nous admettrons qu’il s agit sim- plement d une scène d'inté- rieur bourgeois b Un rabot imbécile a déchiqueté les chairs féminines ; nous les reconstituons tant bien que mal (Hg. 74), en suivant leur silhouette imprécise.

Selon Champlleury, nous aurions une de ces scènes ([u'olfraient journellement quelques éluvès mal famées, à la fin du xV siècle : « Ges maisons de bai^meurs, dit-il, sont signalées parles anciens chroniqueurs comme des'’ lieux de rende/,-vous, de tout point semblables à ceux qui

1 M. Cx. Durand, dans son admirable monographie de la Ciühèdriile d'Amiens, décrit ce cnlot de sellette et dit, à tort, (piclle représente « tonte une tanulle, pere. mère, enfants entièrement uns, dans une baignoire de bois ».

Fig.

/ t.

existent encore actuellement à l^erne ». Longtemps, en elîet, clans les bains publics, à Bade, par exemple^ les deux sexes étaient contoii- dus. (( Les baing's (de Bade], écrit Sébastian Munster, en looü, cjui sont es maisons privées, sont bien ag*encez et poliz et sont communs tant aux femmes qu aux hommes... En tout le monde, il n y a baing*s si propres pour rendre les femmes fertiles c[ue ceulz cy ».

Les sellettes ou miséri- cordes, k charnières, des stalles du chœur servaient de sièges; leur face inférieure, taillée en culs-de-lampe, était souvent ornemen tée, et les artistes réser- vaient à cette partie, peu expo- sée aux regards, les scènes les plus libres, voire scatologiques.

C'est ainsi qu'à la septième stalle, un individu sans gêne pousse Loubli des convenances jusqu’à s’arrêter devant la porte

d'une maison habitée pour satisfaire dame nature : « Nécessité fait gens mesprendre », a dit Villon. A la fenêtre du rez-de-chaussée sur- git un voisin mécontent, qui tenait peut-être un bâton ou un balai menaçant, mais « un pudique ciseau a profondément labouré cette naïve et grossière composition », que nous avons quelque peu res- taurée. 11 nous semble que les partisans les plus convaincus de la symbolicjue auraient peine à en tirer une signification acceptable. Quant à nous, privé du sens dédoublé vue, notre faible perspicacité ne voit qu’une plaisanterie dans le mauvais goût de l’époque une pure ou plutôt une impure fantaisie d’ornementation (fig. 77).

Clôturons ce copieux inventaire par l’examen de la huitième stalle, le clou de la série. Le long dhin lit est étendue une femme

'J ^

r 1Ü-. I i .

1. Comme les corps de métiers figuraient souvent sur ces stalles, on a cru recon- naître dans ce motif une baraque d’écrivain public. Mais il s’agit vraisemblablement d’un portier (jui proteste contre l'inconj>ruité d’un passant, ou la vengeance d’un locataire auquel on a donné congé. Tel ce voyageur facétieux qui, renvoyé d'une hôtellerie « parce qu’il fumait et crachait trop», déposa, avant de partir, un copieux souvenir au beau milieu de la chambre et dit au maître d’hôtel, en sortant : « Soyez satisfait, je vous ai laissé un locataire qui fume et ne crache pas ! »

74

LA U T l'ROFANI*^ A |/k(1LISL

Fia-. 78.

une, la cuisse droite ilécliie sur la gauche, dans 1 attitude de la clvstérisation 5 devant elle, un personnag’e coillé d un l)éret, un apo- thicaire appareniinent inet un "enou en terre pour remplir... son ministère. Cette scène réaliste, surtout en ce qui concerne le torse de la femme, a été dété- riorée par un protestataire convaincu, mais non de son imbécillité (lig. 78).

Les A itraux de la chapelle du chevet, attribués à Ro- bert Pinaig’rier relataient

les scènes de la vie de la Vierge. Chacune d’elles était accompagnée d’un quatrain en langage naïf ; voici celui de 1 Annonciation .

Un angel de Dieu lui nonça

h^t pour vérité prononça

Que de l’Esprit elle estoit pleine,

Par quoy fut son an hors de peine.

(( Hors de peine » signifie sans doute débarrassée des incommo- dités mensuelles du sexe, pendant une année, ou de son faix, au bout de cette époque ?

Le délicat Sauvai trouve encore ici l’occasion de protester contre « le ridicule » de ces inscriptions :

Pour voir merveille singulière, il faut aller Saint-Gervais, et là, contempler attentivement la vie de la Vierge, peinte sur les vitres de sa chapelle, avec celle de sainte Elisabeth, par un vitrier et un peintre du siècle passé, car on peut dire, avec grande raison, que cela passe le

ridicule.

Rappelons, enfin, un exemple typique d’incohérence et d'into- lérance religieuses. Prosper Joliot de Crébillon, auteur dramatique mort en 1762, fut inhumé dans cette église, et Louis X^ chargea

I. Le ciccrone de fcndroit a décidé quil s'nKissail d\m sculptoin-, mais le Ut Ineii indiqué au chc\ et, muni de son traversin, et la position c assique es mein >i c. rieurs nous l'ont persister dans notre hypothèse.

;i. Cf. Ottin, le Vitrnil.

s 1 : 1 N 1-:

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,loaii Lonioiiie île lui élever un mausolée à ses frais. Le sculpteur représenta Mclj)onicnc en pleurs, appuyée sur le buste de ce poète tra^'ique ; mais le curé de la paroisse s'opposa à l’érection de ce groupe funéraire, « di- sant qu'un monument pro- fane ne devoit point entrer dans son église, et qu'il l’ad- mettroit volontiers dans le temple du Seigneur, si l’ar- tiste vouloit supprimer la ligure de Melpomcne ! » Or, une statue antique de cette muse de la tragédie orne les galeries du Vatican ! Ce que l’Eglise permet au delà des Alpes^ elle le défend en de- çà ! Ainsi ce pieux irréduc- tible, plus papiste que le pape, admet le corps de l’au- teur dramatique, et lance l’anathème sur la Muse qui Finspirait !

Grands-Augustins. Le

tombeau de Le Clerc de Lesseville était dominé par une allégorie, la Religion qu’aucun attribut ne carac- térisait. Cette ligure avait le sein nu et désignait, de la main, le ciel, séjour des bienheureux et des pauvres d’esprit.

Une stalle du chœur était réservée au Dauphin et se distinguait des autres par un dais terminé en couronne ; deux cariatides fémi- nines, au buste nu, ornaient ses accotoirs.

Sur la chaire, sculptée par Germain Pilon en 1588, d’autres

Fi^. 7'J.

1. Millin, loc. cil., t. p. I.jT

i/aUT I*1M»FANK a l/ÉflMSl-:

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cariatides, supportant la corniche, encadndent latciralement trois beaux bas-reliefs. Pour Millin, ces statuettes tig'uraient non pas des ang’es, mais « des femmes ailées, dont la g'orge est nue et bien marquée ». Le tableau du milieu était consacré à saint Paul, prê- chant au peuple. Le premier ran^ des auditeurs est occupé par quatre femmes, dont Lune a la poitrine découverte (tig-. 79). Sur un autre bas-relief, Jésus, au puits de Jacob, s'entretient et tlirte « galamment » avec la Samaritaine.

Le baron de Guilhermy a décrit et reproduit, dans les Annales cV archéologie ^ un curieux pilastre qui faisait partie de la décoration d’une chapelle de cette église, Philippe de Comines avait son tombeau. Ce pilastre, qui orne actuellement la cour des Beaux- Arts, retrace « les triomphes de l’Amour sur la frag’ilité humaine ». Nous y voyons Adam et Eve ; Hercule, nu, se consumant sur un brasier, au mont Ætha; Aristote scellé et Virgile en corbeille, sous le joug des courtisanes. Cupidon paraît dans sa gloire, sur un autel il reçoit les hommages des hommes et des femmes qui recon- naissent

Qu’amors vainc tout et tout vaincra Tant com cis siècles durera.

s

Saint-Hilaire L Saint-Honoré ^

Église des Innocents. Dès le xiii*' siècle, à l'angle de la rue Saint-Denis et de la rue aux Fers, une fontaine, dite des Innocents, était appuyée contre 1 église de même nom. \ers lôàO, cette fontaine

1. De Saint-Foix raconte qiren 1513, cette église fut « profanée et ensanglantée » par deux peintres, au sujet d’une cjuerelle d’art. Ils en vinrent aux mains a propos d’un tableau (jui représentait Adam et Fve dans le paradis terrestre.

« L'enfant, disoit l’un, quand il est sorti du corps de la mère, y reste encore attaché par un assemblag'e de vaisseaux que 1 on coupe et qu on noue le plus près du ^ entre (ju’il est possible ; et c’est ce <}ui fait ce truu qu’on appelle le nombril . or, Adam et Eve n’avant point eu de mère, il faut être aussi sot que vous 1 êtes, pour les a\oir repi'ésentès avec un nombril... » La criti({ue était juste et plutôt hilare étant donné le vocable du milieu qu’injurieuse et dramatique.

