v'^r^i. -^/WSAa^ STENDHAL JOURNAL TEXTE ÉTABLI ET AWOTR PAR HENRY DEBRAYE ET LOUIS ROYER TOME PREMIER 1801-180") AVRC QCATKE PLANCHES ET ONE CARTE UOKS-TKXTE PARIS LIBRAIRIE AiNGIE?JNE HO.N'ORÉ CHVMIMON lîDOUARD CHAMPION 5, Quai Malaqlais, VI' 1923 ŒUVRES COMPLETES STENDHAL PUBLIEES SOUS LA DIRECTION PAUL ARBELET ET EDOUARD CHAMPION Œm^RES COMPLÈTES DE STENDHAL JOURXAL TOME PREMIER Il a été tiré de cet ouvrage : Dix exemplaires sur papier de Chine, namérolés de 1 à 10^ contenant une double suite des planches dont une sur Japon Impérial. Vingt-cinq exemplaires sur papier des manufactures impé- riales du Japon, numérotés de 11 à 35, contenant une double suite des planches dont une sur sur Japon Impérial. Cent exemplaires sur papier d'Arches, numérotés de 36 à 135, contenant une double suite des planches dont une sur Arches. Onze cents exemplaires sur papier vélin par fil des Pape- teries Lafuma, de Voiron, numérotés de 136 à 1235. Exemplaire N" 9 3 *"> Copyright hy Edouard Champion, November 1923. REPRODUCTION INTERDITE LA MAISON DE NOËL DA R U où Henri Beyle habitait en 1800 {rue de Lille, n- 505 : aujourd'hui n- 79l ~7r STENDHAL JOURNAL TEXTE ETABLI ET A.>':NOTE HENRY DEBRAYE LOUIS ROYER TOME PREMIER I 80 I - I 8oD AVEC QOATRE PLANCHES ET UNE CARTE HORS-TEXTE PARIS LIBRAIRIE ANCIENNE HONGRE CHAMPION EDOUARD CHAMPION 5, Quai Malaquais, VI' 1923 TU INTRODUCTION Les ouvrages autobiographiques d'Henri Beyle offrent à l'historien de sa vie et de sa pensée des documents d'une valeur inestimable et cependant diverse. Il faut avant tout faire ce qu'on appelle en histoire la critique des sources, et discerner dans chaque œuvre la part de la vérité et celle de l'erreur plus ou moins volontaire. La Vie de Henri Brulard est écrite presque un demi-siècle après les événements, et écrite pour le public par un écrivain déjà connu, membre du corps diplomatique, chevalier de la Légion d'Hon- neur, et qui, inconsciemment et de la meilleure foi du monde, pose un peu pour la galerie. Les Souvenirs d'Egotisme ont été rédigés moins longtemps après les événements, mais ils sont éga- lement destinés à être lus un jour ^ par quelque 1. « A n'imprimer que dix ans au moins après mon dé- part, par délicatesse pour les personnes nommées. » (Sou- venirs d'Egolisme, éd. Casimir Stryienski (Paris, 1892), page 1, note 1.) JOURNAL DE STENDHAL. A II INTRODUCTION âme aimée de l'auteur, « par un être tel que Madame Roland ou M. Gros, le géomètre )> ^. Quelle que soit la sincérité de l'un et de l'autre ouvrage, ils n'ont ni le charme de primesaut ni surtout la valeur documentaire du Journal. Le Journal de Stendhal est une source de premier ordre pour l'histoire de la vie d'Henri Beyle, source d'autant plus importante qu'elle se réfère à la partie la plus intéressante, pour l'historien, de la vie du maître, l'époque de sa formation littéraire, l'époque aussi la plus agitée et la plus remplie de sa vie administrative et de sa vie sentimentale. Nous possédons les réflexions intimes d'Henri Beyle depuis sa dix-huitième année jusqu'à la trente-cinquième, depuis l'époque où, jeune sous- lieutenant spleenétique et malade, il parcourait l'Italie du Nord, jusqu'à l'année qui suit la publi- cation du premier livre signé de Stendhal : Rome^ N a pies et Florence. Dans ce journal non pas sans souci (ni même, souvent, sans soucis), mais du moins sans autre prétention que celle de se comprendre lui-même, de se façonner le caractère et la sensibilité, nous avons tout le Stendhal de la formation sentimentale et littéraire. Nous y trouvons, au hasard des cahiers, beaucoup d'orgueil, et du plus noble (un Stendhal pouvait, et devait, en avoir), quelque vanité par- 1. Soin>enirs d'Egotisme, pages 1-2. INTRODUCTION fois un peu fate, mais surtout (et c'est là l'inesti- mable) une sincérité absolue. Au jour le jour, pendant des années, Henri Beyle a accumulé une masse énorme d'observations écrites pour lui seul ^, qu'il n'a généralement jamais, ou presque jamais, relues, et dont on retrouvera cependant le suc médullaire dans ses grandes œu\Tes, le Rougê et le Noir et la Chartreuse de Parme, et plus encore peut-être dans Lucien Leuwen. C'est la matière première, sans tri ni contrôle, qu'on en- tasse pêle-mêle dans un coin et dont on retrouve comme par hasard, très longtemps après, les parties les plus brillantes et les plus solides. La matière première, pour Henri Beyle, c'est l'homme tout entier, l'homme intellectuel, moral et physique — ou plutôt ce qui dans l'homme physique annonce et dénonce le jeu de l'intelli- gence, des sentiments et des passions ^. Et en même temps qu'il observe les autres, Stendhal ne manque pas de s'examiner lui-même. Car le meilleur outil pour le psychologue, c'est encore son propre cœur et sa propre intelligence. Aussi 1. Journal du 25 août 1818 : « Un tel journal n'est fait que pour celui qui l'écrit. » 2. Hors de là, le contact des hommes lui est vite fasti- dieux. « Cela vient, confesse-t-il, d'une habitude à moi don- née par l'envie de me perfectionner dans l'art de connaître et d'émouvoir l'homme. Je regarde comme perdue toute journée dans laquelle je ne m'instruis pas. » (Journal du 15 avril 1806.) IV INTRODUCTION bien, on ne peut comprendre les autres que par rapport à soi, Henri Beyle n'aurait eu garde de négliger l'admirable banc d'épreuve qu'il était lui-même, aussi la partie proprement subjective du Journal est-elle de beaucoup la plus importante. Ce journal embrasse entre ses dates extrêmes une période de dix-sept ans, de 1801 à 1818 ; mais il ne forme un ensemble à peine interrompu qu'entre 1801 et 1814, encore la partie de 1814 est-elle extrêmement courte : une vingtaine de pages. De 1815, nous avons une brève relation du voyage à Venise et à Padoue et de 1818 un autre récit, assez rapide, d'excursion dans la Brianza. Pendant tout ce temps, Henri Beyle a noté ses observations et ses impressions avec une sin- cérité absolue et une complète liberté d'expression, — si complète que j'ai dû, pour la publication, prendre certaines précautions au sujet de passages assez scabreux ; je dois ajouter que, malgré ces précautions, le Journal n'est nullement un livre pour jeunes filles. C'est à partir de 1804, surtout, que nous commen- çons à rencontrer les formules définitives de ce qu'on a convenu d'appeler le beylisme. Les années précédentes sont plutôt consacrées, par un jeune INTRODUCTION V" homme un peu naïf et ignorant, à la lecture, à l'acquisition d'un bagage intellectuel. Cepen- dant, comme l'a remarqué M. Paul Arbelet ^, dès sa dix-huitième année, Beyle avait déjà dis- tingué l'essentiel de sa doctrine, lui qui écrivait le 10 décembre 1801 : « Connaître à fond les hommes^ juger sainement des événements, est donc un grand pas vers le bonheur. » La chasse au bonheur était au fond même de l'instinct d'Henri Beyle. Le Journal sera l'une des armes de cette chasse ; il lui confie tout, ses espoirs et ses projets, ses regrets et ses résolutions. Sans doute il écrit, le 30 mars 1804 : « L'art d'écrire un journal est d'y conserver le dramatique de la vie ; ce qui en éloigne, c'est qu'on veut juger en racontant. » Mais il sentait qu'il n'était pas né pour la description pittoresque, et il s'écriait, le 26 août suivant : « Quand je relis ces mémoires, je me siffle souvent moi-même : ils ne rendent pas assez mes sensations. » Et de plus en plus il développe ce qui fait l'essen- tiel de son art : « C'est la connaissance de ce qu'il y a de plus caché au fond du cœur et de la tête que je veux acquérir ^. » D'ailleurs, il a tenu lui- même à expliquer très nettement ce qu'étaient ces notes personnelles : une santé chancelante lui a toujours laissé obscurément la crainte de voir ses 1. La Jeunesse de Stendhal (Paris, Champion (Biblio- thèque stendhalienne) , 1919, 2 vol. in-8o), p. 186-187. 2. Journal du 7 juin 1810. JOURNAL DE STENDHAL. A. ^I INTRODUCTION papiers — et sa pensée — profanés aussitôt après sa mort, et il a été sans cesse hanté par le souci de laisser derrière lui sa pensée incomprise. Il note le 1^"^ juin 1810 ^ : « Si un indiscret lit ce journal, je veux lui ôter le plaisir de se moquer de moi en lui faisant remarquer que ce doit être un procès- verbal mathématique et inflexible de ma manière d'être, ne flattant ni ne médisant, mais énonçant purement et sévèrement ce que je crois qui a été. Il est destiné à me guérir de mes ridicules quand je le relirai en 1820. C'est une partie de ma conscience intime écrite, et ce qui en vaut le mieux, ce qui a été senti aux sons de la musique de Mozart, en lisant le Tasse, en étant réveillé par un orgue des rues, en donnant le bras à ma maîtresse du moment, ne s'y trouve pas ^ Ainsi, je vous en prie à genoux, ne vous moquez pas de moi. » Il se sent au surplus très différent des autres, et dès le 31 décembre 1804 il recherche the happy few : « Voilà ce public choisi et peu nombreux à qui il faut plaire ; le cercle part de là, se resserre peu à peu et finit par moi. Je pourrais faire un ou- vrage qui ne plairait qu'à moi et qui serait reconnu beau en 2.000. » Stendhal note encore très finement que, si son 1. Cet «avis» est écrit sur la couverture du cahier conte- nant le journal du 9 mai au 12 août 1810. 2. Il écrivait déjà le 1^'' septembre 1806 : « Souvent on gâte le plaisir en le décrivant. » INTRODUCTION VII journal a un jour des lecteurs, ces lecteurs ne cher- cheront pas ce que lui peut y trouver. Son ami Vismara juge « aussi étrange que ridicule d'écrire de pareils souvenirs ». — Non, se répond Henri Beyle \ car u en relisant le journal du voyage du Havre en 1811, les petits détails notés rappellent et rendent présentes toutes les sensations. Un tel journal n'est fait que pour celui qui l'écrit. » Nous demandons, nous, au journal de Stendhal des renseignements plus complets, et d'une valeur plus générale : détails de sa \Te publique et intime' étapes de sa formation intellectuelle, observations sur les événements du temps, sur ses amis, sur ses contemporains M. Paul Arbelet a établi avec finesse et sagacité dans la Jeunesse de Stendhal, le bilan intellectuel et moral de Henri Beyle en 1802, à peu près au moment où commence le journal ; il a déterminé la part qu'avaient dans la formation du jeune homme les années de Grenoble — les maîtres et la famille — ; le premier séjour à Paris — expé- rience nouvelle de la \-ie solitaire, initiation admi- nistrative — ; et enfin le voyage d' Italie, géné- rateur d'enthousiasme et d'amour. Il ne manque plus qu'un séjour à Marseille pour mettre Stendhal en contact avec un monde nouveau pour lui, et qui complétera sa connaissance des hommes : 1. Journai du 25 août 1818. Vm INTRODUCTION celui des négociants et de quelques femmes plus ou moins entretenues. Pas un instant il n'oublie l'étude unique pour laquelle il semble avoir été mis au monde : la connaissance du cœur humain \ et l'expression littéraire de cette connaissance. L'expression, ce sera (du moins il le croit pendant plusieurs années) cet art dramatique qui lui semble seul capable d'expliquer l'âme humaine, avec toutes ses finesses, par la parole, par le geste, par l'attitude. Le reste : la société des femmes, les jouissances de l'art et de la vanité, toutes les péripéties de la « chasse au bonheur », cède la place, quoi qu'il fasse et quoi qu'il dise, à un sentiment dominateur : l'amour de la gloire. Lui-même le constate le 12 août 1804, en se rappelant les moments délicieux passés au- près d'Adèle Rebuffet deux ans auparavant ; ce souvenir « perd peu à peu de son charme et s'efface... Il n'en fut pas moins grand au moment même ; la somme, seulement, de ce qu'il m'aura procuré de bonheur dans toute ma vie sera moins grande à cause du plaisir de m'en souvenir qui n'aura duré que deux ans, tandis que le souvenir des jouissances procurées par l'amour de la gloire durera plus longtemps. » Au surplus, l'étude du cœur humain donne des 1. « Nosce te ipsum. Je crois avec Tracy et la Grèce que ■c'est le chemin du bonheur. Mon moyen, c'est le journal. » {Jmirnal du 10 août 1811.) INTRODUCTION IX satisfactions d'ordre pratique : « Grand moyen de consolation : faire que l'afFligé s'occupe à ana- lyser sa douleur ; à l'instant elle diminuera, l'orgueil l'emporte toujours, où qu'il se mette ^ » Mais le chemin est long et pénible, qui mène à la connaissance. Il faut d'abord une absolue sincérité, quoi que dise la vanité ; il faut aussi une attention de tous les instants, afin d'observer avec justesse ; il faut -enfin former son caractère. « Le caractère consiste à faire ce que j'ai résolu de faire, soutenu ou non par la passion, avec verve et gaieté ^. » A ce régime, on se dessèche le cœur, mais il est nécessaire d'acquérir cette sécheresse pour ne pas rester, ou devenir, « timide et sot ». On s'isole aussi, •car plus on pénètre profondément les mystères de la psychologie, plus on s'éloigne du vulgaire, et par conséquent moins on est compris. « Les sots..., ne pouvant saisir mon âme par aucun endroit, en concluront que je suis un homme dan- gereux et, par conséquent, un méchant. Si je vis, ma conduite démontrera qu'il n'y a pas eu d'homme aussi accessible à la pitié que moi. La moindre chose m'émeut, me fait venir les larmes aux yeux ; 1. Journal du 3 septembre 1804. 2. Journal du 30 avril 1805. — Henri Beyle constatera plus tard qu'il y a loin de la théorie à la pratique ; il écrit le 14 juin 1811 : « Ce qui me chagrine, c'est l'idée qu'esti- mant le caractère comme je fais, peut-être n'en ai-je point. » INTRODUCTION sans cesse, la sensation l'emporte sur la perception^ ce qui m'empêche de suivre le moindre projet ; en un mot, il n'y a pas d'homme meilleur que moi en dispositions ^, » Mais qu'importe, si le vulgaire se trompe ! Qu'importe le jugement de la masse ! Le petit clan des âmes chères comprendra, et cela suffit ! « Ne pas m' arrêter au bruit public. Et ma réputation de roué et d'homme qui suis déjà blasé, avec cette âme si tendre, si timide et si mélancolique ! Le philosophe Mante me connaît enfin, mais il a fallu que je l'aidasse à me voir tel que je suis. Croyez après aux réputations en grand ^ ! » Et nous arrivons ainsi à la véritable définition de r « égotisme )), qui est à l'égoïsme comme l'orgueil est à la vanité, et qui est, en somme, l'action d'une âme noble qui se regarde agir, et souffrir en si- lence ^. L'essentiel, c'est de se façonner l'esprit 1. Journal du 23 février 1805. — Il disait déjà le 22 dé- cembre 1804, à propos de son oncle Gagnon : « Les choses qui lui sont insensibles, par conséquent où il ne prend plus d'intérêt, où il quitte la partie, me sont encore très sensibles ; je sens donc plus loin que lui. Voilà la grande utilité pour moi de l'idéologie, elle m'explique à moi-même, et me montre ainsi ce qu'il faut fortifier, ce qu'il faut détruire dans moi-même. » 2. Journal du 3 février 1805. 3. A cause précisément d'une sensibilité sans cesse aigui- sée, « de cette délicatesse que l'inflexion d'un mot, un geste inaperçu met au comble du bonheur ou du désespoir. Je cache cela sous mon manteau de housard. » [Journal da 11 février 1805.) INTRODUCTION XI •de manière à comprendre avant tout ^. Mais le difficile également, c'est, dans cette formation d'esprit volontaire et artificielle, de garder le natu- rel ; il s'agit de laisser le tempérament agir, mais de le contrôler attentivement. « On se donne de la gaucherie en réfléchissant trop à la conduite à tenir, en entrant dans un salon ; on peut y réfléchir, s'il le faut, longtemps avant, mais à l'instant d'entrer en danse il faut faire ce qui lui plaît, y penser si le cœur y trouve de la douceur, sinon lire ou converser ^. » A ce régime, quelles qualités l'esprit ne doit-il pas posséder ? Le courage, d'abord, pour braver l'opinion des sots (c'est-à-dire, en somme, la société presque tout entière) ; puis, l'énergie du caractère ; -la maîtrise de soi ; la sincérité avec soi-même. Toutes qualités, en somme, qu'une âme noble peut se forcer à acquérir ^. D'autres, au contraire, qui sont plus particulièrement d'ordre physique, 1. Journal du 25 février 1805 : « Quand je serai davantage perception, et moins sensation... » 2. Journal du 5 juin 1811. — ■ Il a déjà dit le 15 février 1805 : « Puisque je ne puis pas être assez de sang-froid pour avoir quelque esprit, être au moins tout bonnement moi- même, pour avoir les grâces du naturel. » 3. Stendhal constate parfois qu'il n'y est pas arrivé ; il écrit, par exemple, le 14 juin 1811 : « J'ai l'air d'avoir du caractère parce que, pour le plaisir d'éprouver de nou- velles sensations, j'aime à hasarder ; mais je ne domine point en cela ma passion véritable, je ne fais qu'y céder. » Il constate aussi le 10 août : « J'ai trop de sensibilité pour .avoir jamais de talent dans l'art de Lovelace. » XII INTRODUCTION ne peuvent s'acheter ou se conserver, même air prix d'un effort continu : la mémoire, par exemple. C'est une qualité qu'a Henri Beyle ^, mais sa mé- moire est incertaine, et spéciale : il ne se rappelle jamais ce qui ne l'intéresse pas ; « je ne retiens que ce qui est peinture du cœur humain. Hors de là, je suis nul ^. » Aussi prévoit-il l'avenir avec beaucoup de sagacité : « La chose qui me manquera le plus tôt lorsque je vieillirai, ce sera la mémoire... Au bout de neuf ans, à peine comprendrai- je mon ouvrage ^. » Raison de plus pour travailler avec ténacité. Nul homme plus qu'Henri Beyle n'a été con- vaincu que le génie est le fruit d'une longue patience. Patience qui ne s'est jamais démentie, en aucune circonstance, que ce soit pour' acquérir la gloire littéraire ou pour acquérir le cœur d'une femme. Voilà la théorie, le système. Henri Beyle y est-il: fidèle ? Hélas ! il constate lui-même de fréquents fiascos. Sa sensibilité lui donne des jouissances délicieuses, mais souvent l'empêche de mener 1. Journal du 12 décembre 1805 : « Toutes nos erreurs viennent de nos souvenirs. C'est donc un immense avantage d'avoir une bonne mémoire. J'en ai, je crois, une très bonne : Crozet appelle Beyle l'homme à mémoire terrible. Cultiver la mienne, non point en apprenant par cœur, mais en me rappelant pour exercice des faits avec toutes leurs circons- tances. » 2. Journal du 10 août 1811. 3. Journal du 24 septembre 1813. INTRODUCTION XIII à bien une entreprise longuement et soigneuse- ment calculée ^. C'est dans ses entreprises amoureuses surtout, qui sont les mieux préparées à l'avance et les plus minutieusement méditées, que se marque le désé- quilibre entre le désir et la réalité. Xon que la femme aimée ou désirée ne veuille pas répondre à ses avances : c'est avant d'entreprendre la lutte que Beyle a été vaincu, et vaincu par lui-même. Sensibilité, timidité, orgueil se conjurent pour mettre à néant les plans de conquête qu'il a patiem- ment échafaudés. Henri Beyle passe pour un séducteur profession- nel ; cependant, peu de femmes, relativement, ont occupé son cœur entre 1802 ^ et 1818. Citons-les : Yictorine Mounier, Adèle Rebufîet, Mélanie Guil- bert (Louason), Mina de Griesheim, Madame Daru, Angélina Bereyter, Angela Pietragrua ^. 1. « Je sais depuis longtemps, écrit-il le 11 février 1805, que je suis trop sensible, que la vie que je mène a mille aspérités qui me déchirent. « 2. Le Journal de 1801 ne parle d'aucune femme. La Vir- ginie Cubly de son enfance est oubliée pour 35 ans, et il ne fait aucune allusion à sa première rencontre en 1801, avec Angela Pietragrua. Sa correspondance elle-même fournit bien peu de renseignements. 3. En octobre 1811, Henri Beyle fait encore allusion à une certaine Livia B., que nous ne connaissons pas autre- ment (M. Arbelet pense (Journal d'Italie, p. 262, n. 2) qu'elle pourrait s'appeler Riatowiska, mais cela ne nous renseigne pas davantage). Le charme de cette Livia aida Stendhal, à Ancône, à oublier un peu la trop aimée Pie- tragrua. XIV INTRODUCTION Moins de la moitié de ces femmes ont été ses maî- tresses au sens physique du mot. Entre temps, il a trompé les ennuis de l'attente ou les impa- tiences du désir avec des femmes plus faciles, filles d'auberge, filles de trottoir ^. La science de la conquête de la femme a été l'une des préoccupations maîtresses de Stendhal, 11 publiera même, en 1822, le résultat de son inces- sante étude de V Amour. Mais (particularité bien connue et sur laquelle je n'insisterai pas) il y a un abîme entre sa conception amoureuse, ses plans de conquête d'une femme désirée, et la réalité. Il est impossible de voir divorce plus grand entre la théorie et la pratique. Tout au fond de lui-même, il considérait la femme comme un instrument de plaisir, en véritable fils du xviii® siècle et surtout du Midi qu'il était ; mais cela ne l'empêchait pas de rechercher l'âme vraiment sœur de la sienne, la femme exceptionnelle — son égale par l'élévation de l'esprit et la délicatesse du cœur. Il crut un moment avoir rencontré cette femme 1. Une lettre à Edouard Mounier, du 5 juillet 1802 [Correspondance, éd. Paupe et Chéramy, t. I, p. 28), fait allusion à une plaisanterie du frère de Victorine sur les c< amours passagers » d'Henri Beyle. Il parle encore, mais très rarement, dans le Journal, d'aventures d'un moment, et confesse le 7 novembre 1807 : « Je couche tous les trois ou quatre jours, pour les besoins physiques, avec Charlotte Knabelhuber, fille entretenue par M. de Kestenwilde, riche Hollandais. » Tout ceci ne constitue pas des « amours »■ à proprement parler. INTRODUCTIOX XV dans Victorine Mounier — et certains passages du Journal dans lesquels il parle d'elle sont déli- cieusement parfumés de délicatesse. Mais ce rêve fut bien vite dissipé, Victorine n'ayant pas répondu aux avances d'Henri Beyle, d'ailleurs probable- ment si tiiaiides qu'elles ne devaient pas être per- ceptibles. Il écrivit cependant à la telle, qui ne lui répondit jamais (le Journal en fait foi), quoi qu'il veuille montrer, en 1835, que Victorine eut pour lui de l'amour, que cet amour fut brisé par une « séparation violente », et que cette séparation fut cause de son « abandon de l'état militaire » et de sa « fuite à Paris en 1803 ^ ». Presque en même temps, il eut pour Adèle Rebuffet, la future Madame Alexandre Petiet, une passion de tête et, un peu, de sens, plutôt que de cœur ; 'û écrivait le 30 juin 1804 : « Ce sera une charmante maîtresse, mais ce serait pour moi une mauvaise femme. » Mais tout le charme phy- sique de la jeune fille fut anéanti par la pauvreté de son cœur, où Beyle ne constate, le 14 février 1805, que « sécheresse, absence de passions douces, et même cruauté ». Il rencontre enfin, à la même époque, la femme qui pendant quelque temps put lui donner l'illu- sion de l'amour parfait ; je dis V illusion, car avec 1. Vie de Henri Brulard, t. I, p. 67. — La séparation a été motivée par la nomination de Mounier comme préfet de rille-et-Vilaine le 13 avril 1802. XVI INTRODUCTION un instrument d'analyse aussi perfectionné — et aussi desséchant — que le sien, Henri Beyle ne pouvait garder très longtemps d'aveuglement — ou de tendresse — pour une maîtresse, quelle qu'elle fût. Il connut par hasard Mélanie Guilbert (qui se faisait nommer, au théâtre, Louason), en dé- cembre 1804, dans le salon de Dugazon, chez lequel ils prenaient ensemble des leçons de déclamation. Milieu un peu mélangé, mais vivant et amusant, où se rencontraient des petites femmes à moitié actrices, à moitié entretenues : Louason et un de ses amis d'âge mûr, nommé Le Blanc, une Ma- dame Mortier de vertu plus que douteuse, une jeune personne dont Stendhal n'a jamais connu le nom, entretenue par le général Lestrange, une demoiselle Rolandeau, qu'il avait rencontrée à Genève au printemps de 1804, et dont la vertu paraît peu farouche, une « jolie petite Felipe » qu'il juge n'avoir pas « seulement l'idée de la pudeur » *, et, comme hommes, en dehors de lui, Wagner, un jeune Allemand qui, outre la bonne prononciation française, cherchait dans le cours de Dugazon, auprès de ses jeunes partenaires, des satisfactions beaucoup moins pédagogiques. Dans ce « cours d'adultes », on rencontrait encore la célèbre actrice Duchesnois, qui parfois venait 1. Journal du 11 février 1805. INTRODUCTION XVII «constater les progrès des élèves de son camarade ; les hommes y venaient plus nombreux : tels Martial Daru, le Pacé du Journal, qui essayait sur les femmes les séductions de son physique élégant et de son esprit léger, et des auteurs dramatiques en instance au Théâtre- Français. Mélanie paraît avoir joué auprès d'Henri Beyle un rôle d'amoureuse à la fois rouée et sincère. Quoi qu'il en soit, Stendhal éprouva auprès d'elle les angoisses d'un amour passionnément senti- mental et en même temps ardemment sensuel. C'était l'époque d'un court séjour à Paris de Vic- torine Mounier, Beyle, sans succès d'ailleurs, écrit à celle-ci et, au commencement de fé\Tier, le dépit lui donne envie de s'attacher à Louason, pour se guérir de son amour pour Victorine ^. Ses premières préoccupations ne sont nullement d'ordre sentimen- tal ; mais peu à peu il se pique au jeu, et l'amour -de Mélanie l'envahit tout entier, cœur, tête et sang. Au début, c'est un mélange de comédie et de naturel ; il écrit le 11 février 1805 : « Tous mes propos d'amour avec elle ont été joués, il n'y en avait pas un de naturel, et cependant je l'aimais... » Et il se donne cette excuse : « Je sentais confusé- ment que mon amour est d'une nature trop large et trop belle pour n'être pas ridicule dans la société, où il ne faut que des sentiments écourtés... Quand 1. Journal du 3 février 1805. JOURNAL DE STENDHAL. B XVIII INTRODUCTION j'aurai joui six mois de 6.000 livres de rente, je serai assez fort pour oser être moi-même en amour. » Il a beau écrire : « Un vers d'Arsinoé de Nico- mède m'ouvre les yeux sur les femmes et me fait voir que la plus grande partie sont de petits carac- tères, qui ne peuvent rien sur mon bonheur... Cette vérité découverte m'ôtera ma timidité au- près des femmes \ » Ce qu'il appellera plus tard la cristallisation agit sur lui comme sur les autres, et c'est avec le cœur battant d'un émoi non joué qu'il rejoint Mélanie à Marseille. La vie passée dans l'intimité de Louason eut vite fait de dégoûter le délicat Henri Beyle. Dans une passade, on cherche un sexe, et non un cœur, — et certes Stendhal ne manquera pas, à Marseille,^ d'aventures de ce genre. Mais il recherchait tout autre chose dans les bras de sa belle Méla- nie ; or, peu de mois après l'arrivée à Marseille, il la trouve bien froide, et bien loin des transports de passion qu'il rêvait ^. Constatation plus grave encore : il écrit le 15 mai 1806 : « Je commence à trouver Mélanie bête. Je me rappelle mille et mille traits prouvant peu d'esprit ; après son départ ^, immédiatement joie 1. Journal du 7 janvier 1805. 2. Journal du 8 novembre 1805. 3. Mélanie avait rejoint Paris aussitôt son engagement terminé. Elle avait quitté Marseille vraisemblablement le 1®' mars 1806. Henri Beyle, de son côté, partit de Marseille le 20 mai. INTRODUCTION XIX de ma liberté ; quarante ou cinquante jours après, velléités de regrets. Actuellement, appréciation juste, je crois : beaucoup d'amitié, de l'amour même si elle ne voulait pas t^Tanniser et ne pas toujours se plaindre. Ecce homo ^ ! » Mélanie GuHbert, malgré ses qualités de charme et de cœur, n'était pas, elle non plus, de celles qu'un Stendhal épouse. De retour à Paris, il rencontre le 22 août une Louason blessée et silencieuse. Ils ont cependant encore, en septembre, de doux moments d'intimité ; puis, le 17 octobre, Henri Beyle quitte Paris pour l'Allemagne. La petite actrice de Marseille ne devait plus être pour Sten- dhal qu'un charmant souvenir. Maintenant, Henri Beyle est fonctionnaire de r Intendance, et il tend ses filets plus haut. A Brun- swick, en 1807 et 1808, il courtise (pour le senti- ment) une charmante jeune fille, Mina de Gries- heim. Pour la bagatelle, il se contentait de la maîtresse d'un riche Hollandais séjournant à Brunswick ou de la fille de l'aubergiste du Chas- seur vert ^ Mais il confesse en même temps que, dans le fond, la femme qu'il courtise lui est autant que le cheval qu'Q monte '^'. 1. Il avait déjà exprimé la même idée dans son Journal du 25 mars 1806. 2. Stendhal se souviendra plus tard, dans Lucien Leuwen, du nom et de la position de ce café champêtre. 3. Journal du 17 juin 1807 : « Je ne mets pas mon capital il avoir des femnaes. J'ai 25 ans, dans les dix ans qui vont XX INTRODUCTION 1809, 1810 : l'Allemagne, l'Autriche. Point d'amours de sentiment, sauf quelques entrevues délicieuses de galanterie délicate avec Madame Daru, la femme de Pierre Daru, qu'il appelle Madame Palfy, ou la comtesse Marie, ou Elvire,^ ou Alexandrine Petit. Il sait bien que les « spec- tateurs », qui croient qu'elle l'aime, et les sots, qui croient plus encore, se trompent ; mais il juge qu' « avec plus de hardiesse » et plus de « galante- rie », il aurait été « bien près d'être heureux » ^. Bonheur auquel il n'aspire pas, « pour que, dit-il, je ne me croie pas, dans quelques années, plus noir que je ne le suis ^ ». Quoi qu'on en ait dit, faute d'aller au fond de son caractère, ou simplement de ses écrits, Henri Beyle désire l'amour vrai, l'amour désintéressé, celui qui cherche avant tout les satisfactions du cœur et de l'esprit. « Pour que j'aie du plaisir avec une femme, écrit-il à la même époque ^, il faut que rien ne vienne troubler l'illusion que je suivre, j'en aurai probablement six. J'aurai vingt chevaux d'ici à ce que l'âge m'empêche de monter. » 1. Journal du 20 novembre 1809. 2. Journal du 7 juin 1810. 3. Journal du 27 juillet 1810. — Et, du 2 octobre 1810 r « Le bonheur d'habit et d'argent ne me suffît pas, il me faut aimer et être aimé. Si je ne puis atteindre au premier des bonheurs, travailler aux choses auxquelles je mets de l'amour-propre. » — Il note en mai 1810 : « On gâte la plus belle femme en en faisant la dissection, c'est son portrait qu'il faudrait faire ; mais en la peignant on n'apprend que le coloris, et c'est dans le dessin que l'on veut s'instruire. »■ INTRODUCTION XXI me fais, et à la première pensée basse que me lais- serait voir ma petite grisette, mon caractère serait de lui donner une robe et de ne plus la revoir. » Aussi Angéline Bereyter, la maîtresse de la pé- riode brillante du Conseil d'Etat, belle et bonne fille sans prétention, tient-elle très peu de place dans le Journal de Stendhal. Au contraire, ses amours avec la comtesse Palfy, amours d'un tout autre ordre, y sont minutieuse- ment détaillés. M. Henri Martineau écrit ^ : « C'est en 1810, à son retour de Vienne, que Beyle retrouve s. Paris sa comtesse Palfy et « termine en six mi- nutes » sa respectueuse cour antérieure. » De son •côté, M. Chuquet déclare ^ que, « au mois de mai 1811,... Beyle se prononce... Vainement Elvire essaie de vaincre sa passion ou plutôt son désir ; vainement elle s'entoure de ses enfants comme d'un rempart ; elle succombe. » Erreurs. Pas plus en 1811 qu'en 1810, Henri Beyle ne peut se vanter d'avoir trahi la confiance de Pierre Daru, son bienfaiteur. Le Journal en fait foi. De la fin de mai au 9 juillet 1811, toute une partie inédite du Journal nous montre Henri Beyle très amoureux, mais amoureux nullement comblé. Le 31 mai, il tente de baiser la main d'Alexandrine. « Elle me répondit que je ne devais pas songer à cela, que je ne devais voir en elle 1. Itinéraire de Stendhal (Paris, Messein, 1912), p. 43. 2. Stendhal-Beyle (2^ éd., Paris, Pion, 1902), p. 112. JOURNAL DE STENDHAI.. B. INTRODUCTION qu'une c[ousine] qui avait de l'amitié pour mou Je répliquai que je l'aimais depuis dix-huit mois, qu'à Paris j'étais parvenu à cacher mon amour en cessant de la voir de temps en temps pendant huit ou dix jours, quand je sentais que je l'aimais trop... » Mais la jeune femme, qui jusque-là s'est conservée « intacte » (c'est elle qui le dit à son cou- sin) n'avoue même pas une pensée d'amour à son égard, quoique le séducteur ait annoncé, pour exciter sa jalousie, son mariage prochain. Le 3 juin,, après quelques jours charmants d'incertitude, l'amoureux Beyle quitte la comtesse le cœur gros. « J'avais besoin de rire, car je me sentais une vio- lente envie de pleurer. » Quand, le 29 août, il quit- tera Paris pour l'Italie, il n'était pas plus avancé dans son entreprise que le premier jour. La Pietragrua fut moins farouche que la com- tesse Alexandrine ^. Il était, le 15 septembre 1811, si heureux de cette belle maîtresse enfin conquise que, comme un amoureux ordinaire, il souhaite la mort entre ses bras. Pendant cet heureux voyage, il revit Adèle Rebufîet, cette Adèle qui avait occupé sa tête si longtemps au commencement du siècle, et dont le mari, Alexandre Petiet, remplissait à Florence les fonctions d'intendant des biens de la couronne. 