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LE DRAME MAÇONNIQUE

LE POUVOIR OCCULTE

CONTRE LA FRANCE

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LE DRAME MAÇONNIQUE LE

POUVOIR OCCULTE

Contre la prance

PAR

Copin-Albancelli

BIBltOTHêQUES ^

PARIS LA RENAISSANCE FRANÇAISE

Société d'Editions 52, PASSAlUi DES PANORAMA?

LYON

LIBRAIRIE EMMANUEL VITTE

Imprimeur-Editeur

3. PLACE BELT.ECOUR, 3

{/' BIBI

Vjniversitaf f BIBUOTHH

H6

Quest ce que la Franc-Maçonnerie ?

Pourquoi cette association présente- 1- elle rétrange i^hénomène de deux organisations^ Vune qu'elle montre, l'autre qu'elle dissimule?

Qu'a-t-elle fait dans notre pays dejyuis bien- tôt deux siècles? Qu'y fait-elle actuellement?

Par quelles méthodes parvient-elle à accom- plir les destructions qu'elle entreprend?

Par qui un si extraordinaire instrument a-t-il pu être imaginé?

Dans quel but?

Telles sont les questions que doit soulever une étude complète de la Franc-Maçonnerie, celles qu'il faut élucider pour que la France 2^iiis^<^ se sauver.

Je suis auxp)rises avec elles depuis vingt quatre ans. Mais mon travail définitif, celui de ces der- mières années., a été fait en collaboration avec

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la Ligue Française Antimaçonnique : pour elle^ et aussi par elle.

C'est pourquoi,

A mes deux collaboratrices :

La Ligue Française Antimaçonnique et sa branche fèmiiiine, la Ligue Jeanne-d'Arc, dans lesquelles se sont groupés tant d'êtres choisis et si pur^ement dévoués^

Je dédie le présent ouvrage,

COPIN- ALB ANCELLI .

PRELIMINAIRES

I

Les états successifs de la question maçonnique.

CE QU EST CETTE QUESTION.

Le Noiwelliste de Bordeaux publiait, le 20 octobre 1907, un document que nous avons le droit de consi- dérer comme authentique, ainsi que Tétaient tant d'autres qui ont été divulgués par le même journal au cours de sa belle campagne contre la Franc- Maçonnerie. Ce document, bien qu'il ne fasse que manifester une fois de plus un état d'esprit maçon- nique connu, a sa place au début d'une étude sur les vrais secrets de la Franc-Maçonnerie.

Il s'agit d'une circulaire adressée par le Grand Orient de France aux Vénérables des Loges de l'Obé- dience. Voici ce qu'on pouvait lire dans cette cir- culaire :

« La qualité distinctwe de tout bon F.\ M.', c'est assurément la discrétion^ qui résulte de l' observation étroite de la discipline..,

« Par discrétion^ f entends la réserve et la prudence que nous devons apporter dans nos relations avec les profanes^ lorsqu'il s'agit de nos travaux., de nos pro- jets., de nos espérances.

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« Vous savez bien, mes frères, que notre éternel en- nemi est continuellement à l'affût, qui nous observe et qui nous guette ; qui cherche à saisir le sens de nos sijmboles pour s'en moquer ; à connaître nos intentions pour les interpréter à sa guise ; à savoir nos bonnes œuvres pour les déprécier ; à entraver en un mot notre marche en avant, parce qu'il sait que lorsque nous au- rons livré notre dernière bataille, il sera réduit au néant, c'est-à-dire à « ce je ne sais quoi qui n'a plus de nom dans aucune langue » .

« Prenons pour modèles et pour guides les Anciens, qui ont observé, relativement aux rites, aux principes, aux enseignements de leurs Mystères, des Mystères d'Eleusis, par exemple, une discrétion si religieuse et si absolue qu'aujourd'hui, encore, malgré toutes les re- cherches des savants, nous ne pouvons pas dire au juste en quoi ils consistaient.

« Pourquoi donc les Anciens conservaient-ils avec un soin si jaloux les secrets de leurs mystères? Pour- quoi leurs préceptes n étaient- ils pas écrits? Pourquoi la peine capitale était-elle réservée aux traîtres, aux in- discrets et aux renégats?

« Parce qu'ils savaient, mes F.'. F.., que les œuvres les plus grandes et les plus bienfaisantes se fondent dans le silence ; que les grandes et nobles idées se pro- pagent bien plus purement si ce sont les adeptes seuls qui les répandent ; parce qu'ils savaient que tout ce qui est mystérieux ou obscur a beaucoup plus de prestige aux yeux du vulgaire, et qu'une institution, qui con- naît le monde et n'est pas connue de lui, est d'une puis- sance irrésistible ; car aucun élément étranger ne l'ai-

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tère ni ne la dénature ; aucun obstacle ne l'arrête : à la longue^ elle accomplit son œuvre avec une sage len- teur^ mais avec la sûreté de la goutte d'eau qui creuse le granit.

« Soyons donc discrets^ à la manière antique^ mes F.'. F.', et nous aurons bien mérité de la Maçonnerie universelle. «

Ses travaux, ses projets, ses espérances, voilà donc ce que la Franc-Maçonnerie veut qu'on ignore. L'om- bre à laquelle elle aspire, c'est celle qui couvre ces mystères antiques dont la violation était punie de la peine capitale.

Voilà les aveux auxquels elle se laisse aller, lors- qu'elle parle pour ses seuls initiés. Et lorsqu'elle s'adresse aux profanes, elle leur affirme qu'elle ne se cache pas !

Donc la Franc-Maçonnerie ment.

Elle essaye de faire croire dans ce document que son œuvre est « grande et bienfaisante )>, que les idées auxquelles elle se dévoue sont« nobles et pures». Mais les faits la démentent ; car il y a des membres marquants de la congrégation maçonnique qui s'ap- pellent :Wilson; May er, ancien directeur escroc de la Lanterne ; Geyer, percepteur en rupture de caisse ; Thomas, le dévaliseur d'églises ; il y en a d'autres, en grand nombre, qui comptent parmi les panamistes les sudistes, les humbertistes, les fraudeurs du midi, les falsificateurs de toute espèce et les pot-de-viniers de tout rang. Il est bien extraordinaire qu'une doc- trine «noble et pure «produise de tels fruits, et en si grand nombre !

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D'ailleurs, quel besoin de se tant cacher, de se rappeler les meurtres antiques, d'avoir recours à l'assassinat comme le fait la Franc-Maçonnerie, j'en sais quelque chose, lorsqu'on se borne à prê- cher « des vérités bienfaisantes» ? Camille Desmou- lins ne comprenait pas cela, lui qui disait : « Il n'y a que les filous qui oient peur des réverbères. »

D'autre part, tout le monde sait que la Franc- Maçonnerie se donne comme étant avant tout une association fraternelle. Or, dans le document que nous venons de citer, elle nous parle d'un ennemi ; et, cet ennemi, elle se propose de le réduire à « ce je ne sais quoi qui n'a plus de nom dans aucune lan- gue ». N'est-ce pas un étrange esprit de frater- nité?

L'odeur de mensonge et d'hypocrisie qu'exhale ce document est celle que l'on trouve dans tout ce qui vient de la Franc-Maçonnerie. C'est le parfum qui est particulier à « la Veuve ».

Les lecteurs qui voudront bien aller jusqu'au bout de ce volume auront la preuve que l'œuvfe de la Franc-Maçonnerie n'est ni grande, ni noble, ni géné- reuse, ni bienfaisante. Cette œuvre, c'est tout sim- plement la destruction du Christianisme, et, avant tout, du Catholicisme et de la France. C'est l'anéan- tissement de tout un monde et son remplacement par ce que nous dirons.

Cela semble monstrueux ; si monstrueux qu'on est tenté de le croire impossible.

Pour comprendre que ce puisse être vrai, il faut d'abord se rendre compte que la Franc-Maçonnerie

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ne jouit pas de son libre arbitre, parce que ses mem- bres sont rendus inconscients par le travail de dé- formation intellectuelle et morale auquel on les sou- met ; qu'elle n'est qu'un simple outil forgé par une Puissance qui n'est pas française, mais antifran- çaise ; qui n'est pas chrétienne, mais antichrétienne ; et qui, en travaillant à la destruction de notre patrie, ne fait que servir à la fois sa religion et son patrio- tisme particuliers. Les mobiles qui font agir cette Puissance ne sont donc pas si vils qu'il nous semble, à nous, ses victimes. Mais il n'en est pas de même de ses méthodes ; car c'est elle qui a inventé la for- mule : la fin justifie les moyens; et les procédés dont elle use sont le mensonge, l'hypocrisie, la fourberie, la trahison.

C'est ce dont le lecteur trouvera ici la démonstra- tion.

Nous disons la démonstration ; car cette étude n'est ni un récit, ni un simple rassemblement de do- cuments, c'est-à-dire d'affirmations plus ou moins suspectes par cela seul qu'elles émanent de la Puis- sance prodigieusement mensongère qui a créé la Franc-Maçonnerie. Elle est poursuivie avec la mé- thode positive et rigoureuse qu'exigerait l'étude d'un problème d'algèbre. Ceux qui voudront bien nous suivre constateront que les francs-maçons, auxquels on fait croire qu'ils sont « initiés », sont au contraire les premiers trompés par cette Puissance mysté- rieuse qui se fait appeler « la Veuve », et qui les dé- clare ses enfants. Ils ne savent, des plans de cette marâtre, que ce que savent, de ceux d'un général en

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chef, les mulets qui traînent Tartillerie de son armée C'est ainsi que s'explique leur collaboration insen- sée à l'œuvre de destruction nationale.

DIFFICULTES QU ON EPROUVE A ENTRAINER LES PROFANES

A l'Étude de la question maçonnique.

C'est parce que la question se présente comme nous venons de le dire qu'il est si difficile de convaincre les profanes de la nécessité de son étude.

Et, pourtant, la Franc-Maçonnerie se rencontre partout dans le monde; et voici deux cents ans qu'on la voit établie parmi les nations. C'en devrait être assez pour piquer notre curiosité.

Ce qui devrait la provoquer bien plus, c'est que cette association prend des figures diverses, selon les lieux, les époques et les circonstances.

Néanmoins le public ne lui a encore demandé d'ex- plications nulle part. Ou, plutôt, il a accepté par- tout ce qu'elle a raconté sur elle, même lorsque les choses qu'elle disait ne se recommandaient que par la plus complète déraison.

Quelques-uns ont murmuré avec des airs mysté- rieux qu'elle était une association secrète et que, par conséquent, il était tout naturel qu'on ne sût pas ce dont elle s'occupait. Mais qu'est-ce qu'une société secrète? On n'en a pas la moindre notion. Pourquoi une société est-elle secrète? On ne se le demande même pas. On a entendu dire que la Franc-Maçon- nerie prend de multiples précautions pour que le pu-

blic ignore ce dont elle s'occupe dans ses temples. Par quelle peur est-elle donc travaillée? Elle appelle ses adhérents des initiés. Initiés à quoi? Elle exige d'eux « le serment du silence ». Le silence sur quoi? Elle les oblige à jurer « qu'ils aimeraient mieux avoir la gorge coupée et être ensevelis sous les sables de la mer afin que le flux et le reflux les emporte dans un éternel oubli », plutôt que de trahir ses secrets. Quels secrets?

Autant de choses qu'on ignore. Et pourtant les méfiances ne sont pas excitées. Nous trouvons tout naturel que la Franc-Maçonnerie nous cache ses œuvres. Nous n'admettons même pas que certains d'entre nous cherchent à se les expliquer. Et si, par hasard, quelqu'un, surpris à juste titre de tant d'é- trangetés, s'efforce d'en pénétrer le mystère, immé- diatement, c'est un toile général contre lui. Prenez garde à cet homme-là, s'écrie-t-on de tous côtés ! Il veut se rendre compte de ce qu'est la Franc-Maçonne- rie ! C'est un illuminé !

Il n'y a, parait-il, que ceux qui consentent à ne rien savoir qui ne soient pas des illuminés...

AVERTISSEMENTS INUTILES DES PAPES.

Presque seuls, les Papes firent tous preuve de clairvoyance, en signalant la Franc-Maçonnerie comme une entreprise de haine et comme un orga- nisme de destruction.

Malheureusement, ils ne fournirent jamais d'in- dications sur les puissances humaines pour le compte

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desquelles cette association travaille. Et, pourtant il y en a. Ils la montrèrent comme étant, puremeni et simplement, une Société d'esprit satanique.

Ce n'était pas assez pour qu'en un temps comme celui-ci une lutte sérieuse fût entreprise méthodique- ment contre elle. En effet, une telle conception d( la question pouvait bien être acceptée par certains Mais elle devait forcément être repoussée par d'au- tres.

C'est ce qui explique que, jusqu'en ces dernières années, quelques catholiques croyants et pratiquants furent à peu près les seuls antimaçons.

Il arriva même un moment les plus ardents parmi eux se montrèrent oublieux des avertissements de leurs pontifes et se détournèrent de la questior maçonnique. Ce fut après l'affaire Léo Taxil.

Au moment celle-ci fut organisée, les chefs se- crets de la secte se sentaient en situation de pousseï la Maçonnerie au pouvoir ; ils avaient résolu de s'em- parer, par elle, du gouvernement de la France. Ils crurent utile d'épaissir tout d'abord autour d'eux par le mensonge, l'obscurité qui devait leur permettre d'exécuter leur envahissement en toute sécurité C'est dans ce but qu'ils imaginèrent l'immense mys- tification que l'on sait. Les catholiques s'y laissèrent prendre. Ils écoutèrent les histoires à dormir deboul que Taxil leur racontait, sans les appuyer sur aucun raisonnement. Bien peu nombreux furent, même parmi les antimaçons plus éclairés d'aujourd'hui ceux qui ne tombèrent pas dans le piège. Les ecclé- siastiques furent les plus complètement mystifiés

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Il fallut les cyniques déclarations de Taxil lui-même pour les arracher à leurs illusions. Lorsque l'évidence devint enfin écrasante, l'antimaçonnisme catholique perdit pied. Il se sentit comme noyé sous le ridicule dont il venait de se laisser couvrir. Il y eut alors quel- ques années pendant lesquelles presque personne n'osa plus s'occuper de la question maçonnique. C'était précisément ce que voulaient les chefs mys- térieux de la secte.

LES AUTEURS QUI FONDERENT LA SCIENCE ANTIMAÇONNIQUE.

Il était nécessaire de s'appuyer sur d'autres don- nées pour appeler l'attention sur les méfaits maçon- niques.

Ces données ne manquaient pas; car des ouvrages de grande valeur avaient été publiés sur la Franc- Maçonnerie, et depuis longtemps. Malheureusement, leur étude exigeait de sérieux efforts. Et c'est pour- quoi le public catholique avait commis la faute de les dédaigner. Il avait trouvé plus commode, le fait maçonnique étant mis sur le dos du diable, de prier Dieu de terrasser son ennemi. Il oubliait le mot de Jeanne d'Arc : « Les hommes d'armes batailleront, et Dieu donnera la victoire. » C'est cette faute de paresse qu'il paye aujourd'hui.