2. Moiislier-Sainl-IIoiinoiiré-aiis-j)orciaiis, supprimé en D40. - Le jour des luné- railles du cardinal Dubois, pour\oyeur des menus-plaisirs du Uègent, on attacha a la grille de l’église cette méchante épitaphe :

Home rougit d’avoir rougi Le maquereau (jui g'ît ici.

L’ami de Mme de Tencin, ex-chanoinesse aux Jacobines de Montargis, eut d’ailleurs une mauvaise presse et fut assaisonné non seulement à la maître d hôtel, mais sur-

s !•: I N i:

11

fut reconslriiitej par Pierre Lescot, abbé de Cluny,

et Jean Goujon,

Fig-. 80.

Fig^ 81.

et consacrée aux « Nymphes des fontaines » (Fontium nymphis). En 178t), Téglise et son charnier ayant été supprimés pour Pétablis-

toiit à la sauce piquante. Dans Tordre iconographique, faut-il rappeler à son sujet cette estampe Innocent XIII, en cuisinier, fricassait à la poêle un maquereau pour le métamorphoser en rouget? La plus osée de ces satires graphiques représen- tait Emilie, célèbre danseuse de TOpéra, assise sous un dais, les jupes relevées et (( se trouvant dans une crise à laquelle son sexe est périodiquement sujet ». L’abbé s’agenouillait à scs pieds et présentait sa calotte, dont la teinte noire devenait rouge. On lisait au-dessus du trône cette inscription latine : Ex vulcn ruhescil. Et dans les carrefours on célébrait cette promotion par des couplets cinglants, sur Tair des Mirlitons :

Qui t’a fait cette teinture ?

Dit à Dubois Isabeau ;

Dis-moi donc, je te conjure,

Qui t’a rougi ton chapeau "?

C'est le Mirliton, etc.

Cette petite collégiale qui a laissé son nom à Tune des rues les plus importantes de Paris, comme le rappelle de Ciuilhcrmv, avait une enceinte i)articulièrc devenue un passage public api)clé le Cloître. « Une maison de débauche souillait il n'v a pas longtemps, les derniers débris de l'église; elle s’était logée entre les murs d’iiiie chapelle, ([ui avait servi de sépulture au cardinal Dubois ». Croisez et Multipliez '

7S

i/Airr I* iu> i-’A i: a i/i:(;msi:

semeiit du marché aux llerl)es, la fontaiiie se dressa au milieu de ce marché. Pajou restitua les (jiiatre nymphes élancées des pilastres, popularisées par la gravure, et dont une seule avait le torse nu, comme rime des Grâces de rurne funéraire de Henri II. (Juant aux bas-reliefs de Jean Goujon, aujourd’hui au Louvre, ils représentaient la Seine et la Marne opérant leurs jonctions et des Nymphes voguant sur des coquilles traînées par des monstres marins. Ges ligures, toutes privées de voiles, en mitoyenneté avec une église, devaient blesser bien des regards tartulLiens (fig. 80, 81). Dans le charnier se trouvait une tombe « merveilleuse » mirahilem tomham^ d'une (( dame de Paris », dont Pierre de Limoges vante la dévotion et qui, <( par un singulier scrupule d’humilité, s’était fait peintre entiè- rement nue sur sa pierre funèbre », avec une inscription dont il cite ces deux vers :

Propler peccaia mea sic oro spoliala;

Sicque fui nala, sic siirgerc nuda parata.

Une épigramme vise un cas analogue attribué à l’avarice :

Par testament, dame Denise,

Quoiqu’elle possédât un ample revenu,

Ordonna que son corps fut inhumé tout nu.

Pour épargner une chemise.

Nous avons décrit, à Notre-Dame, l’eftigie de la cent, que l’on découvrait au peuple à la Toussaint

M ort-Sain t-In no- (lîg. 28).

CouVGnt des Jacobins L Un vitrail y célébrait la victoire de saint Thomas d’Aquin sur la chair et la luxure. Ce saint « pour- suivait avec un tison ardent une femme mi-vetue, pleine d attraits », que ses frères avaient introduite dans sa chambre.

Sur plusieurs stalles du chœur étaient sculptées des figures grotesques, dont quelques-unes inconvenantes et nullement allégo- riques ; elles exprimaient crûment ce qii elles voulaient dire.

Saint-Jacques du Haut-Pas. Chapelle de Saint-Pierre. Nous y trouvons une toile du xvié' siècle, la Charité allaite un bahy, tandis que deux autres jouent à ses pieds: sujet aussi banal que

rebattu.

1. De la me Saiut-Jac([ues ou couvent des Dominicains.

s E 1 N K

79

Cluinir. 'rahleaii, si^né Boiiselier: Philippe baptise l’Eu-

nuque de la reine de Candace, sur le chemin de Jérusalem a (raza. Bar sa position ag'oiiouillée, 1 eiiniic|ue semble seiroicei de cacliei

ce dont il a été privé.

Saint-Jacques la Boucherie b Un l)as-relief^ en maibre (ti". 82), placé aujourd’hui dans le collatéral nord de 1 ég'lise abba-

Fij»-. 8:2. D’après Didron.

tiale de Saint-Denis, près du mausolée de Louis XII, provient de Saint-Jacques la Boucherie et matérialise V Assomption. La Vierg-e a, pour tout vêtement, une écharpe transparente qui vole au vent. Elle est entourée de quatre anges musiciens ; mais eux sont dé- cemment habillés.

Le comte de Montalembert n’accepte pas cette interprétation et

1. Jean Fernel, médecin de Callicrinc de Médicis, fut inhumé dans celte éfi^lise. Un vitrail de la cathédrale de Beauvais représente saint Luc, le jiatron des méde- cins et tles apothicaires, sous ses traits. Nous savons qu’il j:;uérit la reine de sa sté- rilité, après neuf ans de mariage ; mais elle rattrapa le temps perdu et eut consécu- tivement cin([ garçons et cinq lilles, dont cha(}ue naissance rapportait dix mille écus à Fernel. Il ne fut pas seulement un bon médecin, mais aussi le modèle des maris : il ne survécut fjue quelques semaines à la mort de sa femme. Comme on ne meurt pas d’amour à moins qu’on ne se suicide, en l’espèce, cette lin ne serait pas impos- sible — il peut y avoir, comme le suppose le D‘ C.abaués, une simple coïncidence et (iuy Patin, <pii critique la faiblesse de sou confrère, en serait pour ses frais d’élo(juence.

80

i/Airr l'Hoi'ANi-: a i/é^msi:

propose (le voir dans ce tableau marmoréen V Ascension de Marie- Madeleine^ morte à la Sainte-Baume, en Provence. Mais Didron admet notre façon de voir, et la représentation de la mort de la Vierge Marie, sur la partie inférieure du bas-relief, confirme tout k fait cette opinion.

L’auteur des Essais historiques sur Paris va encore nous fournir un document précieux :

En 1448, un certain Charles de Tarenne et ses freres cédèrent à la Fabrique de Saint-Jacques la Boucherie un tapis de laine appelé le Dieu d' Amour, k plusieurs personnages, pour en jouir eux et leurs successeurs, au profit de ladite Fabrique. On exposoit dans les grandes Fêtes, à la vue des Fideles, ce tapis profane. Nos Eglises, même aujourd’hui, sont quelquefois ornées de tapisseries dont les sujets ne sont pas plus chrétiens.

Saint- Jean-Baptiste de Belleville. Dans une grande machine moderne, sans valeur artistique: Jésus retirant Adam et Eve des limbes^ la première femme s’efforce de cacher ou de soutenir ses mamelles k Faide de ses bras croisés, le premier corset improvisé.

Église des Jésuites. Ces RR. PP., en l’année 1653, y expo- sèrent V Enigme infâme^ u l’on voyait toutes les divinités du paganisme, Jupiter,, Vénus ^ Cupidon, etc., en costume olympien, k coté de Jésus, de la Vierge et des Saints. »

Saint-Joseph. Chapelle des Fonts-baptismaux. Un tableau sur cuivre, du xviF siècle, représente Hérodiade tenant la tète de saint Jean-Baptiste ; la mère de Salomé a la gorge et les bras nus; voilk une toile dont l’accès serait interdit dans la pudique Amérique E

1. On sait ({ue le Conseil d’administration du Metropolitan Opéra de New-'\ ork vient d’apposer son veto à la représentation de la Sulonié, de Richard Strauss. Cette o'uvre lyrique nous a été donnée au Châtelet, et, certes, elle n avait rien de choquant, saut' le costume trop collet monté d’IIérodiade. Quant à sa fille, on ne voyait même pas la peau de ses épaules; et la danseuse, substituée à la cantatrice, était la moins lascive de notre corps de ballet. Elle n’en taisait pas partie d ailleurs.