1. Il portait, en livrant « bataille » à la Pietragrua, le même pantalon que le 31 mai précédent, lors de l'attaqua de Palfy. Mais les résultats furent bien différents ! INTRODUCTION XXIIf Des flots de souvenirs le submergent et l'empêchent de jouir comme il l'aurait voulu de la capitale toscane. La conclusion est la même qu'en 1805 : « elle a un cœur de coquette », le cœur « le plus sec de Paris ^ ». Après avoir rencontré à Ancône une Livia B., ■de laquelle nous ne savons rien, il retrouve aux environs de Varese, puis à Milan, pour trois semaines, sa Pietragrua. Il la retrouvera en 1813 ^, en 1814 et enfin en 1815, date de la rupture vio- lente et pénible ^. L'aventure avec Angela semble calmer les ar- deurs de Beyle pour quelques années ; nous n'avons, il est \Tai, que bien peu de souvenirs intimes après le voyage de 1815 : seulement, en 1818, un récit de voyage dans la Brianza. Et rien ne nous reste — ou n'a été écrit — de cet amour profond et jamais récompensé pour Métilde, qui commença précisé- ment en 1818. Le Journal est donc un témoin fidèle et sincère de la formation psychologique et littéraire de Stendhal, du Stendhal dont les amours vont d'Adèle 1. Journal du 27 septembre 1811. 2. En 1813, madame Palfy semble reprendre « son an- tique goût » pour Henri Beyle, dont la passion est « entière- ment morte ». Il ajoute encore, il est vrai, car il est dans un jour de neurasthénie : « Il en est de même de l'Italie et de madame Pietragrua, pour lesquelles je n'ai qu'un goût de réminiscence. » (Journal du 12 mars 1813.) 3. Dont, d'ailleurs, il ne dit rien dans son Journal. XXIV INTRODUCTIO?^ Rebufîet à Angela Pietragrua, dont les essais litté- raires vont de cette Filosofia nova que nous donnons en appendice de la présente édition jusqu'aux Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase, jusqu'à VHistoire de la Peinture en Italie et jusqu'au pre- mier ouvrage signé de Stendhal, Rome, Naples et Florence ^ Nous connaissons en même temps la vie maté- rielle d'Henri Beyle, successivement militaire, employé de commerce, fonctionnaire d'intendance^ auditeur au Conseil d'Etat et, entre temps, voya- geur et touriste. Il nous fait part de ses lectures, de ses études, de ses soucis d'argent, de ses rêves d'ambition, de ses projets d'avenir, et surtout de sa préoccupation constante et t\Tannique : l'étude de lui-même, manifestation souvent frémissante de cet égoïsme transcendant d'où est sorti le roman psychologique moderne. Le Journal de Stendhal, on se l'imagine facile- ment, ne se présente pas matériellement comme un tout homogène. Il s'échelonne en effet sur une 1. Le Journal ne fait jamais allusion à l'un quelconque de ces ouvrages ; mais il faut dire que pour 1814 (année de la publication des Vies de Haydn...) nous n'avons que de courts fragments du Journal, et que celui de 1817 ne nous a pas été conservé si toutefois il a jamais existé. INTRODUCTION XXV longue période de dix-sept ans, et Henri Beyle n'a choisi pour l'écrire ni un papier uniforme, ni un lieu toujours confortable. Tantôt, Parisien élégant, il consigne ses souvenirs sur des cahiers soigneusement préparés : tantôt, militaire en dé- placement ou voyageur pressé, il n'a pour se ra- conter qu'une plume mal taillée, une encre jau- nâtre et un papier de qualité vulgaire. Les formats aussi varient sans cesse, entre le grand in-4o et le petit in- 12. L'écriture, enfin, se transforme suivant l'âge, l'état de santé, ou simplement selon les circonstances. Chaque volume en donnera des fac-similés, qui nous montreront presque d'année en année l'écriture de Stendhal, très nette et très ferme vers la \-ingtieme année, se transformer peu à peu, et se gâter vers 1815, pour devenir très mauvaise dès 1818. Cependant, à aucun moment, même lorsque Beyle écrit sur un coin de table, au cours d'un voyage, jamais nous ne trouverons ces griffonnages presque informes des dernières années de sa ^'ie ; tel est le manuscrit de la Vie de Henri Brulard et cette sorte de roman-journal écrit à Rome et à Civita-Vecchia en 1840, que Paul Arbelet ^ déclare « complètement illisible » et « indéchiffrable », et que cependant notre piété beyliste et notre ténacité nous obligeront à lire et à publier ^. 1. Journal d'Italie, p. 374-375. 2. On trouve déjà également dans les manuscrits du XXVI INTRODUCTION Il est certain, quoique notre édition soit beaucoup plus complète que celle de Casimir Stryienski, que la totalité des souvenirs autobiographiques d'Henri Beyle n'est pas parvenue jusqu'à nous. La pre- mière page du Journal, écrite à Milan, le 18 a\Til 1801, nous annonce qu'une première tentative avait déjà été faite à Paris ; et Beyle lui-même signale avec regret qu'il avait perdu, pendant la retraite de Russie, une partie de son journal de Brunswick ^ Le Journal de Stendhal ne se présente donc pas à nous sans trous ni lacunes. Et malheureusement, maintenant que la gloire de Stendhal a pénétré jusque dans les milieux sans culture, maintenant que l'appât du gain, ou des soucis plus nobles, ont fait connaître de nouvelles pages écrites par le maître, il ne faut plus espérer désormais voir réapparaître (à moins d'un hasard miraculeux) d'importants manuscrits inédits de Stendhal. Voici une table sommabe des divers fragments du Journal : 1801 (18 avril- 12 septembre) : Lombardie. Journal ces plans de terrains ou d'appartements si fréquents plus tard dans le manuscrit de la Vie de Henri Brulard, et dans lesquels Stendhal résumait des situations trop longues à décrire. 1. Journal de février 1813 : « J'ai perdu en Russie mon journal de Brunswick en 1806 et 1807, my love with Mi- nette. » INTRODUCTION XXVII 1801 (18 septembre-26 décembre) : Lorabardie, Piémont. 1802 (mars-novembre) : passage à Grenoble et retour à Paris (courtes notes). 1802 (24 août- 16 septembre) : Paris. 1804 (30 mars-2 a\Til) : Voyage à Genève. 1804 (8 avril-22 septembre et 22 octobre-31 dé- cembre) : Paris. 1805 (1^^ 3anvier-2 mai) : Paris. 1805 (21 juin) : passage à Grenoble. 1805 (22-24 juillet) : de Grenoble à Marseille par Valence et le Rhône. 1805 (25 juillet-31 décembre) : Marseille. 1806 (1er janvier-19 mai) : Marseille. 1806 (20 mai-27 juin) : de Marseille à Grenoble par Toulon, Apt, Forcalquier, Sisteron, Gap. 1806 (10 août-17 octobre) : Paris. 1807 (17 juin-31 décembre) : Brunswick. 1808 (janvier- novembre) : Brunswick. 1809 (3-6 février) : Paris. 1809 (12 a^Til-12 mai) : l'Allemagne. 1809 (21 octobre et 20 novembre) : Vienne. 1810 (15 fé\Tier-31 décembre) : Paris. 1811 (1er janvier- 18 a\Til) : Paris. 1811 (29 avTil-3 mai) : voyage à Rouen et Le Ha\Te. 1811 (29 mai-18 août) : Paris. 1811 (25 août-6 novembre) : voyage en Italie. 1812 (11-22 jan\-ier et 5 mars-23 aviul) : Paris. XXVIII INTRODUCTION 1813 (4 février-19 avril) : Paris. 1813 (6 iuin-13 août) : Lûben, Sagan. 1813 (7 septembre-27 octobre) : Milan. 1814 (30 juin-4 juillet) : Paris. 1814 (22 septembre-16 octobre) : Pise, Milan. 1815 (17 iuillet-23 août) : Padoue, Venise. 1818 (25-29 août) : voyage dans la Brianza. Il y a dans cette table, on le voit, un assez grand nombre de lacunes : pas une ligne entre septem- bre 1802 et mars 1804, ni entre novembre 1806 et juin 1807 ; peu de chose, une cinquantaine de pages, pour 1809 ; rien du 24 avril 1812 au 3 février 1813, et du 28 octobre 1813 au 29 juin 1814. La plus grosse lacune, celle de 1803, s'explique facilement : à cette époque, Henri Beyle travaillait à un grand ou\Tage qui devait contenir à la fois le résumé de ses lectures philosophiques et idéolo- giques et l'exposé de ses propres observations. Cet ouvrage, auquel il donne provisoirement le titre italien de Filosofia nova, ne fut jamais achevé ; mais nous en possédons une partie importante sous le titre que nous venons d'indiquer, et en outre de nombreux fragments portant pour la plupart un titre unique : Pensées, réflexions. Depuis la fin de 1802 jusqu'à la fin de 1804, Beyle pensa presque exclusivement à cette Filosofia nova ; elle faisait tellement partie de sa vie qu'il y insérait tout ce qui, dans ses observations journalières, INTRODUCTION XXIX pouvait lui fournir un document d'ordre psycho- logique : aussi rœu\Te ébauchée a-t-elle, pour une part, le caractère de souvenirs personnels. Casimir Stryienski jugea sans doute inutile de publier une pareille ébauche — qui d'ailleurs contient beau- coup de fatras ; et, sans indiquer au lecteur l'opé- ration qu'il accomplissait, il a simplement extrait de la Filosofia nova et appelé Journal ce qui lui paraissait pouvoir sans trop d'invraisemblance porter ce titre ^. Nous n'avons pas cru pouvoir adopter une pareille méthode ; nous avons tenu, au contraire, à garder à chaque œu\Te son véritable caractère ; dans notre édition, l'année 1803 manque complètement, et certaines parties de 1804 pa- raissent amputées de réflexions intéressantes. Que les stendhaliens se rassurent, ils retrouveront tout cela, mais à sa vraie place, dans le milieu qu'avait voulu Stendhal. La Filosofia nova n'est pas une œuvre assez importante pour valoir une publication séparée ; mais elle nous fera, en appen- dice de la présente édition du Journal de Stendhal, un volume à peu près complet ^. 1. A la fin de son édition du Journal, Stryienski publie en appendice deux pages (p. 451-452) qu'il intitule : Philo- sophie nouvelle, et qu'il dit extraites des •< nombreuses notes jetées un peu partout dans les cahiers ». 2. Henri Beyle voulait certainement faire de la Filosofia nova une œuvre importante. Il note dans son Journal du 31 juillet 1804 : « Faire pour la Filosofia nova deux tables analytiques, la première des faits, la deuxième des événe- ments. » XXX INTRODUCTION Pour 1806-1807, l'interruption du Journal pro- vient, comme je l'ai déjà signalé, de la perte, pen- dant la campagne de Russie, d'une partie des souvenirs de Brunswick, dont la fin seulement est parvenue jusqu'à nous. 1809 est une année de campagne en Allemagne, en Autriche, en Hongrie, sous les ordres directs de Pierre Daru, qui ne laissait guère de repos à ses subordonnés. Le Journal s'en ressent, et cin- quante pages à peine racontent la campagne et l'entrevue à Vienne avec la comtesse Palfy. 1812 : la campagne de Russie, pendant laquelle Henri Beyle avait été chargé de porter à Wilna, au grand quartier général, le portefeuille des mi- nistres. Il ne nous reste que deux fragments insi- gnifiants, écrits à Paris. Le commencement de 1814 voit Beyle bien occupé à Grenoble et à Chambéry, à la suite du comte de Saint- Vallier, sénateur envoyé en qua- lité de commissaire extraordinaire dans la 7® divi- sion militaire. Il n'a pas le loisir de faire, chaque soir, la somme de ses observations et d'en confier l'essentiel au papier. C'est aussi la première abdi- cation de Napoléon et l'abandon par Beyle de ses fonctions d'auditeur au Conseil d'Etat. C'est enfin l'année où paraît son premier livre : les Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase. Il faut remarquer qu'après 1811 Stendhal paraît n'avoir plus grand soin d'écrire ce journal qui lui INTRODUCTION XXXI a servi, pendant les années de sa formation psycho- logique et littéraire, à rassembler et à préciser ses réflexions de chaque instant. En dehors de récits de voyage ou de missions à l'étranger, nous ne possédons que bien peu de chose : une quin- zaine de pages en 1812, une cinquantaine en 1813,. moins de dix en 1814. Après, il faudra attendre jusqu'en 1818 pour retrouver le récit d'un voyage d'agrément, fait en compagnie de l'avocat Vis- mara au bord des jolis lacs de la Brianza ^. M. Paul Arbelet l'a très justement observé ^ : « Quand Beyle, d'obscur dilettante, devint un faiseur de livres, c'est-à-dire à partir de 1814, il n'écrivit plus le journal de sa vie que par caprice, et à de rares intervalles. Désormais, c'est dans ses voyages et, au besoin, dans ses romans, qu'il exprime le plus vif et le meilleur de son âme. » Cela est si \Tai que la partie du Journal de 1811 qui raconte le grand voyage d'Italie, écrite d'abord sans arrière- pensée de publication, est corrigée par Stendhal en 1813 et divisée en chapitres, évidemment pour en faire un livre ; mais ce li^Te fut plus profondé- ment modifié encore : il devint en 1817 (et nous n'y avons pas perdu) Rome, Naples et Florence ^. 1. Nous avons bien le « journal d'un voyage à Londres en 1817 », dans la première quinzaine d'août. Si Stendhal a collaboré à ce récit de voyage, il n'en est pas l'unique auteur. Nous le publions parmi les annexes. 2. Journal d'Italie, p. 375. 3. Paul Arbelet, op. cit., p. 75-76. XXXII INTRODUCTION Ce souci de publication est d'ailleurs exception- nel ; à l'ordinaire, Stendhal écrivait son journal pour lui seul. Il n'oublie cependant jamais cette méfiance qu'il tenait déjà de son ascendance pater- nelle et qui, sans cesse exercée, finit par devenir maladive ^. Il se félicite en 1806 de cette prudence ^, et déclare en 1809 qu'il n'écrira rien sur les événe- ments du temps, sur les relations politiques avec l'Allemagne et la Prusse ni sur ses relations per- sonnelles avec « le plus grand des hommes » ^. Il ajoute : « Par prudence, rien de politique, tous les noms sont changés. » Et en effet, nous trouvons dans tout le cours du Journal des noms supposés, dont certains (rares il est vrai) n'ont pu être iden- tifiés. Nous avons vu qui était Madame Palfy ; son mari se nomme Probus, ou Monsieur Z. ; Martial Daru, Pacé ; Victorine Mounier, Héloïse ou Charlotte ; son frère Edouard, Esprit ; Adèle Rebuffet, Adèle of the Gâte ; Angela Pietragrua, la comtesse Simonetta ; madame Beugnot, madame Doligny ; les dames La Bergerie, mesdames She- pherdrie ; La Duchesnois, Ariane ; Bonaparte, l'empereur Napoléon, est toujours désigné sous le 1. Journal du 17 juillet 1801 : « Il faut être très défiant ; le commun des hommes le mérite ; mais bien se garder de 'laisser apercevoir sa méfiance. » 2. Journal du 15 avril 1806 : « Je deviens prudent ; peut- être en Perse supprimerai-je ce journal. Le cahier précédent a été oublié quatre heures sur les bureaux de Meunier. » 3. Note en tête du Journal d'avril-mai 1809. INTRODUCTION XXXIII nom de Milan ; les noms de ses camarades et amis sont pareillement déguisés : Louis Crozet devient Percevant ; Bellile, Fairisland ; Camille Basset, Ouéhihé ; Henri Beyle lui-même prend des pseu- donymes (moins nombreux cependant que dans sa correspondance), comme celui-ci, qui servira si longtemps : Dominique. De plus, beaucoup de noms propres sont coupés et ne figurent dans le manuscrit que par des initiales ou quelques lettres seulement. Nous avons rétabli ceux dont l'identification nous paraît certaine, mais en laissant entre crochets la partie du nom restitué ^. Enfin, on voit apparaître de très bonne heure, dès 1804, cette habitude, que Stendhal garda toute sa vie, du style macaronique ; le texte est, à chaque instant, entremêlé de mots ou de membres de phrase en anglais, en italien, parfois en latin et en grec, et cette fâcheuse manie rend plus difficile encore le déchiffrement des manuscrits si mal écrits des dernières années de la vie du maître. Notre édition a cherché, autant que cela est possible — mais c'est bien difficile avec un écrivain tel que Stendhal, — à donner du Journal un texte définitif. Les manuscrits n'en sont pas très disper- sés : avant tout, et comme toujours, la plus grosse 1. L'abréviation des noms de personne n'est pas toujours prudence, mais souvent simple économie de temps. Sten- dhal n'a nullement intérêt de prudence à écrire Dz pour Dugazon et LRV pour La Rive. JOURNAL DB STENDHAL, C XXXIV INTRODUCTION masse nous est apportée par la collection stendha- lienne de la bibliothèque municipale de Grenoble. De plus, un apport entièrement nouveau nous est fourni par deux volumes provenant de la collection Chéramy, acquis en 1913 par l'éditeur des Œuvres complètes, M. Edouard Champion ^ Enfin, nous avons plusieurs états du « Tour d'Italie » en 1811 * outre la leçon fournie par les manuscrits de la bi- bliothèque de Grenoble, une copie contemporaine appartient à M. Paul Royer, avocat à Grenoble ^, et de plus une autre copie de la « fin du tour d' Ita- lie » a appartenu d'abord à Auguste Cordier, puis à Casimir Stryienski, ensuite à Chéramy, pour passer enfin dans la collection du directeur de la même collection des Œuvres complètes, M. Paul Arbelet ^ Nous avons également bénéficié des travaux, de valeur inégale d'ailleurs, de nos devanciers : Casimir Stryienski et François de Nion d'une part ^, et M. Paul Arbelet d'autre part ^. 1. NOS 25 et 26 du catalogue. (V. Henri Cordier, Biblio- graphie Slendlialienne, p. 210-211.) 2. Cf. Louis Royer, Les livres de Stendhal dans la biblio- thèque de son ami Crozet, dans le Bulletin du Bibliophile d'octobre 1923. 3. N" 18 du catalogue de la vente Chéramy. (V. Henri Cordier, op. cit., p. 210 et 230.) 4. Œuvre posthume. — Journal de Stendhal (Henri Beyle), 1801-1804, publié par Casimir Stryienski et François de Nion. (Paris, G. Charpentier et C'^, 1888, in-18 de xxxv -f 488 pages. Réédité en 1899 et 1908.) 5. Stendhal. Journal d'Italie, puljlié par Paul Arbelet. (Paris, Calmann-Lévy, s. d. |1911|, in-18 de xxi -\- 388 p.). INTRODUCTION XXXV L'édition de Casimir Stryienski et François de Nion est très incomplète, non seulement à cause des manuscrits que les éditeurs n'ont pas connus, mais aussi parce que les manuscrits de la biblio- thèque de Grenoble, les seuls dont ils se sont servis n'ont pas été publiés in extenso. Stryienski a inauguré la méthode qu'il a continuée deux ans plus tard en publiant la Vie de Henri Brulard : il a choisi, et choisi souvent avec une hâte qui a laissé inédites des pages plus importantes pour l'histoire d'Henri Beyle que celles qu'il publiait. Les parties qui ont rapport aux divers séjours de Stendhal en Italie ont été intégralement pu- bliées par M. Paul Arbelet. Nous complétons les autres : le journal de 1802 est presque entièrement inédit ^ ; le voyage à Genève, en 1804, inédit éga- lement ; la partie de 1804 est inconnue pour les trois quarts ^, celle de 1805 l'est pour un quart seulement ; le séjour à Marseille en 1806, qui tient plus de 100 pages, est entièrement inédit, sauf six petites pages ^ ; pour le reste de l'année 1806, nous publions le double environ de l'édition Stryienski. Celui-ci n'a pas connu le journal du séjour à Brunswick (1807-1808), qui contient 1. J'ai dit plus haut que pour 1803 nous n'avons pas de Journal, mais une Filosofia nova qui contient beaucoup de renseignements autobiographiques. 2. Stryienski intercale en revanche dans le texte un certain nombre de passages extraits de la Filosofia nova^ 3. Ed. Stryienski, p. 305-310. JOURNAL DE STENDHAL. C. INTRODUCTIO-X 70 pages environ ; celui de 1809 n'est publié qu'à moitié, celui de 1810 n'a même pas 10 pages sur plus de 150, celui de 1811 (je laisse de côté le voyage d'Italie) 7 pages à peine sur une centaine, celui de 1812 (d'ailleurs très peu important) manque, les 60 pages de celui de 1813 ^ sont réduites à une vingtaine, et celui de 1814 n'est publié qu'à moitié. Pour la partie italienne, au contraire, après M. Paul Arbelet, il ne restait même plus à glaner ; tout au plus le contact intime avec des manuscrits que nous pouvons avoir continuellement sous les yeux nous a permis de compléter ou de corriger certaines lectures, d'ailleurs peu nombreuses ^* 1. Toujours sans tenir compte du voyage en Italie. 2. La bibliographie du Journal a été donnée, très com- plète, jusqu'à 1914, par M. Henri Cordier, op. cit., p. 207- 211 et 227-230. Depuis cette époque, le journal de Stendhal n'a fait l'objet d'aucun ouvrage, sauf la publication, par moi-même, de quelques fragments dans diverses revues. En voici le détail : Deuxième séjour de Stendhal à Paris, 27 août-22 septembre 1804 {Le Divan, mai 1914, p. 153- 164) ; — De Valence à Marseille, 28 juillet-8 août 1805 {La Minerve française, l^r septembre 1919, p. 21-25) ; — Voyage à Gap, 30 mai 1806 ; Voyage à Genève, 30 mars- 4 avril 1804 {Revue critique des Idées et des Livres, 10 mars 1913, p. 517-527) ; — Marseille, 24 décembre 1805-28 jan- vier 1806 {Revue bleue, 30 mai et 6 juin 1914, p. 673-676 et 715-720) ; — Séjour à Brunswick, 17 juin 1807-novembre 1808 {Nouvelle Revue Française, l^r avril 1914, p. 545-593) ; — Ascension au Brocken, juillet 1807 {Revue des Alpes Dau- phinoises, mars-avril 1914, p. 34-36) ; — Voyage en Italie, 25 août-6 novembre 1814 {Gaulois du Dimanche du 27 juin 1920). INTRODUCTION XXXVII J'ai sui\a, pour l'établissement du texte et pour la présentation de cette nouvelle édition, la méthode inaugurée lors de la publication de la Vie de Henri Brulard ; une petite différence, cepen- dant : les notes que Stendhal a semées dans les marges ou au bas des pages ont été publiées avec le texte lui-même, en note. Le lecteur aura de cette manière sous les yeux presque tout le texte de Stendhal, même les réflexions qu'il écrivait au hasard en tête de ses cahiers, et qui se rapportent, en général, directement au journal de sa vie. D'autre part, l'énorme quantité de texte que représente le Journal n'a pas permis de rejeter à la fin de rou\Tage les annexes et les notes. Une pareille méthode aurait rendu la consultation des documents et des notes très difficile, sinon prati- quement impossible. Comme l'ont déjà fait M. Mar- san dans le Rouge et le Noir et M. Prunières dans l'édition de la Vie de Rossini, j'ai ajouté à la fin de chaque volume d'abord les annexes qui accompagnent et complètent le texte, et ensuite les notes qui l' éclairent. Le dernier volume com- prendra la Filosofia noi^a, qui forme, avec ses annexes, un tout complet. Une table alphabé- tique des noms de personnes y sera jointe : plus que dans tout autre ouvrage de Stendhal, cette table est absolument indispensable. Nous avons groupé sous le nom d'annexés un certain nombre de fragments, d'ébauches ou de XXXVIII INTRODUCTION notes, écrits par Stendhal lui-nicnie, et qui éclairent le texte principal, ou le complètent, et lui servent souvent de pièce justificative ; tels ces nombreux fragments de comptes où Henri Beyle fait l'in- ventaire de son portemonnaie et nous décrit, avec preuves à l'appui, l'état de ses finances, trop sou- vent misérables. Nous y trouvons aussi des frag- ments qui, sans doute, portent la marque de Sten- dhal, mais en partie seulement, car ils n'ont pas été composés par lui seul. Le voyage au Havre en 1811 ^ est dans ce cas, ainsi que le voyage à Londres en 1817, et surtout les observations écrites en collaboration avec Louis Crozet. Les deux amis travaillèrent souvent en commun, et parfois se dictaient l'un à l'autre leurs réflexions, de sorte c|u'un texte écrit par Crozet peut être d'Henri Beyle, et réciproquement. Notre premier volume en donne déjà un exemple dans ces « portraits » de personnages connus des deux amis. Je dois enfin à nos souscripteurs une observa- tion préliminaire. J'ai déjà dit que le Journal de Stendhal n'était pas un ouvrage à recommander aux jeunes filles. Comme dans la Vie de Henri Brulard, des mots y blessent des oreilles et des yeux délicats. Bien plus, des passages entiers sont 1. Jean de Mitly en a publié un texte, mais très fautif : il a inséré quelques phrases de Beyle dans une rédaction qui n'est pas de lui [Napoléon (Paris, Revue blanche, 1897) , p. 217-229.) INTRODUCTION XXXIX d'une ordurière pornographie. Je n'ai pas cru pouvoir les incorporer au texte lui-même, et cepen- dant nous devons, en toute honnêteté, une édition in extenso. J'ai donc usé d'un subterfuge : les pas- sages les plus scabreux sont, dans le texte broché, remplacés par des lignes de points ; mais à la fin du volume est encartée une enveloppe dans la- quelle est enfermé le texte intégral, et ce texte a été composé de telle façon que le souscripteur peut, s'il le désire, remplacer, en faisant relier son exem- plaire, le texte expurgé par le texte intégral. L'édition du Journal de Stendhal a d'abord été annoncée comme devant être établie par moi seul. Mes obligations professionnelles — qui ont changé depuis la guerre — ne me laissent plus le temps d'effectuer comme il conviendrait les re- cherches de bibliothèque. J'ai donc prié mon confrère et ami, M. Louis Royer, de m' aider dans cette tâche, et il l'a fait avec une courtoisie dont je lui sais gré ^. Il est bon, cependant, que chacun prenne sa part de responsabilité, puisque nous sommes désormais justiciables de la critique. 1. M. Loiiis Royer n'est d'ailleurs pas un débutant en beylisme. Il a annoté et présenté en 1921 une série de lettres adressée par Henri Beyle à sa sœur Pauline. (Stendhal, Lettres à Pauline (avec le portrait de Beyle par Boilly et ceux de Pauline et Caroline Beyle) édition annotée et présentée par MM. L. Royer et R. de La Tour du Villard. Paris, La Connaissance, 1921, in-18 de 218 pages.) XL INTRODUCTION L'établissement du texte, le choix et la dispo- sition des annexes et de l'appendice Filosofia nova sont mon œuvre personnelle, ainsi que les notes rédigées d'après le manuscrit (description du texte original, particularités d'écriture, variantes, etc.). Les notes ayant un caractère historique et bibliographique sont sorties de la collaboration de MM. Louis Royer et Henry Débraye. Je dois à la vérité de dire que la part de M. Louis Royer est de beaucoup la plus importante, surtout à partir du second volume. Je signale enfin le nom d'un troisième collabo- rateur, mon ami Paul Arbelet. Lorsqu'il s'est agi d'annoter la partie italienne du Journal de Stendhal, je me suis trouvé dans un cruel embarras, car il est impossible de faire mieux que sa belle édition du Journal d'Italie. Et j'étais enfermé dans ce dilemme : ou copier, ou ne rien publier. J'ai copié, je l'avoue ! mais honnêtement, car chacune des notes empruntées au Journal d^ Italie est expressé- ment indiquée ^ Avec sa bonne grâce accoutumée, M. Paul Arbelet m'a autorisé à utiliser à mon gré ses propres notes, et dans la mesure où elles cadrent avec la méthode de concision et de sobriété objec- tives que je me suis imposé. Je n'ai donc pas utilisé toutes les notes de M. Paul Arbelet, et son ouvrage 1. Chacune d'elles porte le nom de M. Arbelet, suivi de la référence bibliographique. INTRODUCTION XL! garde sa part de personnalité, notamment dans les rapprochements qu'il fait du Journal avec les autres œuvres de Stendhal. Je n'ai pas voulu non plus marquer matérielle- ment la différence entre la présente édition et celles de mes devanciers. Ce serait alourdir les volumes, et ne donner en compensation aucun avantage au lecteur. Aussi bien, celui-ci peut facilement se reporter aux volumes de MM. Casimir Stryienski et Paul Arbelet. Et il me paraît suffisant d'avoir indiqué, en général, ce que la présente édition apporte de texte inédit au Journal de Stendhal. Notre récompense est dans la restitution de l'œuvre elle même, et non dans la satisfaction de mon- trer en détail le nombre de lignes nouvelles qu'elle publie. Henry Débraye. 1801 LOMBARDIE * Milan, le 28 germinal an IX-[18 avril 1801]. J'entreprends d'écrire l'histoire de ma vie jour par jour. Je ne sais si j'aurai la force de remplir ce projet, déjà commencé à Paris *. Voilà déjà une faute de français ; il y en aura beaucoup, parce que je prends pour principe de ne me pas gêner et de n'effacer jamais. Si j'en ai le courage, je reprendrai au 2 ventôse, jour de mon départ de Milan, pour aller rejoindre le lieutenant général Michaud * à Vérone. J'ai vu manœuvrer sur le glacis du château la cavalerie et l'artillerie à cheval de la deuxième légion polonaise, venant de l'armée du Rhin pour aller, à ce qu'on dit, s'établir à Florence, à la solde du nouveau grand-duc * ; une trentaine des meil- leurs officiers ont quitté à cause de cela. La cavalerie, en veste bleue, passepoil cramoisi, armée de sabres d'houzards et de lances avec des petits drapeaux JOURNAL DE STENDHAL. 1 2 JOURNAL DE STENDHAL tricolores, a tourné très adroitement et à plusieurs reprises sur elle-même. Les généraux Moncey, Davout et Milhaud, s'y sont rendus en grande tenue. 29 [germinal-19 avril]. Le ministre Petiet * a reçu un courrier extra- ordinaire de Paris, qui lui a annoncé que Paul I*^"* a été trouvé mort dans son lit le 20 mars. On pré- voit que cette mort entraînera de grands change- ments. Je viens du bal de chez Angélique. Gibory * a dit à Ferdinand qu'il avait chassé madame Martin. Je crois y avoir vu monter cette dernière en des- €endant. 10 floréal [-30 avril]. Je suis toujours à Milan. Le 6^ dragons a passé pour se rendre en Piémont, où le lieutenant-général Delmas commande le militaire sous les ordres du général Jourdan, qui a les pouvoirs d'un vice-roi. Il y a eu aujourd'hui, sur la place du château, une grande fête pour la paix. On a posé la pre- mière pierre du foro Bonaparte *. Le soir, feu d'ar- tifice mesquin. Scène lyrique assez ennuyeuse au grand théâtre, et bal, où les femmes honnêtes ont dansé. 11 [floréal-ler mai]. Je pars demain pour Bergame. Martial * va, par ordre de Félix *, à Florence ; Marignier *, à Bologne. 1801 - 2 mai. LOMBARDIE 3 M. Daru a fait un projet d'arrêté très volumineux sur l'organisation de l'armée en temps de paix. Le premier consul en a été content et l'a invité à venir le discuter à Malmaison. On parle beaucoup de guerre. Moreau a reçu l'ordre de rester à son armée, et Augereau de se rendre sur-le-champ à la sienne. L'adjudant commandant Mathys *, qui était venu le 9 de Bergame, pour la fête, y est retourné cet après-midi. Depuis que j'ai cessé de penser à la charmante madame Martin, actuellement Saladini, j'ai beau- coup lu La Harpe. J'ai lu les tomes, I, II, III, IV, Y, VI, VII, VIII de son Lycée. J'ai réfléchi pro- fondément sur l'art dramatique, en relisant les vers de Selmours * ; ils m'ont paru moins mauvais qu'en les faisant. Je veux apprendre à les faire, car il vaudrait bien mieux que les Quiproquos * fussent en vers. Je donne dix-huit l[ires] de Milan au vetturino qui me conduit à Bergame. Je vais de ce pas au petit théâtre, où l'on donne deux pièces traduites du français. 12 [fIoréal-2 mai]. Les Italiens ont trouvé le secret de dénaturer le Légataire universel de Regnard ; je n'ai pas attendu la deuxième pièce et suis allé jouer au loto au café de la Porte-Orientale. La route de Milan à Bergame est superbe et dans le plus beau pays du monde. 4 JOURNAL DE STENDHAL A Canonica, village à vingt milles de Milan et à dix de Bergame, situé sur l'Adda, on a une des plus belles vues possibles. Celle de la haute ville de Bergame est moins jolie et infiniment plus étendue. De la casa Terzi, où est logé le général M[ichaud], on aperçoit très distinctement les Apennins, situés à vingt-cinq lieues de là. On en voit très bien les détails avec une lunette de vingt pouces de Rams- den que le général possède. La vue n'est bornée au nord-est et au sud-ouest que par les montagnes auxquelles B[ergame] est adossée. Il y a ici deux théâtres, l'un très beau dans le Borgo, qui est la partie de la ville située en plaine, l'autre en bois sur la place de la cité. Nous allons chaque soir à celui-ci, qui est très près de chez nous. L'autre en est à demi-heure *. On cite ici madame Nota comme la plus jolie femme de la ville, et véritablement elle n'est point mal ; on lui donne 60.000 l[ires] de rente ; elle a un cai'aliere servente, bel homme, et qui dépense beaucoup pour elle ; elle est par conséquent inat- taquable. Nous pourrions baiser deux comtesses qui logent près de chez nous, mais elles ont vingt- huit ou trente ans, et un air de saleté qui répugne. 