LES MONUMENS

D E

LA MONARCHIE

FRANÇOISE.

QJJ I COMPRENNENT

L'HISTOIRE DE FRANCE

TOME PREMIER

LES MONUMENS

D E

LA MONARCHIE

FRANÇOISE

Q^U I COMPRENNENT

L'HISTOIRE DE FRANCE,

AVEC LES FIGURES DE CHAQUE REGNE

Que l'injure des tems a épargnées.

TOME PREMIER-

L'origine des François, 6c la fuite des Rois jufqu'à PHILIPPE I.

inclufîvement.

Par le R. P. Dom BERNARD DE MONTFAUCON,

Religieux Bénédictin de la Congrégation de Saint Maur.

A PARIS.

[JULIEN-MICHEL GANDOUIN, Quai de Conti, aux trois Vertus: Chez<! H T

[ PIERRE-FRANÇOIS GIFFART, rue S. Jacques, à Sainte Therefe.

M. D C C. XXIX.

AVEC PRIVILEGE V ZI ROI.

AU ROL

IRE.

Le feul titre de cet Ouvrage efi un engagement pur l'Auteur de le dédier

E P I T R E.

à VOTRE MAJESTE 5 il na point à balancer fur le choix. A qui peut-on consacrer les Monumens de la Monarchie Françoise qu au Mo- narque de la France ? Ceft donc un devoir dont je m acquitte aujour- d'hui d'autant plus volontiers, que le fujet eft fort intendant , & que lorf que j'en montrai le plan à VOTRE MAJESTE , Elle voulut bien agréer qu 'il parut fous Je 's aufpices.

Ce premier plan efl un peu changé. LHifloire de France s y trouve jointe aux Monumens de chaque règne. Ce furcroît de travail a été jugé necef faire four la perfection de l'ouvrage.

E P I T R E.

On 'voit ici cette longue fuite de Rois: leur vie 3 leurs actions 3 leurs bonnes & mauvaises qualités Le Lecteur s'apercevra d abord 3 SIRE, que vous marchez, fur les traces de ceux qui ont mérité t aprobation publique, que vous réunijfez, en Vous les ver- tus qui les dijlinguent , & que vous les fur^affez* tous dans celle qui caractérise les çlus grands Princes , qui ejl de veiller à la félicité de leurs Sujets. Toute la France fent ji bien cet avantage , quelle sallar- me dès quelle voit quelque altéra- tion dans une fanté aufji précieuje que la Votre 3 & quelle éclate en ré-

E P I T R E

joùiffances dès que Ça crainte ejl dijji- pée. Je joins ici mes vœux à ceux du Public your la conservation de VOTRE MAJESTE Jont j'ai l'honneur d'être avec le plus respec- tueux attachement ,

SIRE.,

Le très-humble, très-obéïflant &r très-fidéle fujet, Fr. Bernard d e Moniïau c on, Religieux Benedi&in de la Congrégation de Saint Maur.

PREFACE.

E T Ouvrage a été annoncé il y a plus de deux ans par des plans imprimez & répandus dans tout le Roiau- mc , j'expliquois le dellein gênerai , &; les parties qui le compofent. Depuis ce tems , la réflexion & l'avis de pcrfonnes habiles , m'ont obligé d'y faire quelque changement , dont je dois rendre raifon au Lecteur.

Selon le premier plan ces Monumens dévoient être détachez &C comme ifolez. On aurait paffé de l'un à l'autre en fautant de grands vuides qui fe trouvent fouvent entre eux. On y aurait des Rois, des Princes , des Officiers delà Couronne , des actions , des combats , fans y voir la fuite de l'hiftoire. L'infpection de ces Monumens aurait fans doute porté plusieurs des Lecteurs à s'en inftruire , & ils auraient été obligez d'interrompre cette lecture pour aller chercher ailleurs dequoi le fatisfaire.

J'ai donc jugé à propos de mettre avec les Monumens l'hiftoire entière de chaque Règne. L'entreprife paroiifoit difficile à exécuter en peu de tems. Elle l'auroit été davantage j'avois été moins verfé dans la lecture de nos anciens Hiiloriens. Mais comme il y

PRJEFATIO.

HUius fufcepti operis ratio jam ex- planata fuit ab annïs plufquam duo- bus in bmis Profpe&ibus quaquaverfum miffis , ubi & argumentum totum Se partes ejus explicabantur. Deinde autem reaccu- ratïus perpenfa , fiiadentibufque crudîtis viris , in fufeepto tllo opère aliquid immu- tavimus , ut jam Leftori exponendum cft.

In primo Prolpedu enunciatum fuerac, hxc Monumenta feparaum ponenda elfe, inta&a geftorumferie, qua: longa fxpe inter illa intercedit. Reges, Principes } Miniftri Tome I,

Regti , a£ta & preclia videnda erant fine ulïa pra:cedentium Se fequencium mentione. Ip- ia Monumenta Le&ores multos ad ea difpi- cienda &r edifeenda invitalfcnt , quaeinter- mirta leclione alibi quxrenda eranc.

Confultum ergo putavi cum Monumen- tis hiftoriam integram llngulorum Regum afïerre. Rem tam brevi tempore perficere difficile videbatur elfe : major certe diffi- culras fuiffet , fi minus in veterum hiftorix noftrx Scriptorum lecHone verfatus fuif- femifedquia a diuturno jam cempore il- a

ij PREFACE. a long-tems que je m'y applique , il m'en a moins coûté qu'à un autre , qui n'auroit pas eu cette avance. Je ne précens point au rcfte donner l'Hiftoire de France dans toute Ton étendue: mais elle fera plus détaillée que tous les abrégez , &C elle aura cet avantage fur les au- tres, qu'elle reprefentera un très-grand nombre de figures tirées des originaux du tems , qui apprendront bien des chofes ci-devant in- connues j tant fur l'Hiftoire que fur les habits , les armes &C une infini- té d'autres fujets. Je compte qu'un habile Lecteur y en découvrira encore plufieurs qui m'auront échappe.

Les deux premières races , &C les premiers Rois de la troifîéme , n'en fourniffent pas un fi grand nombre. Ce n'eft pas qu'on n'ait fait en ces tems-là des ftatuës des bas-reliefs & des tableaux donc la confervation auroit beaucoup fervi à éclaircir l'Hiftoire & les Usa- ges de ces premiers Règnes. Mais leur groftiereté a fait que nos ayeux qui ne connoifloient pas la conféquence de ces Monumens , en ont laiflé périr la plupart. Ce n'eft que dans ces derniers tems qu'on s'eft apperçû que tout greffiers qu'ils font , ils inftruifent fur bien des cho- fes qu'on ne peut trouver ailleurs : ce différent goût de fculpture & de peinture en divers iiccles , peut même être compté parmi les faits hiftoriques. Il y a lieu d'efperer qu'on aura plus de foin de confer- ver ceux qui fe découvriront à l'avenir, èc qu'on ne manquera pas de les mettre en ufage. Quoique nous ayions principalement recher- ché les Monumens faits dans les tems mêmes de ces anciens Rois ; nous n'avons pas cru devoir omettre ceux qui ont été faits dans des ficelés pofterieurs. D'habiles gens que nous avons confukez, nous ont con- feillé de les donner avec les autres.

Depuis faint Louis ces Monumens fe trouvent en beaucoup plus gtand nombre: & cela augmente toujours dans les Règnes fuivans

lis legendis explorandis do operam , fa- cilior Biihi res fuit , quam altcri fuiffet hac ope deftituto. Neque tamen in propo- firohabeoFrancorum hiftoriam longa ferie deferibere ; hîc tamen minucacim texctur & fufius quam in Compcndiis , camque illa prx aliis omnibus Francorum hiltoriis pnErogativam habebit , quod fchematum ingentem numerum exhibeat , ex prifeis Monumcntis exceptum , ubi multa hncte- nus ignora edifei poccrunt , tam circa hifto- riam , quam circa vertes , arma & cetera bene multa. In his vero plurima Le&or eruditus haud dubic deteget , qua; mihi in mentem non vénérant.

Dua: priores Regum noftrornm ftirpes , primique tertia: ftirpis Rcges, non magnam Monumcntotum copiam fuppeditanc ; ctfi enim illorum a:vo ftatux , anaglypha fculp- ta3 Se tabula: depicta: fuetint , quarum con-

fervatio multum contuliflet ad hiftoriam & ad prifeos ufus cognofeendos : at rudem illam lupellectilcm avinoltti neglexerunc, & peflumdederunt , quali rem nullius pre- cii : poftremo tamen tempore deprehenititn fuit illa licet rudia opeta , res plurimas doccre,quas alibi frullra quajras. Modus etiam ille fculpendi atquc pingendi , qui diverfis temporibus in ufu fuit , inter res hiftoricas cenferi poteft. Sperandum autem majorem in pofterum fore Monumento- rum hujufmodi curam , qua; haud dubie ad verumufum revocabuntur. Etli illa prar- cipuc Monumentaperquilierimus,qua: Ra- ges fui temporis reprxfentabant ; non pu- tavimus tamen omittenda ea eue , qua: pof- terioribus emifTa bat ficulis ; qua in re fa- gacium confilium fequuti fumus.

A fan£ti Ludovicia:vo longe frequen- tiora funt ha:c Monumenta , qua; etiam nu-

PREFACE. iij jusqu'à Henri IV. l'ouvrage finira. Il (e rencontre quelquefois dans un feul Règne plus de cent figures qui regardent des années différentes. C'cft principalement qu'on fait la neceilité qu'il y avoir 'de faire une hiftoire de chaque Règne. La fuite des affaires éclaircit fouvent les faits reprefentez dans les Monumens , èc aide à connoître les Princes &C les Seigneurs , dont la Peinture 6c la Sculpture nous ont confervé les images.

On jugera fans doute que ce furcroit de travail demande plus de tems pour l'impreffion de tout cet Ouvrage, que je n'en avois fixé dans mon plan imprimé. J'cfperois pouvoir donner dans tout le courant de cette année 172.9., les cinq volumes font contenus ces Monumens. Mais cette nouvelle entreprile jointe à la grande quantité de figures qui me viennent de tous côtez , en ont rendu l'exécution impollible en fi peu de tems : il faut necelfairement prolonger ce terme. Je ne croi pas abufer de la patience des Soufcripteurs , fi je prens au-delà du tems marqué toute l'année 1730, pour donner tout l'Ouvrage au public. Ils auront même gagné par ce retardement ; car au lieu des quatre volumes promis dans les plans imprimez , il y en aura cinq, tous à peu près de la groffeur de ce premier , Si enrichis de quantité de planches.

J'ai compofé cette hiftoire fur les originaux mêmes , en citant toujours à la marge du Latin les Auteurs &c les Cronologues defquels je me fuis fervi , ô£ emploiant fouvent leurs propres termes, fur tout lorfqu ils ne s'énoncent pas clairement , & qu'ils font fufceptibles de plufieurs fens , afin que le Leéleur habile puiife juger fi j'ai pris le véri- table. Ma principale attention eft de rapporter les faits exactement & fimplement comme ils font dans les premiers Auteurs. J'y mêle quel- quefois des reflexions courtes , & de la folidité defquelles le Leéteur

mero augentur ihb fequentibus Regibus operamad rem perficîendam poftulant. Ne-

ufquc ad Henricum IV. cujus temporc hoc que puto me Subfcrïpqriius importunum

Opus delinet. Occurrunt aliquando pluf- elle , li ftatuto jam tempori coium annum

quam centum fchemata fub uno Regc , quse 1750. adjiciam ad Opus abfolvendum. Ex

ad diverfos annos pertinent. Iftic maxime mora autem quidpiarn lucri Sabfcripto rïbns

dignofeitur quam nccellarium fuerit hifto- accidet. Aucta namque operis mole, non

riam cujufque Regni deferibere. Rerum jam quatuor tomi , ut polliciti cramus , fed

quippe feries fxpe Monumentis lueem af- quinque juftx magnitudinis dabuntur, in-

fert , &: Principum , Nobiliumque quorum cifis tabulis referti.

Pictores vel Sculptorcs nobis imagines Hanc porro hiftoriam ex prifeis Scripco- tranfmiferunt , mores , gefta formamque ribus &: Chronologis hauu , & ad margi- deferibit. nem Latini ediri loca annoravi ; fa:pcque Jam quifque intellecturus eft , tantum verba ipfotum appofui , maximeque quan- laboris augmentum plus temporis expete- do illi obfcurc loquuntur , vel polïiint di- re , ut totum opus in publicum proferam , verfo modo intelligi , ut Lector eruditus quam in Profpectu mco ftatucram. Spera- videat an veram Scriptoris mentem fimaf- bam me toto hujusanni fpatio i7t9.pone fequutus. Hoc prxcipuc fatago , ut gelta qumque horumec Monumcntotum tomos accuratc & iimpliciter afferam licut in pril- publici juris faccre : led novum illud fuf- cis ilîis Scriptoribus habentur : li quando- ceptum opus,infuperque ingens fchematum que autem gradum liftam , ut quxdam Lec- dique millbrum acceflio , diuturniorem cori conlidcranda offeram , id breviter &: Tome l. a ii

un

'& PREFACE. jugera. J'ai tâché d'éviter les défauts font tombez quelques Hifto- riens de ces bas tems ; qui ont fouvent orné leur narration aux dé- pens de la vérité , qui par des additions ou fauffes ou de pure invention, par des tranfitions hazardées , des caractères & des intrigues dont ils n'ont aucuns garans , défigurent tellement l'Hiftoire, que quand on re- monte aux fources , on eft furpns de trouver tant de différence entre ces Hiftoriens modernes &c les anciens , qui font pourtant leurs ori- ginaux.

Cet Ouvrage contient donc l'Hiftoire de France avec tous les Mo- numens que l'injure du tems a épargnez, qui regardent les Rois , les Reines , les Princes du Sang , les Pairs de France , les Ducs ou Comtes qui avoient des Etats dans leRoiaume , laMaifonduRoi, Se les grands Officiers de la Couronne.

On y dépeint les marques de Roiauté , tant les plus anciennes, que celles des bas tems. On y voit les portraits des Rois èc des Reines qui nous ont été tranfmis depuis Childeric I. jufqu'à Louis XV. heureufe- ment régnant aujourd'hui. Il en manque beaucoup de la première race. On en a un plus grand nombre de la féconde. Pour ce qui eft de la troilîéme , j'efpere que nous les aurons tous , hors peut-être un ou deux que je n'ai point encore trouvez. On y verra plufieurs hiftoires des Rois que les Monumens nous ont fournis ; des Sacres , des Cou- ronnemens , des Lits de Jufticc , des Aflemblées publiques les Rois fe trouvent , des hommages qui leur font rendus , des Preftations de ferment de fidélité , des Entrées publiques, des entrevues dps Rois &C des Princes étrangers , des parties de ChafTe , des Batailles ils com- mandent en perfonne ,& généralement toutes les actions les Rois font reprefentez.

congruenter quantum poffum praftare co- nor , femper cavens ne quorumdam infimi œvi hiftoriœ Scriptorumexcmplo abducar : qui cum veri difpcndio feriem fuam exor- > nant ; qui multa addunt nonnunquam f.il- fa , fœpe temete adjeéta , ab alio ad aliud tranfeundo res pro lubito efferunt , mores & confilia fecreciora Principum fine duce vel auccore depingunt , acque ita veramhif- toriam diftorquent, ut fi ad prifeos Scripto- res te conféras , mireris re tantum diferimi- nis reperire receniiores inter Se vetetes , qui tamen fontes unici funt , undehifto- riam ifti haurire potuerunr.

Hocitaque Opus Francorum hiftoriam complcclitur cum Monumentis omnibus , queis injuria temporum pepertit , quarque ad Regcs fpcaant , ad Rcginas , Principcf- que Rcgiatftirpis, ad Parcs Francis:, ad Du- ces Com.'rcfve , quorum ditiones in regno ûlx étant, ad Miniftros omnes Rcgios,

Hîc depinguntur etiam omnia ad Re- giam dignitatem fpc£tantia cujufvis gene- ris tam vetuftiora , quam infimi a:vi ; Rc- gum item Reginarumque imagines , qux nobis a Childerico I. ad Ludovicum XV. nunc féliciter regnantem , tranfmilfa: (unt. Ex prima ftirpe mulrx défunt : ex fecunda majore numéro proftant ; ex tertia vero omnes me aifequLuurnm fpero , excepta for- tafîïs una vcl altéra , quas nondum reperi. Hîc multa: Regum hiftoria: ex Monumentis eduefa: aderunt :eorum videlicet Confecra- tiones , Inaagiiraîiones ; Regii Convenais , quos Letlos Jujlitis vocamus , & alii etiam pra:fcnribus Regibus ; Howinia &c fîdei fa- cramenra Regibus prxftita, Adventus Re- gum in urbes ; Regum irem noftrorum cum aliis Rcgibus &c Principibus congrefTus Se coUoquia, Regii Venatus , Pugnx feu prœ- lia , Regibus ipfis prazfcntibus : demum ac- ta fingula , quitus Regcs interfuerunt.

PREFACE. % On y mettra de même les hiftoircs & les portraits des Reines , des Princes du Sang , des Pairs de France 3 des autres Ducs ou Comtes qui avoient des Etats dans le Roiaume , de la Maifon du Roi 3 des Grands Officiers de la Couronne. J'avois autrefois penfé à mettre les Chan- celiers dans un autre Traité , à la tête des Gens "de Juftice : mais comme on les trouve fouvent dans ces Monumens en la compagnie du Roi , ils tiendront leur rang ici comme les autres Grands Officiers.

Ces cinq volumes feront un corps conftdcrable : ce feroit toujours un Ouvrage complet, quand même il ne feroit pas fuivi des autres parties de ces Monumens. Ce n'eft pas que je ne penfe à les donner dans la fuite 3 il Dieu me conferve la vie Ôc la fan té. Je les ai tou- jours en vàc9 & elles augmentent fans cefTe. La féconde partie qui contiendra tout ce qui regarde le culte extérieur de l'Eglife , tiendra deux volumes. La troifiéme partie renfermera les ufages de la vie , les habits du commun , les maifons , les jeux , &c. ÔC un Traite des Mon- noies deux fois au moins plus ample que celui de M. le Blanc; elle aura trois volumes : la quatrième , de la Guerre 6c des Duels, deux volumes ; Ô£ la cinquième , des Funérailles , autant : ce qui fera neuf volumes en tout. A la fin de chacune de ces Parties, on mettra par forme de Supplément les Monumens qu'on aura découverts de nouveau fur la première Partie. 11 ne faut point douter qu'on n'en découvre d'au- tres. Cet ouvrage apprendra à les connoître ÔC à les eftimer ce qu'ils valent.

Si l'on vient aune féconde édition , je ne fouffrirai point qu'on y ajoute des Monumens , qui auront échappé aux premières recherches. D'où il arriveroit que la nouvelle édition fc trouvant plus ample que la première; ceux qui auroient celle-ci , feroient obligez d'acheter la féconde pour avoir tout. Jelpere qu'après moi mes Confrères auront

Similitcrque aderunt Hiftorix & Imagi- nes Reginarum ,Piincipum Rcgix itirpis , Parium Francis , Ducura , Comitum , quo- rum ditîones in hoc Regno fitac erant ; Ail- la; Rcgix Miniftrorum quorumlibet. Jam pridem animus crac Canccllarios in aHam Opcris partem remittere ,ut in Curiis excr- cendx juftitix deputatis primas tencrent ; fed cum fxpc Canccllarii in Monumcntis eu m Rcgibus occurrant , îpfos inter prx- cipuos Aulx Rcgix Mïniftros in hac parce accenfere vifum eft.

Hi quinque Tomi Opus omnino cotn- plctum Se abfolutum cfficcrcnt , etiamfi alix Monumentorum partes non fequerentur. Ulas tamen fequenti temporc in publicum proferre animus cfl , fi vuam Deus Se vaic- tudincm largiatur ; illïs enim femper au- gendis opcïam 4c ftudium confero. Secun- da parscultum Ecclefix exteriorem fpe&a- bit, & duobus Tomis complebitur. Tcrtia

qux ad virx ufum pertinent complcctetur, Veftes vulgarium hominum , Domos > Lu- dos,&c. infuperque de re Monetaria duplo faltcm ampliorem librum eo quem edidit D. le Blanc ; tribufque Tomis hxc pars ab- folvetur. Quartam de Bello & de Ducllis duo Tomi explebunt, &: totidem quintam de Funeribus :novcmitaque Tomis pai-tes fequentes exfequemur. In fine partium fin- gularum , fi quid ex Monumcntis ad pri- mam fpectantibus novi emetferit, fupple- mend more adjiciecur. Non dubito enim quin multa fubinde reperiantur hactenus inobfervata , intacta. In hoc enim Opère edilcetur quanti illafacienda fine

Si fecunda paranda fit Editio , femper ca- vebo ne quodpiam Monumcntum poft prî- mos conatus repertum adjicïatur. Undc ac- cideretutii qui prtmam Editïoncm habe- rent , quo oninia afiequi poffent , fecundam emere cogeientur, Spero fore ut me defunc- a iij

1

«o; PREFACE. foin d'empêcher que les Libraires n'exercenc cette efpece de tyrannie fur le public. Ce qu'on trouvera de nouveau doit être donné en Supplé- ment , comme nous venons de dire. Une autre précaution que l'on tardera , fuppofé qu'on faffe une féconde édition c'eft d'empêcher qu'on n'en tire trop d'exemplaires , comme on a fait de l' Antiquité expliquée , dont on tira un fi prodigieux nombre , que cela tourna au defavantage &C des Soufcripteurs & du Livre même..

Le devoir &C la reconnoiifance m'obligent de faire mention de ceux qui m'ont prêté les fecours neceifaires pour cet Ouvrage ; le public fera peut-être bien-aife de favoir à qui il en eft redevable. Les Recueils de feu M. deGaigNIERES mon ami, font les premiers en date. Sans cette avance je n'aurois jamais faire une telle entre- prife. Il m'a fraie le chemin en ramaffant &C faifant delfmcr tout ce qu'il a trouver de Monumens dans Paris , autour de Paris , & dans les Provinces. Il y a emploié de grolfes fommes. Je lui ai fouvent don- né des recommandations pour nos Abbayies , il alloit faire fes re- cherches , menant toujours avec lui fon Peintre. Je ne favois pas alors qu'en lui faifant plaifir , j'agiffois pour moi: ce n'eft que depuis fa mort, que j'ai formé le plan que j'exécute aujourd'hui: 8c fans ce fecours je n'aurois jamais fournir aux frais immenfes qu'il auroic fallu faire pour defliner tant de Monumens d'après les originaux , dont plufieurs font fort éloignez de Paris. Ses porte-feiiilles font à la Bibliothèque du Roi , d'où par la faveur & la protection de M. l'Abbé BlGNON , j'ai tiré une bonne partie des pièces qui entrent dans cet Ouvrage. J'en ai encore trouvé de fort confiderables dans celle de M. le COMTE DE SEIGNELAI^faiteparM. ColbERT fongrand- pere, & dans celle de Monfeigneur l'EvEQUE DE METS, autre- fois de M. le Chancelier Seguier.

to , Sodales mei caveant ne Bibliopolx hu- jufmodi tyrannidem in Publicum exerceant. Quidquid novi émergée , Supplementi mo- re dandum cfl; , uc modo dicebam. Aliud item cavebitut , fi fecunda prodear Edicio , ne videlicee nimia exemplarium copia ap- parecur , uc in Àntiqaitatt explanata in- telicicer accidit : cujus cam ingens exem- plarium numerus prodiit , ut hinc diipen- dium Se Sufcripconbus Se ipfiOperi emer- ferit.

Officii ratio poftulat ut illos commemo- rcm qui mihi auxilium przfttteie ad hoc Opus fufeipiendum Se exfequendum ; nec ingratum fore puto iegentibus, fi edifeant quibufnam hxc debeamus. Codices &: pic- tura: Ta //axapÎTK D. de Gaicnier.es , amici olim mei , primas teneur. Hac enim ope deditutus tantum negotii aggredi nunquam pocuificm. Ille viam mihi monftravit dum Monumenta omnia qux Lucetix , circa Lu-

tetiam Se in Provinciis exftabant fibidepin- gicuravit, eaque in re magnam pecunix vim impendit. Commcndatitias fxpe lice- ras ipfi dedi pro Monafteriis noitris , quo il- le cum Pictore fuo pergebar ut Monumen- ta perquireret. Tum ignorabam me dum il- liusaugendx fupcllcctili operam darem,in ineum eommodum illud agere : nam non- nili polt ejus obicum ad hoc Opus aggre- diendum annnum appuli , qua deftitutus ope tancos ferre fumtus non valuili'em. Ejus Codices Se Collecliones in Biblioche- ca Regia Juin. Favcntc autem& protegente Viro Clariflîrno D. Abbatc B i g n o n i o , inde magnam eorum aux hîc proferimus parrem excepimus. Multa etiam dcfumfiex Bibliothcea DominiComitis de Seignelai, qux apparara fuit ab avo fuo D. Colbert , neenon ex Bibliotheca Excellentiflimi Do- mini Metenlis Epifcopi , qua: olim a Domi- no Secuier collecta fuit.

PREFACE. vij Monfcigneur l'ELECTEUR DE MAYENCE nous a fait la grâce de faire chercher dans fon Diocèfe &c dans les Terres de fon obéiflance , ce qui pouvoic encrer dans cet Ouvrage. C'eft par fon ordre qu'on nous a envoie la figure du Roi Dagobert copiée d'après fa ftatuë, qui eft aux portes de l'Eglife de faint Pierre &c de faim Paul d'Erford , fondée par ce Prince , & plufieurs autres Monumens Ecclelîaftiques.

M. I'Abbe' Fauvel m'a auih fourni plufieurs pièces qui entrent dans ce Recueil. J'ai trouvé la même facilité auprès de Meilleurs deBosE & LANCELOT, qui m'ont communiqué cette partie de l'hif- ftoite d'Harold & de Guillaume le Bâtard, pièce des plus confidera- bles de ce premier tome , qui fait quinze planches doubles. Cette pein- ture trouvée parmi les manuferits de M. Foucaut , n'eft qu'une pe- tite partie de l'hiftoire de Guillaume le Conquérant. Après bien des recherches pour découvrir l'endroit elle fe trouve , j'ai enfin apris par une lettre de Dom Maurice l'Archer , Prieur de faint Vigor de no- tre Congrégation , que c'eft une vieille bande de tapiiferic qui fe voit aujourd'hui à la Cathédrale de Bayeux , & qui contient l'hiftoire de la conquête de l'Angleterre par Guillaume furnommé le Conquérant. Ce que nous en avons donné dans ce Tome ne fait qu'une petite partie de cette hiftoire. J'efpcre que nous aurons tout le refte avant la fin de cette année , & nous le mettrons en état d'être ajouté en forme de fupplément à quelqu'un des Tomes fuivans.

Je ne puis allez me louer de D. AMBROISE d'Audeux Bénédic- tin , ci -devant Bibliotequaire de l'Abbayie de faint Vincent de Bcfan- çon , qui m'a envoié un grand nombre de Monumens tirez de plufieurs endroits. M. Mellier General des Finances de Nantes , a aufli enri- chi mon Recueil de pièces coniîderables. Et M. Poquet d'Angers

Sereniihmus D. Archiepiscopus Elector Moguntjnus in Diœcefi & in terris ditionis lux perquiri juilit omnia, qux in hoc opère locum habere pollent. Qui ad julïum exfequendum depucati erant, Dagoberti fchema nobis tranfmiferunt ;de- Jincatum ex Iratua ejufdem Régis , qux ha- betur in oftio Ecclefix fanctorum Pétri Se Pauli a Dagoberto fundarx : alia quoque illi Monumenta miferc nobis ad rem Eccle- fiafticam perrinentia.

D. Abbas Fauvel plurimamihi contu- lit ad hocOpus fpectantia. Eadcm me cum humanitate exceperunt D.D. de Bose &: Lancelotius qui partem illam hiftorix Haroldi & Willclmi nothi mecurn commu- nicarunt, in quindecim duplicibus Tabulis incifam & expreilam. Qux rabulx inter prxcipuas hujulce Tomi cenfendx. Hxc in feriniis ViriCIariflimi D. Foucaut repor- ta, minima pars eft hiftorix Willelminothi. Nihil non cgi , ut undenam hxc excepta

fuiltent edifeerem ; demumque ex literis D. Mauricii l'Archer Prions l'ancri Vigoris Bajocenfis comperi vêtus aulxum efle quod hodie in Cathedrali Baioccnfi affervatur, quodque fuba£lx a Guillclmo norho An- glix hifboriam reprxfcntat. Qux autem hoc primo Tomo in quindecim inciiis Tabulis proferimus , partem quam minimam exhi- bent eorum qux in toto aulxo contincn- tur. Spero autem me antequam hic annus elabatur , totam illam hiftoriam delinea- tam confcquuturumeiTe , quam explicatam pro facultate in aliquem ex fequentibus Tomis conjiciemus.

Non poiïum debitam referre gratiam D. Ambrosio d' A u d e u x Bénédictines nuper Monafterii S. Vincentii Vefontio- nenfis Bibliothecario , qui multamihi Mo- numenta tranfmifit , variis ex locis defumra. D. Mellier apud Namnetas Rei xrarix Prxfectus non paucis fuppelleftilem meam auxit: &: D. Poquet Andcgavenlîs quid-

I

PREFACE s'eft fait auffi unplaifir de m'envoier tout ce qu'il a pu trouver de convenable à mon dcffcin.

MonfieurBON Premier Prefident en la Chambre des Comptes de Montpellier , n'a épargné ni foin ni dépenfe pour m'envoier tout ce qui pouvoir entrer dans mes Recueils. Comme il a un goût excel- lent , ce qu'il ramafle pour moi avec tant de gencrofité , eft toujours utile' Meflieurs D'AlGREFEUILLE pere & fils , Prefidens en la même Cour , ont eu une grande attention à me fournir avec beaucoup de choix'ôc fans rien épargner , ce qui peut avoir place dans ces Monu- mens.

C'eft à M. DE MAZAUGUES Prefident au Parlement d'Aix , que je fuis redevable de toutes les figures de Charlemagnc , qui fe trou- vent à Aix-la Chapelle , &C de plulieurs autres pièces tirées des Manuf- crits de l'illuftre M. DE Peiresc: M. FOORNIER Religieux de S. Victor de Marfeille , s'eft donné tous les foins imaginables pour chercher dans ces Manufcrits tout ce qui pouvoit entrer dans cet Ouvrage , &C me l'envoier.

Je ne dois pas oubl'ier mon très - cher Confrère Dora JOSEPH DOUSSOT, qui m'a aidé dans cette édition de fes foins &C defes con- feils , &C qui me rend ces bons offices depuis fort long-tems.

j\Vant que de finir cette Préface , j'avertis le Lecteur que je n'ai pas cru devoir fuivre le nouveau fyfteme du P. Daniel fur les premiers Rois des François. Cet Auteur dans la longue Diflertation qu'il a mife à la tête de fon Hiftoire de France , tâche de prouver, qu'aucun des quatre premiers Rois des François, Pharamond , Clo- dion , Merovée &C Childeric , ne s'eft établi dans les Gaules ; qu'ils y faifoient des courfes , mais qu'ils fe retiraient enfuite

quid ad manum habuit, perhumaniter mihi tran fini fie.

Illuftnflimus D. Bon Montis-Pelienfis Senatùs Princcps , operam toram & fumtus adhibuit ut omnia ad propolitum meum fpe&antia mihi tranfmïtteret. Cum aucem gnftu & peritiâ multum valcat ; quidquïd ad ufuit) meum colligit , femper utile eft. ffominÏD'AiGREFEUiLLE pater atquc filius în cadem Curia Prxfides , intenti femper funt ut omnia Monumenca ad hoc Opus fpettantia cum dele£tu , nec fumtibus par- centes , cranfmittant.