Plus puritaines encore, les autorités de '\^\’^ilmington (Delaware), le lendemain de la première représentation de r(cuvre « immorale », ont ordonné 1 arrestation du directeur, du régisseur de l’Opéra et aussi de miss Annie Gordon (Salomé), ainsi que de miss Hélène Yeamons, qui tenait le meme rôle pour la partie dansée. Et 1 oncle Sam se dit libre ! Ceci se passait non au temps des capucinades, mais au \x® siècle, le 2:2 mai 1 1)1)7.

s Ê l N E

81

Saint-Laurent. Le long de la corniclie court, au milieu d ara- besejues et de branchages feuillus, une multitude de petits animaux fantastiques. On discerne au milieu d eux un gamin indiscipliné qui présente la partie la plus charnue de son individu a un vieux péda- gogue armé d’un énorme martinet L Ce magister est le symbole frappant de la Grammaire^ représentée un fouet de la main droite, et souvent, dans la gauche, un scalpel pour couper le lilet des en- fants. Cette allégorie réaliste nous remet en mémoire la méthode singulière employée par le cardinal Fleury à l’égard de Louis XV , quand il ne savait pas ses leçons : il faisait fouetter jusqu’au sang un petit rustre remplaçant son élève en vivante elLigie.

Saint-Leu et Saint-Gilles Au milieu d’un médaillon de vitrail, Salomé, le buste nu, se livrait à la danse en présence d’IIérode. Cette scène chorégraphique est souvent reproduite sur les édifices religieux de la Normandie, sans doute les baladines dansaient sur les mains, car la fille d’IIérodiade paraît habituelle- ment dans cette posture.

Une peinture sur verre du xv® siècle, reproduite par Lenoir et représentant YAnnonciation'\ était placée au-dessus de la porte de la sacristie. La Vierge lit ses Heures en présence de Gabriel, qui vient tenir la chandelle de cire et lui annoncer sa conception, non par le cygne, comme pour Léda, mais par le pigeon, du bec duquel émane un rayon « pyramidal », comme le miracle. Ce rayon va droit à Loreille de Marie, pour y déposer un embryon de Jésuculus, déjà muni de sa croix. Cette naïve enluminure est l’interprétation de la Première joie du cantique des Cinq joies de la Vierrje, de l’arche- vêque de Cantorbéry, Thomas Becket :

Gaude, Virqo, mater Chrisli,

Quæ per aurem concepisti.

Gahriele nuntio^

Ave Maria ! ^

1. Et cependant saint Bernard considère les pasteurs, les éducateurs de l’esprit, comme autant de mères charitables des âmes ({u’ils dirig^ent : « Ils doivent, écrit-il,^ tendre la mamelle, pour les nourrir, plutôt que la main, pour les frapper ; leur sein* ajoute-t-il, doit plulôt s’enflcr de lait (jne de colère ».

2. Dépendant du monastère de Saint-Magloire. On n’y recevait que les lîlles dû- ment dissolues et après avoir été visitées j)ar des matrones.

3. \ . notre Ohslétrifiue dans les hemix-nrls.

t. La seconde joie est d’accoucher sans douleur :

i.’art puofane. I.

ü

82

i/aHT PROFAM-: A l’ÉOLISIO

Sitôt qu’eut parlé Gabriel,

La Vierge conçut l’Eternel, Par une divine merveille. L’Archange ainsi le lui prédit, Et de peut-être a-t-on dit : Faire des enfans par l’oreille.

Ainsi s’exprime l’ingénue Agnès en présence du Seigneur de la Souche.

Une verrière, dont le sujet est analogue à celui que nous venons de décrire, existe au Musée de Glunv.

Abbaye de LongchampE

Gaucle, quia Deo plena Peperisti, sine pœna,

Gum pudoris lilio;

Ave Maria !

1. Ce monastère fut fondé en 1260 par la pieuse Isabelle, sœur de saint Louis dont la sépulture produisit, comme toujours, des miracles qui, aidés de belles fêtes en musique, attiraient, chaque année, durant la semaine sainte, une foule con* sidérable. Il était de mode et de bon ton d'assister aux Ténèbres de l’Abbaye, y Hippique de nos jours. En 1727, raconte Laffitte, une chanteuse de l’Opéra, Mlle Le Maure, s’y retira et tout Paris courut l’entendre chanter les offices du Ven- dredi saint; la vogue continua pendant plusieurs années avec d’autres cantatrices de théâtre, Mlle Fel, par exemple. « On tomba dans l’exagération, et les Ténèbres de Lonchamp étant devenus un véritable spectacle, l’archevêque de Paris fit fermer la chapelle ».

Ainsi le pieux usage des concerts spirituels produisit de vrais pèlerinages mon- dains, et peu à peu la promenade de Longchamp, le vendredi saint, devint une brillante exposition printanière de modes féminines.

Au xviiie siècle, cette abbaye était, tout à la fois, un couvent cloîtré de l’Ordre de Saint-François, une maison de retraite ouverte aux vieilles repenties comme aux jeunes pécheresses, enfin « un pensionnat discret pour les témoignages vivants d’unions passagères ou coupables ». Parmi les dames pensionnaires, en février 1768, nous relevons le nom de Mlle Le Chat de La Chevalerie, dix-huit ans, créole, atteinte de « vapeurs hystériques ». Pour en prévenir les accès, elle prend des bains de lait et couche toutes les nuits avec la demoiselle Aber, « qui a soin de la réveiller, quand elle s'aperçoit qu’elle fait des rêves affligeants ». Au début, la règle obligeait les religieuses à coucher au dortoir ; de son lit, l’abbesse devait voir tous les autres^ lits (( sans aucun obstacle ». Plus tard, chaque religieuse eut sa chambre. Cf. I\oles secrètes sur V Abhnïe de Lonqchamp, en /75<9, et G. Duchesne, llist. de l Abbaye royale de Longchamp, de 1255 à 1789 (1906).

Autre pensionnaire : Mlle Daugon, nièce de ce Printems qui, de soldat, devint peu à peu un charlatan célèbre, opérant des cures comme notre zouave Jacob. C est du même Printems dont il est question dans les Mémoires secrets, au sujet d une grossesse de la Reine :

18 décembre 1778. En attendant que la reine accouche, on s'entretient de son accoucheur Vermont, qu’on est toujours fâché de voir chargé de cet emploi.

On assure que S. M., pour s’amuser, a envoyé chez un charlatan, nommé Printems, qui, par les urines, prétend reconnoître si une femme grosse aura un garçon ou une fdle. On lui a caché

SEINE

83

Saint-Louis des Invalides. Au fond de la cour d’honneur de 1 Ilotel des Invalides, s’ouvre le portail de l’ég'lise consacrée sous 1 invocation de saint Louis. Au-dessus de ce chef-d’œuvre, d’ordre composite, le fronton est occupé, d’un côté de l’horloge, par le

Fig;. 83.

Temps, et, de l’autre, par une femme entourée d’angelots et mon- trant sa poitrine nue (fig. 83).

Au sanctuaire du Dôme, parmi les figures allégoriques, la Charité avec ses riches mamelles, toujours pleines d un lait généreux.

quelle était la personne qui le consultait. Après son examen, il a répondu que ce seroit un male ; alors on lui a déclaré qu’il auroit le Gordon Noir s'il avoit pronostiqué juste.

Cet ordre était de circonstance pour un accouchement.

Mais revenons à nos pensionnaires et continuons la présentation. Voici Mlle I iè<^c dix-neuf ans, fille d un apothicaire, qui, pendant dix-huit mois, autorisa un jeune peintre, Descan, a installer son atelier dans sa cellule.

Cet e.mule de hilippo Lippi peignit tous les jolis minois du couvent et tourna la tete a bon nombre de ces recluses pour rire.

Terminons par une pécheresse de marque, la reine Margot, à laciuelle Henri IV apres son divorce, ht don du château de Madrid et qui venait à l’abbaye de Lon- champ, voisine, demander l’absolution de ses coups de canif au contrat conjuo-a'i « Ah ! s’eerie 1 auteur d’f/n coin de Paris, elle dut faire subir à son aumùinersatt ^ inccnt de I aul, de bien cruelles épreuves. On possède de lui une lettre virulente ou, pour soulager son cœur, il flétrit avec indignation la dépravation des habitants

dupe. A -

l’art profane a l’église

Saint-Louis en l’Ile. La porte de cette église

Fig. 84. Fac-similé d'un iv^oire sculpté, d’une époque reculée. Reproduite par Rigollot, dans son Ilist. des Arts du dessin'^.