19 [floréal-9 mai]. Le général a eu à dîner le citoyen Foy *, chef du 5® régiment d'artillerie légère, adjudant-com- 1801 - 9 mai. LOMBARDIE 5 mandant, commandant la réserve de la gauche composée du bataillon de grenadiers et du 9^ régi- ment de chasseurs à cheval. C'est un jeune mili- taire de petite taille et de la plus grande espérance, plein d'ambition et d'instruction. On est générale- ment jaloux de lui tout en lui rendant justice. D'ailleurs les défauts de ce caractère : l'esprit de contradiction et l'orgueil senti. Il a volé une voiture à Bergame. J'ai pris un maître d'armes, contre-pointe, ser- gent à la 91^ demi-brigade, vers le 18. Je lui donne 12 francs de France par mois. J'ai eu bien vite lu le 7^ v[olume] des œuv[res] de Voltaire, le 21^ des Mém[oires] secrets de la République des Lett[res], la Description du Palais- Royal et la Cabane mystérieuse *, que j'avais apportés de Milan. Je me suis beaucoup ennuyé, faute de livres. Le patron nous a prêté le V[oyage] en It[alie] de l'abbé Coyer *. Pauvre ouvrage. Je lis quelques Mercures britanniques de Mallet du Pan *. Le 21, on a donné ici V Açwnturiere notturno * de Federici, pièce faisable en français ; elle n'existe ici que dans // teatro moderno applaudito, collection de 40 à 45 v[olumes]. S'il n'a pas été déjà donné en France, on peut en faire un joli semi-drame. Le 22, le général a donné à déjeuner à l'adjudant- commandant Delord *, employé près le général Moncey, qu'il tutoie. Le général Moncey n'a pas encore quarante-cinq ans. Dalbon et Combe ont JOURNAL DE STENDHAL. 1. Q JOURNAL DE STENDHAL volé 100.000 écus. Delord est un homme très aimable, le vrai ton. Il est venu ici voir madame . . . , sa maîtresse, avec laquelle il était depuis trois mois. On dit qu'elle lui a fait dépenser 200 louis. Il est toujours vêtu en bourgeois. Le général Franceschi, qui a quitté l'état-major depuis une dizaine de jours, est un lâche. Il a gagné, à ce qu'on dit, deux ou trois millions \ soit par ses basses exactions, soit par ce que lui ren- daient quatre-vingts ou cent commandants de place corses *, qu'il avait placés, et qui volaient à qui mieux mieux. 23 [floréal-13 mai]. Alpy, Farine et Picoteau * sont venus voir le général M[ichaud]. Ils sont arrivés à sept heures et nous ont rencontrés comme nous allions nous promener sur la route de Brescia, qui est très maré- cageuse. J'ai eu la fièvre le soir. Le général Suchet s'absente par congé ; le général Loison le remplace par intérim. Il n'y a plus de lieutenants-généraux. Le général Oudinot va aller à Paris pour, conjointement avec les géné- raux Dessole et Andréossi, former la liste des adju- dants-commandants qui devront être conservés. 1. On réduit cela à 500.000 écus. Il était excellent tra- vailleur au Bureau. Les gribouillages du général Charpen- tier * le font regretter à cet égard. 1801 - 14 mai. LOMBARDIE 7 24 [floréal-14 mai]. Nous sommes restés ensemble. 25 [floréal-15 mai]. Ils sont partis environ les deux heures. Alpy pleurait ; le général était très ému. Le général inquiet de la cause de son départ. Alpy a répondu : la présence de Durzy. J'espère qu'une fois qu'il sera capitaine, si un officier d'artillerie peut être aide de camp, le général éloignera Durzy, et prendra Alpy. Le général a dit à Alpy : « J'aime beaucoup ce petit Beyle, il est plein d'esprit. Je désire beau- coup qu'il reçoive sa commission d'aide de camp ; mais il est trop franc et trop tranchant. » Alpy m'a laissé sa jument pour 100 écus. Je lui ai payé 183 l[ires] avec mes appointements de vendémiaire et de germinal. Je lui ai fait un billet des 127 (sic) restantes, qu'il a accepté avec peine. Il me reste environ 90 l[ires]. 27 [floréal-17 mai]. Une prise de kina a diminué beaucoup mon accès. Les comédiens ont donné aujourd'hui la Preven- tione paternella *. Un prêtre suppose tous les crimes à son frère ; un général, dont le premier devait épouser la fille, se croyant trompé, le fait condamner à mort. Le méchant est découvert et tout finit. 3 JOURNAL DE STENDHAL Le bataillon de grenadiers commandé par le capitaine de la 102^ va à Monza. Foy prend le com- mandement de la place. Le général Bourdois * et sa femme ont dîné à la maison. 28 [floréal-18 mai]. Le bataillon de grenadiers est allé à Monza pour être à portée de la maison de campagne du général Moncey * qui en est à trois milles. Foy prend le commandement de Bergame ; il a une inflammation à un testicule. Il n'y a plus de lieutenants-généraux. J'ai eu un accès de fièvre très fort cette nuit ; j'ai envie de demander au général la permission d'aller passer un jour à Milan, pour consulter M. Gonel. On a joué hier soir ici Epicharide e Nerone *, assez bonne tragédie. 29 [floréal-19 mai]. On a joué ce soir Zelinda e Lindoro, excellente comédie de Goldoni ; on pourrait en tirer une bonne pièce française. 30 [floréal-20 mai]. Mon domestique est arrivé de Milan avec mes deux chevaux. Ne pourrait-on pas faire une pièce intitulée : La soldatomanie ou La manie du mili- taire ? 1801 - 21 mai LOMBARDIE 9 ler prairial [-21 mai]. Ma fièvre quotidienne continuant toujours, je suis allé à Milan pour consulter M. Gonel. Je suis parti le 1^^ prairial, à cheval, et suis revenu de même le 5. On joue à Milan II podestà di Chioggia*, opéra mis en musique par Ferdinando Orlandi, jeune [homme] * de Parme, âgé de vingt-deux ans, élève de Cimarosa. Le directeur de la Scala lui a donné soixante ou soixante-dix sequins *. On trouve la musique de cet opéra, qui est son premier ouvrage, assez bonne. Je la trouve inférieure à celle délie Donne Cambiale *, et del Ciabattino *, qu'on donnait auparavant. Il y a cependant, dans le premier acte, une belle phrase musicale, et, dans le second, une scène dans laquelle le Podestà est déguisé en pêcheur, et dont la musique est charmante. L'inspecteur Félix * continue à donner des preuves de la petitesse de son esprit. Il a écrit une lettre inconvenante à Marignier qui lui a rivé son clou. Mesdames Petiet et Dumorey * sont revenues le 3 du lac de Garde. Parmi une foule de plaisanteries graveleuses qui ont amusé ces dames et leurs filles, Mazeau*, qu'on était allé vexer dans son lit, a quitté sa chemise, et, prenant un flambeau, est venu les voir en cet état. Les filles étaient présentes et acceptantes. Sommariva *, qui en était, a fait tout le long la cour à madame Dumorey. Je ne sais s'il 10 JOURNAL DE STENDHAL l'a foutue, suivant le conseil que Mazeau lui en donnait devant elle. Martial fait la cour à madame Monti * dont il est enchanté ; il était déjà très avancé lorsque je suis parti. Ils sont converxus avec madame Lavalette * que, puisque l'amour était éteint, il fallait que l'amitié lui succédât. Il y a trois ou quatre ans que cela durait. J'ai rapporté de chez Giegler * le Siècle de Louis XV, œuvre posthume de l'abbé Arnoux Laffrey *, 2 volumes in-8, et les trois premiers volumes de V Histoire des Russes par Lévesque *. 7 rprairial-27 mai]. J'ai pris vingt-cinq g[rains] * d'ipécacuana et 1 de tartre stibié qui n'ont pu me faire vomir qu'une fois et faiblement. Je lis les Campagnes de César critiquées, mal à mon avis, par Davon, justifiées et traduites par Vaudrecourt. Le libraire Antoine, sur la place de la haute ville, m'a loué le premier volume des comédies de Goldoni dans lequel se trouve Gli amori di Zelinda et (sic) Lindoro. Ce volume con- tient quatre comédies : il Teatro comico, La Pamela nubile, La Pamela maritata et Gli amori di Zelinda et Lindoro. 10 [prairial-30 mai]. J*ai pris une médecine de tamarin, casse et séné que j'ai vomie. 1801 - 3 juin. LOMBARDIE H Durzy m'a donné 109 l[ires] 10 de M[ilan] pour le remboursement de mes fourrages de seize jours. 14 [prairial-3 juin]. Toujours la fièvre tous les soirs. Clarac, qui n'attend que les ordres du ministre pour aller à l'armée de Portugal, nous a dit tenir d'un médecin de Milan qu'il ne resterait dans le territoire actuel de l'armée d'Italie que deux divisions, dont le commandement resterait au général Moncey. 15 [prairial-4 juin]. Martial m'a envoyé la lettre que mon colonel Le Baron* lui avait écrite, avec l'ordre pour moi de rejoindre, qui y était joint. J'ai répondu à Martial en le priant d'écrire à M. D[aru], et j'ai écrit au c[olonel] Le Baron que je joindrais le régiment à Savigliano en Piémont, dès que ma maladie me le permettrait. Les deux pièces signées Le Baron sont ci-jointes. La manière dont elles sont conçues m'a accablé un instant. Je n'ai point de conseil, point d'ami, je suis affaibli par la longueur de la fièvre ; je me suis cependant déterminé, persuadé qu'à force d'audace et de persévérance je parviendrai à être aide de camp du général Michaud. Alors je ne devrai ce succès, comme tous les autres, uniquement qu'à moi-même. 12 JOURNAL DE STENDHAL Je me suis déterminé à prendre demain unfr médecine semblable à celle que j'ai vomie il y a six jours. 17 [prairial-6 juin]. La médecine a assez bien réussi ; il me semble d'avoir moins de fièvre. Je me suis fait entièrement raser. Je recommence à prendre des leçons de contre- pointe demain. J'ai écrit hier une courte lettre à M. D[aru]. J'en suis à la moitié de la traduction des A [mours] de Zélinde et Lindor *. 18 [praiiial-7 juin]. Après ma leçon d'armes, j'ai entièrement tourné la chaîne de collines contre laquelle Bergame est plaqué. Le pays est superbe et a des aspects enchan- teurs. J'ai fait de neuf à dix milles en trois heures environ, toujours au pas. 20 [praJriaI-9 juin]. Je prends chaque jour depuis hier deux drag[ées] de quina. La fièvre dure toujours, quoique faible. J'ai commencé aujourd'hui à recevoir des leçons de clarinette du chef de la musique de la 91^. Il me paraît faible. Le général Moncey a ordonné, par une lettre écrite de sa main, à l'adjudant- commandant Foy de se rendre en poste à Milan et de remettre le commandement de la l'Iace de Bergame à Goury, chef de la 91^. 1801 - 12 juin. LOMBARDIE X3 23 [prairial- 12 juin]. A une heure du matin, fini la traduction de Zélinde et de (sic) Lindor. La fièvre continuant toujours, quoique faible, j'si le projet de me purger demain. J'ai renvoyé mon maître de clarinette de la 91®, qui ne valait rien. L'armée d'Italie n'existe plus. Les troupes sta- tionnées dans la Cisalpine seront commandées par un lieutenant-général, six généraux de division, douze généraux de brigade. Ces troupes consiste- ront en seize demi-brigades, douze régiments de cavalerie, un régiment d'artillerie à pied, deux à cheval, etc., etc. Les généraux sont au choix du général Moncey. On a joué un excellent drame de Kotzebue intitulé : les Deux frères gémeaux ou le Médecin con- ciliateur * : mœurs douces, morale pure, sentiments près de la nature, à la Gesner. et suivis d'une manière serrée. Le libraire Antoine n'a pas voulu me prêter le deuxième volume de Goldoni ; l'abbé Raggi m'a prêté Siroe et Catone in Utica *, deux opéras de Métastase. 24 [prairial-13 juin]. Je me suis purgé. Recommencé le quina le 25. 14 JOURNAL DE STENDHAL 26 [prairial-lS juin]. Acheté Milord 15 l[ires] de Milan. Foy commande Milan. Le quartier général de l'armée est à Cré- mone. 27 et 28 [prairial-16 et 17 juin]. J'ai fait avec le général M [i chaud] de grandes promenades à cheval. Le pays de Bergame est vrai- ment le plus joli que j'ai jamais vu. Les bois dans les collines derrière B[ergame] sont tout ce qu'on peut imaginer de délicieux. Ils sont presque tous disposés en chasses, avec la cabane de chasseur. Le 5 floréal, on a donné au Théâtre-Français Phédor et Waldamir, tragédie en cinq actes, de Ducis, aussi froide que le climat dans lequel se passe l'action et qui l'est à tel point qu'il conduit l'héroïne aux portes de la mort. Cette tragédie est tombée en cinq actes et est tombée en trois. On a remarqué quelques descriptions. Le 4 floréal, au théâtre Louvois, les artistes de l'Odéon réunis donnèrent la Voisine, jolie comédie de Picard en cinq actes et en prose. Il l'a remise en quatre actes * et elle jouit d'un grand succès, quoique presque sans intérêt. Il paraît une Histoire de la Résolution en 2 vol. in-8°, par Toulongeon *, membre de l'Institut. Il paraît qu' Atala, roman chrétien de Chateau- briand, critiqué par André Morellet, est enfin mis 1801 - IS juin. LOMBARDIE J[5 à sa place d'ou\Tage extraordinaire, mais médiocre. Je ne l'ai pas lu *. J'ai vu annoncée la 7^ représentation de Persée, tragédie de Mazoyer *. Le 29, Durzy m'a remis 132 l[iresj de M[ilan] pour mes rations de fourrage du 10 au 30 prairial. 28. — Le général Brunet * est venu voir le général M[ichaudj avec son aide de camp. Il est le cousin de Thuillier. C'est un voleur, vain, bête, et bavard ; son aide de camp est un bavard sans sentiment des convenances et qui doit avoir la vérole ; Mathys leur a donné à dîner. 29 au soir [18 juin]. Conversation jusqu'à deux heures du matin, en revenant du 5o72ge de Mercier *. Paris, qui est tou- jours employé à Vérone, est venu voir le général en y retournant. Nous étions à table à minuit et demi, lorsque Joufîroy, accompagné par un officier du 9^, est venu dire adieu au général. Le général Moncey, mettant à exécution une lettre qu'il a reçue du ministre Berthier sur une prétendue conspiration, a ordonné à un chef d'escadron et à un capitaine du 9^ de conduire Joufîroy au château de Milan, d'où il ira sans doute à Fenestrelle, lieu désigné par le ministre. Il paraît qu'il y a eu deux conspira- tions ou projets de conspirations. Le second ayant pour chef un nommé Salvadori *, médecin de Rove- redo, homme d'esprit, fournisseur du corps de 1(3 JOURNAL DE STENDHAL troupes de Turreau en Piémont. Il y a environ neuf mois, ce Salvadori fit une liste des gens sur lesquels il croyait pouvoir compter, et cela sans leur parler, sans même les connaître. Sur cette liste étaient le général Mi [chaud ?], Paris, Miollis, Watrin, Meunier, etc., etc. Cet homme, travaillé par Pierre Hulin *, porta la hêtise, ou l'infamie, jus- qu'à lui livrer cette liste, qu' Hulin se hâta d'en- voyer à Paris. Elle revint adressée au général Brune, qui voulut faire arrêter Salvadori, qui lui dit que le général Brune y était aussi. Cette lettre de Paris arriva au général Brune le même jour que le général M[ichaud], qui comman- dait la réserve à Milan *, donna un grand dîner. Brune, Oudinot et Petiet n'y assistèrent point. Vers le même temps on eut à nommer une com- mission pour juger les différends entre Français et Cisalpins pour les effets que les premiers avaient laissés en dépôt lors de la retraite de l'an VII. Brune nommait trois membres et le gouvernement cisalpin les deux autres. Le gouvernement avait nommé Paris à l'unanimité lorsque M. Petiet tira la liste de sa poche et dit que, quoique Paris eût toutes les qualités requises, le gouvernement fran- çais verrait peut-être avec peine qu'on employât un homme entaché de conspiration. Bondurand fut nommé à sa place. Paris tient ce fait de Visconti. Il y a peu de jours qu'il est arrivé de Paris l'ordre au général Moncey de faire arrêter Fèvre, Joufîroy 1801 - 20 juin. LOMBARDIE j^y et jusqu'à la concurrence de cinquante personnes, s'il le croit nécessaire. Il a d'abord suspendu l'ordre à l'égard de Joufîroy, son compatriote, et l'a enfin mis à exécution aujourd'hui 29 prairial. l^"" [messidor-20 juin]. Le général M[ichaud] reçoit l'ordre de prendre le commandement des trois départements del Serio, délia Mella et del Lario, formant la 3^ division des troupes stationnées en Cisalpine, quartier général à Brescia. Le général Moncey a conservé provisoire- ment les généraux de division Ambert, Davout, Miollis, Gazan, Alichaud, Debelle, Morand, dix-huit adjudants-commandants, et tous les généraux de brigade employés jusqu'à ce jour. La République Cisalpine vient d'être divisée en onze départements * au lieu de vingt. Par l'arrêté du 12 prairial IX, l'armée Cisalpine sera entretenue de toutes manières par la Répu- blique Cisalpine. 2 [messidor-21 juin]. Durzy et Mathys sont partis de bon matin pour Brescia. Alpy arrivé à Paris a vu l'impossibilité d'être capitaine ; il a été délaissé par Aubry et tous les officiers de son arme qui lui avaient fait de si belles promesses ici. Il est sous-directeur à Lorient, où il a des projets de mariage. JOURNAL DE STENDHAL. 'Z 18 JOURNAL DE STENDHAL En Angleterre, Shakespeare, tragique, Congreve, Johnson, Dryden, comiques. En Hollande, Vondel, tragique, Enée et Turnus, tragédie de Rotgam. Plusieurs tragédies sans cou- leur par Catherine L'Escaille. En Italie, Sophonisbe de Trissin représentée par- ordre de Léon X. Mafïei, tragique et comique. Apos- tolo Zeno. Metastasio. Antonio Conti. Faustini. Minato. Jérôme Roberti. Mathieu Norio. Minelli. Silvani. Pasquaglio. Pariati (morts depuis peu). Albergati. Capacelli. Goldoni. Chiari. Malavotti. Jules Strozzi. Le Tasse. Arioste. Louis Dolce. Ma- chiavel. (Naples et les Deux-Siciles :) Buini. Zani- boni. Stampiglia. Varano, tragique. Smeducci. Salvi. Ruccellai. 3 [messidor-22 juin]. Quitté mon maître d'armes et de clarinette, payé cinq [lires] huit [sous] au premier et quatorze l[ires] au second. Gênes : Frugoni. Furconi. J. A. Spinola. Espagne : Solis. Miguel de Cervantes. Cuega, Virne, très médiocres. Fernand Perez d'Oliva. An- toine Silva. Lopez de Zarath. Cota. Lopez de Renda. Navarro. Barbadillo, le Térence des Espagnols. Lopez de Vega a fait 1.800 comédies et 400 actes sacramentaux. Galderon de la Barca, auteur de l'ex- cellente comédie la Maison à deux portes. Murato 1801 - 2 juillet. LOMBARDIE {C) ■de Salazar. François de Roxas. Molina. Velès. Hurtado Mendoza. Portugal : Camoëns. Sa de Miranda. Bernarda Ferreira de La Cerda. Rodriguez. François Lobo, auteur d'Euphrosine. Tous ces noms sont extraits des Discours de Dalbon *, ouvrage très médiocre. Après beaucoup d'hésitations, causées parce parce que j'en ai besoin. 1802 - 11 nov. PARIS 47 Cheminade est ici *. F. Faure et Dufay arriveront ce soir. Cardon est ici depuis quinze jours. Je cherche Laroche. Colomb est à Lyon. Bigillion s'est marié il y a une quinzaine de jours. M. Daru, qui s'est marié il y a trois mois *, est ici, de retour de la cam- pagne de son beau-père, où il a passé deux mois, F'^ Join ville est à Rouen, adjoint de l'ordonnateur La Saussaye. Marignier est inspecteur. Le général Michaud est ici, de retour de Chaux-Neuve, je compte le voir bientôt. Martial est ici sous-inspecteur de la cavalerie de la l'"® division. Joinville * est sous- inspecteur à Milan. Jacquinet est ici, secrétaire du secrétaire de la guerre Sarthelon ; il est adjoint- commissaire des guerres. Dejean est ici * avec son père, administrateur général de la guerre. Il s'est marié il y a trois mois à la sœur de sa belle-mère, mademoiselle ... * Il est capitaine. Mon régiment est toujours à Savigliano. Le beau Montandry et le général Debelle sont morts le même jour, le premier à Courbevoie et le deuxième à Saint-Domingue *. Alexandre Petiet est parti il y a huit jours avec le général Brune pour Constantinople. Auguste P[etiet] est à son régiment, le 10^ hussards. M, D[aruj est tribun depuis la dernière nomination. Le général Michaud, inspec- teur général de l'infanterie. Jobert a obtenu un sabre d'honneur, qu'il méritait si bien ; il est ici depuis dix-huit jours et repart demain. 48 JOURNAL DE STENDHAL J'explique Hamlet de Shakespeare. M^*^ Duchesnois * a terminé ses débuts, avant- hier, par le rôle de Phèdre. Guérin * a exposé son superbe tableau de Phèdre et Hippolyte le 4 brumaire an XI. On va jouer Isule *, tragédie nouvelle de L_ Lemercier. Mante est ici, apprenant la banque chez MM. Pé- rier, et C. p. 1. p. d. M. d. l'I. Plana est en Italie et reviendra bientôt. Mallein à Grenoble, dans l'enre- gistrement. 1802 PARIS JOURNAL COMMENCE LE 6 FRUCTIDOR x[-24 AOUT 1802] 6 [fructidor-24 août]. Grand déjeuner. Elle me dit à 2 heures, dans l'embrasure de la fenêtre du salon, qu'elle aime C[ardon] depuis longtemps. Elle me fait observer la manière dont elle a de ses nouvelles par moi. Je lui demande son amitié. 7 [fructidor-25 août'. Je réponds à C. Histoire de Fanny Delamy, son évanouissement. Je vais chez Madame R[ebufTet] à 7 heures, j'y trouve M™^ Le Brun et M. et M^^ Mure. Ils nous quittent à 9 heures. J'y reste jusqu'à 11 heures et quart. J'ai un air fort triste. Je déve- loppe mon caractère violent. J'ai pendant la der- nière heure une conversation à double entente avec A[dèle]et M™^ R[ebuffet]. Celle-ci me donne rendez- vous le lendemain à une heure et demie. J'écris à JOURNAL DE STENDHAL. 4 50 JOURNAL DE STENDHAL A[dèle] sur un des volumes de FI. : Brama assai^^ poco spera, nulla chiede *. 8 [fructidor-26 août]. Trois fois, et mouchant la chandelle, je rencontre A[dèle]. En sortant, à 3 heures trois quarts, je l'embrasse. 9 [fructidor-27 août]. Je vois IVI'^^ R[ebuffet] le soir à 7 heures. J'y trouve M. R[ebuffet] qui me reçoit avec la plus grande bonté. Il sort, je f. R. Adèle revient à 11 heures du soir. Elle me traite avec l'indifférence la plus naturelle. 10 fructidor-28 août]. J'y vais à une heure et quart, j'en sors à deux. Je suis en uniforme. J'y trouve Adèle. Plaisanterie sur les cheveux de l'oncle Joachim ; de sa part, sur le bouc que le Revenant a porté dans sa chambre. J'y vais ce soir à 6 heures, pour la promenade. Nous allons au bois de Boulogne par un temps charmant. Je reviens. Adèle me traite avec une charmante familiarité, tout en me disant qu'elle pense à Arras. Je crois que M"^^ R[ebuffet] a conçu quelques soupçons et lui a défendu de se laisser- embrasser. [11 fructidor-29 août]. Dimanche. Elles doivent aller chez M. Guastalla. Je vais avec F. à Versailles. Charmant feu d'arti- 1802 - 30 août. PARIS 51 fice, tiré à la tour de Marlborough. Petit Trianon, jardin délicieux. 12 [fructidor-30 août]. J'ai un tête-à-tête de deux heures avec M. R[e- bufîet]. Je vois un instant A[dèle]. Je suis assez gai. Elle me dit qu'elle ne veut plus lire de romans. Je suis persuadé que sa mère a conçu quelques soupçons. 13 [fructidor-31 août]. Je ne vais pas les voir. 14 [fructidor-1^' septembre]. Je ne les vois pas. 15 [rructidor-2 septembre]. J'y vais à 7 heures. Je reçois une lettre de Cardon. J'y réponds. Samedi [4 septembre]. J'y vais. 21 [fructidor-8 septembre]. J'y vais le matin. Je joue la grande froideur. Le soir, j'y trouve M. et M°^® Mure. Tendre intérêt. Elle me dit qu'elle fait des romans, que je plais à ^me R[ebufFet]. Je vais avec celle-ci à Frascati, où je demeure jusqu'à minuit. 22 [fructidor-9 septembre]. J'ai un rendez-vous à sept heures du soir. 52 JOURNAL DE STENDHAL 23 [fructidor-10 septembre]. Je joue la grande indifférence. A[dèlt'] me fait mille agaceries, dont je me moque. 24 [fructidoi-13 septembre]. A[dèle] me traite comme quand je croyais qu'elle m'aimait. 27 [fructidof-14 septembre]. Je lui dis ce que je pense : qu'elle joue toujours la comédie. Elle me promet de me dire la vérité. Je sors un instant avec IVI"^^ R[ebuffet], nous la trouvons presque endormie en revenant, elle nous dit qu'elle vient de passer la demi-heure la plus heureuse de sa vie. 28 [fructidor-15 septembre]. Elle dîne chez Isidore. Je vais à huit heures chez la mère. Histoire de Fanny. A[dèle] revient à dix heures et demie. Elle me serre la main. Je lui repro- che son goût pour la campagne. 29 [fructidor-16 septembre]. Rien de décisif de sa part. Elle ne me serre pas la main, elle me prend au collet en sortant pour me faire promettre d'apporter mon paysage. Elles doivent partir demain pour la campagne, où elles resteront jusqu'à mercredi. „^ ^ *--5- -*'»^*-^ ^ tii^è^ .^^jt-^^ ^*«*.*"**fc««— y^^ 3CJiii_.'.,>^J^ I, IX RIÏLIiK IIK l^M-.' A/./. .W«». .%• <:r,„M,. ...... /( 302. 1804 GENÈVE Journal du voyage entrepris par Alexandre Mallein, Alphonse Périer, Félix Penet et Henri Beyle de Grenoble a Genève, et du voyage de ce dernier de Genève a Paris. [9 germinal XII-30 mars 1804.] — Beau temps. Alph[onse] * va déjeuner chez MM. Cazenove, de là fait des commissions. Je vais me promener dans les rues basses *. J'arrive au bord du lac, j'admire la beauté de la vue. L'air est très pur, le coteau de Cologny est éclairé par le soleil, une légère brise agite le lac. La pureté et la fraîcheur frappent tous mes sens. Nous allons ensemble au café Français, nous y lisons les journaux, correspondance de Drake. Alph[onse] va déjeuner chez M. Cazenove. Je déjeune et viens écrire à Edouard *. Nous partons à 10 heures et demie pour aller à la fabrique d'in- JOL'RNAL DE STENDHAL. 4. 54 JOURNAL DE STENDHAL diennes de Petit et nous sortons par la porte de Rive *, le lac à gauche ; nous le côtoyons longtemps, nous croyons voir Coppet sur la rive opposée, nous dépassons la fabrique Petit et nous y revenons. Nous trouvons M. Arnold le cadet * occupé à dessiner, sa femme à étendre la lessive ; mise simplement, elle nous fait des excuses et court s'habiller pendant que nous examinons l'appartement de M. Arnold et la fabrique. L'appartement, petit, mais très propre. M. Arnold me propose de porter au ministre de l'Intérieur un plan en relief de Bologne ; ce plan a 9 pouces de long ; il est construit sur une glace, avec de la pâte de carton et de la peluche. Il a demeuré six mois à le faire. Nous voyons la fabrique, un étendage bâti en planches disposées comme les planchettes des persiennes ; il y fait très frais ; les toiles que nous y voyons sont de Suisse, de coton, assez grossières. Nous voyons imprimer des réserves, nous voyons les moules qui servent à imprimer : les fleurs sont en bois, le pointillé en cuivre ; un moule ordinaire revient à 24 livres et fait 60 à 80 pièces. Nous voyons à l'étendage des pièces teintes en bleu ; en les frottant un peu, les réserves paraissent blanches. M. A[rnold] nous fait voir un moulin à indigo par lequel un enfant de 17 ans fait quatre fois autant d'ouvrage qu'un homme ; à côté, nous voyons l'ancien procédé, par lequel un homme ne fait mou- voir qu'un moule. 1804 - 30 mars. GENÈVE 55 Nous venons à la maison en voyant un petit port qu'il commence. Il va se promener souvent sur le lac pendant l'été et pêche beaucoup. Nous revenons, nous trouvons sa femme dans sa chambrv-, qui est très petite. Elle est mise simplement, mais avec goût : marmotte et des mèches huilées sur les tempes. Elle est très grande, assez jolie, gaie et franche. Elle était veuve lorsque M. A[rnold] l'épousa ; elle est de Genève et lui de Mulhouse. Elle a un enfant de son premier mari, l'enfant se nomme Jones. Elle en a un de sept mois, en nourrice, du deuxième. On parle de la ridiculité (sic) de M. Philis, directeur des Postes, oncle de M^^® Philis. A côté d'une Genevoise, il ne cessa pas de dire du mal des Genevois ; dînant chez M^^^ R[olandeau], il ne parla que de la mauvaise qualité du vin de Bor[deaux] qu'elle buvait. Il offrit du vin, elle accepta, il n'alla pas en chercher. Tout cela s'était passé le 8, à un dîner que \P*^ Rolandeau donna à M. et M™e Arnold, à Alph[onsej et à M. PhiUs. Nous décidons Périer, qui voulait partir le 10, à rester encore le dimanche à Genève. M. Arnold invitera M^^^ Rol[andeau] chez lui, à la campagne ; nous y serons, Al[phonse] et moi, nous ferons après dîner une promenade sur le lac ; nous nous amuserons. Périer reste. M'^^^ Ar[nold] nous dit que, s'amusant tout le jour, elle ne pourra pas faire ses dévotions ; elle nous dit qu'elle a trois dimanches pour les faire, et qu'elle les renverra à 56 JOURNAL DE STENDHAL celui d'après Pâques. Ce détail, plein de franchise et de bonhomie, m'enchante ; il ne serait pas échappé à une Française : nous avons tous plus ou moins la manie de clouer de l'esprit à nos moindres propos ; ce n'est pas le moyen d'intéresser. L'art d'écrire un journal est d'y conserver le dramatique de la vie ; ce qui en éloigne, c'est qu'on veut juger en racontant. Elle nous dit aussi que, la veille, étant à côté de M. Philis, elle lui avait donné des coups de poing, qu'elle désirait qu'il s'en allât. Une Française, à sa place, aurait fait de l'esprit sur la sottise de ce M. Phihs. M. Arnold le cadet n'a pas la gaieté de l'aîné, mais il nous montre beaucoup de bienveillance, à l'allemande. Il a le ton très commun. Il est dessina- teur avec inspection sur les graveurs ; la position de sa fabrique est peut-être une des plus jolies du monde : Genève, à gauche, en amphithéâtre ; en face, le côté de... *, à trois quarts de lieue à droite. Je lac jusqu'à Rolle, qu'on voit par un temps serein. ^me Ar[nold] paraît désirer Yizille comme je désirais les Echelles dans mon enfance. Nous revenons dîner aux Balances *, à la table d'hôte ; nous y trouvons le secrétaire et la femme de chambre de la comtesse de Frise, l'artiste Jaquet, 1804 - 31 mars. GENÈVE 57 amené par le secrétaire, l'hôte de Chamouny et l'ingénieur ordinaire d'Evian. 10 germinal XII[-31 mars 1804]. — Pluie. Nous nous levons à 7 heures et demie. A 8^ MM. Cazenove arrivent ; ils parlent anglais avec P.... et italien avec moi. Le cadet, le plus petit, a plus de moyens que l'aîné. Ils sont à G[enève] prisonniers ; si on ne les avait pas retenus, ils seraient en Italie. Ils ont trois maîtres, un d'italien, un d'escrime ; l'aîné apprend l'allemand. Ils sortent à 9 heures, après un déjeuner de café, de beurre et de thé. Ils vont tous les soirs dans le monde, et sont très aimés dans ce pays, patrie de leur père. Nous sommes allés, après nous être un peu chauffés, chez M^^^^ Coladon, marchandes de mode, qui vendent aussi du thé ; de là, chez MM. Roger et Tinguy, apothicaires, rue basse ; de là, chez nous, hôtel des Balances. 11 germinal an XII[-l«r avril 1804]. Périer et moi nous allons à la Fusterie *; de là, à Saint-Pierre *. Les prédicateurs, très médiocres. Celui de Saint-Pierre cite Jean- Jacques de cette manière : « Un écrivain célèbre qui... dit : Si la vie et la mort de Socrate sont d'un sage, la vie ...*), etc. Nous voyons communier. 58 JOURNAL DE STENDHAL Nous allons à midi et demi chez M. Arnold, Nous voyons le plan de Bologne, Enfin M^^^ Ro- landeau arrive, nous sommes à dîner : M'"^ Arnold, M"e R[olandeau], M^^ Petit, sa femme de com- pagnie, M«ie T., belle-sœur de M"ie Arnold, MM. Ar- nold, Rivière, amant, dit-on, de M™^ Petit, Cave, maître d'armes, qui m'invite à le revoir, T,, frère de M™® Arnold, et son père. On dîne. Froid, jusqu'aux rébus. On va sur le lac, à la promenade, on se mouille, on rentre en courant. On valse, Périer part, on joue au vingt et un, je gagne un louis. On revient à 8 heures dans la voiture de M^^® Rolandeau. Je m'amuse beaucoup, je plais à M"^^ A[rnold], j'étais très bien, à un petit mal de tête près. J'écris jusqu'à ce que je me couche, à 10 heures, 12 [germinal an XI 1-2 avril 1804]. Je vais à la Municipalité *. J'achète des bouquins pour 29 sous de France, Je pars à.,, pour Lyon. De G[enève] à P[aris], en 5 jours et demi, pour 3 louis et demi. [Sans date.] Je pars de Genève le 12 germinal XII, à midi et demi. J'ai pour compagnons un lieutenant de la 56^, bon militaire, et un jeune marchand drapier voyageur (à l'en croire) ; il paraît qu'il sait l'anglais et l'italien. Délia stessa sciochezza * que le grand du 1804 - 3 avril. GENÈVE 59 manège de Pélier, parlant sans cesse de ses bonnes fortunes. Le conducteur courrier, homme d'esprit, ancien maréchal des logis d'artillerie à cheval. Nous passons au fort l'Ecluse, à côté de la perte du Rhône que nous n'allons pas voir. Nous soupons à Nantua. Un volume de la Noiwelle Héloïse trouvé sur une étagère. Nous nous arrêtons de 3 à 5 à Serlon, après avoir fait la descente à pied. Nous y prenons une dame laide et âgée et nous arrivons à Lyon vers les 5 heures, le 13 germinal XIL Belle vue de Lyon, le quai Saint-Clair. L'architecture n'est point aussi belle qu'à Genève. A Lyon, on voit des maisons souvent bizarres, à Genève des palais. Je suis frappé de la laideur des femmes, de leur mauvais teint, de leur affectation. Mon cœur était accoutumé à la franchise genevoise. Je trouve aux Lyonnaises le pied petit. Je revois Colomb, assez belle figure, grimacier. Il a lu les poètes, Rousseau. Quantum mutatus ah illo ! En tout, homme d'esprit, mais mauvais ton. Il ne me montre aucune sensi- bilité. Le 14, à 4 heures du matin, je pars par un cabriolet de Gouge qui m'est procuré par la maison Soland, qui, à Genève, m'avait promis une diligence pas- sant par la Bourgogne. J'ai mal fait, à Genève, de tout solder. Les places se marchandent partout. 1804 PARIS Journal de mon troisième voyage a Paris 18 germinal [-8 avril 1804]. J'arrive, par un temps beau, mais assez froid, au coucher du soleil, à six heures et demie, le dimanche 18 germinal an XII. Je me sépare de mes compagnons de voyage, Ailloud et Berthemot, et viens débarquer chez M. Paquin avec M. Salmond, homme profondément sensible et très instruit. Nous allons aux Français, où nous voyons, de la galerie des troisièmes loges, le Vieux Célibataire et le Mariage secret *, pièce détestable. J'y vois Mante *. 