Parmi les auteurs qui s'étaient fait particulière- ment remarquer par leurs travaux sur la question maçonnique, il faut citer en premier lieu l'abbé Bar- ruel qui publia, en 1797, un ouvrage en cinq volumes

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intitulé : Mémoires pour servir à l'histoire du jacobi- nisme. Dans cet ouvrage, Barruel, s'appuyant sur une documentation abondante, dénonçait la Franc- Maçonnerie comme Torganisatrice de la Terreur.

Après lui, un homme qui n'était pas dominé par ce qu'on a pris l'habitude d'appeler le préjugé catho- lique, le protestant saxon Eckert, recommença, de 1840 à 1850, la même démonstration, qu'il appuya sur des éléments nouveaux, en l'étendant à la Révo- lution de 1830. Il dépensa toute sa fortune et il s'usa lui-même dans son effort de dix années contre la Franc-Maçonnerie.

Trente ans plus tard. Deschamps et Claudio Janet reprirent et développèrent la thèse de Tabbé Barruel et du protestant Eckert. Dans leur ouvrage : Les Sociétés secrètes et la Société^ qui représente plus d'un quart de siècle de recherches documentaires, ils mon- trèrent la Maçonnerie inspiratrice et organisatrice de la Terreur, de la Révolution de 1830 et de celle de 1848. Ils lui attribuèrent la création de l'unité ita- lienne, celle de l'unité allemande, la Révolution du 4 Septembre et la Commune.

Mais tout cela était si peu en rapport avec l'ap- parence de bonhomie, voire même de niaiserie, que prenait la Société maçonnique àl'heureoùparaissaient les études dont nous venons de parler, que non seule- ment le grand public, mais même la fraction la plus éclairée de ce public, dédaignèrent de regarder ce qu'on leur démontrait pourtant avec documents à l'appui. Il fallait quelque chose de plus simple et qui, en même temps, fût corroboré par les événements.

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NOUVEL EXPOSÉ DE LA QUESTION.

Ces deux circonstances se trouvèrent heureusement réunies ; et ce fut précisément à Theure même Léo Taxil cherchait à égarer les cathoHques et y réussissait trop bien.

En 1892, la question maçonnique prit, un beau jour, un autre aspect que celui sous lequel elle était apparue jusqu'alors. Elle fut présentée sous forme de simple problème d'arithmétique politique, dans un petit livre qui parut alors et qui avait pour titre : La Franc- Maçonnerie et la Question religieuse.

L'auteur de ce livre commençait par appeler l'at- tention sur le petit nombre des francs-maçons fran- çais, pas même vingt-cinq mille à cette époque. Il fournissait les preuves de ce petit nombre. Puis il montrait l'énorme quantité de pouvoir politique que cette infime minorité était parvenue à absorber.

« llij a en France., écrivait-il., environ neuf millions et demi d'électeurs^ et sur ces neuf millions et demi, cinq cent soixante- seize députés, ce qui fait un député pour seize mille cinq cents électeurs environ.

« D'après cette proportion, un groupe quelconque de vingt-quatre mille électeurs n'a même pas droit à un député et demi.

« Les quatre fédérations maçonniques qui ont leur siège en France n'y réunissant pas vingt-cinq mille initiés, ne devraient donc être représentés que par un député et demi; et, en conséquence, il ne devrait y avoir à la Chambre qu'un député plus une moitié de député francs-mMçons.

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« Telle serait la proportion légitime ; et, si cette pro- portion existait, il est certain que la Franc- Maçonnerie serait dans V impossibilité de menacer la liberté du pays.

« Malheureusement, elle n'existe pas; et, au lieu d'un franc-maçon et demi qui devraient siéger à la Cham- bre, sait-on combien il y en a? Plus de cent-cinquante {!).

« U?i journal républicain, Le XIX^ Siècle, donnait leurs noms il y a quelques mois. Il est vrai qu'il n'ar- rivait qu'au total de cent- vingt- sept ; mais il en omet- tait un grand nombre notoirement connus pour appar- tenir à la Franc- Maçonnerie.

« Dans ces conditions, tandis que neuf millions

et demi d'électeurs ordinaires sont représentes à la Chambre par quatre cent vingt-six députés, vingt quatre mille francs-maçons le sont par cent cinquante députés.

(' Si nous divisons neuf millions et demi par cinq cent soixante-seize, le quotient que nous trouvons donne UN DÉPUTÉ sur VINGT-DEUX MILLE citoycns Ordi- naires.

« Si nous divisons, d'autre part, vingt-quatre mille par cent cinquante, en regard de cette proportion d'un député sur vingt-deux mille citoyens, nous trouvons cette autre^ vraiment incroyable, d'\5^ député sur CENT SOIXANTE francs-maçons,

« Les francs-maçons sont donc cent trente-sept fois

(l) Que le lecteur n'oublie pas que le livre cité date de 1892. Le nombre des députas Irancs-maçons est beaucoup plus consi- dérable maintenant.

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plus favorisés gwe les autres Français; et ces vingt-quatre mille privilégiés accumulent dans leur petit groupe la même puissance d'éligibilité que possède une masse de trois millions trois cent mille électeurs.

^( En considérant la situation d'autre façon^ nous nous trompons en présence de la constatation suivante :

« Vingt-quatre mille francs-maçons, répartis dans les cinq cent soixante-seize circonscriptions électorales, donnent à peine quarante-deux maçons pour chacune d'elles. Or, dans cent cinquante de ces circonscriptions, le député, au lieu d'être pris parmi les seize mille quatre cent cinquante-huit électeurs qui ne sont pas francs- maçons, est pris parmi les quarante-deux qui le sont.

« Telle est la disproportion colossale qui existe entre les francs-maçons et ceux qui ne le sont pas.

a Les premiers possèdent près du tiers de la repré- sentation nationale. Ils sont proportionnellement plus nombreux encore au Sénat qu'à la Chambre. Quant au Conseil -des Ministres, ils l'absorbent presque tout en- tier. ))

Et Fauteur de la Franc- Maçonnerie et la Question religieuse, après avoir montré comment les efforts de ces sénateurs et députés francs-maçons étaient coor- donnés par une autorité directrice inconnue du pu- blic, concluait en disant qu'en fait, la Franc-Maçon- nerie française se transformait, peu à peu, en une sorte de Société anonyme des éligibles français.

On sait à quel point les événements ont donné rai- son à cet auteur, dont la thèse de 1892 s'est trouvée corroborée par tous les documents maçonniques qui ont été mis au jour depuis cette époque.

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Ainsi ramenée à une proportion arithmétique, dont les données se trouvaient d'ailleurs vérifiées par les faits existants, la question maçonnique allait-elle entin appeler l'attention des Français? Pour en re- connaître la gravité, il n'était plus nécessaire de s'astreindre à une longue étude, de lire de volumineux ouvrages dont les exemplaires se font de plus en plus rares. Il suffisait de compter sur ses doigts en regar- dant autour de soi. Il n'était plus besoin non plus d'être un croyant. Ceux auxquels la religion était indifférente se trouvaient convaincus que la religion n'était pas seule menacée. La Franc-Maçonnerie était en train d'absorber le Gouvernement de la France. Le fait en valait la peine. Et il était établi d'une ma- nière si précise que tous ceux qui savaient faire une règle de trois pouvaient s'en administrer la preuve.

De plus, l'auteur de La Franc- Maçonnerie et la Question religieuse citait dans sa petite étude l'ar- ticle de ses statuts dans lequel l'association maçon- nique affirmait solennellement jadis qu'elle ne s'oc- cupait pas de politique. Par là, il prouvait qu'elle mentait à la nation.

Enfin, par certains rapprochements établis sur des faits connus et par quelques documents extraits des archives maçonniques, le même auteur mon- trait que, bien qu'elle affirmât également dans ses Statuts qu'elle respectait toutes les convictions reli- gieuses la Franc-Maçonnerie était en réalité la véri- table initiatrice de la guerre religieuse qui était pour- suivie dès lors en France avec une violence tous les jours grandissante.

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La puissance politique de cette association, qu'on s'obstinait depuis si longtemps à regarder dans le grand public comme purement philosophique et inoffensive, sa méthode de mensonge et son plan de destruction de la tradition religieuse nationale, c'était presque toute la question maçonnique française qui se trouvait ainsi ramassée en quelques pages ; et elle était présentée d'une façon telle, qu'elle devait intéresser non plus seulement les catholiques, mais aussi tous les vrais républicains : ceux-ci parce qu'on leur fournissait la preuve de l'attentat commis contre la souveraineté nationale ; ceux-là parce qu'il leur était clairement montré par qui la liberté de leur conscience était menacée.

C'était la thèse du bon sens qui se trouvait ainsi dressée en face de la mystification de Taxil.

Il eût suffi d'une énorme publicité donnée à une exposition si simple pour que bien des déchirements, survenus depuis, fussent épargnés à la France.

Mais, si claire que fût ma démonstration, car j'étais l'auteur du petit livre dont je parle, elle passa inaperçue du grand public, parce que j'étais alors complètement inconnu et parce que je ne dis- posais pas de moyens d'action suffisants. Les catho- liques d'alors ne m'entendirent pas. Ils préférèrent suivre Taxil, qui les conduisit l'on sait.

Toutefois, la thèse s'était imposée à un certain nombre d'esprits réfléchis ; et il pouvait suffire d'une circonstance favorable pour déterminer enfin un mou- vement antimaçonnique sérieux. L'affaire Dreyfus survint. Elle fut cause de la naissance des ligues d'op-

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position. Celles-ci créèrent des Comités dans les dé- partements. Par là, elles offraient la possibilité de l'exposition de la question maçonnique par la parole, dans les réunions privées qu'elles organisèrent dans toutes les villes de France. C'était la circonstance favorable qui se présentait. Il fallait la saisir au pas- sage. Je m'en rendis "compte; et, bien que je ne fusse nullement conférencier, j'essayai, soutenu par Jules Lemaitre, de présenter la thèse antimaçonnique dans une des réunions de la Patrie Française. J'eus la chance d'y réussir. L'Action Française^ qui venait d'être fondée par le colonel de Villebois-Mareuil, Jules Caplain et Henri Vaugeois, m'offrit l'occasion d'une seconde conférence qui fut un vrai succès. Dès lors c'en était fait ; l'exposition de la question maçonni- que était admise dans les réunions des groupes qui, bien que se disant d'opposition, ne savaient pas à qui ils devaient s'opposer, parce qu'ils ignoraient la Franc-Maçonnerie.

Un millier de conférences firent ce que n'avaient pu ni Barruel, ni Eckert, ni Deschamps et Claudio Janet, parce qu'elles supprimèrent le travail pour le public, qui consentit à écouter ce qu'il n'aurait eu ni l'idée ni le courage de lire.

On peut se demander si, sans cette circonstance, les Français, dévorés par l'hydre maçonnique, se dou- teraient seulement à l'heure qu'il est de l'existence de celle-ci.

Ce fut Jules Lemaitre, je tiens à le répéter, qui, comprenant l'importance de cette question, bien qu'il ne la connût pas dans son ensemble, me per-

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mit de faire ma première conférence antimaçonnique et la présida, malgré l'opposition de la plupart des personnes de son entourage. Je lui en serai toujours reconnaissant.

Lors des élections municipales de 1900, je conden- sai ma thèse dans les quelques lignes suivantes pu- bliées dans un petit journal : A bas les Tyrans! que je fondai alors, en collaboration avec Louis Dasté.

Les chiffres n'y étaient plus les mêmes qu'en 1892. C'est qu'en huit ans, les faits que j'avais signalés avaient produit les conséquences que j'avais annon- cées.

<( Les francs-maçons^ disais-je, ne sont que ç>ingt- cinq mille en France^ et ils ont plus de quatre cents sénateurs ou députés^ soit un sénateur ou député sur soixante francs-maçons^ tandis que pour le reste des Français la proportion est d'un sénateur ou député sur dix-huit mille électeurs. Les francs-maçons se trou- ç>e?it donc trois cents fois plus favorisés que la masse des Français.

« C'est le principe d'égalité qui est violé !

'.( D'autre part^ leurs chefs donnent des ordres aux députés et aux sénateurs francs-maçons ; e/, par l'in- termédiaire de ceux-ci^ ils agissent sur le gouvernemeiU auquel ils imposent leur cléricalisme.

« C'est le principe de liberté qui est violé !

« Enfin^ ces chefs francs-maçons çeulcfit qu'à tout prix les Français soient en guerre les uns contre les autres afin de les dominer^ grâce à leurs diinsions. Pour

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y arriver^ ils ont créé et ils entretiennent la guerre reli- gieuse.

« C'est le principe de fraternité qui est violé ! »

« Les francs-maçons ont donc attenté à tous les prin- cipes républicains. Ils exercent une dictature d'autant plus odieuse qu'elle est plus hypocritement masquée,

« // n'y a plus qu'un cri de ralliement possible aux républicains français :

u A BAS LES TYRANS I »

Les conférences qui ont été faites jusqu'en ces derniers temps depuis que la thèse fut ainsi définiti- vement posée n'ont guère été que le développement de ces idées très simples et dont la vérification était d'ailleurs écrite dans les faits de chaque jour. Et c'est pourquoi elles ont porté.

l'œuvre qui reste a accomplir.

C'est par qu'il fallait commencer. Mais il ne faudrait pas croire maintenant que cela suffit.

Si nous voulons combattre en toute connaissance de cause et ne pas être exposés à voir de nouveau la Maçonnerie reculer, s'effacer, disparaître momentané- ment comme elle a déjà fait plusieurs fois, pour re- paraître ensuite plus puissante qu'elle n'était, si nous voulons la vaincre définitivement, il est indispensable de savoir ce qu'elle est vraiment, dans quel but elle agit, pour le compte de qui, et surtout comment, par quels mystérieux procédés et grâce à quelle orga-

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nisation supérieurement combinée, elle peut produire des résultats aussi extraordinaires que ceux aux- quels nous assistons.

Tâche difficile, par cette raison que nous n'avons pas affaire à une association travaillant comme toutes les autres au grand jour, mais au contraire à une société dont les fondateurs ont défendu les approches en y accumulant les embûches propres à tromper la curiosité et à dérouter Tentendement.

Voici, pour ma part, des années que je suis tour- menté par le besoin de me rendre compte de tous le& bouleversements dont est remplie notre histoire de- puis que la Franc-Maçonnerie existe, bouleverse- ments que je sentais n'être pas sans relation avec l'ac- tion maçonnique, sans parvenir à m'expliquer com- ment.

Une chose surtout me paraissait extraordinaire. Durant des siècles, l'existence de notre pays s'est déroulée de la façon logique qui correspond aux lois naturelles. Un beau jour, une sorte de crise s'est dé- clarée dans notre organisme national. Une tempête a bouleversé la France de fond en comble. Une anar- chie s'est manifestée, que Taine a crue « spontanée v, dans ce peuple qui s'était astreint, le premier parmi les peuples européens, à une discipline nationale. Notre tempérament a été, semble-t-il, complètement retourné par cette crise. Nous sommes devenus le contraire de ce que nous étions.