Paris, que vers 1737,

rue St-Louis- en-l’Ile, 21, est agrémentée d’un fronton deux amours païens, en costume de l'emploi, tiennent une guirlande de feuillage, dans le goût du XVI siècle.

Madelonnettes L

Sainte-Marguerite. Der- rière l'autel, les débris du tombeau d’Antoine Favet,dont l'efTigie a disparu. Il ne reste que la table de marbre noir sur laquelle la statue du person- nage était couchée et qui est supportée par quatre anges de marbre blanc, agenouillés. M. deGuilhermv raconte, dans son Itinéraire archéologique de

ce monument fut enterré dans le sol du chœur, à cause de la nudité des anges »

1. Situées rue des Fontaines; elles servaient d'asile aux prostituées repentantes. Les plus ferventes étaient admises à prononcer leurs vœux; celles dont la vocation était moins assurée restaient dans la maison sous le nom de sœurs de Sainte-Marthe . les autres repenties vivaient chrétiennement au dehors. Anne d’Autriche, une quasi Madeleine couronnée, assista à la première messe célébrée dans l’église de cette communauté, le 22 mars 1648.

De maison de refuge, le couvent des Madelonnettes devint une maison de correc- tion, où les mères faisaient enfermer leurs filles qui se conduisaient mal. A partir de 98, le couvent servit de prison, puis il fut démoli en 18GG, lors du percement de la

rue Turbigo.

2. Que peut contenir le verre de l’apôtre ? Du sang de 1 hemorroisse

3. Le Journnl de Barbier, i\ la date de juin 1723, rapporte un miracle qui se serait passé dans cette église, la guérison d’une métrorragie prolongée : « Dans le faubourg Saint-Antoine, paroisse de Sainte-Marguerite, il y a la femme d’un ébéniste, âgee de quaranque-cinq ans, laquelle étoit paralytique, ne pouvant même marcher dans sa chambre. Elle étoit incommodée depuis longtemps et elle avoit, par-dessus le

ché une perte de sang qui lui duroit depuis sept ans. Cette femme a\oit la foi a l’Evangile et une véritable, comme on va voir. Elle avoit envie depuis longtemps de SC faire porter dans la rue, le jour de la grande Fête-Dieu, et de se prosterner devant le Saint-Sacrement pour lui demander sa guérison ; elle avoit communique son des-

SEINE

85

Sainte-Marie des Batignolles. Une mesquine toile de Jean Courbe, dont personne ne conteste Tinfériorité, montre les Ames sauvées du purgatoire^ sous 1 aspect d hommes et de femmes en costume de réprouvés, qui mijotent à petit feu dans leur jus, atten- dant l’heure de la délivrance. Reg'ardons et passons.

Sainte-Marie l’Égyptienne. Cette églisette, démolie en 1792, a donné son nom à la rue de la Jussienne, par corruption. Un vitrail rappelait encore la façon dont Marie TEgyptienne paya le prix de son passage pour se rendre à Jérusalem. Elle répondit aux mari- niers qui réclamaient leur dû: Non habeOy fratres^ aliud naulum, sed pro naulo corpus haheatis meiim... Sicque sumpserunt me et corpus meum nanti gratia habuerunt.

sein à son confesseur. Le prêtre, qui n’avoit pas tant de foi qu'elle, l’en avoit détour- née. Enfin, sans rien dire davantag^e, elle s’est fait descendre à la porte, et lorsque le dais a été près d’elle, elle s’est jetée par terre, elle s’est traînée de force sur ses mains jusque sous le dais, en disant tout haut les paroles du paralytique de l’Evan- gile : « Seigneur, tu peux me guérir si tu le veux ». Gela a causé de l’émotion ; on lui avoit même un peu déchiré ses habits pour la retenir, croyant que c’étoit une femme folle, mais elle s’est relevée sur-le-champ, et à la vue de tout le monde, elle a suivi la procession et conduit le Saint-Sacrement à l’église comme les autres. » C’est le pendant de « l’hémorroïsse » dont les bourrelets, fluants depuis douze ans, disparurent dès qu’elle eut touché la tunique de .lésus à Génésareth (fig. 84). Ici, le flux de sang a changé de source, sinon de région.

Pour ce miracle du faubourg Saint-Antoine, l’autorité ecclésiastique dressa un pro- cès-verbal de la guérison miraculeuse, et le plus curieux, c’est que, parmi les témoins, ligure Voltaire, amusé d’ailleurs et sceptique, ainsi qu’on peut le voir par sa lettre du 20 août 1725 à la présidente de Bernières : « Au reste, ne croyez pas que je me borne à faire jouer des tragédies ou des comédies. Je sers Dieu et le diable assez passablement. J’ai dans le monde un petit vernis de dévotion que le miracle du fau- bourg Saint-Antoine m’a donné. La femme au miracle est venue ce matin dans ma chambre. Le cardinal de Noaillcs a fait un beau mandement à l’occasion du miracle, et, pour comble d’honneur ou de ridicule, je suis cité dans ce mandement. On m’a invité en cérémonie à assister au Te Deum qui sera chanté à Notre-Dame en actions de grâce de la guérison de madame La Fosse. M. l’abbé Couet, grand vicaire de Son Eminence, m’a envoyé aujourd’hui le mandement. Je lui ai envoyé une Marianne avec ces petits vers ci :

Vous m’envoyez un mandement,

Recevez une tragédie.

Afin que mutuellement

Nous nous donnions la comédie. »

Mais, nous nous demandons comment les apôtres et les « témoins » ont constaté la guérison de ces cas spéciaux : est-ce après examen de visu ou de tactu ? Parbleu ! S’il se fût agi du défiant saint Thomas, il n’eût pas hésité à fourrer le doigt dans la plaie ; mais Jésus? mais Voltaire? Cruelle énigme ! N’est-il pas plus logique de pen- ser qu’il s’est produit dans ces deux cas similaires ce qui se voit chaque jour, sans intervention divine ni médicale, un arrêt momentané ou définitif du flux hémor- rhoïdaire ou utérin ?

86

f/art profank a

L laW.lSK

Sur le vitrail qui fut enlevé en 1660, par ordre de la police, à la demande du curé de Saint- Eustache, on voyait un seul ba- telier^ devant qui la future sainte se tenait troussée jusqu’aux ge- noux et, en bas, cette inscription : COMMENT LA SAINTE OFFRIT SON BEAU CORPS AU BATELIER POUR PAYER SON PASSAGE. C’est la répétition du vitrail et de la légende de Saint- Germain l’Auxerrois.

D’après M. de Rochegude, « les jeunes filles qui craignaient d’être enceintes venaient y prier. >>

Marie-Madeleine. Extérieur. Le Temple de la Gloire, imaginé par Napoléon^ transformé sous la Restauration en église, offre à ^ notre admiration le magnifique fronton de Le Maire (fig. 8o). C’est le Jugement dernier, sous une forme modernisée. A la droite du Christ se tiennent les élus, pro- tégés par VAiige des Miséricordes; VInnocence., soutenue par la Foi et V Espérance., devant la Charité la poitrine découverte son em- blème. A la gauche du Rédemp- teur, les pécheurs précipités dans les ténèbres éternelles par V Ange des Vengeances ; en tête, Marie- Madeleine, agenouillée et toujours larmoyante, le torse nu.

Une centaine d’anges ou de gracieux cupidons ornent la frise, parée de guirlandes fleuries. Ne

s K 1 N E

87

sont-ils pas de circonstance sur un édifice consacré à la pécheresse de Magdala ?

Sous les colonnades latérales, de pauvres statues sans expression de sainte Agnès, par Duseigneur, et de sainte Agathe, de Dantan jeune, sévèrement drapées, ne rappellent en rien le genre de leur

Fig-. 86. Non Occides.

martyre et pourraient servir de passe-partout à la représentation de n’importe quelle nimbée : conceptions précieuses d’ailleurs pour l’art industriel.

Les magnifiques portes de bronze, malheureusement inachevées, ciselées par Triqueti (1841), ont quatre fois la surface des fameuses portes du baptistère de Florence et deux fois celle de la porte de Saint-Pierre de Rome. Les sculptures figurent les dix commande- ments de Dieu, par l’interprétation de divers sujets de l’Ecriture. L’imposte contient les deux premiers commandements : (Tu n’auras pas d’autre Dieu devant moi. Tu ne prendras pas en vain le nom du Seigneur, ton Dieu.)

Le Ytinltiil g’auclie nous olfrc, de Innit en bas, les lal^leaux sui vanls :

Troisième commandement : (Souviens-toi de sanctifier le jour du sabbat.) Une femme et un homme, absolument nus, observent le repos du septième jour, étendus cote à cote sur le sol.