19 germinal [-9 avril]. Je me trouve plus raisonnable qu'à mon der- nier séjour et, par conséquent, je serai plus heureux ; 62 JOURNAL DE STENDHAL je dois cela à l'expérience acquise à Grenoble, où j'ai vu l'homme dans l'homme et non plus dans les livres ; ma distraction 0/ heart and under standing * me sera utile, même as a Bard *. Visite du bon père Jeky *. Je vais deux fois chez Crozet *. Je vais au Musée avec M. Salmond, dîner chez Muron, de là sur le boulevard et enfin à Aga- memnon * et Sganarelle. Je ne suis point content de Talma et de M^^^ Duchesnois. Ma distinction (l'âme et l'esprit) me fait voir dans ces deux pièces bien des choses que je n'y aurais pas vues. Je pourrai bientôt résoudre cette question : Qu'est-ce que la plaisanterie ? M. S[almond], dont le jugement est d'un grand poids pour moi, juge, ainsi que moi, que Cassandre fait un bon effet dans Agamemnon ; à la lecture, séduit peut-être par les principes d'Alfieri, j'en avais jugé autrement, là comme ailleurs il faut donc voir. 20 [germinal-10 avril]. Crozet vient me voir, nous cherchons une cham- bre. Je rencontre Maupertuis. Nous allons à V Homme à bonnes fortunes *, suivi du Barbier de Sé^ille. Je pense au naturel qu'il faut avoir dans mes manières. M°^^ de Caylus dit, en parlant de Matta : « C'était un garçon d'esprit infiniment naturel, et par là de la meilleure compagnie du monde. » 1804- il avril. PARIS . 63 21 [germinaI-11 avril]. M. Salmond croit qu'Helvétius a dit la vérité^ et que ce que Kant a dit est très subtil, mais est vrai. Nous allons ensemble à la première représen- tation de la Fausse Honte *. Je suis à moitié endormi dès le troisième acte ; la pièce se traîne jusqu'à la fm au milieu des sifflets et des applaudissements. On nomme l'auteur et on n'entend pas la voix de Baptiste cadet, tant le tumulte était violent. Je n'ai remarqué dans la pièce que quelques jolis vers ; elle est de Longchamps. Nous avons vu ensuite les Fausses infidélités *. J'ai cru voir que L[ongchamps] a étudié la versification de Racine. J'ai trouvé le public tel que'je le désirerais jor the Two Men *. Je ne dois jamais sacrifier l'énergie de l'expression à je ne sais quel bon ton. Chaque caractère a un mot pour son idée ; tout autre mot, tout autre tour, est un contre sens. 23 [germinal-13 avril]. Vu Dalban et Lavauden rue Jacques, n^ 139. D[alban] -juge F. Mallein et Frédéric Faure * comme moi ; à propos de Frédéric, il me dit qu'il n'est pas fin du tout, qu'il n'a que l'habitude de la tromperie. Il me dit qu'il renferme sa pensée en douze syl- labes comme il fait des pas de deux pieds et demi,^ que rien n'est si facile une fois l'habitude prise. ^4 JOURNAL DE STENDHAL Je vais un instant à la bibliothèque Mazarine, el là dîner avec Boissat à sa pension de 51, enfin à Louvois avec M. S[almond] ; nous voyons Médiocre et rampant, qu'il trouve, ainsi que moi, médiocre ; nous préférons le Voyage interrompu *, où nous rions beaucoup. 24 [germinal-14 avril]. Nous sortons, M. S[almond] et moi, du Jaloux sans amour et de la Gageure imprévue *, spectacle qui m'a endormi, quoique Fleury et Contât aient très bien joué ; Contât ne parle jamais à mon cœur. Le Jaloux, d'Imbert, est une pièce on ne peut plus médiocre ; la Gageure est écrite en style bourgeois. J'ai parlé escalier ce matin avec Mante, de là à la Préfecture de police, de là au Panthéon ; j'y lis Vauvenargues, dont je suis très content. Je me trouve bien plus raisonnable que l'année dernière ; le café me rendait continuellement furieux ; j'ai plus de bon sens aujourd'hui, mais peut-être je suis plus médiocre. Je parle avec M. S[almond] de son système sur les femmes, je l'engage à le publier ; il résiste ; moi, je crois qu'il est déterminé et que le livre est peut- être déjà fait. Il croit la femme italienne, la femme primitive ; en la modifiant de diverses manières, on a la Française, l'Allemande, etc. Il ne croit qu'aux vertus de tempérament. Il croit que tout le caractère des femmes est un désir insatiable de 1804 - 15 avril. PARIS (35 plaire, que, par conséquent, on ne saurait trop les louer. Il a vu la louange produire des miracles. Une femme disait d'un homme dont la figure était presque hideuse : « Quel monstre ! il me fait mal aux yeux. » Le monstre la loua, parvint à lui plaire et enfin à coucher avec elle. Il croit les hommes plus sensibles que les femmes, qu'un homme ou une femme met toujours du sentiment dans sa première affaire. Je sens qu'il m'a rendu plus hardi avec A *. 25 [germinal-15 avril]. Je donne à déjeuner à Dalban, Rey et Mante au café Valois. Rey, philosophe, se propose de publier un système où il prouvera que le bonheur particulier est toujours lié au bonheur général. C'est ce que je lui souhaite. Veut faire plusieurs comédies dans ce système. Me paraît très froid, à vingt-cinq ans. Dalban a beaucoup de rapports d'orgueil et de méfiance avec Jean- Jacques. Ils me tiennent jusqu'à midi et m'ennuient assez. Ils n'ont pas ce tact dont peut-être j'ai souvent manqué. J'ai honte de louer en face, me guérir bien vite de cette funeste maladie. Il me semble n'être pas encore arrivé à Paris, tant que je n'ai pas vu A[dèle] et sa famille. Bien me rappeler que je ne »puis la ramener à moi que par tout l'extérieur d'une profonde indifférence .lOUBNAL DE STENDHAL. 5 66 JOURNAL DE STENDHAL jointe à de l'amabilité. Pour cela, du naturel, beau- coup de louanges et des plaisanteries. 26 [germinal-l 6 avril]. Crozet chez moi, une simplicité noble me sert bien. Il Bugiardo de Goldoni *, qui me paraît plein de naturel et me donne l'idée d'un petit opéra, en atten- dant ma malle, Didon et Les trois Sultanes *. Le spectacle est bien loin de m'intéresser cette année comme l'année dernière, il m'ennuie presque. M^*® Duchesnois, dans Didon, me paraît beaucoup trop affectée. Je vois tous les défauts de la pièce, qui me paraît sans cesse à côté de la nature. Je dois peut-être le sentiment vif d'une belle nature aux lectures que j'ai faites du naturel Shakespeare. Peut-être lorsque je me serai accoutumé à l'affectation de nos acteurs me plairont-ils davantage. C[rozet] me présentera incessamment à M^^^ Du- chesnois; celle-ci va beaucoup chez M"^^ Montesson, la femme du duc d'Orléans, père d'Egalité *, qui a soixante ans, cent cinquante mille livres de rente, et qui réunit la meilleure société de Paris ; jyjme gQj^ y va^ tQug leg petits littérateurs y vont. Le général Valence *, très joli homme, surpris (à dix-huit ans) aux genoux de M°^® de M[ontesson] par le duc d'Orléans, a Ce pauvre Valence, qui veut 1804 - 17 avril. PARIS 67 absolument épouser ma nièce, il me la demande depuis un quart d'heure ! » Et Valence épousa la nièce, qu'il n'avait jamais vue. Valence, à dix-huit ans, croyait que c'était faire injure à une femme avec qui il se trouvait seul que de ne pas l'avoir, et il l'avait *. 27 [germinal-17 avril]. Je vais en me levant au Jardin des Plantes avec M. S[almond]. Il croit les professeurs de Paris très charlatans et mauvais comme professeurs, quoique très bons comme écrivains. Un savant italien disait à M. S[almond] : « Tutti i Francesi sono gentili fuor che i litterati. » On se plaint beau- coup dans l'étranger de leur morgue. — Linné était très pauvre au commencement de sa carrière ; souvent, lorsque ses souliers étaient usés, n'ayant pas de quoi en acheter d'autres, il continuait sa route pieds nus ; il arriva chez Boerrhave, qui le reçut très bien et l'équipa. Je vois dans M. S[almond] une âme profondément sensible, et à un tel point qu'il ne peut pas même soutenir la peinture d'un caractère vicieux. Il n'aime point Molière et chérit beaucoup Collin, il remarque avec plaisir que M. Evrard est le seul caractère vicieux qu'il ait peint. Voilà une âme, bien appréciable pour un artiste, que trop de sen- sibilité empêche de bien juger. Çg JOURNAL DE STENDHAL Je lis Laharpe (13^ et 14^ volumes de son Cours), je trouve quelques bonnes idées et beaucoup de raison. Je brûle que l'arrivée de ma malle me mette à même de travailler, je suis las de mon obscurité. 28 [germinal-18 avril]. Les observations de M™^ de Genlis sur les courti- sans confirment les principes d'Helvétius à un point remarquable. 29 [germinal-19 avril]. J'écris le soir, sous le nom de Junius, une réponse au feuilleton du 27 *, dans lequel G[eofîroy] mal- traite M'i^ Duchesnois. M. Salmond part le matin, à cinq heures, pour Utrecht. Je me mets en pension chez M'ï^^ ...* pour 51 francs. Je vais le soir à la Maison de Molière, suivie de la Fausse Agnès *. La Maison de Molière est une pièce remplie d'un naturel exquis ; c'est une pièce charmante pour tout le monde et déli- cieuse pour moi. Fleury a très bien joué Molière, même avec une convenance de trop, car il a la poi- trine faible, comme ce grand homme l'avait vers la fin de sa carrière. J'ai cru reconnaître Goldoni, à quinze ou vingt lignes près, et cependant je ne l'ai pas entendu nommer autour de moi, et j'étais assez bien entouré. Pour que la pièce fût parfaitement jouée, il aurait 1804 - 20 avril. PARIS (39 fallu que Fleury pût articuler d'une manière plus ferme et que Saint-Phal et lui fussent mieux vêtus. Je m'étais fait une bien fausse idée du nom d'amis. Je voulais un seul ami, Mais qu'il fût tout pour moi, comme moi tout pour lui. L'homme n'est pas assez parfait pour cela. Il faut me borner à voir éparses entre tous mes amis les qualités que je voudrais réunir dans un seul. Du reste, je ne saurais avoir trop de connaissances ; à Paris, j'ai : Mante, true friend, Crozet, Jacquinet, M. P. Daru, Martial Daru, M. Daru the father^ M. Debord *, Boissat, Cardon, true friend, Prunelle, Rey, Dalban, La Roche, Dard, L. Barrai *. Rien de si aisé que d'être bien avec un homme qu'on ne voit qu'une fois par mois. 30 [germinal-20 avril]. Je m'ennuie profondément de ne rien faire. Je lis les Souvenirs de M"^^ de Genlis *. Il y a là cinquante pages amusantes mêlées dans deux cents pages de sermons, et les sermons gâtent le rire. Ce livre m'a confirmé dans le dessein d'être simple, naturel et vrai dans le monde. ^|me ^Q Genlis dit, page 125 : « Le chevalier de Châtelus m'a lu une comédie manuscrite intitulée : les Prétentions. Elle n'est pas bonne mais le sujet en est excellent : ce sont des gens qui ont des pré- JOURNAL DE STENDHAL, 5. 70 JOURNAL DE STENDHAL tentions tout à fait opposées à leurs caractères ; ils ne sont nullement h^^ocrites, l'amour-propre leur persuade qu'ils possèdent véritablement les qualités qu'ils affectent, ils sont les dupes d'une vanité ridicule ; on ne voit que cela dans le monde, et ça n'a pas été peint. » Je devais être présenté à M^^® Duchesnois, je ne le serai qu'un de ces jours. Tant mieux, elle aura lu Junius, à moins que C[rozet] ne l'ait jeté au feu. Je sors de Gabrielle de Vergy * et du Mariage fait et rompu, de Dufresny ; la première pièce ne me touche pas du tout, la seconde n'a pas de plan, mais le dialogue en est d'une gaieté polissonne qui fait rire. Talma représente peut-être naturellement les grandes passions, mais sa manière de dire ne fait pas plaisir, elle est trop saccadée, trop criée ; on l'applaudit beaucoup dès qu'il prend le beau genre de M'^® Duchesnois : varier les inflexions, mais doucement, sans brusque passage. A la première vue, il me semble que la manière de Talma est peut- être plus naturelle, mais celle de M^^® Duchesnois est plus agréable. J'entends dire (pas très distinctement) que Ful- chiron a fait une Myrrha *. Le plan me paraît res- sembler beaucoup à celui d'Alfieri ; je n'entends pas nommer Alfîeri. J'ignorais sous quel Philippe est placée l'action de Gabrielle, un spectateur me relève là-dessus. 1804 - 22 avril. PARIS 7| Aujourd'hui 29 {sic), un mois de mon départ de Grenoble. 1" floréal XII[-21 avril 1804]. Le matin, je finis Vauvenargues au Collège de France. J'écoute un instant, à cause de la pluie, Pastoret expliquant Grotius. Le soir, comme il pleut beaucoup, je lis Lancelin * et le rôle d'Oreste. Je mets toujours à la loterie. A ma pension de 51 francs, je pourrais me loger pour 18 francs, ce qui fait 69 francs, avec 11 francs de frais, 80 francs. 12 X 80 = 960 + 240 francs d'habillement ; on peut donc vivre à P[aris], en allant une fois le mois au spectacle, pour 1.200 francs. Je sais que dans la rue Jacques il est des chambres qui coûtent 8 francs, on peut dîner chez M°^^ Derbenet pour vingt-huit sous, ce qui fait par mois 50 f. + 10 f. de frais = 60 francs. 12 X 60 = 720 + 200 francs d'habits = 920 francs. On peut vivre pour 900 francs. Si je n'avais que 1.200 francs, je préférerais ne dépenser forcément que 60 francs par mois pour avoir chaque mois 25 francs en amusements. Grâce au ciel, cette année je n'ai pas encore éprouvé le besoin d'argent. 2 [florral-22 avril]. Je vais au Musée, je me promène avec Crozet, qui me dit que Poisson réussit parce qu'il est simple ; s'il était bête, on dirait : c'est un gamin, mais avec 72 JOURNAL DE STENDHAL sa bonne tête, cela charme. J'apprends à dîner, de M. de Beaumont, qu'il y a des nègres qui ont la figure plus grecque que nous. Je regrette mon plan, j'écris le premier acte de mémoire. Je vais aux Italiens avec Boissat ; l'habit de Grammont, bête ; les Confidences, intrigue espagnole, dans nos mœurs cependant ; le Mariage d'une heure *, même défaut, mais plus jolie. Je sens que je vaux mieux que l'an- née dernière, je commence à voir la plaisanterie. 3 [floréal-23 avril]. J'attends toujours ma malle. U Enéide de Delille paraît. Je lis la Vedova scaltra de Goldoni *. Je sors del Re Teodoro *. Peut-être n'eussé-je pas si bien fait the Two Men il y a six mois que je les ferais à cette heure ; la division de l'âme et de l'esprit m'éclaire de plus en plus. J'ai vu Dard chez Mante, qui m'a conté la manière dont Hilaire est devenu préfet *. J'ai cru voir deux Charvet sur la terrasse des Feuil- lants. Une vue de Venise dans le deuxième acte du Roi Théodore. E in questo bel paese che dovro andar a fare la (^ *. 4 floréal [-24 avril]. Je lis Fénelon et je parcours Beccaria {sur le style) * à la Bibliothèque nationale ; j'ai le plaisir de trou- ver Fénelon parfaitement d'accord avec moi. Le soir, Agamemnon *; la scène de la proposition du 1804 - 25 avril. PARIS 73 meurtre est jouée divinement par Talma et M^'^ Du- -chesnois. Après la pièce, Crozet me présente à elle, je la trouve d'un naturel charmant et bien moins laide que je me l'étais figurée. Elle a la figure par masses, chose très propre à la peinture des passions ; à l'avenir, lorsque je devrai être pré- senté à quelqu'un, écrire le compliment que je veux lui faire ; au moment, je me trouble. Crozet fait «es adieux, j'embrasse Lemazurier * (ne pas oublier EHAL. 12 178 JOURNAL DE STENDHAL Ce qui nuit à la vertu parmi nous, c'est qu'elle a le caractère du jeune Horace. La Vauguyon *, quatrième]volume du Supplément de Saint-Simon, maximum de la susceptibilité. 27 [brumaire-18 novembre]. Je vais à dix heures avec Mante chez Rey, qui nous conte la manière dont Destutt l'a présenté à Cabanis : « Votre maître et le mien. » De là, nous allons chez Sicard *. Je retrouve cet enfant si jcli dont la vue m'avait tant charmé, il y a un an, au cours de Legouvé ; il a perdu l'expres- sion angélique de sa figure. Air Tartufe de Sicard ; il n'ouvre pas la bouche sans dire une fausseté. Les définitions de Massieu * sont des figures poétiques. Il n'y a d'admirable que le travail sur les sourds-muets, dont plusieurs ne sont que sourds. Jolie petite sourde-muette lisant un quatrain très bien, aux sons nasaux près. Au Philosophe marié *, pièce mauvaise mais aimée du vulgaire parce qu'elle est aisée à comprendre ; un geste de M^^^ Contât me fait comprendre ce qu'elle va dire : « Qu'entends-je ? » A propos de philosophes, il se manifeste deux partis dans la salle. Ce soir, je vois mille caractères à peindre dans la société, parce que mon imagination me représente exactement tous les détails et leurs rapports comiques avec le public. 1804 - 20 novembre. PARIS 179 28 [brumaire-19 novembre]. Au sortir de chez La Rive, we go at Hardy Coffee *, nous y trouvons le poète Fulchiron *. Tyran domestique *, de Duval, cinq actes [en] vers. Pénétrer le principe du petit talent de l'épi- gramme et l'acquérir, lire Catulle, faire un recueil des cinquante oujsoixante, ou trente ou quarante bonnes épigrammes] existantes de Jean -Baptiste Rousseau, Racine, Boileau, Le Brun. Lire Catulle. 29 [brumaire-20 novembre]. J phi génie en Tauride * et la huitième de la Leçon conjugale. Cette pièce, qui ne peint rien, plaît en ce qu'elle représente tant bien que mal une aventure arrivée entre des gens aimables. M^^^ Mars et Dazin- court jouent beaucoup mieux que la première fois, surtout la divine IVIars. Faire une pièce qui la déve- loppe. Je n'avais pas vu Iphigénie depuis la représenta- tion du Théâtre Olympique, où M^^^ Saint- Val * joua pour M^is Thénard * et où Talma me fit pleurer dans ses adieux avec Pylade (Saint-Phal). Dès ma plus tendre enfance j'ai été très tendre pour les adieux, à présent c'est presque la seule chose qui m'attendrisse. Cette pièce est médiocre, elle n'intéresse pas parce qu'elle ne marche pas. Je crains bien qu'elle 180 JOURNAL DE STENDHAL ne soit comme Œdipe, que tout ce qu'il y a de bon ne soit du poète grec ; des Allemands qui étaient à côté de moi disaient qu'elle était absolument imitée. Exagération dans les sentiments et le style (surtout Pylade, au commencement du troisième acte), ce qui vient, je crois, de ce que l'auteur ne connaissait ni ne sentait la vraie grandeur. Je refaisais en moi-même chaque détail de la pièce en la voyant jouer. Le premier acte a déjà la couleur du rôle d'Oreste, ce qui est une faute. Iphigénie parle raison en termes ampoulés et offensants au sombre fou Thoas, il fallait frapper son imagination par un faux oracle, par de feints transports, ou de toute autre manière. Guimond ne connaissait pas le cœur humain, jamais de ton naturel, tous ses per- sonnages professent la morale par un vers simple, sublime, parce qu'il peint juste et sans affectation les sentiments ou les choses. Bavardage dans les moments décisifs pour une passion, qui fait mal jouer les acteurs qui sentent. Au cinquième acte, vers d'Oreste {du fils d'Agamemnon), vers d'Oreste très bien dit par Talma, espèce de sublime, la fierté dans le malheur, mais ce sublime, qui tombera à mesure qu'on connaîtra les rois, et que par conséquent on méprisera leur grandeur, qui ne consiste qu'en broderies, est mal choisi pour un philosophe et prouve que, malgré son étalage, Guimond ne l'était pas profondément. Profiter de ce que j'ai senti là, le courage dans 1804 20 novembre. PARIS j^gj le malheur un peu sublime, fait un peu craindre et admirer, serait tout à fait sublime si l'on ne soup- çonnait pas un peu le héros de jouer la comédie, ce qui est sa meilleure politique. Manque de vérité de toute manière : au cinquième acte, Oreste devrait au moins s'armer du couteau sacré. Shakespeare aurait bien fait sur ce sujet une autre pièce que celle-là, et cependant je suis sûr que tous les grands littérateurs du temps, et peut-être de celui-ci, préfèrent cette pièce à tout ce qu'a fait le naturel et sublime Shakespeare. Talma a des moments sublimes, mais souvent monotones, et je conçois le mieux. Mais il est tout au long superbe, les plus grands peintres n'ont point de plus belles attitudes et de plus belles têtes. Je reconnais une attitude et une figure de Raphaël. Je doute qu'il soit jamais égalé dans cette partie de l'art. L'amitié d'Oreste et de Pylade et le combat à qui mourra doivent faire un doux effet dans VOreste d'Alfieri. Peut-être pourrai-je rendre cette partie plus touchante. Il me semble qu'on ne doit ajouter aux caractères des personnages que ce qui rend les situations plus touchantes. Le mérite de Guimond, ou plutôt du poète grec, c'est qu'on n'est pas fatigué de confidents ni de per- sonnages comme Eriphile. Racine me semble le père de la race des confidents, qui était dans la nature qu'il avait sous les yeux. JOURNAL DE STRNDHAL. 12. 182 JOURNAL DE STENDHAL Quand je ferai des tragédies, j'aurai au moins pour moi la connaissance et le sentiment du vrai grand et du sublime, et le naturel des sentiments et du style. [30 brumaire-21 novembre.] Je puis dire : Et l'Eglise triomphe ou fuit en ce moment. C'est aujourd'hui (disent les journaux), mercredi 30, que l'on juge les pièces de vers envoyées à l'Institut ; probablement on couronnera quelque ode à Bonaparte. Le plus heureux pour Leimery serait qu'on couronnât une ode anonyme qui serait de Fontanes, Chénier ou quelque autre qui laisserait le prix (comme Lah[arpe], Dithyrambe sur Voltaire)^ et qu'on laissât le prix à Leimery, qui remporterait l'accessit. Le public alors lui donnerait le peu de gloire que ce prix peut donner. Cette circonstance même le ferait remarquer. Je sens que mes ouvrages faits me puent. Donner ce sentiment (exquis) à Chapelle *. « Bonjour, M. Lin-gu-et. — Bonsoir, M. Cocu-é- let. » (Coqueley). Rulhière : « Je n'ai fait en ma vie qu'une méchan- ceté. » — Talleyrand : « Quand finira-t-elle ? » Le ridicule de La Rive et de bien d'autres est d'énoncer les sentiments d'une âme grande sur les 1804 - 22 novembre. PARIS ;[83 choses habituelles de la vie, ceux qu'avait Lekain par exemple, homme à caractère (lettres de Colar- deau à Lekain), et de les démentir au moment même par leurs actions. La Rive disant qu'il méprise tous les honneurs du monde, et au même moment tirant vanité d'une réponse insignifiante pour la vanité qu'il a extorquée au prince Louis Bonaparte en lui allant offrir, à propos de bottes, des pommiers à vendre. C'est dans les motifs préparatoires de l'ac- tion actuelle, c'est dans ces actions antérieures que se niche le fort comique, et que le profond connais- seur de l'homme se fait connaître. Ce trait-là, non pas si frappant, mais dans le genre de celui de Tencin (M. Projet) aux Tuileries. Le trait de Tencin peint le caractère et n'est que d'un ridicule très doux, celui de La Rive est bien plus acre. l^r fiimairc [-22 novembre]. Je travaille assez. Rey me parle encore de mon peu de naturel ; je vais chercher Cler, le sourd-muet, qui ne veut pas venir avec M[ante] et moi au bas- tringue ; cela me jette aux Français. Le Préjugé à la mode *, suivi des Deux Pages *. J*avais encore l'idée du Préjugé, d'après mes anciennes lectures à Claix, celles qui me jetèrent dans l'art dramatique. Il y a bien longtemps de cela, c'était peut-être avant le jour où l'on lit périr les deux prêtres *, et où j'expliquais avec 134 JOURNAL DE STENDHAL M. Durand les Bucoliques de Virgile dans la grande salle, lorsque, vers les onze heures et demie, les cris de joie de leur mort s'élevèrent. Fixer, lorsque je serai à Grenoble, l'époque de ces premières lectures. Ce fut Destouches, que je trouve si mauvais aujourd'hui, et pour lequel j'ai même une antipathie marquée, qui m'enchanta par ses rôles d'amour, que mon imagination embellissait, et qui me jeta dans le théâtre. A cette époque, je ne sentais guère Molière ; Racine m'ennuyait à mourir. Je sentais davantage Corneille. J'avais de l'antipathie pour les tragédies et pour le style tragique. Je trouvais dans toutes les tragédies, excepté le Cid, les morceaux ennuyeux, et, en arrivant à Paris en l'an VII, ces morceaux ennuyeux me glaçaient toujours. Le Préjugé m'a paru moins traînant, surtout dans les premiers actes, que les autres ouvrages de Des- touches. Le protagoniste a un caractère si faible qu'il en déplaît. Fleury paraît masqué au cinquième acte et fait ainsi le dénouement. Ce préjugé est passé, et la comédie avec lui. Grand objet à considérer, ne pas peindre ce qui cessera d'exister, approfondir ce sujet, chercher les carac- tères les plus durables possible. Je crois Tartufe et les petites pièces de Dancourt les deux extrémités. Approfondir ferme cela. A ce voyage à Gr[enoble], passer décidément quinze jours en Chartreuse. M^'^ Contât ne me plaît point dans la première 1804 - 24 novembre. PARIS |g5 pièce et me semble très bien dans la seconde. Fleury joue très bien les premiers actes, mais il me semble qu'à la fin ses moyens s'éteignent avec sa voix. Le degré de mauvais des Deux Pages est rare. Destouches avait déjà la manie de l'esprit, le pro- tagoniste dit à son ami avec passion qu'il va lui faire une confidence et lui reproche d'avoir gardé le secret si longtemps ; l'autre lui répond par une tirade qu'on applaudit. D[estouches] nunquam ad eventum festinat. D'abord vient de de abord, en abordant. 3 [friniaire-24 novembre]. Je trouve le gros Durif par hasard, nous nous promenons près d'une heure ensemble au Palais- Royal, il me conte son histoire. Le trait de M™^ Ju- bié : « As-tu trente mille francs à m'y faire dépen- ser ? — Non, mais douze mille, — En ce cas, j'aime mieux rester ici. » Une réponse mesurée est celle qui n'offense qu'autant qu'il est nécessaire pour produire l'effet désiré les personnes à qui on la fait, par conséquent qui ménage autant que possible leur vanité. Si mon père m'avait proposé d'aller à la messe l'année dernière, je lui aurais fait une réponse à la Jeune Horace, de manière à renverser un homme qui a encore un peu de raison. Cette année, je lui dirais : 186 JOURNAL DE STENDHAL « Dans mes principes, ça ne sert à rien ; dans les tiens, c'est un sacrilège. Il me semble donc inutile que j'y aille. » 4 frimaire XIII [-25 novembre 1804]. Je manque de sensibilité aux traits comiques, ce n'est que par réflexion que je les trouve beaux ^. Cela vient de deux causes : manque d'usage, habitude de voir la société en homme passionné, à la Rousseau. La connaissance des hommes m'a fait mépriser le jugement de l'immense majorité, qui est composée de sots, mais Rousseau lui-même a dit que dans les choses indifférentes et à portée de son esprit, le sot même jugeait ordinairement bien. Pour me guérir de ce défaut, lire sans cesse Molière et Goldoni. 7 frimaire XIII [-28 novembre 1804]. La lecture des Mémoires de JMarmontel, en général la vie vue par un homme raisonnable et ne sentant pas trop vivement, m'est excellente. Lorsque je fais des scènes comiques, cela me fait reconnaître les traits comiques et fait que je m'y tiens. Tirer les corollaires de ce fait, vu très claire- ment dans mes sensations ^. 1. Cela ist bien loin d'être général. 2. Je n'ai pas le temps de creuser cette idée, je travaille à Letellier. 1804 - 9 décembre. PARIS j^87 La différence d'un homme passionné, de moi par exemple, à Marmontel, c'est que je vois que j'aurais mis tout mon bonheur ou tout mon mal- heur dans des choses où il ne mettait, lui, que la vingtième ou trentième partie de ce bonheur. Les actions que fait le protagoniste d'une comédie ne sont pas considérables en elles-mêmes, mais par les rapports qu'elles montrent existants entre les principes constitutifs de la volonté du personnage, ce qui nous assure presque que dans telle circons- tance il agirait de telle manière, et que s'il avait une place importante dans la société, roi par exemple, il se déciderait aux plus grandes choses, à la paix ou à la guerre, à porter telle ou telle loi, par les mêmes passions qui font qu'il se décide à donner un repas plutôt sur l'avis de son valet que sur celui de sa femme. Les actions dhin protagoniste ne sont donc pas considérables par elles-mêmes, mais parce qu'elles montrent son caractère. Il n'en faut donc négliger aucune, quelque petite qu'elle soit (pourvu qu'elle ne tombe pas dans le bas), dès qu'elle peut peindre naïvement, franchement, le caractère. 18 frimaire XIII [-9 décembre 1804]. Dimanche. J'ai bien des choses à écrire depuis le 11 frimaire, dimanche dernier. Pendant peu de semaines de ma ^^e, j'ai été 188 JOURNAL DE STENDHAL témoin d'événements aussi intéressants pour moi ; il y a eu plusieurs jours où je sentais de quoi rem- plir plusieurs pages, comme, par exemple, une journée que je passai tout entière chez Martial et chez M. de Baure. Dimanche, 11 frimaire, jour du couronnement, nous n'avions pas le sou, Mante ni moi ; il vint me prendre à sept heures et demie, nous allâmes tout bonnement dans la rue Saint-Honoré, vers le café Français ; nous trouvâmes par hasard la députation de la garde nationale de l'Isère, Penet, Durif, Cha- vand, Reverdy, Thénard, etc., par le moyen de qui nous vîmes parfaitement le petit cuistre portant la croix du pape vers les dix heures un quart, ensuite le pape, et, une heure et demie après, les voitures de l'empereur, et l'empereur lui-même. Nous vîmes très bien le pape et l'empereur. Le soir, en me rendant à quatre heures et demie chez M"^^ Rebufîet, pour voir passer le cortège, je le rencontrai en route, et le vis bien. Je réfléchissais beaucoup toute cette journée sur cette alliance si évidente de tous les charlatans. La religion venant sacrer la tyrannie, et tout cela au nom du bonheur des hommes. Je me rinçai la bouche en lisant un peu la prose d'Alfieri. Martial et moi nous emmenâmes M°^® Reb[ufîet] et Adèle voir les illuminations des Tuileries, qui véritablement étaient fort belles, mais il faisait très froid. Pacé and Gâte qui passaient devant nous 1804 - 9 décembre. PARIS 189^ avaient l'air de deux amants qui se querellent. Je vins me coucher à deux heures du matin, je fus réveillé par mon oncle Gagnon qui arrivait des Echelles, et qui actuellement (onze heures et demie du soir) que j'écris ceci, est là couché dans mon lit, où il s'est mis le premier. Depuis lors, nous avons dîné chez M^^^ Sauzay ; le vaniteux Samuel Bernard, caractère vivant observé. Le lendemain du jour où B[onaparte] est allé au Champ de Mars distribuer les Aigles, nous l'avons vu passer, mon oncle, M™^ R[ebuffet], sa fille et moi, du Corps législatif. Nous sommes restés ce jour-là quatorze heures avec ces dames. Une étincelle of loue est sortie de la cendre chaude. Nous avons fait une autre visite où Gâte, étant plus naturelle, a recommencé à me plaire ; je crois aussi que je lui ai plu. Au moins comme un ami, si ce n'est comme amant. Elle a eu deux ou trois moments de naturel avec moi qui m'ont enchanté, surtout celui où je lui conseillais la lecture du premier livre d'Emile, de l'Esprit, et des Considérations sur les Mœurs de Duclos. Divin naturel, quel n'est pas ton empire ! Les hommes les plus bornés n'aperçoivent pas toujours que ce qu'on leur montre n'est pas naturel, mais ils ne se laissent charmer, ce me semble, que par ce qui l'est. Je brode parce que je n'ai pas le temps de m'ap- ^90 JOURNAL DE STENDHAL pesantir, sans quoi je parlerais au long d'une visite les éviter à force ouverte. 2° les éviter en paraissant s'y soumettre. Le jour de Noël 180t *, with my uncle, I haie b^en for lOUBNAl DE STENDHAL 1 i?. 278 JOURNAL DE STENDHAL f.rst volta al B. in Parigi, cosa rara da vero e ben lontana dalla mia riputazione. Mai in Gr... 22 pluviôse XIIL Une âme non sensible (C.) n'a que les choses extérieures à regarder, l'âme sensible, même lorsqu'elle n'est pas dis- traite par ses sentiments actuels, regarde ses sentiments passés. Voilà ce qui l'empêche de voir et de connaître les choses extérieures. Que sera-ce quand un motif particulier (the love of glory, of poesy in me, le désir de connaître les sentiments) la porte à regarder ses sentiments ? Si C. et moi avions vingt-deux ans, il aurait vingt-deux ans d'expé- rience, et moi trois ou quatre (en étendue) de bonne expé- rience ; tout le reste est vicié, sucré par la passion. Défaut de l'âme poétique, avantage sans doute pour la poésie, désavantage pour la philosophie, faite sur les choses visibles aux autres hommes. Made to engage ail hearts, and char m ail eyes, though meek, magnanimous ; though witty wise ; Potite, as ail her life in courts had been ; yet goody as she the world had never seen ; the noble fire of an exalted mind, with gentle female tenderness combin'd, her speech was the melodious voice of lovey her song, the warbling of the vernal grove ; her éloquence was sweeter iham her song, soft as her heart, and as her reason strong ; her form, each beauty of her mind express' d, her mind, was virtue by the grâces dress'd. LlTTLETON. J'en Hiis aujourd'hui, 16 pluviôse XIII, à cet endroit <]c Delphine. Ces vers me touchèrent beaucoup il y a deux ans. Je n'appréciais pas alors aussi bien qu'aujourd'hui la partie du talent de Molière et de Montesquieu qui se retrouve dans M">® de Staël : la connaissance des lois de la société (dans un salon) et l'art d'en montrer la cause et l'effet, leur naissance et leur vie. Voilà, par parenthèse, ce que n'aura jamais qui n'a pas vécu à Paris. 