Considérant que l'anarchie des années qui pré- cédèrent la Révolution existe encore aujourd'hui, mais qu'elle n'est nullement spontanée, qu'elle est bol et

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bien voulue, préméditée, organisée par la Franc-Ma- çonnerie ; ayant pu toucher cela du doigt ; considé- rant d'autre part que cette Franc-Maçonnerie exis- tait déjà au dix-huitième siècle et que, par consé- quent, elle a pu y organiser Tanarchie comme elle le fait maintenant ; ayant acquis, grâce à Barruel, Eckert, Deschamps et Claudio Janet, la conviction qu'elle l'avait fait ; mais, d'autre part, constatant qu'elle est composée d'êtres inférieurs, incapables par conséquent de concevoir et de préparer avec suite les immenses destructions qui ont été accomplies et qui sont en train d'être parachevées par leur fait, j'ai été tout naturellement amené à me demander s'il ne se dissimulait pas sous l'association miaçonni- que quelque puissance politique, qui se serait ingéniée à demeurer invisible afin d'agir plus sûrement, et si cette puissance ne serait pas celle qui, toujours par l'intermédiaire de la même Franc-Maçonnerie, aurait produit l'anarchie d'il y a cent vingt ans, grâce à des moyens semblables à ceux qu'on peut la voir em- ployer aujourd'hui. Ayant acquis la preuve qu'il en était ainsi, j'ai cherché quelles raisons peuvent pousser cette puissance mystérieuse à agir comme elle le fait, pourquoi elle s'attaque à nous plutôt qu'à d'autres, et grâce à quelle extraordinaire et in- visible combinaison de procédés elle parvient à pro- duire de tels dérangements dans un organisme natio- nal qui avait pourtant fourni jadis les preuves de sa solidité.

Après bien des hésitations, des tâtonnements, des corrections imposées à mes premiers jugements, je suis

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enfin parvenu à trouver une explication logique de tant de circonstances qui ne sont illogiques qu'en apparence. J'ai pu édifier une théorie de la question maçonnique basée sur des réalités indiscutables, mais qu'il fallait coordonner, théorie grâce à laquelle les faits de notre histoire qui se sont succédé depuis un siècle et demi ont pris un sens à mes yeux.

J'ai été grandement aidé en cela par une circons- tance : celle de mon passage dans la Franc-Maçon- nerie.

Dire brièvement mon curriculum vitse maçonnique et antimaçonnique n'est pas chose inutile. Le lecteur qui voudra bien le suivre, et dont certaines conceptions seront peut-être heurtées au cours de cette étude, comprendra mieux par un simple récit que par de longs raisonnements combien, dans un sujet comme celui-ci, il faut se garder des idées toutes faites. Pré- cisément parce que la Franc-Maçonnerie cherche à se dérober par tous les moyens imaginables, précisé- ment parce qu'elle multiplie les fausses pistes pour égarer ceux qui tentent de pénétrer son secret, un grand nombre de versions se trouvent répandues sur son compte et sont activement propagées. Or, il n'y en a qu'une qui soit la vraie. Laquelle? Comment la reconnaîtrons-nous? Ce ne sera évidemment pas sans être tombés plus d'une fois dans les embûches qui nous sont tendues par l'adversaire. C'est ce que dé- montrera l'histoire de mes variations et des raisons par lesquelles elles ont été produites. Le lecteur, je l'espère, me pardonnera de lui parler demoipendant tout un chapitre. Si je le fais, c'est pour lui présenter

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tout d'abord la question maçonnique pour ainsi dire vécue. C'est en passant par certains chemins que j'ai appris ce que je sais. Ceux qui voudront bien y repasser avec moi pourront s'instruire ainsi beau- coup plus facilement que je ne l'ai fait moi-même.

Il

La question maçonnique vécue*

COMMENT ON ENTRE DANS LA FRANC-MAÇONNERIE.

Voici vingt-quatre ans que je suis aux prises avec la question maçonnique. C'est, en effet, en 1884, que je demandai l'initiation au F.*. Caristie Martel, pen- sionnaire de la Comédie-Française et Vénérable de la loge Y Aidant-Garde maçonnique. J'y avais été amené par un ami franc-maçon. C'est à peu près toujours ainsi que les choses se passent. Cet ami, dont j'igno- rais la qualité maçonnique, s'était mis en tête de faire ma conquête, lorsqu'il se fut aperçu que j'avais perdu la foi catholique. Pour y arriver, à différentes reprises, il m'avait vanté les mérites de la Franc- Maçonnerie. D'après lui, cette association était. une société d'élite dans laquelle toutes les vertus étaient pratiquées, en particulier celles de tolérance et de fraternelle solidarité. Cette dernière, m'affirmait-il, était étendue non pas seulement à tous les francs- maçons, mais à tous les hommes, sans distinction de cultes ni de nationalités. On ne s'occupait en loge' que de philosophie, d'histoire, de sciences et d'œuvres d'assistance. On n'y faisait pas de politique. Jamais

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on n'y discutait sur les choses de religion, par cette raison que le respect de toutes les croyances y était admis comme un dogme.

Comme je me montrais incrédule, mon ami me fit lire le premier article de la Constitution du Grand Orient. Le texte en était formel. Aucun doute ne semblait possible. Je fus persuadé que les choses étaient bien telles qu'elles m'étaient dépeintes et, en conséquence, j'adressai ma demande d'initiation au Vénérable de la loge VAçant-Garde maçonnique^ à laquelle appartenait mon ami, en me conformant aux indications que me fournit celui-ci.

Je passe sur la cérémonie au cours de laquelle on me donna la lumière. J'en ai raconté ailleurs tous les détails comiques (1).

COMMENT ON FIT DE MOI UN ANTICATHOLIQUE FANATIQUE.

Ainsi que je l'ai dit, j'étais entré dans la loge U Aidant-Garde au moment je venais de perdre la foi catholique dans laquelle j'avais été religieusement élevé par une mère qui fut une chrétienne héroïque. Je connaissais depuis de longues années l'ami franc- maçon qui avait été mon introducteur. Tant qu'il m'avait senti catholique, il s'était bien gardé de me faire savoir qu'il était un chevalier de la truelle.

(1) Comment je suis entré dans la Franc-Maçon^ierie et comment f en suifi sorti. Brochure, 1 fr. Librairie Académique, Perrin, quai des Grands-Augustins, Paris.

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Jamais il ne m'avait parlé de la Maçonnerie. Il ne le fit que lorsqu'il s'aperçut du changement qui s'était opéré en moi. L'heure était favorable, en effet. Dès lors que j'entrais, à cette heure psychologique, dans la Franc-Maçonnerie, il était fatal que je deviendrais un anticatholique fanatique, et il y avait de grandes chances pour que ce fût jusqu'à la mort. Mais, sur ce dernier point, il était écrit qu'il en serait autre- ment. Je devais subir, dans toute sa violence, la crise que traverse mon pays tout entier; mais je devais aussi y échapper, comme j'espère qu'il y échap- pera.

Qu'ai-je fait dans la Maçonnerie? C'est une question que le lecteur doit me poser. C'est celle en effet qu'on entend toujours : Que fait-on dans les réunions maçonniques?

La réponse est simple, si simple, qu'elle étonne toujours ceux qui l'entendent pour la première fois.

Dans les réunions maçonniques, on commence par écouter des prédications ; et, plus tard, on en fait soi-même. Les Loges sont des lieux l'on est prê- ché, et l'on prêche. Rien de plus.

Sur quels sujets ont lieu ces prédications? Sur deux thèmes qui sont comme des leit-motw revenant sans cesse, à propos de tout et à propos de rien.

Premier thème : la Franc-Maçonnerie est une ins- titution sublime, sainte et sacrée. Elle est l'éternelle initiatrice de tout ce qui se fait de bien, de bon, de grand dans l'humanité.

Deuxième thème : Cette association, si haute, si respectable, si vénérable, a un ennemi. Cet ennemi,

c'est le catholicisme. D'où on tire cette conclusion : Puisque le catholicisme est l'ennemi de la Maçonnerie, il est l'ennemi de toutes les grandes causes aux- quelles celle-ci déclare se dévouer. En conséquence, si on aime vraiment ces grandes causes, il faut com- battre le catholicisme. Ça n'est pas plus malin que cela. Naturellement toute une politique est basée là-dessus. Et voilà tout le secret du fanatisme anti- catholique de nos gouvernants.

J'acceptai avec la plus grande facilité le premier thème. Pourquoi me serais- je défié? Pourquoi aurais- je suspecté ceux qui m'affirmaient la sublimité de la Maçonnerie? Pourquoi, étant sincère, eussé-je douté de leur sincérité? Ces hommes, au lieu de parler entre eux de leurs affaires ou de leurs plaisirs, comme ils faisaient en dehors des réunions maçonniques, ne juraient plus, une fois en loge, que par la Raison, le Progrès, la Vérité, l'Egalité, la Fraternité... N'était- ce pas impressionnant?

Ce devait l'être d'autant plus pour moi que j'étais, ainsi que je l'ai expliqué, à l'heure favorable entre toutes pour cela. Je venais de perdre la foi catholi- que. Mais je n'avais pas perdu ce à quoi elle avait correspondu en moi jusqu'alors, je veux dire la soif d'idéalisme, le besoin d'une croyance en un « au- delà )), en un « au-dessus » des contingences maté- rielles. Au contraire, ce besoin ne se trouvant plus satisfait, j'étais d'autant plus porté à me jeter avec avidité, et par conséquent sans réflexion, sur les idées exprimées par les grands mots dont on se ser- vait comme d'autant d'appeaux. J'étais bien choqué

par certaines pratiques ridicules auxquelles je ne com- prenais rien. Mais on me disait que si on les conser- vait, c'était « par respect pour les antiques traditions de rOrdre ». Ainsi qu'on avait grand soin de me le faire remarquer, quoi de plus respectable que des tra- ditions!...

Je fus donc impressionné comme tant d'autres. J'acceptai pour vérité démontrée ce qui n'était qu'une affirmation dénuée de preuve ; et je crus sincèrement que la Franc-Maçonnerie était la sublime initiatrice qu'on me disait.

Ce fut comme une nouvelle religion qui succéda à l'ancienne. J'eus la foi en la Maçonnerie, comme j'avais eu la foi catholique. Cela fait, le reste devait aller tout seul. Par le reste, j'entends le fanatisme anticatholique.

En effet, il est assez naturel que celui qui se donne à une nouvelle religion se laisse entraîner à la haine contre celle qu'il quitte. Dès lors qu'il admet l'une comme vraie, c'est qu'il croit l'autre fausse. Il sera donc tout disposé à en vouloir à ceux qu'il doit logi- quement considérer comme l'ayant trompé, surtout si l'on sait l'y exciter habilement. Et c'est pourcjuoi les nouveaux initiés acceptent sans révolte la seconde partie de l'enseignement maçonnique.

Il est vrai qu'elle est en contradiction avec i'athi'- mation de l'esprit de tolérance contenue dans les statuts. Mais, ainsi que nous le verrons, les choses sont faites avec assez d'habileté pour que les esprits ne soient pas trop heurtés par la contradiction entre l'universelle tolérance qui est annoncée et le fanatisme

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anticatholique qui est pratiqué. C'est ainsi qu'à l'époque j'entrai dans la Franc-Maçonnerie, on en était encore à la fameuse distinction entre le catho- licisme et le cléricalisme. On prétendait qu'on res- pectait le premier et qu'on n'attaquait que le second. On usait de cette précaution selon les circonstances, et on parvenait ainsi à exciter la haine contre la re- ligion catholique, tout en ayant l'air de ne pas man- quer aux prescriptions de <( respect pour toutes les convictions religieuses » qui étaient alors imprimées dans les statuts.

Grâce à la perfidie d'une telle méthode, contre la- quelle on est d'autant plus mal défendu qu'on est plus idéaliste et plus sincère, je devins fanatiquement anticatholique. Et, pourtant, le fanatisme n'était pas dans mon tempérament. Cela est bien certain, puis- qu'ayant été un catholique de conviction jusqu'à l'âge de trente ans, jamais je ne m'étais senti le moin- dre mouvement de haine, ni contre un protestant, ni contre un juif.

comment je pus echapper au fanatisme qu'on m'avait inculqué, mes découvertes. lutte interieure.

La meilleure preuve d'ailleurs que le sectarisme n'était pas dans ma nature et qu'il était produit en moi, comme en la plupart des francs-maçons, par la culture spéciale et intensive à laquelle je fus sou- mis, c'est que je parvins à y échapper.

J'étais, heureusement pour moi, d'une bonne foi

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absolue. J'avais en outre la chance de n'éprouver, en fait d'ambition, que celle d'être utile, de servir à quelque chose.

En raison de l'habile tactique dont je viens de donner l'idée, il y avait chance que je devinsse assez aveugle pour ne pas m'apercevoir de ce qu'il y avait de contradictoire, de louche et d'hypocrite dans les procédés maçonniques. Mais en raison de ma nature d'esprit, il pouvait aussi suffire d'heureuses circons- tances pour que je fusse ensuite désabusé.

J'eus la bonne fortune de rencontrer à temps ces circonstances. Je fus amené à réfléchir avant que le système d'éducation auquel j'étais soumis m'eût à jamais fait perdre toute liberté d'esprit. Certains excès de fanatisme me mirent en défense, d'abord contre moi-même, puis contre les influences ambiantes dont j'apercevais de mieux en mieux l'action per- nicieuse, à mesure que je reprenais possession de mes facultés de raisonnement.

Si cette reprise de moi-même s'était accomplie ra- pidement, j'aurais quitté beaucoup plus tôt la Ma- çonnerie, comme le font un certain nombre de francs- maçons, dès que leur bonne foi s'étonne des contra- dictions dont ils s'aperçoivent, ou dès que leur aml)i- tion s'irrite des déconvenues qu'elle rencontre. Mais je croyais si sincèrement au Progrès, à la Raison, à la Justice, à la Vérité, à la Fraternité, à toutes les grandes idées qu'on avait agitées devant mon esprit! Je m'étais fait un nouvel idéal auquel je m'étais si complètement donné ! Je ne m'apercevais pas alors du manque absolu de base qui le caractérisait, non

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plus que de la façon perfide dont on en usait, pour me conduire peu à peu à un but tout autre que celui dont on me parlait. Je croyais, je voulais croire mal- gré tout à la sincérité de la Franc-Maçonnerie. Au lieu de m'en prendre à elle de ce qui m' apparaissait dans certains de ses actes comme incompatible avec la loyauté, j'accusais certains frères, les politiciens, qui, pensais-je, entraînaient, pour les besoins de leur ambition, notre sublime association dans une mauvaise route. Je résistais aux évidences. Je me faisais la guerre à moi-même... ' Le temps passait ainsi. Je l'employais à aller de loge en loge. Je parlais, tantôt dans l'une, tantôt dans l'autre, lorsque j'en trouvais l'occasion, de l'esprit de tolérance, que je montrais comme ayant été celui de l'ancienne Maçonnerie. J'en déplorais l'abandon. J'essayais d'y ramener mes frères...

Mes prédications ne portèrent pas les fruits que j'aurais voulu. Elles ne furent pourtant pas sans ré- sultat; car elles me permirent de m'apercevoir que dans toutes les loges se commettaient journellement des actes politiques d'une importance extrême, bien qu'on nous répétât constamment que la Maçonnerie était une association purement philosophique.