Quatrième commandement ! Qlonore ton père et ta mère pour cjue tu vives long’temps sur la terre.) îsoé maudit Gbam c|ui a re-

Fig. 87. D’après la photographie de M. E. Alget

g’ardé ce que la Genèse appelle « la honte de son père », laquelle « honte » est d'ailleurs invisible sur ce tableau de bronze.

Ginquième commandement : (^lu ne tueras pas.) Deux femmes nues, la mère et l’épouse, celle-ci serrant deux enfants sur son sein, sont agenouillées auprès du cadavre d’Abel (fig. 86).

seim:

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Sixième commandement l (lu ne commettras point dadultèie. \oii nisocluibcris Nathan dénonce le crime de David et deBethsabée, assis run près de l autre, le torse nu, et montre le châtiment . le ca- davre de leur enfant. {Dixit <iuicjn IVütJiRii ad Dâvid . tu es illc vir qui fecisti hstnc rein.^ Un second tableau forme 1 arrière-plan de la composition et interprète le début du discours de Nathan : (11 y avait deux hommes dans une ville, dont Tun était riche et dont 1 autre était pauvre, etc.) On y voit une pauvresse, le buste dévêtu, portant son rejeton sur une épaule à la façon des Egyptiennes (fig. 87).

Vantail de droite. Septième commandement : (Tu ne déroberas point.) A Tavant-scène sont agenouillés un homme et une femme dépourvus de tout vêtement. C’est la légende d’Acham, lapidé « parce quTl a dérobé quelque chose de l’anathème.

Huitième commandement : (Tu ne porteras point de faux témoi- gnage contre ton prochain.) Incident de Suzanne faussement ac- cusée par les vieillards libidineux. Tous les personnages de ce tableau sont chastement vêtus.

Neuvième commandement : (Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain.) Texte à ressorts élastiques qui autorisait l’artiste à faire jaillir de son ciseau une page à la Fragonard, mais il s’y est refusé et s’est contenté de coucher dans le même lit un couple illé- gitime, fort pudiquement drapé. 11 s’agit d’Abimélech, qui a enlevé Sarah, la croyant sœur et non épouse d’ Abraham b

Dixième commandement : (Tu ne désireras ni son champ, ni sa maison, ni rien qui lui appartienne.) Au premier plan, Naboth nu se tord dans les convulsions de l’agonie.

Jézabel, d'après le conseil d’Achab, pour posséder son champ, a fait condamner Naboth à être lapidé, sur la déposition de faux témoins. Les chiens se repaissent des chairs pantelantes du cadavre ; ils s’apprêtent ensuite à poursuivre et à « lécher le sang » delà mère d’Athalie, « que des chiens dévorants se disputaient entre eux ».

Au second plan, scène épisodique de remplissage : une mère, accroupie sur le sol, tient deux enfants dans son giron et laisse voir sa mamelle droite.

Intérieur. Du portail, passons au maître autel. « Ce sont, dit

1. Au lieu de punir Abraham, l’éternel Père coupe-toujours inflif^ea à l’épouse et aux servantes pour tout faire d’Abimelec un châtiment vaginal : il leur sutura l’em- pire du milieu, <( occlusit vulvas », dit la Genèse XX.

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i/aht prokanh a i/éo i.isi:

l’ahhé Pochon, des ‘ruirlaudes de fleurs et de fruits se nouant à des têtes de béliers », comme sur la labié antique des sacrilices. Mais, d’après cet auteur, la foi chrétienne n'a pas lieu de s’olfenser d’une

telle décoration: en restant dans la note de l’édilice païen, le ciseau de l’artiste a traduit, k la fois, et un symbole et cette pensée vraie, qu’exalte, aux jours des solennités eucharistiques, en langage du paganisme, le chant liturgique de l’Eglise :

Novum Pasca, Novæ Lecjis Phase Velus terminât. »

L’autel est couronné en guise de rétable, et décoré d’un groupe, en marbre, de grandes proportions, qui représente, non V Assomption^ mais le Ravissement de sainte Marie Madeleine^ au moment où, dans une extase divine, la pénitente se croyait enlevée par les ang-es, du haut du mont Pilon. Contrairement k son accoutrement

O 7

traditionnel, consistant en une riche toison d’or, elle est entièrement drapée, ainsi que les trois séraphins qui l’enlèvent.

A la voûte hémisphérique de l’abside se développe V Histoire du Christianisme, depuis l’infâme Constantin. On y reconnaît avec étonnement Frédéric Barberousse excommunié par Alexandre III ; le tragediànte Napoléon, peu tendre pour Pie VII qu’il traita de comediànte ; Henri IV, le renégat vert galant, et jusqu’au Juif errant! Dans cette vaste machine qui remplaça V Assomption de la sainte, que Paul Delaroche voulait peindre, la blonde Madeleine* apparaît d’abord, pieusement agenouillée k la droite du Christ; puis on la voit portée sur un nuage au-dessous duquel trois anges élèvent un cartel, avec cette inscription : dilexit mvltvm (Elle a beaucoup aimé). Madeleine est revêtue des belles draperies des élus.

Tympcan de la troisième chapelle, côté droit : Sainte Marie Made- leine, visitée par les anges, tableau d’Abel de Pujol. La sœur de Lazare, représentée presque nue, est k demi couchée au lond de sa thébaïde de la Sainte-Baume.

Terminons par une peinture, 1 Annonciation , dans une église gothique, qui provenait de la Madeleine et ligura k 1 Exposition des Primitifs français, en 1904 : Sabaoth envoie vers l’oreille de la Vierge, k genoux, un rayon qui contient un fœtus. L érudit D' Bou-

1. En hébreu, ce niot signifie blond.

s K I N ! ■:

01

^on oxpli(|iie sul)ülement ce mode de conception^ « par le messag*e de Tang'e Gabriel, qui s'adressa à la Vierge, en lui parlant, sans avoir d’autres rapports avec elle. »

Sainte-Marine. On y voyait la statue singulière d’un moine, assis, jouant le rôle d’un père nourricier qui tenait dans ses bras un enfant au maillot. Cette figure se rapportait directe- ment à la légende de sainte Marine. On sait que celle- ci, ne voulant pas se séparer de son père, un Grec con- verti, entra sous des habits d’homme dans le même mo- nastère que lui, et prit le nom de frère Marin. Après la mort de son père, le seul dépositaire de son secret, elle fut accusée par la fille d’un gentilhomme qui avait failli et lui attribuait l’enfant qu'elle mit au monde. Plain- te fut portée à Pabbé, qui la chassa du couvent. Pendant trois ans, elle resta à la porte du monastère avec l’enfant, vivant tous deux de la charité publique. Après sa mort, les frères du cou- vent reconnurent son véri- table sexeb

Mathurins. Cette église s’élevait autrefois dans la section des Thermes de Julien. Plusieurs sculptures de ses crédences étaient pittoresques (fig. 88-93). Une femme (N« 2), Mme Putiphar peut-

\. Si nous en croyons le narre de Saint-Poix, c est dans cette église cju'on mariait, de gré ou de force, les couples pris en fla^^rant délit d’amours illicites, ainsi que les fdles mères à qui l’on passait au doigt une alliance de paille.

i/art phofank a l’égi.isf

09 «/ ^

eire, fait violence à un Joseph complètement dévêtu. L’enfant nu, sur un ane (N» 3), pourrait représenter symboliquement LAinour et son pouvoir de rendre imbéciles ceux qu il tient sous son empire. Le vieillard du 4 arrose un morceau de viande k la broche, dont un g-amin, caché sous la table, goûte la sauce. Détail de mœurs moins jovial que le suivant, décrit par Millin, qui s’étonne de le rencontrer dans le lieu saint: « Un fabricant de parchemin k qui le diable montre le c...^ »

Un tableau réaliste exposait les divers supplices que les Africains faisaient subir aux chrétiens; l’un d’eux est suspendu « tout nud, écrit encore Millin, sur de larges crochets de fer, attachés au mur d’une prison, qui lui entrent de toutes parts dans le corps. »

Saint-Médard Rien d’intéressant pour nous dans ce monu- ment de la rue Moulfetard, sinon un vieux vitrail l’on voit sortir des Limbes, délivrés par Jésus, plusieurs personnages nus et dodus des deux sexes, précédés d’Adam et d’Eve.

Chapelle des Ménétriers ou Saint-Julien des Ménestriers.