1805 PARIS JOURNAL DE PLUVIOSE, DU 24 AU [30]. 24 pluviôse [-13 février], 11 heures du soir. Mercredi. J'aurais eu Louason ce soir, si j'avais voulu, et je l'aurai quand je voudrai, voici l'histoire de ma journée. Aller demain chez Martial, pour savoir la vérité sur la c. p. Me voilà sul orlo délia félicita. Je suis allé ce matin chez D[ugazon]. Elle y était avec M°^® Mortier, la petite Felipe et Wagner. Elle était très gaie, avait le teint éclairci, et a dit son rôle de Monime comme un ange, vraiment très bien. Elle m'a bien traité, je l'ai embrassée. Nous sommes sortis à une heure trois quarts. W[agner] a accompagné Felipe ; nous sommes allés tous trois chez Mortier, qui nous a développé tous les détails d'une catin à âme basse qui veut avoir le bon ton. Nous y sommes restés trois quarts d'heure. Louason était dans l'enthousiasme que donne le succès à une âme amoureuse de la gloire. 2S0 JOURNAL DE STENDHAL Tous les sentiments généreux se pressaient dans son cœur'. Je l'ai accompagnée chez elle et j'y suis resté jusqu'à quatre heures, ne parlant de mon amour qu'en passant. Elle m'a dit qu'elle devait aller au spectacle. Mante m'a prêté six livres et je suis allé à l'or- chestre. On jouait le Cid. M"^ Bourgoin a été détestable ; Naudet, Després et Lacave * aussi mauvais qu'à l'ordinaire. Lafond a eu son élégance froide ; comme d'ailleurs il est sans organe, il restera acteur médiocre et élégant, assez semblable, pour le talent, à Voltaire. Louason est arrivée, je lui ai donné une place à côté de moi. Je lui ai offert de la reconduire, elle a accepté. Elle m'a dit, arrivés à sa porte, si je ne montais psiS? Je suis monté, nous avons allumé du feu, parlé d'elle, ensuite de mon amour. Elle m'a écouté la première demi-heure avec attendrissement et rêverie, ensuite cet intérêt est tombé et je l'ai, je crois, ennuyée un instant. Profiter du premier moment d'attendrissement pour l'avoir. Elle m'aime ou du moins elle veut que je le croie, car elle m'a dit qu'elle avait bien compris ma démarche de 1. Je n'exprime pas assez bien ici combien nos âmes- étaient en communication dans ce moment. En général^ je ne puis pas exprimer les nuances fines des événements, le profond, le meilleur de la chose, parce que les termes manquent, et qu'il fai:drait deux ou trois heures pour y plier les termes de la langue. Ce n'est donc jamais que le plus grossier qui est exprimé. 1805 - 13 février. PARIS 281 lundi, en la laissant à sa porte ; elle s'est étendue là-dessus ; alors je lui ai parlé de l'état où je fus après l'avoir quittée. Ce moment a été le maximum de l'attendrissement. Comme, en sortant, je lui demandais un baiser, après avoir faiblement résisté elle me l'a laissé prendre, évidemment exprès, et avec complaisance. Tout va bien jusque là ; elle s'est dessinée un grand caractère ; mais en disant à sa domestique de m'accompagner, j'ai vu ses yeux très brillants qui semblaient lui dire : « Il ne m'a pas encore eue ! « Ce regard a fait singulièrement tomber mon enthousiasme. Peut-être cependant n'était-ce que les yeux du tempérament éveillé et non satisfait. Je dois lui porter Shak[espeare] demain. Je l'aurai vendredi, si je veux. Elle m'a dit que, lorsqu'elle parla à Clairon de son revenant, M. de S., Clairon lui avait répondu par des phrases : « Si j'étais une créature privilégiée, je croirais que le ciel a fait des miracles pour moi, etc. » Par conséquent. Clairon ne croyait pas à son revenant. Elle avait la faiblesse de la vanité. Louason alla chez elle avec Kemble, l'acteur anglais. Kemble fit des compliments à Louason et lui dit qu'elle avait une belle figure, des yeux comme ceux de M^^^ Clai- ron. Celle-ci dit : « Elle a des yeux, oui, mais... » (mais quelle diffé- 282 JOURNAL DE STENDHAL rence des siens aux miens !) Louason trouve que Clairon avait des intentions bien plus profondes que celles de Dugazon. Dugazon m'a embrassé ce matin d'amitié. Cet homme a des sensations très vives, mais elles passent vite. Il n'y a qu'un moyen de faire supporter la vieil- lesse, c'est la gloire et une âme ardente ; alors elle vaut peut-être mieux que la jeunesse. La vieillesse de Voltaire, celle de Mole (feuilleton des Débats du 19 sur M. Faur) comparées à la vieillesse de M. Daru, à celle de mon grand-père. Comme j'écrivais ceci, une famille de provin- ciaux, très bonnes gens et très gaie, se perdait sur le carré ; une jeune fille très gaie, à sourcils noirs, jeune, jolie, un peu grosse, est venue frapper à ma porte, demandant une demoiselle N., artiste. Nous sommes allés ensemble en riant comme des fous réveiller la dame artiste. Ce petit épisode de franche gaieté m'a fait plaisir. Le père, qui a un uniforme à broderies d'argent, m'a fait beaucoup de politesses, la fille me traitait avec l'intimité de la gaieté et de la jeunesse, natu- relle aux provinciales et décrite par Jean- Jacques dans Sophie à^ Emile ou dans VHéloïse. J'avais derrière moi, à l'orchestre, M. Petiet et son fils ; à côté, Antonelli * le célèbre dans la Révo- lution, à Arles, je crois, superbe vieillard, âme pas- sionnée, qui commentait tout haut Corneille, et qui vient souvent lier conversation avec lui. 1805 - 14 février. PARIS 283 Quelle différence encore de cette vieillesse et de celle de Dugazon, à celle de M. Daru, mon grand- père, La Rive, qui commence déjà à cinquante-huit ans à gémir de tout, à celle de mon oncle qui, à quarante-six ans, tombe déjà dans la faiblesse morale et, par suite, physique, de la vieillesse. Il y a plus de vie dans Antonelli, qui peut avoir soixante ans, que dans Gagnon et La Rive réunis. J'ai passé huit heures avec Louason aujour- d'hui. 25 pluviôse [-14 février], jeudi. Je suis allé voir Pacé à dix heures et demie, qui m'a dit qu'il ne m'avait dit que Louason awpa il mal francese que parce qu'il me voyait la serrer de près, qu'il ne sait rien là-dessus. Mante et moi, nous nous sommes allés promener à la terrasse des Feuillants de deux heures à quatre et demie. Louason y était. Mante lui a trouvé comme moi une figure céleste, elle était avec deux hommes. Nous avons cru voir un air d'intelligence dans son sourire en me regardant. Elle a une dé- marche pleine de sentiment et de grâce. Je suis allé ce soir chez A[dèle] of the gâte. Quelle différence ! J'ai trouvé un caractère sec, sans nulle sensibilité, ne s'occupant que de petits effets de vanité. Elle m'a parlé d'un jeune homme qui aura deux cent cinquante mille livres de rente, qui a dix-neuf ans, qui se nomme Mimi Meyer, qui est de 284 JOURNAL DE STENDHAL Hambourg et qui va chez Guastalla, avec une cupi- dité qui perçait à travers les protestations de désin- téressement. Elle est sans cesse occupée à jouer la comédie ; j'observais sa figure de derrière son miroir pendant qu'elle se coiffait, vivement éclairée par un quinquet, moi, ayant la figure entièrement dans l'ombre ; je n'y ai vu que sécheresse, absence de pas- sions douces et même cruauté. Comme la sensibilité (la vraie) rend la beauté plus touchante ! Quelle différence si Louason eût été à sa place ! Même ne l'aimant pas, quel intérêt eût eu cette toilette ! Au lieu de cela, je n'ai vu que bêtise chez la mère et mauvais cœur chez la fille. Comme il faut peu se fier aux apparences, aux récits ! Qui croirait, sur l'exposé de la situation de A[dèle] of the gâte et ûe Louason, que la femme charmante fût rue Neuve-des-Petits-Champs ! Pour un homme à qui Lavater a ouvert les yeux sur les physionomies et qui a éprouvé par lui- même la signification des traits, il est très curieux d'assister, lorsqu'on est sans conséquence, à la toilette d'une jolie femme. C'est l'affaire la plus importante ; elle est elle-même, et l'on juge. Je n'ai vu que : âme sèche, absence de passions douces, cruauté. Ce qui me portait le plus à l'aimer, il y a trois ans, c'est que, d'après mes idées sur l'amour, je croyais devoir être aimé. Cette soirée a achevé de tuer cet amour. Elle ne ferait pas le bonheur de 1805 - 15 février. PARIS 285 Pacé qui est bon. J'y ai passé de cinq et demie à huit heures. Vendredi, 26 pluviôse XIII[-15 février 1805]. Le contraste des deux femmes d'hier, chez qui je n'ai pas vu une once de sensibilité, me la rendait encore plus chère ; j'avais des choses charmantes à lui dire. A son arrivée chez Dugazon, je les ai toutes oubliées. Je me suis trouvé un instant seul avec M°^^ Mortier ; elle m'inspire tant de dégoût que je n'ai rien trouvé à lui dire. J'ai voulu masquer cela, le reste de la leçon, par un tas de galanteries forcées qui étaient une mystification continuelle. Ce flux de paroles et de gestes a rejailli sur la petite Felipe, qui est jolie, qui s'y prête très volontiers et qui, peut-être même, me fait des avances. Après avoir fortement dit son rôle de Monime, elle est tombée dans un profond sérieux qui est devenu mélancolie pendant que nous riions tous à gorge déployée de Dugazon, qui répétait le rôle de Jodelet, à ce que lisait Wagner, ce qui nous faisait tenir les côtes. Peut-être sont-ce mes attentions et ma gaieté qui l'ont rendue triste. J'y ai seulement pensé ce soir. Quand elle me tromperait, qui peut m'ôter le plaisir de sentir tout ce que je sens depuis quelques jours ? Mais je ne crois pas qu'elle me trompe. Gripoli croit, comme moi, qu'elle peut avoir une grande âme. Je suis sorti de chez elle à 286 JOURNAL DE STENDHAL <îuatre heures, après y avoir resté une heure un quart. Je n'ai point eu d'esprit, j'étais trop troublé ; en revanche, en sortant, il m'est venu une prodi- gieuse quantité de choses tendres et spirituelles. Quand je serai davantage perception et moins sen- sation, je pourrai les lui dire. Arrivé chez elle, elle a commencé par me rendre compte des personnes avec qui elle était hier aux Tuileries. Le jeune, celui qui lui donnait le bras, est M. Lalanne *, poète ; l'autre est un nommé M. Le Blanc, parent de la femme du prince Joseph, et qui paraît avoir de l'élévation dans l'âme. Il est venu une lettre que nous avons lue ensem- ble ; après quoi elle m'a dit que M^^ Mortier s'était approchée d'elle ce matin, et lui avait dit de moi : « Ce jeune homme est bien né, il annonce de la fortune, il en a sans doute. » Là-dessus j'ai dit : « Pour tout finir, je dirai la première fois que j'ai une place, au bureau de la guerre, qui me rapporte 1.500 francs. — Et qu'on vous donne cent écus par grâce de votre famille », a-t-elle ajouté avec vivacité. Ceci n'est que le sommaire. Ça me fait croire qu'elle m'aime. Gripoli croit même qu'il est possible que ce qu'elle m*a dit de M"^e Mortier soit supposé, pour la perdre dans mon esprit. Nous parlions avec l'intimité de deux grandes âmes qui s'entendent ; de temps en temps, elle me 1805-15 février. PARIS 287 regardait avec les yeux altérés (légèrement chargés d'amour), sans rien dire. Elle m'a dit, avec une décence naturelle et point du tout étudiée, qu'elle ne voulait point avoir d'amant avant ses débuts, de peur d*être grosse. Elle a dit cela sans se servir de ces termes, et d'une manière aussi délicate que celle-ci est grossière. Moi, je me traînais dans la même idée, que je répétais de mille manières ; j'avais trop de plaisir à sentir pour me donner la peine d'en inventer une autre. Elle m'a dit ensuite qu'elle ne m'aimait pas, avec un air charmant. La conclusion est que je l'ai embrassée et qu'elle m'a donné la permission d'aller la voir demain, entre deux et trois, heure où la petite Felipe y sera. Puis- que je ne puis pas être assez de sang-froid pour avoir quelque esprit, être au moins tout bonnement moi- même pour avoir les grâces du naturel ; autrement, entre deux chaises le cul par terre. Pas assez de sang-froid pour bien suivre mes projets de rouerie, et point de grâce ni de touchant, ne disant pas tout bonnement la première chose qui me vient. Si je suis sage, je tâcherai cependant d'avoir quelques attentions pour la jolie petite Felipe, afin de la rendre un peu jalouse. Il est singulier que je n'aie de jolies choses à lui dire, même de tendres, que lorsque je suis loin d'elle. Expliquer cet effet quand je pourrai. Je lis ce soir Clairon, qui me paraît constamment tendue, sans naturel et sans grâce ; peut-être avait- 288 JOURNAL DE STENDHAL elle de tout cela en parlant, mais elle se gourmait en écrivant. Le rôle d'Ariane, qui me semble charmant. Lire avec elle Manon Lescaut avant qu'elle dise ce rôle. J'étais vêtu avec grâce aujourd'hui, le buste au moins, et, chez elle, j'avais toutes les couleurs de la plus vive émotion. Samedi, 27 pluviôse an XIII[-16 février 1805]. Ce jour devait être un des plus agréables de ma vie, et l'a presque été en effet. J'ai travaillé avec Gripoli à Biran trois heures un quart. Le temps était superbe. J'ai passé quatre heures chez Louason. Je ne l'ai vue qu'un instant tête-à-tête ; elle a répété le deuxième et troisième actes d'Ariane. J'y ai trouvé M. Lalanne, vu arriver et sortir M. Paillet, beau-père de Sauzay ; vu arriver et laissé M. Le Blanc, le parent de la femme de Joseph. Je suis allé avec Gripoli au Tyran domestique * ; nous y avons trouvé Percevant. La pièce a été supportée, est médiocre ; quelques jolis détails, du sentiment à la Collin ; l'auteur, faiblement demandé, est Duval, l'acteur (cinq actes, en vers). Henri VIII, de Chénier, a été défendu le matin du jour où j'ai vu le Cid. J'étais très triste en sortant de chez Louason, à cinq heures. Je croyais avoir vu qu'elle était une fille. Je serais charmé qu'elle fût entretenue par Le Blanc. 1805 - 17 février. PARIS 289 La seule chose qui ait manqué à mon bonheur a manqué par l'avarice de mon père. C'est le bal de la rue du Bouloy, où Adèle danse dans ce moment. Je pourrais bien y aller à toute force, mais mon âme, épuisée par les sentiments violents, a besoin de repos. Fleury s'est montré nouveau et d'un naturel parfait dans six ou sept vers de la douleur du père, au cinquième acte de la pièce, lorsqu'il se croit abandonné par sa femme et ses enfants. Louason, après avoir répété le charmant mor- ceau d'Ariane à Thésée, qui finit par : C'en est fait, tu le vois, je n'ai plus de colère, qu'elle m'a tout entier adressé, s'est appuyée sur moi et je l'ai embrassée. Voilà une de ces journées comme il est à jamais impossible d'en avoir en province. Gripoli m'a bien soutenu dans ma tristesse de ce tantôt, c'est un ami rare et d'autant plus précieux pour moi qu'il a la raison qui me manque. Dufriche a nommé à Percevant les dix plus célè- bres avocats de Paris. De Sèze, le premier, a gagné 216.000 francs l'année dernière ; Chabroud * et Bon- net, cent mille ; et le moindre (Dufriche), cinquante mille. Dimanche, 28 pluviôse XIII [-17 février 1805]. Percevant pense que le premier rôle de Duches- JOURNAL DE STENDHAL. 19 290 JOURNAL DE STENDHAL nois est Ariane ; le deuxième, Phèdre ; le troisième,. Roxane ; le quatrième, Hermione ; le cinquième, Eriphile. Aménaïde, Clytemnestre de R[acine], Didon, Andromaque, Clytemnestre de Lemercier, Sabine, Monime, nous ont jDaru médiocres. Nous n'avons pas vu Esther. Elle a mal joué Polyxène, et Mandane du Cyrus, de Chénier. Promené avec Gripoli et Durif aux Tuileries. Lu le matin M™^ Roland et Tacite. Trouvé que la monarchie, en introduisant les égards entre les gouvernants, mêle les passions au gouvernement. Je vois chaque jour, chez Pacé, l'augmentation des égards et la diminution de l'autorité de la loi. Je n'ai pas vu L[ouason] aux Tuileries. Travaillé toute la soirée aux caractères, avec Percevant. 30 pluviôse XIII[-19 février 1805]. Après avoir fait répéter à Gripoli le rôle de Des- ronais, dans Caroline*, je suis allé à midi chez Du- gazon ; on m'a annoncé qu'il n'y avait pas leçon. Je suis allé chez Mélanie, un peu tremblant. Elle m'a reçu avec un contentement et une gaieté visi- bles ; sa femme de chambre la frisait. Je n'ai pas eu l'esprit de faire de l'esprit ; c'était le cas cependant. J'ai soufflé le feu moi-même pendant qu'elle faisait autre chose. Ce soin, qui annonce l'intimité, me charmait. Enfin, sa femme de chambre est sortie. Nous sommes restés ensemble jusqu'à deux heures. 1805 - 19 février. PARIS 291 J'étais très heureux. Je désirerais bien qu'elle l'eût été autant que moi. J'ai lieu de l'espérer pour une partie de ce temps. Le hasard a fait ce qu'eût dû faire l'adresse ; elle m'a raconté son histoire, il m'est prouvé qu'elle a une âme sensible comme la mienne, parce qu'elle m'a raconté des circonstances qui n'ont pu être remarquées que par une âme sen- sible. J'ai l'esprit fatigué en écrivant ceci, je viens de parcourir d'une manière serrée quatre cents pages en trois heures de temps ; mais je ne veux pas me coucher sans écrire. Elle s'appelle Mélanie Guil- bert ; elle est née à Caen. Elle a un frère et une sœur et une mère qui, fille unique et fort belle, porta dans son ménage tous les défauts de son ca- ractère, au point que son père mourant répondit à sa sœur, qui lui disait qu'elle allait écrire à sa mère absente : « Non, non, ma fille, laisse-moi mourir en paix. » Une autre fois, elle lui donna un soufflet devant ses enfants ; il fit semblant d'en rire. Il paraît que le frère de Mélanie est un assez mau- vais sujet, même crapuleux, mais délicat sur l'ar- gent, au point de rendre à la famille d'un de ses amis six mille francs en billets que cet ami mourant lui avait laissés. Sa mère est tombée dans l'avarice. Plusieurs traits frappants, que je n'ai pas le temps de rapporter, me peignent dans sa sœur le caractère de Mathilde de Vernon (Delphine), faisant les ac- 292 JOURNAL DE STENDHAL lions les plus tendres sans tendresse, et très pieuse. Voilà le véritable défaut de la piété chez les femmes, bon peut-être à développer sur la scène. Elle était divine en me racontant cette histoire. J'étais assis à côté d'elle, la regardant en face, ne perdant pas un de ses traits, tenant ses mains dans les miennes. Elle a bien senti que son âme tendre faisait effet ; seulement j'ai un petit trait à lui re- procher, mais quelle est la femme qui n'est pas un peu coquette? Elle était vraiment attendrie ; en parlant de son père, elle s'est essuyé deux fois les yeux, où il n'y avait point de larmes. Je lui ai pris vingt baisers, elle ne se défendait pas trop ; je crois qu'elle m'aime. Cette joie souriante et ce ravissement d'une âme sensible qu'elle a éprouvés, en me voyant, me le prouvent. Cependant, je l'avais un peu ennuyée la dernière fois, car, comme je lui disais : « Choisis- sons un signe que vous me ferez quand je vous ennuierai », elle m'a dit : « Ah ! oui «, avec l'accent de la satisfaction. J'ai plaisanté un peu là-dessus. Ce signe est cette question : « Y a-t-il bal à l'Opéra ? » Je la pressais de me dire si elle aimait quelqu'un, elle m'a dit que non, enfin que oui, en me regardant ; elle a vu, mal- gré mes efforts, ma figure décomposée (cela joué en grande partie), elle m'a bien vite dit que non ; la grâce suave qu'elle mettait dans toute cette conver- sation me prouve qu'elle m'aime. Enfin, deux fois^ 1805 - 19 février. PARIS 293 je l'ai fait rire à gorge déployée ; le sang-froid commence à me revenir, j'ai cependant toujours de ces moments où ma bouche seule parle, mon cœur étant occupé à sentir ; alors elle rabâche toujours la même idée. A deux heures, je l'ai accompagnée chez Talma le dentiste, chez qui j'irai demain. Elle voulait tra- vailler au retour, j'ai lu cela sur sa physionomie. Je suis monté un instant ; il est convenu que je l'appellerai Mélanie, et elle, moi, Henri. Je l'ai bien embrassée, et je Tai quittée à trois heures. A tra- vers tout ça, elle n'a rien fait d'aujourd'hui, car j'ai rencontré M°^^ Mortier qui y montait, à qui, par parenthèse, j'ai dû paraître extraordinaire, car j'ai tant de répugnance pour elle que, malgré mes efforts, je n'ai pu faire baisser mon esprit, qui pen- sait à Mélanie, à lui répondre ; heureusement, l'idée m'est venue de lui parler d'elle, alors c'a été à elle à sentir. J'ai remarqué l'effet de la curiosité sur les femmes. M[élanie] avait envie de travailler, la conversation est tombée sur Pacé, elle m'a fait rester pour en parler. Quel avantage j'aurai quand je saurai exci- ter et satisfaire cette passion ! Elle m'a répété au- jourd'hui qu'elle ne voulait point avoir d'amant, qu'elle ne pensait qu'à débuter ; nouvelle raison pour travailler avec elle. Elle a lu Othello de Sha- kespeare à la suite d'Othello de Ducis; elle préfère le deuxième ; les grandes beautés du premier man- JOURNAL DE StENDHAL. 19. 294 JOURNAL DE STENDHAL quent leur effet à cause des chevaux de Barbarie et de la bête à deux dos ; lui apprendre à goûter le sublime Shakespeare. Elle a été enchantée du pres- sentiment que Hédelmone a de sa mort ; elle m'a fait de VOthello de Shakespeare deux ou trois^ critiques de sentiment, qui (quel que soit leur mé- rite) ne peuvent sortir que de l'âme d'une artiste. Je la verrai demain chez Dugazon, jeudi au Bourgeois Gentilhomme, ou plutôt chez elle et au théâtre, vendredi chez Dugazon. A cette heure,^ à cause de notre signe : Y a-t-il bal à l'Opéra? je Tirai voir bien plus souvent. Acquérir l'habitude des compliments ; elle plaisantait sur un coup qu'elle m'avait donné dans l'œil et disait en plaisantant avec amour : « Ces grands yeux ! » J'aurais dû lui répondre : « Oh ! vous êtes accoutumée aux vôtres, vous n'en trouvez point de grands, mais, etc. » Cette journée charmante et d'un bonheur que je ne pourrai jamais avoir en province (les arts et l'amour délicat d'une femme d'esprit) n'a pas fait sur moi la même impression qu'elle aurait faite il y a quel- ques jours ; je commence à m'accoutumer au bon- heur. ANNEXES TROIS ESSAIS POÉTIQUES Un moment, Henri Beyle s'est cru poète. Cette illusion juvénile, heureusement, s'est exprimée peu de fois. Trois essais poétiques seulement (sans parler des ébauches de comédies en vers) ont été conservés parmi les documents stendhaliens de la bibliothèque municipale de Grenoble : les deux premiers, dans les dossiers joints à la collection R 5.896, le troisième au feuillet 126 du volume XVIII de la même collection. Les deux premiers sont datés : juillet 1801 et 24 janvier 1805 ; le dernier semble écrit pour Adèle Rebufîet. Ces trois pièces sont inédites, sauf les onze pre- miers vers de VHonneur français, publiés par M. Henri Cordier dans Stendhal et ses amis, p. 75. 296 JOURNAL DE STENDHAL I L'HONNEUR FRANÇAIS Conte 1. De ses pâles flambeaux la lune vagabonde Eclairait Brescia et le reste du monde : De onze coups égaux les clochers résonnants Appelaient aux combats les fortunés amants. Dans le chemin obscur nous marchions en silence : Nous allions au b 1 chercher la jouissance. Le fils à l'œil hardi le premier s'avançait ; D'un pas délibéré le père le suivait ; Le grand Egyptien, Beyle à la mine noire, Quesnel, dont les exploits personne ne veut croire, ■ Formaient le corps d'armée. « Amis, voilà l'auberge ; ■ Je vois les trois épées attachées à leur verge, S'écrie au loin Cacault On s'élance à l'instant sur la rampe tortueuse, Chacun de nous déjà croit embrasser la gueuse. Sur le palier obscur nous allons tâtonnants, Frappant aux portes de tous les appartements *. 1. Brescia, messidor an IX [-juin, juillet 1801]. Premiers vers que j'aie faits, l'faits] en trois heures. ANNEXES 29Î Mais quel étrange bruit interrompt nos plaisirs ? J'entends dans l'escalier et monter et courir, Nous voyons apparaître un sbire et sa cohue : « Messieurs, je viens, dit-il, du fin fond de la rue, « Appelé par le bruit et l'infernal bouzin... « — Qu'appelles-tu bouzin, ruffian de cisalpin ? (i Quitte ton uniforme et, regagnant la place, « Reprends ton naturel, va rejoindre ta race, « Sois cisalpin, ou bien je te coupe le v... » A ces mots, l'animal, de peur déjà contrit, Dégringole la rampe... * II VERS SUR LA FETE DE M^e T[EISSEIRE] ^ A VN AMI. Pourquoi ne pas céder au plaisir qui m'invite A vous conter un peu la fête de ce soir ? Solitaire habitant d'un très petit manoir. Vous vivez de soupirs, et votre cœur s'excite A des pleurs éternels. On vous fut infidèle ? Mais quoi ! le fait n'est pas nouveau : On ne voit ici-bas que nouvelles amours. Il est passé le temps où c'était pour toujours Qu'on s'engageait sous le drapeau Du dieu d'amour. Une amante fidèle Peut encor se trouver. Mais où ? Voilà le point. Oh ! si je le savais !... Mais je ne le sais point. N'espérant point troviver un objet aussi rare, 1 . Are in LF . C . three F and ihree M. 298 JOURNAL DE STENDHAL Je le cherche pourtant. Bien souvent je m'égare, Mais il est du plaisir à s'égarer ainsi. Que si je trouve une jeune beauté Qui joigne de la grâce à la naïveté, Je lui donne mon cœur. Mais je vois bien aussi Qu'il ne faut point prétendre à faire sa conquête : Il faut bien plus d'esprit pour aimer aujourd'hui, Et l'esprit en amour me semble peu de mise. .Je veux pour aimer bien une pleine franchise. Je n'en vois point ici. J'en ai vu cependant, et ce dans une fête. C'est fort ! — Je l'avouerai ; mais la grâce touchante, La politesse et la bonté Qui brillaient dans la divinité Semblaient unir les cœurs par leur force puissante. De cent jeunes beautés une troupe charmante S'assemble peu à peu. On se place en silence. L'attente du plaisir fait palpiter le cœur, Tous les fronts sont couverts d'une aimable rougeur, Tous les yeux sont baissés. La timide innocence Veut plaire, et sans paraître en avoir le dessein. A côté de sa mère une fdle tremblante Porte jusque sur elle un coup d'œil incertain Qui lui dit : « Suis-je bien ?» — Et la mère ravie Lui répond d'un coup d'œil : « On n'est pas plus jolie. » Que le cœur d'une mère alors sent de douceurs ! Mais déjà dans la salle arrivent les danseurs. Aussitôt s'établit un maintien plus sévère. La joie est plus légère. On parle à sa voisine, on chuchote, l'on rit. On ne s'aperçoit pas seulement qu'ils sont là. Jeunes beautés qu'Amour enserre, Le malin ne perd rien à cela : Un soupir, un coup d'œil, un geste vous trahit. 1. Il fallait peindre. 5 thermidor. ANNEXES 299 Le violon prélude, on court prier sa dame, Et quelquefois aussi on craint de la prier ; L'amant discret craint de trahir sa flamme, Il craint les yeux malins, il craint de s'oublier... On est bien mieux en face ! Alors, on se place. L'aimable gaieté Et la liberté Se peint dans les yeux. Le signal se donne, La salle résonne. Plus de sérieux. Quelle aimable aisance ! L'on va, l'on revient. On passe, on s'élance, On quitte, on se tient. Et l'on recommence. On forme une chaîne ; On parle en passant ; Puis l'on se promène ; On rit en courant ; Mots malins de courir, Belles d'applaudir. Que ne puis- je en mes vers former une peinture Qui pût montrer aux yeux la naïve beauté, Le sourire enchanteur, la douce majesté, Cette aimable candeur, image vive et pure D'un cœur qu'Amour n'a point troublé. C'est toi, jeune Tournade, amour de la nature ! J'admirais, étonné, tes grâces naturelles. J'oubliais près de toi que le temps eût des ailes. De mon cœur vainement je voulus t'arracher. Mais que sert de nourrir une flamme insensée Qui jamais de ton cœur ne pourrait approcher ? Adieu, douce pensée 300 JOURNAL DE STENDHAL De bonheur et d'amour. Adieu, chère Antoinette, Vis heureuse en ces Ueux auprès de ta Laurette, Je fuis bien loin de toi. Pourrai-je t'oubher ? La fête continue, ou me vient convier De danser à mon tour. Las ! ressource impuissante. Quelque chose peut-il distraire de l'amour ? La voix ravissante, La danse bruyante. Tout est réuni, Tout est embelli. 0 belle Pauline, 0 jeune Adéline, Quels talents parfaits ! Ici, que d'attraits ! L'âme est inspirée. L'oreille enivrée. Ici, les plaisirs De tous nos désirs Passent les souhaits. Quel est ce groupe heureux où la joie est si pure, Du bal le plus joli la plus belle parure ? C'est toi, belle Pascal, dont l'esprit sémillant, La grâce enchanteresse et la fraîcheur brillante, Plaît, étonne, attendrit, transporte en un instant. Quel art est donc le tien ? Sans cesse différente. Et toujours plus charmante, Tu sais ravir les cœurs sans paraître y songer. Je ne voudrais gager D'en tirer mon cœur franc. A l'aimable Eugénie, A la douce Amélie, Il faudrait échapper. Toi, superbe Mauduit, On dirait une tête, ouvrage de la Grèce, Nous montrant le repos d'une jeune déesse, Des soins d'un Phidias rare et sublime fruit. ANNEXES 301 Vous parlerai-je encor de la magnificence. Du luxe adroit, de l'élégance Que T. avait su réunir ? J'aime bien mieux vous dire et ses mille vertus, Et son active bienfaisance, Et pour les malheureux tous ses soins assidus. Mais chut, arrêtons-nous. Ce serait les ternir Que les mettre en ce lieu. Prenons un peu d'haleine Pour les chanter après, d'une plus digne veine. Coupure pour la deu-^ième copie ( la première, quatorze heures après la fin du bal, le 24 jarn'ier, à 1 heures du soir. 1804). Renvoi [au vers 78] : J'oubliais près de toi que le temps eût des ailes. Adieu, douce pensée, adieu, chère Antoinette ; Fais toujours l'ornement de cet heureux séjour. Trouves-y le bonheur au sein de ta Laurette. Je fuis bien loin de toi. Pourrai-]e t'oublier ? La fête continue. A danser à mon tour On vient me convier. La voix ravissante. La danse bruvante... Composé après le bal de madame Teisseire. donné le 23 janvier 1804 (21 ans). J'en suis sorti à 5 heures du matin, je les ai envoyés à 7 heures du soir. Le 25, à midi, deuxième copie corrigée à madame A. Périer, Le Chinois, 302 JOURNAL DE STENDHAL Envoyé la troisième copie à mademoiselle Tournade le 6 pluviôse [-27 janvier], à midi . ^ * * * III Sur le soir d'un beau jour, dans un sombre bocage, Je regrettais le temps où mon âme ravie *, Soupirant à vos pieds espérait vovis toucher. J'entends un petit bruit soudain dans le feuillage : C'était l'Amour *. Amour, ô maître de ma vie *, Tu connais mes malheurs. Oh ! si je te fus cher. Fais-les finir. Fais que je n'aime plus Adèle. Si tu m'es favorable, ô fils de Cythérée, De mon cœur trop épris son image adorée S'envolera. L'Amour. Peux-tu chérir une cruelle Qui met tout son bonheur à se faire admirer Et non pas à aimer *. 1. Oubliés jusqu'aujourd'hui 5 thermidor an XII [-24 juillet 1804], à Paris. Je les relis. Plusieurs traits du commencement, cjue je marque d'un A, ne sont pas assez profondément naïfs. La fin du portrait de mademoibelle Tournade est contre les convenances. Ce que je dis de mademoiselle Pascal est fade, mais le total m'en paraît bien, surtout les trois vers de mademoiselle de Mauduit. Dans le commencement, pas im mot oiseux. Un passage charmant, quelques jolis passages, plusieurs manques de goût, plusieurs fautes de versification, de la couleur en général. Marseille, 9 thermidor XIII [-28 juillet 1805]. C'est bien, ça méritait ce succès de société c[ue cela n'a pas eu, sans doute à cause des manques de convenance et du défaut de légè- reté. Marseille, 9 mai 1806. ANNEXES SOS' — Qu'elle était belle, Amour ! Tout ce qui l'entourait semblait être sa cour ; Par sa si douce voix tout se laissait charmer. Sur son front respirait cette aimable candeur, Gage de l'innocence, et cependant polie Comme si dans les cœurs elle eût passé sa vie. Les Grâces la suivaient. ■ — - Avec quelle rigueur De tes vœux méprisés elle interdit l'hommage, — Juge si je l'aimais ! Elle me méprisait, Je ne pus la haïr. Sur ce divin visage La colère elle-même en me tuant me plaisait. Chaque trait me montrait une beauté de l'âme. Son âme, la vertu par les Grâces ornée *. « L'Amour, en s'envolant : « Te guérir de ta flamme^. Ami, je le vois bien, surpasse mon pouvoir. De tous ceux qui l'ont vue suis la destinée, Aime-la sans espoir *. « II HENRI BEYLE ET LA DUCHESNOIS Catherine- Joséphine RafTin, dite M^^^ Duches- nois, née à Saint-Saulve, près Valenciennes, en 1777, était entrée au Théâtre-Français en 1802, presque en même temps que M^^^ George, alors âgée de 15 ans. Toutes deux devinrent sociétaires en 1804. Leur rivahté agita bien des fois le parterre, et l'une des annexes qu'on lira plus loin (portrait d'Inchi- nei>ole) montre bien le caractère de ces luttes pas- sionnées. Beyle fut présenté à Duchesnois par son ami Louis Crozet le 24 avril 1804. Tous deux étaient d'ardents défenseurs de la tragédienne ; le futur Stendhal combattit même par la plume le plus illustre des partisans de M^^^ George, Geoffroy. Celui-ci d'ailleurs ne connut jamais les réponses de son jeune confrère, car elles ne virent pas le jour de son vivant. ANNEXES 305 Les papiers stendhaliens de Grenoble renferment un article complet, signé Junius, du 18 avril 1804 : « Réception de Mesdemoiselles Duchesnois et George » (R 302, dossier n° 1), et un article incom- plet, écrit vraisemblablement le 4 mai 1804 (R 5.896, vol, VII, fol. 208). Le premier est inédit, le second a été publié par Casimir Stryienski, Journal de Stendhal, page 458. Nous y ajoutons une note inédite, résumant ce qu'Henri Beyle savait de la Duchesnois en a^^"il ou mai 1804 (R 302, dossier n» 1). I Réception de Mesdemoiselles Duchesnois ET George. Chose étrange ! le public a mille fois décidé entre mesdemoiselles Duchesnois et George ; il se dispute les places quand la première joue, il les remplit à peine quand c'est la seconde. Et l'on veut accabler mademoiselle Duchesnois d'une injus- tice que l'on ne ferait pas à la plus mince confidente. Elle a débuté la première, on veut la recevoir la seconde. Sa vieille ennemie, M^^^ Raucourt, est allée réveiller M. Geoffroy, et ce grand prêcheur JOURNAL DE STENDHAL. 