Illullriflimo Viro de Mazaugues inSuprema Aquenfi Curia Prxlîdi , debe- mus fchemata omnia Caroli Magni qux Aquifgrani habentur , neenon alia multa , quazinMSS. Surnmi Viri Peirescii exf- tant. D. Fournier S. Victoris Maflilienfis Monachus, iumraa cura Codiccs illos ma-

nuferiptos èvolvit Se multa exfcripfit, ut mihi tranfmittetet.

Ncque filentio prseterïbo cariffimum So- dalemmeumD. 3osephum Doussot, qui coniilio & opéra fua mihi femper adfuit , &c a muLto jam temporc hsec mihi officia prx- ftac.

A Ntequam hanc abfolvam Prxfatïonem Lectorem moncndi^n cenfui3mc R.P. Danie- lis opinionem circS prîmos FrancorumRe- ges fequutum non elle. Hic quippe Scriptor in longiori illa DiiTertadonc , quam hifto- ria; fua: Franeicse prxfixic , probare niti- tur , nullum ex quatuor primis Francorum Regibus j in Gallîîs fedes pofuiffe , non. Pharamundum , nec Chlodionem vel Me- roveum , neque Childericum. Illos quîdem dicit Rhenum trajeetffe , utillam incurfio- nibus devaftarent ; fed poftea iterum trajefto

au-delà

PREFACE. ix au-delà du Rhin. Il avoue que Grégoire de Tours eft oppofé à ce fyfteme 9 8c que félon cet Hiftorien, Childeric étoit établi dans les Gaules , 6c avoir Ion Roiaume auprès de Soiflons : il convient d'ail- leurs que cet Auteur efl: iîneere j uiais il prétend qu'il s efl; trompé, & que ce qu'il rapporte de la mite de Childeric & de fon rappel , n'eft qu'une fable éc un conte fait à plailîr. Il accumule raifon fur raifon pour établir fon fentiment ; avouant pourtant de bonne foi qu'il a de fortes objections à combattre.

Je ne prétens point les fuivre pas à pas , ni rapporter toutes fes rai- fons pour les réfuter. Cela me meneroit trop loin : il ne me paroîc pas même necelfaire d'entrer dans un fi grand détail } y aiant de très- fortes objections contre ce fylteme , devant lesquelles pluiieurs petits témoignages d'Auteurs entaflez s'éyanoiiiftcnt.

Je demeure d'accord avec le P. Daniel , que Pharamond 3 dont Gré- goire de Tours ne fait nulle mention } eft un Prince dont on ne con- noîc que le nom; qu'on ne fait pas qu'il ait jamais fixé fa demeure dans les Gaules , Ôc qu'on ignore même s'il a jamais paffé le Rhin, Pour ce qui eft de Clodion , il eft certain qu'aiant palfé cette rivière, il fe rendit maître de Cambrai &du payis voilîn jufquà la Somme; Grégoire de Tours n'en dit que cela : mais Profper &; Idace ajou- tent qu'il fut depuis battu par Aece , ÔC chaffé du payis qu'il avoit conquis. Ces Hittoriens qui ne racontent cela qu'en deux mots , ne vont pas plus avant. M. de Valois &c d'autres croient qu'après la retraite des Romains, Clodion reprit Cambrai : leur raifon eft 3 que dés le commencement du règne deClovis, il y avoit un Roi François à Cambrai nommé Ragnacaire , parent du même Clovis , qui étoit ap- paremment un des defeendans de Clodion. Cela a afTez de vraiiem- blance.

Rheno , priftinas fedes repetiiiTe. Fatetur illcGrcgorium Turonenfem huic fententise contrarium effe , ac fecitndum ipfius hifto- rîce feriem , Childericum &c fedes &; Re- gnum habuifle in Galliis prope Suciïionas. Sinccmmefle Scriptorcm îllura non negat .- fed erraviffe pugnac , &quodde fuga &: de regrclTu Childerici narravic , inter Fabellas amandat. Probationes probationibus adjïcit ut fuam firmec fententiam , fateturque ca- men non levia objici fibi polie argumenta.

Non in propofuo mihi eftomnia ejus ar- gumenta minutatim afferre Se confutarc. Longius enim excurreret oratïo quam fut cepti operis ratio ferat. Nequc neceffe vi- detur omnia figillaàm perfequi ; quando- qnidem quidam funt argumenta prxcipua , quibus prolatïs, ruunt objecta plurima Scri- ptoium loca.

Cum R. P. Danicle fateor Pharamun- dum, cujus ne meminit quidem Gregorius, Tome L

folo nomine cognitum elle : atque prorfus ignorari utrum unquam in Galliis fedes fi- xent ; imo nefeiri an Rhenum tranficric. Quodad Chlodionem vero fpectat, certum efl illum , trajc&o Rheno , Cameracum ce- pifle , &; vicinam regionem ufque ad So- monam fluvium occupait. Illud tantum narrât Gregorius Turoncniîs ; verum ad- dunt Profper Se Idatius , ipfutn poftca ab Actiodeviclum , &: ex acquitta regionede- pulfum fuiife. Hxc illi pauciffimis verbis narrant, ncque ultra progrediuntur. Adria- nus autem Valefius aliique putant , fub hxc poftquam Romani recefferant, Chîodioncm iterum Cameracum cepiife ; indeque ad hanc amplaftcndam opinionem adducun- tur , quod in ipfo regni Chlodovei initio, Ragnacharius Francus Chlodovei cognatus Cimcraci regnaret ,qui , ut videtur , Chlo- dionis nepos aut abnepos erat : id quod fane vcroàmile videtur.

x PREFACE.

Quant à Chiftoire de la fuite de Childeric, qui détruit oit abfoiu- nientlefyftemeduP. Daniel , il la rejette commé une fable qui cho- que toutes les vraifcmblances. La voici cette hiftoire comme elle eft rapportée par Grégoire de Tours. Childeric Prince trés-diffolu , attente fur la pudicité des filles Françoifes : cela va jufqu a un tel excès , que les François le dépotent , oC prennent rcfolution de le tuer. Averti de cela il s'enfuit enThuringe auprès du Roi Bifin, biffant parmi les François un ami fidèle ypur. ramener peu à peu les efprits en fa faveur 3 8c lui donnant la moitié d'une monnoie d'or caflee en deux, dont il garda l'autre moitié , avec ordre de lui renvoier celle qu'il avoit 3 quand les François feroient bien difpofez à fon égard , pour marque qu'il pouvoir revenir furement. Après la fuite de Chil- deric , les François élifent pour Roi en fa place Gilles qui comman- doit pour les Romains à SouTons. Childeric eft huit ans fugitif au- près duRoideThuringe. Cependant l'ami aiant par fon adreffe difpo- les François à remettre Childeric fur le trône, il revient , 8c eft rétabli. Bafinc femme du Roi de Thuringe ,éprife de la bonne mine Ô£ des belles qualitez de Childeric , quitte fon mari 5 vient joindre Childeric, ôc l'époule.

11 eft à remarquer que félon D. Thicriï Ruinard qui a donnéle Gré- goire deTourSjChilderie s'enfuit enThuringe en 4^8. &C qu'il revint de fon exil huit ans après 3 c cft-à-dire l'an 466. Quand il y auroit dans ce calcul quelque petit mécompte d'années, l'argument que j'en tire n'au- roit pas moins de force comme on verra. GrcgoiredcTours vint au mon- de en J44, foixante-dix-huit ans après le rappel de Childeric. Il fut de- puis Archevêque deTpurs, & fut fouvent à la Cour des Rois Chilpcnc, GontranÔcChildcbcrtjil connoiiToit les plus grands SeigneursFrançois. Il a vu dans un âge mûr des centaines des fils de ccsFrançois qui avoient

Quod fped.it fugam Childerici , qua? R. P. Daiuelisopinioncm peffumdaretj eam ille ut fabulam hihîl verifimUitudinis ha- bentem f ejicit. En illara hiftoriam , ut nar- raturo. Gtegorio Turonenlî : Childérhus nimiain Inxnria dijfolutus , Francorum fi- lias ftupro corrumpere fatagit ; quafti rem non ferentes Franci , illume folio dcjiciunt &c interficere volunt. Re comperta ille fu- git in Thmïngiam ad Bifinum Regétn , apud Francos refïnqucns fidum hbi homi- nem , fracloque aureo , parrem ejus dédit amico , partem fîbi refervavit , pnveipiens ipfi ut partem , quamipfc retinebat, fibî miteeret quando Franci erga fe bene afiecti effent , quod fignum foret fe tuto pofle re-

Crc£. 7nr. dire. Poft Childerici fugam Franci libi Rc- a- "* gem ftacucrunt ./Egidium Magiftram mili-

l3" 2?' tum a Romanis miffum , rui apud Sueflîonas fedem habebat. Childericus o&o annos apud Thuringia; Rcgem manfic , demum-

que cum amîcus ille Francorum animum erga Chiidcricum mitigafîît , redux ille in Regnum refti tutus" eft. Baiina uxor Régis Thut ingia; & forma & vïrtutc Childerici capta , relicto viro fuo Chiidcricum adiit , qui illam in conjugem accepte.

Notandum au rem eft ex calculo D. Theo- derici Ruinardi , qui Gregorhim edidit, Chiidcricum in Thuringiam aufugiffe an- no 4yS. & poft annos oifto ab cxfilio rediif- fc , an no 466.' F.tfi in hoc calculo duo trcl- ve anni vcl demendi vcl addendi client, non invalidius effet argumentum quoutor, ut mox videbitur. Gregorius veto Turo- nenfis natus eftanno ^44. ideft annis 7S. poil revocatum Chiidcricum. Poftea vero ArchicfeiicopusiTuToncnfîs fuît : in œdîbus Regiis ChilpericijGuntchramnific Childs- bertiRegum frpe verfatus eft ; primoribus Francorum norus crat ( illofque frequen- tabat. Jam xtâte maturus,innumeros penc

PREFACE. xj chafle &C puis rappelle Childeric. Cecte tradition étoit trop récente pour qu'on pût lui en impofer jufqu'à ce point que d'écrire un faic faux de cette confequence , injurieux à Childeric, dont il avoit vu les petits-fils ; ce qu'il dit de la tuite ôc du rappel de Childeric doit donc palfer pour certain. Si quelqu'un s'avifoit aujourd'hui de nier le fiege de la Rochelle , nous n'aurions pas befoin de recourir aux Hiftoriens pour le réfuter : il y a encore aujourd'hui des centaines de fils de ceux qui s'y trouvèrent : mon pere y étoit âgé de 3 o ans ; bien d'autres pourroient dire la même chofe. Prenons un fait plus femblable à ce- lui de Childeric , ôc d'un tems plus reculé. Il y a plus de cent quaran- te ans ;( c'étoit l'an 1588.) qu'Henri III. craignant de tomber entre les mains du Duc de Guife , &C des Ligueurs , s'enfuit de Paris. Si quelqu'un nioit ce fait , la tradition eft encore allez récente pour le convaincre fans recourir aux Hiftoriens du tems. Bien des gens qui vivent encore ont M. le Maréchal d'Etrécs pere du Cardinal de même nom. Ce Seigneur qui mourut environ l'an 1670, quoique fort jeune loifque Henri III. s'enfuit, l'accompagna dans fa fuite. D'autres favent cela aufii finement , l'aiant appris de gens dont les pères avoient été témoins d'un fait fi mémorable.

Revenons à Grégoire de Tours. Il avoit vingt-deux ans l'an j66, cent ans après que Childeric eût été rappelle de la Thuringe. Il a cer- tainement vû plufieurs des enfans de ceux qui avoient contribué à fa fuite &: à fon rétabliflement. Il alloit fouvent à la Cour , & voioit tous les jours les principaux de la Nation. Comment auroit-il écrire un fait de cette importance s'il n'eût été vrai , &c le faire impunément, y aiant tant de gens qui fur des témoignages certains pouvoient attefter le contraire.

vidicillorum filios qui Childericum expu- lerant Se poftea revocarant. Recentiot h.-ec traditio crac , quam ut poffet errons impelli, ut geftum hujufmodi falfum deferi- beret , quod in dedecus vergebat Childe- rici , cujus ipfe nepotes viderai. Quod er- go dick de fuga illa Se reditu Chilperici Régis , certum Se indubitatum haberi dé- bet. Si quis hodie celebrcm illam Rupellx obfidioncm negaret , non opus effet nobis hiftoria: Scriptores adiré , ut negantem con- futaremus : funt hodieque centeni filii illo- rum qui obfidioniadfuere. Ipfi interfuit pa- ter meus 30. annos natus : multi alii îdip- fum dicere poffunt. Aliud geftum revoce- mus vetuftius , Se Childerici fuga: fimile. Abannis plus centum quadraginta ( anno feilicee 1 jS8. ) Henricus III. ne in manus GuiliiDucis Se Fœderatorum caderet, Lu- tetia aufugit. Si quis hodie id negatet ; traditio adhuc recentior eft , quam ut ne- ceffe fit ad hiftorix Scriptores ejus affe- Tomel.

rendx caufa recurrere. Non pauci adliuc fuperfunt , qui D. Marcfcallitm d'Eittées viderunt patrem Cardinahs ejufdem nomi- nis. Illevero quiobiic anno cireiter 1670. etli admodum tune juvenis fugientem Hcn- ricum III. comitatus eft. Alii non minus certo id norunt , quorum patres rem tam fingularem ab iis qui viderant edocti tefti- ficari potuerunc.

Ad Grcgorium Turonenfem redeamus. Viginti duorum annorum erac anno j66. tuneque centum anni elapfi cranc a revo- carione Childerici ex Thuringia. Quam plurimos fane vidit Grcgorius filios corum qui cum ad fugiendum compulerant , Se poftea revocarant. Ssepe aulam Regiam frequentabat , Se Francorum prxcipuos quotidie videbat. Quomodo rem cantam feribere potuiffec , mii vera illa fuiffet i Quo pacfo id impune feciflec , cum tôt fuperelfent qui certis teftimoniis contra ftare poifentï

c

xij PREFACE.

Ce qui peut donner à cette hiftoire un air de ridicule , ce fonties fables que Fredegaire y a ajoutées en faifant l'Abrégé de Grégoire de Tours. Le P. Daniel plus attentif à ramafler ce qui pouvoir établir fon opinion, qua féparer ce que l'Abbreviateur avoir ajouté à fon Au- teur , a mêlé fans y penfer l'un avec l'autre. Je fuis trop perfuadé de fàbortne foi pour croire qu'il l'ait fait à deffein. Ceux qui font verfez dans l'ancienne hiftoire de France , conviennent que Fredegaire en faifanr cet Abrégée y a inféré plufieurs fables fur la naiflance de Me- rovée„fur l'origine des François qu'il fait defcendre des Troiens , fur la fuite &C l'exil de Childeric, &c fur quelques autres points d'hif- toire. Nous convenons que ce que Fredegaire a ajouté à fon Auteur eft fabuleux : &C nous défendons Grégoire de Tours qui n'a dit de cette fuite de Childeric que ce que nous avons rapporté ci- deftus.

Qu'y a-t-il d'incroiable dans fon hiftoire: Cette pièce de mon- noye caflee en deux n'a rien que de plaufible ; &C d'ailleurs , quand cette particularité neferoir pas vraie, cela ne feroit rien au fond de l'af- faire. Le Pere Daniel fe récrie encore contre l'hiftoire de Balîne , qui quitta fon mari pour venir époufer Childeric. Mais les mariages de nos premiers Rois , même depuis qu'ils eurent embraffé le Chriftia- nifme , étoient fi peu ftables s que je ne vois rien qui choque la vraifemb lance. Grégoire de Tours qui a vécu Iong-tems avec les Rois, petits-fils èc arriere-petits-fils de Bafine ., n'a fe méprendre fur un fait de cette importance. Ce fut apparemment pour faire honneur à la mémoire de fa bifayeule que Chilperic donna à fa fille le nom de Balîne.

Quelle apparence , pourfuit le Pere Daniel , que les François aient pris pour leur Roi un Romain , &C un Chrétien comme étoit Gilles >

Verum inique cftFrcdcgarium cum Gre- gorii hiftoriam in compendium rcdegit, in Chilperici fugamultas adjecifTe fabulas, qua: apud Auctorem fuum non cxftabant. R. vero P. Daniel , dum argumenta undi- que corraderct , queis fuam fulciret opinio- nem , non advenir fc Gregorii narration! Fredegarii fabulas admifcere ;certum enim habeo ipfum non de induftria id egifle. Quotquot veteiem Francorum hiftoriam traûare folcnt , fatentur Fredcgarium in banc epitomcn ridiculas inferuill'e fibellas, de natalibus Merovei , de Origine Franco- rum , quos ex Trojanis ortos dicit , de fuga & exfilio Childerici , deque aliis quibuf- dam. Nos quoque fabulofa illa additamen- ta rejicimus ; fed Grcgorium defendimus , qui de fuga Childerici ea folum dixit , qua: iiipra retulimus.

Quid inliac ejus hiftoria non fide di-

gnum fucritî Nummus ille aureus duas in partes fraclius nihil non probabile habet : alioquin vero etiamli falfum illud elfet , nihilo tamen minus vera elTet illa tam cc- lebris hiftoria. Oppugnat Vir Cl. illam hiftoria; partem, quadicitur Bafina , relicto viro , Childcricum adiifle , iplique connu- biojunctam fuiffe. At prifeorum Regum Francorum connubia etiam poftquam Chri- ftianam Religionem funr amplexi , ram in- ftabilia &c parum firma erant , ut nihil hic contra verifimilitudincm deprehendam. Gregorius Turonenfis , qui ramdiu cumne- potibus Se abnepotibus Bafina: vixit, non poruit in re tanti momenti labi : videcur- que Chilpericus in proavia: fua: honorem filia: fua;, Bafina: nomen indidifle.

Quis putec, pergit Daniel , Francos fibi Regem Romanum &:Chriftianumadlcgiue, qualis erat jEgidius ; nihil unquam fimile

PREFACE. xiij Mais c'eft fc donner crop de liberté que de juger ainfi des fentimens de gens fi éloignez de nous. en ferions-nous s'il étoir permis de nier des faits , fous prétexte qu'ils font ou uniques ou extraordi- naires ? Quelqu'un pourrait nier auiïi que les Anglois ennemis jurez des François , &C du Roi Philippe Augufte , aient élû fon fils Louis pour leur Roi, à l'exclufion de Jean fans Terre & de fesenfans An- glois èc du Sang Roial d'Angleterre. Cependant le fait eft: certain, &c l'on s'écrieroit en vain , Quelle apparence y a-t-il ! D'ailleurs les François avoient étéjufqu'à ce tems-là fort mêlez avec les Romains. Ils fervoient fous les enfeignes des Généraux de l'Empire : ils fe trou- voient quelquefois en grand nombre dans la Cour des Empereurs , & y pofledoicnt fouvent les premières Charges. On trouve des exem- ples de tout ceci dans l'ample recueil qu'a tait Dom Thierri Ruinard à la tête de fon Grégoire de Tours , de tout ce que les Auteurs ont dit touchant les François.

Quant au Chriftianifme de Gilles il ne faut pas s'étonner s'il ne fut pas un obftacle à fon élection ; puifque les François étoient fi peu attachez à leur faulfe Religion , que quand Clovis fe fit bapti- fer^plus de trois mille d'entre eux fe firent Chrétiens avec lui, &C tous les autres fuivirent peu après fon exemple , fans qu'on voie nulle part que pas un ait fait la moindre refiltance. Ces fortes de gens fe foucioient fort peu de la Religion de Gilles , fi d'ailleurs ils trouvoient leur compte à fe foumettre à lui.

Un autre embarras que le Pere Daniel trouve , eft: à concilier le tems de la mort de Gilles avec l'hiftoire rapportée par Grégoire de Tours. Mais cela n'arrêtera gueres ceux qui font verfez dans les diffi- cultez Chronologiques. Ils favent qu'il y a une infiniré de faits trés- cerratns , dont il eft difficile & prefque impoifible de fixer le tems &C

vifumeft ; Sed an faseft nobis animos tans rémora: veruftatis explorateî Anlicetgefta rtegarc quiaunica vcl fingularia funtï Nc- gabit fortaffe quifpiara Anglos Francis &: Philippo Augufro infeniiffimos , ejus filium Ludovicum in Regcm fnum delegifle , ex- clufis Joanne Sine Terra di£to & filiis ejus ex fanguine Regio Anglicano ortis. Ta- men res eft certiflima , fruftraque clama- veris , Quis hoc credac ! Alioquin vero ad illud ufquc tempus Franci cum Roma- nis admodum mixti fueranr : fub Ducibus fxpe Romanis pro Imperio militaveranr. Aliquando mulci coruin fimul in Imperato- ria aula verfabantur , primaque Impcrii officia & minifteria gerebanr. Hujufmodi cxcmpla multa habes in ampla collcctione corum qua: ad Francos pertinent ex Scrip- toribus excerpra , qux Theodericus Rui- nardus nofter Editioni fua; Gregorii Tu-

ronenfis prxmifir.

Quod lpe£tat aurem ^î,gidii Chriftianif- mum; quid mirum fi non impedierit quomi- nus Franci illum in Regem dclcger int i Cet- te Franci ufque adeo falfa: fua: religioni non addicti erant , ur cum Chlodoveus Baptif- mum accepit , plufquam ter mille illorum Chriftianam Religionem fint amplexi. Re- liqui omnes poftca ejus exemplum funt fe- quuti , neque ufpiam Icgituf vel unum tan- ta: obftitiiTc mutationi. Sane illi vEgidii religionem parum curabanc,ii alioquin com- modum fibi putarent ./Egidio parère.

Aliam diflficultatem objicit vir dodus , non porte feilicet conciliari mortis ./Egidii annum cum hac Childerici fuga. Verum id parum afficiet eos qui in Chronologicis difticultatibus funt exercitati : non igno- rant enim multas res eue certiffime geltas , quarum vix poteû annus affignari. Hinc

xi<v PREFACE. Tannée. Cela vient de ce que les Hiftoriens , ou fe font trompez dans leur calcul, ou ont énoncé les chofes dune manière obfcure. Peut- être a-t-on mis trop toc la mort du Comte Gilles , ou trop tard la fuite de Childeric. Ceft l'exercice continuel des Chronographes de placer en leur année des faits certains _3 mais mis par divers Au- teurs en différais tems , fans que cela tire à conféqucnce contre les faits mêmes.

Je fuis doncperfuadé de la vérité de cette hiftoire : d'où il s'enfuit que Childeric avoit un Etat dans les Gaules, qui netoitpas éloigné deSoiffons,puifque les François fes fujets laiant obligé de s'enfuir, mirent en fa place le Comte Gilles , qui fe tenant à SoùTons , étoit à portée de leur commander. Je ne douce pas que Paris ne fut dans l'Etat de Childeric : il y a lieu de croire que c'écoit la ville de fa rélîdence. L'Auteur de la vie de fainte Geneviève, prefque contem- porain de la Saince , nous dit expreffement que Childeric réiïdoit à Paris ; &C que quoique Gentil , il avoir une il grande vénération pour cette fainte Vierge , qu'aiant un jour refolu de faire tuer plu- heurs captifs, il leur donna la vie à fa prière. Il demeuroitdoncen cette Ville., il étoit à portée de la voir fouvent.

Cela quadre fort bien avec ce que dit Grégoire de Tours de Chil- deric : qu'après fon rétablilfement il porta la guerre à Orléans , de qu'il alla enfuice allîcger & prendre Angers. Le Pere Daniel veut bien admettre cette expédition : mais il lui fait pafTer le Rhin pour venir faire la guerre à Orléans ôc" puis à Angers. Voilà une furieufe traite: au lieu qu'étant à Paris , il pouvoir le faire aifément. Je crois aulïi qu'il avoit reçu Paris de Merovéc fon pere , puifqu il avoit dès fajeuneffe un Etat auprès de SoifTons. Merovée avoit donc été le

autem provenu difficultas , vel quod hifto- ïix Scriptores in computo fuo erraverint , vel quod res obfcure narraverint. Forte citiusquam par effet iEgidii Comitis mors poiïta fuerk vel tardius fuga Childerici. In hoc femper exercitio verfancur Chrono- graphi , ut rebus vere geftis annum affi- gnent , quando a divedis Scriptoribus ad annos diverfos relatai funt , qua: tamen Scriptorum varieras illorum veritati nihil officie.

Veram iraque exiftimo hiftoriam illam ex qua fequitur Childericum in Galliis Re- gnum habuifle non procul Sueffionibus : quandoquidemcumFianctipfam e finibus fuis fugere compuliffent , in ejus locum j^gidium fubftitucrunt , qui cum apud Sueflionas fedes haberet , commode pote- rat ilHs imperare, Puto quoque Lutetiam A£l* Sakc- Regno Childerici fuiiTe : in eaque urbe

tarum Bol- p , . . . rr . cl

Un Ai mtn- lllum ut plurimum habitade. Auctor vi- fi pnnar. tx fanc~ta: Gcnovefx illorum vicinus tem-

porum , ira rem fe habere fuadet } cum ait Childcricum Lutetix fedem habuiiïe, atque etfi Paganum ufque adeo Sanclam illam Virginem veneratum elle , ut cum aliquando captivos quofdam neci traderc decrevilfec , illa rogante , vitam ipfis con- celTeric : unde arguiuir Lllum vere Lute- ti.E fedes habuilTe , ubi fréquenter poterat illam invifere.

Optime quadrat ha*c hiftotia ad caetera qua; de Childcrico narrât Gregorius Tu- ronenfis. Quod videlicet in Regnum refti- tutus apud Aurelianenles bellum geiTerirj deindeque Andcgavum ceperit. Expedhio- nem illam admitùt R. P. Daniel ; fed Rhc- num trajecilTe vult , ut apud Aurelianenfes &c Andcgavos bellum gereret. Longiirimam fane viam ipfi parât : quam brevior & faci- lior illa fuerit, fi Lutecia profectus fit ? Exi- ftimo etiam illum a Mcroveo pâtre Lute- tiam accepirTe, quandoquidem juvcnïs Re- gnum prope Sueffionas obtinebat. Mero-

PREFACE. m premier Roi de Paris , 6c c'en: apparemment pour cela que dès les plus anciens ceins , les Rois des François de la première race étoient appeliez Mérovingiens.

Rien n'eft plus oppofe à ce fyfteme du Pere Daniel que les com- mençemens du règne de Clovis , rapportez par Grégoire de Tours. Voici ce qu'il en dit. Après la mort de Childeric 3 Clovis fon fils régna en fa place. La cinquième année de fon règne y il fit la guerre à Stagre Roi, ( c'eft-à-dire , General ) des Romains 3 qui tenait fon. Siège a Soifons comme Gilles fon pere. Il marcha contre lui avec Ragnacaire fon parent , qui avoit un Roiaume comme lui. Ce Roiaume étoit Cambrai, comme il le dit plus bas. Il appella auili à fon fecours Cararic autre Roi François fon parent, qui poifedoic aulfi un Roiaume dans les Gaules. Rignomer frère de Ragnacaire , regnoit au Mans , Sigcbert à Cologne: 6c il y avoit encore d'autres petits Rois François dans les Gaules 3 parens de Clovis. C'en: Gré- goire de Tours qui rapporte tout ceci ; 6c à moins que de faire violence à fon texte , il faut dire que Clovis a commencé à régner dans les Gaules , &c que plulîeurs autres Rois y étoient établis dans le même tems. Ce qui ruine abfolument cette nouvelle opinion du Pere Daniel, qui prétend que Clovis eft au-delà du Rhin 3 6c qu'il ne palfa le Rhin pour entrer dans les Gaules 3 que lorfqu'il vint faire la guerre à Siagre auprès de SoilTons.

veus primus Lutctia: Parifiorum Rcx fue- rat, ideoque prïmx ltirpis Reges Mctovin- gici jam a prifeis tempoiibus appellati lune.

Grtg. Tut. Nihil validius R. P. Danielis fententiam I.2.C.2C. oppugnat, quam ipfa verba Grcgorii Tu- ronenfïs Chlodovei initia deferibentis : Mortuo childerico regnavit chlodovcchus fi- litts ejtts pro eo. Anna autem quinto regni ejus Siagritts Romanornm Rcx JEgidii filins y ad civil. ttem Sue (jionas t quam quondam fu- pramentoratus JEgidius tcr.ucrat \fcdem habc- h.it. Super quem Chlodovcchtis cum Ragnacha- rîo parente fuo , qui a dr ipfe Rcgnum tenebat^ 'veniens , &c . Rcgnum autem Ragnacharii

Canieracum erat , uc iufradicïtGregorius. Chîodovcus in auxitium quoque evocavic Chararicum alium Francoium Regnn co- gnatum fuum ,qui ctiam Regnum in Gal- lia poilidcbat. Rignomercs kem fracer Ra- gnacharii apud Ccnornanenfes regnabat. Sigibcrtus Colonie Rcx erat. Alii quoque .'.ancorum Rcges in Gallia crant Chlodo- vei cognaci ; unde mit hxc nova R. P. Da- nielis opinio , qui probare conatur Chlodo- veum ultra Rhenum natum çflê , &c tune prinium traniaclo Rhcno in Gallias intra- viiTe , cum bcltum Siagrio illaturus prope Sueuionas venic.

w.

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

SUR L'INAUGURATION DES PREMIERS ROIS

de France, le N I M B E ou Cercle lumineux , les Couronnes &; l'origine des Fleurs de lis, le Trône, le Scep- tre, la Main de Justice, les Habits Roiaux.

$. I.

L'Inauguration des premiers Rois.

'Action célèbre de reconnoître uri nouveau Roi, de le proclamer en cette qualité & de lui promettre obéiffance, s'eft toujours faite dans toutes les Nations du monde avec beaucoup de folemnité. Les Germains & les peuples Septen- trionaux élevoient celui qu'ils vouloient déclarer leur Prince ou leur Roi, fur un bouclier foutenu des principaux de la Nation : il étoit expofé à la vûë des foldats & du peuple , qui par leurs acclamations lui temoignoient leur joie de fon élévation , & lui fouhaitoient de longues années de vie & de règne. Ainfi fut élevé un nommé Brinion par les Caninefates peuples Bataves , qui occupoient une partie de ce que nous appelions aujourd'hui Hollande. Cela fe fit , dit Tacite, lelon la coutu- me de la Nation. Ceux qui portoient ainfi ce Prince , foutenoient, dit-il , ce bouclier fur leurs épaules. Il paroît pourtant par les termes de Tacite , que Brinion ne fut pas élù Roi , mais feulement Chef de la Nation.

Les Gots élifoient auffi leurs Rois en la même manière. Vitigés fut inauguré & mis fur un bouclier félon la coutume de ces peuples. Long-tems avant lui Julien l'Apoftat fut ainfi déclaré Augufte à Paris par fon armée. Il fut élevé

D I S Q_V I S I T I O P R JE VIA

T>e Inaugur ai' i one frijcorum Regum Francis , de Nimbo , de Coron is , ac de IniORUM origine , de Sono , deScEPTRO , de Manu Justitiae , deVESTiBVs 11e g ii s.

De ïmugurAÙone pr/fcorum Regum.

APuDNatïones omnes in more femper fuit} cum Regcm quempiam deligerent & procla- marent , fcfequc il 11 fubjîcerent , id cum apparatu & celebiitate magna peragerc. Germain , gciuefque Septentrionales , quem promulgare Principem vel Regem volebant , ("cuto impolîtum cri gère Iblebant, fuitentantibus primorîbus. Illic veto omnium con- fpeclui expolîtus , acclamationîbus milicum 8c popu-

larium excîpiebatur , gratulantium de deleclu > & piofpcra iplT multofque viti annos oprantium. Sic T.;ii:. bifl. dclechis fuit Brinio quidam a Caninefatibus Bata- +■ via: populis. Conflit ucus efl: , inquirTacitus, impofitus fcOto , more gémis , & fujiinemium bumeris vibratos. Ex verbïs tamen Taciti liquet illum non Regem, fed Ducem natîonis eleCtum fuilîe. Dux deliaitur, inquit îlle.