Ancienne paroisse des Dieux et de la Danse, qui existait près des rues Rambuteau et Saint-Martin (hg. 94). Le portail était

1. Ghampfleiiry, loc. cit.

2. A la porte de réalise, dans le square contigu se dresse une statue représen- tant une paysanne qui interrompt son pénible labeur pour allaiter son lieu, existait le cimetière, fameux par les miracles opérés sur le tombeau du diacre Paris, mort en 1730. Les excentricités et les momeries des convulsionnaires devinrent indécentes et cruelles ; dans leurs réunions, au dire d'un ecclésiastique documenté, on alliait ce que la religion a de plus sacré avec ce que la débauche a de plus grossier. « Les filles et les femmes, écrit Henri Martin, excellaient surtout à faire des gambades, des cul- butes et des jeux de souplesse ». Celle-ci, après s’ôtre attaché les jupes restait les pieds en haut et la tète en bas ; celle-là, se couchait sur le dos et étendait sur son ventre une planche se plaçaient « plus de vingt hommes », ce qui nous parait diilicilc. Les unes s’élançaient en l’air et retombaient sur le sol, sans s'occuper du désordre de leurs vêtements ; à d’autres « ayant le sein couvert, on tordait les ma- melles avec des pinces, jusqu’au point de fausser les branches », telle cette pr(»tes- tante de la secte méthodiste, citée par Hecquet, qui, dans son délire religieux, se coupa le nez, les oreilles et les mamelles, pour se préserver de la perditi(*n. C’est dans le même but que le bigot duc de Mazarin voulait laire arracher toutes les dents aux petites nièces du cardinal de Mazarin, les lîlles d’IIorlensc de Mancini, son épouse. Cette folie de clownerie mystique dura deu.x années, après lesquelles l’archevêque Vintimillc du Luc se décida à faire fermer le cimetière de Saint-Médard. Un jansé- niste dépité ou un simple plaisant écrivit sur la porte le distique si souvent cité :

De par le roi, défense à Dieu De faire miracle en ce lieu.

s Kl N K

93

Fig‘. 94. D’après Millin.

décoré des fig-ures des deux patrons des Ménestriers, saint Julien le Pauvre et saint Genès, placées aux deux côtés du Seig*neur. Saint Genès tenait un violon, d’une main, et, de l’autre, un archet; c’était le patron en second, ancien mime romain, converti au chris- tianisme et martvrisé sous Dioclétien h

1. Le patron en chef, Julien ou le Cocu inui(j inaire, dut sa vocation à un

f

94

i/art profane a i/éoiose

Sur un corbeau de bois était sculpté VEnfer^ figuré par trois damnés (tig. 95), dont une impudique récalcitrante la « mar- mite » lui est pourtant familière qui tient à montrer sa nudité le plus bas possible.

Saint-Merry. Théodore Ghasseriau (1843) a traité, en cinq peintures murales, la vie de Marie l’Eg^yptienne. Son timide pinceau a né- cessairement ignoré l’incident scabreux de la passe contre passe, la fille d’Eve « livre son corps au batelier ». Même dans le désert, elle vivait en costume de Vénus, le peintre puritain la couvre du manteau de Zozime !

Autre sujet graveleux dans la même note grave : la vie de sainte Marie-Madeleine, encore une fille de joie repentie qui avait trop pris à la lettre le principe évangélique « Aimez-vous les uns les autres », figure au premier vitrail du côté gauche de la nef. On la voit ravie à la terre par des Anges qui « chaque jour l’emportaient au ciel », tandis qu’elle « en- tendait, des oreilles du corps, les concerts glorieux des légions célestes », comme le rapporte la Légende Dorée.

Restons dans l’atmosphère cantharidienne de la prostitution : à la seconde fenetre du coté droit de la nef brille le vitrail de la légende de la jeune vierge Sainte Agnès guiy mira- culeusement voilée de ses cheveux, est conduite au lupanar.

Enfin, à la troisième verrière, côté gauche du chœur, \ Attentat à la chasteté de Joseph, d’une composition ultra-chaste.

Le quartier, abondaient les femmes de mauvaise vie, se prê- tait à ces réminiscences folichonnes L

Fig. U5.

efîroyable forfait qui fut la conséquence d'une singulière méprise. Au retour d’un long voyage, rentrant chez lui, au milieu de la nuit, il trouve dans le lit conjugal une femme et un homme endormis; pensant à une infidélité de son épouse, il Mt rouge et jaune tout à la fois et massacra le malheureux couple. Mais il s’aperçut bientôt que ses victimes étaient son père et sa mère, recueillis par sa iemme pendant son absence. C'est pour expier son crime involontaire qn il se voua aux bonnes œuvres, ce qui, par la suite, lui valut d'être sanctifié.

1. En 1387, rapporte de Saint- Foix, le prévôt de Paris rendit une Ordonnance tpn

s E 1 N E

95

Abbaye de Montmartre ^

Saint-Nicolas des Champs. Extérieur. L’un des panneaux de la porte méridionale est charg’é de « feuillomes », dit Sauvai, se jouent des oiseaux et qui encadrent un buste de femme (lig. 96), dont les membres se terminent en gracieuses arabesques; cette fantaisie décorative est due au ciseau de Golo.

Intérieur. Chapelle Saint-Louis. Un tableau représente Louis IX et sa pieuse compagne sortant d’une église, ils pas-

chassait ces débauchées de la rue Brisemiche ou Baillehoc, à la requête du curé de Saint-Merry « et attendu l’indécence de leur domicile si près d'une Eglise et d un Chapitre ». Des bourg^eois de la paroisse s’opposèrent à l’exécution de cette ordon- nance. Le curé se vengea de l’un d’eux : il obtint que ce paroissien fît amende hono- rable, à la porte de l’église, pour avoir mangé de la chair le Vendredi.

De toutes les rues affectées aux femmes publiques, cette rue et la rue Tire-Boudin, anciennement Tire-V.., étaient les plus famées ou « femmées ». On raconte que Marie-Stuart, passant par cette dernière voie, en demanda le nom, ne pouvant le prononcer en présence d’une honnête femme, on substitua au nom obscène le mot de Boudin. Cette rue fut, plus tard, appelée rue Marie-Stuart, en souvenir de l’incident.

Une chanson, tirée du recueil Maurepas, reproduite par Pierre Pic dans scs joyeuses Heures libres et intitulée la Bulle de Clément XII, rappelle qu’on voulut amputer le nom de l’abbé de Margon, lequel s’appelait Guillaume Plantevit de la Pause :

Ou qu’au moins il (le pape) métamorphose Le Plantevit en Plantechose.

Le cardinal de Bonnechose, paraît-il, fit, dans son nom patronymique, proprio molu, « une substitution analogue ».

Un autre ecclésiastique, à nom équivoque, l’abbé Pucelle, conseiller au Parle- ment et que le roi exila de Paris, donna lieu à une autre chanson légère, consignée dans le Journal de Barbier.

Le roi pour plaire à Fleury Et à sa séquelle

Vient d’exiler de Paris Le zélé Pucelle.

Le peuple va murmurer Et les filles vont crier :

« Rendez-nous Pucelle !

O gué !

Rendez-nous Pucelle ! »

1. Au siège de Paris, en 1590, Henri IV établit sur la butte Montmartre son quartier général : avant de faire la conquête de la Ville, le A^ert Galant entreprit celle de l’abbesse du monastère voisin, la belle Marie de Beauvilliers. A sa pre- mière visite, il s’étonna que le nombre des directeurs fût moindre que celui des religieuses. « Vous avez raison. Sire, répondit l’abbesse, mais il faut bien quelques religieuses pour les survenants ».

Dans l’abbaye Montmartroise, une image de Jésus passait pour « rabonnir » les mauvais maris. On rapporte qu’une femme qui avait prié fut exaucée au delà de ses désirs : à peine eut-elle demandé l’heureuse amélioration de son mari, que celui- ci mourut. « Que la bonté du saint est grande, clama-t-elle 1 II me donne plus que je ne lui demande ! »

OG

i/art rrofank a i/kolisp:

saient la plus g“rancle partie de leur temps ; une mendiante, assise

sur les marches du porche, tend une main et, de Tautre, tient par la taille un garçonnet debout qui lui vide goulûment le sein droit.

Evohé ! L’autel de la cha- pelle, dite de T Agneau, à cause de celui qui sert de pied k la croix du tabernacle, provient de l’ancienne église de Saint- Benoît, changée en théâtre, puis en Glôserie des lilas, et était celui de saint Bacchus (Bacque), dont l’église célèbre la fête le 7 octobre.

Près de la sacristie, à la voûte d’une chapelle assez sombre, nous avons découvert une fresque fruste, qui ne tar- dera pas k disparaître complè- tement : une sainte auréolée, la Vierge ou l’Eglise, donne le sein k un agneau (fîg. 97). Depuis le jour le précurseur baptisa Jésus en le désignant k la foule : « Voici l’agneau de Dieu ! » Agnus Del qui tollit pcccata miimli^ le Christ a été représenté allégoriquement sous l’aspect de ce doux quadrupède. Quoi qu’il en soit, nous laissons à des hagiographes plus autorisés le soin d’expliquer cette gracieuse image.