20 306 JOURNAL DE STENDHAL de raison et de vertu veut, à force de mensonges, faire triompher sa protégée. Il ne ménage plus rien, il sait que depuis longtemps les gens d'un certain ton méprisent sa feuille ; mais il endoctrine encore le peuple de la littérature. Cet homme si fin est, cette fois-ci, sans adresse et, l'on pourrait dire, sans esprit. 11 accumule les faussetés les plus pal- pables. M^^'^ George a débuté dans un emploi différent de celui de M^'* Duchesnois. — Cela est faux. M}^^ Duchesnois a joué Phèdre, Sémiramis, et Her- mione. M^^^ George a joué Clytemnestre et tout de suite après Aménaïde. On voit qu'elles ont débuté toutes les deux dans les reines et dans les grandes princesses. Le public rac... * la manière dont M^^^ Duchesnois exprimait l'amour et, sentant bien qu'il fallait être née pour ces rôles-là, tandis qu'avec de l'étude on jouait passablement les reines, lui a demandé Phèdre, Hermione, Roxane, etc. Elle a joué ces rôles, dont on ne se lassait point. Comment a-t-elle pu perdre ses droits en excitant sans cesse davantage l'admiration ? On veut violer pour elle les lois du théâtre, celles même de la justice. De tout temps, on a reçu les acteurs dans l'ordre de leurs débuts, quels qu'aient été leurs emplois. Cette loi est juste ; aujourd'hui, on veut la rompre à l'égard de mesdemoiselles George et Duchesnois, mais de cette façon que l'on fait ANNEXES 307 descendre M^^^ Duchesnois pour donner sa place à M'^^ George. On craint au théâtre une doublure comme M'^^ Duchesnois, on sent bien que si elle jouait jamais Emilie, Pauline. Cornélie. et tous ces rôles où le grand Corneille a peint la vertu d'une manière si touchante, le public y reverrait peut-être avec moins de plaisir les autres actrices. M. Geoffroy nous parle des indispositions de APl^ George, dont la constitution nest pas encore formée, pour nous faire apercevoir qu'elle ne paraît plus depuis quelque temps et pour attirer un peu plus de monde que de coutume lorsqu'elle jouera Cornélie dans Pompée, lundi. Cette ruse est per- mise à AP^^ Raucourt. elle fait valoir son élève ; mais doit-elle y joindre la calomnie ? Elle dit que M^^^ George a succombé accablée par les intrigues que la jalousie et la haine ont ourdies. — Le contraire serait bien plus ^Tai. M^^^ Raucourt sait bien que si M^^^ Duchesnois, avec son talent, avait employé le quart des intrigues qu'on a trouvées contre elle, il y a longtemps qu'elle serait hors des atteintes de la jalousie. Mais cette jeune et intéressante actrice ne veut point souiller le pureté de sa conduite, elle sent profondément les injures de toute espèce qu'on lui prodigue, mais ne veut point y répondre. Si on la force à quitter le théâtre, le sort qu'on lui offre en province et en Russie est assez beau pour 308 JOURNAL DE STENDHAL la consoler. Mais c'était de gloire qu'elle était avide, et non point d'argent. J'écarte ce qui s'offre à moi de toutes parts, je veux finir. Je ne relèverai point le pompeux galimatias de M. Geoffroy et ses lourdes plaisan- teries ; je ne chercherai point à comprendre com- ment la justice, qui place M^^^ Duchesnois avant M^^^ George, est le plus sanglant affront pour un cœur généreux. Je me bornerai à remarquer l'adresse vraiment jésuitique avec laquelle il suppose qu'un certain arrangement, qu'il n'éclaircit point, a été conclu. Cela est faux. La cause du talent et de la modestie contre l'intrigue et les cabales n'est point encore jugée. JuNius. Mercredi. * * * II On a honte de transcrire les bassesses auxquelles se li\Te M. Geoffroy. Il rapporte que mademoiselle Raucourt a été sifïlée le 11 floréal dans le rôle de Clytemnestre, et il ajoute : « L'actrice qui jouait Eriphile (mademoiselle Duchesnois), quoique assez médiocre dans ce rôle, n'a éprouvé aucun désagrément de cette espèce... Cependant, quand il y a des sifflets à vendre, tout ANNEXES 309 le monde peut en acheter ; mais ces moyens ne sont pas à l'usage de tout le monde ^ » Il faut que M. Geoffroy compte bien sur la bonté de mademoiselle Duchesnois et sur le silence de ceux qui se trouvaient dans les coulisses ce même jour 11 floréal, à la représentation de Clytemnestre. S'ils voulaient parler, ils raconteraient la scène scandaleuse que mademoiselle Raucourt fit à ma- demoiselle Duchesnois ; ils diraient que cette reine qui pourrait donner des leçons de tenue " sur la scène n'était plus qu'une harengère dans la coulisse et vomissait des propos dignes de son état. Mais il est des choses qu'on ne peut rapporter sans en partager l'infamie. Si les habitués du parterre étaient admis à parler, ils diraient que depuis longtemps on ne souffre plus mademoiselle Raucourt qu'en considération de son ancienneté au théâtre et que ce sentiment de bienveillance est bien diminué depuis qu'on sait ses menées contre mademoiselle Duchesnois. Ils diraient que, le jour de Clytemnestre, tout le monde s'étonnait de ses cris, encore plus forts qu'à l'ordinaire, et que le parterre fut sur le point de siffler en corps. M. Geoffroy se plaint des cabales de mademoi- selle Duchesnois. Le contraire, etc. 1. Feuilleton du 11 floréal XII. 2. Ibidem. Journal de Stendhai. 20. 310 JOURNAL DE STENDHAL J'écarte ce qui s'offre à moi de toutes parts, je veux finir... * * * III Mademoiselle Duchesnois se couche à trois heures et se lève à midi. Les jours de répétition, elle y va à midi et demie, ainsi que les jours de comité, qui sont tous les samedis. Les autres jours, le maître de langue vient à une heure. Les jours où elle joue, elle n'est pas visible le matin. Le maître de langue est un homme instruit. L'aller voir dans sa loge après les représentations où elle a joué. Sa sœur s'appelle madame Halley ou madame Rafm. Demander des nouvelles de mademoiselle Caro- line, cousine, qui, quoique âgée seulement de quatre ans, joue déjà la tragédie. Lui porter des bonbons. Madame Boquet, la tante, soixante-quatre ans, parlant mal. Il faut toujours lui vanter sa nièce. J'ai Vu M}^^ Duchesnois hier, elle a été sublime. Tâcher de faire connaissance avec M. ou M™^ Ricci, dentiste, chez qui se font les parties de campagne à Montmartre. Lemazurier peut être utile pour cela. ANNEXES 311 Sans compter la loge, Crozet allait chez elle deux fois par semaine ^ 1. Les plus gr2indes repr[ésentations], 5.500 livres. Dimanche, dans le Cid, 1.000. Dans Didon, 2.000 livres environ. m LES FINANCES D'HENRI BEYLE EN 1803-1804. Les soucis d'argent ont commencé de bonne heure pour Stendhal. En maints endroits de son Journal, il se plaint de la lenteur que met son père à lui envoyer sa pension. Presque constamment dans la gêne, Henri Beyle était obligé d'emprunter à ses amis l'argent qui, parfois, lui manquait presque complètement. Nous rencontrerons assez fréquemment, en marge du Journal, des témoignages de ces soucis finan- ciers : dans des notes plus ou moins longues et plus ou moins fréquentes, Stendhal notait l'état de son porte-monnaie ; ces notes parlent de projets, ali- gnent des chiffres, multiplient parfois les calculs. Jamais elles ne manquent d'intérêt, car elles pré- cisent souvent, et quelquefois éclairent, des passa- ges plus ou moins obscurs du Journal. ANNEXES 313 Toutes ces notes sont inédites. Nous les publions à leur date, au fur et à mesure de l'avancement de l'ouvTage. Pour la période 1803-1804, il nous reste trois fragments de longueurs très différentes. Tous les trois se trouvent dans les manuscrits de la biblio- thèque municipale de Grenoble : les deux premiers, très courts, sont dans R 5.896, vol. XXV, fol. 102 et 102 v^ ; le troisième, beaucoup plus important, est dans la même collection, vol. XXVI, fol. 1 à 22. I J'écris le 24 prairial XII [-13 juin 1804] to my father. Le 1^^ prairial XII [-21 mai 1804], je n'avais pas le sou. J'emprunte 240 francs, je paie 151 d'ha- billement, reste 89 francs pour le mois. 89 + 204 = 293 francs, qui font 240 francs pour le mois de floréal, plus 53 francs pour le mois de messidor, il suffira donc, pour le mois de messidor : 1° de 240 francs pour payer ma dette ; plus, de 240 — 53^ 187 francs. Il faut donc que mon père m'envoie le 1®^ mes- sidor [-20 juin] 187 + 240 = 427 francs. 314 JOURNAL DE STENDHAL Il ne m'a envoyé que 200 francs. Je devais donc, au 1^^ messidor an XII, 227 francs. Je puis mettre 50 francs par mois, donc au l^'" vendémiaire an XIII, je devrai 327 francs, sans habillement nouveau. * * * II Voyage to... * Mon père, outre ma pension, me doit, le 1^^ ven- démiaire an XIII [-24 septembre 1804], 327 francs. Si je pars le 1^^ vendémiaire, j'aurai les 200 francs de ma pension, il me faut 100 francs de dépense, donc il faudra demander 200 francs à Pacé. En économisant comme un diable pendant le mois de vendémiaire, je pourrai tout au plus ne pas faire de nouvelles dettes, à cause des trois louis de La... Donc, le l^r brumaire an XIII [-23 octobre 1804] j'aurai 100 francs de dettes ; à cette époque, si mon père ne me donne rien, il faudra donc que Martial * me donne 200 francs auquel cas, ne payant pas mes 100 francs de dette, je me trouverai pos- séder, le l^'" brumaire an XIII, 300 francs et l'équi- page nécessaire pour partir. 14 fructidor XII [-1" septembre 1804]. ANNEXES 315 * * * III JOURNAL DE LA RECETTE ET DE LA DEPENSE DE MON DERNIER VOYAGE A PaRIS ^ Recettes. Je pars de Grenoble le 29 ventôse an XII [-20 mars 1804] avec 562 livres 12 sous, dont voici le détail : Mon père me donne 480 \ ^^^'^^^°^ ••••; li, ,, f5581.12s.2 raure me rend 52 1. 12 s. Ma sœur 12 Pris le 5 floréal 48 livres chez Peltier. M. Boissat me prête 12 livres le 11 floréal. Après plusieurs prêts de part et d'autre, il me doit 6 fr. depuis un mois. Vendu vieux habits, 15 livres, laissées entre les mains de M. Pakin. J'attendais 240 fr. le 29 germinal [-19 avril], je reçois le 13 floréal [-3 mai] une lettre de 10 louis, payable le 18 floréal. Reçu le 18 floréal : livres, 240. Reçu le 22 prairial [-11 juin] : livres, 204. 1. Naturel, vide d'action. Phi linte, dernier jour de 1804. 2. Voilà la vérité, l'autre sora me est trop forte de 4 livres. 316 JOURNAL DE STENDHAL Reçu le 23 messidor [-12 juillet] : 200 i. Payé 30 livres 17 sous à B. j Déposé chez lui, 48 90 1. 17 s., reste 110 1. 14 s. Donné 12 1. à M. /or R. I Reçu le 5 thermidor [-24 juillet] : 200 livres. Reçu le 2 fructidor [-20 août] : 200 livres. Reçu le 25 fructidor [-12 septembre] : 60 livres. Reçu 200 livres le 4^ jour complémentaire an XII [-21 septembre 1804]. Reçu pour ce troisième voyage à Paris, dans le cou- rant de l'an Xll, 1.784 livres pour six mois, 297 [par mois]. Payé 48 livres à Durzy. — 24 — à Mante. — 15 — à Barrai. Je ne dois plus que 40 livres. J'ai donné à Mante 48 livres pour Joseph Rey. Ne jamais montrer to my father de projet pour les finances, avoir toujours l'air de vivre du jour à la journée. 14 floréal XII [-4 mai 1804]. Wais of going to the loi^e. Il me faut pour aller 100 francs, ci . . 100 fr. Pour revenir, 100 100 » Pour demeurer, au moins 100 100 » 300 fr. 1. 12 to M. for R. + 12 idem + 12 idem + (4e complém. XII) 12 livres. — Reçu de mon père jusqu'au 22 prairial : 480 + 240 + 204 + 660 = 1. S4 livres. ANNEXES 317 Relativement aux Sonnettes, il n'est donc pas abso- lument impossible d'y aller. Habillement ; emporter : mon habit est bon ; 6 che- mises ; 6 cravates ; 6 mouchoirs ; 2 culottes nankin ; 4 paires bas de soie ; 1 paire de souliers neufs. — A ache- ter : pantalon vert ; bottes, de 48 livres ; 1 gilet. Possibilité morale, y réfléchir. Mais l'hiver, plus de promenade, plus d'occasion, j'ai donc encore un mois et demi jusqu'au l^"" brumaire. Encore est-ce beaucoup. Par mois. Pension Gruel 51 livres Chambre : 30 + 6 36 — Déjeuners 24 — Blancliissage et lettres 18 — 129 livres 240 — 111 livres. Reçu le 2 fructidor XII [-20 août 1804], 200 livres. Au portier, 71 1. 12 s. ^ ac'i ] A La Rive, 96 \ ', oo-^i- T-x '• no ; > 23/ livres. Déjeuners, Il ^701 Dîners, 48 ) Il me manque donc 37 livres pour mourir de faim. J'ai de surérogation 60 -f- 50 = 110 (60 o/ my watcJi, and 50 of my father). 37 de 110, reste 73 livres. Sur ces 73 livres, j'ai le médecin à payer, une paire de souliers 7 livres, et 21 livres à Douenne. 318 JOURNAL DE STENDHAL Médecin 24 1. Souliers 7 Douenne 21 (payé) 52 1. Reste 21 livres, moins 12 to Mante for R. Reste donc 9 livres pour mes plaisirs, avec toutes les ressources possibles. Plus, à payer le perruquier : 6 livres, la blanchis- seuse : 15, à Barr[al] : 6 livres. Total : 27. 9-27, reste :- 18 livres. J'ai donc pour mes plai- sirs - 18 livres. Je dois à Barrai 46 livres, je reçois 60 livres. Payer 12 livres à B., reste 34 livres dues. Reste 48. Nourriture : 34 livres, reste 14 livres. Couper les cheveux, 3 livres. Bretelles : 4 livres. Reste 7 livres ^. Payé le 22 germinal XII [-12 avril 1804], 100 livres pour Alpy à M. Gardien. Je me mets en pension à 51 livres par mois, le... *. rue de l'Université, vis-à-vis la rue de Poitiers. Payé le 18 floréal XII [-8 mai 1804] à Boissat : 18 livres, à Mante : 6 livres. 1. Registre des lettres reçues et écrites : My father : Écrit le 14 floréal. — le 6 prairial. — le 15, sur les finances : G3 au tailleur, 42 au bottier, 24 1. 10 s. au chapelier. L'argent fini au 28 floréal. — le 20, lettre courte, mais énergique (ils sont des bâtards). — le 21, sur Pauline. — le 24, où je dis que j'ai emprunté 240 livres le l'"' iloréal, en 4 prêts, dont un de 6 louis avec intérêt. J'ai payé 151 pour habille- ment, 63 à Douenne, 24 1. 10 s. chapeaux, 42 bottes, 22 pantalon vert. D'après ce compte, il me faut 427 livres le 1" messidor. Je ne dis pas ça clairement. Je demande une pension annuelle, ou du moins un crédit mensuel à jour fixe chez les Périer. ANNEXES 319 Payé le 19 à M. Pakin 67 1. 13 s., dont 13 1. payés déjà et 52 l. 13 s. aujourd'hui, ci ... . 52 1. 13 s. Acheté le 18 : Pensées de Pascal, 3 1. La Fontaine, Fables, 1 1. 8 s. Mairet, etc., 1 1. 10 s. f 7-> , i^i- < .-. ^ .c\ ) Books : 12 livres 12 sous, le 19 : Vauvenargues, 4 1. Les Provinciales, 2 1. 14 s. Je paie le 19 floréal à M°i^ Gruel, maîtresse de ma pension, 36 livres, dont 27 pour achever de payer le 1®^ mois, commencé le 27, et 9 pour commencer le 2®, ci 36 1. Je paie le 19 floréal le l^^^ mois de ma chambre, commencé aujourd'hui mercredi 19 floréal an XII, 30 livres, ci 30 1. Il me reste 48 + 20 = 68 livres. Je paie le 22 à M"^® Gruel 24 livres 24 1. Je paie 31 1. 10 s. à M. Ba 31 1. An XIII. — Emprunt. Touché le 2 vendémiaire XIII [-24 septembre 1804], 425. 68 de logement. 72 à La Rive. Je paye avec le mois de vendémiaire 100 francs, reste 40 40 Bottes 48 Culotte 36 124 livres Reste 301 livres 320 JOURNAL DE STENDHAL 2 jam^ier 1805, — Si mon grand-père me parle de raisonner avec mon père, je suis comme le comte Almaviva : bataille est mon fort. Un père doit, en justice rigoureuse, la nourri- ture, le vêt et besoins naturels à ses enfants. Mais tout homme doit tenir ses promesses, or mon père m'a promis mille écus. Si mon père m'eût mis, comme Jean-Jacques^ aux Enfants, en supposant toutes les chances du hasard contre moi, il est impossible que je fusse plus malheureux que je ne le suis actuellement. Leur développer un peu cette chance. Et je le serais en effet si je n'avais jamais lu Jean- Jacques, que j'ai lu malgré lui, et qui m'a donné the caracter loinng and the greats loues. 12 nivôse XIII [-2 janvier 1805]. H. Beyle. 18 nii'ôse XIII [-8 janvier 1805]. — Don du jour de l'an 1805. Del padre grande, per çia di Pacé, ricevulo cenio lire. Tencin, 27 livres 3 sous doit. Mante, 6 livres, je dois 14. Crozet, je dois 11 livres 9 sous. Acheté Idéologie 4 livres 10 sous. Bal, 18. Payé femme de ménage, 9. Portier, jusqu'au 15 pluviôse, 6. Reste : sei lire. ANNEXES 321 Emprunt. Reçu à la Banque de France, le 5 vendémiaire an XIII; 300 fr. en écus de 5 francs. \ 50 fr. en francs 400 fr. 50 fr. en pièces de 2 francs ' 2 pièces de 5 fr. 10 francs j En sixliards. . . . 9 francs ? 19 fr. 13 sous Plus 13 sous I Total 419 fr. 13 sous que je dois payer le 19 fructidor an XI 11 ^-(3 septembre 1805], à ... *, par l'entremise et au domicile de BigilUon. H. Beyle. Je charge Pauline Beyle, ma sœur et mon héritière, de payer sans nul retard, en cas de décès de ma part. H. B. Mois de pluviôse XIII. Je dois à Barrai, 106 livres. — à Mante, 12 livres. — à Crozet, 8 + 3 + 5 s. -f 4 s. = 11 1 !U. An XIII. Touché le 2 frimaire 200 livres. Payé 72 livres à La Rive le même jour. 72 1. Bretelles, pantoufles, papier 7 1. 10 s. Reste 110 livres. JOURNAL DE STENDHAL. 21 322 JOURNAL DE STENDHAL Je suis ruiné ce mois-ci. J'ai 103 livres à rendre à Mante, 30 à payer à M. Debernet, mon logement et ses frais 30, ma blanchisseuse 12, du bois 36, mon tailleur 150. Son fresco adesso. Demander une avance à mon père. Je perds 127 livres le l^"" frimaire [-22 novembre]. J'ai pris un maître de change. Le vieux Laussat, 2 louis sans intérêt, 6 ans. Lettre de huit pages, où je conte des choses tristes. Ma ruine, sans rien de précis. Je devais à Mante. Je lui rends 72 livres. Reste dû 33 livres 18 sous, plus 24, que Mante me reprête le même soir. Total : 57 livres 18 sous. Il me reste environ 15 livres pour mes plaisirs, mes déjeuners, payer 150 à Douenne, 30 de logement, 15 à la blanchisseuse, etc. [17 fois répété]. * 3 frimaire XIII [-24 novembre 1804]. — J'ai le bon esprit de n'être pas triste. Je ne dois plus que 44 livres à Mante. Payé le l^'" frimaire 48 livres, il me donne le 10 au soir 24 livres, donc je lui en dois 20. L'abandon insensible où me laisse mon père et divers traits de sa vie que je rassemble me font penser qu'il pourrait bien n'être qu'un Tartufe, dont l'unique but serait l'argent. Où aurait-il pris ANNEXES ;j23 en effet la générosité ? au Palais. La \Taie justice ? dans la Religion. En ce cas, qu'il a fallu longtemps même pour me faire soupçonner la vérité ! Quelle diiïérence, si j'avais Mante pour père! * 22 pluviôse an XIII [-11 février 1805]. — Je dois à Mante 12 + 24 + 6 = 42 livres. 23 pluviôse. — Plus 12. Total : 54 livres. Je dois à Mante 63 livres 10 sous. Payé 49 — 10 — Reçu 200 livres. Acheté chapeau, 24 livres. Payé à Dz. 54 livres. Je dois à Mante en total .... 26 livres. Plus 27 livres 12 sous Plus 11 livres 64 livres 12 sous Germinal XIII ^ [-22 mars-20 avril 1805] : Touché le 1er 200 livres, ci 200 1. Payé à Crozet 12 1. \ — à Mme Evrard... 27 1. / ,..i,n o 1 > 421. 10 s. — au perruquier ... 21. l Régnier 1 1. 10 s. ' 1381.10 s. Payé à Debernet... à Dz au portier, 12. Il me restera ce soir environ 27 livres. Ecrire souvent aux illustres promoteurs de Dau- phiné. 1. Reçu de mon père 1.400 livres en l'an XIII. IV LA BIBLIOTHÈQUE DE STENDHAL EN 1804* Catalogue de tous mes livres. 3 ventôse XII [-23 février 1804]. Glaix. Livres laissés à Claix. 1. Confessions de J.-J. Rousseau. 4 vol. in-12. 2. Horatius et Virgilius. 1 vol. in-18. 3. Comedia di Dante. 2 in-12 (Prault). 4. Molière. 8 en 4 in-18. 5. Chefs-d'œuvre de P. et Th. Corneille. 1 in-18. 6. Racine. 5 vol. in-18. 7. Dumarsais. 7 vol. in-8. 8. Caractères de La Bruyère et de Théophraste. 3 vol. en 1 in-18. 9. Juvénal de Dussaut. 2 in-8. 10. Orlando furioso. 3 vol. in-8. 11. Idem, 4 vol. in-24. 12. Comédie di L. Ariosto. 2 in-18. 13. Richardet. 14. Omero di Cesarotti. 2 vol. in-12. 15. Shakespear' s beauties. 1 vol. in-12. ANNEXES 325 16. Shakespears works. 8 vol. in-12. 17. Télémaque. 2 vol. in-18. 18. Trois premiers volumes du Théâtre de Voltaire en 1 vol. in-18. 19. Contes, poèmes, épîtres, odes de Voltaire en 3 voU 1 vol. in-18. 20. Pope s Odissey. 1 in-8. 21. Decamerone di Boccacio. 22. Grandeur des Romains de Montesquieu. 1 in-18^ 23. 1 vol. de tragédies (Agamemnon, Ophis, etc., etc.). 1 in-8. 24. Dictionnaire français-italien. 1 in-4. 25. Régnier, 1 in-8. 26-27. La Guerre des dieux, la Pucelle, les Réflexions de La Rochefoucauld. 1 in-18. 28. Alfieri. 5 premiers volumes. 29. Milton. 1 vol. in-12. 30. Trois derniers volumes, in-8. 31. Racine, Phèdre. Aminta. 1 in-18. 32. Cornélius Nepos. Conjuration Saint-Réal, in-18. 33. Salustius, papier vélin, 1 in-18. Livres que j'ai à Pans. Lettres Persanes. 2 in-18. Gierusalemme liberata. 2 in-12. Julie. 4 in-12. Montaigne. Pope s Iliad. 1 in-8. 1 vol. de comédies (Philinte). Contes de La Fontaine. 2 vol. in-12. Premier vol. des Chefs-d'œuvre de C[orneille]. 1 in-12„ Horace de Le Batteux. 2 vol. in-12. Dictionnaire de Boyer. 2 in-8. Blairs lectures. 3 vol. in-8. Horatius, grand vélin. 1 in-12. Boileau, idem. 1 in-12. Journal de Stendhal. 21 326 JOURNAL DE STENDHAL Dictionnaire italien-français. 1 in-4. Lancelin. 1 in-8. Helvétius's Esprit. 2 vol. in-8. Trois derniers volumes d'Alfieri. 3 in-12. Orlando furioso. Virgilius. 1 vol. in-18. Le Barbier, le Mariage de Figaro, la Mère coupable, le Vieux Célibataire, Aristodemo, Caio Graccho. Di Dante, l^r volume, 1. Grammaire anglaise. 1 in-8. Regnard, 5 vol. in-12. PREMIERS ESSAIS DE PSYCHOLOGIE Henri Beyle et Louis Crozet mirent très souvent en commun leurs réflexions et leurs observations * nous le constaterons plusieurs fois au cours du Journal. Au début de 1805, ils avaient entrepris de noter en collaboration certaines particularités caractéristiques de divers personnages de leur connaissance. De cette collaboration sortent les notes que nous publions sous ce titre : « Premiers essais de psychologie ». Plusieurs de ces « portraits » sont consacrés à des fonctionnaires mêlés, de près ou de loin, à la construction de la route du Mont- Cenis : les ingénieurs Dausse et Derrien, le sous- préfet de Suze Jacquet et sa femme ; d'autres sont des personnes en relations plus ou moins intimes avec les deux amis : Camille Basset, Alphonse Perler, deux jeunes gens désignés sous les noms de Goodman et Inchinevole, et un camarade de col- 328 JOURNAL DE STENDHAL îège qui se suicide pendant l'hiver de 1804-1805 *. Nous avons réuni ici tous les portraits ainsi composés et qui, à notre connaissance, sont par- venus jusqu'à nous, soit dans les manuscrits de la bibliothèque de Grenoble, soit (caractère de M™^ Jgc- quet) dans la belle collection de M. Chaper, d'Ey- bens (Isère), que son propriétaire a bien voulu nous autoriser à consulter. Une grande partie du texte des Annexes qui suivent (les deux tiers environ) est de la main d'Henri Beyle ; cependant, la part de Louis Crozet doit être beaucoup plus considérable qu'il ne paraît à première vue. Crozet, ingénieur des ponts et chaussées, fut attaché aux travaux de la route du Mont-Cenis, et seul fut en relations avec Dausse, Derrien, Jacquet et sa femme. Si donc les parties écrites par lui (et qui figurent dans notre texte en caractères italiques) sont peu importantes, il est cependant probable que, dans le manuscrit auto- graphe de Beyle, diverses parties ont été écrites sous la dictée de Louis Crozet. Il est difficile de déterminer exactement l'apport de chacun des deux amis ; pour notre part, nous pensons que, dans l'en- semble, les « portraits » portent plus souvent la marque de l'ingénieur que celle de Stendhal. Nous avons jugé pourtant nécessaire de publier ^es documents : tels qu'ils sont, ils marquent une étape de la formation si complexe de Stendhal psychologue et écrivain. ANNEXES 329 L INGENIEUR DAUSSE Pe7 Perrino est né à Besançon, ou environs. Il se donne soixante ans. Il était élève des Ponts et Chaussées et fit une campagne au pont de Neuilly. Perronet s'attacha à lui. Lors du décintrement du pont de Neuilly, en présence de Louis XV et de toute sa cour, Perronet voulut faire connaître à Louis XV la machine à récéper les pieux sous l'eau, que Per- rino avait fait exécuter en petit, et le pria de l'expli- quer au roi. Mon Perrino, tout content, commence son discours avec beaucoup de chaleur ; mais tout à coup, apercevant M^^ Du Barry qui regardait la petite machine, il fut si fort ébloui de tous ses «harmes qu'il fut tout troublé et, après quelques moments de silence, finit son explication en balbu- tiant. Perrino luimême raconte ce fait avec beau- coup de plaisir et recherche toutes les occasions de se faire croire beaucoup de feu. Quelque temps après, Perrino fut employé comme sous-ingénieur par Perronet à son pont de Sainte-Maxence, Perrino se distingua par son zèle et par quelques talents, si bien que Perronet lui donna, de son chef, une gratification de mille li\Tes 330 JOURNAL DE STENDHAL que Perrino refusa, disant qu'il voulait avoir une gratification du roi, et non pas de M. Perronet. Perronet, choqué, supprima tout, et quelque temps après l'expédia pour Saint-Domingue. Il y resta quatre ans et n'y fit rien, parce qu'il n'y avait rien à faire. Perrino élève Perronet dans une partie pour le rabaisser dans une autre. Il vante beaucoup sa science pratique et rabaisse sa théorie, pour dimi- nuer son mérite en faisant croire qu'il n'était qu'un maçon. Il attribue surtout la célébrité de Perronet à la manière dont il était avec le roi, au grand train de maison qu'il avait (sa place lui valait 80.000 livres), et au soin qu'il prenait de flatter les grands. Du reste, il ne parle guère de lui aux anciens du corps qui pourraient connaître les causes de sa haine, n'ajoute rien lorsque Prusias en parle. Perrino a été nommé ingénieur ordinaire à Gre- noble, M. Marmillod étant ingénieur en chef. L'intendant et le Parlement furent longtemps divisés sur des affaires des ponts et chaussées. Perrino prit le parti de l'intendant, et M. Mar- millod celui du Parlement. A force d'opiniâtreté, Perrino parvint à l'emporter sur M. Marmillod : il est très remarquable qu'un ingénieur ordinaire l'emporte sur un ingénieur en chef. Perrino, ingénieur en chef, fut nommé membre du jury de l'école centrale de Grenoble en l'an V. Il était parvenu à se faire une réputation extrême ANNEXES 331 de délicatesse en justice. Durand dit à Percevant : « Le petit Perrino a remporté le premier prix de langues anciennes, et ne croyez pas que ce soit à cause de son père, car il n'est pas même venu à son examen. C'est un homme rigoureusement juste, un ancien. » Perrino avait donc conquis entièrement l'estime du père Durand. Il a la réputation d'un homme juste jusqu'à la dureté ; il n'a pas peu contribué à se l'établir par la sévérité avec laquelle il a tenu la main à ce que M. Gagnon, qu'il avait orgonifié, exécutât les ordon- nances sur le reculement de sa maison. Le bonhomme Perrino est très flatteur. Il reste dans l'antichambre du général Menou ( à Turin) des matinées entières, malgré son grand amour pour le travail. Il est parvenu de cette manière à être le seul reçu chez le général Menou en l'an XII, non seulement comme autorité, mais même comme visite. Pour se mettre bien avec Ricard, préfet de l'Isère, et pour fortifier sa réputation de désintéressement dans la ville, comme celui-ci lui fit allouer cinq cents francs pour un travail qu'il avait fait, il les refusa d'abord, disant que toutes les fois qu'il s'agirait d'un travail pour le département, il ne prendrait rien (la loi lui accorde le vingtième des fonds employés). Le préfet revint à la charge plu- sieurs fois, il le refusa toujours. Enfin, le préfet dit : 332 JOURNAL DE STENDHAL « Mais les fonds sont ordonnancés, je ne sais qu en faire, — Hé ! bien, citoyen préfet, il y a une bonne chose à faire : il manque des li%Tes de mathématiques à la bibliothèque, je vais vous les indiquer, et on em- ploiera ces fonds à les acheter. » Le voilà flatteur et voulant toujours soutenir sa réputation de justice, Perrino n'a pas de religion, mais veut que sa femme et ses enfants en aient. Voici comment je le sus : en messidor an XII, nous l'avons eni^Té à Césanne, au pied du mont Genèvre. Dans cet état il nous dit que le seul système raisonnable était celui de Lucrèce, qu'il aimait beaucoup ses enfants, mais qu'il voulait en être craint et qu'il ne leur permettait jamais de rire devant lui. Voilà la substance d'un long bavardage. Quinze jours après, au Mont-Cenis, à l'hospice, Perrino, couchant dans la même chambre que moi, se mit à genoux pendant environ cinq minutes, remua les lè\Tes comme pour faire sa prière. Il faisait même très froid dans cette chambre. Il est flatteur et faux dévot pour acquérir de l'argent, de la considération et du pouvoir. Il est faux juste, car : 1° il est d'accord avec les entrepreneurs du Mont-Cenis ; — 2° il nuit à ceux du Mont-Genèvre, parce qu'ils sont pauvres et qu'ils n'ont pas eu l'adresse de s'entendre avec lui ; — 3° il a fait renvoyer du Mont-Cenis un ingénieur ANNEXES 333 (M. Latombe) pour sa probité ; — 4'' il a fait renvoyer de Grenoble Janson, très probablement à cause de sa franchise ; — 5*^ il a fait renvoyer de Gre- noble l'ingénieur Pâturai, je ne sais par quel motif de service, mais très sûrement par motif de ven- geance, parce qu'il l'a fait renvoyer dans le moment où lui, Perrino, quittait Grenoble, parce que Pâtu- rai, ayant été envoyé à Genève, fut renvoyé de suite par l'ingénieur en chef de Genève (M. Céard), qui probablement avait reçu des lettres de Perrino contre Pâturai attendu que Perrino en avait reçu lui-même de Céard contre Latombe, lettres que j'ai vues. Pâturai fut renvoyé de Genève à Ro- chefort où il est mort (fin de l'an XII). Perrino nous apprit la mort de Pâturai avec joie ; il nous la répéta quatre ou cinq fois à chacun. Il nous avait dit souvent que Pâturai ne savait pas faire un nivellement, et après sa mort il le traita encore très grossièrement. La manière dont il nous annonça cette mort est plaisante : « Savez-vous que Latombe est bien heureux de ne pas être allé à Rochefort ? — Pourquoi donc ? — C'est que M. Pâturai, qui y est allé, y est mort. )) Prusias lui dit franchement : « Ah ! C'est là qu'on envoie tous ceux dont on veut se défaire. » A quoi Perrino ne témoigna rien. 334 JOURNAL DE STENDHAL 1° Il est d'accord avec les entrepreneurs du Mont- Cents. Les deux frères Perrin, de La Mure, avaient été conducteurs de Perrino à Grenoble. L'aîné avait toujours eu sa confiance, et il considérait le cadet comme un garçon de talent. Lorsque Perrino traça la route du Mont-Cenis, les deux Perrin l'accompagnèrent et l'aidèrent beaucoup. Perrino, nommé dans le même temps (germinal an XI) directeur du Piémont en résidence à Turin, fit faire des soumissions pour l'adjudication de la route par les Perrin à la sous-préfecture de Suze, et non à la préfecture de Turin. Mais ils ne furent pas les seuls soumissionnaires à cette même sous-préfec- ture : le sous-préfet Jacquet présentait de son côté un homme de Turin, homme incapable, ainsi que les Perrin, de donner aucun cautionnement et qui avait été plusieurs fois mis sur la liste des gens à ramasser ^. Cet homme se nomme Gastaldi. Les Perrin et Gastaldi se présentèrent donc à la sous-préfecture le jour indiqué pour l'adjudi- cation, croyant chacun de son côté l'emporter, et en conséquence ils ne s'étaient ni vus ni concertés. Perrino, présent à l'adjudication, soutint vivement les Perrin, et Jacquet soutint Gastaldi et Colom- bino, que Gastaldi avait amené comme son associé, i. On appelle ramasser, en Piémont, l'action d'une compagnie de gendarmes qui saisit tous les trois mois, je crois, tous les gens désignas- par les maires des communes et sous-préfets comme sans aveu, pil- lants et dangereux. On les mène en galère sans jugement. Ceux-iJ^ n'ayant point d'état, ne sachant que faire, on leur en donne un. ANNEXES 335 de sorte qu'à la première séance il ne se fit rien. On se sépara à dix heures du soir. Le lendemain, à huit