Eodcm quoque modo Reges fuos Gotthi promul- Cafpod.i. gobant, Viciges inaaguratus fuhfiuto impofitus , more ,8-f/'- 3l gémis ; dmque antea JuKanus Apoftaca Lucetix Pa- j4fmaiA"-

fur

i- 10.

S

DISCOURS PRELIMINAIRE. Xvij ïùr îe bouclier d'un piéton pour être vu de plus loin. On fe fervit pour la cé- rémonie > du bouclier d'un piéton , parce qu'il étoit plus large que celui d'un cavalier, &que le Prince pouvoir s'y renir debout plus commodément. Cette manière d'inauguration n'étoit pas Romaine ; elle avoit été introduite par Jes Germains 5c Jes narions du Nort , qui le trouvoient en ces tems-là en grand nombre dans les armées Romaines.

Grégoire de Tours raconte plufieurs inaugurations femblables , &: fait voir que c'étoit un ufage établi parmi les François & parmi nos Rois de la première race ; ufage qu'ils avoient ians doute apporté de de-là Je Rhin. Il raconte que Clovis après avoir fait tuer Cloderic , meurtrier de Sigebert fon propre pere Roi de Cologne , fut reçu par le peuple avec de grands applaudiflèmens , qu'ils exprimoient tant par leur voix , que par le fon de leurs parmes , & que l'élevant fur un bouclier, ils l'établirent Roi dupayis.

Le Roi Sigebert fils de Clotaire I. aiant conquis la portion de Règne de ion oncle Childebert, s'y établit en la même manière ; il y fut élevé iur un bou- clier , & déclaré Roi par les gens du payis. Cette même cérémonie eft décrite plus en détail dans l'inauguration de Gondebaud , qui fe diioit fils de Clo- taire I. & qui par la faction de Mommole fameux General de ces tems-là, fut déclaré Roi à Brive , qu'on appelle aujourd'hui la Gaillarde. Il fut, dit-il, mis fur une parme ; ceux qui le portoient firent rrois tours en le tenant ainfi élevé: mais au troihéme tour il tomba, enioite que ceux qui l'accompa- gnoient purent à peine l'empêcher d'aller à terre. Cela fut d'un mauvais au- gure pour lui. Il périt en effet peu de tems après , & Mommole eut le même fort que lui.

La cérémonie de faire trois fois le tour en portant Je nouveau Roi fur un bouclier, n'en: exprimée qu'ici . il peut fe faire qu'elle étoit en ufage ailleurs, & que la manière courte & précité dont ces inaugurations font décrites chez les Auteurs, a faitqu'on a omis ailleurs cette particularité. Peut-être aulîi que la difficulté de fe tenir debout fur un bouclier,dont la iurface étoit creufe d'un coté, (k en boffe de l'autre , obligeoit de le contenter pour l'ordinaire de monrrer feulement Je nouveau Roi fur un bouclier, fans que les porteurs changea/Tent de place. Il étoit en effet difficile que ceux qui ioutenoient ce bouclier , s'é- branlaifent pour marcher fans quelque péril que celui qui fe tenoit debout

tus fuir : clipeo enim impofirus &c Rex proclamatus fuit a genre Hla. Hic inaugurationis ritus plurïbus defenbitur, cum deGundovald*agirur qui fefilium -, Clilotariil.dicebac, quiqwc per Mummoii ftrenui ' 7" Ducis fadtionem Brivam Curretiam advenir : ibique ' ' pamu fitperpofitus , Rex efi levants ;i(ed cum tertio cum eodem girarent , cecidiffe jertur > ira at vix manibus c'tr- cumjttntium fujiemari potuljfet : id quod infauftum fuir aulpicium : peint enim haud diu poftea , & cum illo Mummolus.

Rirus iIlejquoii,qui novum Regem fuftentabant, in gyrum ter pvocedebant , hic folum exprimirur.For- tafle vero in alïis quoque inaugurarïonibus fie ageba- rurjfcriptorelque compendio Uudenrcs idomiferunt : forreque eriam,quia îs qui inauguiabatur,vix firmirer ftarc poterar in feuto , cujus altéra iuperficies con- cava s altéra convexa erat i novus Rex feuto îm- polîrus ut pkuimum monftïabarur taiitum , nec le loco movebant ii qui fuftentabanr. DirKcile quippe erat., incedenribus us qui on us geftabant , fine laplus C

Greg. far.

f. 2. f. 40.

pofuus feuto pedefir't fublatm embtens. Scuto pedeftn nempe , quia latîus erat clipeo equiris , in quo com- modius (lare poterat is qui iuaugurabatur, Hic in- augurandi modus Romanus non erat ; fed a Ger- mains & Septenrrionalibus gentibus , qua; tune in Romane exercitu magno numéro étant j îndudtus fuerat.

Gregorius Turonenfis quafdam hujufmodi inau- gurariones memurat > moremque hujulmodi apud Francorum prilCOS Reges viguille innuit , quem mo- rem ipfi ex Tranlrhenanis fedibus in Gallias induxe- rant. Narrât autem Chlodoveum , poft peremrum Chlodericum qui Sigibcrtum parrem fuum Coloniar Regem inrerrîci curaverat , a fubdiris ejus exceptum fuille cum magno plaulu, quem & voce & parmarum feurorumque tonituj clipeo impofitum, Regem fuum proclamarunt.

Grtg.Tur. Sigibcrtus Rex Chlotarii I.fîlius , cum partem illam *-4- S*- regni quam patruus iplius Childcbertus tenuerat, ar- mis fubegiflet , in ea Rex eodem ipfo more couftitu-

Tome L

JCVltJ

DISCOURS PRELIMINAIRE. fu/un plan fi mal uni 5 ne tombât à terre , comme il feroit arrivé à Gon- debaud, fi ceux qui croient auprès de lui ne l'avoient foutenu.

Il eft a remarquer que les deux premières inaugurations rapportées par Gré- gaire de Tours , Ce firent fur un bouclier 3 fuper clipeo , au lieu que dans la dernière de Gondebaud il fut misfur une parme , parme fuperpofîtus. On pour- ront peut-être croire que l'un fe prend ici pour l'autre. Car quoique comme nous avons fait voir au quatrième tome de l'Antiquité p. 50. il y eut quelque différence entre la parme & le bouclier qui s'appelle en Larin Scutum , ou Clipeuss ce qu'on appelioit Parma Parme , a eu différentes formes , dont quel- ques-unes approchoienc du bouclier 3 & il peut bien fe faire qu'on l'aura quelquefois confondue avec le bouclier. Il paroît pourtant que Grégoire de Tours les diftin^ue. Il décrit quelquefois la parme comme un fort grand bou- clier léger duquel les foldats s'aidoient pour paffer les rivières à la nage ; ce qui feroit croire que ces parmes étoient de quelque bois dur, ferme, creux ,& fort grand , fur lequel ceux qui paiToient ainfi les rivières appuyoient une partie de leur corps pour nager plus facilement. Parlant de deux hommes <pi s'enfuioient armez , & qui avoient échappé à leurs maîtres , il dit qu'ils paflerent la Mofelle en nageant fur leurs parmes ; enatantes fuper p armas pofitï amnem , m uheriorem egrejjî fait ripam. L'armée de Sigebert aiant été défaite par, les troupes de Gontran , il dit que les fuiards voulurent fe fauver a Arles ; mais que trouvant les portes fermées, ils furent obligez de pafTer le Rhône fur leurs parmes, que la violence du fleuve en emporta & fubmergea un grand nombre j & que ceux qui gagnèrent l'autre bord fe fauverent en nageant par le fecours de leurs parmes.

Il y a donc apparence qu'on fe ferafervi de la parme pour l'inauguration de Gondebaud, parce qu'elle étoit-plus grande que les boucliers ordinaires , & qu'un homme pouvoit s'y tenir debout plus aifément:de même que dans l'inau- guration de Julien l'Apoftat on fe fervit du bouclier d'un piéton, parce qu'il éroit plus grand que celui d'un cavalier.

Cette cérémonie pour l'inauguration pafla à Conftantinople , nous voions fouvent des Empereurs proclamez fur un bouclier, & quelquefois d'une manière allez finguliere. Il paroît même qu'elle y étoit tout-à-fait établie , puis- que Codin la rapporte dans le Cérémonial de la proclamation des nouveaux Empereurs. Voici comme cet Auteur décrit la cérémonie du bouclier.

periculo ftarc eum qui inaugurabatiu-, ut Gundoval- di ruemis exemple comprobatur.

Obfctvandum pi#)res duas inaugurationes a Gre- gorio Turoncnfi tecenlîras fuper clipeo fadas dici : în terria veto îca narrari : Ibique Pamut fuperpofîtus , Rex eft elevatus. Foi'tallc vero credatur alteium pio akero hic accipi. Etlî enim , uc în Antiquicate explanata tom. 4. p. 50. diximus , aliquid diferiminis efléc par- mam inter &: clipeum arque feucum ; parma tamen diveifis expreffa fuie formis , quarum quxdamad cli- peum vel feutum accedunc , potuitque nonnunquam parma pro feuto vel clipeo poni. Videcur tamen Gre- gorius Turonenfis clipeum tic feucum a parma diftin- guere. Aliquando enim pannam deferibir quali prœ- Grtg Tur. gra,1,ie fcutum levé , quo milices juvabantur ad flu- l. j. (. [ j. vios natando crajicientlos. Undc fortalleaiguaCur hal- l- 4- cc parrnas ex ligno quodam duriflimo &C concavo ac jo. prxgrandi concimiatas fuifte ; îllolque qui flumina na-

tando crajiceie volebaut , parrem corporis parma in- nixamhabuille uc facdîus nararent. De viris duobus loquens , qui amdsinitru&i fugiebant>& ab heii fui

ardibus clapfi Mofellam trajecere , fie habet : Enatan- tes fuper parmas pofiti amnem , in ttlteriorem egrefji funt ripitiu 1 itemque cum exeicitus Sigiberci ab exercitu Guntchramni proHigarus eft; in fiigam verh milites Arelacen pecebanc ; kd cum claufa; edent porta; , in Rliodanum fefe immittere funt coa&i : verum muhi fluminis vïolencia abrepti fubmcvfi funt. Qui vero oppofitam attigere tipam , parmt} hw adjuti adminiculo evafère.

Veriiîmile igitur eft parmam ad inauguracionem Gundovaldi adhibicam fuilfe , quia illa clipeo lacïoc erat , de Rex novus fuper illa commodius ftare pote- rac : ficut etiam in Juliani Apoftatx inauguratione feuto pedefiri ufi funt , quia latius erat clipeo cqui-i tis.

Hic inaugurandi ritus ctiam Conftantinopoli adhi- bebatur , ubi l.rpe Imperatores videmus hoc modo , & finguhuâ etiam lieu proclamari. Imo eciam viderur hune ritum ibi prxvaluille 3 &: confirmatum fuille , quandoquidem Codinus de Ofhciis modum piocla- ' maudi uov: Imperacoris ita ïetert. ^

DISCOURS PRELIMINAIRE. xtx » Après cela le nouvel Empereur saffoit fur un bouclier, qu'on élevé en- « fuite, afin qu'il puifïe être expole aux yeux de la multitude qui efl: en bas. » Le devant du bouclier efl: foutenu par l'Empereur pere de celui qu'il s'affocic » a l'Empire, s'il vit encore , &c par le Patriarche j les cotez* & le derrière du » bouclier, par les principaux Officiers de l'Empire , ou par des gens de la pre- » miere qualité. Si le pere du nouvel Empereur cft mort , c'en: le plus honora- » ble d'entre les Officiers ou d'entre les Princes , qui foutient avec ie Patriar- » chele devant du bouclier. Les cotez &le derrière lont foutenus à l'ordinaire.

C'étoit apparemment la difficulté de fe tenir debout fur un bouclier creux, qui obligea enfin de faire afloir fur ce même bouclier le nouvel Empereur. Ou peut-être auffi quelque accident femblable à celui de Gondebaud aura été la caufe de ce changement.

Nous trouvons dans un beau manuferit Grec de la Bibliothèque du Roi du P L. L dixième fiécle , une peinture David eft déclaré Roi monté iur un bouclier foutenu parfes gens. C'efl: l'unique tableau ou figure de cette célèbre cérémo- nie que j'aie jamais vu. Je croi que le Lecteur ne fera pas fâché de la trou- ver ici, d'autant plus qu'il y a quelques chofes à obferver que les Auteurs n'apprennent pas.

David élu Roi efl debout fur un bouclier rond foutenu par quatre hom- mes. Il fe tient fur le creux du bouclier à une extrémité relevée fur le devant. Son habit court a été fair de la pure imagination du Peintre , de même que celui de la troupe qui l'environne. Le feeptre qu'il rient fe termine en haut par une efpece de fleur de lis, fort en ufâge aConflanrinople , comme nous verrons plus bas. On en voit plufïeurs bien formées dans ce tableau fur la plate forme d'une maifon voifine , des gens regardent par les fenêtres, &: une autre de même fur le frontifpice d'une Eglife ou d'un Temple qui efl: tout auprès. David efl: couronné par un jeune homme. La couronne qu'il lui met fur la têre efl: un cercle orné de plufïeurs figures. Le jeune homme qui le couronne efl: lui-même couronné de laurier, & a autour de fa tete un nimbe ou cercle lumineux commeDavid. Celui qui le couronne efl: lui-même une Couronne perfonifiée ; mais comme riwrjA du genre mafeulin, on l'a peint ici en jeune homme félon l'ufàge des GreWdepuis les plus anciens tems. Ils perfonifioienr tout dans lêsftatuës , bas reliefs & peintures ; & h le nom de lachofe perfonifiée étoit mafeulin, ils la reprefentoient en homme ; fi féminin,

Pojiea twviis Imperator fedet in clipeo ,fti dehide eri- gttur s ut multitude infra pofita ipfnm videre pojfît. Pars clipei anterior [uflematur ab Imper atore pâtre > qui filium fibi Imperxi focium déclarât (ft tamen ni viv'ts fit,)necnon a Patriarcha. Latera&pars pofierior fuflineiitur ab Us qui prscïpua Imperii officia gerunt , vel a primoribtts Imper H. Si tiovi Imper.ttoris pater obierit , qui in officiis vel inter optimates primas tenet , cum Patriarcba partent clipei an- teriorem fijlcntat ; latera & pars pofierior pro more te- ventur.

Verifimilc eftob cîifficultatcm ftandi in clipeo con- cave j provifum fuiflc ut novus Imperator fédérer. Vel fortafle ex cafu quopiam Gundovaldilapfui iimi- li , mutara cerimonia fuerat.

In elegantilîimo Codicc Grxco Bibliorheac Regia: decimi fa?culi,depicta imago babetur ,ubi David Rex promulgatur clipeo fuperpoiitus & a fuis fuftentatus : hanc unam hu jus cerimonia: imagincm vidi ; nec in- gratum Lcctori puto fore ca bjc apponatur , cum maxime quxdam hîc obfervcntur, qui a Scriptoiibus non referuntur.

Tome I.

David clipeo nixusfbvt a quatuor viris fuftenratus. In concava autemelipei facie exrremam ille pattem occu- pât, qux ibidem refledtitur. Breviore indutus eft vefte ex pittoris arbkrio factajUt&aliacircumftantiijm. om- nium veftimenta. Sceptrum ej us flore lîlii terminarm- , qui flores Conftantinopoli ad ornât us varïos Ùi ufu erant j ut ïnfra diectur. Multi etiam hujufmodi flores vifuntur in piano tcdto vicinarumxdiumjiibi quidam per feneftras rem qua-agitur fpedtant. Flos Iilii unus etiam conipickur in frontifpicio viciai Templi. David a juvene quopiam coionatur : corona eft merus cir- culusfiguris ornatus.Qui coronat illum juvenis3lauro Se ipfe coronatus eft , Se circa caput uimbum habec ut cV David. Juvenïs sutem ipfe Corona eft:, periona: more repra'tenrata : fed quia «fafof generîs eft maf- cuiini j ideo ut adolefcens exhibetur, fecundum mo- rem Graxorum jam a prilcis temporibus obfervatum. Omniaquippe perfonarum more pïngebant inftatuis, anaglyphis & pi&uris : & li nomen rei,quam perfona: forma- de pïngere volebant , mafeulinum eflec , illani ut viiura repraîfentabaiic j fi fœmininum,utfœminam.

xx DISCOURS PRELIMINAIRE.

en femme. Ce n'eft pas la première fois que j'ai rh*m U couronne repre- fentée en jeune homme. Le Peintre Grec qui a fait eette image , a peint l'in- auguration de David ' félon l'ufage reçu alors à Conftantinople , ignorant fans doute que cet ufage étoit venu du Nort, & n'avoit jamais été connu en Judée, David avoit été couronné.

Ç. II.

Le Nimbe ou le Cercle lumineux.

Il n'eft point d'Art ni d'Ufage dont on ne veuille découvrir l'origine ; mais tout ce qu'on peut faire le plus fouvent , eft de trouver quel eft le premier Auteur qui en ait parlé , ou le plus ancien monument qui l'ait repre- fenté. La même difficulté le rencontre à déterrer quand ont commencé ces cercles lumineux qu'on mettoit anciennement à la tête des Dieux & des Em- pereurs Romains , & qu'on a mis depuis les premiers fiecles du Chriftianifme, à la tête de Notre Seigneur , des Anges & de tous les Saints.

A l'imitation des Empereurs Romains, nos Rois de la première race mi- rent cet ornement à leurs portraits &c à leurs ftatuës. On le voit en un affez grand nombre de celles qui ont été confervées jufqu'à notre tems , & cela m'engage à en parler au commencement de mes recherches fur les monu- jnens de la Monarchie Françoifè.

Ce cercle lumineux s'appelloit en latin nimbus , mot fort ufîté dans les an- ciens Poètes , & dans d'autres Auteurs , il a différentes lignifications. On le prend (ouvent pour un vent impétueux , ou pour un vent accompagné de pluie. Par métaphore quelques-uns fc fervent de ce mot nimbus pour marquer tout ce qui tombe dru & avec rapidité ; comme nimbus florum des fleurs jet- tées en grande quantité. Au même fens on dit , nimbus faxorum , fagittarum , & nimbus equitum , une troupe de Cavalerie qui fond fur l'ennemi : nim- bus numifinatum eft encore une expreflion en ufage pour marquer une lar- gelfe.

On prenoit auffi le nimbe*pour une bandelette que les femmes mettoient à leur front pout en diminuer la largeur. Plaute en parle dans fon Pœnulus : & long-tems après, Arnobe , liv. i. & Servius Commentateur de Virgile , en con-

Vidi ego alibi tUo.v>v juvenis forma depiéhrm. Qui hic dcpinxir , Davidis inauguracionem exhibuk le* cuiidum moretn cum Conftanùnopoli receprum , ignorans urique rirum hujufmodi ex Sepcentnone ve- niire , neque unquam agnicum fiiine in Judiea.

. §1 1-

De Nîmbo.

Nulla ars.nulla confiierudoeftjCujusorigoo: pri- mordia non perquirantur; fedea atringere 6c explorare difficile eft. Mo cancum pervenimus plerumque,iu co- gnofeamus quis primus Scripcor illam memoraveric, vcl quod antiquius monumentum illamrepra:fenrave- rir. Hanc iplam difficulcarcm experimur dum per- quirimus quandonam ccepere Nhlibi , live circuli illi lucidi) qui olim capica dcorum, neenon Romanorum Tmperacorum exornabanc , quique a prïmis Ecclefix iîrsulis , Cluifti j Angelorum & lanctorum capiribus

exornandis adlribiri fane.

lmperatorum exempta Regcs Francorum prima; ftirpis , nimbum in ftacuis Si imaginibus fuis apponi curarunt. In multis enim qua: ad noftra ufque rempo- ra pervenerunr , ornamentum illud vilîtur : ideoque inicio hujufce operis accurarius rem illam difqirirere opéra: precium fucrir.

CirculusillelucidusM/H&Hj vocabatur, qua: vox fa:pe occunit apud veteres Poë'tasj aliofque Scrïpto- res : farpe ventum validum fignificat , vel vcntiini cum ptuvia, Mecaphorice apud quofdam Scriptures Nimbus dicitur quidquid couferrim Se rapide cadic ; fie nimbus florum , flores nempe ubemm jatti , nim- bus faxorum , fagirtarum , nimbus equitum ; id eft , turma equitum hoftem imperentium : nimbus numif- matum i hoc cil: , niimifrrma larguée eftufa.

Nimbus etiam dicebatur fafcîola , quam mulieres froiui apponebanr , ut ejus Iatitudinem minucrent. Armb. l.x. De illa ce Plautus in Pœnulo : Amobius Se Servius iaterpres Virgilii falciolarum hujufmodi ufum con-

DISCOURS PRELIMINAIRE, Af- firment I'ufage. Il paroîc que les femmes de ces tems-là fe flatcoient qu'un front moins large ' contribuoit à les faire paraître plus belles.

Nimbus fe prend auffi fort fouvent pour une nuée claire & lumineufe , qui félon l'opinion des Idolâtres environnoit la têre des Dieux quand ils appa- roiflbient aux hommes, & qui fe terminoit en cercle. Nimbo effulgens, dit Virgile parlant de Minerve. Servius fon interprète explique ainfi ce nimbe : c'étoit, dit-il, une nuée divine autour de la tête des Dieux & des Déeues. En un autre endroit de l'Eneïde , Virgile reprefente la Lune dans an nimbe. Et Lucien dit que la tête de la DéeiTe Syrienne , étoit rayonnante , M xe- ««tîw i.pfn. Les Romains avoient ians doute pris des Grecs cette coutume , comme la plupart des autres. Nous voions en effet dans Homère , liv. 4e de l'Iliade , que Pallas defeendit de l'Olympe brillante comme une étoile : ce qu'il répète encore en un autre endroit parlant de la même Déeffe.

La flaterie inipira aux courtifans des Empereurs Romains de mettre cet or- nement divin à la tête de leurs ftatuës : c'eft ce que rapporte Servius expliquant un vêts de l'Enéide. Le nimbe, dit-il , eft proprement cette claire nuée qu'on fuppole être autour de la tête des Dieux & des Empereurs. On voit, quoi- qu'affez rarement, ce cercle qui renferme une nuée lumineufe autour de la tête des Dieux dans les images , bas reliefs & ftatuës , qui font venues jufqu a nous. On y remarque plus fouvent une couronne radiale , furtout aux têtes du Soleil.

Ce que Servius dit , que la claire nuée fe mettoit à la tête des Empereurs , le trouve juftine par un bien plus grand nombre d'anciens monumens. Il eft à remarquer que ces mots de Servius, Imperanthm capta tjua.fi clara nebula, am- btre fingkur , femblent matquer qu'on ne le mettoit qu'aux images & jamais à la tête même des Empereurs. Nous trouvons le nimbe à un bufte de l'Em- pereur Claude , gravé au cinquième tome de l'Antiquité expliquée,^. 161. & fut un bas relief , qui nous montre Trajan chaflant à cheval. Cet Empereur y porte le nimbe exprimé par une ligne circulaire autour de fa tête. On le remarque auffi fur un revers d'Antonin le Pieux. Cet ornement divin fe voit encore autour de la tête de Valentinien IL dans le difque d'argent trouvé depuis peu à Genève , ce Prince eft reprefenté faifant une largeffe à fes foldats après une vi&oire. Nous voions auffi le nimbe fur des médailles de

firmant. Hinc argui videtur mulieres illius revi frontes angulriores venuftati aliquid conferre putaviflè.

Nimbus demum nubem claram lucidamque fa?pe fignincat. Qux fecundum Idololattarum opinionem , deorum caput ambibat , quando fe hominibus conf- piciendos pnebebanc, quxque in circulum delînebat.

JE». 1. 1. Nimbo egulgem , inquitVirgilius de Minerva loquens, _ quem nimbum ait Servius fuillè nubem divinam cir-

I mi m IL c"m "pira Dcoram Dearumque. Alibi autem Virgi- SjrU. iius.^" L"i\"» *&«*• fuiue dicit. Lucianus de Dea Syria ait , Wt xtç**» iaithmt çcpîtt , capite radios gcjl.it. Romani hune moremaGrxcismutuati fuerant, ut & exterorum maximam pattem. Apud Homerum utique , 1. 4. lliad. Palladem ex Olympo defccndillè vidcmusjfulgemem quaii Itellam , quod de eadem ipfa dea alibi tepetit.

Rornanorum autem Impetatotum adulatores fua- feie iplis ut hune divinum ornatum itatuatum fuaram eapitibus apponerent ; id quod Servius ad hune ver- fum Virgili refert:

Et Lutum in n'mbo MX ùtttMptiU ferebat.

Proprie Nimbus eft , inquit Servius , qui deorum vel Imperamium capita quaft clara tutstid ambire fillgitur. Hujutmodi lucidus circulus circum capita deorum in imaginibus , anaglyphis & ftatuis eorum , etii raro confpicitur in Monumentis , qux ad nos ufque ve- nerunt ; fxpiufque corona radiata exornantur, ma- ximeque Solis capita.

Quod veto dicit Servius , claram illara nebulam Imperanrium eapitibus apponi , longe pluribus mo- numentis anèritur. Obfervandum porto eft hxc Servit vetba , Imperantium capita qitafi clara ttebald ambire fingitur , ilîam imaginibus folum , non autem ipfis eapitibus , apponi 3 (ignificarc. Nimbum obfeiva- mus in protome Imperaroris Claudii Anriquitatis ex- s planarz , tomo V. pag. 161.ÔC in anaglypho Traja- , '<f. num equitem venantem exhibente,ubinimbumcapite geftat , circulari linea expteilum. Obfetvatur quoque nimbus in poftica facie nummi AnromniPii, Con- ipicitur quoque nimbus circum caput Valentinianill. in dilco argent eo , qui non ita pridem Genevre reper- - tus fuit , ubi teprxfentatiir poil viftoriam militibus largirionem faciens. Nimbum videmus quoque in

. c "j

-

kxij V 1 S C 0 V R S PRELIMINAIRE,

Juftin & de Juftinien , dans celles de Maurice & de Phocas , & dans d'autre? médailles de tems pofterieurs. Les peintures nous le reprefentent plus parfai- tement. On le trouve dans M. du Cange en Tes familles Byzantines fur les portraits d'Eudocie , femme de Bafile le Macédonien , & de fes deux fils Ale- xandre & Léon, i 3 9- & fur ceux de Romain Diogene , & de l'Impératrice Eudocia fa femme. Un manufcrit Grec de laBiblioteque de M. l'Evêque de Mets, reprefente en peinture l'Empereur Nicephore Phocas Ôc fa femme Ma- rie avec le Nimbe. En un mot les Empereurs de Conftantinople ont toujours mis le nimbe à leurs images jufques à la prife de cette ville par Mahomet II. qui arriva en 1453.

Les Chrétiens des premiers fiecles appliquèrent cet ornement aux images de Notre Seigneur , de la fainte Vierge & des autres Saints. Nous en voions des exemples dans les plus anciennes peintures qui fe font confervées à Rome juf- qu a notre tems, reprefentées par le B0110 dans fon Roma fukerranea p. 2. 9 , 1 3 1 , 1 3 3. & dans plufieurs autres endroits du même livre. On en remarque encore dans certains verres des plus anciens tems du Chriftianifme ,qui montrent en peinture Notre Seigneur , les Apôtres & d'autres Saints. M. Buonaroti très-ha- bile Antiquaire , defcendant de Miquelange , les a donnez en figures dans fon livre imprimé a Florence en 1 71 6. On mettoit auffi le nimbe à la tête des Anges félon Ifidore , /. 19. c. 3t. il s exprime en ces termes : Lumen quod circa Angelorum capita fmgitur , nimbus vocatur. Les premiers Chrétiens avoient peut-être pris des idolâtres cette coutume comme beaucoup d'au- tres , émanées du culte légitime des plus anciens tems , & qui n etoient cri- minelles que dans l'application. Ils pouvoient auffi s'autoiïfer de l'Evangile, Jefus-Chrift apparoit dans fa transfiguration refplandiflant comme le foleil , & les trois Apôtres qui laccompagnoient, couverts d'une nuée lu min eufe. Quoi- qu'il en foit , cet ufage a duré prefque jufqu'à nos jours : nos anciens tableaux reprefentent Jefus-Chrift, la fainte Vierge, les Anges & les Saints, avec le nimbe ou le cercle lumineux.

Nos premiers Rois,qui depuis le grand Clovis fe conformoient dans leurs orne- mens roiaux à ceux des Empereurs Romains , mirent auffi le cercle lumineux à leurs ftatuè's ou peintures. Clovis , dit Grégoire de Tours, aiant reçu de l'Empe- reur Anaftafe des Codiciles dii Confulat , ïe revêtit de la pourpre , prit la Chla- myde , mit le diadème à fa tête, fit des largelfes d'or & d'argent , tk. depuis ce

nummis Juflini & Juftiniani , Mauricii item & Pho- ca: , ïn aliifque poftciiorum tempomm. In tabulisve- i*o depicFis clarius delinestur. In familiis Byzanrïnis Cangii nimbus habetur in tabula dcpi&a Eudocia: uxoris Bafïlii Macedonis , fîlionimque ejus Alexandri & Leonis,pag. 139. neenon Romani Diogenis & Eu- d)bl. Ccif- doej^ tixoris ejus. Codex Grscus Bibliothcc.c D. Epif- l'"-J)- *34- copi Merenfa Nicephomm Phocam exhibet nimbo ornatum ut & uxorem ejus Marïam. Uno verbo Con- fia ntinopolicani Imperatores nïmbo fempev capica iua exornamnt ufquc ad captam urbem per Mahome- tem II. anno 14^}-

Chriflîani pdmis Ecclefia: feculis hoc ornamentum appofuerc imaginibus Chrilli , B. Maria: Virginia & Sancïonim : cujus rei exempta confpicimus Roma; in antiquifïïmis picluvis , qux ad noilrum ufque ïvum devenerunt ,.&a Bofioallata: funt in Roma lubtcrra- nea,pag. 29 , 131 , ijj.inque aliïs locis. ViUmtur ettam in vitreis pieburis piifcorum Chrillianilmi (a> culorum , Chriilus > Apofloli aliiqueSanclicum nim- bodepiebi. Vir cl. Bonatota ex celebd Ulo Michaele

Angelo ortus , hax erndire protulit in libro fuo Flo- l'enrix eufo anno 1716. Nimbus ctiam circum caput Angelorum ponebatur celle Ifidoro 1. xix. c. 31. Lu- men quod circn Angelorum Ctipitx pingitur , nimbus va- catur. Prifci Chriftiani hune fortaûc morem ex Idolo- latris accepere ; ut & alias confuemdines, qua: non- nifïex falfocultu malx étant ; poterantque illi etiam Evangelii auclaritacem afferre , ubi Chriilus inTrans- tigurationereiplenduic iîcut fol &: très Apolloli co- mités nube lucida obumbrati funt. Ut ut res eit , hic ufus ad noflram pêne xtatem pervenit. Veteres enim depicla; tabulx Chriftum , B. Virginem , Angelos &C Sandlos mm nimbo reprarfentant.