D'autre part, mon attention se trouva portée sur un autre fait non moins grave. En effet, dans la plu- part des loges j'allais, je rencontrais, presque tou- jours, parmi les cinquante ou soixante membres dont chacune d'elles se composait, un député ou un séna- teur, ou même un député et un sénateur faisant partie du même atelier. C'était la preuve évidente, la preuve

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par le fait, que la Franc-Maçonnerie était parvenue, sans que le pays s'en doutât, à s'emparer d'une très grande quantité de sièges législatifs. Ceux qui les occupaient n'avaient été choisis par le suffrage uni- versel que parce que celui-ci les avait crus libres. En réalité, ils ne l'étaient pas. La Maçonnerie les tenait par les serments qu'elle avait exigés d'eux, par la formation intellectuelle qu'elle leur avait sournoise- ment imposée et par bien d'autres liens dont ce n'est pas encore l'heure de parler. En raison de la domina- tion qu'elle exerçait ainsi sur l'esprit de ces députés et de ces sénateurs francs-maçons, elle pouvait subs- tituer sa politique à la politique nationale.

Et, en fait, je me rendis compte qu'en ce qui con- cernait la question religieuse, la Franc-Maçonnerie était, toujours sans que le pays le sût, l'initiatrice de la guerre qui le divisait en l'affaiblissant.

Cette substitution de la volonté de la Franc-Maçon- nerie à la volonté de la France, qui était en contra- diction flagrante avec le principe du gouvernement républicain, se manifestait à mon esprit d'une ma- nière tous les jours plus évidente, avec les désas- treuses conséquences qu'elle entraînait. Si bien qu'une heure vint je me demandai si je n'avais pas le de- voir de faire connaître ce dont je m'étais aperçu.

Ce fut alors une autre lutte en moi. Je sentais bien ce qu'exigeait l'intérêt de mon pays. En ne con- sidérant que lui, je devais parler. Mais la Franc- Maçonnerie avait pris soin de me lier la langue et de faire ma volonté prisonnière. Elle m'avait en effet imposé, le jour de mon initiation, comme elle le fait

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vis-à-vis de tous les francs-maçons, le serment de « ne rien dire ni écrire de ce que je pourrais voir ou entendre dans les assemblées maçonniques, sans en avoir reçu la permission expresse, et seulement de la manière qui pourrait m'être indiquée ».

Elle me tenait par là.

J'avais pourtant formulé hautement certaines ré- serves en faveur de la liberté de ma conscience, avant de m'engager. Je me rendais bien compte aussi qu'on m'avait extorqué mon serment, puisqu'on m'avait fait en échange des déclarations fausses et des pro- messes qu'on ne tenait pas. Je me répétais qu'un homme ne pouvait être lié par un engagement pris dans de telles conditions, surtout alors que l'intérêt de son pays est en jeu. Je demeurais néanmoins hési- tant.

C'est. que la Franc-Maçonnerie ne se contente pas de faire prononcer un serment à ses initiés. Elle leur rappelle ce serment à chacune des réunions aux- quelles ils assistent dans les loges. Elle déclare que le succès de son œuvre sainte est attaché à l'observa- tion de la « loi du silence )>. Elle crée ainsi en eux une tournure d'esprit très particulière d'où résulte une sorte de religion du secret. On ne saurait se figurer, lorsqu'on ne l'a pas subie, l'influence d'une telle formation, ni l'utilité dont elle est pour la Franc- Maçonnerie. J'ai pu mesurer l'une et l'autre à mes incertitudes, à mes hésitations, à mes révoltes de conscience, dans les jours dont je parle.

Autre chose me retenait encore. En admettant que je me décide à faire d«»s révélations, me disais-je,

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est-ce que la Maçonnerie n'aura pas vite fait d'infir- mer la valeur de ces révélations, rien qu'en pronon- çant contre moi ce simple arrêt : c'est un traître ! Car j'en serai un à ses yeux. Qui me croira dans de telles conditions? Qui m'écoutera seulement, lorsque je parlerai, moi, chétif inconnu, contre elle, toute puis- sante et disposant de tant de ressources insoupçon- nées?

COMMENT j'entrepris LA LUTTE

CONTRE LA FRANC-xMAÇONNERIE, ALORS QUE j'ÉTAIS

ENCORE FRANC-MAÇON.

Un jour vint pourtant le devoir m'apparut très net et je me dis que l'important, pour un homme qui veut être vraiment un homme, n'est pas tant de réussir en faisant ce qu'il doit, que de le faire : je résolus donc une bonne fois dédire ce que je savais, et ce que la nation avait le droit de savoir comme moi.

Seulement, comme je considérais que j'avais com- mis une faute en promettant le secret, le jour de mon initiation, sans savoir sur quoi pouvait bien porter ce secret, je décidai qu'en réparation de cette faute, je me devais d'affronter la colère de « la Veuve» avant d'avoir mis entre elle et moi la barrière pro- tectrice de ma démission.

En conséquence, au cours de la période électorale boulangiste de 1889, j'offris mes services dans un jour- nal de Vervins, mon pays natal, au candidat conser- vateur, M. Godelle,qui se présentait contre le docteur Dupuy, député gouvernemental sortant, franc-maçon fanatique, qui avait prononcé en pleine Chambre

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cette parole si digne de la Franc-Maçonnerie : « En politique, il n'y a pas de justice. »

Je fis savoir à M. Godelle que j'étais franc-maçon et je lui exposai les raisons pour lesquelles je désirais combattre la Franc-Maçonnerie avant de la quitter. Il accepta mon concours dans ces conditions ; et c'est ainsi que je pus accuser publiquement la Maçonnerie d'intolérance, de fanatisme antireligieux et d'ingé- rence occulte dans les affaires politiques de la France.

J'eus la chance de voir le F.*. Dupuy rester sur le carreau. 11 put ainsi se convaincre qu'il y a quel- quefois une justice en politique.

Ce premier succès acquis, je revins à Paris, résolu à faire connaître ma conduite à mes frères de la loge V Aidant-Garde et à provoquer ma mise en jugement.

Je n'obtins celle-ci qu'après une véritable bataille qu'il me fallut livrer. On commença par essayer de m'impressionner par la violence, dans une séance éclatèrent les colères que j'avais provoquées. Ce fut sans résultat. Alors on revint aux moyens de per- suasion. On essaya de me convertir. Mais il était trop tard. La cause était définitivement entendue devant ma conscience. J'avais la vision trop nette du men- songe maçonnique.

COMMENT JE L EMPORTAI SUR LA FRANC-MAÇONNERIE DANS CETTE PREMIÈRE LUTTE.

Lorsqu'on fut assuré que ma détermination était irrévocable, il fallut bien qu'on se décidât à entamer contre moi la procédure ordinaire. On poussa alors

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les choses avec autant de vigueur qu'on avait em- ployé de persuasion doucereuse pour tenter de me reprendre. L'Orateur chargé de soutenir la cause de la Franc-Maçonnerie demanda que mon exclusion fût prononcée solennellement.

C'était ce qu'exigeait l'intérêt maçonnique. Puisque je voulais engager définitivement la lutte, il fallait du moins qu'on pût dire que j'avais été chassé.

L'intérêt de ma future campagne exigeait le con- traire.

Je l'emportai sur la Maçonnerie dans cette cir- constance, grâce à ce que, d'après les règlements, les membres de l'atelier dont je faisais partie avaient seuls droit de vote sur mon cas. Or, plusieurs d'entre eux étaient de jeunes étudiants initiés depuis peu de temps et incomplètement intoxiqués par le virus ma- çonnique. Tous les autres me connaissaient d'ail- leurs assez pour n'avoir aucun doute sur ma bonne foi. La plupart ne s'érigeaient en juges de ma con- duite qu'à contre-cœur et parce que je les y forçais. Un certain nombre avaient été plus ou moins impres- sionnés par ma propagande en vue du retour à ce que j'appelais les traditions de tolérance maçonnique. Ils condamnaient le fanatisme qui régnait dans les loges, et encore plus l'action politique exercée par la Franc-Maçonnerie, contradictoirement aux prescrip- tions inscrites dans ses statuts. Maintes fois, j'avais pu m'en convaincre. En me condamnant, ils se seraient donc condamnés eux-mêmes. Tout en considérant ([ue j'avais manqué au serment maçonnique en dé- nonçant publiquement l'association, « sans en avoir

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reçu la permission expresse », ils reconnaissaient que mes attaques avaient leur raison d'être et qu'en les formulant, je n'avais peut-être fait que remplir strictement mon devoir de citoyen. Enfin je devais aussi bénéficier de ce que, le vote étant secret, cha- cun prononcerait sur mon sort en toute liberté de conscience. Je comptais que, grâce à ces circonstances, on ne parviendrait pas à recruter dans ma loge une majorité contre moi.

En effet, malgré la déclaration formelle faite par moi, au cours de ma défense, que j'entendais continuer, quoi qu'il advint, la guerre que j'avais commencée contre la Franc-Maçonnerie, mes jeunes frères de V Avant-Garde ne me condamnèrent qu'au minimum de la peine que j'avais encourue, c'est-à-dire à trois mois de suspension de mes droits maçonniques, trois mois de «mise en sommeil». C'était pour moi une seconde victoire.

Par égard pour leur bienveillante équité, je me fis un devoir de dormir maçonniquement pendant trois mois, comme ils m'avaient condamné à le faire. Je veux dire par que je m'abstins de paraître en loge durant ce laps de temps. Après quoi, estimant que j'étais quitte envers la Veuve, puisque j'avais payé ma révolte au prix que ses juges avaient eux- mêmes fixé, j'envoyai ma démission au Vénérable de ma loge et je commençai ma préparation en vue de la lutte que j'avais résolu de poursuivre.

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PRINCIPALE RAISON POUR LAQUELLE

LA LUTTE CONTRE LA FRANC-MAÇONNERIE EST SI

PARTICULIÈREMENT DIFFICILE.

Pour cela, je me donnai, aussi complètement que je le pus, à Tétude de la question maçonnique.

On sera sans doute tenté de croire que je devais la connaître parfaitement, cette question, puisque j'avais passé six ans dans les ateliers de la Veuve.

Il n'en était pourtant rien. Je pouvais m'imaginer la connaître. En réalité, je ne la connaissais pas. Je n'en savais que ce que j'avais vu. Or, ce qu'on voit de la Maçonnerie, ce qui vous en est montré, que vous soyiez ou que vous ne soyiez pas franc-maçon, n'est jamais qu'une apparence destinée à vous trom- per sur ce que vous ne voyez pas. Et c'est seulement lorsqu'on s'est aperçu de cela qu'on se trouve dans les conditions voulues pour commencer à apprendre quelque chose. J'en puis parler, car j'en ai fait l'ex- périence personnelle.

J'avais été successivement apprenti, compagnon maître et rose-croix. J'avais occupé les offices de secrétaire, d'orateur et de premier surveillant dans ma loge. J'y avais disposé deux fois de celui de Vé- nérable, que j'avais fait attribuer à ceux que je croyais plus capables que moi d'assurer la prospérité de l'ate- lier. J'avais aussi, dès mon entrée dans le chapitre La Clémente Amitié^ été bombardé secrétaire de ce chapitre. J'avais donc été « une lumière » cha- pitrale. Bien plus ! Une circonstance dont j'aurai occasion de parler plus loin m'avait permis d'entre-

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voir qu'un monde existait derrière le monde maçon- nique, plus secret encore que celui-ci, insoupçonné de lui, tout comme du monde profane. 'ij Ma vie maçonnique s'était ainsi trouvée beaucoup plus remplie que celle de l'immense majorité des francs-maçons ; et, par là, j'avais acquis une expé- rience pratique de la question qui devait me garder des erreurs que commettent presque inévitablement ceux auxquels manque cette expérience.

Malgré cela, je le répète, je ne me doutais pas de ce qu'était l'association dont j'avais été membre très actif. Tant les choses y sont habilement dispo- sées pour illusionner les francs-maçons, tout comme ceux qui ne le sont pas !

De sorte que ce sont surtout mes réflexions et mes études ininterrompues depuis 1890, études et ré- flexions appuyées, il est vrai, sur ce que j'avais re- gardé sans voir ou vu sans comprendre pendant six années, qui m'ont permis d'envisager la question et de la concevoir telle que je l'exposerai au cours de cette étude.

MES PREMIERES ERREURS.

Je commençai par rester un certain nombre d'an- nées dans Terreur commune qui consiste à envisager la Franc-Maçonnerie comme une société dont le but est réellement philosophique, humanitaire et progres- siste. J'avais pourtant bien vu qu'en fait il en allait tout autrement. Mais, ainsi que je l'ai dit, je me figu- rais alors que les contradictions entre les actes et les

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principes devaient être attribuées à la mauvaise in- fluence exercéeparlespoliticiens. C'étaient eux, pensais- je, qui après avoir envahi la Maçonnerie l'avaient fait dévier de sa vraie route, afin d'assurer un tremplin à leur ambition par l'exploitation des passions mau- vaises. Les recherches auxquelles je m'étais livré dans les bibliothèques maçonniques n'avaient fait qu'en- foncer davantage cette erreur dans mon esprit. Elles m'avaient donné l'occasion de lire les discours pro- noncés par les francs-maçons de l'ancien temps. Or, je les voyais animés d'un souffle si chrétien ! Ils sem- blaient remplis d'un amour si vrai de l'Humanité ! Ne proposaient-ils pas Jésus-Christ comme le modèle sur les traces duquel tout vrai franc-maçon devait marcher ! Il ne me venait pas alors à la pensée que les idéalistes d'autrefois et les misérables politiciens que je voyais autour de moi pouvaient bien avoir été attirés, dans un but inconnu des uns comme des autres, par quelque volonté supérieure à la Maçon- nerie et dissimulée derrière elle.

Aussi est-ce contre les francs-maçons de mon temps, bien plus que contre la Maçonnerie elle-même, que je commençai ma campagne. C'est plus tard seule- ment que je me demandai ce que pouvait bien être cette Franc-Maçonnerie universelle et séculaire que je regardais comme distincte d'eux et qui, en effet, depuis deux siècles, avait vu passer dans ses temples tant de Francs-Maçonneries différentes auxquelles elle avait survécu.

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poiisTS d'interrogation révélateurs.

Quel était le secret de sa naissance et celui de sa durée? Comment avait-elle pu traverser tant de ré- gimes politiques et s'adapter à tant de milieux dif- férents? Comment était-elle universelle? Pourquoi avait-elle été constituée? Si c'était dans un but, et il n'en pouvait être autrement, sans cela elle ne fût pas née, qui lui avait donné ce but? Si elle y ten- dait toujours, et il n'en pouvait encore être autre- ment, sans cela elle fût morte, qui la maintenait attachée à ce but? D'autre part, comment pouvaient s'allier les diversités de caractère que présentaient à mes yeux les Francs-Maçonneries instituées dans les différents pays, avec l'existence d'une Maçonnerie se disant universelle et paraissant en effet telle à cer- tains signes? Comment se conciliait l'ampleur d'une aussi gigantesque création avec la nullité de la plu- part des adhérents français et avec la médiocrité de ceux qui m'apparaissaient comme leurs chefs?...