Piganiol de la Force, parle de plusieurs marbres funéraires qui ont disparu, entre autres celui de Jean Martineau, mort en 1662, k l’âge de cinquante-deux ans. Son épitaphe se terminait par ces mots : Hune docti suuni de fient doetoreni, miisæ parentem^ virtutes alumnuni^ virgines denique prototypuni. (Les savants pleurent en lui leur

Fig. 96.

Fig. O:

SEINE

97

maître, les muses leur mère, les vertus leur nourrisson, enfin les VIERGES leur prototype.) Ce vieux Jean d Arc est bien dilFérent de la fille de Jephté qui, avant que son père l’immolât pour accomplir le vœu qu’il avait fait, lui demandait un répit de deux mois pour « aller sur les montagnes pleurer, avec ses jeunes amies, sa mort prochaine sans avoir perdu sa virginité. » (Les Juges, ch. ii, v. 3(i à 39). C’était chez les Israélites une marque de réprobation de mourir célibataire, quand on avait 1 âge du mariage *.

Saint-Nicolas du ChardonneL^. Chapelle des morts. Compo- sition banale, du xviii® siècle : les Ames du Purgatoire. Le peintre a placé au premier plan un couple de femmes et un couple d’hommes, vêtus de flammes. Il a voulu montrer, en traitant de même façon les deux sexes, qu’ils ne valent pas mieux l’un que l’autre et méritent les mêmes peines.

Au-dessous de cette moralité se déroulent, sur les frises de la chapelle, quatre bas-reliefs en plâtre, d’après les originaux en bronze de Jacques Sarrazin, qui décoraient le tombeau d’Henri de Bourbon Coudé, à l’église des Jésuites. Ils représentaient, selon les idées de Pétrarque, les triomphes de la Religion ou de V Eternité, du Temps, de la Gloire ou de la Renommée et de la Mort^. Arrêtons- nous à la représentation du quatrième bas-relief, celle qui a trait au Triomphe de la Mort; elle nous offre la camarde sur un char

1. Autrefois, le 6 décembre, fête de saint Nicolas, les enfants de chœur de Notre- Dame se rendaient à Saint-Nicolas des Champs pour y célébrer le patron des jeunes ^•■arçons. Chemin faisant, ils disaient des facéties et en faisaient aussi, si bien qu’en 1525, après les excès qui s’y commirent, cet usage fut remplacé par un salut, que le chapitre de Notre-Dame allait chanter à Saint-Nicolas des Champs.

D’autre part, Gilles Corrozet, dans ses Antiqiiilez de Paris^ raconte qu’en 1569 furent baptisés à cette paroisse quatre enfants d’un aide-maçon, nés vivants, avec un cinquième mort, et en 1570, le 21 juillet, deux enfants jumeaux « n’ayant qu’un corps, les pieds de l’un sous les aisselles de l’autre », monstre encore mis au monde par la femme d’un maçon.

2. Bd Saint-Germain, 39.

3. « Ce dernier morceau a ceci de particulièrement intéressant qu'il fut la der- nière œuvre de Jacques Saruazix, qui l’exécuta, disent les Mémoires de r Académie de peinture, mourant lui-même et en s’inspirant de ses propres soulfrances pour tra- duire son allégorie. Il se rapporte donc aux environs de l’année 1660, date de la mort de l’artiste. Voyez, pour la description de ces bas-reliefs, les Mémoires de l' Académie royale de peinture et de sculpture, tome I, page 124, et le Musée des Monuments français, de Lenoiu, tome V, page 87 >*. {Invenl. (jén. des richesses d'art de la France).

I. AUT PHOFANE.

I.

7

D8

l/Airr l'ROFAiNK A i/ÉGLISK

traîné par des taureaux furieux, écrasant aveuglement les humains,

enfants et vieillards, pontifes et rois ; telle Tullie écrasait jadis le corps de son père (li^. 1)8, 91)).

Transept. Côté droit. Cha- pelle de la Communion.

Dans une toile de l’école ita- lienne, le riche Job le pa- tron des jobards qui s’est dépouillé de ses biens et de

Fig. 98.

ses vêtements, croupit sur son fu- mier, où il prend un bain de purin, en présence de sa femme, accompagnée d’une servante.

Bas côté droit. Chapelle Saint- Victor : tableau représentant le

A

Fig. 99.

Fig. 100.

Martyi'e de saint Adiàen. Le torturé est nu, étendu sur une roue.

Notre-Dame des Blancs-Manteaux. Chapelle Sainte-Anne. La Madeleine es- suie les pieds du Christ avec ses longs cheveux et les parfume de nard, toujours sans s'occuper des seins qu elle découvre, en déplaçant leur voile capillaire naturel.

Notre-Dame de Lorette. Aux angles du fronton s’élèvent les trois vertus théo- logales, la Foi^ V Espérance et, au pinacle, la Charité (fig. 100), avec un sein gonflé de lait, sur lequel somnole un nourrisson rassasié. Cette laitière symbolique est, nous le savons, de Laitié.

Passons sous la colonnade du temple grec, par le portail de droite qui nous introduit dans un vaste et élégant boudoir. A gauche, dans une pénombre discrète se cache un tableau de Roger Adolphe, le

s Ë l N K

99

Baptême d'une Péruvienne par saint François Solano ^ le torse (le la cjil(3chuiuèiie, à demi ag'enouillée, est absolument nu et orné des airréments saillants de son sexe.

Panthéon. Primitivement, église Sainte-Geneviève, élevée a la suite d'un vœu à la patronne de Paris par Louis XV, le Bien-Aimé et surtout le Bien- Aimant, protecteur de la Du Barry et d’une foule d'autres pécheresses non repenties.

Cette église, désaffectée pendant la Révolution, fut rendue au culte sous Napoléon P^‘, tout en restant destinée « aux grands hommes. » Elle ne fut plus qu'un temple chrétien sous Louis XVllI, le poussah qui aspirait ses prises de tabac sur le sein de la Gaïva : Ludovicus XV dicavit, Ludovicus XVIII restitiiit . En 1830, avec Louis-Philippe, elle rede- vient le Panthéon des hommes illustres, pour reprendre son caractère religieux en décembre 1851 , après les Te Deiim chantés dans toutes les églises de l’Empire, en l’honneur de l’amant de Marguerite Bellanger, d’Eugénie Eiocre et autres baladines du grand écart. La troisième République transforma de nouveau l'église en W estminster, à l’occasion des funérailles de Victor-Hugo (1885), mais elle conserva la croix et plaça k l’entrée du monument consacré aux génies de la France, le (fig. 101) absolument nu, de Rodin, qui fut démoli, une

nuit, vraisemblablement par un ajDache ultramontain ; il ne mé- ritait

Ni cet excès d’honneur ni cette indignité b

Sous le péristyle, le cadre du milieu est occupé par un des bas- reliefs de Nanteuil : la Patrie montre le séjour de l’Immortalité k

1. Cette statue représente riiomme des premiers âj;cs (pii se dégage à peine (ie l’animalité, mais purifié par la première réfiexion, éclairé par la première lueur de la pensée qui s’éveille en lui. Le gros public y voit la représentation de Sparlacux (|ui a brisé ses entraves ou d'Uffoliii rongeant son poing, avant de se décider à imiter Saturne. Certains loustics malveillants, pour ([ui toulc (cuvre d’art est à la lois « dieu, table ou cuvette »>, en font l'image (lu Con^lipé, et l'on peut dire (pièce bloc, non enfariné, dernier mot de l'art, s’il n’est pas sur la selle ne cesse d’être sur la sellette :

Sifflets de sots sont fanfares de yloire !

Fig. 101.

100

T. A R T 1* U O F A N 1-^ A L K fi L I S 10

Tun de ses fils, qui meurt pour elle. D un côté, la 1 critd accourt,

dans la splendeur de sa nudité, te- nant un miroir à la main droite et élevant, de l’autre, un flambeau (li^. 102).

Saint-Paul. C’est dans cette église, édifiée en 1431 que Henri 111 fît élever des tombeaux, sur le même modèle, à ses mignons Quelus, Mau- giron et Saint-Mégrin (fig. 103). Rappelons que les deux premiers

Fig-. 102.

étourneaux furent tués en duel, à l’entrée de la rue desTournelles, et le dernier,

(( qui passoit, dit l’Etoile, pour être le mignon de la duchesse de Guise », fut assassiné, la même année (1578), par le duc de Ma- yenne, beau-frère de cette princesse. Dès que la nou- velle de l’assassinat de Guise, à Blois (1588), sur l’ordre de Henri III, parvint à Paris, le peuple, excité par les pré- dicateurs, sacciigea les mau- solées des favoris de ce prince, disant : cc 11 n’appartient pas à ces médians, morts en reniant Dieu, et mignons du Tyran, d avoir si

Yiir. 103.