Prifci Francorum Reges a Chlodoveo I. qui otna- menta Regia Impcratoriis fîmilia alTumebanc , nim- bum etiam in ftatuis fuis & in depîcFis tabulis expri- merel folc-bant. Chlodoveus, inquit Gregorius Turo- nenfis, cvdhUlos de Cou fulatu ab Anaftafio Imperatore ^ accepit , & m Bafilha fantYi Martini tunica bUuten in- dutus eft & chlamyde , imponens vertiti diadema. Tune afeenfo çquUç uttrum argenrumque poptiDs manu proprÎA

DISCOVKS PRELIMINAIRE.' xxiij tems-là il Rit appelle Coniul & Augufte. Il y a apparence qu'il faifît alors bien d'autres ornemens Impériaux , &; que depuis cette cfpece d'inauguration lui 6c fes fuccefleurs mirent le nimbe à leurs images. Ainli les voions-nous à notre portail del'Eglile de faint Germain des Prez , portail pratiqué dans la grande tour qui relia entière de l'ancienne Eglife loriqu'eile fut brûlée par les Nor- mans. lont Clovis, fes quatre fils, Thierri, Clodomir, Childeberc & Clotaire; & deux Reines, Clotilde femme de Clovis , Ôc Ultrogothe femme de Childe- bert Fondateur de l'Abbaye de faint Germain des Prez. Tous portent le nimbe hors Thierri qui ne l'a plus aujourd'hui ; mais il l'a eu certaine- ment autrefois , comme il eft aifé de juger par la diftance vuide qui eft entre fa tête & le mur.

Je fçai que quelqu'un a dit que ce portail n'étoit pas de la première fonda- tion , &que les Rois font autres que Clovis &c fes enfans. Mais on croit pouvoir démontrer que la grande tour fut bâtie avec la première Eglife , hors la pointe font les cloches , qui fut ajoutée par l'Abbé Morard lorfqu'il rebâtit J'E- glife au tems d'Hugues Capet & de Robert, comme on fera voir ailleurs plus amplement. Une preuve certaine que ces ftatuës font de Clovis & de fes quatre fils , c'eft que plufieurs d'entr'eux tiennent des rouleaux font écrits leurs noms en lettres Romaines , dont quelques-uns fe lifent encore , quoi- qu'avec afTez de peine. Sur le rouleau déploie d'un de ces Rois, on lit CHLODMRIVS , c'efl Clodomir. Sur celui d'un autre les lettres du milieu font effacées ; mais on y lit encore CHLO ... VS; c'eft certainement CHLOTHA- RIVS. Ce font donc les Rois tels qu'on les a mis au tems de la première fon- dation. On y voit d'ailleurs Je goût groffier de la ftatuaire du tems de la pre- mière race, ou Ton faifoit les ftatuës tout-à-fait plates comme lont toutes celles qui portent le nimbe , & qui Le remarquent dans d'autres Eglifes. Du tems de Pépin Se de Charlemagne on donnoit plus de rondeur aux ftatuës comme nous dirons plus bas.

Une chofe à remarquer, de qui prouve que les ftatuës du portail ont été faites du tems deChildebert, c'eft que des cinq Rois , il n'y a que Clovis 6c lui qui aient unfeeptre, parce qu'il n'y avoir qu'eux deux qui euflent juiqu'alors été Rois de Paris. Clotaire le fut depuis la mort de fon frère Childebert. Si le portail

fptrgens , voluntme hemgiùjJiniA erogavlt , & ab ea die tamqtuim Conful aut yiugujius eft voàtetus. Verifimile- que eft illum tune alia quoque imperialia ornamenta alVumfifle , Si poil talcm inaugura tïonem ipfum fi- liofque ac nepotes imaginibus fuis nimbum appo- fuillc. Hoc illos ornant inftru&os videmus in majore oftio Ecclefîx noftrxS. Germania PiatiSj quod oftium in magna turri eft. Hxc vero rurris fola penicus illxfa manlit quando Normanni veterem Ecclefiam com- bullerunt. In oftio illo lune Chlodoveus, quatuor fïliï îpfius ,Theodoricus,Chladomcres> ChildebertuS)&: Chlotarîus, ac dus; Régi lue ,Chlotildis uxorChlodovci Se Ukrogorha uxor Childebertï , qui Monafterium S. Germani a Praris fundavit. Omnes nimbum gef- tant prxterTheodoricum3 qui non ulcra illo ornatui; fed eum olim certiiltmc habuit , ut ex fpatio vacuo inter murum & capur iplïus arguitur.

Scio dixillc quempiam hoc oftium non prima: fun- darionis-clie > Regclque iftos nec CUlodoveum nec filios elle. Verum demonitrari poteft turrim magnam cuni prifea Ecclelia ftructam fuïile ptxter apicem ubî campanx funt , qui addicus fuit ab Abbate Mo- ratdo, quando is Ecclelîam rexdilkavit tempore Hu-

gonisCaperi & Roberrï , ut infra phuibus commonf- rrabitur. Hinc autem probatur hafee ftatuas eileChlo- doveï Se quatuor Hlioi um ejus,quod aliqui ex jUîs ro- tulos tentant , in queis nomina eorum feripta erant, quorum quxdam adhuc , etli non fine labore legun- tur. Literis autem Romanis veteiibus feripta funt. In rorulo unius legitur CHLODMRIVS. In alrero média; literx erafx funt : legitur tamen adhuc 3 CHLO. .. VS; cftque cexoSîme Chlotarius. Hi ergo Reges tempore fundationis Ecclelia; hîc appo- liti funt. Hîc rudem arris ftatuarix rationem adver- timus , qualis erat illa iub prima Rcgum ftirpe. Sunc enimftatux omnino plana; parvam habentes denfita- tem j nullam rotunditatem. Hujulmodi (une omnes illx qux nimbum geftant. Qux criam in Ecclefiis aliis comparent. Pipini 5c Caioli Magni tempoie major rotunditas ftatuis indebacur , ut infradicemus.

AHud obfervamus , quo probatur ftatuas hujufce oftii faclas fuifte tempore Chïldeberti, Ex quinque Regibus j Chlodoveus & Childebertus foli feeptrum. geftant, quia tune illi foli Reges Lutctix Parifiorum fuerant. Chlot2rius poft mortem Childcbcrti feattîs fui tantum, Rex Lutecîa; Parifiomm fuit. Si oftium

fafc DIS C 0 V R S PRELIMINAIRE.

avoit été fait ou du tems que Clocaire regnoit à Paris , ou après la mort.de ce

Prince , il auroit un fceptre comme les deux autres.

Dans la plus vieille partie de l'ancien cloître de S. Denis en France , donc differens côtez ont été faits en divers tems, on voit deux ftatuës de nos Rois fort femblables a celles du portail de S. Germain des Prez , & fi plates qu'el- les n'ont prefque aucune rondeur ; ce qui donne lieu de croire qu'elles ont été faites du tems de la première race. Ces deux ftatuës portent aulïï le nimbe , & feront reprefentées avec les autres en leur place.

À l'Eglife de Notre-Dame de Paris , les ftatuës du troifiéme portail , qui eft du côté de l'Archevêché , y ont fans doute été tranfportées de l'an- cienne Eglife. D'habiles gens qui les ont confiderées avec moi, ont d'abord été de mon fentiment. Il eft fort aifé de s'en convaincre par la forme de ces ftatuës, qui eft fort plate, & tout-à-fait du goût & de la fculpture des précédentes, il s'en faut bien quelles n'aient la rondeur des autres qu'on voit en grand nombre fur le haut du frontiipice3 ni de celles des deux autres portails. Une marque certaine quelles font de l'ancienne Eglife, c'eftquede tout ce grand nombre de ftatuës de Rois qu'on voit à ce frontHpice , il n'y a que celles-ci qui ont le nimbe. Les autres qui ont cet ornement font des fta- tuës de Saints.

Au portail de l'Eglife Cathédrale de Chartres , dont M. l'Abbé Briîlon Chanoine de la même Eglife , m'a communiqué le deuein , au bas du fron- tifpice il y a huit figures avec le nimbe, du même goût que lesprécedemes. Ce font les ftatuës de trois Saints , de deux Rois & de trois Reines , de ceux & celles fans doute, qui avoient orné cette Eglife de leurs bienfaits. Quoique je n'aie point examiné les chofcs fur les lieux , je croi qu'il peut bien fe faire que de tout ce grand fronrifpice, il n'y a que ces huit figures d'enbas qui foienc de la première Eglife. Ce qu'il y a de particulier à ce portail , c'eft que les cou- ronnes de ces Rois & Reines font radiales ouàraions: ce quis'oblerve auftifur unfceau de Louis d'Outremer.

Il y a grande apparence que Pufàge du nimbe établi vers le commencement de la Monarchie Françoife dans les Gaules , cefla avant la fin de la première race. Ce qui paroît certain , c'eft que du tems de Pépin &c de Charlemagne , on ne metcoit plus ce cercle lumineux aux images des Rois. Cela voit au

factum fiiïflèt , vel cum îpfe Chlotarius Lutetïa: re- gnaret , vel poft mortem illius , îs haud dubïe eciam ïceprrum geftaret.

ïn vctuftiore parte antiqui ClauftriMonafteiiifanc- ti Dionyfii in Francia , cujus diverfe partes diverfis temporibus faÛx font , dua: Regum ftactUÊ vifuntur admodum fimiles lis quac funt in oftio fancti Germa- ni a Pratis , cadcm omnino fculptur.T ratione fa£br, aux illa? priores, fine u'k pene rotundirate : credi- turque illas fut) prima ftirpe fculptas fuitlè. Nimbum porro geftant & LUû loco depingcwur.

In Cachedrali Ecclciïa B. Maria; Parîfienfis 3 ftatua: tertia: ports,qua itur ad Archiepifcopales a:des\cx vo teriEcclelîa haud dubie iftuc tranl1at.r funt. Viri qui- dam eruditi & perfpicaces qui illas mecum explora- runt,ftarim in iententiam meam deflexerunt. Idiplum cenfebunt ii qui attendus illas difpicicnt : ica nem- pe tenues funt & rotunditate Carences , ut ilUe quas modo memoravimus. Alix autem qua? in iuprema frontifpicii parte & in aliis portis habentur rotundio- res funt. Hinc porro arguituc illas priores prUce Ec- clefia: fuille , quod ex maguo îllo ftauiarum Regum

& aliorum numéro, qua: in fronrîfpicio 5c in aliîs portis habentur, nulla nimbum habeat , prarterquam eas que ad Sanâos pertinent.

In majori oftio Ecclefix Cathedralis Camotenfîs , cujus delineationem concinne fattam mecum com- municavit Dominus Abbas Brillonius iftiiis EccleiKE CanonicuSj in ima Frontifpicii parte oclo ftatua: funt cum nimbo , eadem fculpcura: ratione facta? qua prar- cedentes. Sont porro ftatux trium Sandtorum 3 duo- rum Regum & trium Rcginarum , corum vicîelicet qui jpûsdona vel bénéficia contulerant. Etfi rem in ipfo loco non exploraverim , certum habeo ex toto il- lo magno Fronrifpicio iolas ofto ftatuas hafee ex prif- ca Eccleiia cife. Illud autem hîc fingulare compa- rer , quod coronae Regum Reginarumque radiata: fint. Id etiam oblervatur in figillo Ludovic! Trauf- marini.

Veridmile omnîno eft , ufum nimbi ? qui fub înî- tium Mortarchiz Francicc in Gallias induâus eft , ante fînem prima: ftirpis ceflavifte : certum utique vi- detur rempore Pipini 8c Caroli Magnî jam ab hac confuetudine ceflatum fuifle ; id quod obfervarur in

portail

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. xxv portail de l'Eglife de S. Denis , plus ancien de plus de quatre fiecles que l'E- glile , qui fut b.itie & fort avancée du tems de l'Abbé Suger ; mais qui ne fut totalement achevée que durant le règne de S. Louis. On laiffa fur pied l'ancien portail , le frontifpice & les clochers , qui paroilToient affez répondre à la beau- té de la nouvelle Eglile. Ce portail avoit été bâti par l'Abbé Fulrad du tems de Pépin & de Charlemagne; comme l'ont fort bien prouvé par des Monu- mens iurs Dom Mabillon & Dom Felibien. On voit en effet qu'il n'eft pas de la- même ftructure que le refte de l'Eglife. Aux trois portes font feize ftatuës de Rois & quelques-unes de Reines , qui cettainement ne peuvent être , du moins pour la plupart, que de la première race, &pasune n'a le nimbe. Ces ftatuës, quoique d'un travail greffier, font d'un goût tout différent des précédentes. Elles ont toute leur rondeur. L'Abbé Fulrad leur aura fait mettre tous les orne- mens qu'on donnoit alots aux figures des Rois. Il auroit fans doute fait orner leurs têtes du cercle lumineux, s'il n'eût été aboli par l'ordre des Souverains. Les premiers Rois avoient pris le nimbe à l'imitation des Empereurs Romains, qu'ils imitoient auffi dans la forme de leurs monnoies. Il eft à croire que dans la fuire des tems la reflexion , & peut-être auffi le fcrupule , auronr porté leurs fucceffeurs à ne plus mettre à leurs ftatuës cet ornement qui fembloit ne conve- nir qu'à Notre Seigneur Jefus-Chrift , à la Sainte Vierge , auxAnges&à tous les Saints.

Aux ftatuës & peintures de Charlemagne , dont les plus belles font à Rome, on ne voit jamais le nimbe non plus qu'en celles d'Aix-la-Chapelle, ni en celles de Lotaite , de Charles le Chauve , & des autres Rois de la féconde & troifiéme race. Il y en a pourtant une d'un Roi , peut-être de Charles le Chauve, qui eft reprefenté montant au ciel avec un Ange qui le couronne. Cette pein- ture eft dans un MS. deM.le Comte de Seignelai. Mais cela ne fait point exem- ple ici. Car qui monte au ciel & reçoit la couronne celefte , eft compté parmi les Saints. Ce que nous venons de dire femble prouver qu'il n'y a que ceux de la première race qui l'ont porté ; & que ceux de la féconde & de la rroifiéme l'ont regardé comme un ornement qui n'appartenoit qu'à la Cour Celefte. Il paraît même certain que les derniers Rois de la première race ne mettoient plus de nimbe à leurs ftatuës, puifque celles du portail de S. Denis faites du tems de Pépin & de Charlemagne , ne l'ont point : à moins qu'on ne veuille

oftio majori Ecc!e!ia: fantfti Dionyfii in Francia , qiiod oftium annis plus quadringemis antîquius eft Ec- clefia , quam fttuxit Abbas Sugerius , led opus non abfolvit : perfecîa enim fuir Eccleiia régnante fanc- to Ludovico. Ciim autem Eccleiia nova xdiricara fuit , antiquum oftium , frontifpicium & dua: magna: turres intadta relicta fum , quia Eccleiia: nova: pul- dmtudine digna cenfebantur. Hoc igitur oftium a Fulrado Abbate tempore Pipini &CaxoUMagniftruc- tum fuit , ut ex ccitis monumentis probant Mabitlo- nius &Felibenius noftri. Et vero vel ex confpecïu liquet non eilè ex eo ftructura: génère quo Eccleiia. In porratum trium laterrbus funt fexdecim Reges & aliquot Regiua: , qui fane Reges vcl omnes vel iàlrem maxima pars primx ftirpis lunt , nullulque corum nimbum habet. Ha: porro ftatua: etfi tudi opère con- cinnatx , omnino diverfam a pnecedentibus fculptu- rx formam referunt , funt enim omnino rotundx. Fulradus Abbas ornamema omnia ftatuis apponi haud dubie curaverit , qux tune apponi fblebant , nimboque capïta otnati curavinèt , nui julTu Regum hoc ornamentum jam fublatum fuillèt. Primi Reges nimbum adoptarant j exemplo Imperacorum Roma-

Tome I.

norum , quos etiam in re nummaria imitabantur. Verilîmile aucem eft fuccelïores corum , re attendus * perpenfa , religione forte duûos , noluilTc ftatuis fuis hoc apponi ornamentum , quod Chtifto Domino , B. Vitgini, Angelis & Sandis omnibus tantum com- petebat.

In ftatuis & pichuïs Caroli Magni , quarum ele- gantiotes Rom.c funt , nimbus nufquam vilitur , ne- que etiam in Aquïfgranenfibus , in tabulis item de- piclis Lotharii & Caroli Calvi , exteforumque Re- gum fecundx & tertil ftirpis nufquam nimbus ob- iervatur ; una tantum excepta ubl Rex quifpiam , forte Carolus Calvus , in cxlum afeendere fingirur & ab Angelo coronari , qu.-c pictura in Codice quodam Colbertino habetur. Vcrum qui cxleftem coronam accipit , inter Sancf os numerari cenfetut : inde probari videcur folos prima: ftirpis Reges nim- bum geftaville , Reges vero fecundx & tertia- ftirpis ab hoc ornamento , ut Cl-lefti tantum aube propria, abftinuiilè. Cettum quoque videtur poftremos prima: ftirpis Reges , nimbo ufos non foifle in ftatuis fuis , quandoquidem in oftio San-dionvliano , Pipini 6i Caroli Magni tempore llruéto , ftatua: nimbum non d

xxvj DISCOURS PRELIMINAIRE.

dire, que c'eft Pépin qui a aboli cette coutume parrefpe£t pour Notre Seigneur, les Anges & les Saints. Cela s'obferve dans les Monumens publics, dans les Egli'lès & les bâtimens que j'ai vus jufqu a prefenc. Ce qui n'a pas empêché que des particuliers n'en aient pu mettre depuis ces tems-là aux figures des Rois.

Lors même que dans la féconde & la troifiéme race on érigeoit des ftatuè's aux Rois de la première , dont les images avoienc de leur tems porté le nimbe, on ne l'y mettoit plus : comme on voit aux ftatuè's du portail de S. Denis , aux trente-fix images en relief qui fe voient à la porte Septentrionale & collaté- rale de la même Eglife , qui n'ont point de cercle lumineux , non plus que la ftatuë du Roi Childebert , faite environ l'an 113 6, qui le voit à la porte du Refe&oir de l'Abbaye de S. Germain des Prez.

Il nous refte à parler du portail de l'Eglife de fainte Marie de Nèfle DiocéTe de Troie. On ne fçait pas en quel tems elle a été fondée : quelques-uns préten- dent quelle a été bâtie par la Reine Clotilde. Le Pere Mabillon après avoir rapporté plufieurs opinions, s'arrête à dire qu'elle étoit certainement fondée avant le neuvième fiecle. Le portail a fix figures : celle de S. Pierre , la feule qui a le nimbe : celle d'un autre Evêque , celle de la Reine Pedauque , ou de laReine au pied d'Oye, dont il eft tant parlé, & que plufieurs croient être Ja Reine Clotilde , & trois autres ftatuè's de Rois , que le Pere Mabillon con- jecture pouvoir être , ou les trois fils de Clotilde, ou Clovis avec deux de fes fils. Une marque que ce portail fut fait au tems de la féconde race , ou tout au plutôt vers la fin de la première ; c'eft que les Rois & la Reine Clotilde n'y ont point de nimbe , contre l'ufage des premiers Rois. Une autre marque qu'elle eft de ces tems , c'eft cette Reine Pedauque dont la fable ne peut avoir été in- ventée , ce femble, que long-tems après la mort de Clotilde. Nous parlerons ailleurs de cette Reine Pedauque, fi fameufe à Touloufe & dans le Languedoc.

Ce que j'ai dit au refte ne regarde que les peintures & les ftatuè's de nos Rois qui fe trouvent en France & en Italie. Il y en a quelques-unes en Alle- magne qui peuvent faire quelque difficulté. C'eft de quoi nous parlerons en fon lieu.

habent. Nifi forte dicatur Pipiniim , religione mo- ventc > hanc confuetudinem abrogalTè. Hoc obferva- tur in Monumentis publicis , in Ecclefiïs acquc in œdificiis j qux hactenus vidi. Quod fbïte non impe- . dîverit quorninus quidam privari hommes nimbum poftea nonnullis Regum imaginibus appofuerint.

Ecïamque fecundx & tcrtix ftirpis temporc y cum ftatux erigebantur Regibus prima; (tir pis , quorum imagines iuo tempore nimbum geftaverant , nimbus npn adhibebarur , ut confpïcimus in ftatuis oftii ma- joris San-dionylîani , in criginra fex. Regum figuris qux in porta Septentrional! ejufdem Ecclefîx coiil- piciuntur > qux nimbum non habent , ut neque ita- tua Childebcrti Régis fadta anno chciter 1136. qux ad portam refectorii S. Germanï a l'raris vilitur.

Reftat ut loquamur de oftio Ecclelïx S, Maria: Ni- gcllx in Dicecelî Treccnfi, Nefcitur autem quo tem- pore illa fimdata fuerît. Quidam a Regina Chlotil- de ftructam dicunt : verum Mabillonius nofter poït- quam multorum fcntentias attulerat , illud tantum alîerk fundatam ncmpe fuillè ante nonum fxculum.

In oflio fex ftatux funtj S.Pctri ftatua.>qux folanîm- bum habet ; akciius ïtem Epifcopi 3 Regina; Anferino pede y cujus fxpe mentio habctur , quamque plurimi putant elfe Chlocildem Reginam ; trefqne alix Re- gum ftatux j quas conjicit Mabillonius elfe vel très Chlotildis fiUos , vel Chlodoveum cum duobus filiis fuis. Hinc porro arguirur hoc oftium factum fuifiê fub fecunda ftirpe } vel cum citius verfus rînem pri- ma:, quod nec Rcges nec Chlotildis nimbum ba- bcant. Aliunde etiam indicatur eire porterions sevî ? e:c anferino (cilicet pede 3 qux utiqûc fabula nonnili diu poft moi tcm Chlotildis publicari potuit. De hac Regina Anferino pede , iîve de Regina Pedattca, qux Tolofx & in Septimania admodum celebris eft, alibi agetur.

Quod autem de Nimbo dixi, întelligendum eft de ltaruis & figuris Regum noftrorum , qux in Gallia £c in Icalia habentur. In Germania autem quxdam (une qux aliquid habere diificultatis videntur. De ils vero agecur fuo loco.

DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

§. III.

Les couronnes des Rois de la première & de la féconde race,

Grégoire de Tours , Fredegaire & les autres Hiftoriens de la première de de la féconde race de nos Rois , ne difent rien de la forme de leur couronne. Ce n'eft que furies Monumens qui nous reftenc que nous pouvons en parler furement. Nous n'avons rien de plus ancien que les ftatuës de notre portail de l'Eglife de faint Germain des Prez s fe voient cinq Rois, Clovis & fes quatre fils , Thierri , Clodomir , Childebert & Clotaire ; & deux Reines , Clotilde & P L. Ultroçothe \ tous couronnez prefque de même. Ces 1 fept couronnes font le premier rang de la Planche qui fuit } la plupart font furhauiîees d'un trèfle , 1 que plufieurs veulent bien honorer du nom de fleur de lis. Il n'y en a que deux qui n'en ont pas.

1 Les cinq premières couronnes du fécond rang, font tirées du troifiéme por- z tail de Notre-Dame de Paris , il y a des ftatuës de cinq Rois ou Reines / qui y ont été tranfportées de l'ancienne Eglife , comme nous avons prouvé ci-devant. Des cinq il n'y en a qu'une qui ait la fleur de lis ; ce qui fait voir combien cet ornement de la fleur de lis &c du trèfle étoit alors arbitraire. Cela paroît encore davantage dans les deux dernières couronnes du même rang y tirées des ftatuës des Rois & Reines qu'on voit au portail de la Cathédrale de Chartres : toutes ces ftatuës ont des couronnes radiales, femblables aux deux que nous voions ici : nous croions que ces ftatuës font faites long-tems avant le frontilpice , de même que celles du troifiéme portail de Notre-Dame de Paris. Les couronnes radiales ont été fort en ulage aux premiers fiecles de l'Empire Romain. Nous ne les trouvons en France qu'ici & dans un fceau de Louis d'Outremer. Elles fe voient aufli dans quelques monnoies.

3 La première du troifiéme rang & la plus linguliere de toutes les couron- j nés 5 le trouve dans l'Eglife fouteraine de S. Medard de Soiflons , gravée fur Ja tombe de Clotaire I. avec la figure de ce Roi , & la même fur celle de Si- gebert fon fils enterré au même lieu. Cette couronne eft ornée alternative- ment de deux étoiles l'une dans l'autre & du trèfle. Ces tombes ëc ces figu- res furent refaites vers la fin du dixième fiecle , lorfque le Monaftere ruiné

§. 1 1 1.

Corons. Regttm priais & ftaauU ftirpis.

G re g o r 1 u s Turonenfis , Fredcgarius & exterî qui de prima & fecunda ftirpe icripiere , de forma Cotons Regix nihil dixerunt. Ex i\ Ion mentis tan- tum pollumus aliquïd certum proferre. Nihil anri- quius habetnus ftacuis oftii Sangcrmanenfis Ecclefix , ubi quinque Reges vif untur. Chlodoveus filii ejus Tlicodericus , Chlodomeres , Childebertus Se Clilota- rms,duxque Reginx , Chlotildis Se Ultrogottha, qui omnes coronam ferc (îmitem habenr. Hx vero fep- tem coronx fcquentis rabulx primum ordinem (eu EncatD occupant , plerxque trifolio ornantur , quod plurimi lilii nomine infiguiunr. Dux tancum coronx tri folio carent.

Secundx linex priorcs quinque coronx ex porta tertia Frontifpicii B. Marix Parilienhs eductx finit , ubi quinque Regum Reginarumve ftatux habenrur , qux ex prifea Ecclefîa ill6 cranflatx funt , ut modo probavimus. Ex quinque illïs una dumtaxat lilium

Tome L

five trifoliurf! habet , unde Iiquet ex mero arbitrio lïlia five trifolia coronis impolîta fuillè , id quod etiamliquidius afleritur ex duabus poltremis hujus linex coronis ex Carnotenlîs Catliedralis Ecclefix oC- tio cdudlis ,ubi Reges omnes Reginxque radiatas co- ronas geftant fimiles duabus iftis quas hic proferimus. Halce porro ftacuas diu ante frontilpicium factas ar- bitramur, ittdiximus de ils qux in tertia porta Ca- thedralis Parilienhs habentur. Coronx autem radïatx primis Impcrïi Romani fxculis in ufu frequenti fije- runt. In Francia autem hic tantum illas oblervamus , neenon in lîgillo Ludovici Tvanfmarini : etiamque vifuntur in aliquot Regum Francorum nummis.

Prima linex tertix corona omnium fingulari/ïima, in Eccleiîa fubterranea S. Medardi Sueffionenfis lia- betur , fculpta in (èpulcraU lapide Chlotarii I. Régis cum figura Rcgisejuidcm , eademque ipfa in lapide Sigibertî lïlii ejus eodem in loco (eptriti. Hxc porro corona alterna tim trifolio & duplici ftella ornarur. Hi porro lapides fepulcrales cv figurx reftitutx funt, ut putamus , fub finem decimi lxculi , quando Mo-

d ij

XMvtij DISCOURS PRELIMINAIRE. & brûlé par les Normans eut été rebâti. La féconde du même rang eft de Eredeçonde , inconteftablement originale , comme nous ferons voir en Ion lieu. Elle a trois fleurs de lis. Les trois fuivantes , c'eft-à-dire la 3, 4, & 5, du troifîéme rang font de Dagobert. La première qui eft de (3 ftatuë que nous croions faite de (on tems , pourroit avoir été endommagée de même que la ftatuë, dont les bras ont été caflez. La fuivante tirée d'un feau , n'eft qu'un bonnet furhauflé d'un globe. Celle d'après eft du Dagobert del'Egliie de S. Pierre & S. Paul d'Erford , que les gens du payis croient être originale & du tems même ; ce qui n'eft pas hors de doute 3 comme nous dirons en fon lieu.

Les trois dernières couronnes du troifîéme rang; les huit du quatrième, & les quatre premières du cinquième , qui font quinze en tout , font du grand por- tail defaint Denis. De ces quinze , les cinq premières 4 n'ont rien de nouveau ni qui mérite une deicription. La fixiéme n'eft qu'un cercle, & les neuf lui- vantes font des bonnets différemment ornez, * ou des couronnes à forme de bonnets. Donner raifon de toutes ces varietez , c'eft ce qui ne fe peut. Nous n'avons d'autres mémoires que les Monumens mêmes : les Hiftoriens n'en di- fent rien. Il eft vraifemblable qu'il n'y avoit aucune forme établie pour les couronnes, & que chaque Roi les faifoit à fa fintaifie. Ces couronnes & les ftatuës furent faites par l'Abbé Fulrad du tems de Pépin 8c deCharlemagne.

Les quatre dernières couronnes du cinquième rang, font celles deCharle- magne qu'on croit les plus originales & les plus remarquables. La première eft celle de Patrice , tirée d'un Monument donné par Paul Petau. Nous prouvons en parlant des Monumens de Charlemagne , que le cercle d'or étoit la cou- ronne desPatrices. A celle-ci on pourroit ajouter la couronne de fer , faite , à ce qu'on dit, d'un des clouds de la croix de Notre Seigneur. Elle a la forme d'un cercle comme celle desPatrices. C'eft celle dont on couronnoit les Rois des Lombards ; & à ce que d'habiles gens prétendent , Charlemagne en fut cou- ronné après qu'il eut conquis le Roiaume de Lombardie. On la confervc 1 Pavie.

La féconde eft celle qu'on voit à Rome fur un fceau deCharlemagne de Monfeigneur Bianchini , qui m'en a envoié le deifein. Elle eft fort ample, Se n'a pour ornement que des trèfles. La troifîéme couronne de Charlemagne

nafterium >a Normannis dirutum & inccnfttm,rcxdi- ficarum fuît. Secunda cjuidem linca: eftFredegundis> illius temporc fadfa , ut fuo loco probamus: ea tribus liliis ornatur. Très fequentes , nempe tertia , quarta & quinta ejufdem linea: ) funt Dagoberri. Prima ob- fervatur in Dagoberti ftatua ,quam illius temporc fâc- tamarbitramur:pûtuït autem aliquiddamni accepifte, ut ipfa ftatua , cujus brachia rratia funt. Scqucns ex figîllocducta.) pileus die videtur , cui inlïdet globus: tertia cltDagobcrtï illius, qui in porta EcclefixSS. Pé- tri Se Pauli Erfordienlîs habetur. Putant Erfodienfes flatuam iplms Dagoberti tempore fadam fuillë > quod non dubio vacat } ut fuo loco dicemus.

Trcs ultimx coronx tertia; linea: > o£to item qux quartam lineam conftituunt , ctiamque quatuor prio- res quinta: linea: , qux omnes quindecïm numéro funt , ex majori oftio San - dionyrïano funt eductx. Quinque priores nîbil novum vel iîngulare liabent : iexta circulus tanrum eft : novem fequenres pilei funt varie ornati , vel coronx pïlcorum forma con- tïnnata:. Tôt varietatum caulam afferre nequimus. Monumema lola adfunt , feriptores nihil hac de rc

habent. Verifimile autem eft nullam tune temporis coronarum formam aiTignatam fuillê , lïngulofque Rcgcs pro arbitrio alias & alias induxilîe. Ut vero jam diximus , ha: coronx atque ftatux facto: funt juflù Fulradi Abbatis , temporc Pipini 6V: Caroli Magni.

Quatuor poftrcmx quinque linea; coronx funt Ca- roli Magni ; ex Iciliccr qux illius tempore fadtx pu- tantur , notât uque diguiorcs funt. Prima eft Patrïcii corona eruta ex Monumento Pauli Petavii. In. mo- numentis Caroli Magni probamus circulum aurcum coronam fuiflê Patriciorum, Huic adjungi pollet co- rona ferrea } facta , ut narrant , ex uno clavorum Crucirîxi Domini. Ea circuli formam habet ut corona Patriciorum. llla coronabantur Langobardorum Kc- ges : pugnant autem etuditi quidam viri illa corona- tum fitilïè Carolum Magnum poftquam Langobardix regnum acquiiierat. Servatur porro Ticini.