A partir du jour ces questions assiégèrent mon esprit, je me suis dit bien des fois : Il faut que, der- rière ce qui nous apparaît, il y ait autre chose qui n'apparaît pas et qu'au-dessus des chefs visibles, il y en ait d'invisibles...

Mais, bien des fois aussi, je repoussai cette pensée, trompé que j'étais par des apparences savamment combinées.

Par exemple, j'avais constaté qu'on nommait à l'élection les officiers des loges, les délégués au Cou- vent et les membres du Conseil de l'Ordre. J'en dé-

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(luisais tout naturellement que, dans Tassociation maçonnique, l'autorité et, par suite, Tinspiration venaient d'en bas. Je me persuadais qu'un pareil système était justement le contraire de celui qui eût permis la transmission d'une volonté occulte di- rectrice et permanente, et j'en concluais, comme ont fait et comme continuent de faire tant d'autres, que cette volonté directrice et permanente ne pouvait exister, puisqu'elle était dans l'impossibilité de trans- mettre ses ordres.

C'était encore une erreur dont je ne fus tiré que le jour je réfléchis que, si l'organisation adminis- trative mettait, par l'élection, la source de l'autorité en bas, il existait dans la Franc-Maçonnerie une autre organisation, qui reposait sur un principe exactement contraire. Or, pourquoi cette dualité Pet à quoi cor- respond-elle?...

Pourquoi l'organisation des grades est-elle dissi- mulée aussi complètement que possible, non seule- ment aux profanes, mais aux francs-maçons eux- mêmes, tandis qu'au contraire l'organisation admi- nistrative est étalée tout au long dans les statuts?

L'organisation qu'on montre, c'est celle qui est de nature à faire croire que l'autorité vient d'en bas. L'organisation qu'on cache, c'est celle qui pourrait permettre à une autorité invisible de s'exercer. Cela ne doit-il pas nous faire réfléchir?

Cette particularité est déjà bien étrange par elle- même ; mais il est bien plus étrange encore qu'on la trouve dans les Maçonneries de toutes les époques et de tous les pays. Est-ce qu'elle se serait ainsi main-

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tenue à l'état universel, si elle ne correspondait à un plan arrêté et obstinément suivi? Est-ce qu'elle ne trahit pas un invincible entêtement dans la résolu- tion de tromper? Est-ce qu'enfin elle ne nous révèle pas l'importance de cette organisation des grades dont le mécanisme et la signification nous sont si soi- gneusement dérobés?

Une fois aux prises avec ces réflexions, je compris que ce n'était pas par le rassemblement de quelques centaines de documents recueillis au hasard des ren- contres parmi les millions qui existent ou ont existé, que ce n'était pas par la lecture de quelques rituels et la connaissance de quelques emblèmes, que ce n'était pas par la simple fréquentation des francs- maçons ou par l'assistance quotidienne aux travaux des loges qu'on avait chance d'aller au fond de la question maçonnique et de découvrir ce qu'elle nous a dissimulé jusqu'ici. En une pareille matière, les observations ne sont rien, si le jugement ne les coor- donne et ne cherche la loi des choses, ainsi que les relations entre les effets et leurs causes.

Est-ce à dire que je regarde comme inutiles et sans valeur les travaux des autres antimaçons, et en par- ticulier ceux des auteurs qui ont écrit sur la question dans les époques antérieures à celle-ci?

J'en suis bien loin. J'ai toujours considéré au con- traire qu'il serait d'une extrême utilité que les thèses exposées par Barruel, Eckert, Deschamps et Claudio Janet fussent connues d'un public nombreux. Mais les ouvrages de ces écrivains, que je considère comme les fondateurs de la science antimaçonnique, exigent

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une étude patiente et diffîcultueuse. Ils sont d'ail- leurs devenus assez rares. Un travail de condensation s'imposait donc à leur sujet, pour assurer une plus grande circulation aux idées qu'ils contiennent.

Ce travail a été accompli par Henri Delassus, dans les deux volumes qu'il a publiés sous ce titre : Le Problème de l'heure présente.

Cet auteur a résumé et coordonné les belles études de Barruel, d'Eckert, de Deschamps et Claudio Janet, ainsi que celles de Crétineau-Joly, qui écrivit son Eglise Romaine en face de la Réi^olution^ sur des docu- ments recueillis au Vatican. Il a, en outre, montré comment les événements de ces vingt-cinq dernières années s'adaptaient à la théorie fondée par ces maî- tres. Ceux-là seuls qui ont entrepris l'exposition de l'obscur problème maçonnique peuvent se rendre compte de la difficulté de l'œuvre de Delassus. J'es- time que la lecture de son ouvrage est indispensable à quiconque veut se faire une opinion générale exacte de la question maçonnique.

Il ne suffît pourtant pas à tout expliquer.

La Franc-Maçonnerie, en effet, est composée d'élé- ments absolument inférieurs au rôle qu'on leur fait jouer. C'est la parfaite coordination d'une multitude d'efforts infimes et épars qui produit les immenses destructions sous lesquelles la France est menacée de se voir ensevelie. Comment les metteurs en scène du drame prodigieux qui se joue peuvent-ils arriver à leurs fins? C'est une question dont s'est préoccupé un solide champion de la cause antimaçonnique, Mau- rice Talmeyr, dans une étude des plus curieuses qui

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porte ce titre suggestif et révélateur : Comment on fabrique l'opinion. Mais Maurice Talmeyr s'était im- posé de n'explorer qu'un côté de l'immense question. Il a donc laissé à faire.

D'autre part, ces metteurs en scène dont je viens de parler, les ordonnateurs du grand œuvre maçon- nique, les créateurs de l'association, qui sont-ils?

Un autre auteur, nouveau venu sur le champ de bataille antimaçonnique, comme Maurice Talmeyr, mais bien armé, lui aussi, a voulu, pour son coup d'essai, répondre à cette question, la plus difficile de toutes à résoudre, et sur laquelle, à mon sens, il est impossible d'avoir une certitude absolue tant que ne seront pas élucidées beaucoup d'autres qui l'en- tourent et qui la protègent de leur propre obscurité. Je veux parler de M. Max Doumic dont l'ouvrage : Le Secret de la Franc- Maçonnerie, d'abord publié sans nom d'auteur, s'est imposé, comme il le méritait, à l'attention.

Il est impossible de n'être pas impressionné par la conception de M. Max Doumic et par la façon dont il a su la présenter. Il faut donc lire aussi son ou- vrage. Mais, si remarquablement établie que soit sa thèse, elle laisse beaucoup d'esprits insatisfaits.

Après tant de travaux si recommandables, et je n'ai pas rappelé tous ceux qui devraient l'être, il reste donc quelque chose à faire pour que l'inves- tissement de la question maçonnique soit complet. C'est ce quelque chose que j'ai voulu tenter.

Je me suis efforcé de pénétrer les cinq secrets ma- çonniques suivants :

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Qui a inventé la Franc-Maçonnerie?

Pourquoi Ta-t-on inventée?

Quel est le mécanisme invisible qui rend possibles ces deux choses impossibles : Texistence d'un Pou- voir occulte et Tasservissement d'un pays , comme la France à un groupe de trente mille imbéciles?

Quelles sont les méthodes grâce auxquelles ce mé- canisme est mis en action?

Enfin quel est le caractère de l'œuvre accomplie jusqu'ici par la Franc-Maçonnerie ; ou, en d'autres termes, quel est le sens de la marche du Pouvoir occulte et comment empêcher celui-ci d'arriver à son but?

Le lecteur trouvera dans les chapitres qui suivent le résultat de mes recherches sur ces questions.

PREMIERE PARTIE

Réalités masquées par les apparences.

CHAPITRE PREMIER

Qu'est-ce qu'une société secrète ?

La Franc-Maçonnerie en est-elle une?

LA SOCIETE SECRETE.

Qu'est-ce que la Franc-Maçonnerie?

A cette question, on répond généralement : c'est une société secrète.

En disant cela, on n'a rien dit. Car qu'est-ce qu'une société secrète? On l'ignore généralement.

On touche pourtant un des points sensibles de la question maçonnique. Et la preuve, c'est que les défenseurs attitrés de la Franc-Maçonnerie nient énergiquement que cette association soit une société secrète.

L'un des francs-maçons qui parlent et écrivent le plus volontiers sur la Franc-Maçonnerie, le F.*. Li- mousin, directeur-fondateur de la revue maçonnique

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l'Acacia^ m'affirmait, au cours d'une polémique, en 1903, que je commettais la plus grossière des erreurs en prétendant que la Franc-Maçonnerie était une so- ciété secrète. «Société discrète», spécifiait-il ; discrète, non secrète.

Le F.'. Limousin est revenu sur cette même ques- tion dans un discours prononcé à la Société de Statis- tique de Paris et inséré dans le numéro de juillet 1907 du journal de cette société. Notons que celle-ci est reconnue d'utilité publique ; ce qui ne l'empêche pas, ainsi qu'on va le voir, de publier les assertions les plus contraires à la vérité en ce qui concerne la Franc- Maçonnerie.

Voici ce que disait et écrivait le F.'. Limousin : « Avant d'aller plus loin, il est une opinion très répandue que je dois détruire. La Franc-Maçonnerie, dit-on, est une société secrète. Sur la valeur de cette expression, il faut s'entendre. On ne saurait appeler secrète une association dont personne n'ignore l'exis- tence, dont on connaît les lieux de réunions et un grand nombre de membres, qui compte parmi ses membres des ministres, des sénateurs, des députés, des magistrats, des commissaires de police, sans par- ler de beaucoup d'hommes connus dans les sciences, les arts et les lettres. En France, sous le second Em- pire, le Grand-Maître du Grand Orient de France était proposé par l'empereur, et le poste fut successi- vement occupé par le prince Murât, membre de la fa- mille impériale, le maréchal Magnan et le général Mellinet. En Danemark et en Suède, le Grand-Maître est le roi ; dans ce dernier pays, les grades supérieurs

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de la Franc-Maçonnerie constituent même un ordre de chevalerie officiel.

« En Angleterre, le roi Edouard VII est Grand Protecteur des Grandes Loges d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, après en avoir été Grand-Maître pen- dant qu'il était prince de Galles. Le Grand-Maître actuel de la Grande Loge d'Angleterre est le duc de Connaught, frère du roi ; dans les trois grandes Loges figurent des membres de la plus haute noblesse. Si nous traversons l'Atlantique, nous trouvons que les présidents de la République des Etats-Unis et du Mexique, MM. Théodore Roosevelt et Porfirio Diaz, sont francs-maçons. Ce dernier même est membre honoraire du Grand Orient de France. En parcou- rant l'Amérique hispano-portugaise, il est probable (jue nous trouverions plus d'un autre président de République, plus d'un ministre Frère Trois-Points, comme disent les ennemis de la Maçonnerie.

(( Dans ces conditions, ce serait aller contre tout bon sens que de soutenir que la Franc-Maçonnerie est une société secrète ; une expression, employée dans un rapport présenté au Conseil d'Etat sous le second Empire, est plus exacte : « Une société ayant des se- crets. » La règle de ne pas admettre à ses séances des étrangers, si elle est plus rigoureuse dans la Ma- çonnerie qu'ailleurs, ne lui est pas propre ; elle lui est commune avec presque toutes les autres associations, même la nôtre. »

Le F.'. Limousin a évolué, ainsi qu'on le voit. En 1907, il dit à la Société de Statistique Société qui a des secrets. « Et même, il semble incertain, prêt à

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évoluer encore : Cette expression serait plus exacte^ se contente-t-il de dire. Il n'est pas sûr. Et néan- moins il affirme que ce serait « aller contre tout bon sens » que de soutenir que la Franc-Maçonnerie est une société secrète.

Alors qu'est-ce donc qu'une société secrète? C'est ce que le F.*. Limousin aurait commencer par nous dire ; mais c'est ce qu'il s'est bien gardé de faire.

Pour éblouir ses auditeurs les « statisticiens )), pour les détourner du point principal : la définition de la société secrète, le chevalier de l'Acacia comptait ma- nifestement sur la brillante énumération qu'il leur fit des hautes personnalités politiques qui appartien- nent à l'association maçonnique. Il aurait pu y faire figurer les membres les plus qualifiés de notre aristo- cratie française du xviii^ siècle, avec, à leur tête, le duc d'Orléans et les frères du roi Louis XVI. Mais quelle signification devons-nous attacher à la pré- sence de tant de grands personnages dans les loges? Un autre maçon va nous le dire, qui est plus qualifié que l'orateur de la Société de Statistique ; nous voulons parler du juif désigné dans la secte sous le nom de Piccolo-Tigre.

Ce Piccolo-Tigre était membre de la Haute-Vente, c'est-à-dire du groupe maçonnique supérieur auquel fut confié, pendant la Restauration, la direction en Italie de la lutte contre la Papauté.

Piccolo-Tigre avait fondé une Vente de carbonari à Turin. Il écrivait aux membres de cette Vente, le 18 janvier 1822, une lettre contenant des instructions sur les moyens à prendre pour racoler des francs-ma-

çons. Cette lettre fait partie de la collection des do- cuments mis par le Vatican à la disposition de Créti- neau-Joly, pour écrire son livre : L'Eglise romaine en face de la Révolution. L'authenticité de ce docu- ment, contestée comme on peut s'y attendre par les francs-maçons, puisqu'ils nient tout, est établie par la déclaration du secrétaire des Lettres latines et par le Bref de Pie IX, imprimé en tête- de l'ouvrage de Crétineau-Joly.

Dans cette lettre, Piccolo-Tigre écrivait : « La Haute-Vente désire que, sous un prétexte ou sous un autre, on introduise dans les Loges maçon- niques le plus de princes et de riches que l'on pourra. Les princes de maisons souveraines, et qui n'ont pas l'espérance légitime d'être rois par la grâce de Dieu., veulent tous l'être par la grâce d'une révolution... Il n'en manque pas, en Italie et ailleurs, qui aspirent aux honneurs assez modestes du tablier et de la truelle symboliques. D'autres sont déshérités ou proscrits. Flattez tous ces ambitieux de popularité ; accaparez- les pour la Franc-Maçonnerie : la Haute- Vente verra après ce qu'elle pourra en faire d'utile à la cause du progrès. Un prince qui n'a pas de royaume à attendre est une bonne fortune pour nous. Il y en a beaucoup dans ce cas-là. Faites-en des francs-maçons. La loge les conduira au carbonarisme. Un jour viendra la Haute-Vente, peut-être, daignera se les afTilier. En attendant, ils serviront de glu aux imbéciles, aux in- trigants, aux citadins et aux besogneux. Ces pauvres princes feront notre affaire en croyant ne travailler qu'à la leur. C'est une magnifique enseigne, et il y a

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toujours des sots disposés à se compromettre au ser- vice d'une conspiration dont un prince quelconque semble être l'arc-boutant. »

On comprend que si les princes sans héritage sont une si bonne enseigne pour la Franc-Maçonnerie, à plus forte raison en est-il ainsi des princes régnants, lorsqu'ils sont assez naïfs pour s'imaginer que la Franc-Maçonnerie fait leurs affaires, tandis qu'au contraire, ainsi que vient de nous le faire comprendre Piccolo-Tigre, ils font surtout les affaires de la Franc- Maçonnerie.