heures du matin, ces quatre soumissionnaires, qui ne s'étaient jamais ni vus, ni connus, furent tous associés, et l'adjudication leur fut passée chez le sous-préfet. Cependant, M. La\alle, préfet, ou plutôt secrétaire général, cassa les adjudications et fit faire de nouvelles affiches. Alors, un nommé Rossazza fit une sou- mission très avantageuse à l'Etat pour toute la route (cette affaire pouvait être de deux millions à passer par les mains de Rossazza), et un autre entrepreneur, nommé... *, de Chambéry, fit une soumission pour la moitié de la route, dans le genre de celle des Perrin. Sur ces entrefaites Prusias * arriva. Perrino lui fit entendre que les soumis- sions de Perrin et C'^ étaient les plus avantageuses, ce qui lui fut facile, puisque Prusias n'avait point vu la route et que la réputation de Perrino lui don- nait une extrême confiance en lui. Perrino s'appuya surtout sur ce que les Perrin se soumettaient à faire pour deux francs le mètre cube, ce que lui-même avait estimé quatre francs, cachant à Prusias que ces parties-là étaient très peu considérables, de sorte que ce qui était en majorité était payé cher, chose que nous avons vue dans le cours de la cam- pagne, Prusias donna donc son avis pour les Per- rin sans avoir vu par lui-même. Cependant, des conseillers de préfecture qui appuyaient Rossazza 336 JOURNAL DE STENDHAL et qui demandaient toujours si sa soumission n'était pas la plus avantageuse, déterminèrent Prusias à l'examiner, et après quatre ou cinq séances on partagea la route en six adjudications. Les Perrin en eurent une, la meilleure ; Gastaldi, deux ; Co- lombino, une ; Rossazza. une, et celui de Cham- béry, une. Maintenant, nous allons voir la manière dont Perrino s'est conduit avec tous ces entrepreneurs. Perrin, Gastaldi et Colombino s'associèrent. Celui de Chambéry, ... *, demanda en vain qu'on lui accordât des fonds pour son adjudication, qui était la plus mauvaise, et Perrino fit tant qu'il y renonça. Rossazza la prit, sur le refus des Perrin. Les Perrin ont obtenu des fonds tant qu'ils ont voulu, et Rossazza était toujours mal reçu lors- qu'il en allait demander. Rossazza était toujours pressé de mettre force ouvriers sur ses ateliers, et les Perrin, dans le temps de la récolte, c'est-à-dire dans le temps où les ouvriers sont le plus cher, n'en ont point eu, même dans les endroits les plus pressés et où l'on ne peut travailler que trois mois de l'année. Une condition du devis porte que lorsque les entrepreneurs ne mettront pas sur la route le nombre d'ouvriers exigé par les ingénieurs, ceux-ci en feront mettre à leurs frais. Prusias écrivit à Perrino pour le prévenir qu'il prendrait cette mesure. Vu sa faiblesse, c'était une autorisa- tion qu'il demandait plutôt qu'un avis qu'il don- ANNEXES 337 nait. Perrino ne lui répondit pas, et écrivit à Perrin l'aîné, qui était alors à Grenoble, pour l'avertir secrètement de faire mettre des ouvriers. Perrin et Perrino nous l'ont dit tous les deux, dans deux moments de bêtise. Il était de l'intérêt de Perrino que la route se finît le plus tôt possible ; la partie de Rossazza est beaucoup plus avancée que l'autre. Il y a au bout de la plaine Saint-Nicolas une partie très difficile à exploiter (un rocher à couper, ue critique des Idées et des livres du 10 mars 1913, p .521-527. Dans une lettre datée dii 8 germinal an XII (29 mars 1804), écrite de Genève à Edouard Mounier [Corres- pondance, éd. Paupe, t. I, p. 81-83), Stendhal dit avoir quitté Grenoble le 29 ventôse (20 mars) et être arrivé à Genève le 5 germinal (26 mars). Mais ses souvenirs ne commencent que le 9 germinal (30 mars). La veille, il écrivait à Edouard Mounier, dans son enthousiasme de sa « chère » Genève : « Je veux tâcher d'écrire tout ce que j'ai vu dans ce pays-ci. » Il quitta Genève le 12 germinal (2 avril) pour arriver à Paris le 8 avril 1804. — Alexandre Mallein, 1 un des voyageurs, épousa, le NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 403 30 mai 1815, Caroline-Zénaïde Beyle, sœur cadette de Stendhal. Page 53. Alphonse... — Alphonse Périer, 7® fils de Claude, du fondateur de la fortune des Périer et de l'acquéreur du château de \ izille. Page 53. ... les rues basses. — Les rues basses sont paral- lèles à la rue du Rhône (elle-même parallèle à la rive gauche du Rhône au sortir du lac). Elles sont constituées par les rues de Rive, de la Croix d'Or, du Marché et de la Confédération (ancienne rue des Allemands). Page 53. ...et viens écrire à Edouard. — Nous venons de voir que la lettre à Edouard Mounier porte la date du 8 germinal, et non du 9. Page 54. ... la porte de Rive,... — - Cette porte a été démolie. Elle se trouvait à l'entrée de la rue de Rive. Page 54. ... M. Arnold le cadet... — C'était sans doute un frère de Jean-Conrad Arnold, originaire de Mul- house, qui, dès 1791, était associé des Périer dans la fabrique d'indiennes qu'ils avaient installée à Vizille, dans l'ancien château du connétable de Lesdi- guières. Page 56. ...le côté de... — Le nom a été laissé en blanc par Stendhal. Il s'agit de la côte qui va de Genève à RoUe par Versoix, Coppet et Nyon. Page 56. ?\ous revenons dîner aux Balances,... — L'hôtel des Balances se trouvait dans la rue du Rhône. Il n'existe plus aujourd'hui ; l'hôtel de la Balance actuel est situé place Longemalle. Page 57. ... nous allons à la Fusterîe:... - — La rue de la Fusterie va de la rue du Rhône à la rue de la Confédération, l'une des rues basses. Page 57. ... à Saint-Pierre. — Saint-Pierre fut d'abord 404 JOURNAL DE STENDHAL la cathédrale. La Réforme l'a transformé en temple protestant. Page 57. ... la vie... etc. — « La vie et la mort de Jésus sont d'un Dieu. » Page 58. — Je vais à la Municipalité. — A l'Hôtel de Ville. Page 58. Délia stessa schiochezza... — De la même- sottise. 1804 Paris. Fragment autographe, figurant daiis les manuscrits de Grenoble (R 5.896, t. XXII, fol. 39 à 51). — Il formait à l'origine un cahier enfermé dans une couver- ture grise. On lit sur le premier feuillet de cette couver- ture (fol. 39) : Au recto : « 3® voyage à Paris. Journal du 18 ger- minal au 30 floréal exclusivement. Le dialogue de Corneille. Le style d'Alfîeri. Le comique vu. Ariane et B. connues. Rien de fait encore en germinal 13. » Au verso : « Je ne parle dans ce journal que du cou- rant des affaires vulgaires. For the love three c. For n's house one c. For the M. N. four c. This for coxcomh. » De courts fragments de ce cahier ont été publiés^ par Stryienski, op. cit., p. 39 à 46. Page 61. ... le Vieux célibataire et le Mariage secret,... — Le Vieux célibataire, comédie en cinq actes de Collin d'Harleville. — Le Rossignol ou le Mariage secret^ comédie en un acte de Collé. NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 405 Page 61. J'y vois Mante. — Ami d'enfance de Stendhal, qui fut de la fameuse « conspiration contre l'arbre de la Fraternité « (voir Vie de Henri Brulard, t. II, p. 45 à 51). Il le retrouvera à Marseille, en 1805 et 1806. Sur Mante, voir aussi Arbelet, Jeunesse de Sten- dhal, t. I, p. 322 et 323. Page 62. ... of heart and understanding ... — De cœur et d'intelligence. Page 62. ... as a Bard. — Comme poète. Page 62. Visite du bon père Jeky. — Il s'agit du fran- ciscain irlandais qui lui donnait des leçons d'anglais en 1802. (Voir ci-dessus, p. 45.) Page 62. Je vais deux fois chez Crozet. — Louis Crozet, autre ami d'enfance de Beyle, qui eut sur sa formation tant d'influence. En attendant l'étude détaillée que mérite cet homme remarquable, je renvoie le lecteur au portrait qu'en a tracé Paul Arbelet, op. cit., t. I, p. 324-327. Page 62. ... Agamemnon... — Tragédie en 5 actes de Louis Lemercier. Page 62. ... T Homme à bonnes fortunes,... — Comé- die de Regnard. Page 63. ... la Fausse honte. — Comédie en 5 actes de Charles de Longchamps. Elle n'eut que 3 repré- sentations. Page 63. ... les Fausses infidélités. — Comédie de Barthe. Page 63. ... the Two Men. — Les Deux Hommes, pièce à laquelle travaillait Stendhal et que, comme toutes les autres, il n'a jamais terminée. Beyle dit le 26 avril 1804 (voir plus loin, p. 74) qu'il reprend cette pièce, abandonnée à Grenoble au 306^ vers. Page 63. ... Dalhan... Lavauden... F. Mallein... Frédéric Faure... — Camarades d'Henri Beyle : Mallein et Faure étaient les frères d'Alexandre JOURNAL DE STENDHAL. 26. 406 JOURNAL DE STENDHAL Mallein, qui épousa Zénaïde-Caroline Beyle, et de Félix Faure. — Dalban, né à Grenoble en 1784. Il fit paraître de 1813 à 1856 de nombreuses pièces de théâtre. — Sur Frédéric Faure, voir A. Chuquet, Feuilles d'Histoire du l^r mai 1913, p. 467. Page 64. ... Médiocre et rampant... le Voyage inter- rompu. — Deux comédies de Picard. Page 64. ... la Gageure imprévue,... — Comédie de Sedaine. Page 65. ...il m'a rendu plus hardi avec A. — Il s'agit peut-être d'Adèle RebulYet, dont il parle précisé- ment quelques lignes plus loin. Page 66. Il Bugiardo de Goldoni,... — Comédie imitée du Menteur de Pierre Corneille. Page 66. Didon et les Trois Sultanes. - — Didon, tragédie de Lefranc de Pompignan. — Les Trois Sul- tanes ou Soliman second, comédie de Favart. Page 66. ... M'^^ Montesson, la femme du duc d'Orléans, père d'Egalité,... — La marquise de Montesson avait épousé secrètement, en 1773, Louis-Philippe, duc d'Orléans. Page 66. Le général Valence,... — Le comte de Valence épousa à l'improviste M^i^ de Genlis, nièce de M"^^ de Montesson. Il fut l'héritier de cette dernière, ce qui justifie l'anecdote rapportée par Beyle. Page 67. ...et il l'aidait. — Ms. : Et il les aidait. Page 68. ... réponse au feuilleton du 27. ... — Voir cette réponse dans nos Annexes, à la fin du pré- sent volume. Page 68. ... chez M^^... — Le nom est en blanc dans le manuscrit. Page 68. ... /a Maison de Molière, suiçie de la Faussa Agnès. ■ — • La Maison de Molière, comédie en 5 actes de L. S. Mercier. — La Fausse Agnès ou le Poète Cam- pagnard, comédie en 3 actes de Destouches. NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 407 Page 69. ... M. Dehord,... — Sans doute M. de Baure. Page 69. ...La Roche, Dard, L. Barrai. — Stryienski {Journal, p. 41), qui a lu inexactement certains noms, les cite dans un autre ordre. J'ai suivi celui de Stendhal lui-même, qui a pris soin de les numé- roter. — Je signale en passant que Mante et Cardon sont qualifiés « amis sincères », alors que Crozet n'obtient pas la même louange. Page 69. ... Je lis les Souvenirs de M"^^ de Genlis. — Les Souvenirs de Félicie L*** venaient de paraître à Paris chez Maradan, en un vol. in-12. Page 70. Je sors de Gabrielle de Vergy... — Tragédie en 5 actes, par du Belloy. Page 70. ... Fulchiron a fait une Myrrha. — ■ Jean- Claude Fulchiron, lyonnais, a écrit plusieurs tragédies qui furent présentées au Théâtre-Français mais n'ont jamais été jouées. Sa Myrrha, imitée de celle d'Alfieri, resta probablement en manuscrit. Page 71. ... je lis Lancelin.. — • L'ouvrage de cet auteur que Beyle lisait porte pour titre : Introduction à l'analyse des sciences, ou de la génération, des fonde- ments et des instruments de nos connaissances, Paris, Didot, 1801-1803, in-80, 3 vol. Il traite de l'analyse des idées et de leur représentation par des signes. Page 72. ... les Confidences.... le Mariage d'une heure,... — Les Confidences, comédie IjTique, paroles de Jars, musique de Nicolô Isouard. • — • Une heure de mariage, opéra en un acte, paroles d'Etienne, musique de Dalayrac. Page 72. ...la Vedova scaltra de Goldoni. — La Vedova scaltra (la veuve rusée), comédie en 3 actes en prose de Goldoni. Page 72. Je sors del Re Teodoro. • — // Re Teodoro, opéra-bouffe italien, livret de Casti, musique de Paesiello. 408 JOURNAL DE STENDHAL Page 72. ... Hilaire est devenu préfet. ■ — Jean-François Hilaire, né à Chirens (Isère) en 1748, avocat au parlement de Grenoble, procureur-syndic du district de Grenoble sous la Révolution, nommé préfet de la Haute-Saône le 25 février 1804. Il fut créé baron de l'Empire et mourut en 1825. Page 71. E in questo bel paese che dovrô andar a fare la C3. — C'est dans ce beau pays que je devrais aller faire la Filosofia nova (?). • — La Filosofia nova est un ouvrage auquel Stendhal travaillait à cette époque et que nous publions en appendice de la présente édition. Page 72. ... Beccaria (sur le style)... — Recherches sur le style, trad. de l'italien par l'abbé Morellet. Paris, Molini, 1771, in-8. Page 72. ... Agamemnon... — Tragédie de Népomucène Lemercier (1795). Page 73. ... f embrasse Lemazurier... — Pierre-David Lemazurier, littérateur, auteur de plusieurs ouvrages sur le théâtre. Page 73. ... M. Dubois le cite dans son cours,... — Il s'agit certainement du cours professé par Dubois- Fontanelle à l'Ecole centrale de Grenoble. Page 73. ... perdre bêtement six francs au n^ 113. — Ce n° 113, dont il sera plusieurs fois question par la suite, était une maison de jeu située sous l'arcade n° 113 du Palais-Royal. Balzac en fera plus tard la description dans la Peau de chagrin. Voir plusieurs gravures représentant cette maison dans V. Cham- pier et R. Sandoz : Le Palais-Royal, t. II, pp. 76,. 81, 84. Page 73. ... for Francis, my sister and Alphonse. — François Périer-Lagrange, sa sœur Pauline et Al- phonse Périer. — François Périer-Lagrange devait épouser Pauline Beyle le 25 mai 1808. NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 409 Page 74. Je sors c/'Œdipe, suwi de rAmant bourru. — Œdipe, tragédie de Voltaire. — h' Amant bourru, comédie en 3 actes de Monvel. Page 75. ... to the gâte... — A la porte. Il s'agit de la porte Saint-Denis, dans le voisinage de laquelle habitaient les Rebuffet. Nous verrons plus loin qu'A- dèle Rebuffet est souvent appelée par Stendhal « Adèle of the gâte ». Page 76. ... for him... — Même pendant le récit de la mort de son père, elle riait à gorge déployée. Elle m'a même paru avoir de la haine pour lui... Page 76. Cardon est marié à une demoiselle d'Arras... — Il avait épousé, dit M. Chuquet, une cousine des demoiselles Auguié. Il séjourna plus tard dans le pays de sa femme, ayant été de 1808 à 1810, membre du Conseil de Préfecture du département du Pas-de- Calais, et depuis 1810 jusqu'à la première Restau- ration, sous-préfet de l'arrondissement d'Arras. (Voir Chuquet. Stendhal-Beyle, p. 479-480.) Page 76. ... Les deux Frères. — Les deux Frères ou la Prévention vaincue, comédie en 5 actes et en vers par de Moissy (1768). Page 77. Desprez... — Acteur comique (1759-1829). Page 77. ... Saint-Prix... ■ — ■ Jean-Amable Foucault dit Saint-Prix (1758-1834), célèbre acteur tragique qui joua à la Comédie-Française avant la Révolution et y fut réintégré par le Premier consul en 1799. Page 77. ... Af'"^ Talma... — Caroline Vanhove, née en 1771, épousa Talma en secondes noces. Elle joua aux Français jusqu'en 1816. Page 77. Chazet... — Auteur dramatique. Il devait faire représenter la même année (5 novembre 1804), à la Comédie-Française, en collaboration avec Sewrin, une comédie intitulée la Leçon conjugale. Page 78. ...la prose du Raccommodement. — Autre 410 JOURNAL DE STENDHAL comédie que Stendhal avait sur le chantier en même temps que les Deux Hommes. Page 78. ... Iphigénie en Aulide, suivie cfe l' Impatient. — U Impatient, comédie en un acte de Lautier (1778). Page 79. ... ceux-là,... a la physionomie... — Le nom est en blanc dans le manuscrit. Page 79. Savoy e-Rollin... — Jacques-Fortunat de Savoye de Rollin, né à Grenoble le 18 décembre 1755, mort à Paris le 31 juillet 1823. Avocat, puis avocat général au parlement de Grenoble. Tribun depuis le 5 nivôse an VIII. Il devint ensuite magistrat, puis préfet, et enfin député de l'Isère. Il avait épousé Elisabeth- Joséphine Périer, fille de Claude Périer, il était donc le beau-frère d'Alphonse Périer, le camarade d'Henri Beyle. Page 79. Costaz,... ■ — - Le baron Louis Costaz, membre de l'expédition d'Egypte, conseiller d'État, tribun, puis préfet et directeur général des Ponts et Chaus- sées (1767-1842). Page 80. We speack of passions and philosophy. — Nous parlons passions et philosophie. Page 80. ... M'«« de Baure... — Sophie Daru, fille de Noël, qui épousa M. de Baure, ancien avocat général au parlement de Pau. (Cf. Vie de Henri Brulard.) Page 80. ... M. Le Brun... — Juge à la cour d'appel de Paris. Il avait épousé une fille de Noël Daru, « femme économe qui, dit M. Chuquet {op. cit., p. 32), fit longtemps sa cuisine sans avoir de domestique ». Page 80. ... after my death. — Après ma mort. Page 81. ... a comprehensive soûl. — Stryienski traduit : une âme puissante qui comprend tout. Page 81. Ami, n^ accable pas un mal... — Andromaque, acte I^^, scène i : Ami, n'accable pas un malheureux qui t'aime. NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 411 Page 82. ... at the gâte with mother and daughter. — A la Porte, avec la mère et la fille ; cest-à-dire, chez M°ie Rebuffet et sa fille Adèle. Page 82. ... le Trésor, la Parisienne..., les Question- neurs,... — Le Trésor, comédie en 5 actes d'Andrieux (1804). — La Parisienne, comédie en un acte de Dancourt (1691). — Les Questionneurs, comédie eu un acte de J. J. de La Tresne (1804). Page 82. ... A letter... upon Xeuilly house intrigues. — Une lettre à mon grand-père sur les intrigues de la maison de Neuilly. Page 82. ... Baptistine et... Balm\et\ — Le second pré- nom a été laissé en blanc. Page 83. ... Tartufe, suivi des Femmes. — Les Femmes, comédie en 3 actes de Demoustier (1793). Page 84. ... Ricci,... — Stendhal parle de M. et ^{me Ricci dans la courte note sur la Duchesnois, que nous publions en annexe. Page 85. ... une tasse de café à la Régence,... — Le café de la Régence, place du Théâtre-Français, se trou- vait déjà au même emplacement qu'aujourd'hui. Page 85. ... du Mariage fait et rompu ; .. — Comédie de Dufresny (1721). Page 85. ... D^aru] house... — Chez M. Daru père, rue de Lille, à l'angle de la rue de Bellechasse. Page 85. ... Pierre-le-Grand... — Tragédie en 5 actes de Carrion-Nisas (1804). Page 86. ... chez Phèdre. — Mademoiselle Duchesnois, que Beyie appelle aussi Ariane quelques lignes plus loin, donnant à la comédienne le nom de ses princi- paux rôles. Page 86. J'en suis à 375. — C'est-à-dire au 375® vers des Deux Hommes. Stendhal avait donc écrit 69 vers de sa pièce entre le 26 avril et le 20 mai 1804. 412 JOURNAL DE STENDHAL 1804 Paris. Ce cahier a été relié, dans les manuscrits de Gre- noble, avec le tome XXII de R 5.896, fol. 54 à 64. La couverture, en papier fort gris-brun, contient ce fragment de journal, plus un autre, du 23 brumaire au 29 frimaire an XIII. Le premier feuillet de cette couverture forme le fol. 53, le second le fol. 89. Ce fragment du Journal allait primitivement du 3 prairial au 17 messidor an XII (23 mai-6 juillet 1804). Puis Stendhal y a ajouté, après coup, ses souvenirs du 18 messidor. Selon son habitude, Stryienski n'en a publié qu'une partie (trois pages environ de son édition) ; en revanche, il y a intercalé des fragments d'un autre ouvrage que Stendhal préparait à la même époque et qu'il voulait intituler Filosofia nova. J'ai préféré respecter les inten- tions de l'auteur et publier à part, en appendice de la présente édition, les matériaux qui devaient servir à composer la Filosofia nova. Les deux feuillets de couverture (folios 53 et 89) portent des notes autographes. Ces notes ont été écri- tes en brumaire an XIII. Je les ai transcrites au bas des pages 87 et 89. Page 87. ... Œdipe, suivi du Babillard. — Comédie en un acte, en vers, de Boissy (1725). Page 88. Naturel : L 7? F... — La Rive (?). Page 88. ... dégagnoniser... — ■ Se défaire de l'influence intellectuelle de son grand-père Henri Gagnon, un peu trop formé à la discipline de Voltaire. Page 89. ... Prévost... — Pierre Prévost, né à Genève le 3 mars 1751, auteur de différents ouvrages d'idéo- losie. NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME 1 413 Page 89. ... Lancelin. — Lancelin, ingénieur, a écrit une Introduction à Vanalyse des Sciences. Paris, 1801-1803, 3 vol. que Beyle cite à plusieurs reprises. Page 89. ... Bureau les publiera. — Les traductions de Tite-Live et de Salluste par Bureau de La Malle parurent respectivement en 1810 et 1808. Page 90. ... Entouré, etc... — Stendhal cite de- mémoire. Voici la tirade de Jocaste (^Voltaire, Œdipe, acte IV. se. Ij : Ce roi, plus grand que sa îoitune, Dédaignait comme vous une pompe importune ; On ne voyait jamais marcher devant son char D'un bataillon nombreux le fastueux rempart ; Au milieu des sujets soumis à sa puissance, Comme il était sans crainte, il marchait sans défense ; Par l'amour de son peuple il se croyait grandi. Page 90. ... à la Montansier. — Le théâtre de M^i^ Mon- tansier occupait alors l'emplacement du théâtre du Palais-Royal actuel. Page 90. ... les Pointus,... — Comédie de Ch. J. Guil- lemain, auteur de 386 pièces de théâtre. Page 90. ... Marion Thomasset,... — Il s'agit de la vieille servante du docteur Gagnon, dont Stendhal parlera si souvent dans la Vie de Henri Brulard. Page 90. ... à Frascati et aux Mille Colonnes. — Deux: cafés célèbres sous l'Empire. Frascati était situé rue de Richelieu, les Mille Colonnes au Palais-Royal. Page 90. ... deux heures cinquante- six... — Le manu- scrit porte : « 2,56 heures ». Stendhal avait d'abord écrit : « 2,56 minutes «. Page 91. Oui, oui, vous me suivrez. — Monologue d'Oreste, Andromaque, acte II, scène m. Page 91. ... Inès... ■ — Dans Inès de Castro, tragédie de Lamotte-Houdar. Page 91. V[u\ les Pensées diverses,.. — Il s'agit peut- être des Pensées et réflexions que Stendhal rédigeait 414 JOURNAL DE STENDHAL à cette époque et qui devaient devenir la Filosofia noi'a. Voir nos Appendices. Page 93. ... des Mœurs de Collin,... — Les Mœurs du jour, comédie en 5 actes de Collin d'Harleville (1800). Page 93. ... une comédie jouée par Dugazon. — Ce dernier alinéa n'a pas été écrit le jour même, il a été ajouté postérieurement au 28 prairial. Une note de Stendhal, qui accompagne ce fragment, indique : « Je lis un jour de prairial, le 28 peut-être, Machiavel : Tutte le opère di N. Machiavelli. Londra, Davies, 1772, 3 vol. in-4o, Bibliothèque nationale. — Voir le 7^ volume de Tiraboschi, in-4o. Il contient l'histoire du théâtre italien. » Page 93. ... des Mémoires français de Goldoni... — Mémoires pour sentir à l'histoire de sa çie et à celle de son théâtre, Paris, 1787, 3 vol. in-8*'. Page 94. ... il Cavalière di buon gusto,... — Comédie en 3 actes de Goldoni (1750). Page 94. ... Picard, qui a un théâtre à soutenir,... — L.-B. Picard était alors directeur du théâtre Louvois, devenu depuis 1804 théâtre de V Impératrice, et situé rue de Louvois. Page 94. ...le Vieux comédien. — Comédie de Picard, en un acte (1803). Page 95. ... il Poeta fanatico,... — ■ Comédie en 3 actes de Goldoni (1750). Page 96. ... il Molière,... — Le Molière de Goldoni est de 1751 ; celui de Mercier de 1776. Page 96. ... Palissot,... — Palissot de Montenoy (1730- 1814). Auteur d'une Dunciade ou la Guerre des Sots (1764), poème imité de Pope, publié d'abord en trois chants, puis en dix ; Palissot y maltraitait tous ses ennemis. On a de lui divers autres ouvrages qui, comme ce poème, sont tombés dans l'oubli. (Stry- ienski. Journal, p. 50, n. 1.) NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 41 r> Page 9G. ...la Maison de Molière. — Comédie de Mer- cier (1787). Page 98. L'Andrienne de Térence, bien traduite par Lemonnier,... — Labbé Guill. Ant. Lemonnier a publié une traduction de Térence, parue en 1771. Page 99. ... le dimanche [30 floréal],... — La date est en blanc dans le manuscrit. Je la reconstitue au moyen du contexte du Journal. Stendhal dit que, entre le 21 floréal et le l®"" prairial, il a dîné chez. M. Daru le père. D'autre part, cette date du dimanche 30 floréal semble marquer pour lui une date impor- tante, car il en parle à deux reprises dans le Journal du 21 floréal au l®'" prairial et y revient dans l'addi- tion faite le 26 germinal XIII (voir plus haut, p. 85 et 86). Page 99. Anniversaire de Marengo. — La victoire de Marengo fut remportée par Bonaparte le 14 juin 1800. Page 99. ... sur le jugement de Moreau. — Le général Moreau, compromis dans la conspiration de Cadoudal, fut arrêté le 24 février 1804. Son procès s'ouvrit le 29 mai. Il fut condamné au bannissement. Page 99. Bar[ral]... ■ — - Lecture incertaine. Page 99. ... La Femme juge et partie, suivie de Minuit. • — • La Femme juge et partie, comédie de Mont- fleury (1609). — Minuit, comédie en un acte de Désaudras (1791). Page 100. ... George... — George Cadoudal, condamné à mort quelques jours auparavant, en même temps que Moreau au bannissement. Page 100. ... La Cloison,... — La Cloison, ou Beau- coup de peine pour rien. — Comédie en un acte par L. F. M. Bellin de La Liborlière, représentée pour la première fois au théâtre Louvois le 19 avril 1803. Page 100. ... des Tracasseries... — Comédie en 4 actes^ de L. B. Picard. 416 JOURNAL DE STENDHAL Page 100. La Ceinture magique,... — Comédie de J.-B. Rousseau (1701). Page 102. ... for a husband. — Comme mari. Page 102. ... de Baure... — Le mari de Sophie Daru, sœur de Martial. Page 103. ... l'Homme du jour el la Gageure,... — L'Homme du jour, comédie de Boissy (1740). — La Gageure Imprévue, comédie en un acte de Sedaine (1791). Page 104. ... Davrange, inspecteur aux revues,... — Il était, en l'an XI, inspecteur aux revues pour l'arron- dissement de Mayence. Page 105. ... envers... — Variante : Vis-à-vis de... Page 106. ... Adèle Lau... — Il nous a été impossible d'identifier cette Adèle. Page 106. ...le Menagiana,... — Le Menagiana, publié par Galland et GouUey en 1693, eut plusieurs autres éditions. Page 108. ... Molière avec ses amis. — Comédie en un acte d'Andrieux (1804). Page 108. ... Lacave... — L. Ch. Lacave (1768-1825), acteur au Théâtre-Français. Page 108. ... l'éloge du prince,.,. — Tartufe, acte V, scène viii et dernière : Cléante. ... Qu'il corrige sa vie en détestant son vice, Et puisse du grand prince adoucir la justice ; Tandis qu'à sa bonté vous ire/, à genoux, Rendre ce que demande un traitement si doux. Orgon. Oui, c'est bien dit. Allons à ses pieds avec joie Nous louer des bontés que son cœur nous déploie... Page 110. ... de la Vérité par Brissot-War ville,... — De la Vérité, ou Méditations sur les moyens de parvenir >'OTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 417 à la vérité dans toutes les connaissances humaines. (Neufchàtel et Paris, 1782, in-S».) Page 113. ... Begears, Timante, Philinte,... — Begears, dans la Mère coupable de Beaumarchais ; — Timante, dans les Précepteurs de Fabre d'Eglantine ; — Phi- linte, dans le Philinte de Molière, du même auteur. 1804 Paris. Extrait des manuscrits de la bibliothèque municipale de Grenoble, R 5.896, vol. XXII, fol. 27 à 38. Publié en partie par Stryienski {Journal, p. 58 à 73), qui y a mêlé de courts fragments de la Filosofia nova, réflexions et études philosophiques auxquelles Stendhal travaillait à ce moment. Page 115. Al. the same,... — J'ai dîné il y a trois jours à la Porte [Saint-Denis, chez M°^^ Rebuffet], avec Alexandre, Silvain, Achille, la mère et la fille. Alexan- dre, toujours le même, un peu sourd. Page 115. 14 juillet. — En tête du feuillet où commence ce fragment de son journal, Stendhal identifie le 26 messidor avec le 14 juillet. En réalité, le 26 mes- sidor correspond non au 14, mais au 15 juillet. Page 115. L'a[bbé] Hélie... — Jean-Baptiste Hélie, né à Grenoble le 24 juin 1747, devint curé de la paroisse Saint-Hugues de Grenoble. Il renonça au sacerdoce en 1793. Page 116. ... il avait été aux Bardes. — Les Bardes, ou Ossian, opéra de Lesueur, paroles de Dercy et Des- champs, représenté pour la première fois le 10 juil- let 1804. Page 116. ... M. Cass... — Stendhal a sans doute en JOURNAL DE STENDHAL. 27 418 JOURNAL DE STENDHAL vue le comte Jean-Dominique Cassini, né en 1748, directeur de l'Observatoire et membre de l'Institut. Page 117. ... M. Dejoux, sculpteur,.. . — Claude Dejoux, sculpteur, élève de Coustou, membre de l'Institut (1731-1816). Page 117. Je vais au Matrimonio segreto,... — Opéra de Cimarosa, représenté pour la première fois en 1792, encore très populaire, et que Beyle entendit pour la première fois, avec quel ravissement, à Ivrée, en 1800. (Voir à ce sujet Paul Arbelet, Jeunesse de Stendhal, tome II, p. 57-59.) Page 117. Le Prisonnier, TOncle valet,... le Calife. — Le Prisonnier, ou la Ressemblance, opéra-comique, paroles d'Alex. Duval, musique de Délia Maria, représenté au théâtre Feydeau le 29 janvier 1798. — - h'Oncle i>alet est des mêmes auteurs et de la même année. — Le Calife de Bagdad, opéra-comique de Boïeldieu, paroles de Saint- Just, fut donné pour la première fois à l'Opéra-Comique, le 16 septem- bre 1800. Page 120. ... le héraut de la Légion d'honneur,... — Lacépède était grand chancelier de la Légion d'hon- neur depuis 1803. Page 120. ... Thuriot ? — Jacques-Alexis Thuriot, député de la Marne à la Convention, juge au tribunal criminel de la Seine, il fut le rapporteur du procès de Cadoudal, Moreau et Pichegru, et fut nommé avocat général à la Cour de cassation. Page 121. ... du marquis de Langle. — Jean-Marie- Jérôme Fleuriot de Langle, aventurier de lettres, né en 1749, mort en 1807. A l'époque où écrit Sten- dhal, il s'occupait à recueillir des souscriptions pour des ouvrages qui ne virent jamais le jour. Il est l'au- teur d'un Paris littéraire paru en 1800. Page 121. ... il a passé une /... — La phrase est ina- chevée. Stendhal avait d'ailleurs l'intention de noter NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 419 ultérieurement la réflexion commencée, car il a laissé un blanc de quelques lignes avant de commen- cer le Journal du 1^^ thermidor. Page 121. ... TEté des Coquettes, les Bourgeoises à la mode. — UEté des Coquettes, comédie en un acte de Dancourt (1690). — Les Bourgeoises à la mode, comédie en 5 actes du même auteur (1692). Page 121. ... d'Un quart d'heure de sUence et de Mon- tano et Stéphanie. — Un quart d'heure de silence, opéra-comique en un acte, paroles de Quillet, mu- sique de Gaveaux, leprésenté au théâtre Feydeau le 1®^ juin 1804. — Montano et Stéphanie, opéra en trois actes, paroles de Dejaure, musique de Berton, donné à l'Opéra-Comique le 15 avril 1799. Page 122. ... Ariodant... — Opéra de Mayer, tiré d'un épisode de l'Arioste, que Stendhal avait vu jouer à Brescia le 12 juillet 1801. Page 122. M^^^ Saint- Aubin,... — Jeanne-Charlotte Schrôder, femme de l'acteur Saint-Aubin (1764- 1850), chanta successivement à la Comédie-Italienne, à Favart et à l'Opéra-Comique. Page 122. ... M"'* Strinasacchi. — Thérèse Strina- sacchi, cantatrice italienne, donna des représentations à la salle Favart de 1801 à 1805. Page 122. ... Z'Esprit de Mirabeau... — U Esprit de Mirabeau, ou Manuel de VHomme d'Etat, des publi- cistes, etc., par P. J. B. Publicola Ghaussard. (Paris, 1797, in-80, 2 vol.) Page 123. ... /'Homme à bonnes fortunes.... — Comédie en 5 actes de Baron (1686). Page 124. Histoire de la publication du Citateur... — Le Citateur, pamphlet antichrétien de Pi gault- Lebrun, paru à Paris en 1803. Il fut interdit sous la Restau- ration. Page 124. ... Clisson... — Le Connétable de Clisson, 420 JOURNAL DE STENDHAL opéra de Porta, paroles d'Aignan, représenté pour la première fois à l'Opéra de Paris le 9 février 1804. Page 124. ... Psyché... — Ballet en 3 actes de Gardel (1795). Page 124. M""' Vestris... — Anne-Catherine Augier, femme de Marie-Auguste Vestris, fils du célèbre dieu de la Danse. Elle naourut en 1809. Page 126. ... Figaro, joué il y a deux ans à l'Opéra. — C'est probablement l'adaptation française des Nozze di Figaro, faite en 1793 par Notaris et représentée cette année même, d'ailleurs sans succès, à l'Opéra. Page 126. ...du Florentin. — ■ Comédie en un acte de La Fontaine (1686). Page 130. ... Adélaïde du Guesclin,... - — Tragédie de Voltaire (1734). Page 131. ... du Souper de famille. • — Les Dangers de l'absence, ou le Souper de famille, comédie en deux actes de J. B. Pujoulx (1788). Page 131. A/iie Gros... — Elle avait débuté à la Comédie-Française en 1801. Page 132. ... des Deux Frères;... — Comédie de M. Weiss, L.