Secunda Caroli Magni corona , Romx habetur in iîgillo D. Blanchinii , qui mîhi ejus edtypum miHt. Ea {împlex omnîno eft , Se trifoliis tantum fcrnatur. Tertia corona Caroli Magni Impcrialis eft ; illa icili-

DISCOURS PRELIMINAIRE. fefc cft l'Impériale ; c'eft-à-dire , celle qu'il prit après qu'il eut été déclaré Empe- reur à Rome ; telle qu'on la voit dans les peintures en Mofaïque de faint Jean de Latran , & qu'on la voioit dans celle de l'Eglife de fainte Sufanne avant qu'elle fut rebâtie. Ces Mofaïques étoient inconteftablement faites de fon tems. La couronne Impériale eft fermée en haut comme un bonnet , femblable à celles que portoient en ces tems-là les Empereurs d'Orient. La quatrième , eft encore une couronne Impériale , tirée d'une ftatuë d'Aix-la-Chapelle ; elle eft fermée par le haut, mais d'une figure très-différente de celle de Rome : un coup d'œil peut fuppléer à une defcription.

6 Le fixiéme rang a trois couronnes. La première fe trouve dans un ma- nufcrit du neuvième fiecle , fur la tête d'un Roi : quelques-uns ont cru que c'étoit Pépin. Si ce n'eft pas lui , c'eft quelqu'un de fes fils ou petits-fils. Cette couronne qui frit un triangle avec quelques ornemens, pourrait bien être un caprice du Peintre. Comme nos Rois varioient alors beaucoup fur la forme des couronnes, les Peintres fe feront peut-être donné la même liberté. Il femble qu'on foit obligé de le croire quand on voit les couronnes bizarres de Lo- taire & de Charles le Chauve, qu'on a peine de croire qu'aucun Prince ait jamais portées. Ces deux couronnes font les deux dernières de ce fixiéme rang.

La couronne qui fuit eft celle de Lotaire & de (on fils Louis , cirées d'une peinture faite de leur tems. Celle qui vient après eft celle de la Reine Emme femme de Lotaire & mère de Louis 3 tirée de la même peinture. Après cela les deux couronnes de l'Empereur Lotaire & de Charles le Chauve, finiflent la Planche.

On demande fi la couronne fermée par le haut a jamais été en ufao-e France avant Charlemagne. S'il en faut croire au feau de Dagobert Se à grand nombre de figures du portail de faint Denis , on n'en peut pas dou- ter. Cette variété dans la forme des couronnes, donne lieu de croire qu'ils auront emploie celle-là comme les autres. Les Empereurs de Conftantinople étant hors d état de les empêcher d'avoir comme eux la couronne fermée.

La couronne de laurier fi en ufage à Rome , fe trouve a/Tez fouvent fur les féaux de la féconde race ; on la voit aaffi quelquefois fur les monnoies de la première.

Il y a plus d'uniformité dans les couronnes de la troifiéme race. On n'y re-

çu ce

cetquacoronatuseftcumlmperator Romx déclara- tus fuie : qualis viiîtur in mutïvo S. Joannis Latera- nenfis , atque etiam confpiciebatur in mufivo Eccle- fix iandfcr Sufanna: , antequam illa reardificaretur. Que muuVaipfïus Caroli sevo haud dubie fada funt, Corona illa Imperialis fuperne clauditur ut pilcus, fimilifque eftiis , quas tune geftabant Imperatores Oriencis. Quarta Imperialis corona , quœin ftatuaCa- roli Magni Aquifgranenlî habetur , eft etiam fuperne claufa ; fed longe diverfo modo } ut oculis Itatim pcrlpicitur.

Sexta linca très coronas exhiber. Prima reperitur in Codice Manulcripto iioni LtcuIï , ubi Rex quifpiam geftat illam. Quidam putarunt eflèPipinum : vel ipfe Pipinuseft , vel quidam ex filiis aut nepotibus. H-ec corona trianguli more fada cum ornamentis qui- bufdam,exPidoris imaginatione pvoficifci potuit. Ut varias Rcges libi coronas pro arbitrio parabant,Pido- res quoque idipium prxftiterint. Id utique facile cre- datur,cum corona: Lotharii & Caroli Calvi adeo fin- gulares & rudes iînt , ut vix crcdacuc illas unquam

in ufu fiùflè. Illa: autem dux corona: poftrema: in lue linea pofita: funt.

Corona fequens eft Lotharii & fiHi ejus Ludovici , ex pidura quadam illius temporîs excepta. Sequitur corona Emma: uxoris Lotharii & marris Ludovici ex eadem pidura eduda. Corona: demum Lotharii Im- peratons & Caroli Calvi Tabulam terminant.

Quamtur patte num corona fuperne claufa ante Carolum Magnum apud Francos Reges in ufu fue- rit. Si fides fit habenda figillo Dagobcrti & tôt aliis coronis qux in oftio San dionyfiano vifuntur , nihil dubiirclinquitur quin corona fuperne claufa fub pri- ma ftirpe in ufu fueiit. Aiioquin vero illarantaco- ronarum varietas , fuadere videtur Reges illas quo- que claufas coronas adhibuifte , ut alias ram mulras.

Corona laurea apud Romanos tam frequens , Cxpe in figillis Regum fecundx ftirpis obfervatur. In mo- nens etiam prima: ftirpis aliquando corona laurea confpicitur.

In tertia vero ftirpe non illa coronarum varietas occurrit ; corona; namque vel floribus illis quos

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xxx DISCOURS PRELIMINAIRE.

marque guère que des fleurons ou des fleurs de lis. Les couronnes à fleurons font plus ordinaires jufqu'au quinzième fiecle. On fe fixa enfin aux fleurs de iis , & depuis nos Rois remirent fur pied les couronnes fermées par le haut , comme nous verrons dans les tomes fuivans.

§. IV.

Les Fleurs de Lis.

C'eft une grande queftion > quand ont commencé en France les fleurs de lis. Les Auteurs ne conviennent pas là-defïus ; ils difputent fur leur origine, fur leur forme , fur les changemens qui y font fur venus. La différence des fentimens eft aufli fondée fur les fymboles de l'ancienne Monarchie Françoife qu'on leur a attribuez , plutôt félon l'opinion du vulgaire , que fur l'autorité de quelque ancien Auteur , ou de quelque monument fur. Une erreur popu- laire s'étoit répandue que les premiers Rois de France avoient eu trois cra- paux pour leurs armes , opinion qui règne encore parmi le bas peuple en certaines contrées des frontières du Roiaume. Tous les Auteurs fenfez rejet- tent cette fable qui n'a nul fondement. Quelques-uns ont cru que cette opi- nion avoit pu naître de ce que les fleurs de lis reprefentées en bofle ont affez la forme de crapaux quand on les regarde d'un certain biais : je ne com- prens pas bien cette relTemblance. D'autres s'étendent en des raifonnemens vagues qui ne mènent à rien, & ne méritent pas qu'on s'y arrête.

Faucher dans fes Origines I». i. c. i. dit qu'il eft vraifemblable , que quand on a fait l'écu de France on y amis des fleurs qui naùTentdans les marais, Ôc qui font des petits lis , pour marquer que les Francs ont tiré leur origine des Sicambres qui ont habité jadis dans la Frire & vers la Hollande, payis ma- récageux. Mais ce font des conjectures fondées uniquement dans l'imagination de r Auteur.

D'autres ont dit que c'étoient des fers de piques ou de hallebardes : ils s'ap- puient fur ce paflage d'Agathias , qui décrivant les haftes ou hallebardes des François , dit que la hampe étoit prefque toute couverte de lames de fer , & qu'à droite & à gauche de la pointe ou de la lame d'enhaut il y avoit deux autres lames courbées dont la pointe regardoit en bas. Quelques Auteurs

vulgo Fleurons appcllamus, vel liliis ornantur. Piio- res ufque ad quintum decïmum fxculum frequenrius OCClirrunt, Tandem vero lilia tantum coronis Regns adliibira fuere , & poftea corons fupeme claufr ad- vcélx func , ur îrnomis fequenribus videbicm.

§. IV.

De Liliis,

Magna movetur quarttio de Liliomm Francico- rutn prïmordiis. Dîfputant Scriptores de oiiginc illo- rum j de forma , de mutacione. Opinionum diferi- men ex piifcis Monarchix Francien fymbolis partira fakem ortum eft. Qus fymbola magts ex opinione vulgi , quam ex Scriptorum vereium auctorirare, vel ex Monumentis qnihufdam, prifeis Regibus adfcrip- ta fuere. Ex populari erroie dîccum fuir prîfcos Fran- corum Rc^cs trium bufonum iniigne habuifïè : qua: opinio adbuc in confiniis regni apud iuHmam plebem

circumfertttr, Hanc porro fabulam omnes qui judido valeur Scriptores ut a-!r?o<T£tQw<rw rejiciunt. Quidam porro inde natam opinionem putarunt, quod flores lilii in anaglypho cxhibïri,ad bufonum formam acce- danr , l\ quodam modo difpicïanrur: quam ego lïmi- litudînem non facis capio. Alii alia nugantur > qua; non morari debenr ad alia properanrem.

Faucherins in Originibus verihmile efle air , cum Fiancïx kutum concinnarerur j appoiiros fuifle flo- res qui in paludibus nafcunrur j parva nempe lilia, indicanria FrailCOS originem duxifle ex Sicambris , qui olim in Fiiiia & in Batavia habitaveranr. Verum harc conjectura exiola illiusirnaginatîone profecraeit.

Alii dixerunt holce Francici icuti flores elle hafta- rum iive lancearum laminas : hoc Agarhîa; teftimo- nio nixi , quiFrancorum haïras deferibens > air haftile totum laminis ferreis opertum fuifle , arque ad dex- teram Se ad finïftram fûperna; lamiive in acumen dc- finentis , aliam urrïnque laminam fuiflè > cujus acu- mcLi certain refpiciebat. Quidam Franci Scùptors pu-

DISCOURS PRELIMINAIRE.

XXXJ

François ont cru que les anciens Rois porcoient Ja forme de ces fers de pique gravée lurleur bouclier, Ôcqu'à caulè de la reifemblance on les a prîtes pour des fleurs de lis. Ileft vrai que ces fers de pique ou de hallebarde ont allez de reifemblance avec les fleurs de lis des armes de nos Rois : mais dire qu'on les a appcllées fleurs de lis à catffè de la reflemblance avec la fleur de ce nom , c'eft ce qui choque la raiion & le témoignage des yeux. Un lis a auffî peu de ref- {èmblance avec le fer d'une hallebarde , qu'avec les fleurs de lis de nos Rois d'aujourd'hui. On pourrait peut-être dire avec plus de vraifemblance , que cette e(pece de fleur qu'on voit dans les armoiries de France, & qu'il a plu à nos pères d'appeller fleurs de lis, étant fort reflemblante au fer d'une hallebarde, telle que la décrit Agathias , il peut faire que ces fleurs mal nommées fleurs de lis , ont pris de leur origine. Mais cela ferait fort hazardé , & ne ferait fondé fur l'autorité d'aucun Ecrivain de tems un peu reculez. Quand on conviendrait même que les fleurs de lis de France viennent de ces fers de pi- que ou de hallebarde , la queftion refteroit toujours , d'où vient qu'on leur a donné le nom d'une fleur à laquelle elles reffemblent fi peu.

Jean- Jacques Chifflet croit que ces fleurs de lis de France étoient originai- rement des abeilles, fondé fur ce que le Roi Childeric avoit félon lui ce fym- bole , & que le harnois de fon cheval en étoit tout garni. Il prétend que ni les Rois de la première , ni ceux de la féconde race , n'ont jamais eu des fleurs de lis pour fymboles. Que dans la fuite des tems on a pris ces abeil- les pour des fleurs de lis à caufe de la reifemblance qu'elles avoient avec ces fleurs. Que les abeilles trouvées au fepulcre de Childeric au nombre de plus de trais cent , étoient d'or, comme les fleurs de lis de l'écu de France font du même métail ; que le champ des armes de France eft d'azur, couleur celefte & étherée , fk que les abeilles font auflï appellées par quelques Au- teurs, celeftes & étherces. A ces convenances il en ajoute quelques autres auflï peu folides^ac il conclut de que le changement des abeilles en fleurs de lis eft certain. Il croit que c'eft Philippe Augufte qui a le premier chargé fon écu de fleurs de lis.

Mais ces petites pièces d'or qu'il a prifes pour des abeilles , n'en ont nulle- ment la forme, du moins pour la plupart. Il les a fut graver dans fon livre f . 141. & quoique dans la prévention il étoit il n'ait rien omis pour les faire reflembler à des abeilles ; je ne crois pas qu'aucun homme exemt de préoccupation, y puiffe jamais reconnoître ces abeilles. Il eft pourtant vrai

tarunc prifeos Francorum Reges haftarum hujufmodi aculeos feu laminas in feuris luis infculptas gefta- TÎfle , illafque ob iîmilitudinem pto floribus lilii habitas fuiflè. Verum quidem eft hafee haftarum la- minas liliis in feuto Regio depi&is non edè diflîmi- les. Verum ft dixeris lilia diftas fuiflè , quod lilii flo- ribus fïmilcs fint , illud certc cum oculorum tefti- monio pugnat. Flos lîtii perïnde haihc hujufmodi ferro Se laminx abilmilis eft, atque liliis in feuro Re- gum noftroïiim hodierno depidtis. Vcrilïmilius for- talTè diceretur , florem illum qui in Regiis infîgnibus confpicitur , & quem patribus noftris placuit florem lilii vocare > cum ferro haftae , quale ab Agathia de- fciibitui\>fimilis ficinde origincm fumfîlïè. Verum il- lud non itacertum videtur, nulliuique veterisScrip- toris teftimonio nititur. Etlî vero fateremur flores li- lii Francicos ex hujulmodi ferro hafta: originem du- xilîe > quarftio femper maueret , cur floris nomine do- natï ûnt , cui tam diffimiles font. Anafljfii joannes jac0DUS CliïfHetius exiftimac Francis lilia

prifeis temporibus apes fuiflè , ratus hoc fuifle fym- ch^ - . . bolum Childerici Régis , quia in ephippio & in ifra- p ,' 'j !Z' to eqiû illius multx apes ad ornatum pofîtar eranr. fi.» ' ' Nec prima; nec fecunda? ftirpïs Rcges flores lilii pro fymbolo habuifle pugnar. Poftiemis vero temporibus putat apes ob iîmilitudinem in lilia mutatas fuifle. Apes autem in fepulcro Childerici repertas trecentas numéro, aureas fuiflè narrât , ut etiam lilia Fiancici icuti funt aurea. Campus vero , ut vocant, ejufdcm feuri ca-rula;us & cadeftis eft , & apes quoque a qui- bufdam Scriptoribus , ca;leftes &: .Ttherca: vocantur. His alia nec magis congruentia adjicit. Putat vero Philippum Auguftum primum in feutofuo flores lilii po fuifle.

At iluE aurea: figura! quas apes puravit , paucilTi- mis exceptis, apum fovmam non habent. Ipfas incidi curavit , p. 141. etfi vero nihil omiterit , ut apibus cas fimiles redderet; non puto quempiam , hxc fine pra*judicata opinione explorantem apes ibi agnofeere pollè. Verum tamen eft , prêter tôt illas auri figuras

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xxxij V1SC0VKS PRELIMINAIRE. qu'outre ce grand nombre de petites pièces d'or , il y en a un petit nom- bre d'autres plus grandes qui ont affez la forme d'abeilles ; mais ce feroit de- viner que de dire que c'étoit le fymbole de nos anciens Rois, fie deviner mê- me contre la vraifemblance: car y a-t-il apparence que Childeric fe fer vît de fon fymbole pour orner le harnois de fon cheval?

Voilà bien des opinions hazardées , qui prouvent combien la queftion de l'origine des fleurs de lis de France a des difficultez. Pour traiter la matière avec quelque ordre, nous allons parler de ces fleurs qu'on voit dans les plus anciens Monumens de la Monarchie Françoife ; mais qui ont un peu varié dans les fiecles fuivans. Ces fleurs fe voient ou à la couronne ou au bout du feeptre de nos Rois, & quelquefois, quoique plus rarement, en d'autres endroits. Il y en a qui approchent affez de la figure d'un trèfle comme celles des couron- nes des Rois du portail de l'Egale de S. Germain des Prez ; d'autres ont trois feuilles plus longues , moins larges &plus écartées , comme celles de la cou- ronne de Fredegonde.

Ces mêmes fleurs que nous voions à la couronne de nos Rois , & aflez fou- vent au bout de leurs feeptres , ont été en ufage à Conftantinoplé , & en d'au- tres payis. Une fleur à trois feuilles, eft: une chofe qui fe prelente aifémentà l'imagination , quand on veut furhaufler une couronne faite en cercle de quelque ornement qui la relevé. On voit cette fleur femblable a nos fleurs de lis d'aujourd'hui , à la couronne de l'Impératrice Placidie , dont la figure tirée d'anciens Diptyques ma été communiquée par M. de Bole , telle qu'elle eft reprefentée au tome 3 . de l'Antiquité expliquée. Une autre de l'Impé- ratrice Theodora, femme de l'Empereur Juftinien I. a au fil fur fa couronne la fleur qu'on appelle aujourd'hui fleur de lis : cette peinture enMofaïque eft à Ravenne , 6c a été donnée par M. Ciampini : elle eft très-certainement du tems même. Julienne Augufte dans le Manulcrit de Diofcoride de la Bibliote- que de l'Empereur, écrit pour l'ufage de cette Princefle , y eft peinte aiant fur la tête cette fleur du trèfle femblable à celles qu'on voit aux couronnes de plufieurs de nos plus anciens Rois. On peut voir cette image dans Lambec. Nous l'avons rapportée d'après lui/*. 1 o 3 . de la Paléographie Grecque. Ces fleurs étoient fi communes dans les peintures de Conftantinoplé, qu'on les mettoic fouvenc en ufage pour l'ornement , comme on peut voir ci-deflùs à la Plan- che de l'Inauguration fur un bouclier.

alias majores parvo numéro eflè , qua: apes fatis ré- férant j fed nonnîfî divinando dicatur hase prifeo- rum Regum noftrorum cire fymbola ; îmo vero veri- llmilcnon eft Childericum fymbolofuo equi ftratum exorn avilie.

En mulcas conjcdluras fane leviffimas , queïs pro- batur , quam dirhcile lie Francicorum liliorum ori- ginem indagare. Ut vero cum ordine quopiam pro- cedamus : agemus primo de floribus illis qui in anri- quiffimïs Monarcliia: Francicfe monimemu compa- rent , quique (equentibus fxculis aliquam admifere varietatem. Flores illi vel ad ornandam coronam ad- hibentur , vel feeptrum Regium fuperne terminant : perraro alibi oblervantur. Sxpc trifoliumreferunt 3ut in corona Regum qui in oftio Ecclefia: noftra? San- germanenfis vifuntur. Aliquando longiora , minus la- ta & didutla folia habent 3 ut in corona Fiedcgundis Regina:.

Iidem porro ipfî flores 3 quos in coronis Regum noftrurum £<. in fummkate fcepni cotum non rato

confpîcimus , Conftantinopoli etiam, in aliifque re- gionibus in ufu fiieuint. Trifolium enim facile ima- ginarioni onertur, quando coionx circuit more con- cinnara; aliqnid ornamenri fuperaddere volumus. Hujufmodi rlos hodiernis Francicis liliis omnino ii- milis in corona Placidix Auguftj: vilttur > cujus Im- peratricis fchema largiente viro clariiïïmo deBofe, Ani'tq.ex- in Antiquitate explanata protulimus. Corona item pLm, lom. Theodour AuguftLE uxoris Juftinianï I. Impcraroris , 3./. 46- rloiem quem lilium vocamus exhiber in mulivo opère Ravennatenfi , quod publia juris fecit Ciampinius, qux muliva piûura ipiius Augufhc a;vo facta eft. Ju- liana Augufta in Manufcripto Diofcoridis Bïbliorhe- cx Imperatoria: , qui Codex ad ulurn ipfius Julianx deferiptus fuie , depiâa exhibetur oinara trifolio , qualc in coronis priicorum Regum noftrorum conf- picimus. Haicimagovilîrurapud Lambecium & inPa- larograpliianoftra, p. 103 . Hi vero flores fréquenter ad omatum ulurpabantur in picTrurisConftantinopoli- ranis , ut liipra ia tabula Inauguiationis videre eft

Un

DISCOURS PRELIMINAIRE. xxxiij Un bas-relief de Monza en Italie , fait à ce qu'on croit du tems des Rois Lombards, reprefente des Reines Lombardes , portant des couronnes ornées de trèfles femblables à plufîeurs de ceux que nous voions aux couron- nes de nos premiers Rois. Ce bas-relief fe voit gravé au tome premier du Re- cueil des Hiftoriens d'Italie , par M. Muratori , à la p. 4^0. & plufieurs couron- nes des Rois Lombards à la p. 509. font avec des trèfles de même, forme que celles de nos premiers Rois.

Ces fleurs n'étoient pas fi propres aux Rois deFrance,qu'on ne les voie auflfi Se même fort fouvent aux couronnes & aux feeptres d autres Princes d'Allemagne, de ceux même qui ne defeendoient point de Charlemagne. Zyllefïus dans fa défenle de l'Abbayie Impériale de faintMaximin près de Trêves, apporte des fceaux des premiers Ottons avec des fleurs de lis, tant au bout du feeptre qu'à la couronne. Le Roi Conrade s'y voit auffi avec le feeptre & la fleur de lis. Dans le fceau d'un titre de l'Abbayie deRemiremont donné l'an 1 141 , l'Empereur Conrade a â fa couronne des fleurs de lis fort bien faites , femblables à celles de nos Rois. Zyllefïus reprefente aufli le Roi Henri avec la couronne fermée ornée de fleurs de lis.

Jacques IL Roi de Majorque a aufli des fleurs.de lis à fa couronne, comme on peut voir dans Bollandus au tome 3 . de Juin p. 1 . Dans l'Hiftoire d'Angleterre de M.Toiras, on voit quelquesRois des plus anciens, qui ont ouàleur couronne, ou quelques fois au bout de leur feeptre, des fleurs de lis bien formées, fembla- bles à celles de lecu de France ; & le Roi Edouard eft reprefente tiré d'une peinture du tems , à la Planche XXXVI. avec ces mêmes fleurs à fa couronne , très-bien formées.

On doit inférer de tout ce que nous venons de dire, que nos premiers Rois ont pris cet ufage de ce qu'on appelle fleurs de lis, non comme unfymbolequi leur fut propre, non comme une marque qui leur fut particulièrement arfe&ée, mais à l'imitation peut-être des Empereurs de Conitantinople , ou des Rois d'autres nations , ils ont mis quelquefois ces fleurs à leurs couronnes Se a leurs feeprres comme un fimple ornement , & tout à fait arbitraire : ce qui paroît évidemment , en ce qu'un grand nombre de couronnes Ôc de feeprres des premiers tems de la Monarchie , n'ont ni trèfles ni fleurs de lis , ni rien qui en approche.

Monzx in Icalia anaglyphum vifîturj tempore Lan- gobardorum Regum fadtum ; in co Langobardorum Régine exhibentur , quarum corona: trifoliïs ornan- tur , qua» prorfus llmilia funt lis qua: in coronis prif- corum Regum noftrorum confpidmus. Anaglyphum porto illud exprelïum fuie tomo primo Hiftorix Ita- lien Scnptorum per Muratorium » p. 460. Mulrx etiam corons Langobardorum Rcgum habemur ibi- dem , p. jcj. cum trifoliis > qua; prifeis Francicis 6- milia funt,

Iftî flores non ica proprie ad Francorum Reges pér- il nebant ; in aliis enim Germanorum Prïncipum co- ronis ac feepttis perfpiciunrur , etiam eorum , qui a Carolo Magno originem non ducebant. Zyllelius in defeniïone Abbatis ImperialisS. Maximini Treviren- fis , figilla aftert primorum Otthonum cum litii flori- bus tam in coronis, quam in feeptri fummitate. Con- radus quoque Rex cum feeptro &: lilii flore reprarfen- tatur. Infigillo charta: cujufdam Monafterii Roma- rïci montis anni 1 141. Conradus Imperator coronam geftat hliis omnino Francicis ornatam : & ance illum

Tome I.

Henricus Rex coronam habuit iifdem inftruétam flo- ribus.

Jacobus fecundus Rex Majoriez flores lilii în co- rona habet , uc videas apud Bollandum , Tomo 3 . Ju- tm > p. 1 . In hiftoria Anglicana Thoiram" quidam ve- teres Reges vifuntur , qui vel in feeptro vel in corona liliageftanc Francicis omnino lîmilia.Rexitem Eduar- dus exhibetur infrà in Tab. xxxvi. eductus ex pic- rura fuo a:vo facta , cum liliis in corona fua , qua; Regum noftrorum lilia omnino référant.

Ex illis porro omnibus qua; diximus , inferendum eft piifcos Francorum Reges lilia , ut vocare iolemus» adhibuifle , non ut fymbolum iibi proprium } non ut infigne quodpiam ad fc proprie pertinens : fed exem- plo fortaiïîs Imperatorum Conftantinopolitanorum , vel Regum aliarum gentium, aliquando tantum flo- ribus illis coronas & iceptra fua exornarunt ex arbi- trio fuo ; ut evidenter arguitur ex eo j quod multas eorum coronas , multa feeptra videamus in prifeis Monarchix temporibus , ubi nec trifolia , nec lilia j nec quidpiam iimile confpicitur.

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xxxh DISCOURS PRELIMINAIRE.

Ce fut , à ce que croient tous les habiles , Louis VII. dit le Jeune , qui char- gea l'écu de France de fleurs de lis fans nombre , & à fon imitation les Sei- gneurs & les Gentilshommes du Roiaume prirent auffi des armoiries. Je n'ofe- tois affurer que cet ufage ait commencé en France ; je referve à en parler au fécond tome dans l'explication des Monumens.

$. V. Le Sceptre.

Le Sceptre a été de tems immémorial une marque de commandement. C etoit une verge , ou un bâton que portoient les Rois , les Princes , les Chefs de troupes. En Latin il s'appelle quelquefois Virga ou Scifio. Le mot Grec «M, or latinifé Sceftrum ctoit déjà en ufage du tems de Ciceron , qui s'en fert en quelques endroits. Ce mot eftconfacré depuis long-tems pour marquer le bâton de commandement, que portent les Empereurs & les Rois. Les Confuls & les hommes Confulaires le portoient auffi, comme nous voions dans plufieuri dip- tyques. Ces Confuls tiennent donc le fceptre au bout duquel eft une aigle Ro- maine. Stilicon dans le diptyque que nous avons reprefenté au 3 . tome du Supplément à l'Antiquité, tient le fceptre furmonté d'une aigle , & par delîus cette aigle eft la figure de l'Empereur , qui tient un globe d'une main & un fceptre de l'autre. Les Empereurs de Conftantinople portent quelquefois le fceptre furmonté d'une aigle de même : mais bien plus fouvent avec quel- que autre marque comme une croix , une fleur , ou quelque ornement arbi- traire.

Le plus ancien fceptre que nous voyions entre les mains de nos Rois, eft celui que tient Clovis au portail de cette Abbayie de S. Germain des Prez ; il eft furmonté d'une aigle comme le bâton Confulaire : il l'aura fans doute pris quand il fut déclaré Conful par l'Empereur A naftafe. Il eft à remarquer que fur la ftatuë originale , l'aigle a été calfée depuis peu de tems. Dom Ma- billon & Dom Thierri qui l'ont vue entière , l'ont fait deffiner de même , & nous d'après eux. Le Roi Childebert qui eft de l'autre côté du portail , a fur fon Iceptre une touffe de feuilles qui a prefque la forme d'une pomme de pin.

Ludovicus VII. Junior dictus , uc fert eruditorum omnium opinio, fcutum Francicum liliis fine numé- ro infignivit : ejufque excmplo Primores &: Mobiles Regni infîgnîa genciliria fumlerunc : qua: infignia afiSimare non aufim in Francia cœpifie. Qua de re iu fequentis comiMonumenris agemus.

f. V.

De Sceptro.

Sceptrtjm olim jam ab antiquifTimis tempori- faus in ufu fuir ; erat autem virga feu bacutus , quem geftabant Reges , Principes , Duces. Latine aliquaiï- do vocatur virga vel fcipio. Vox Graica miflfn la- Cic.prc ti,le fieptruin fciibicur > & jam in ufu erac rempore Stjiio. Ciceionts, qui hac voce jceptrum nonnunquam uti- tur. A multo jam rempore lise vox feue confecrata eft, ad fignificandum feipionem îllum Imperïi fignum , quem geftanr Imperatores & Reges. Confules & viri Confulares etiamipfum geftabant , ut videre eft in

Diptycbis multis. Confules igitur feeptrum renent , in cujus culmine eft aquila. Stilico in Diprychis ex- zffi ' '' prellis m lomo tertio îjupplem.ini ad Antiquita- tem explanatam , feeprrum tenetj cui infidet aqui- la, Supra Aquilam autem eft Imperatoris figura tenen- tîs altéra manu globum , altéra feeptrum. Imperato- res Conftantinopolitani aliquando Iceprrum geftant cum aquila fuperne : at lîrpius aliud lîgnum adhi- bent , crucem nempe vel florem aut aliud quidpiam, AntiquiiTimum omnium feeptrorum , qux in ma- nibus Regum noltrorum vifumur, eft Clilodovei in oftio Ecclefia: nofinc Sangermanenrîs, Aquila fuperne teiminatur3utConfulare lceprrum,quoille uti cœpit, ut putatur , quando ab Anaftailo Impeiatore Con- ful declaratus eft. Obfervandum autem , Aquilam illam non ita pridem fractam fuiflè. Mabilfonius & Ruinardus noftci'j qui integram videruntj iic delinea- ri curarunt , & nos poftea eodem typo 8c forma. Rex Childebertus qui in altero oftii lacère eft , in feeperi fummirate addenfata folia habet, qua: ftrobili penc formam referunt.

DISCOURS PRELIMINAIRE. .vjm.

Depuis ce tems cet ornement du fceptre a fore varié. Le plus ancien Pl III. que nous voyions au Trefor de faint Denis , eft celui qu'on appelle le Sceptre de Dagobert, dont nous donnons ici la figure. Il n'y a que le haut qui foie d'une antiquité fort reculée , le bas a été refait dans de plus bas fiecles. Pour ce qui eft de la principale parrie qui termine le fceptre en haut , je fuis perfiudé qu'elle eft des plus anciens tems de la Monarchie. Elle re- prefente un homme aflîs fur une aigle qui vole. C'eft une apotheofe en la manière qu'on la voit dans les Monumens Romains , mais d'un goût greffier & qui femble convenir à celui de la première race de nos Rois. C'eft le feul fceptre que j'aie jamais de cette forme.

Il y a long-tems que ce fceptre ne fort plus dans le facre de nos Rois ;Si ce qui paroït prouver la grande ancienneté , c'eft: que celui qu'on lui a fûb- ftirué, & qui fort encore aujourd'hui , paraît être fort ancien. Il eft repre- fonté dans la Planche fuivante auprès de l'autre. Sur un bâton fort long, couvert d'argent, s'élève un globe d'où fort une fleur. Sur certe fleur eft pofé un thrône, fur lequel eft affis un Empereur, reconnoifiable par fa couronne fermée en haut , & furhauifée d'un globe. De fa main droite il tient un lono- fceptre qui a au bout une fleur de lis, & de l'autre un globe fur lequel eft une croix. Je croirois volontiers que ce fceptre aura été donné par Charles le Chauve, un des plus grands bienfaicteurs de l'Abbayie de faint Denis, & qui venoit fouvent à cette Abbayie. Il femble que cela lui convienne mieux qu'à fon pere & à fon grand-pere , qui à caufe des grands mouvemens & des guerres de la Germanie , venoient très-rarement à Paris & à faint Denis. Quoiqu'il en loi t , il y a toujours grande apparence que c'eft un Empereur qui amis ce lceptre Impérial.