Après cet aperçu qui nous est donné par le célèbre membre de la Haute- Vente, nous sommes fixés sur la signification de l'énumération du F.-. Limousin.

Il y a quelques années, un autre franc-maçon s'est essayé sur le même sujet. Alors que le directeur de l'Acacia^ vieux routier, a toujours soin, en 1907 comme en 1903, d'éviter la définition qu'il devrait donner de la société secrète, ce nouveau champion, plus présomptueux, a tenu à aborder carrément la difficulté. Il a défini.

« Une société secrète, a-t-il dit, est une réunion d'hommes travaillant dans des endroits cachés, in- connus, se réunissant secrètement, en un mot, se dis- simulant avec le plus grand soin dans les ténèbres. Sommes-nous cela? Non. Et la preuve, c'est que tout le monde connaît l'existence de la Franc-Maçonnerie. On ne peut donc que sourire en songeant aux histoires ridicules répandues encore maintenant sur nos fa- çons soi-disant mystérieuses d'exécuter nos tra- vaux. »

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C'est très simple, comme on voit. Il n'y a qu'un malheur, c'est que la définition donnée est fausse.

En effet, on doit considérer que toute société (c qui a des secrets », pour parler comme le F.-. Limousin, est une société secrète. Elle est secrète, précisément quant à ce sur quoi elle garde le secret.

C'est un principe qu'on peut admettre, disons- nous. Mais ce qui est absolument indiscutable, ce qui ne souffre pas contradiction, c'est qu'on doit surtout regarder comme société secrète celle qui cache son but.

Lorsque des hommes se réunissent, c'est toujours en vue d'un but qui leur est proposé. Ils ne se réuniraient pas sans cela. Ceux qui veulent fonder une société quelconque sont donc bien obligés de faire connaître le but de celle-ci. S'ils croient que ce but ne peut por- ter ombrage à personne, ils le déclarent tout franche- ment. La société qu'ils constituent est, en ce cas, une société comme toutes les autres. Elle a un objet connu de tout le monde, des non intéressés aussi bien que des intéressés. Et c'est pour cela qu'elle n'est pas qua- lifiée secrète.

Mais un autre cas peut se présenter : celui des hommes, ayant le désir de constituer une société en vue d'un certain but, sentent que ce but risque de froisser des intérêts, ou de heurter des opinions, ou de blesser des convictions ; bref, de se trouver en op- position avec un état d'esprit ou un état de choses régnant.

Alors quel parti peuvent-ils prendre? Ils ont à choisir entre deux : ou bien déclarer hautement l'ob-

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jet de leur société, quoi qu'il puisse s'ensuivre ; ou bien user de moyens quelconques pour que le public soit induit en erreur, pour qu'il ignore le but de la société, pour qu'il s'en figure un autre que celui qu'elle a réellement. L'association ainsi constituée sera une société essentiellement secrète, parce que son but sera secret.

La société secrète est donc surtout celle dont les fondateurs ont pris des précautions pour que le but en demeure inconnu. Comment y arriveront-ils? Peu importe. Les moyens peuvent varier. Mais la société dont les fondateurs ou leurs successeurs emploient des procédés quelconques pour que le véritable objet en soit ou caché ou dissimulé, cette société-là n'est plus une société ordinaire. C'est une société dont on est obligé de dire qu'on ne sait pas ce en vue de quoi elle travaille ; c'est donc une société secrète. Ou bien les mots n'ont pas de sens.

Lorsqu'ils nous parlent « d'hommes travaillant dans des endroits cachés, inconnus, se réunissant se- crètement, etc. )), les francs-maçons essayent tout bonnement de nous donner le change. Ils émimèrent quelques-uns des moyens qui peuvent être emploijés pour que le but d'une société demeure inconnu^ et ils tirent de cette énumération incomplète une conclu- sion frauduleuse, en nous disant :

« Puisque la Franc-Maçonnerie n'emploie pas ces moyens-là, ou ne les emploie que partiellement, elle n'est pas une société secrète. »

Nous leur répondons :

« A côté des moyens que vous énumérez, il y en a

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d'autres que vous passez sous silence et qui précisé- ment sont ceux employés par la Franc-Maçonnerie pour que son but véritable demeure ignoré. »

DEUX TYPES DE SOCIETES SECRETES. PREMIER TYPE.

Sans doute, il y a eu, il y a même peut-être encore des sociétés secrètes qui se sont constituées sur cette idée : que le seul procédé à employer pour cacher leur but, c'était de cacher tout ce qui pouvait révéler leur existence elle-même, et les noms de tous les adhérents, et les lieux de réunions, etc.

Mais, lorsqu'on regarde les choses d'un peu près, on s'aperçoit que ces sociétés secrètes-là, au lieu d'être les plus parfaites, comme on est porté à se l'imaginer, sont au contraire les plus naïves. Ce sont celles dont le secret est le plus facile à pénétrer, et cela, en rai- son des nécessités de leur recrutement, à moins que ce recrutement ne s'opère exclusivement dans des milieux spéciaux, règne une grande passion com- mune, religieuse ou patriotique, par exemple ; ou en- core dans des milieux déjà travaillés par une propa- gande préalablement organisée.

Un exemple va le faire toucher du doigt.

Il y a quatre ans, un inconnu m'écrivit pour me de- mander quelques instants de conversation. Il avait, me disait-il, une communication très grave à me faire au nom d'un groupe de personnes dont il se préten- dait le délégué. Je lui donnai rendez-vous. Lorsque nous nous trouvâmes en présence, il commença par me demander le secret sur ce qu'il avait à me dire. Je

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répondis à cette demande en faisant observer à mon interlocuteur que j'avais autrefois promis le secret à la Franc-Maçonnerie et que ma conscience m'avait ensuite imposé l'obligation de manquer à ma pro- messe ; que cette première expérience m'avait éclairé sur le danger qu'il y avait pour un homme à s'enga- ger au secret avant de savoir sur quoi pourrait por- ter ce secret ; que, dans ces conditions, je ne lui pro- mettais rien du tout, sinon que je m'empresserais de divulguer notre conversation si l'intérêt de mon pays me paraissait pouvoir être servi en quelque chose par une pareille divulgation.

Mon visiteur fut quelque peu interloqué. Mais il se remit et me dit que, même en l'absence d'engage- ment de ma part, il pouvait parler, qu'il en avait le droit, parce que la campagne que je menais depuis cinq ans lui donnait toute garantie ; que d'ailleurs il avait reçu de ceux au nom desquels il venait à moi, pouvoir d'agir selon les circonstances et comme il le jugerait utile.

Il m'exposa alors l'objet de sa visite.

« Combattre la Franc-Maçonnerie comme vous le faites, me dit-il, montrer ce qu'elle est, la secouer sans relâche, comme un dogue secoue la jambe d'un voleur, c'est très bien. Mais c'est insuffisant. On ne peut lutter utilement contre un adversaire qu'à con- dition de lutter à armes égales. La Maçonnerie est une société secrète ; donc il faut lui opposer une société secrète. Vous n'avez pas compris cela; mais un cer- tain nombre de Français, eux, l'ont compris ; et c'est en leur nom que je vous parle en ce moment. Ils se

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réunissent sans que personne le sache, dans un en- droit ignoré et ils agissent à Tinsu de tout le monde. En procédant ainsi, ils ont déjà obtenu des résultats considérables. Ils pensent que votre présence parmi eux pourrait être utile. Je suis muni de leurs pleins pouvoirs, ainsi que vous le prouvera la lecture des pièces que voici, pour vous faire connaître le but et Texistence de l'association qu'ils ont constituée et pour solliciter votre adhésion. ))

Ce disant, mon visiteur tira de dessous son manteau et me présenta un parchemin revêtu des sceaux de la société dont il se disait le représentant.

Je lus cette pièce très attentivement. Puis, ne sa- chant encore si j'avais affaire à un naïf ou à un émis- saire de la Maçonnerie, je la remis à mon visiteur sans dire un mot, désirant le laisser s'avancer, afin de pouvoir l'étudier.

Il continua, mais avec une gêne qui augmentait visiblement. Il n'avait évidemment pas prévu qu'il serait obligé de parler si longuement sans être inter- rompu.

Lorsqu'il fut au bout de son rouleau, il me dit :

« Voilà, Monsieur, tout ce que j'ai à vous exposer. Je vous prie de vouloir bien répondre à la demande que j'ai été chargé de vous adresser. »

Je sortis du silence que j'avais gardé jusqu'alors, pour lui poser la question suivante :

« Vous êtes absolument sûr. Monsieur, que l'asso- ciation au nom de laquelle vous avez bien voulu ve- nir ici est une association secrète?

Absolument sûr.

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Excusez-moi, mais je suis, de mon côté, abso- lument sûr du contraire.

Veuillez vous expliquer, Monsieur.

Mon explication est très simple. Vous m'avez dit que votre association n'avait d'autre objet que de lutter contre la Franc-Maçonnerie. C'est bien cela, n'est-ce pas?

Tel est son but en effet.

D'autre part, vous m'avez appris son existence. Dès lors que je sais et son existence et son but, moi qui n'en fais pas partie, ne sentez-vous pas qu'elle a cessé, par cela seul, d'être secrète?

Oh ! Monsieur, nous sommes sûrs de vous.

Vous avez tort. Je vous ai expliqué pourquoi, dès le début de notre entretien. A l'heure actuelle, je me regarde comme libre de faire connaître le nom de votre société, le vôtre, ainsi que le but que vous pour- suivez. J'aurais d'autant moins scrupule à le faire que vous êtes voué à un insuccès certain. Votre société soi-disant secrète est une société secrète pour enfants. Vous ne pouvez en effet vous recruter qu'en procé- dant comme vous venez de faire vis-à-vis de moi. Or, chaque fois que vous agirez ainsi, vous livrerez le se- cret de votre association.

Mais, monsieur, comment voulez-vous donc que nous fassions?

Il existe d'autres systèmes de sociétés secrètes et d'autres procédés pour les recruter.

Lesquels, Monsieur? Ce serait un service signalé que vous nous rendriez en me le disant.

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Cela c'est mon secret. Vous avez bien voulu me dire le vôtre. Excusez-moi si je suis obligé de ne pas vous confier le mien. »

Mieux qu'aucun raisonnement, ce récit doit faire comprendre qu'il est impossible à une société secrète de garder son secret bien longtemps, si elle se borne à se cacher du public profane et si elle fait connaître à ses membres le but en vue duquel elle les a groupés. Chaque fois qu'elle voudra attirer un nouvel adhé- rent, une telle société sera obligée d'agir comme il fut fait vis-à-vis de moi dans la circonstance que je viens de narrer, et, par cela seul, chaque fois, son secret se trouvera livré, ou tout au moins compromis. Ainsi, je n'avais qu'à accepter l'offre qui m'était faite et à pénétrer dans l'association dont la porte m'était ou- verte, et je me trouvais en possession de la méthode de la dite société, de ses moyens d'action, du nom de tous ses adhérents, etc.

D'autre part, chaque fois qu'un membre quittera une telle association, soit par mauvaise humeur, soit par dépit, par contrariété, ou par toute autre raison, le secret de celle-ci se trouvera également compro- mis.

Il se peut pourtant, ainsi que je l'ai dit, qu'il existe des sociétés qui se croient secrètes et qui correspon- dent au type dont nous venons de parler. Toutes celles qui sont fondées par des débutants sont sûrement construites sur ce modèle. Mais elles sont" les moins redoutables des associations secrètes et elles ne peuvent jamais durer bien longtemps, si ce n'est dans certaines conditions absolument spéciales qui ne

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sont nullement celles que présente une association mondiale comme la Franc-Maçonnerie, telle qu'elle nous apparaît.

SECOND TYPE DE SOCIETE SECRETE.

Les vrais conspirateurs ont senti le défaut d'une pareille conception de la société secrète.

Ils se sont dit :

« Ce qu'il faut, c'est cacher le but de l'association que nous voulons créer. Cela seul est essentiel. Pou- vons-nous espérer le cacher bien longtemps alors que nous sommes obligés, pour opérer notre recrutement, de nous ouvrir à ceux dont nous désirons faire des adhérents? Evidemment non. Il faut donc trouver autre chose. « Et ils ont abouti, sans doute après bien des tâtonnements, à cette conclusion : que le plus sûr était de ne prendre aucune précaution pour cacher l'existence de la société secrète ; mais qu'il fallait or- ganiser celle-ci de telle façon qu'elle apparût au public et même aux adhérents comme ayant un but tout au- tre que celui qu'elle est destinée à réaliser.

Procédé par trop extraordinaire, est-on peut-être tenté d'objecter, et qui n'a pu venir à la pensée de personne.

Pas si extraordinaire qu'on pense ; et, la preuve, c'est qu'il est bel et bien employé, même dans le monde profane au milieu duquel nous vivons.

En voici deux exemples :

L'opinion publique s'est occupée, il y a une tren- taine d'années, d'un faux monnayeur qui s'était ins-

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tallé dans une commune des environs de Paris pour s'y livrer à la confection d'imitations de billets de cent francs et dont la femme, chargée du placement des dites imitations, finit par se faire prendre aux Grands Magasins du Louvre. Voici dans quelles con- ditions il avait organisé son entreprise. J'ai connu les détails que je vais raconter par un de mes amis, voisin du faux-monnayeur en question, qui fut de son intimité et qui n'en eut pas peu de honte lorsque, la vérité ayant été découverte, il s'aperçut qu'il avait, sans le vouloir, contribué à protéger et à couvrir le crime.

Notre filou avait fait comme la Franc-Maçonnerie. Il n'avait pas caché le siège de son industrie. Au con- traire, il avait ouvert sa maison à un certain nombre de personnes de choix, des rentiers, des fonction- naires, le percepteur, le juge de paix, un jeune vi- caire, etc., qu'il avait su attirer chez lui par ses bon- nes manières et par les largesses d'une aimable hos- pitalité. Seulement, il s'était, comme on peut penser, donné pour tout autre chose que ce qu'il était. Il se disait peintre. Un peintre a un atelier. Il était donc tout naturel qu'il eût le sien, il travaillait à graver ses faux billets, et cela avec un rare talent, au dire des experts qui déposèrent, lors du procès qui ter- mina l'aventure.

Mais s'il est naturel qu'un peintre ait son atelier, il ne l'est pas que cet atelier demeure aussi obstinément fermé aux amis de son propriétaire que l'est la « Cham- bre du Milieu )> aux francs-maçons qui ne sont pas encore parvenus au grade de maître. Et pourtant, il

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était de première nécessité que notre faux peintre ne fût pas surpris dans son travail par les personnes ho- norables dont il recherchait Tamitié.

Pour répondre à cette double nécessité, il avait ima- giné une curieuse manière de les tromper.