-F. Jauffret et J. Patrat (1799). Page 132. ... M''" Desroziers. — Angéline Duval, dite Desroziers, jouait au Théâtre Français depuis le 22 août 1802. Elle mourut à 31 ans. Page 134. ... la Filosofia nova... — Voir nos Appen- dices. Page 135. ... /'Entrevue,... — Comédie en un acte de Vigée (1788). Page 135. Le Conciliateur,... — Comédie de Demoustier (1791). Page 136. ... des Fausses confidences. — Comédie de Marivaux (1737). Page 136. Les Deux Figaro,... — Les Deux Figaro, ou le Sujet de comédie, comédie en cinq actes de Richaud-Martelly. NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 421 1804 Paris. Le Journal du 12 août au 22 septembre 1804 est conservé dans les manuscrits de la bibliothèque muni- cipale de Grenoble, R 5.896, vol. XXII, fol. 15 à 26. Des fragments ont été publiés par Stryienski. Journal de Stendhal, p. 74 à 81. Stryienski a intercalé dans le texte de courts passages des Pensées diverses (Filo- sofla noi^a). La partie du 27 août au 22 septembre a été publiée intégralement par Henry Débraye dans le Divan du mois de mai 1914. Page 139. ...le cahier (/« /a ferme volonté. — Stryienski (p. 61, note 2) pense que ce cahier, qui porte en dédi- cace : « A la ferme volonté ou à Frédéric II, roi de Prusse, » contient en extrait certaines pensées du Jourruxl. Il s'agit en réalité d'un fragment des Pen- sées diverses de Stendhal, que nous publions en appen- dice, et qui devait faire partie de la Filosofia nova. C'est ainsi que Stryienski justifie ce principe incom- préhensible qui lui fait insérer dans le Journal quelques-unes des Pensées de Stendhal. Page 140. ... au feu d'artifice de Frascati, en Van X, je crois ;... — Voir dans la présente édition le Jour- nal de l'an X (24 août au 16 septembre 1802). Page 140. ... le dimanche de Claix en Van... — Peut- être pendant le séjour que fit Henri Beyle à Grenoble et Claix du 26 juin 1803 (7 messidor XI) au 20 mars 1804 (29 ventôse XII). Nous n'avons plus le Journal de cette période, s'il a été écrit. Et ni la Correspon- dance ni les papiers manuscrits de Stendhal ne font allusion à ce dimanche pendant lequel, à Claix, il fut si heureux. JOURNAL DE STENDHAL. 27. 422 JOURNAL DE STENDHAL Page 140. ...la Griselda,... — Opéra italien, paroles de Zéno, musique de Paër. Page 140. ... chez La Rive. — L'acteur La Rive, dont Beyle allait suivre les leçons, était alors célèbre et donnait des cours de déclamation très réputés. Page 141. ... celles d'Adèle... — Le nom de famille a été laissé en blanc. Page 141. ... Diday et Moulezin. — Sur Diday, voir Vie de Henri Brulard, t. II, p. 34 et note. — Moulezin, grenoblois, né le 3 décembre 1778, employé dans les contributions indirectes. Cf. Ibid, t. I, p. 251, et II, p. 28. Page 142. ... M. et M'"^ Planta;... — Jacques Falquet- Planta, président du Conseil général de l'Isère, né à Grenoble en 1735, mort en 1815. Page 142. Pacé... — Martial Daru, que Stendhal désigne souvent par ce pseudonyme. Page 143. ... la Feinte par amour:... — Comédie en 3 actes de Dorât (1773). Page 144. ... Venceslas. — Tragédie de Rotrou (1647). Page 144. ... M"* Auguié,... — L'aînée des trois demoi- selles Auguié, nièces de M™^ Campan et petites- nièces de M°i6 Cardon. (Sur la famille Auguié, voir Chuquet, of. cit., p. 41.) Page 152. ... Prévost, Dufresne,... — L. Prévost, sous- inspecteur aux revues, alors chef de la première division au ministère de la Guerre. — Pierre- François Dufresne, commissaire des guerres, puis inspecteur aux revues, baron de l'Empire en 1812. Page 152. ... Mustapha et Zéangir,... — Le titre de la tragédie de Maisonneuve est : Roxelane et Mustapha. De 1785 à 1793 elle fut jouée 43 fois à la Comédie- Française. Il existe deux Mustapha et Zéangir, l'un de Belin (1705) ; l'autre de Chamfort (1777). >'OTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 423 Page 153. ... chez Robert,... — Restaurateur célèbre au palais du Tribunat, 173, Palais-Royal. Page 156. Le Locataire... Lucile ... La Fausse Magie; ... — Le Locataire, opéra-comique en un acte, paro- les de Sewrin, musique de Gaveaux (1800). — Lucile, comédie en un acte, en vers, mêlée d'ariettes, paroles de Marmontel, musique de Grétry (1769). — La Fausse Magie, opéra-comique en deux actes, paroles de Marmontel, musique de Grétry, représentée en 1775, puis, réduite à un acte, en 1776. Page 156. Quand on a la soixantaine.... — C'est l'air que fredonnait Stendhal en commençant à écrire la Vie de Henri Brulard. Page 158. ... Arrigo... — En surcharge, de la main de Stendhal : « Henri ». Page 158. ... et du Pervertisseur réussissent,... — Les « loteries » de Beyle étaient ses projets, tant commer- ciaux que littéraires. Le Pervertisseur est une pièce de théâtre qui, comme toutes les autres, ne fut jamais achevée. Page 158. ... l'anno duodecimo délia Republica. — Je pourrai avoir une jolie femme de la société, cela est nécessaire pour aimer tout à fait Victorine, même au cas où je trouverais en elle cette âme grande et vraiment aimante que peut-être j'ai arrêtée. Et ainsi finit l'an XII de la République. Page 158. Vendémiaire an XIII... — Je n'ai pas re- trouvé le cahier contenant les souvenirs de vendé- miaire an XIII. Cette lacune est seulement comblée par les deux fragments suivants, extraits des mss. de la Bibl. mun. de Grenoble, R 5.896, vol. XXII,, fol. 22 vo, et VIL fol. 211. ■424 JOURNAL DE STENDHAL 1804 Paris, Ce fragment se trouve en autographe à la biblio- thèque municipale de Grenoble, R 5.896, vol. XXII, fol. 1 à 10. Les feuillets ont été reliés au hasard, sans souci du texte, qui doit être lu dans l'ordre suivant : fol. 1, 3, 6, 7, 7 bis, 7 bis vo, 10, 10 v», 2, 2 v», 3 v», 4, 7 v», 8, 4, 4 vO, 5. Publié partiellement par Stryienski, Journal de Stendhal, p. 82 à 91. — De la mfme tpoque, je lis dans le manuscrit R 5.896. vol. XVIII, fol. 124, cette note autographe •de Stendhal : « Voici mon projet de fortune : Aller en juillet 1804 à Marseille, y rester six mois, travaillant avec Mante, de là six mois, de la même manière, à Bordeaux, de là quatre mois à Nantes, de là huit mois à Anvers, de là enfin à Paris Mon père me prête trente ou quarante mille francs, et nous établissons la Maison Mante. Beyle et C*^ en 1807 (an XV). J'aurai vingt-quatre ans à cette époque. Brumaire an XIII. » Page 159. ... de lavorare al Buon Partito,... — De travailler au Bon Parti. Il s'agit d'une pièce de théâtre que Stendhal avait sur le chantier et dont il avait eu l'idée le 6 fructidor an XII. Il y voyait une « se- conde Précieuses ridicules «. Page 160. ... M^'* Contât... ■ — Louise Contât, née à Paris en 1760, quitta le théâtre en 1808. Page 160. Le Vieux célibataire ef les Fausses confidences. — Le Vieux célibataire, comédie en 5 actes de Collin d'Harleville (1792). — Les Fausses confidences, comédie en 3 actes de Marivaux (1737). NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 425 Page 161. L'Epreuve nouvelle,... - — • Comédie en un acte de Marivaux (1740). Page 161. La Mère coquette,... ■ — Comédie en 5 actes de Quinault (1664). Page 162. La Jeune femme colère... — Comédie en un acte d'Etienne. Page 162. ... of the great original Shakespeare. — La Méchante femme mise à la raison, comédie en 5 actes de Shakespeare. Page 162. La Maison de campagne, de Dancourt,... — Comédie en un acte (1688). Page 163. ... au sous-lieutenant Moutonnet. — L'un des camarades d'Henri Beyle au 6^ dragons. Page 164. Le prince de la Paix,... — Manuel Godoy, jeune noble sans fortune, fut remarqué par la reine Marie-Louise d'Espagne, dont il devint l'amant. A 23 ans, il était premier ministre et gouverna en fait l'Espagne durant tout le règne de Charles IV. Après la paix de Bâle (22 juillet 1795) il avait reçu le titre de prince de la Paix. Page 165. ... Fénelon, de Chénier,... — Fénelon ou les Religieuses de Cambrai, tragédie en 5 actes de M. J. Chénier (1793). Page 166. ... of the first act. — Je finis par faire la meil- leure scène comique que j'aie jamais faite, la troi- sième du premier acte. Page 166. Le Père d'occasion,... — Comédie de J. Pain et Vieillard; représentée pour la première fois au théâtre Louvois le 25 janvier 1803. Page 166. ... l'Amant soupçonneux,... — Comédie en un acte de Chazet et Lafortelle. Stendhal écrit Le Porté. Page 166. Les Ménechmes — Comédie en 5 actes de Regnard (1705). Page 166. ... si loin,... ■ — Sic. Ce mot se trouve au bas 426 JOURNAL DE STENDHAL d'une page ; peut-être Stendhal, en tournant le feuillet, a-t-il oublié un ou plusieurs mots. Page 167. ... du petit profil. ■ — - Le buste de Molière, auquel Stendhal fait ici allusion, est probablement celui de Houdon. Il se trouvait en marbre à la Corné- die-Française, mais le théâtre Louvois pouvait aussi en posséder une réplique. En tout cas i'eau-forte d'Augustin de Saint-Aubin, citée par Beyle, a bien été gravée, en 1799, d'après le buste de Houdon. Page 167. ... du Courtisan,... — Pièce dont Sten- dhal avait l'idée à cette époque. Les notes de la Filosofia noi^a parlent d'une pièce où seraient mis en scène deux jeunes gens, l'un ayant le caractère de La Fontaine, l'autre d'un courtisan. Stendhal pensait que le caractère du courtisan à lui seul ne pouvait donner un sujet de comédie (16 messi- dor XII). Page 168. Mais la maison de ton père... — Stendhal parle dans la Vie de Henri Brulard de cette maison, dont il dit avoir fait les plans, avec la collaboration de son ami Mante. C'était un gros immeuble lourd, à deux étages, solide et sans la moindre ornementa- tion, qui existe encore aujourd'hui. C'est cette maison qui commença, d'après Stendhal, le déclin de la fortune de Chérubin Beyle. (Cf. Vie de Henri Brulard,. t. II (notes), p. 252 et 278.) Page 168. ... /'Avocat Patelin. — Comédie de Brueys (1706). Page 169. Bourgoin... — M^^^ Marie Bourgoin était devenue sociétaire de la Comédie-Française, par la protection du ministre Chaptal, en mars 1802. Elle y joua jusqu'en 1829. Page 169. ... la Leçon conjugale,... — La Leçon con- jugale, ou VAfis aux Maris, — comédie en 3 actes de Chazet et Sewrin. Page 170. ... the taming... — Ms. : the tame. ^'OTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 427 1804 Paris. Ce chapitre est extrait des manuscrits de la biblio- "thèque municipale de Grenoble, R 5.896, vol. XXII, fol. 65 à 82. Il fait partie du même cahier gris qui contient le Journal du 3 prairial au 18 messidor an XII (23 mai-7 juillet 1804). De courts fragments ont été publiés par Stryienski, Journal de Stendhal, p. 92 à 102. Celui-ci a intercalé dans le texte des notes griffonnées par Stendhal sur la couverture et des fragments de la Filosofia nova. — Les deux feuillets de la couverture du cahier (fol. 53 et 89) portent des notes de la main de Sten- dhal, que nous publions au bas des pages 87, 88 et 89 du présent volum'^. Page 173. ... et je signerai. — M. Chuquet a publié {Stendhal- Beyle, p. 487) un certificat du général Michaud en faveur de Beyle, mais postérieur de près d'un an (25 thermidor an XIII). A ce moment, Stendhal venait d'arriver à Marseille. Page 173. ...le Séducteur, de Bièvre.... — ^ Comédie en 5 actes (1783). Page 175. ... lorsqu'on le soutient. — En marge, de la main de Stendhal : « Oreste, le Cid. >' Page 175. ... la Gageure. — La Gageure imprévue, comédie de Sedaine. Page 176. ... signées H. — Stendhal figure ici l'initiale un peu ornée qui constitue la signature de Henri IV. Page 176. ... dont je plaisantais le poème. — S'agit-il du Poème sur le globe (1784, in-8°), ou d'Achille à Scyros, poème en 6 chants qui porte le millésime de 1805, mais qui avait peut-être paru dans les •derniers mois de 1804 ? 428 JOURNAL DE STENDHAL Page 177. ... (l'Auberge pleine)... — Le Sourd ou V Au- berge pleine, comédie en 3 actes de Desforges (1790). Page 177. ... la Pupille... les Etourdis... — ■ La Pupille, comédie en un acte de Fagan (1734). — - Les Etourdis, ou le Mort supposé, comédie en 3 actes d'Andrieux (1787). Page 178. La Vauguyon,... — C'était, d'après Saint- Simon, un pauvre gentilhomme nommé Bethoulet et qui se fit appeler Fromentau. Il avait épousé Marie de Stuert de Caussade, dame de La Vauguyon, veuve de Barthélémy de Quélen, vicomte du Brontay, et prenait le titre de comte de La Vauguyon. Vers la fin de sa vie, sa pauvreté était extrême, et Saint- Simon rapporte diverses anecdotes qui montrent sa susceptibilité à cet égard. Il se tua de deux coups de pistolet dans la gorge le 20 novembre 1693. L'édition de Saint-Simon citée par Beyle est celle de Londres, 1788-1789, in-12, suppl., t. IV, p. 179. Page 178. ... nous allons chez Sicard. ■ — L'abbé Roch- Ambroise Cucurron, dit Sicard (1742-1822), avait succédé en 1789 à l'abbé de l'Epée dans la direction de l'Institut des sourds-muets. C'était un éducateur de grand mérite. Il professait la grammaire générale à l'Ecole normale et était membre de l'Institut. Page 178. ... Massieu... — Jean Massieu, sourd -muet de naissance, élève de l'abbé Sicard, avait fait parler de lui dans les journaux du temps en plaidant lui- même sa cause contre un voleur qui lui avait dérobé son portefeuille. (Voir : Cours d'instruction d'un sourd-muet de naissance, par l'abbé Sicard. Paris, 1803, in-80, p. 481.) En 1805, VAlmanach National le qualifie de premier répétiteur de l'Institut des sourds-muets. Page 178. ... Au Philosophe marié,... — Comédie en 5 actes de Destouches (1727). Page 179. ... we go at Hardy Cofl'ee,...^ — Nous allons. NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 429 au café Hardy. — Le café Hardy était situé boule- vard des Italiens. Page 179. ... le poète Fulchiron. — Voir ci-dessus, p. 407. la note de la page 70. Page 179. Tyran domestique,... — Comédie en 5 actes d'Alexandre Duval (1804). Page 179. Iphigénie en Tauride... — Tragédie en 5 actes de Guimond de La Touche (1757). Page 179. ... yP' Saint-Val... — M^e Saint- Val cadette, avait joué au théâtre Olympique, situé rue de la Victoire, en 1802. Page 179. ... M""^ Thénard... — Madeleine Perrin, dite la grande Thénard, née à Voiron en 1757. joua à la Comédie-Française jusqu'en 1819. Page 182. ... Chapelle. — Personnage des Deux Hommes. Page 1S3. Le Préjugé à la mode — Comédie en 5 actes, de La Chaussée (1735). Page 183. ... les Deux Pages. — Auguste et Théodore, ou les Deux Pages, comédie en 2 actes de E. de Man- teufel, représentée pour la première fois à la Comédie- Française le 6 mars 1789. Page 183. ... le jour où l'on fit périr les deux prêtres,... ■ — ■ Stendhal fait allusion ici à l'exécution des abbés Revenas et Guillabert, guillotinés à Grenoble le 26 juin 1794. A cette époque, le jeune Henri Beyle, « près de la seconde fenêtre du grand salon à l'ita- lienne », traduisait « avec plaisir Virgile ou les Méta- morphoses d'Ovide », sous la direction de M. Durand. (Cf. Vie de Henri Brulard, tome I, p. 185-186.) Page 190. Tai revu Héloïse,... — D s'agit d'une visite chez les Mounier, ainsi que l'indique le contexte. Edouard Mounier habitait à cette époque Rennes, où son père était préfet. Héloïse, « mon Héloïse », comme Stendhal la désigne plus loin, est Victorine 430 JOURNAL DE STENDHAL Mounier. Henri Beyle compare ailleurs son amour pour Vietorine à celui d'Abélard pour Héloïse. Page 192. Voici le plan du champ de bataille,... — Suit im plan représentant la partie de l'appartement Mounier où Stendhal rencontra Vietorine et s'en- tretint avec Edouard. Page 193. ... ail' allogiamento del S. Degernd. - — Mon oncle me dit hier soir : J'ai vu pendant deux heures M[ounier], son fils et ses filles sont ici. Cette nou- velle me troubla agréablement. En rentrant de chez lyjme R[ebufîet], j'ai trouvé un billet d'Edouard pour M. B[eyle]. Je l'ai vue vers quatre heures moins le quart, rue du Bac, dans l'appartement de M. de Gérando (?). — Cet alinéa est suivi d'un blanc d'un tiers de page, destiné sans doute à recueillir le lendemain les détails complémentaires, comme Stendhal l'écrit un peu plus haut. Page 193. ... des Femmes,... — Comédie en 3 actes, de Demoustier (1793). Page 194. ... au Muet, suii^i de l'Amant bourru. — Le Muet, comédie en 5 actes, de Brueys et Pala- prat (1691). — h' Amant bourru, comédie en 3 actes, de Monvel (1777). Page 195. ...du papier de M. Muron ... — Il s'agit probablement du papier qui couvrait les murs d'un restaurant fréquenté par Stendhal. (Cf. plus haut,, page 62.) Page 196. ... Ariane,... — Tragédie de Thomas Cor- neille (1680). Page 196. ... Z'Avis aux Maris. — UAi'is aux Maris ou la Leçon conjugale, par Sewrin et Chazet, comédie en 3 actes et en vers. Page 197. ... plus ainsi : A,... — Cet A renvoie à un croquis de Stendhal reproduisant schématiquement le profil de Napoléon, et montrant le parallélisme NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 431 de la ligne un peu fuyante du front et de l'arête du nez. Page 197. ... Misanthropie et repentir,... — Drame en 5 actes, de Kotzebue, trad. de l'allemand par Bursay et arrangé pour la scène française par mad. Mole. Page 197. ... des Héritiers, de Dupai,... — Le Nau- frage, ou les Héritiers, comédie en un acte, d'Alexandre Duval. Page 197. ... par l'arrii'ée de... — Le nom est en blanc dans le manuscrit. Page 197. ... M''^ Rolandeau,... — Il s'agit certainement (le contexte l'indique) de cette demoiselle Rolandeau que Stendhal avait rencontrée à Genève à la fin du mois de mars de la même année. (Cf. ci-dessus, Journal du 30 mars au 2 avril 1804.) Page 198. N,... — Le reste du nom est en blanc. Page 198. ... la Jeune Prude. — La Jeune Prude, ou les Femmes entre elles, comédie en un acte d'Emm. Dupaty (1804). Page 199. ... cette longue ligne A,... — Stendhal accom- pagne sa description d'un croquis représentant le nez de M^^^ Contât, dont A est l'arête. Page 200, ... et i>eut faire le... — Stendhal a oublié d'écrire le dernier mot de cet alinéa, en tournant la page. 1804-1805 Paris. Extrait des manuscrits de la bibliothèque munici- pale de Grenoble, R 5.896, vol. XXII, fol. 90 à 122. Publié incomplètement par Stryienski, Journal de Stendhal, p. 103 à 126, avec deux additions (p. 103 et 110-111) prises dans les pensées réunies en vue de com- poser la Filosofia nova. 432 JOURNAL DE STENDHAL Stryienski a découpé ce fragment en deux chapitres (onzième et douzième cahiers). Sa division est arbi- traire. II existe en effet, entre les réflexions du 17 nivôse et celles du 21, quatre feuillets blancs (fol. 99 à 101). Stendhal se proposait certainement d'y consigner son journal des 18, 19 et 20 nivôse, et de compléter après coup ses souvenirs, comme il l'a fait plusieurs fois. Il a même commencé le travail, en écrivant au fol. 99 : « Journal contenant ce que j'ai fait pendant les 12 ou 15 derniers jours de séjour de mon oncle à Paris. Mon oncle arrive le 12 frimaire, lendemain du cou- ronnement, à 2 heures dvi matin. Il habite ma chambre et mon lit, et part le dimanche [10] nivôse, à 9 heures du matin ^, après avoir dépensé, à ce qu'il dit, 1.800 li- vres, moins 210 que j'ai prises à sa caisse et que j'ai mangées en l'accompagnant. Nous mangeons chez Naret, rue de la Loi, à environ 3 livres 10 sous par tête. » Stendhal, qui en somme n'avait guère parlé de son oncle dans le cours du séjour qu'il avait fait à Paris, songeait à combler cette lacune. D'autres soins, qu'il dut considérer comme plus urgents, l'empêchèrent de réaliser son projet. Et les quatre feuillets réservés restèrent blancs, sauf les quelques lignes que l'on vient de lire. Page 201. ... la quatrième leçon de Bernadille... — Ber- na dille est Dugazon, dont l'un des meilleurs rôles était le Bernadille de la Femme juge et partie, comédie de Montfleury. 1. 31 décembre 1804. Stendhal écrit le 31 décembre à «a sœur Pauline [Correspondance ,- éd. Paupe et Chéramy, t. I, p. 134) que son oncle Romain est partie la veille, c'est-à-dire le dimanche 30 décembre. Il lui dit d'ailleurs <|u'il était arrivé le 11 frimaire, à 2 heures du matin, alors que le Journal note l'arrivée de Romain Gagnon à la même heure, mais; le lendemain 12 frimaire. NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 433 Beyle avait commencé à smvre les leçons de Dugazon le 21 frimaire (12 décembre). Son journal du 28 frimaire parle déjà du bonheur que lui a donné « la société en masse » pendant sa troisième leçon de Dugazon. Ce jour-là, il n'a pas davantage nommé cette M"i6 _ dont il parle trois lignes plus loin. ■Page 201. P"" nivôse XIII. — Réflexions de Stendhal intercalées entre les feuillets 107 et 110 du manu- scrit. •Page 202. ... dans le feuillage. — En haut du feuillet Stendhal écrit la date du « 14 nivôse XIII ». Page 203 ... pour Gabrielle de 1... — Stendhal dessine au-dessous le « thermomètre d'amour ». Il inscrit sur la colonne les chiffres 7, 10 et 11. Page 203. La domenica 2 nii'ôse,... ■ — ■ Cette note ne fait pas partie du texte du Journal, mais doit y être rattachée. Elle est datée du 23 décembre 1804 et est conservée dans les manuscrits stendhaliens de la bibliothèque municipale de Grenoble (R 302, dossier n° 1). Page 204. ... suivi des Originaux. — Les Originaux ou V Italien, comédie en 3 actes de La Mothe (1693). Page 204. ... Dusausoir ;... — Jean-Claude Dusausoir (1737-1822), auteur de plusieurs poèmes, dont un sur le Bois de Boulogne (1800). Page 204. ... à allusion contre... — Stendhal a pru- demment escamoté le nom du personnage ainsi persiflé. Page 205. Les Basset étaient dans la loge de leur tante. — Claude-Simon Basset et Anne-Léonard-Camille Basset de Chateaubourg, tous deux anciens élèves de l'Ecole Polytechnique, étaient d'une famille lyonnaise. Ils étaient neveux de Charles-Pierre Claret de Fleurieu, sénateur et gouverneur des Tui- leries. — (Voir le « portrait » du second dans nos Annexes.) JOURNAL DE STENDHAL. 28 434 JOURNAL DE STENDHAL Page 205. ... iW* Louason... — Mélanie Guilbert,. que Beyle suivra plus tard à Marseille. Page 207. ... V Optimiste,... — Comédie en 5 actes de Collin d'Harleville (1788). Page 209. ... Barrai Vaine. — Les deux Barrai, dont Stendhal parle souvent, étaient les fils de Joseph- Marie de Barrai, ancien président à mortier au par- lement de Dauphiné, député au Corps législatif, puis premier président à la Cour d'appel. L'aîné, Charles-Antoine, était né le 29 juin 1770 ; il fut capitaine de grenadiers. Le cadet, né le 9 juin 1783, était le contemporain et l'ami de Beyle. Page 209. ... sont arrivés le... — La date est en blanc dans le manuscrit. Page 210. ... la Camilla de Paër,... — Camilla, opéra italien, paroles de Carpani, musique de Paër, repré-^ sente au théâtre Italien de Paris le 5 novembre 1804. Page 210. ... ch' egli mi doveva. — Aujourd'hui est le jour des deux sous ; je ferai une description de l'état dans lequel me laisse mon père. Voilà un ter- rible effet de l'avarice. La livrée rose. Tencin me donne 6 livres, qu'il me devait. Page 210. ... Andrieux... — Il était alors professeur de grammaire et de belles-lettres à l'Ecole Poly- technique. Page 211. Milan... — C'est Bonaparte que Beyle désigne sous ce nom. Page 215. ... Marignier... — Voir à son sujet la note de la page 2. Page 216. ... Nourrit,... — Louis Nourrit, ténor, débuta à l'Opéra le 3 mars 1805. Page 217. ... Gerbier... — Pierre- Jean-Baptiste Ger-^ hier, avocat célèbre au parlement de Paris, né à Rennes le 29 juin 1725, mort à Paris le 26 mars 1788^ NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 435 Page 220. ... dans ces caractères,... — Stendhal écrit ces mots en petites minuscules typographiques. Page 225. ...au milieu de Vhiçer,... — Stendhal avait d'abord ajouté, mais semble avoir voulu rayer ensuite : « ou le soir, au son de l'orgue organisé qui court les rues. « Page 226. ... les Nouvelles,... — II s'agit sans doute des youvelles exemplaires de Cervantes. Page 226. ... V auteur de Valérie;... — Valérie, ou Lettres de Gustave de Linar à Ernest de G..., par M^^ de Krudner. (Paris, Giguet et Michaut, 1803, 2 vol, in-12.) Page 229. ... Vie de Sénèque par Diderot,... — Essai sur la vie de Sénèque le Philosophe... (Paris, Debure, 1779, in-12.) Page 229, ... celle de Bastien. — J. Fr, Bastien a donné une édition corrigée de la traduction de dom Gervaise des Lettres d'Héloïse et d'Abailard (1782, 2 vol. in-12). Page 229. ... lettres d'une religieuse portugaise à Cha- vigny,... — Les Lettres portugaises traduites en fran- çais ont paru d'abord à Paris chez C. Barbin en 1669 (2 vol. in-12). Marianne Alcaforada est le nom de la religieuse, le comte de Chamilly (et non Chavigny) celui du destinataire. Page 230. ... understanding seul. — ... de mon esprit intelligent. Page 230. ... for a future Tacite. — Si cela est vrai, c'est pour un futur Tacite, Page 231. ...la religieuse portugaise. — Stendhal écrit en marge, en face de chacun des degrés de sensi- bilité : \P « mon oncle » ; 2" « Tencin » ; 3° « Martial (je conçois le plus) » ; 4° « M^*^ Duchesnois peut-être, mais probablement ». 436 JOURNAL DE STENDHAL Page 234. ... Damon et Critias,... — Stendhal veut dire t Damon et Pythias. Page 235. Crozet et moi,... — Stendhal écrit en haut du feuillet : « 27 nivôse XIII, en lisant Biran, qui m'explique les mystères des passions, sentis en moi » Page 235. ... Minuit. — Comédie en un acte de Desau- dras (1791). Page 236. I shall write after day. — Je lui écrirai de- main. Page 240. P^ pluviôse XIII. — Ces réflexions se lisent à la fin du manuscrit de cette partie du Journal, foL 122 vo à 125. Page 242. ... lâche (pleurez), infâme... — Le Misanthrope,. acte I, scène i. 1805 Paris. Extrait des manuscrits de la bibliothèque municipale de Grenoble, R 5.896, vol. XXII, fol. 126 à 148.— Publié en partie par C. Stryienski, op. cit., p. 127-144, qui y a intercalé, comme précédemment, des fragments de la Filosofia nova. Page 245. ... my father's avarice. — Bonheur donné par le temps, et plus de résignation sur l'avarice de mon père. Page 246. ... at Dugazon's house. — J'écris à Victorine de ma propre main, après quoi je vais chez Dugazon. Page 246. ... Pinel;... — Traité médico-philosophique sur V aliénation mentale, par Philippe Pinel (l'"® éd., Paris, 1801, in-8o). Page 246. ... rapports du physique et du moral. — L'ouvrage célèbre de Cabanis, qui eut par la suite NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 437 une si grande influence sur l'esprit de Stendhal, avait paru en volume en 1802, sous le titre de Traité du physique et du moral de Vhomme. Page 247. ... sfortunato ? — Serai-je donc le seul infortuné ? Page 249. ... conseiller d'Etat, ou sénateur. — Jean- Joseph Mounier fut nommé conseiller d'Etat le ^er février 1805. Il était auparavant préfet de l'Ille- et-Vilaine. Page 249. ... f ai rencontré le fils... — Edouard Mounier. Page 250. Duchesne... — Sans doute Antoine-Louis- Hippolyte Duchesne, né le 27 février 1781, fils de Pierre- François Duchesne de la Drôme, député au Conseil des Cinq-Cents. Page 252. ... de Biran. — De V influence de Vhahitude sur la faculté de penser..., par Maine de Biran (Paris, 1803, in-80). Page 252. ... rue de Thioncille. — C'est la rue Dauphine actuelle. Page 256. ... de Claire d'Albe, el from G\renohle\ to M[arseille], had costed to me 6 louis and half. 9 ther- midor XIII. » — Extrait des manuscrits de la biblio- thèque municipale de Grenoble, R 302, dossier n^ 1. Page 378. Inchinevole. — Extrait des manuscrits de la bibliothèque municipale de Grenoble, R 302, dossier n" 10. NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS DU TOME I 443 Page 380. AfOBT de Bernard. — Marie- Joseph Bernard, ancien élève de l'Ecole centrale de Grenoble, entra en 1799 à l'Ecole Polytechnique. Sorti dans la marine, il était aspirant lorsqu'il mourut, en 1805. — Extrait des manuscrits de la bibliothèque municipale de Grenoble, R 5.896, vol. XXII, fol. 239. CARTE GÉNÉRALE DE L'ITALIE SEPTENTRIONALE ^> l^^i I ,,|.u„-l lil.-ijv /..■ i„-urnil lin,«„l l'i uhrilv. ,-.I(lrul~ ,. l'nl.- TABLE DES GRAVURES DU TOME PREMIER La maison de Noël Daru, où Henri Beyle habitait en 1800 frontispice L'ÉCRITURE DE StE.NDHAL EN 1802 52—53 La Comédie Française au moment de sa recons- truction en 1788 134-135 L'Intérieur de la Comédie Française, vers 1790 258-259 Carte de l'Italie du Nord 444—445- TABLE DES MATIERES DU TOME PREMIER Introduction, par Henry Débraye i 1801 (18 avriI-12 septembre). Piémont 1 1801 (18 septembre-26 décembre) — 1802 (4 mars- 11 novembre). Lombardie et Piémont. Grenoble. Paris 31 1802 (24 août-16 septembre), Paris 49 1804 (30 mars-3 avril). Genève 53 1804 (8 avril-21 mai). Paris 61 1804 (23 mai-7 juillet). Paris 87 1804 (14 juillet-10 août). Paris 115 1804 (12 août-22 septembre). Paris 139 1804 (22 octobre-8 novembre). Paris 159 1804 (14 novembre-19 décembre). Paris 173 1804 (23-31 décembre) — 1805 (1"-21 janvier). Paris 201 1805 (21 janvier-12 fé\Tier). Paris 245 1805 (13-19 février). Paris 279 Annexes. — I. Trois essais poétiques. (1. L'Hon- neur français. — 2. Vers sur la féie de Mme Teis- seire. — 3. Sur le soir d'un beau four...) 295 IL Henri Beyie et la Duchesnois. ( 1. Réception de Mesdemoiselles Duchesnois et George. — 2. On a honte de transcrire les bassesses... — — 3. Mademoiselle Duchesnois se couche...) .... 304 III. Les finances d'Henri Beyle en 1803-1804 312 IV. La bibliothèque de Stendhal en 1804 32 4 448 TABLE DES MATIÈRES V. Premiers essais de psychologie. (1, L'ingénieur Dausse (Perrino). — 2. L'ingénieur Derrien (Romain). — 3. Le sous-préfet Jacquet. — 4. Madame Jacquet (Madame Pauline Musso- Jacquet). — 5. Camille Basset (Ouéhihé). — 6. Alphonse Périer (English). — 7. Deux inconnus (Goodman, — Inchinevole). — 8. Mort de Bernard 327 Notes et éclaircissemexts 383 Table des gravures 445 Abbeville. — Imprimerie F. Pah.lart. t 7. EN VENTE A LA LIBRAIRIE E . C II VM P I O > DuRUT (Victor). Notes et Souvenirs (1811-94). 2 vol. in-8 de 890 et 3i5 pages, avec un portrait on héliogravure. 15 fr. Journal du voyage de deux jeunes Hollandais à Paris en 1656-58, nouvollf édition par L. Mvrillier. ln-8. 10 fr. Journal de Jean Vallier, maître d'hôtel du Roi (1648-57), publié pour la première fois par H. Courteault. ti vol. in-8. 48 fr. Mémoires de Philippe Prévost de Beaulieu-Persac (1608-27), p. pour la première fois p. Ch. de La Roncièue. In-8. 12 fr. Très curieux et pittoresques mémoires, tout à fait inconnus jusqu'ici fl'un des meilleurs marins de la première moitié du xvii* siècle où se trouvent narrés de prodigieux exploits accomplis sur les efttes d'Afrique et dans le Levant, etc. Mémoires du Maréchal de Florange, dit le jeune adventureux, p. p. R. GoijB.vLix et P. -A. Lemoisne. In-8. 12 fr. Mémoires d'un des plus fameux hommes de guerre du xvi* siècle. Mémoires de Louis-Henri de Loménie, comte de Brienne, dit le jeune Brienne, p. p. P. Bonsefon, 3 vol, in-8. 36 fr. Mémoires de du Plessis-Besançon, p. p. H. de He\uc\ire. In b. 12 fr. l'ersonnai-'e dont le rôle, comme ingénieur, homme de guerre, agent secret et diplomate, (ut considérable sous les deux ministères de Kichelieu et de Mazarin. Publicafon intéressante particulièrement au point de vue des relations avec l'Espagne et l'Italie. Mémoires de Nicolas Goulas. gentilhomme ordinaire du duc d'Orléans, p. p Gh. Coysr.\^r, 3 vol. in-8. 36 fr. Mémoires du chevalier de Quincy (1698-1713), p. p. L. Lecestre, ;i vol. in-8. 36 fr. Mémoires authentiques du maréchal de Richelieu (1725-1757), publiés d'après le manuscrit oriarinal par A. de Boislisle. In-8. 12 fr. Mémoires du comte de Souvigny, lieutenant général des armées du Roi (16131660), p. p. L. de Co.ntensou, 3 vol. in-8. 36 fr. Première édition des Mémoires de Jean Gangnières, comte de Souvigny, qui, liis d'un boucher de Jargeau, s'éleva, dans l'armée, au grade de lieutenant général. Mémoires du Maréchal de Villars, p. p. 1p marquis de Vogué. »i vol. in-8. 82 fr. No.AiLLEs (Marquis de). Le comte Mole (1781-1855). Sa vie, ses mémoires. Tome I, vol in-8 avec photot., 15 fr. — Tome II, 20 fr. NoniEH (Charles). Moi-même. Roman inédit précédé d'une intro- dijctrion sur le roman personnel par Jean L.arat. In-8, tiré à îTio ex. 3 fr. 50 Souvenirs d'émigration de M" la marquise de Lage de Volude, lame de .S. A. S. M"' la princesse de Lamballe (i79.-2-i79.'r). Lettres à M"" la comtes*" ''e Alontijo, p. p. de la MoBi.NEnif:. in 8. 60 fr. La Trémoille (Duc L. de). Souvenirs de la princesse de Tarente (1789-1792), in 8, planches. 7 fr. 50 Table alphabétique des noms propres cités dans les mémoires relatifs à l'histoire de France pendant le xviii" siècle, publiés de i8&;à i85i par MM. F. Barrière et de Lescure, par.A. Marquiset, 1913, in >*. 10 fr. AHBE\IILI\ — I.MPKIMERIE F. PAU.I.ART PQ Beyle, Marie Henri 24.36 Journal 1923 t.l PLEASE DO NOT REMOVE CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY SAr*-! ~ -ViM