Les feeptres qu'on voit en grand nombre aux ftatuës & peintures des Rois que nous donnons dans tout cet ouvrage , varient fort dans la partie d'enhauc qui les termine. Celui de Childebert a , comme nous venons de dire, une touffe de feuilles qui approche de la forme d'une pomme de pin. Ceux de Louis le Débonnaire & de Louis le Jeune, fonr à peu près de même.

La figure des Capitulâmes qui reprefenre ou Pépin, ou quelqu'un de fos defeendans , montre un fceptre tout particulier , terminé en haut par une fleur de lis. Lotaire Empereur a un feeprre rerminé par un globe. Charles

Ab îllo tempore feeptri fummitatesvarixobfervan- tur. Quod anriquilïîmum in San-dionyfianothefauro vifitur , feeptrum Dagobertt Régis vocatur , cujus in tabula fequenti formam referimus. Solum autem ca- cumen remotiiïimx vetuihtis eft , citera inferiori- bus fxculis fa&a font, Prxcipuam vero Se iupremam partem libenter crederem in ufu fuifle vetuftiiïïmis Monarchix Firancicx remporibus : virum illa repix- fentat aquilx volaïui infidentem. Aporheofis eft,qua- lis coiîfpickur in Monumemis Romanis ■> fed adrao dum rudi opere;quod prima: Regum noftroriim rtirpis xvo competit. Hoc fokim feeptrum bac forma vidi.

A multo jam tempore hoc feeptrum in Regum noftrorum COnfecrarione non adhibetur : ejus porro antiquitas inde probatur, quod feeptrum ad hune ufum deputarum , valdc antiquum fie : in ta- bula autem cadem exhiberur. Oblongo baculo , quod argeiito obtegkur , luperponkur globus : ex globo flos extt , flori inlîdet iolium , folio Impera- tor , qui calis agnolcitur ex corona claufa , cuî glo- bus luperponitur. Dcxtera ille longum feeptrum te-

Tome I.

net , quod tilio teiminarur ; altéra manu globum , cui crux fuperpofîta eft. Verifimile eft hoc feep- trum datum fuiiiè a Carolo Calvo , qui multa & ma- xima bona contulk Monafterio fandi Dionyfii, qui- que fxpe Monafterium iftud petere folebat. Id potius Carolo Calvocompeteie videatur , quam patri&avo, qui ob Germaiitca bella raro Lutetiam concedebant , & fandti Dionyfii Monafterium non fréquenter vife- bant. Ut ut res eft , verifimile omnino elt Impcraro- rem , fuitlc eum , qui Impériale feeptrum in hujusEc- clefix thefauro pofuit.

Sccptra, qux in mukis Regum ftatuis arque pithi- ris in hoc opère viluntur, admodum variant in parte illa , qux ieeptrum fuperne terminât. Childeberti feeptrum , ut modo dicebamus , folia addenfata ha- bet , qux ftrobilo pe-ne fimilia funt, Ludoviei Pii £v Ludovici Junioris feeptra ejufdcm funtformx.

_ Schéma ex Capitularibusdcfumtum , quod aut Pi- pinum aut aliquem ex tiliis vel nepotibus ejus exhi- ber, Sceptrum erFert fingulare , quod lilii tiorem in culmine habet. Lotharii feeptrum globo fuperne ter-

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pcxxvj DISCOVRS PRELIMINAIRE. le Chauve en a un de même. Ces deux fceptres reuemblent à l'hafte Romaine reprefentée plufieurs fois dans l'Antiquité expliquée , comme nous faifons voir plus bas en parlant des Monumens de ces deux Empereurs. De deux autres images de Charles le Chauve, l'une a un Iceptre tout différent , l'autre en a un terminé par une fleur de lis. Les premiers Rois de la troificme race tiennent un bâton fort court, terminé auifi par une fleur de lis. Saint Louis dans fon Sacre en tient un de chaque main d'une forme toute particulière. En un mot s on remarque autant de variété dans les fceptres que dans les couronnes.

§. VI.

Main de Juftice.

La main de Juftice emploiée au facre de nos Rois , qui fe conlerve au Trefor de laint Denis , eft reprefentée fur la même Planche. Cette main voit pour la première fois dans nosMonumens fur un fceau d'Hugues Capet. Je ne fai fi la main defeendant du ciel fur la tête de Charlemagne , dans le Monument qui le reprelente comme Patrice , n'auroit pas quelque rapport avec cette main de Juftice. Cette main fe voit encore defeendant du ciel fur la tête de Charles le Chauve, dans deux images de cet Empereur , dans l'une defquelles quatre doigts de cette main envoient des raions vers la tête du Prince, comme pour l'éclairer dans les fonctions & dans la Juftice qu'il exerce fur fes fujets. Malgré la rareté des Monumens qui nous refient de Char- lemagne & de fes defeendans , en voila trois qui prefentent cette main celefte ; ce qui donne lieu de croire que cette reprefenration étoit ordinaire en ces tems-là ; &: cela appuyie auffi la conjecture , que la main de Juftice pour- roit avoir rapport à ces mains celeftes qu'on peignoir fur la tête de nos Rois. Onvoitaulli quelquefois des mains dans les médailles des Empereurs de Con- ftantinoplc.

La main de Juftice qu'on conferve au Trefor de S. Denis, &qui fère au Sacre de nos Rois, élevé trois doigts, le pouce, l'indice, ôc celui du milieu, de plie les deux autres j s'il y a quelque myftere , je ne le comprens pas.

minatot » ut & aliud Caroli Calvi : lixc autem duo feeptra liaihe Romana: omnino lîmilia fiinr, qualis fxpe repriclentantrin Antiquirate explanara, ut com- monfuatum eft , ubi agit ut- de Monumentis horum- ce Imperatorum. In alia Çaxofi Calvî imagine feep- rrum omnino fingulare eft : in alia flore lilii termïna- tur. Primi retria: itirpis Reges brevem feipionem te- nent , florem lilii fuperne habentem. Sanctus Ludo- vïeus dum Rex confecratur & inungicur , feepttum ut raque manu tenet : quae ambo fïngularia funt. Ut fummatim dicam s non minor varieras in feeprris , quam in coronis obfervatur.

§■ V I.

De Manu JuJlitU.

M anus Juftitii , qux in confecratione Regum noftiorum adilibetur, quaajue in rhefauro San-dîony- fiano obfervatur , in eadem ipfa tabula exhibetur. H,cc Juftiria: Manus in Monumentis noltris prima vi- ce confpicitur in ligillo quodam Hugonis Capeci.

Nefcio utrum manus illa de catlo defeendens ad ca- put Caroli Magni Parricii in Monumcnto infra pu- blicando, aliquid affîni taris habeat cum hac Juftiria; Manu.Mahusiftaecde cx!o exiensjvideruiretiam lupra caput Caroli Catvi in duabus cabulis depïctis , in qua- nim akera quatuor cjufdem manus digiti radios ad Principis caput immirtunr , ut lucem affinant regemi Cv Juftitiam cxcrccnti. Etiirara fini Caroli Magni Se nepotum cjus Monumenta , cece jam tria Manum illam cadeftem monftrant , uiidc arguitur in more tune poiïtum fuine,ut Manus illa fupra capurPrinci- pis depingeretur; hineque videtur conjcdhuam illam confit-mari , Manum fcilicet Juftiria: cum manibus illis cadeftibus ad caput Regum defeendenribus ali- quid affinitatis liabere. Manus quoque interdum vi- funtur in nummis Imperatorum Conftantinopolitano- rum.

Manus Juftiti.e , qu.-e in rhefiuiro San-dionyfiano fervatur , quarque in Regum Confecratione adlnbc- Cur très digitos erigit, pollicem, indicem & médium, Ci-terofque duos demittit. Si qmd arcani hîc ngniti- ectur , me non capere fateor.

DISCOURS PRELIMINAIRE. xxxvîj §. Vil

Le Thrône.

Le thrône qu'on appelle de Dagobert, fe voit au Trefor de S. Denis, il y a long-tems qu'on ne s'en eft lervi. Le fiege approche aflez pour la forme des chaifes curules des anciens Romains. Les quatre appuis fe terminent en haut en têtes de monftres. Un des grands fceaux de Louis le Gros, le reprefente ams fur un thrône qui a des têtes de monftre femblables à celles-ci. Un autre trône de Louis le Gros &un de fon fils Louis le Jeune, ont des têtes de lions. Lesthrônes des Confuls dans les Diptyques de Bourges, de Liège , & dans un autre qui reprefente Stilicon , que nous avons donné dans le 3. tome du Sup- plément à l'Antiquité , f. 1 3 8 . ont aulïï des têtes de lion , qui tiennent de leur gueule un cercle.

§. VIII.

Les Habits de nos anciens Rois.

Lachlamyde étoit àl'ufage des Romains, qui la portoient à la campa- gne. Elle ne différait de la toge Romaine qu'en ce qu'elle étoit beaucoup plus courte , & qu'elle s'attachoit à l'épaule droite avec une boucle qui joi- gnoit un côté avec l'autre, en forte que le btas droit fe trouvoit libre, au lieu que le gauche étoit caché (bus cette chlamyde , qu'on étoit obligé de relever pour agir. Clovis aiant reçu de l'Empereur Anaftafe les codiciles du Confulat , dit Grégoire de Tours , fe revêtit d'une tunique de pourpre & d'une chlamyde. Il la porta depuis ce tems-là. On le voit avec la chlamyde au por- tail de. notre Eglife. Les Rois fes fucceflburs la portèrent de même. On ne fait pas fi c'étoit feulement dans les cérémonies & dans les folemnitez qu'ils la por- toient, ou Ci elle leur étoit auflî d'ufage ordinaire. Ce qui eft certain, c'eft qu'on voit fouvent des Rois dans les anciens tems, & jufqu'aux bas fiecles, avec le manteau tout ouvett par devant , comme le portoient les nations Germani- ques & duNort, qu'on remarque quelquefois ainfi revêtues dans les colonnes

§. VII.

De Solia feu Throw.

S o L 1 u m feu Tbronus Dagoberri , ut vocant , in thefauro item San-dionyliano fervatur. A nniltc. au- tem tempare in ufu non fuit. Forma vero fat 6ml- lis eftfedi curuliveterumRomanoi um.QuatuorThro- ni fulcrarotidem monftrorumcapitibuslupernetermi- nantur. Sigillum magnum Ludovici VLillum in folio fcilentem exhiber, quatuor capita monftrorum lîmilia exhibentem. Aliud ejufdem , & Ludovici VII. unum, Leonum capita liabcnt. Solia Confulum in Dtptyebù Bituricenli S: Leodieuli ,6V: in alio Stiliconis , qucm dedimus tomo i. Supplementi ad Antiquitatem cxpla- natam ,p. i ;8. capita leonum circulum ote teneu- tium habenc.

§. VIII.

De vetermn Regum fejlil;us. '

Chl a m y s in ufu Romanis erat , qui illam Hum rure vevfarentur geftabant, Ea in re taïuuni chlamys a coga Romana differebat , quod longe brevior eflèt , & quod numéro dextro fîbula anneCreretui- , ikque orrr clilamydis jungerentur , ità ut dextrum brachium omnino liberum eflèt , cum contra iiniihum fub chlamyde laceret , quam, ut libère agete polïet , iplo brachio attollebat. Chlodoveus vero cum coilicillos ConfulaiLis ab Anaftafio Impeiatore accepiilet , in- quit Gregorius Turonenlis, tunicam blatteam induit

chlamydem , quam ab illo tempore gertavir.Cum chlamyde vifîtur in oftio Ecclclix noftrx: iuccellores quoque illius Rcges illam gefrarunt. Nefcitur porro anilla in cerimoniis tantum & folenuitatibus ami- cirentur , an ufus quotidiani ellet. Certum etiam eft Reges,aprifcis temporibus ad intima nique Ixcula^ in Monumentis Ixpe confpici cum pallio anterïus aper- to , quale gellabatur a nationîbus Germanicis & Sep- tentrionalibus, ut deprehenditui in columnisTrajana

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Xxxviij DISCOURS PRELIMINAIRE. Trajane & Antonine. C'étoit auffi la forme du manteau des anciens Grecs. On trouve même quelques-uns de ces plus anciens Rois qui portent le nimbe, couverts de ces manteaux ouverts fur le devant comme ceux qu'on porte aujourd'hui. Cependant la coutume de porter Iachlamyde attachée à l'épaule droite , s'obferve encore aujourd'hui au Sacre de nos Rois.

La tunique étoit l'habit de deffous d'ancien ufage à Rome. Clovis la mit fous la chlamyde dans fa grande cérémonie du Conlulat. Les anciens Romains la portoient allez courre : elle dcfcendoit à peine jufqu'à la cheville ; les manches n'allaient que julqu'au coude. Quand on paffoit certaines mefures pour l'un ou pour l'autre , on s'expofoit à la critique des gens ferieux. Voilà pourquoi Ci- ceron blâme les jeunes gens de la faction de Catilina, de ce qu'ils porroient des tuniques qui delcendoient julqu'aux talons , & à longues manches , & de ce que leurs roges étoient grandes comme des voiles de navire. Les runiques de nos premiers Rois , qu'on voit au portail de S. Germain des Prez, font fort lon- gues & vont fouvent julqu'a terre. C'étoit , à ce que je crois , l'habit de céré- monie , n'y aiant nulle apparence qu'ils portaffent à la chalfe , à la guerre , & quand ils étoient dans l'aérion , un habit fi incommode. Dans la peinture en Molaïque de Rome Charlemagne eft reprefenté avec une tunique qui va à peine julqu'au genou. Cette forte d'habit a fort varié dans les tems fuivans, comme nous obferverons plus bas.

Les premiers Rois portoient fur leur runique des ceintures à bouts pendans , & cela a duré jufqu'à des fieclcs fort bas. Les Reines de la première & féconde race en portoient de très-riches , couvertes de pierreries , donr les bours pendans defeendoient fort bas , comme on peut voir fur Clotilde de notre portail, fur Fredegonde , & auffi fur celles du portail de S. Denis , faites du tems de l'Abbé f ulrad , fous Pépin & Charlemagne.

Quant a la chauffure , elle paraît dans les ftatuës qui nous reftent fort ap- prochante de celle d'aujourd'hui. Les Rois font prefque tous chauffiez de même, hors quelques-uns , comme Clovis dont les fouliers font faits de telle manière , que le deffius du pied eft prefque tout découvert , & Charles le Chauve , qui dans une peinture eft chauffé fort extraordinairement.

& Arttonina , quale eriam prifee geftabatur a Gtaxis. Quidam ex Regibus illis prifeis , qui nimbo or- nantur, bujufmodi pallia gefrant , hodiemis amnia. Attamen mos geftandichlamydem humerodcxrro an- nexant hodieque fervacur in Rcgum confecracio- nibus.

Tunica , veftis inrerior , Romx prifei ufus état : Cfdodovcus in cerimbfùa Confulatus fui tunicam fub chlamyde induit. Iîrevcm illam geftabanc prifei Ro- mani : vix ad malleolos ufque defluebat , manicte ad cubitum tancum pertingebant. Si menfurailla pra-re- rirerur, modelrorum bominutn cenfura timenda crac. Ideo Catilmarix fadionis adolefcentes vitupérât Ci- cero , quod cunicas talares Se manicatas getrarent &c togasvelis unnles. Tunica; ptifeorum Regum, qua: in oftio Sangetroanenfi vifuntur , admodum longa; finit & ad terram ufque defluant. Ea erat , ut puto , ceri- monirc veftis : neque enim veruunile eft illos in vena- it! , in belloj in aliiique exercirationibus tam incom-

moda vefte ufos eue. In mufivo opère Romano Caro- lus Magnus cum tunica repra-fenrarur , qui- ad genu vix pertingit. Hoc genus veftis plurimas infequenri tempore admilir varietates , ut obfcrvabitur.

Prifei Rcgcs fupra cunicas cingula feu zonas ba- bebant, quorum excrema anterius pendebant.Regina: prima: tecundxque ftirpis gemmis decoraca cin- gula geftab ant j quorum extrema infra genua de- Âucbant , ut in Chlotiidis &: Fiedegundis imaginibus videre eft , inque ftatuis oftii San-dionyfiaiii , qua; jufïu Fulradi Abbatis, legnancibus Pipino & Carolo Magno j fculpts fuere.

Qiiod calceos fpedat, non mulcum differunr ab hodiernis. Reges eodem pene modo calceari (une , paiacis excepuis , ut Chlodovco , cujus fuperna pedis liiperficies aperraeft , nec tegittu calceo 3 & Carolo Calvo , qui in tabella quadam depiifta , fingulari prorfus modo cakeatus eft.

4

APPROBATION.

J'Ay là. par ordre de Monfeigneur le Garde des Sceaux , un Manufcric intitulé les Monumens de la Monarchie Françoife , compofé par le R. P. Dom Bernard de Montfaucon, Religieux Bénédictin de la Congrégation de Saint Maur, dont on peut permettre l'impreffion. A Paris le 2.6 Janvier 1717.

CHER 1ER.

PERMISSION DV R. P. GENERAL.

NOus Frère Pierre Thibault , Supérieur General de la Congrégation de S. Maur, Ordre de S. Benoît, l'Approbation du Cenfeur Royal des Livres , avons permis & permettons à Dom Bernard de Mont- faucon , Prêtre & Religieux du même Ordre & Congrégation , de faire im- primer un Livre intitulé : Les Monumens de la Monarchie Françoife, qui com- frennent l'Hiftoire de France avec toutes les figures de chaque Règne. A Paris dans l'Abbayie de S. Germain des Prez , ce vingt-troifiéme Avril 1719. fous notre feing , le fceau de notre Office , & le contre-feing de notre Secrétaire.

Fr. PIERRE THIBAULT, Supérieur General.

Par commandement duT.R.P. General, Laprade, Secrétaire.

PRIVILEGE DU R 0 r.

LOUIS, par. la g r a ce de Dieu, Roy de France et de Navarre, à nos amez Se féaux Conteillers, les Gens tenans nos Cours île Parlement , Mairies des Requêtes ordinaires de notre Hôtel, Grand-Confeil, Prévôt de Paris, Baillifs , Sénéchaux, leurs Lieutenans Civils & autres nos Julhciers qu'il appartiendra, Salut : Notre bien amé le Pere Dom Bernard de Montfaucon , Religieux Bencdicttn de la Congrégation de S. Maur , Nous ayant" fait remonrrer qu'il defireroit faire imprimer & donner au public un ouvrage de fa compolîtion, intitulé Les Monumens de la Monarchie Françoife , s'il Nous plaifoit lui accorder nos Lettres de Privilège fur ce néceifaires ; offrant pour cet effet de les faire'im- pnmer en bon papier&en beaux caraflercs, fuivanr la feuille imprimée Se attachée pour modèle fous le con- tre-lcel des Prefentes. A ces c a u s es , voulant traitter favorablement ledit Expofant , & reconnoitre ion zele , fon application & fon travail , à procurer des Ouvrages utiles au Public depuis plufieurs an- nées : Nous lui avons permis Se permerrons par ces Prefentes de faire imprimer ledir Livre ci-dedus fpeci- fié , en un ou plufieurs volumes , conjointement ou féparément , &| aurant de fois que bon lui femblera , fur papier & caraeferes conformes à ladite feuille imprimée Se attachée fous norredit conrre-fcel ; Se de le faire vendre & debirer par rout notre Royaume pendant le tems de quinze années confecutives , à comp- ter du jour de la dare defdites l'rclentcs : Faifons defenfes à toutes fortes de perfonnes de quelque qualité Se condirion qu'elles foient , d'en introduire d'impreflion étrangère dans aucun lieu de notre obéïïlànce ; comme aufii à tous Libraires, Imprimeurs & autres, d'imprimer , faire imprimer , vendre, faire vendre , débiter , ni contrefaire ledit Livre ci-dellus expofé , en rout ni en partie , ni d'en faire aucuns exrraits fous quelque prétexte que ce foir , d'augmentation ou correction , changement de titre ou autrement , fans la pcrmiflîon expreffe & par écrit dudit Expofant ou de ceux qui auront droit de lui ; à peine de con- rilcation des exemplaires conrrefaits , de rrois mille livres d'amende courre chacun des conrrevenans ; dont un tiets à Nous , un tiers à l'Hôtel-Dieu de Paris , l'autre tiers audit Expofant , Se de tous dépens , dommages& interèrs: àla chargeque cesPrefcntcs feront enregiftrées tout au long fur le Regillre de Communauté des Libraires Se Imprimeurs de Paris dans trois mois de la date d'icelles ; que PimprciGon de ce Livre fera faite dans notre Royaume Se non ailleurs ; & que l'Impétrant fe conformera en rour aux Rc- glemens de la Librairie, Se notamment à celui du dix Avril 172 r. &: qu'avant que de l'expofet en vente, le manuferit ou imprimé qui aura fervi de copie à l'impreiilon dudit Livre , fera remis dans fe même état

l'Approbation y aura été donnée , ès mains de notre très-cher & fcal Chevalier Garde des Sceaux de France le fient Fleuri au d'Armenonvilliu Commandeur de nos Ordres ■■, & qu'il en fera enfui te remis deux exemplaires dans notre Biblioteque publique; un dans celle de notre Château du Louvre , & un dans celle de notre très-cher Se féal Chevalier Garde des Sceaux de France le lïeur Fleuri au d'Armenon ville , Commandeur de nos Ordres ; le tout à peine de nullité des Prefentes ; Du contenu deiquelles vous man- dons & enjoignons de faire jouir lJExpo!anr ou fes ayans caufe 3 pleinement &c paisiblement , fans foufFrii: qu'il leur foit fait aucun trouble ou empêchement. Voulons que la copie defditesPrefentes qui fera impri- mée tout au long au commencement ou à la fin dudit Livre , ioit tenue pour dûment lignifiée > Se qu'aux copies coll'atioiinées par l'un de nos amez & féaux Confcillers Se Secrétaires! foi foit ajoutée comme à l'o- riginal. Commandons au premier notre Huilïïer ou Sergent de faire pour l'exécution d'icelles tous A6tes jequis Se néceflàires > fans demander autre permiflion , Se nonobftant clameur de Haro , Charte Normande & Letflres à ce contraires. Car tel eft notre plaifir. Donné à Paris le treizième jour du mois de Février l'an de Grâce mil fept cent vingt-fept, Se de notre Règne le douzième. Par le Roi en fon Confeil, DE SAIN T-H. I L A I R E.

Regiftrè fur le Regi(lre VI, de la Chambre Royale dis Libraires & Imprimeurs de Paris , 569. fol. 454, conformément aux anciens Règlement , confirmez, par celui du 28. Février 1713. A Paris le quatorze Février

BRU NET, Syndic.

J'ai cédé le prefent Privilège aux fieurs Pierre-François GiffArt & Julien-Michel Gandouin Libraires, ce 21 Avril 1719.

Fr. BERNARD DE MONTFAUCON.

Regiftrè' fur leRegiftreVII.de la Communauté des Libraires & Imprimeurs de Paris, page 197. conformé- ment aux Règlement , et notamment à l'Arrêt du Confeil dit 13. Aouft 1703. A Paris le vingt -ftx Avril 1729.

COIGNARDj Syndic.

LES MONUM EN S

D E

LA MONARCHIE

FRANÇOISE,

s

QUI COMPRENNENT L'HISTOIRE DE FRANCE:

AVEC LES FIGURES DE CHAQUE REGNE; que l'injure des tems a épargnées.

Origine des François j & Uur Hifioire avant la Fondation de la Monarchie. E S nations Germaniques changeoient fouvent de lieu ; elles quktoient une contrée pour fe faifir d'une autre. La feule rai- Ion de bienféance les portoit à envahir un payis , à en chaffèr les anciens habitans , ou à fe joindre par quelque traité avec eux , fi elles y trouvoient trop de réfiilance. Nous avons des exemples de l'un & de l'autre. On prétend que les Francs ou François ont de même changé de payis: mais on diipute quelle a été leur demeure avant qu'ils s'établiflént fur le Rhin. Notre premier hiftorien Grégoire de Tours , les fait venir de la Pannonie , & ne laifle pas moins de difficulté fur

MONV ME NT A FRANC ICJE MO NA RC H IJE QVA? FRANCIS HISTORIAM COMPLECTUNTUR; cum us cujufque Regni figuris quitus injuria tempomm pepercit.

FRANCORUM ORWO, ET HISTORIA tcm ex padroinito admiffis, fi quidem validius ilXÉ

iUmnmufyiuiâfmdMmMoimchim. obliiterent: uriiufque modi exempta fuppetunt. lia

Gquoque Franci in alias rranfmigrafle regiones narran- Erm a ni :ci gentes fedes mutare , & ab aliis tur. Verum de prifeis illorumfedibus.anrequamRJie- în alia migrare loca folebanr ; nec alio quam ni litora incolerent , dilpuramr. Hiftoria: noftra: pri- proprn commodi jure alienos invadebant agros& ter- mus Scriptor Gregorius Turoneniîs , Francos ex Pan- ras ; five pullis incolis , five noimunquam m focieta- nonia migrait narrât : at non minorem circa priloas

Tome I. A

% ORIGINE DES FRANÇOIS.

le payis d'où il les fait partir , que fur la route qu'il leur fait tenir. Plufiurs affû- tent , dit-il, que les François font fortis de la Vannonie s qu'ils habitèrent fur les bords du Rhin s que depuis ayant faffé cette rivière 3 ils fe rendirent dans la Thuringe, ou ils établirent dans les bourgs dans les villes 3 des Rois à longue chevelure , tirez de la plus noble famille de leur nation. Comment un peuple , dit-on , qui vient de l'orient de la Germanie fur les bords du Rhin , peut-il pafTer le Rhin pour aller de-Ià dans la Thuringe ? Quelques-uns ont crû5 qu'au lieu de JaThuringeil faut lire la Tongrie ou le payis de Tongres , & la Gaule Belgique : en effet les Fran- çois fous Clodion pafferent en ce payis-là , & y firent des conquêtes. D'autres prétendent , qu'au lieu du Rhin il faut lire le Mein ; ce qui Ieveroit toute la difficulté. Un autre dit que ce n eftpas le grand fleuve du Rhin dont Grégoire parle , mais une petite rivière prefque de même nom qui coule dans la Franco- nie. Il me femble qu'on peut fauver le texte tel qu'il eft > fans avoir recours à des explications forcées. Grégoire de Tours dit qu'ils occupèrent les bords du Rhin , litora Rheni l'un & l'autre bord ; peut-être que la plus grande part» pafla de l'autre côté du Rhin -7 & il aura fallu fans doute qu'elle l'ait repaue pour aller dans la Thuringe.

On contredit auffi Grégoire de Tours fur la tranfmigration des François , de la Pannonie au Rhin. M. de Leibnits & M Eccard, très habiles auteurs Aile- mans , croient qu'ils vinrent des bords de la mer Baltique vers l'em-. bouchure de l'Elbe. Ils fe fondent fur un paifage de l'Anonyme de Ravenne, auteur du feptiéme fiecle , qui le dit quoique d'une manière un peu envelop- pée. Cette diverfité d'opinions ne fert qu'à prouver l'incertitude du fait. Je ne m'arrêterai point au fentiment de ceux qui les font venir des Palus Meotides : encore moins à celui qui les fait defeendre des anciens Troiens ; fentiment. rapporté premièrement par Fredegaire auteur du feptiéme necle 3 & par plu- fleurs autres écrivains de moien âge : ce qui nous fait juger que nos anciens François fe glorifioient de cette origine fabuleufe. Quelques-uns même faifoient entrer Alexandre le grand dans cette généalogie. En ces tems d'ignorance chacun pouvoir impunément faire parade de les ancêtres 3 tels qu'il plaifoit de les adopter.

Plufeurs auteurs de ces derniers tems , comme Bodin , Trivor, Forcatel , le P. Lacarri Jefuite , & le célèbre P. de Tournemine de la même Compagnie, donnent à. nos François une origine qui leur feroit glorieufe , en les failant del-

ïllasfedes, quam circa itineris ranonem , difeeptandi Crtg. Tut. anfam rclinquït. Tradmit enim mulû a iiiquit , eofdem i.a. e.S). fa Pamionïa fiùjfe digrejfos. Et prunum quittent litora Rheni amtiis incoluiffe : debinc tranfuto Rheno , Thorin- giam tratifmeajfe ; ibiquejuxta pagos vel çivitates , Re- ges crinitos fuper fe creavijfe ,de prima , & ut ha dham, îiobiliori juoritm f.tmili.i. Vctam quî potuit } inquiunt, gens illa , ab orientali Germania: limice profecta , Rheni lirora petere , de poltea ut Thoringiam adirer Rhenum tranfmealle ? Sunt qui pro Thoringia , Tun- giiam legere volunt , feu Tungrorum regionem in Callia Belgica ; alii pro Rheno Mcenum fubftituunr , qua: tes omnem rollcret difîîcultarem : alius non de Rheno hic agi purat , fed de alio parvo fluvio pêne cognomine , qui in Franconia Huit. At » ni fallor , miiïis illis opinionibusjquxcumGregorii verbisftare nequeunt , ipfa verba polfunt inradla fervari. Rheni li/ora hicoluijfe , inquit Gregorius ; nempe ucrumqne lirrus: forreque major Francorum parsRhetHim trani- raeavent 3 & ut Thoringiam adiret Rhenum denuo traulicrit.

Nec minus obiîftitur Gregorio Turonenfî , citm di- ^■CC'jr~t cit Francos aPannoniaad Rhenum mîgrallc.Prarrtan- „^r^„ ' tilîiminamquc viri Leibnitius&EccardusputantFran- jt igp^ cos ex îitore maris Bakhici y Se oftiis Albis fluvii pro- Ripuana- fectos efle ; Anonymi nempe Ravcnnatis teftimonio rum* nixi , qui au&or, aïunr, Ta?cuIo fcripfît. Ille tamen, ut vere Ëœai > non ita clare rem explicat , nec dihS- cultate vacat. Ex opinionum \arictate quam incerca rcs fit evincitur. Non attendo iis qui Francos ex palu- de Mccotica deducunt ; mulroque minus lis > qui ex Fn^eg. veteribus ïllis Trojanis Francos ortos diccbant,utFre- Lpi>- degarius& multi alii pofl: ipfum: & fbrtafTisipiiFran- iom-c- 3-fc ci hanc jadtabant originem ; quidam edam in hujuf- modi genus Alexandrum inducebanr Macedoncm.In ïftis nempe îgnorantia; remporibus 5 quivis poterat majores libi pro lubiro 5c impune adoptare.

Plcrique Se noftro & patrum noliroium xvo , ut Bodinus , Tiïvorius > Forcatelus , icemque Lacarrius & non ita pridem clariiîimusTLirneminius,ex eadem ambo focietare , eam Francis originem arrribuerunt y qua: in honorem Gallic* gémis vergeret 3 dum ortos

ORIGINE DES FRANÇOIS. $ cendre de ces anciens Gaulois Tectofages, qui félon le témoignage de Cefar, s'étoient établis dans la Germanie vers la Forêt Hercinie , & qui avoienc, dit-il, en ce tems-là une grande réputation de juftice &: de valeur. Ils foutiennent que- ces anciens Gaulois habitoient aux mêmes endroits que les Francs ou les Fran- çois avant qu'ils paflafTent le Rhin pour entrer dans les Gaules , & qu'il y a lieu de croire qu'ils étoient defcendus d'eux. A quoi l'on a repondu , que la forêt Her- cinie occupant prefque toute la longueur de la Germanie , & que Cefar n'ayant pas marqué en quel endroit les Te&ofages habitoient ; c'eft deviner que de les aller placer à cette partie occidentale de la forêt, qui étoit au voifinage du payis habité par les François. D'ailleurs il eft fur que les Francs qui paiîerent Je Rhin parloient Teuton ; c'eft une grande preuve qu'ils étoient Teutons & Germains d'origine.