Il se manifestait à elles comme un de ces imbé- ciles vaniteux et comiques qui, dans leur nullité, se considèrent comme des hommes de génie et veulent surtout passer pour tels. Il leur parlait de son talent avec une outrecuidance dont la bêtise apparente était si intelligemment jouée qu'il était impossible de ne pas s'y laisser prendre et de ne pas s'en amuser. Il fallait l'entendre se désoler de ce qu'il appelait sa pu- deur artistique; pudeur d'une impressionnabilité telle, affîrmait-il, qu'il se sentait incapable de travailler à l'achèvement d'une œuvre sur laquelle quelqu'un au- rait jeté les yeux avant qu'elle fût arrivée à ce qu'il jugeait la complète perfection. Gela lui donnait l'oc- casion de parler d'une toile qu'il prétendait avoir sur le chevalet et qui devait, d'après lui, causer une véri- table révolution dans la peinture, mais qu'il s'excu- sait de ne pouvoir montrer, tant qu'elle ne serait pas devenue le chef-d'œuvre d'exécution qu'il avait rêvé. Et c'est pourquoi, ajoutait-il, ses amis devaient com- prendre qu'il s'enfermât dans son atelier. Il dépen- sait des trésors d'ingéniosité dans la combinaison d'une foule de petites manœuvres destinées à entre- tenir la légende de vanité qu'il voulait créer autour de lui. Ses amis se faisaient les propagateurs de cette légende qui leur procurait le plaisir de décocher au soi-disant homme de génie des railleries dont il était le

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premier à rire, tout en s'efforçant de donner l'impres- sion qu'il ne les comprenait pas. C'est ainsi qu'à la fm des bons dîners auxquels ils étaient invités, ils ne manquaient jamais de boire à Balaam (c'était le pré- tendu sujet du fameux tableau) et surtout à son âne. Cela, avec des clignements d'yeux dont notre homme faisait semblant de ne pas comprendre la signification, ce qui doublait leur plaisir.

L'âne de Balaam 1 C'était tout aussi ridicule comme sujet de tableau, surtout à cause de la figure que sa- vait prendre l'inventeur du truc, que le sont les épreuves physiques à l'entrée de la Franc-Maçonne- rie. Et c'était tout aussi utile.

Pour compléter la mise en scène, notre faux mon- nayeur avait toujours soin de placer, dans son atelier, juste en face la porte, quelque horrible croûte con- fectionnée tout exprès par lui. Il comptait bien que ses amis seraient démangés du désir de regarder par le trou de la serrure pour avoir la preuve de sa nul- lité dans ce qu'il appelait pompeusement « son art ». Il s'assurait par cette précaution le bénéfice de leur indiscrétion. Ceux qui tombaient dans le piège, en effet, ne manquaient pas de raconter aux autres leurs plaisantes découvertes. C'était alors à qui courrait coller son œil au trou de la serrure, à qui raconterait à son tour ce qu'il y avait vu. Ils enracinaient ainsi l'erreur en eux. Mais ils l'enracinaient aussi autour d'eux et, sans s'en douter, ils se faisaient par même les complices de la supercherie, puisqu'ils contribuaient à cacher le but du travail criminel auquel se livrait leur amphitryon. En effet, protégé par cet habile en-

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semble de manœuvres, celui-ci, en butte à de cons- tantes railleries, mais d'autant moins soupçonné, travaillait tranquillement à la confection de ses faux billets.

« Il croûtonne », se disaient gaiment entre eux ses amis, lorsqu'ils le savaient enfermé dans son ate- lier. « Balaam et son âne sont en face l'un de l'autre. « Et sa femme, qui savait de quoi il retournait, le rail- lait avec eux ; mais elle y mettait une bienveillance af- fectueuse qui semblait implorer grâce : « Voyons ! Vous pouvez bien lui passer cela, soupirait-elle. Ça ne cause préjudice à personne ; et ça lui fait tant de plaisir ! » Elle ajoutait ainsi aux suggestions utiles...

En fait, les naïves personnes qui se moquaient si volontiers de leur amphitryon, lequel se moquait en- core bien mieux d'elles, constituaient avec lui et sa femme une véritable société secrète qui avait pour but le faux-monnayage. Dans cette société, il n'y avait que deux initiés : l'auteur du truc de Balaam et sa moitié. Seuls, ils savaient le véritable but de l'inconsciente collaboration que leur prêtaient leurs amis. Seuls même, ils savaient l'existence de cette collaboration. Quant aux dits amis, bien qu'ils fussent à cent lieues de se douter de la réalité, bien qu'il leur semblât n'avoir que de simples relations comme celles qu'on a partout et tous les jours, ils étaient bel et bien associés à une entreprise criminelle puisque, inconsciemment, ils la couvraient de leur honorabi- lité. Ils étaient même des associés intéressés. Car ils tiraient de cette entreprise un bénéfice : celui des

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bons dîners et des joyeuses soirées dont les frais étaient payés avec les faux billets fabriqués.

Faux-monnayeurs sans le savoir ; mais, dans un certain sens, faux-monnayeurs tout de même, par inconsciente complicité, de même nature que celle des membres de toute société secrète qui, ayant un but illicite, cache ce but à ses soi-disant initiés.

Ceci se passait, je Tai dit, il y a quelque trente ans.

Plus près de nous, M"^^ Thérèse Humbert nous a donné le modèle d'une société secrète du même type, bien qu'un peu plus compliqué.

Dans ce nouveau cas, au lieu de la fabrication et de l'écoulement de faux billets de banque, c'est de l'ex- ploitation d'un coffre-fort vide qu'il s'agissait. aussi, le but était soigneusement dissimulé. Quant au procédé, il était celui de toute société secrète habi- lement constituée : l'enrôlement des inconscients qui, par leur situation ou par une raison quelconque, peu- vent servir à l'obtention du but. Plus ils étaient haut placés, plus leur assiduité était utile. Société secrète moins savamment organi'sée que la Franc-Maçonne- rie, sans aucun doute, mais plus compliquée que celle formée par notre faux-monnayeur et ses amis, en ce qu'il devait y avoir près de M"^® Humbert, des quarts d'initiés, des demi initiés, des trois-quarts d'initiés. Il est bien difficile d'admettre, en effet, que, parmi tous ces hauts magistrats et fonctionnaires dont la grande Thérèse s'était fait une vertueuse ceinture, tous aient été dupes au même degré, et pendant vingt ans ! Le supposer, ce serait méconnaître les lois de la nature et celles de la logique.

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SUPÉRIORITÉ DU SECOND TYPE SUR LE PREMIER.

Les organisateurs de sociétés secrètes politiques peuvent procéder comme ont fait tour à tour notre faux-monnayeur et la belle-fille du franc-maçon garde des Sceaux, Gustave Humbert, femme et sœur d'au- tres francs-maçons. Et dès lors, il faut conclure qu'il peut exister, non pas une seule espèce de sociétés secrètes, comme essayent de nous le faire croire les défenseurs de la Franc-Maçonnerie, mais bien deux types au moins de ces sociétés.

Les unes s'efforcent de cacher leur existence, parce qu'elles s'imaginent qu'elles cacheront ainsi plus fa- cilement leur but. Le peu que nous en avons dit doit suffire à faire comprendre que ce sont les plus impar- faites, à moins qu'elles ne se recrutent ainsi que nous l'avons indiqué, dans des milieux spéciaux. Leur secret n'est, au bout d'un certain temps, qu'une simple fiction; et il arrive le plus souvent que, dans de telles sociétés, les membres qui manifestent le plus de zèle sont ceux qu'y envoie la police.

Les autres, créées par des conspirateurs plus ha- biles, ne se préoccupent nullement de cacher leur existence. Mais elles accumulent toutes les ressources que leur fournit une organisation intentionnellement compliquée, pour dissimuler leur but.

Le public profane étant absolument naïf en ce qui concerne les sociétés secrètes, cette distinction, pour- tant essentielle, lui échappe totalement. Il n'y a même jamais réfléchi ; et ce ne sont pas, on le comprend, les ;

francs-maçons qui appelleront son attention sur ce point. Ceux-ci ont actuellement trop d'intérêt à faire croire que la Maçonnerie n'est pas une société se- crète.

Y ont-ils d'ailleurs jamais réfléchi eux-mêmes? J'aflirme que non. Car pour les vrais fondateurs de sociétés secrètes, l'art véritable et nécessaire est d'ar- river à ce que le but de ces sociétés soit caché à l'im- mense majorité des adhérents. Il faut qu'il n'appa- raisse qu'aux chefs : pas même à tous les chefs, à quel- ques-uns d'entre eux seulement. Les deux exemples qui précèdent suffisent à faire comprendre cela.

Montrez-nous, dira-t-on peut-être ici, les procédés par lesquels une société qui cache son but à ses adhé- rents peut néanmoins les faire travailler à la réalisa- tion de ce but.

C'est précisément ce qui sera exposé au cours de l'étude que nous entreprenons.

Pour ne pas nuire à l'ordre de cette étude, je me bornerai pour l'instant à faire remarquer qu'on peut déjà trouver une indication à ce sujet dans les deux cas que je viens de citer. Les amis du faux-monnayeur jouaient le rôle qui leur était dévolu par celui-ci. Ils travaillaient à la réalisation du but; et, pourtant, ils ne le connaissaient pas. C'est même parce qu'ils n'en avaient pas l'idée qu'ils prêtaient leur concours. On peut en dire autant de certains amis de M"^^ Hum- bert.

J'ajouterai que, de même qu'on met, au besoin, un régiment en marche, en lui faisant connaître seule- ment le lieu de sa première étape, laquelle peut

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d'ailleurs n'être qu'une feinte, de même, on peut proposer un certain but aux adhérents d'une Société, sans leur laisser supposer que ce but, lorsqu'il sera atteint, servira de point de départ pour tendre à au- tre chose. Un bateau à voiles est souvent obligé de ne pas marcher directement à sa destination. Il louvoie, il tire des bordées, selon les nécessités. Le patron sait pourquoi. Mais il n'est nullement néces- saire que les mousses le sachent pour qu'ils prennent leur part utile dans les manœuvres.

C'est de telles constatations que ^'inspirent les vrais conspirateurs, les profonds organisateurs qui veulent créer des sociétés réellement secrètes. Ils par- tent de ce principe qu'ils doivent conduire leurs adeptes par des chemins tortueux et accidentés qui, comme les routes de montagne, obligent souvent le voyageur à tourner le dos au sommet qu'il doit at- teindre. Leur expérience ou leur génie leur a appris que c'est ainsi seulement qu'ils peuvent se garder contre l'inévitable danger des indiscrétions. S'ils ont la prudence de ne pas faire connaître à leurs adhé- rents le but auquel tend, en définitive, l'association, il est clair que ceux-ci ne pourront jamais le révéler. S'ils leur en indiquent un autre et s'ils parviennent à leur faire croire que c'est à la réalisation de cet autre qu'ils travaillent, ce sera bien mieux encore, puisque, dans ce cas, plus les initiés parleront, et plus ils ré- pandront l'erreur ; plus, par conséquent, ils fortifie- ront le secret. Une société secrète ainsi constituée S(^ trouve protégée contre les bavardages, les impru- dences et les maladresses de ses membres. Elle l'est

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contre le désir de lui nuire que pourraient avoir cer- tains d'entre eux, le jour ils la quittent ; elle Test mfin contre les espions que la police des différents gouvernements peut y introduire, afin d'être infor- mée de ce qui s'y passe.

On comprend la supériorité d'une pareille organisa- tion, et l'on doit déjà se rendre compte que les vraies sociétés secrètes, les seules qui aient chance de garder leur secret, les seules vraiment redoutables par con- séquent, ce sont celles qui ont été construites sur le modèle que nous venons d'indiquer.

PREUVE QUE LA FRANC -MAÇONNERIE EST BIEN UNE SOCIÉTÉ SECRÈTE DU SECOND TYPE, c'eST-A-DIRE du plus DANGEREUX. i

Revenons maintenant à la Maçonnerie et exami- nons son cas particulier.

Appartient-elle à l'une ou à l'autre des deux caté- gories de sociétés secrètes dont nous venons de don- ner l'idée, et, en cas d'affirmative, à laquelle des deux? Pour nous faire une opinion raisonnée sur ce point, nous allons pouvoir partir d'an fait certain. En effet, la Franc-Maçonnerie, nous l'avons dit, existe en France, telle que nous la voyons, depuis près de deux siècles. C'est un minimum de durée au sujet duquel aucun doute n'est possible. En outre, moins de vingt- cinq ans après l'apparition des premières loges, il y en avait non seulement dans toute la France, mais dans toute l'Europe. Or, malgré qu'un si long espace de temps se soit écoulé depuis lors, et bien qu'on ren-

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contre la Franc-Maçonnerie partout, on ne sait pas encore au juste quel est le but de cette association.

Est-elle philosophique? Ou mutualiste? Ou politi- que? Ou anticatholique? Ou libérale? Ou récréative? Ou pornographique? Ou satanique? Chacune de ces hypothèses compte des partisans ; et ceux-ci ont tous sur quoi appuyer leur opinion.

La Franc-Maçonnerie a donc caché son but. Si elle Tavait manifesté, tout le monde serait d'accord.

Elle a caché son but, puisque son caractère et ses statuts ont varié ; puisque non seulement ils ont va- rié, mais qu'encore leurs variations ont toujours été en rapport avec certaines nécessités ambiantes. Ces variations étaient donc voulues, préméditées. La Franc-Maçonnerie s'est montrée, toujours et partout, ce qii*il fallait qu'elle fût pour qu'on la laissât vivre. Donc le caractère qu'elle se donnait, le but qu'elle af- firmait dans ses statuts et qu'elle modifiait selon les temps et les circonstances, n'étaient ni son vrai ca- ractère, ni son véritable but. C'est uq point acquis, dont l'évidence ne saurait être discutée.

En voici un autre qui n'est pas moins certain. La Franc-Maçonnerie n'a pas seulement caché son but aux profanes. Elle l'a caché même à ses adhérents. Et la preuve c'est qu'eux non plus ne sont pas d'accord lorsqu'on les interroge sur la Franc-Maçonnerie. Et surtout ils ne seraient pas d'accord si on pouvait mettre face à face, ou les francs-maçons de tous les pays du monde, ou tous les francs-maçons français qui ont existé depuis deux siècles. Un grand nombre de ces derniers furent des catholiques croyants qui

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tenaient pour sincères les déclarations de « tolérance», de '( respect de toute foi religieuse », qui ont figuré à certaines époques dans les statuts maçonniques. En regard de ceux-là, un grand nombre se présenteraient au contraire comme d'enragés anticatholiques et affir- meraient que la mission de la Franc-Maçonnerie est d'anéantir le catholicisme. De même, au point de vue politique, presque tous les francs-maçons de l'ancien temps protesteraient que la Franc-Maçon- nerie est une association qui enseigne le respect de la monarchie; et ils appuyeraient cette manière devoir sur des documents authentiques.

A côté de ceux-là, il en est qui prétendraient que la Maçonnerie est dévouée à la cause des Bonaparte, qu'elle a en effet servie deux fois, mais pour la trahir deux fois ensuite. D'autres enfin, ceux de 1793 et ceux de maintenant, jureraient que la République est le seul gouvernement dont puisse s'arranger la Franc- Maçonnerie, à ce point que République et Maçonne- rie se confondent et que, selon le mot de l'un de ses membres, la Franc-Maçonnerie, c'est la République à couvert, tandis que la République, c'est la Franc- Maçonnerie à découvert.

Ici encore, nous pouvons dire : si la Maçonnerie avait fait connaître son véritable but à ses adhérents, nous n'aurions pas à constater de pareilles contradic- tions entre eux.