1. L’ég-lisc Süml-Paul et Saint-Louis fut élevée par les Jésuites en li;2à.

SEIN E

101

beaux moiuiniens dans TEg^lise. » Ces tombeaux de marbre noir étaient surmontés d’une statue agenouillée représentant chacun des jeunes favoris du sérail royal. Les quatre faces étaient cou- vertes d’épitaphes, en français et en latin, plus laudatives les unes que les autres ; nous n’en reproduirons qu une, celle de Maugiron ou Maugeron :

La Déesse Cyprine avoit conçu des Gieux, tai ce siecle dernier, un enfant dont la vue De flammes et d’éclairs étoit si bien pourvue,

Qu’Amour, son fils aîné, en devint envieux.

Chagrin contre son frere, et jaloux de ses yeux.

Le gauche lui creva * ; mais sa main fut déçue ;

Car l’autre qui étoit d’une lumière aiguë,

Blessoit plus que devant les hommes et les Dieux.

Il vient, en soupirant, s’en complaindre à sa mère ;

Sa mere s’en moqua ; lui, tout plein de colere,

La Parque supplia de lui donner confort.

La Parque, comme Amour, en devint amoureuse ;

Ainsi Maugiron gît sous cette tombe ombreuse.

Et vaincu par l’Amour, et vaincu par la Mort.

Si, avec de Saint-Foix, nous nous étonnons de rencontrer les Parques^ V Amour' et Vénus dans une Eglise, nous ne serons pas moins surpris d’apprendre qu’il s’est trouvé un prélat, Arnault de Sorbin, évêque de Nevers, pour louer ces jeunes débauchés du haut de la chaire et exalter leurs vertus dans des Oraisons funèbres lar- gement apologétiques.

Les Lacédémoniens étaient plus discrets et n’accordaient l’hon- neur de l’épitaphe qu’aux guerriers tués sur le champ de bataille ou aux femmes mortes en travail d’enfant.

La Chronique Scandaleuse de Claude Le Petit (1668) donne ce dizain sur le « Jacquemard » qui se dressait au haut de Saint-Paul.

Passons, et d’un crayon lidelle Peignons à la postérité Ce Gaudenot- emmaillotté,

Qui fait là-haut la sentinelle : Que les Dames ont mis ton nom.

Jacquemard, dans un beau renom, Et qu’elles aiment à l’entendre ; Non pas qu’il soit si doux qu’on dit. Mais à cause qu’il se peut prendre. Par métaphore, pour un ...

i. A râge de IG ans, nouveau Codés, il perdit un œil au siège d’Issoire. Du latin (jdiide nos.

102

i/Airr i*unKANi^ a i/éclisi-:

Petits-Augustins. N’esl-il pas [)iquant (le voir, dans la cour de

l’école des Beaux-Arts, lu façade du château d’Anet 104, lÜoj,

ornée du ch di re de

Diane de Poitiers et des figures de divini- tés païennes, recouvrir le portail de l'ancienne église qui sert actuel- lement de Musée ? Sic transit gloria Dci.

Petits-Pères. Le plafond de la biblio- thèque du couvent des Augustins, de la place des Victoires, était or- né d’une peinture à fresque, exécutée en dix-huit heures par le virtuose Napolitain Paul Mattéi. Le sujet de cette composition était la Religion ac- compagnée de la Véri- té. Quelle ironie ! La Vérité^ un fouet à la main, portait sur la poitrine un soleil dont les rayons éclatants aveuglaient V Erreur ou V Hérésie^ blottie dans un coin du ta- bleau.

Nous vovons encore une Vérité au transept ; d'une main, elle tient un miroir et, de l’autre, étouffe le serpent de la Calomnie / mais elle est drapée, ce qui est un contresens allégorique.

1. Le bas-relief place sous rAmour est de Jean Goujon; il décorait aussi la fon- taine des Innocents (fig. 81).

s 1-: 1 N !•:

103

Fit;-. 105.

Saint-Philippe du Roule. A l’époque de la Renaissance, nombre de peintres, suivant l’exemple de Filippo Lippi, prenaient leurs épouses ou leurs maîtresses pour modèles des Vénus et des Vierges ; de même, l'artiste moderne qui a exécuté l une des fresques de la chapelle de la Vierge Marie a donné aux femmes de la Bible les traits profanes de Marie de Grandfort et ceux de Marie Garcia, l’une des amies intimes d’Arsène Houssave.

kJ

A la sacristie du parloir, se voit le Martyre de sainte Agathe qui consiste, nous le sa\ ons, dans l’extraction des seins.

Saint-Pierre de Montmartre. Des esprits mal intentionnés ou insudisamment documentés voient un religieux en association cul- tuelle avec un cochon, dans le motif anodin d’un chapiteau placé près de la sacristie, et ligure un personnage barbu qui relève

104

i/aut phofam: a r/É(iMsi:

la queue d’uu bouc 100). Kst-ce réelle-

ment l'allég-orie d’une forme spéciale du péché de luxure ?

Port-Royal. L’é^lisette de cette ancienne abbaye des bernardines, régnaient au début des mœurs déréglées, a été construite par Le- pautre en 1646 et sert de chapelle aux pen- sionnaires de la Maternité. Elle renfermait au- trefois la sépulture de la Fontanges, 1 une des étoiles filantes du ciel de lit du roi Soleil ; mais son tombeau fut détruit en 1710, lors du pillage de l’abbaye par les jésuites triomphants.

Fig. 107.

A défaut du portrait de la fille de Philippe de Ghampaigne* , qui ornait ce coquet édifice, nous avons celui d’une élève de la Mater- nité, Mlle Lafont, peint par elle-même. Elle s'est représentée en ange gardien des petits enfants (lig. 107). Une future sage-femme, transformée en messagère céleste, en créature spirituelle, avec des ailes dans le dos, ce n’est vraiment pas chose banale, mais cette peinture symbolique, nous le craignons, peut évoquer la boutade peu élégante de Pascal ; « Qui veut faire 1 ange fait la bête ». Est-ce pour rappeler que les (( faiseuses d’anges » ne sont pas rares dans la corporation des tireuses de cordon ?

1. Ce tableau représente la transporté an Louvre.

guérison miracnlense de la tille dn ])eintre et a été

SEINE

105

Chapelle du Collège des Quatre-Nations (Institut). A la mort

de Mazarin, tondîiteur (le cette Chapelle, un inconnu traça sur la poite

du clîâteau de Vincennes, alors habité par le cardinal, cette ultime mazarinade :

Vous c|ui passez près de ce lieu Venez jeter, au nom de Dieu,

A Mazarin, de l'eau bénite ;

Il en donna tant à la Cour

Que c’est bien le moins qu’il mérite

Que l’on lui en donne à son tour.

Dans les derniers temps de sa vie, alors que ses jambes enflées étaient enveloppées dans de la fiente de cheval, les onze médecins qui se réunirent en consultation pour combattre son extrême fai- blesse décidèrent de le mettre au régime du lait de femme h Une nourrice au cardinal Mazarin, retombé en enfance !

Ses cendres furent transportées dans la chapelle de son Collège, dont le tableau d’autel était une Circoncision^ de Véronèse. Coyze- vox, avec la collaboration d’Etienne Le Hongre et de Jean Tuby, lui éleva un tombeau décent, actuellement au Louvre 552). La Prudence, la Paix ou V Abondance et la Fidélité le sein droit dé- gagé, figures en bronze, sont assises au-dessous du sarcophage ; deux hauts-reliefs, en marbre, la Religion et la Charité, celle-ci, contre son habitude, cache ses seins, servaient de support aux armoiries du prélat placées au faîte du monument.

De nos jours, la statue qui tire le plus l’œil sous la coupole de l’Institut, est celle du mécréant Voltaire, que Pigalle a eu la malen- contreuse idée de représenter en Vérité octogénaire A part ce marbre, nous n’avons pas dhmtre nudité à y signaler que « le nu » des discours académiques, consigné par Musset.

Saint-Roch. Chœur. Une Charité allaitant un orphelin, par René Charpentier, ne présente rien autre de saillant que ses seins.

1. Gui Patin, Lettres du 25 février IGül à Falconet.

2. V. Les Seins à Véçflise, fig. 257. « Nu ou vêtu, disait le spirituel Ecorché, il ne m’importe. Je n’inspirerai pas d’idées malhonnêtes aux dames, de quelque façon qu’on me j)résente à elles. » A propos de ce Napoléon de la plume, mis en Apollon comme le Napoléon du sabre, au Musée Brea, de Milan, rappelons, avec Mme de Boi^ne, que, dans une réunion des grands dignitaires qui voulaient élever une statue au nouvel empereur, on discutait sur le costume. L’amiral de Bruix, impatienté des flagorneries qu'il entendait depuis deux heures, s’écria : <( Faites-le tout nu, vous aurez plus de facilité à lui baiser le derrière