Ce qui eft certain & qui prouve encore que ces François n'étoient point def- Nations cendus des Tectofages , c'elt que fous le nom de Francs étoient compris plu- fou^le" Heurs peuples Germains , dont voici la lifte : les Bructeres, les Chamaves , les nom 4e Chattes , les Chauces, les Cherufces , les Angrivariens , les Attuariens , les Amp- Fiançols* fivariens , les Sicambres , les Saliens , les Tencleres 3 les Ufipetes , & que tous ces peuples dont Tacite fait mention , furent depuis appeliez d'un nom gênerai Francs ou François. Ce grand nombre de nations Germaniques, qui du tems de Tacite étoient fituées à peu-près aux mêmes payis qu'au tems dont nous parlons, me fait îoupçonner que ce qu'on a dit de la tranfmigration des Francs pourroit être fabuleux.

Ce nom de François ne fe trouve point avant le tems de l'Empereur Valerien : Mais depuis ce tems-là , ce fut de toutes les nations Germaniques la plus formi- dable à l'Empire Romain. Quoique toutes celles que nous venons de nommer £u(lenz comprifes fous le nom gênerai de François , cela n'empêche pas que de- puis cette union de plufieurs enfemble , il ne foit fait mention dans les Hifto- riens, des nations particulières qui paiToient fous ce nom. Ils parlent fouvent des Bructeres, des Chamaves, des Saliens. Les fenrimensfont fort partagez fur la ligni- fication de ce mot Franc ; la plus commune opinion , fur tout chez les François, cJ^jJ eft qu'il avoir la même lignification qu'il a aujourd'hui , libre , ou droit ,/incere. nom*/*»* M. de Leibnits n'en demeure pas d'accord. Jai vu au Monrcaflin un diction- naire manulcrit d'environ huit cens ans, on lit a la lettre F. Franci 3 a feri- tate : Us prenaient ce nom de leur férocité. Ces étymologies fe tirent comme

Ctfar àe Francos dicunt ex Te£tofagibus illis , qui Carfare tef- iijùj /■ te t [oca circum Hcrciniam lilvam occupaverant , &z fummam habebant jullitia: Se beHicx laudis opimo- nem. Pucant autem Tectofagas illosin iifdemhabkallè locis, in quibus Franci habicabant anrequamRhenum traniïrent , utGallias invaderent ; atque opinanturex illis elle oitos. Sed hanc confutarunt opinioncm viri do(fti , qui dicunt Herciniam iîlvam rotam fere Ger- manix latitudinem occupalïe, Se cum Cxfar non in- dicaverit qua in parte Hercinîa: Cilvx Tettofages 1 1 li fedes pofuerint , nonnifi divinando illos in ifta occi- dentali parte locari , in qua Franci habirabant. Alio- quin veto certum eft Francos illos qui Rhenum tran- lieruntjGermanica feuTcutonica lingualoquutos efle, unde probatur Germanos fuifle.

Illudporro certum indubitatumque eft;imde eriam refellitur eorum opinio, qui Francos ex Tedtofagibus illis ortos dicunt ; Francorum nomenmultisGermani- cis gentibus inditum fuiflê ; Bructeris nempe , Cha- mavis , Chatris , Chaucis , Cherufcis, Angrivariis , Accuariis , AmpJivariis , Saliis > Sicambiis, Tendteris,

Tome L

Uiîpetibus ; illofque omnes populos a Tacito mémo* ratos j uno iimul nomine Francos appellatos poitea fiiifîc. Tantus ille Germanarum genuum nurnems , aux Taciti tempore vel eafdem vel vicïnas Francicis iedes occupabant , fUfpicionem mihi. injïcit , ea qua; a Gregorio Turonenfe& aliisdetr?jifmigrarione Fran- corum dicuntur , fàbulofà eflè.

Francorum nomen non occurrit ante Valeriani Im- peratoris tempo ra. Ab illo autem xvo , nulla natio magis Imperio Romano formidoloia fuit. Etlî vero omnes iupra memorata: genres uno Francorum nomi- ne vocarentur , quidam tamen ex illis (ubinde nomi- ne fuo appel latx occmruntj apud Scriptores j Bruyè- res videlicet , Char.iavi , Saliî. De hujus vocis Franci fignificarione difputatur : putarunt multij prxfertim- que Franci , eamdem quam hodie fignifîcationem habuilIè.^Mjjfw ; id eft , liber, Imcerus , ingenuus. Hanc refpuit fignificarionem Leibnitius. In glolïàrio quodam CalTînenJi oéiingentoium annorum in litera F.hanc notam exfcripiî : Franci a feritate. Etymologis hujufmodipro lubko eruuncur.SÎ harcaccuratanonlio

A ij

4 ORIGINE DES FRANÇOIS.

on veut : fi celle-ci n'eft pas jufte , elle convenoit au moins à l'humeur de ces an- ciens François : Les François 3 nation des plus féroces , ditNazaire dans le Panégyri- que de Conftantin.

ïnçur- H n'y eut jamais de voifîns plus fâcheux ; ils faifoient fous Valcrien des in- Fmnçois. curfions perpétuelles dans les Gaules ; ils entroient fort avant dans le payis , tk. ■An.ijj. ravageoient tout. Aurelien, Tribun delà légion fixiéme Gallicane, les y attaqua M9' une fois , en tua fept cens qui faifoient des courfes dans les Gaules, & prit trois cens prifonniers , qui furent vendus à l'encan. Ilsle joignirent depuis à Poftume, qui s'étant révolté contre Gallien , prit Je titre d'Empereur dans les Gaules. Mais l'armée de Gallien étant enfin reftée victorieufe , il en triompha dans Rome. furent menez les mains liées derrière le dos les prifonniers des peuples aé4. vaincus , les Goths , les Sarmates , les François, les Perfes. Il n'y avoit pourtant nuls prifonniers de ces nations ; mais on en faifoit paffer d'autres fous ces noms pour la gloire du Triomphe ; c'efl ainfi qu'il faut entendre fimuïau gentes de Trebellius Pollion.

Les François fe rendirent les maîtres de la Batavie; ils s'y établirent ; 5c con- tinuant leurs irruptions , ils eurent fouvent les Romains à combattre ; & tantôt vainqueurs, tantôt vaincus, ils faifoient toujours leurs courfes & leurs pilleries.

An. hîj. Ce fut apparemment depuis leur établi(Tement dans la Batavie qu'ils commen- cèrent à faire des courfes fur mer. Ils paflèrent le détroit de Gades ou Gibraltar, ravagèrent Tarragone & toute la contrée.

An.iSo. Une autre expédition navale plus remarquable des François , eft celle que ra- content Eumenius &Zofime, de certains captifs de cette nation, qui s'étant faifis dans le Pont Euxin de quelques navires , ravagèrent les côtes de la Grèce & de l'Afîe , & qui s'étant enfuite jettez fur l'Afrique , après y avoir exercé leur piraterie, vinrent faire defcente en Sicile , prirent Syracufe , la pillèrent & la ruinèrent ; & par le plus grand bonheur du monde , ilsfe retirèrent fains & fauves chez eux. Cette expédition fe fit fous l'Empereur Probus. Selon le texte de Zofime 3 ceux •qui fortirent du Pont Euxin avoient été établis par le même Empereur.

Sous les Empereurs fuivans lesFrançoiscontinuerent leurs courfes & leurs rava- ges ; ils pafloient fouvent le Rhin ; on envoyoit des troupes pour les obliger à le repafTer. Ils perdoient quelquefois des batailles , ils en gagnoient auffi. La guerre contre les François étoit toujours la plus ferieufe que les Romains euflènt en Euro- pe.Cela dura ainfî depuis l'Empire deValerien julqu'à l'Empire de Valentinien III.

Francorum cette veterum incîolem probe refert. Fran- ci prêter aeteros truces 3 inquit Nazarius in Panegyrico Conftanrini,

Zofîmut , Nulli imquam fueie moleftiorcs vicini : Valeriano I. i. imperante in Gallias perpetuo excuriîones faciebanr , arque in inreriores uique regiones pénétrantes jomnia fofijcuiin diripiebant. Aurelmms tune Tr'ibunus legionis fcxt& 4ttrtluMQ. Gallicans } Francos irruentes cum vagamitur per totam Galliam ; jic affllxït , ut trecentos ex iis captas , feptingen- lis interemtis > fub coronavend'iderit. Poftumo tieinde juncti funt qui in Gallia Imperatoris nomen ufurpa- vit , quique demum aGallicm exercitu victus eft: de qua viftoria Gallicnus rriumpliavir.Ibi caprivï barbari Trtbtlpta manibus a rergo ligatis ducti iunt , Gorhi, Sarmata;, P>«« /m pt-anci , peifa- , ied (iwul.tta genres } îrjquit Trebellius . Itm' Pollio , nempe obvii quique } Gorhomm > Franco-

îum 8cc. nomine ad rriumphi gloriam duetbantur. rAne&vrho FranciBataviaminvatère , & fa;pe excurfiones fecê- V>*. 4. re,& cum Romanis manus conferuere,ac modo viû©- res modo vicri , a vaftationibus nunquam defiftebant.

Ex q_uo rempore, ut credere eft , Bataviam invaferant, conl'cenlis navibus oras procul diripiebant. Ex Batavia AunlUa igkur , ur quidem purarur, folventes , trajectisGadi- Vithr in bus , Tarraconem & Hifpaniam quaquaverfum popu- Gallieno. la ri iunr.

Alteram eomm navalem expedirionem longe ce- Eumenius lebriorem narrant Eumenius atqueZofimus. Caprivo- rstngyrlc? rum numerofa erar illa turba Francorum,qui cprrcp- Conjlaniio tisa Ponro navibus, Grarciam Afiamque varta'runt , «• «î- & Lybia: litroribus appuliî, ipfas poftremo Syracufas ^J'™1"' cepere , arque înctedibUi ufi felicirare , nihilque de^ trimentipaiTîjdomum fe recepere. Air porroZolîmus, Francos iilos ibi , in Ponro liaud dubie, ledes ablm- peratore Probo obtinuiilè.

Impcfatorum (equentrum arvo Franciperperuisexcur- fiombustranfadtoRhenoGallias populabanrur. Mitte- bantur Romani exerckusin prardones, qui modo viâ:î modo viifloresjvaftandi finem non faciebant. Bellum Fiancicum apudRomanosomnium inEuropa s^raviiTi- mum habebatur. Id veio a Valei iani a;vo ad ulque Va-

ORIGINE DES FRANÇOIS. j

les François commencèrent à setablir dans les Gaules , &: y fondèrent une Monarchie puiffante , dont les Rois furent depuis Empereurs d'Occident.

Les François avant leur établiiTement dans les Gaules avoient des Chefs qu'ils Roisdes appelloient félon quelques-uns Duces , ou Régates, ou Subreguli. Après qu'ils fu- ^anda rent venus , dit Grégoire de Tours , de la Panrtonie fur le Rhin , & qu'ils eu- fondation rent occupé quelque tems les bords de cette rivière , ils la pafferenr de nou- ^dif" veau pour aller dans la Thuringe ils établirent dans les bourgs & dans les villes des Rois à longue chevelure ; car c'eft ainfi qu'il faut entendre regcs crinitas du même Auteur.

Les deux premiers Rois des François qu'on trouve, font Genobaude & Athée; an iSS ou , comme une autre leçon porre , Genobon & Efathec, qui furent établis Roi's par Maximien , ou plutôt confirmez dans la Royauté , comme le marque Claude Mamertin dans fon Panégyrique de Maximien ,c. 10.

Afcaric &; Regaïfe Rois des François, furent pris & punis du dernier fupplice jo& par le Grand Conftantin , pour avoir violé la foi donnée, & fait desincuriîons dans les terres de l'Empire.

Mallobaude autre Roi des François , un des plus vaillans Princes de fon 378. tems , fut auifi Comte des Domeftiques de l'Empire ; il commanda dans une bataille contre les Allemans , remporta la victoire , & fit un grand carnage des ennemis.

Theodemer Roi des François , fils de Richimer , fut tué avec fa mere Afcila. 4> C'eft tout ce que nous apprend de lui Grégoire de Tours.

On compte plufieurs François qui ont occupé les premières charges de l'Em- pire , comme Bonice & Silvain père & fils , Carietton , Baudon , & Ârgobafte fi fameux dans l'hiftoire , qui fit mourir l'Empereur Valentinien fécond.

■Quant à l'origine & la fuite de la première race de nos Rois, elle eft fort obfcu- re jufqu a Merouée. La Chronique de Profpermet un Priamqui régna en France, c'eft-à-dire , dans la France orientale au-delà du Rhin ; M. de Leibnits prétend avec plufieurs Auteurs, que le nom de Priam s'eft formé par corruprion dePha- ramond ; enforte que félon cette opinion il y aurait eu deux Pharamonds. Si Priam étoit le vrai nom, cela donnerait lieu de croire, que la fable de l'origine Troienne étoit déjà répandue dès ce tems-là chez les François , puifqu'ils don- noient à leur Roi le nom d'un Roi de Troie.

lcnmiianurnrevtiampetfevcravit,quo temporeFraiKi ac flteimos iftius ct clatilTimus , fuit «km Cornes -*»mtm in Gallns Mes ponere ceepetunt , lenlimque tegnum Domefticomm Impetii : dux fuit in pnelio quodam MmeUm. tundavere porennilimum , cujus Reges poftca ad im- contra Alamannos.viaoriam reporravit, maeïamaue '•!'•'•">• penum Occidentale pervenerunt. liollium Ibagem edidir. Ont. 1. 1. F™1CI anrequam in Galliis fedesponerenr.eos que- Theodemeres Rex Francorum.filiusRichimeris & ,. s, mm impeno parebanr , Duces appellabant ,five Rega- Afchila mater ejus gladio inrerfeéti fiait. Hoc un'um les , i,ve sanguins , ita narrantibus quibufdam Scrip- de Theodemete refert Gregotius Turonenfis Jlc, tonbus , quos refm Gregonus Tutonenlis. Poftquam Franci bene multi pra-cipua Impcrii officia obrinùe- ex i annonia prorech Rhcni littora occuparunt , in- re , inter quos Bonitius , Silvanus parer arque filius qmr idem Scnptor in locolupra allaro.rranfaclo Rhe- Carietton, Baudon , Arbogaltes m hiltor.a memoral ml horiiigiam tranimearunt ; ihque juxt* pages vel ms , qui Valentinianum fecundum Imperarorcm per- avilates Reges mniros juper je creavernnt* Regcs crini- émit. CW;«, tosrintelli?c lonSa coma. Qj.od fpcûat autem originem & feriem prima: Re- C" pn°?CS F",,c°ranl, ReScs aPud Sc"PtO"-es gum noltrorum (Hrpis , ea obfcuriilima cil ufque ad ' " nccnrrunr, finir nr-noh^iiH^c X- Arhrr mA nt ;„ „!;., m n„r_ f. ™- i « ~

r*m,,m. o"^nt.»«"MGcnobaudcs& Arhec , vel ur m alla Merovcum. Profperi Chronkon Pithceanum Prii /. Mtxi- lena\ ,.™c_'_ Genobon & Elathcc , qui ab Impera- mum quempiam aiferr. Priait! , miani

_ - .7* 1 mql.^ , 4ui du impera- mum quempiam arterr. l'ritmus , inquir , régnât in

tore Maximiano regnum acceperunt , vel fortaflë in FrsmcU , orienrati fcilicer. Hoc vero nomen puranc

,o. regno confirmât; funt quidam vhi doffi , inrer quos Leibnitius, vitio quo-

. Alcancus & Regailus regcs Francornm , Confran- dam faftum elîe ex Pharamundoiitaut fi fct hic opi-

1 1. FM- mu Magm judu fupplicio funr arfeai.violaw pacis & nio, duo Pharamundi fuerinr. Si Priamus verum elle

V ndc'.ca"!a , & quod Impern Romani terras mfeftas illius nomen , hinc fane fuaderetur Trojana: originis

iii! ri i- fabulam jam nunc apud Francos vulgaremfuiilè, qui

Mallobauùes, abus Ftancorurn rex, inrer bellicofos Trojani Régis nomen Régi fuo inderent.

A iij

( ORIGINE DES FRANÇOIS.

Mn-comir felonl' Auteur des Gf^Fwscorwm.étoit fils decePtiam,&Sunnon étoit frère de Marcomir , félon M. de Valois, qui prétend quecesmots queClau- dien dit de l'un & de l'autre , ingénia fielerumque cufidwe fratres , fuppolent qu ils étoient véritablement frères. Genebaud étoit frère des deux , dit le même Au- 3^ Km des Ge/ia Francorum. Ces trois Chefs firent une irruption dans la Germanie ' ils tuèrent bien des gens , ravagèrent tout , & portèrent la terreur jufque dans Coloo-ne. La nouvelle en étant venue à Trêves , étoient Nannene & Quintin , Chefs de l'armée Romaine pour Maxime , ils s'avancèrent avec leurs Troupes iufqu a Cologne. .

Cependant les François qui avoient pane le Rhin , & pille les provinces de deçà , repaiTerent le même fleuve chargez de dépouilles , & laifferent une partie des leurs pour continuer lespilleries. Les Romains tombèrent fur ceux-ci , & les . défirent. Après quoi les Chefs délibérèrent , s'ils paiTeroient le Rhin pour les JKattaquer dL leur pays. Nannene qui n'en fut pas d'avis , le retira a Mayence. >«. F™> Quinnn les alla chercher au delà du fleuve, qu'il paffa a Nuits ; il y trouva des ca- Ç0" bànes abandonnées , de grands bourgs défères. Les François faifant femblant d a- voir peur, s'étoient retirez dans des forêts , & avoient fait de grands abbatis d ar- bres aux extremitez. Quintin après avoir brûlé tous les bourgs 6c villages , sa- vifa de les aller attaquer dans les bois : mais de fes foldats les uns s'égaraient dans des fentiers inconnus ; les autres étoient arrêtez par ces grands abbatis d arbres. Alors l'Armée Romaine quittant les bois , s'alla mettte en bataille dans des champs voifins marécageux , ils avoient peine de fe tenir fur leurs pieds , & les François profitant de l'occaf.on , les accablèrent de flèches empoifonnees par la pointe. Ilslestuoient impunément de deffiisles arbres ; la difficulté du terrain empêchoit également la Cavalerie & l'Infanterie de faire les mouvemens necel- faires pour repouffer l'ennemi ; en forte que de toute cette armée il n en echapa qu'un très-petit nombre, qui à la faveur de la nuit fe fauverent parles bois: prefque tous les Chefs y périrent.

Marcomir & Sun non foutinrent chez eux contre Arbogafte , François de na- tion & leur ennemi particulier, une guerre qui ne leur fut pas fi favorable, & i9S. furent enfin défaits par Stilicon. Marcomir fut pris & envoyé en exil, & Sun- non fut tué par les fiens dans un combat.

Oefl. Fram. initia.

CUu/tiJM. laitdibus Slilicanii : 1. I.

H*d. Va- l,f.Hift. I.,.f.

(îreg. I. 2. t. S-

Marcomeres,fi fides fit auctorilibri de Geftis Fran- corum; Priami illius (îlius erat ; Sunno autem a Gau- diano cum Marcomere memoratus, frater Marcome- ris erar , fecundum Had. Valcfium , qui putat kxc Claudiani verba ,

Jngenio feelerumque atfidinc fratres _ indicare ipfos & moribus Se génère fratres fuifle. Ge- nobaudus quoque, fi Geftis Francorum credatur , am- borum frater erat. Hi très Francorum duces in Ger- maniam prorupere , ubi , multis cariîs ,_pagofque de- populati , Colonii etiam metum incuflcre. Quod ubi Trevivos perlatum eft , Nannenus Se Quiurinus mi- ïiùx Magiftri fub Maximo , collecte exercitu apud Agrippinam convenere. Intérim Franci provinciarum opiniadepopulati , Rlienum tranlîere , parte fuorum ad repetendam populationem reliera. Hos adora Ro- mani facile vicerunt, ferroque peremerunt. Confiho deincepshabito , an ultra Rbenum Se in Francorum fedes tranfmittendus exercicus eflet , abnuit Nanne- nus , Se Moguntiacum reverfus eft. Quintinus veto cum exercitu Rlienum cïrcaNivifium tranfgreflus, in Francorum agris cafas habitatoribus vacuas > defertof-

que vicos oftendit. Franci enim fimulato metu fefe in remotïores fakusreceperant,arborumque dejedVus per extremalîlvarum fecerant. Vicis omnibus domibufque exuftis Quintinus cum exeicitu ingiefius in faltus , Francos qua?rebat. Verum milites erroribus viarum abdu&bvagabantur., ab aliis autem tramitibus dejedlu arborum arcebantur. Demum phalanges in paluftria erfufa; , fefe ad pugnam compararunt ,_ubi vix potc- rant in pedibus confirtere. Tune Franci in arborum truncis focati , fagittis eos veneno illitis impetebant , Equités fimul pedïtefque in limo confiftere , hoftem- que adiré non valentes , undique conficiebantur. Sic totus ferme periit exercitus : Panels effugium ttttum nox & Utdnda jilvarum prxftitere, Peneomnes qui mi- litibus prierant exfi funt.

MatcomeresSc Sunno bello impetici funt in ipfa ^ Greg. Tut. Francorum regione ab Arbogafte , item Franco Se f ibl tM. infeniiilimo, qui cladesipiîsintulic ; demumque_aSti- j { fn' ligone profligati funt. Marcomeres captus.in exlilium JJjJJJJ,^ millùseft. Sunno autem jacuit muctone fuorumj in- u quit Claudianus.

PHARAMOND. CHLODION.

PHARAMOND.

IE même Auteur qui nous die que Marcomir étoit fils de Priam , nous dit Ah* *1Qt j auffi que Pharamond étoit fils de Marcomir. C'eft: ce Pharamond que les Chroniqueurs mettent le premier de nosRois, & dont Grégoire de Tours ne fait nulle mention. On ne fait rien de fa vie ni de Tes actions ; on ignore même s'il a jamais pafîé le Rhin.

Si l'on pouvoit compter fur un manuferit de Bruxelles cité par Jacques Chif- flet , Pharamond fut enterre à la manière des Barbares dans te territoire de Rbeims , du coté qui regarde la 'ville de Lan, fur une colline qu'on peut appeller Pyramide. Cela fembleroit prouver que Pharamond s etoit établi dans la Gaule Belgique : mais on n'oieroit faire fonds fur un tel Monument.

CHLODION LE CHEVELU.

CH l o d i o n , que Grégoire de Tours appelle Chlogio 5 d'autres Cloio , un autre Clodius , félon quelques-uns fils de Pharamond , étoit un Prince 418. vaillant & entreprenant. Il habitoit dans un lieu nommé Difparg aux confins de la Thuringe. Il envoya desefpions à Cambrai , & s'en étant approché il défit les 437; Romains, prit Cambrai Ôc étendit fes conquêtes jufqu'à la Somme ; mais Aë- tius &Majorien l'étant venu attaquer , il leur donna bataille , & le fuccès ne lui étant pas avantageux , il fut obligé d'abandonner fes conquêtes. Il laifïa deux fils , dont l'aîné fe mit fous- la protection d'Attila > & le cadet fous celle d'Aetius. L'Auteur qui rapporte ceci 5 dit qu'il a vu ce fécond fils de Chlodion à Rome ; qu'il étoit fort jeune & fans barbe ; qu'il avoit une grande chevelure blonde 5 qui lui flottoit fur les épaules : qu'Aëtius l'adopta pour fon fils : que lui & l'Empe- reur lui firent des prefens , &c le déclarèrent en le renvoyant 3 ami & allié du Peu- ple Romain.

Il n'eft pas certain que Merouée fut un de ces deux fils de Chlodion j quelques Auteurs le croienr. Grégoire de Tours dit feulement que Merouée étoit de la race de Clodion : De bujus ftirpe quidam Merovechum regemfuiffe ajjèrunt. Quelques-uns

PHARAMUNDUS.

Jmfio^"1' T ^EM ïpfe qui dicit Marcomerem Priamo pâtre na- Frofper A turnellejPharamundumMarcomerisfiliumehe nar- sliiad an. rat. Hune porroPharanmndumquemprîinumFranco- 4*c. rum regem Chronographï ftatuunt j ne memorat qui- dem Gregorius Turoncniîs. Ejus vita pariter & gefta ignorantur : nec Ci Rhenum unquam tranfgielius lit ufpiam traditur. J.J.Cb'jp. Si rides ellèt Codici MS. cujus hune locum af- in AisajU- fert Joan. Jac. Chirîlctius , Pharamundus fepultus eji (tCbtU. barbarko ritu, Rhcmis extra urbem, Laudanum verfëtjn f' s* montkulo , qui latine Pyramis d'ici potefi. Hinc forte probari poilèt Pharamundum in Gallia Belgica fedes pofuihc ; fed Qilde conftabit talis manuferipti aucto- rïtas ;

CHLODIO CRINITUS.

Çreg. Tmt. Hlodio , hujus nomen fie effertur a Gregoiïo V^jTuroncnlîXhlogio, aliis Cloio , cft etiam Clo-

dius di&us apud Scriptorem quempiam. Sunt qui Pha-

ramundi filium fuifïè narrent; eratque vir ftrenuus Se bellicofus. In caltro cui nomen crat Difpargum ha- bitabat in termïnoThoringorum. Inde vero exploratoi- res Cameracum mifit , quos ipfe fequutus > Romanos i prœlio fuperavit , & urbe pocitus , brevi poftea ufque ad Summam fluvîum fines regni protulit. Vcrum Aëtius èv Majorianus cum exercitu Romano illum aggrelTî , commiira pugna , eo deduxerunt illum , ut captas ur- Prifcui bes& terras delerere , &prifcas fedes repeterc coge- Xbt'or in retur. Fato poftea functus j duos reliquit filios , quo- bifiort** rum major nam Attila: , minor vero Aëtii prxiidium exquihvit. Is qui h.xc fcripiîc te hune juniorem Roma; vidilïe teftiricatui-jadhuc imberbem > flavacoma adeo- que promina , ut fuper humeras c'trcumfufa effet. Il- lum Aëtius in filiumadoptavit , multifque tum ab ip- io tum ab Imperatore ornatus muneribus , atque ami- eus fociufquepopuli Romani appellatus,dimi(ïus eft.

Non confiât Meroveum unum exhis duobus Chlo- dionis riiiis elle, erhquidam eum Chlodione pâtre na- tum purent ; Gregorius veto Turoneniîs hoc tantum C eg. Tut. dicit : De hujus fiirpe quidam Merovechum regem fuîjje i- z. c. a.

ft MEROU E' E. CHILDERIC.

croyenr avec aflez de probabilité que Chlodion après avoir été chaffé de Cambrai par Aëtius & par Majorien , y revint , s'y rétablie & Iaifïa Tes Etats à Tes enfans ; & que Ragnacaire qui au commencement du règne de Clovis étoitRoi de Cam- brai y fut un de fes defeendans.

M E R O U E' E.

'44S. E Prince commença à régner environ l'an 448. Il fuivit le parti d'Aetius

dans la bataille qu'il donna à Attila , les François contribuèrent beau- coup à la victoire que les Romains remportèrent fur les Huns. Grégoire de Tours , Sidoine Apollinaire > & Jornandés qui parlent de cette bataille 3 ne nom- ment point celui qui commandoit les François ; mais la plupart de nos Auteurs font perfuadez que c'étoit Meroùée , &: il y a bien de l'apparence. On croit qu'il fe fervit du défordre effroyable de l'Empire d'Occident , qui tendoit à la ruine 3 pour établir fa domination dans les Gaules. Il paroît certain , félon Grégoire de Tours , que Childeric fon filsavoit dès le commencement de fon règne un Etat formé dans la Gaule Belgique.

CHILDERIC,

4/8. Hilderic étoit apparemment jeune quand il lucceda à fon pere. L'Hifto-

V^i fien dit d'abord qu'il étoit fort adonné aux femmes, & qu'il attentoit à la pudicité des filles Françoifes > ce qui alla 11 loin que les François refolurent de le tuer. Childeric ayant eu le vent de cette confpiration , s'enfuit dans la Thuringe* ChSde*10 ^ kiflà àsLns lepayis un ami de confiance , qui lui promit de tâcher de ramener ric.&fon les efprits en fa faveur , & de l'avertir quand les chofes feroient difpofées à Ion xappel. rétabliiTement. Ils partagèrent enfemble une pièce d'or , & gardèrent chacun la moitié fous cette convention , que quand les diipofitions feroient favorables , l'ami lui en voirait fa moitié. Childeric arrivé en Thuringe5 fut bien reçu du Roi Bifin ou Bahn & de la Reine Bafine. Les François après la fuite de leur Roi, élu- rent pour fon fucceffeur, Gilles, Maître de la Milice Romaine. Huit ans après, l'ami

aj[erunt. Quidam exiftimant , eftque tes fane probabi- lis , Chlodionem Camcraco ejcârum ab Aetio & Ma- joriano, illô rediific 3 illamque urbem denuo occupa- viiïè ,& hujufmodi regnum filiis reliquille , Ragna- cariumque tempore Chlodovei regem Cameracenlem ex ejus pofteris foiflê.

MEROVEUS.

H Ujus regnum cœpitcirciterannumChrifK 448. Aerii vero partes lequutus creditur Meroveus in pugna illa contra Atrilam , ubi Franci Romanis au- xilîati , magni fuere ad victoriam reporcandam mo- Grtg. Tur. menti. Gregorius Turoneniïs , Sïdonius Apollinarius v'J»J' j ^ Jornandés qui pugnam illam memorant , nomen pot ""pane tacent eîus Francis imperabat ; fed magna Scrip- gyric Av'i- torum nollrorum pars putant Meroveumruillè;eftque toAug. res admodum veriilmilis. Putarur pono Meroveus > reRomana in Galliïs &c in Occidentc labeme & exci- dio proxima , hinc occalîone fumta regnum fibi in GalHis paravilTe. Ex Gregorii quippe Tuionenfis nar- carioue arguitur, Childericum cjus filium ipfo princi-

cipatus fui initio j regnum jam firmatum in Galiia Belgica habuiiïe.

CHILDERICUS.

VId etur fane Childericus junior fuifTequando patri fuccdïît. Narrât ftatim Gregorïus ipfum Greg. 7ur. luxuriardeditumFrancOrum 61iabus pudicitïameripe- f* li- re ftuduiiie : qua: res eo ufque proceiïit, ut ad illum ejiciendum vel etïam occîdendum Franci una conf- pirarent. Qua re comperta ille in Thuringiam au- fugit. Apud Francos autem virum reliquit tibi fidum 8c amicumj qui conaretur iratos Francorum animos fenlîm lenire j fcquemoneri curaret , fi quando rcs eflent ad fe reftituendum comporta;. Tum rupto au- reo alteram uterque partem fecum retinuit , eo confi- lio ut cum piacatos videret Francos amicus , fuam fu- gitive partem tranimitteret. In Thmïngia Childeri- cus a RegeBïlino & uxore ejus Baiîna perhumaniuer exceptus cit. Fugato Chïlderico Franci ./Ëgidium Ma- gilttum militum lïbi regem conftituunt. Oftavo poil dilcellum Childerici anno ^ amîcus ille cum arte fîia

fie

CHILDERIC. ?

ht Ci bien par fes menées , que les François peu contens du gouvernement pré- lent , témoignèrent enfin qu'ils remettroient volontiers Childeric iur le trône. L'ami ne manqua pas de lui envoyer la moitié de fa pièce , avec l'affiV a„, 4g_^ rance qu'il feroit bien reçu. Childeric revint donc & fut rétabli. Fredegaire & après lui Aimoin dirent que cet ami de Childeric s'appelloit Viomade. Grégoire de Tours donne à entendre , que par le retour de Childeric , Gilles ne fut pas en- tierement deftitué ; mais qu'il garda cette partie de fes Etats qu'il avoit aupa- ravant.

Après le retour de Childeric , Bafine quittant fon mari , vint trouver fon hôte qu'elle avoir pris en affection : Childeric la prirpourla femme. Ceft de ce mariage que nâquir le grand Clovis. Il paroît par ce que nous verrons dans la fuite , que chez ces premiers François les mariages n'étoient guères ftables. Fre- degaire qui a fait un abrégé de l'hiftoire de Grégoire de Tours , ajoute ici bien des choies qui feotent la fable , & qui ne méritent nulle créance.

Depuis fon rétabliffement Childeric donna des preuves de fon courage. Il fît la guerre du côté d'Orléans au même rems qu'Odoacre Roi des Saxons vinr à An- gers , & tira des otages tant de cette ville que d'autres lieux voifins. Childeric ar- riva à Angers le jour d'après ; & ayant tué le Comte Paul , il fe rendit maître de la Ville. CePrince fît depuis un traité d'union avecOdoacre, &ayant jointleurs forces enfemble, ils défirent les Allemans, qui venoient de faire des coudes dans une partie de l'Italie.

Le P. le Cointe & après lui Dom Thierry Ruinard croyent qu'en cet endroit de Grégoire de Tours, au lieu &' Almnimofcjuc , qui partent h alite pervaferant, il faut lire, Aiwofque qui partent Gdliœ pervaferant. Ces Alains étoient établis auprès de la Loire ; ce qui fortifie cette conjecture , c'eft que Thorifmond , Roi des Gots dans les Gaules , défit les Alains , dit Grégoire de Tours, 1. 2.. c. 7. & que ces Alains font appeliez Alamanni dans quelques éditions précédentes.

Ce que nous venons de dire dans ce dernier article touchant Childeric, eft un peu brouillé dans Grégoire de Tours ; c'eft un ftile entrecoupé , ou il n'y a guères de liaifon.

fedatos Scbene afFectosergaChildericumFrancos perf- num ex Andegavo aliis viciais locis obiides accepit.

piceret , nuncios il 1 i milît cum parte illa niimmi au- Childericus vero tex fequenrï die Andegavum ve-

rei. Redux aurem Giildeiïcus a Francis priltinum in nir > peremtoque Pauto comité urbem illam obrinuir.

locum reititutus elt. Frcdegaiïus & poltillum Aimoi- Cbildericus poftea cum Atloacrio feedus iniic , am-

nus amicum illum Childevici vocant Viomadum ; boque Alamannos , qui partes Italie pervaieranl pro-

Gregorius porro Turonenlis lubindicat v£gidium in fligaïunt.

reditu Childerici non fuille prorfus deftitutum , fed Cointius & poft illum TheodericusRuinardusnof- partem imperii tenuillc eam (cilicet,quam ante babue- ter putant hoc loco , vice illius , 'AUméawfou t]iti pur- rat. Ait quippe : H'is erga rcgnamibin fimul 3 Béjwt -id tem Iul'u pervjfer.mt , legendum elle , AUnofolu qui Chllderkum vtnit. partem G.i!lΣ pervjjeram. Alani porro illi prope Lige- Port Cbildcrici reditum Bafînaretiâo viro, holpi- rimfedes babebant.Inde vero firmaturhxc conjectura, tem fuum , cujus ardebat amore adiit. Illam Childe- quod TborifmundusRexGothorum in Galliis Alanos ricus in uxorem admilît , &: ex illa Chlodoveum fuf- domuerït , telte Gregorio Turonenfe ; quodque ibi- cepit. Apud Francos olim , ut exemplis infra patebit , dem Alani in aliquoe edicis 8c M S S. Alamanni vo- connubia non adeo rîrma fuere. Fredegarius veto qui Cenrur.

Gregorii Turonenlis biftoriam in epitomen redegir , Qua: porro paulo ante de Cbilderici expeditionibus

mukasin bachinoria fabulas adjecit,res fcilicetquaîj diximus , apud Gregorium Turonenfem admodum

meo quidem judicio , nullam lidem merentur. intricata funt ; ita ut vix inteUigas quo paéto prxce-

Childericusita reftitutus .Itrenuum fefe bellatorem cedentia cum fequentibus, fequenria cum prxçeden-

exhibuit, 5: apud Aurelianenfes arma movit pugnal- ïibus hïteant.

que liabuit. Eodemquc temporc Adoacrius Rex Saxo-

Terni 1.

ta

MONUMENS DU ROI

MONUMENS DU ROI CHILDERIC E

481. Hilderic mourut apparemment! Tournai , l'on trouva fon Tom-

beau en 1 6 5 3 . C'eft un monument des plus célèbres qu'on ait découvert au drx-feptiéme hecle. Je vais en faire la deiaiption, & en rapporter toutes les pièces reprefentées dans les planches luivantes. Voici l'hiltoire de cette décou- verte i tirée du livre de Jean Jacques ChifÏÏet , premier Médecin de l'Archiduc Leopold. Son livre imprimé à Anvers en 1655.3 pour titre Anaflafis Childerici. tentiu' ^an 1 6 5 3 ^e 1 ^e May , dans la ville de Tournai près de la ParonTe de Tombeau S. Brice , en creulant la terre à la profondeur d'environ lept piez , on trouva d'a- derk kora" une boucle d'or , & une efpece de nid pourri il y avoir plus de cent mon- noyés ou médailles d'or ; on y trouva auffi deux cens monnoyes ou médailles d'argent fort fruités , des pièces de fer touillées ; deux crânes, dont l'un étoit plus grand que l'autre , un fquelette étendu. Auprès de-là , une épée fi gâtée de la rouille , quelle s'en alloit à pièces dès qu'on la touchoit. Mais ce qui étoit plus confiderable, le pommeau de cette épée, la poignée, le fourreau, des parties d'un baudrier , un inftrument qu'on a pris pour un rtyle à écrire , une petite tête de bœuf , tout cela d'or , plus de trois cent petites figures d'or que Jean Jacques Chifflet a pris pour des abeilles j une aiguille , des boucles , un croc , de petits crochets , des doux 5 des filamens , des bulles : tout cela d'or , & toutes ces pièces ornées d'un très-grand nombre de petites pierres précieufes. Il auroit été im- polTible dédire en quel tems tout celaavoit été mis là, àc à qui ce tréfor avoir ap- partenu, H l'on n'y avoir trouvé la bague d'or qui portoit une tête en creux avec l'infcription CHILDIRICI REGIS, Ôc une autre bague. On y trouva aufîl le fer de la hache qui étoit lous la tête de Childeric , & un des fers de fbn cheval. Des médailles ou monnoyes d'or qui furent trouvées, on en prelenra à l'Archi- duc un grand nombre de dirTérens Empereurs: fept deMarcien: cinquante-fixde Léon : quatorze de Zenon -, une de Bafilifque , une autre de Bafilifque & de Marc. On lui en offrit deux plus grandes de Valentinien , & une de Léon. Comme les ouvriers qui travailloient à mettre à bas un vieux édifice , ne pen- foientàrien moins qu'à ce tréfor caché i il y eut bien des pièces qui le compo- fôient , qui furent jettées avec les ruines & les décombres, & depuis cherchées

MONUMENTA CHILDERICI PRIMI.

CHildericusuc videtuuTomaci mortuus eftj ubi detedtum fuir ejus fepulcrum anno 163-5. Hoc porro monumenmm inter ea qua: fxculo decimo fcprimo dete&a funt , praiftantiifimum efl habendum. Hujus jam defcriptionemaggrcdior;minutatimrecen- fitis & explicacis omnibus qua: in fequentibus rabulis habentur. Ordior aurem ab hiitoria luijus detccli fe- pulcri , qualem reculit Joannes Jacobus Chifflerius, Archiducis Leopoldi Medicus. Liber ejus anno 165$. Ancuerpix eufus fie inferibirur ; yimftafu Childerici.

Annoigirur 1 653. zy.MaiiTornaci prope parœciam S. Brixii, dum terra moveretur, egeftaque humo follà excavaretur alritudine 7. circiter pedum 3 inventa primo fuit fibula aurea , Se quali nions ex alnta pinri, in quo nummi aurei plus centum. Reperd funt etiam circum argentei nummi circiterducentiadmodum de- triti. Eftolfa funt multa ferramenta vetulkte excfa , calvaria* dua; > quarum altéra grandior , cum offibus jacentis humani Skeîeti. Hinc inventus eft eladius

ira rubigine confettus, ut ad primum ta&um in fruf. tula iret ; ejus gladiicapulus, manubrium Se vagina, giaphiarium ( utputabat ChiftletiusJ,bubulum caput, figura* modka* aurea? plus quam trecentx , quas apes putavit elle , acus una , fibula; , unci , uncini , clavî , filamenta , bulla* ; ha:c omnia ex aurOjinfcms infini- to numéro lapillis : etiamque caput equi effoflum fuit. Cujus a?vi ellent j& ad quem pertinuiifent hax omnia quisunquam divinaiïèt , nifi annulus aureusrepertus fuilïet , cui infculptum erat caput cum înferiptione CHILD IRICI REGIS ? Alteritem annulus aureus effoflus eft fine inferiptione. Ad ha*c veto ferrum fc- curîs qua* fub Childerici capke pofita erat, folea fer- rca equi regii detrita. Ex nummis aureis Imperatorum ibidem repeiTis , multî Archiduci oblati funt ; fep- tem Marciani > quinquaginta fex Leonis , Zenonis quatuordecim , Bafilifci unus , Bafilifci Se Marci unus. Majores vero nummi Valentîniani duo , Ze- nonis unus. Cum opéra* diruendo adirïcio deputatx , nihi! de thefauro hujufmodi cogitarent , multa hujuf- modi cimeliacum ruderibus dejectafiuit,qua; apopu-

CHILDERIC ï.

:s

: pièces,

& ramaflees par le menu peuple. Le fils de Jean Jacques Chifflet racheta plu- fieurs monnoyes ou médailles d'or, d'argent, & d'autres pièces, avec un frag- ment d'un A'af e d'Agathe.

Cette coutume de mettre dans les tombeaux des Princes & des Hommes il- 0l' &fu> luftres de l'or, de l'argent, des pierreries, des habits précieux & d'autres chofes anrieïnL femblables , a régné chez plufieurs peuples en Orient & en Occident. De- £f ^m- vint que plufieurs voleurs alloient fouiller la nuit dans ces tombeaux , beâux?m pour enlever ce qu'ils y trouvoient de précieux. On les appelloit en Grec Tv/iMtw , voleurs de tombeaux. S. Chryfoftome & les autres Pères parlent fouvent de ces fortes de gens. Il y avoir dans les Loix publiques des peines éta- blies contre eux. Les anciens Rois de France étoient inhumez avec bien de l'or & de l'argent. On trouva dans le fiecle paue le tombeau d'un autre Childe- rie IL du nom, d'où l'or & l'argent furent enlevez : on en parlera en fon lieu. Non feulemenr les Rois , mais des perfonnes de marque enterroienr quantité d'or & d'argent avec leurs défunts, même depuis le Chriftianifme. Parmi les Loix Saliques il s'en trouve plufieurs conrre ceux qui dépouillent les corps morts & les fépulcres. Une bonne partie des pièces trouvées dans le tombeau deChil- deric , fe voit aujourd'hui à la Bibliothèque du Roi.

La1 bague du Roi Childeric le reprefente nue tête: les cheveux fort longs Pl. flottent fur les épaules , à" la manière des anciens Rois de France qui les portoient i y. de même , comme l'on voit fouvent dans la fuite de cette Hiftoire : cela pafloit i même pour une marque de Royauté. Il tient à la main une pique ou une hafie3 Marques autre marque de Royauté. Quand Gontran déclara fon neveu Childebert ion XllS fuccelfeur dans les Etats qu'il poffedoit en France , il lui mit une hafte à la main, ^dem comme une marque de dignité roiale. Cette bague eft de la forme exprimée Franç0IS- pai annuli figilktmi 3 des anneaux à fceller. Ceux de la première race étoient ordinairement fort petits , & à peu-près de la grandeur de celui-ci , com- me on verra plus bas. Nous en donnons pourtant un de Dagobert premier, qui eft fort grand. Mais ces fortes de chofes ont été de tout rems fort fujettes à variation. L'anneau d'or rond qui efi: delfous eft tout uni , ôc n a ni fceau ni pierre.

^La tête de bœuf d'or qui fuit 1 eft percée du haut en bas.Chifflet prétend que 2. c'étoit une idole que Childeric adorait , de même que les Egyptiens adoroient

laribusdeindc perquUrta funt , & reperta : quorum- que plurima redemic Chiftletius ^ Scriptoris noftri Jilius jnummos videlicec aurcos & argenteos , alia- que yncc non vafculi ex achate fragmentum.

Ulus porro ille & COtlfuctudo , deponendi aurum , argentum , gemmas , prccioias vertes Se alia in fepul- cris proccrum Se principum apud nationes mulcas in oriente Scoccidente diu viguic. Hinc furesmuln oïim Iepulcra illa noctu aperiebanr , ut preciofa ifthax au- ferrent. Hi Grxce vocabantur Tu^.SûpuX'" > fepulcro- rum ertolTôrcs , quorum fréquenter Chryfoltomus aliique Patres memincre. Contra illos autem leges qua-dam pofîtx crant. Reges Francorum veteres ,cum auro , argento Sec, in tumulis deponebantur. Sxculo proximo ejufdem nominis Childerïcus fecundus in tumulo detedtus efi: cum auro muko , qua de re fuo loco dicetur. Non modo Reges , ied etiam proceres & optimates , cum defunctis luis multum auri & ar- gent! tumulabant , etiam poftquam Franci Chriftia- 7ît. «vu. nifmumamplexi funt. Inter leges Salicas qua-dam re- 7Ï/; Lviii. peiiuntur adverfus eos qui fepulcraeffodiunr,ut mor- luosexfpolient. Eorum qua: in Iepulcra Childerici L Tome /.

reperta font magna pars cxrtat hodicque inBibliotheca regia.

Annulas 1 Childerici régis nudo capïte ipfum exhi- bée , promifia coma Se ad humeros ufquc defluente , more yeterum regum Francorum , qui multis in hac hirtoria exemplis alîèritur : iîgnumque illud erat regix dignitatis. Mann haftam tenet , qux erat item regia; potertaris&rgeneris refléta. Qtiando GuntramnusChiU debertum Sigiberti fratris fui hlium, iïbi in ea,quam tencbatjregni portione fuccellorem declaravit, haftam in manu ejus pofuit quaiîinlïgne regium. Data , in- Greg.Tur, quit Gregorius , in manas Cbildebertï hajïa , ait : Hoc 7. t. 3 1- eji indiciiim quoà t'ibi nutic regnum menm tradid'. Hic an- nulas ex eorum numéro &: forma eft , qui vocantur annuli iïgitlatorii. In prima ftirpe utplurimum quam minimi erant , hac pêne magnitudine, ut in fia vide- bitur ; Dagoberri tamen figillum ampliifimcm infra proferemus. Verum hzc plurimum variabant. Annu- lus alter aureus totus lîmptex eft fuie cemma vel iïgillo. 6

Bubulum ï caput aureum a fumma parte ad imam perforatum , putac Clùriledus idolum régis Cliilderici

B ij

u MONUMENS DU ROI

le bœuf Apis. Il dit qu'un nommé Gilles Patte affura à l'Archiduc Leopold qu'il l'avoit tiré du chevetre qui s'étoit trouvé avec les autres pièces du monument ; d'où Chifflet infère , qu'il le portoit comme une divinité qui l'accompagnoit dans fes expéditions. Nous favons que Childeric étoit idolâtre ; mais comment favoir s'il mettoit fur la tête de fon cheval cette tête de bœuf comme une di- vinité. Il y a plus d'apparence que ce n' étoit qu'un ornement.

3 Ces petites figures 3 qu'on voit même au nombre de feize , & qui ont , ce femble , la forme d'une fleur , ont été prifes par Chifflet pour des abeilles. Il avance cela comme certain , & prétend que nos fleurs de lis viennent de-là. Nous avons dejarejetté ce fentiment comme n'ayant ni preuve ni vrai-fem- blance. Il faut pourtant avouer qu'il y en a quelques-unes à l'autre bout de la planche plus grandes que les autres, qui ont la forme d'abeilles ; mais dire qu'on

les a prifes dans la fuite pour des fleurs de lis , c'efl deviner contre toute appa- - rence ; car elles n'en ont nullement la forme. On en ramafla , dit Chifflet , de ces petites , plus de trois cent , mêlées avec les autres pièces du tombeau de Chil- deric. On en auroit bien trouvé davantage , fi des particuliers n'en avoient em- porté beaucoup. Cette fi grande quantité de pièces d'or faitjugerque ce ne pou- voit pas être un figne, un fymbole, ou teffera i c'étoit peut-être un ornement du harnois du cheval.

4 L'inltrument 4 d'or qui eft reprcfenté enfuite- eft, dit Chifflet , un ftyle à écrire, ou graphiarium: je croirois plutôt que c'efl: une boucle. J'ai donné un grand nombre de boucles , dont quelques-unes approchent de celle-ci. Bien des gens ont crû pendant long-tems que ces boucles étoient des ftyles ou des inftru- mens à écrire ; mais on s'eft enfin détrompé. Les ftyles étoient plus longs & plus forts. Jules Céfar, quand il fut aifafliné , fe défendit avec fon ftyle, & perça d'ou- tre en ourre le bras de Cafca : Chifflet lui-même apporte plufieurs exemples de gens qui ont été tuez à coups de ftyles. Il Ce trouve encore dans les Cabinets un grand nombre de ces fortes de ftyles : nous en avons donné plusieurs dans l'An- tiquité à la fin du troifiéme Tome.

Une chofe à remarquer dans cet infiniment , c'efl qu'à la furface du côté, il y a plufieurs petites croix bien formées , ce qui femble ne pouvoir convenir à Childeric qui étoit Gentil. Chifflet foupçonne que ce pourrait être un prefent que lui auroit fait Sainte Geneviève. Il fe fonde fur ce qui eft dit dans la vie , donnée par Bollandus , que le Roi Childeric quoique Gentil , avoitpour Sainte

fuille , quod ipfe colebar ut Apin AigyptiL ; aitque vero illaram nuraerus indicabat ipfas non tellèram

/Egidinm l'attum quempiam Lcopoldo Archidud si- nec inhgne quodpiam fuiife,fed ad equi ftratum &or-

firmavillè , caput illud fe ex capiftro equi in hoc eu- natum fuille adhibiras.

mulo fepulti extraxiilè. Hinc infert Chiftlctius caput lnftrumenrum4aureum fequenselh inquir Chiffle- j„K T

ïftud numen quoddamChilderico fuilfe, quod ipfum tius , graphiarium t9 iive ftylus ad feribendum : liben- n xvm.

in expeditionibus comitarecur. Idololatram Childeri- rius crederem elfe tibulam. Fibularum olim magnum

cum fuilfe non ignoramus ; fed qua arre feire polfu- protuli numerum , quarum quaxlam huic fimiles ,

mus ipfum auream banc figuram equi fui capici quafi funr. Mulri olim , etiam dofti viri , purarunt hafee fi-

deum appofuiife. Verifimilius fane eft eam ad orna- bulas ftylos efiè ; fed ab hoc errore omnes fere jam

tumranrum polîcam fuille. recelfere. Sryli longiores foitiosefque erant. Julius

Qua: numéro fexdecimîapesdicimtiita Chifflerio, Crfar cum a conjuraris interimererur , ftylo fuo fefe

flores potius referunt quam apes. 111c ramen apes elle défendit &: Calcx brachium trajecit. Ipfe Chiffletius

affirmât , &: hinc ex frmilitudine orta elfe ait Lilia multorum exempla affert , qui ftylis occilî funr. In . ^ r ~-

Gallica. Hanc opiuionem jam rejecimus utne vel mi- Mufeis hodieque ftyli non pauci habenrur , quorum cxcm"

nima nixam veri hmilitudine. Fatemur tamen in ex- quoltiam protuiimus.

tréma tabula in altero latete octo haberi majores ima- Quod eft in hoc inftrumento notandum , in una

pines , qu.T apes fatis référant i fed illas pro liliis fuperficiei parre multa; cruces accurate rcprarlentara;

deinde habitas fuilfe quis credat , qua; nullam lilii exhibentur ; quod ad ChiMericum idololatram per-

fpeciemhabeant-Ex illis minoribus,plus quam trecen- tinere non polie videtitr. Sufpicatut Chiffletius , hoc

t.e collecta- fuerunt , inquit Chiffletius , qua: aliis ci- fortaile munufeulum elfe Childerico a fantla Geno-

meliisin fepulcro permixtx erant , lougeque pluies vefa oblarum: nam, inquir, in vira S. Genovefc apud

fepertx fuillènt , iiili mukas plebs abftulillet. Tantus Bollandum narratur , Childcricum etli idololatram ,

CHILDERIC 1, ,3

Geneviève unefi grande vénération , qu'ayant un jour réfolu de faire tuer plu- fieurs captifs , il leur donna la vie à fa confideration & a la prière. Il y a bien plus d'apparence que Childeric qui étoit en guerre avec les Chrétiens s Roi d'une nation accoutumée au pillage, aura trouvé cette boucle entre les dépouil- les j ou que quelqu'un qui l'avoit eue en partage lui en aura fait prefent. Il pour- roit bien fe faire auili que ces croix ne feroient pas une marque de Chriftia- nifme , mais un pur caprice de l'ouvrier , qui pour ne pas Jaiifer les lofanges vuides,aura mis pour les remplir cette figure qui paroît la plus propre à cela. Le grand nombre qui s'y voyent, fait croire que ce n'étoit qu un fimple orne- ment. Plus de cinq cens ans avant Jefus-Chrift les Egyptiens avoient des croix dans leurs monumens.

Chifflet donne encore la forme des Tablettes * de Childeric. Ce n'eft pas 5 quJon les ait trouvées dans le même tombeau : mais feulement deux bandes d'or qui étoient aux extremitez de la tablette d'yvoire. Chifflet n'a mis les tablettes que par conjecture.

Après vient la hache 6 d'armes ou la Francifque du Roi fort roùillée. Ces ha- ô ches ou ces Francifques étoient en ufage chez les François: c'eft-delà, ditpr^^scs Ifidore , que les Efpagnols leur donnèrent le nom de Francifques. Il ya pourrant appelles * ici une difficulté à réfoudre. Ces premiers François fe fervoient pour la guerre de la hache à deux tranchans qu'on appelle en latin bîpemis , & Agathias , livrez, appelle ces haches ne\W wp?jrfj*f 5 des haches à deux tranchans. D'où vient donc que cette hache de Childeric ne tranche que d'un côté î On répond à" cela qu'il pouvoit fe faire qu'ils fe iervîflent indifféremment de Tune & de l'au- tre j &: que peut-être Grégoire de Tours entend par bifennis une hache fîmple; que Procope qui décrit les armes des François , dit qu'ils fe fervoient le plus fou- vent Ta ^«wî-tf de la hache à deux tranchans , ce qui veut dire qu'ils fe fervoient aufli quelquefois de l'autre : cela eft confirmé par cette hache d'armes de Chil- deric 5 qui n'a qu'un coté. Il eft à remarquer que cette hache étoit fous le corps du Roi Childeric , ce qui revient à ce que nous avons dit au Tome V. de l'Anti- quité, p. 1 9 5. touchant un Tombeau trouvé à 1 2.. lieuës de Paris, étoient enter- rez environ 10 corps morts, qui avoient chacun une hache de pierre fous la tête.

Auprès de cette hache fe voit le fer de 7 fa pique ou de fa hafle fort rouillé, 7 On a vu ci-devant dans la bague l'Halle que tient à la main le Roi Childeric, 8c nous avons prouvé même que cette hafte a paflé dans la première race pour

S. Genovefam in tanta habuifle vcneratîone > ut cum alîquando capdvos plurîmos inrerimere cogïcaret , ejus rogatu a tali propofito abftinuerit. At longe veri- fimilius eft Childcricum qui contra Chriftianos bcl- lum farpe gerebst , &c genti imperabar populationibus deditx , hanc fibulam incer fpolia repcriile , vel ab alioindonum accepifle. Verum foriaile aptius di- catur , haice cruces non Chriirianifmi fîgnum elTe s fed ex (olo opinas arbitrio Se imaginacione prodiifle , qui ut quadrata multa Ipatia impleret , hanc fingulis nguram,ut his locis maxime idoncamadhibuit.llle ve- ro tantus numerus cruces haicead ornatumtantum ad- hibitas fuiile probat : annis ance Chriftum p!us quin- gentis ^Egyptii cruces habebanc in monumentis fuis.

Atfertetiam Chifiletius tabellass iîve pugillaria Chil- derici. Non utique intégra in tumulo reperra: fedin- veriti tantum laùlliàuo aure't qiudrAti G" pyropisdi^jucti, fixi claviculîs aureisadhuc exttantïbus , qui eburneae rabella: crailïtiidinem ofiendcbaut. Tabellam vero ex conjectura Chirïletius rcprifentavit.

Hinc conlpicitur fecuris Gve FrancifcaSvegis, rubï- gine adefa : qua; fecures in uluadmodum Etant apud

Francos ; ideoque ex Ifîdoro illas Hifpani Francifcas «aj , appellarunt. Hic tamen difficultatis quidpiam occur- f,g' rit. Hi veteres Franci bipenni utrïnquc fecante ute- bantur : Agathias vero fecures hujufmodi vocat t*kU mu JtfAfwifm , fecures bipennes. Cur ergo hxc Chil- f^? ' derici fecuris unam tantum habet aciem ? Verum for- Gre, jur talTis attaque forma fecures ufurparunt Franci , 6c bi- 1. z. e. xj? pennis apud Gregorium Turonenfem utroque forte modo accipimr. CerteProcopiusFrancorum armadef- cribcr.s ait ufos fuifïe bipenne , it ri i^âhtça. , quo 6gnificatar3 non_femper bipenni ufos elle , fed ali- quando fmplici fecuri, id quod ccîam ex hacChîIde- rici lecure confirmatur. Obfervam dignum eft hanc fecurim fubcorpore Childerici régis fuilïè: qui vêtus uius confirmatur ex iis qua; narravimus Tom. V. An- tiq. explan. p. 195. ubi de fepulcro egimus , quod milliario (exageiimo ab hac urbe deteftiim , oîfo vi- ginti cireïter defundtorum habebat , quorum fingulr fecurim lapideam lub calvaria habebant.

Prope fecurimjiafta: ferrum 7 obférvatur rubieinc exefum. In annulo fupra Childericum vïdimus haf- tam tenentem ; ibidemque probatum fuit haftam hib-

Bfîj

i4 MONUMÉNS DU ROI

S ime marque de Royauté. Chifïlet croit que la pièce d'or 8 ornée de pierreries s qui a un peu plus de deux pouces de long3 & un pouce & demi de large, étoit l'extrémité du baudrier de Childeric.

On y trouva auili une épée qui ne tranchoit que d'un côté , & qu'on pourroit appeller fibre, dont la lame toute roûillée s'en alla en pièces dès qu'on l'eût levée de terre : en forte qu'il ne refta rien, que l'or & les pierreries qui couvroient le fourreau & le pommeau , 9 les lames d'or qui couvroient la poignée & le bas 5> de la poignée > qui étoit auffi d'or. Notre Auteur a crû pouvoir donner par con- jecture la forme de l'épée dans fon fourreau > telle que nous la reprefentons après lui. Il a jugé de la forme du tout par ces parties qui lui ont paiTé entre les mains. Tout cet or pefoit onze onces &: deux drachmes : ces parties qui reftoient étoient ornées de quelques pierres précieufes.

Parmi les pièces que nous venons de décrire fe trouvèrent auffi le crâne a la mâchoire & les dens du cheval de Childeric avec une partie du fer d'un pied, qui faifoit juger que ce cheval étoit allez petit. On voit fouvent des chevaux de médiocre taille , qui pour la vigueur , la forme &: la gentillefle ? partent les plus grands. On y mit apparemment celui que Childeric aimoit le plus. La coutume de ces anciens peuples étoit d'enterrer avec les hommes les chevaux & les autres animaux qui étoient à leur ufage , &c qu'ils aimoient le plus. Cela s'obferva dans le Tombeau qui fut déterré à Blois l'an 1710. l'on trouva parmi les cendres des ofîémensde cheval & de chien.

Un crâne qui fut découvert parmi tout cela , fit juger que l'Ecuyer ou le Pale- frenier avoit été enfeveh avec le Roi fon maître , fuivant la coutume de certains peuples barbares, dont parle Hérodote , 1. 4. qui enterroient avec le maître le pL, cheval & l'Ecuyer.

v, Des autres pièces qui fùivent, quelques-unes font d'une forme dont il feroit x difficile 1 de comprendre Tufage. On y voit deux pièces qui fe reffemblent 1 qui % pourraient avoir orné la bride du cheval des deux cotez , s quelques boucles ,

3 une aiguille , de au milieu de tout une pièce d'or folide & maffive , tournée pref-

4 que en ovale 4 , qui a toute la forme d'un bracelet , armilla 3 & je dirois que ç'en eft abiolument un , fi je ne voyois qu'il eft preique impoifible de le mettre au bras. Il eft aujourd'hui à la Bibliothèque du Roi. Parmi un grand nombre de

5 médailles & monnoyes , il y en avoit quatre * qui étoient percées , une d'Ha-

julmodi regaljs poteftaris tefïèram fuiflè. Putat Chif- tlctius prope fecurîm poiïtum aureum » inlfrumenium lapillis ornatum , plus quam duobus pollicibus lon- gum , &: uno , dimidioque pollicc latum , extremam balte! Childeiici régis parcem ornaviflè.

Ibidem quoque repecrus fuitgladius ab uno folum latere fecans , cujus lamina rubigine confumta fta- tim arque educta fuir in frufia abiic, ira ut nihil fupev- fuerit prxter aurum&gemmasflqux vaginam &pilam capuli ornabanr , laminafque aurcas qux capulum operiebant , iremque infimam capuli parrem auream. Ex his qux fupererant puravit Ciiifîlecius fe poflè gla- dïi in vagîna poiïri formam referre , qualem hic rc- praeferitamus. Aurum veto totum ad gladium& ad vaginam pertinens, undecim uncias duafque drach- mas pendebar. H.ecvero qua? fupererant, lapillis orna- banrur.

Internée omnîa , qua: "Jamjam defcripfimus , ha?c quoque détecta funt , cranium , maxilia , dentés equi Chddenci, neenon folea ferrea exefa , ex qua argue- batur equum Chlldcrici mediocrïs admodum ftaturx (mile. Saepe. accidit liujufmodi equos , alios majoris ■molis furtïtudine agiUtateque fuperare. Ut credere

eft , is equus cum Childerico tumulatus eft, quo ipfe maxime delettabatur : mos enim erat vetus inter na- tiones illas cum vîris etiam equos aliaque animalia qua? iplis in uf u fuerant tumulare ; id quod obfer- vatum fuit in fepulcro Blefis detecto anno 1710. ubi inter cineres olïà equi & canis reperta funt.

Viri calvaria alia ibidem reperta fufpicionem im- miiît , equîfonem quoque regium cum Rege fuilïe fepultum , ut mos erac apud barbaras nariones , quas memorat Herodotus > lib. 4. qux cum hero equifo- nem tumulabant.

Ex aliis qua? in tabella fequenti exhibentur , non pauca talem formam referunt ' , ut