Il ne peut exister aucun doute sur ces doux points :

Premièrement, la Franc-Maçonnerie dissimule son but. Donc elle est une société secrète.

Secondement, elle n'est pas une de ces sociétés se-

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crêtes conçues d'une manière enfantine, qui corres- pondent au premier type que nous avons indiqué. Elle est bâtie sur un tout autre plan. Elle ne cache pas son existence. Elle se borne à dissimuler son but ; mais elle le dissimule à ses adhérents, tout comme aux profanes.

Elle rentre donc dans la seconde catégorie des so- ciétés secrètes, celles que nous avons reconnues être les sociétés secrètes perfectionnées, les plus perfides, les, plus dangereuses par conséquent.

Peut-être objectera-t-on que la Franc-Maçonnerie pourrait avoir eu plusieurs buts dans un même pays, mais à des époques différentes, ou encore plusieurs buts à une même époque, mais dans différents pays.

Cela n'est pas possible, par la raison très simple que voici :

C'est une loi reconnue scientifiquement que l'orga- nisation d'un être est toujours adaptée à la fin de cet être. Une telle adaptation est la condition même de l'existence des organismes. Dans une société, ce qu'on appelle l'organisation n'est autre chose que l'adapta- tion des moyens dont dispose cette société au but qu'elle veut réaliser. Si le but changeait, l'organisa- tion devrait par suite changer aussi. Or l'organisme maçonnique ne présente pas de variations. Les fédé- rations ne se sont pas modifiées avec le temps, si ce n'est dans le sens du perfectionnement. D'autre part, si, au lieu de les considérer dans le temps, on embrasse d'un seul regard toutes celles qui existent à notre époque, on constate qu'elles sont toutes organisées de la même manière. Elles présentent bien quelques

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différences dans les rituels et les règlements. Mais l'organisme maçonnique à proprement parler, que nous étudierons bientôt, est partout et toujours le même. Donc le but est unique et invariable. Il n'y a que les déclarations et les attitudes qui changent ; et, comme nous le verrons, elles ne changent que selon ce qu'exige la réalisation ou la sauvegarde de ce but unique.

Les francs-maçons auraient-ils, au contraire, l'au- dace de soutenir qu'il est naturel que l'organisme ma- çonnique n'ait pas varié, attendu que leur but non plus n'a jamais varié? Prétendraient-ils que leurs adhésions successives à tel ou tel régime politique n'étaient que de pure forme, et que leur association n'a jamais eu qu'un idéal, celui qu'ils expriment par les mots : progrès, civilisation, lumière, justice, démo- cratie, liberté, égalité, fraternité? Alors, la réponse serait simple. Nous leur dirions : Progrès, civilisation, lumière, justice? Commen- cez par préciser ce que vous entendez par ces mots né- buleux. Pas de discussions dans le vide! Si vous vou- lez consentir à cela, vous nous mettrez vite à même de constater que, dans votre pensée, tout se résume en une seule et même chose, celle que vous affirmez maintenant être le but de la Franc-Maçonnerie : la destruction du catholicisme. Or, là-dessus, nous avons vu que vous avez menti pendant plus d'un siècle. Vous avez menti de même au point de vue politique. Aujourd'hui encore, vous mentez en parlant de dé- mocratie. Vous êtes tout-puissants, en effet, et vous n'usez de votre toute-puissance que pour mettre la

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nation sous vos pieds. Vous cherchez à créer l'égalité en bas, oui ; mais vous vous mettez à part et au-des- sus. Vous établissez l'égalité dans la servitude. Quant à la liberté et à la fraternité, on a vu ce que vous avez fait en 1793 de l'une et de l'autre, et l'on voit ce que vous en faites aujourd'hui. Votre but n'est donc pas celui que vous dites. Ou bien vous nous le cachez, en mentant ; ou bien on vous ment, en vous le cachant. Dans un cas comme dans l'autre, la Franc-Maçonne- rie est une société secrète, ainsi que nous l'avons dé- montré.

Les francs-maçons peuvent donc affirmer tant qu'ils voudront que la Franc-Maçonnerie n'est pas une société secrète. Les faits s'inscrivent en faux contre leurs affirmations. Plus nous avancerons dans cette étude, plus nous nous en rendrons compte.

La Franc-Maçonnerie n'est d'ailleurs pas une société secrète seulement parce qu'on ignore quel est son but ; elle est secrète à bien d'autres points de vue : parce qu'on ignore quels sont ses fondateurs, quelles sont ses méthodes, quel est le caractère de l'œuvre accomplie par elle jusqu'ici, quelle est son organisa- tion. Elle cache tout cela, à ses adhérents comme aux profanes, de même qu'elle leur cache son but.

Ajoutons enfin que, lorsque nous étudierons son organisation, nous constaterons que la Franc-Ma- çonnerie est plus qu'une société secrète, car elle est une superposition de sociétés dont les unes sont se- crètes pour les autres ; de telle sorte que les soi-disant initiés ne sont initiés à rien du tout, si ce n'est au culte, à la passion irraisonnée, à la religion du secret. De

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telle sorte encore qu'au milieu de cet enchevêtre- ment de sociétés de plus en plus cachées, il en existe une qu'il serait impossible de constituer au milieu du monde profane, complètement secrète celle-là, en ce sens que tout le monde, sauf ceux qui en font partie, ignore tout d'elle, jusqu'à son existence.

Voilà comment la Franc-Maçonnerie n'est pas une société secrète.

CHAPITRE II

La Franc-Maçonnerie est un colossal organisme de mensonge.

LA FRAINC-MAÇONNERIE EST OBLIGEE DE MENTIR.

De ce que nous avons constaté dans le chapitre précédent, il nous faut conclure que la Franc-Ma- çonnerie est, de par son principe constitutif même, inexorablement condamnée au mensonge. Nous pou- vons l'affirmer a priori^ sans crainte de nous tromper, avant même de connaître les déclarations et les actes maçonniques.

Il faut, en effet, toujours proposer un but aux êtres humains qu'on désire grouper. Or, comment pourront bien s'y prendre les fondateurs d'une société pour recruter des adhérents s'ils ne veulent pas dire ce en vue de quoi ils constituent cette société? Ils n'ont qu'un seul moyen à leur disposition. Dès lors qu'ils refusent de faire connaître leur vrai but, il faudra nécessairement qu'ils en proposent un faux. Ils se- ront donc dans la nécessité de mentir. C'est une de ces déductions contre lesquelles il n'y a pas d'ar- guments.

Nous allons voir qu'il en est bien ainsi pour la

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Franc-Maçonnerie. Nous n'aurons pour cela qu'à la regarder telle qu'elle est, et à écouter en même temps ce qu'elle nous dit d'elle-même.

LA FRANC-MAÇONNERIE DES PAYS PROTESTANTS ET CELLE DES PAYS CATHOLIQUES.

Nous sommes tout d'abord frappés des figures di- verses sous lesquelles cette société se présente dans les différents pays.

C'est, par exemple, un propos courant et presque banal que de dire qu'en Angleterre, en Amérique, en Allemagne, la Maçonnerie n'est pas du tout ce qu'elle est en France. Dans ces trois pays et dans d'autres, on la voit religieuse, conservatrice, traditionaliste, patriote. Il en va tout autrement dans la Maçonnerie française actuelle.

Ces différences dans la manière d'être des maçon- neries des différents pays sont-elles dues au hasard? Non ; car en établissant les rapprochements néces- saires, on s'aperçoit qu'elles correspondent toujours à une circonstance déterminée. En effet, la Franc- Maçonnerie s'est montrée jusqu'ici à peu près la même dans tous les pays protestants, et à peu près la même dans tous les pays catholiques.

C'est dans les premiers qu'elle est religieuse, con- servatrice, traditionaliste et patriote. Le fait a été cent fois constaté. Il est pour ainsi dire de notoriété publique, et même il n'a pas peu contribué à ce que bien des idées fausses soient répandues sur l'institu- tion maçonnique. Nous aurons à nous rendre compte

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plus tard de la raison à laquelle est due cette parti- cularité.

Au contraire, il est maintenant reconnu par les francs-maçons eux-mêmes que la Franc-Maçonnerie est résolument antireligieuse dans les pays catholi- ques. Ils l'ont nié longtemps. Ils ne le nient plus main- tenant.

Nous pourrions ajouter que, dans ces pays-là, la Franc-Maçonnerie n'est pas seulement antireligieuse, mais qu'elle est aussi révolutionnaire et destructrice au point de vue politique et social. Cela, les intéressés le nient encore, comme ils ont nié, tant qu'ils ont cru y avoir intérêt, le caractère antireligieux. Peut- être l'avoueront-ils un jour. En attendant, c'est prouvé par les brochures de propagande qui sont répandues dans les loges françaises et distribuées par les membres de celles-ci dans le monde profane.

En Autriche, c'est un fait avéré que la Franc- Maçonnerie poursuit la destruction de la monarchie catholique des Habsbourg, après lui avoir arraché la suprématie sur l'Allemagne qu'elle a attribuée à la famille protestante des Hohenzollern. C'est un point d'histoire maintenant connu, dont la démons- tration est faite dans le grand ouvrage de Deschamps et Claudio Janet : Les Sociétés secrètes^ et dans celui d'Henri Delassus : Le Problème de l'heure présente.

En Espagne, la Franc-Maçonnerie veut détruire le gouvernement des Bourbons catholiques pour le rem- placer par un gouvernement révolutionnaire et athée. C'est ce qui a été déclaré au Couvent du Grand

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Orient de France, en 1902, entre francs-maçons espa- gnols et francs-maçons français.

M. Jean Bidegain a fourni un renseignement inté- ressant sur ce point. Les journaux nous avaient déjà appris que Fauteur de Tattentat qui fut commis contre le roi d'Espagne, le jour de son mariage, était mem- bre de V Ëcole Moderne^ centre anarchiste espagnol des plus importants, dont M. Ferrer était le directeur. Or, écrivait M. Bidegain à VËclair^ au commence- ment du mois de juillet 1906, ce M. Ferrer jouait, au point de vue maçonnique international, un rôle im- portant. Il entretenait d'Espagne, au nom de la Grande Loge régionale de Catalogne, les rapports les plus étroits avec le Grand Orient de France. Il poursuivit même des négociations tendant à ce que la Grande Loge de Catalogne fût reconnue comme unique au- torité symbolique en Catalogne et dans les Iles Ba- léares, tandis que le Gou\ernement dogmatique et administratif des ateliers supérieurs catalans serait réservé au Grand Orient de France.

Tels sont les renseignements que M. Jean Bide- gain a fournis au public sur le F.*. Ferrer, qu'il a connu professeur d'espagnol aux Cours Commer- ciaux du Grand Orient^ membre de la loge parisienne les Vrais Experts^ et du Chapitre Les Amis Bien- faisants^ et qui figure en effet sur les annuaires ma- çonniques.

Le F.*. Ferrer compte donc dans la Maçonnerie comme personnalité importante. Il négocie avec le Grand Orient de France au nom de la Grande Loge régionale de Catalogne, et il est en même temps le

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directeur d'un centre anarchiste dont Tassassin du roi faisait partie. D'autre part, les projets d'établisse- ment d'une république espagnole ont été affirmés au Couvent du Grand Orient. Et enfin la Grande Loge régionale de Catalogne a pour programme po- litique le renversement de la monarchie espagnole. C'est assez d'éléments d'appréciation pour que nous puissions dire qu'en Espagne, la Maçonnerie est ré- v^olutionnaire et perturbatrice comme dans les autres états catholiques, et qu'elle n'y est pas sans liens avec les propagandistes par la dynamite.

L'assassinat du roi don Carlos et de son fils a prouvé qu'il en est de même en Portugal.

Quant à l'Italie, si la Maçonnerie s'y est montrée favorable à la constitution de l'unité italienne sous la maison de Savoie, c'est que cela lui parut être le procédé indiqué par les circonstances pour arriver à la destruction du pouvoir temporel de la Papauté. Aujourd'hui que cette destruction est un fait accom- pli, la Maçonnerie italienne se retourne contre la maison de Savoie. Elle devient révolutionnaire comme les Maçonneries des autres pays catholiques.

La Franc-Maçonnerie montre donc des visages différents selon qu'elle est en pays catholique ou en pays protestant. C'est un fait désormais acquis et qui est, nous le répétons, reconnu par les francs- maçons eux-mêmes.

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VARIATIONS DE LA FRANC-MAÇONNERIE DANS LES PAYS CATHOLIQUES, SELON LES ÉPOQUES ET LES CIRCONSTANCES.

Un autre fait n'est pas moins certain : c'est que le visage de la Franc-Maçonnerie varie dans les pays catholiques selon les époques et les circonstances.

Aucune netteté d'attitude dans cette association ; au contraire, une habitude et même une sorte d'ap- titude très marquée à courber Téchine aussi bas qu'il le faut et à changer de manière d'être selon qu'elle le juge utile à son intérêt.

C'est ainsi, par exemple, que l'air qu'elle se donne lorsqu'elle doit compter avec les pouvoirs éta- blis est juste le contraire de l'allure qu'elle prend dès qu'elle devient maîtresse.

Le désir, la volonté de tromper apparaissent nette- ment ici. Et, par cela même, nous sommes légitime- ment fondés à penser que la différence existant entre la Maçonnerie des pays catholiques et celle des pays protestants est, elle aussi, la conséquence d'une ma- nœuvre tendant à la réalisation d'un but mysté- rieux.

Lorsqu'elle est introduite dans les pays catholiques, la Franc-Maçonnerie commence toujours par se mon- trer conservatrice comme dans les pays protestants. Elle ne devient révolutionnaire et destructrice que lorsqu'elle se rend compte qu'elle peut le faire im- punément. C'est ainsi que les choses se sont passées en France.

Voici, par exemple, les déclarations d'un F.-.

Orateur rapportées par un certain F.-, de la Tierce qui écrivait, en 1747, une Apologie pour l'ordre des francs-maçons.

« Tâchons de définir le maçon pour le mieux con- naître disait le F.-. Orateur en question.

« Représentez-vous un homme craignant Dieu^ fidèle à son prince^ rendant à chacun ce qui lui est dû, ne faisant à autrui ce qu'il ne voudrait lui être fait à lui-même : voilà le maçon. Voilà ses mystères ; voilà son secret...

« J'ai dit : le Maçon est un homme craignant Dieu ; en effet celui qui s'écarte des devoirs de la Religion nest point maçon. Il en usurpe le nom ; il n'a jamais mérité de le porter. Ce n'est plus qu'un composé bizarre d'orgueil, d'ambition, de cupidité, de fureur et de haine. Quel tableau se présente à mes yeux ! Quelles horreurs ! Je vois la force et la violence sou- mettre tout à leur empire. Qui pourra dissiper ces monstres? Loi5 sacrées de la Religion^ c'est à vous que cet honneur est {!). »

D'après ces déclarations, la Maçonnerie serait une association « d'hommes craignant Dieu, fidèles à leur prince » ; et l'on pourrait tirer la même conclusion de beaucoup d'autres qui ont été faites depuis l'appari- tion de la Franc-Maçonnerie jusqu'à la veille de la Résolution, et depuis 1815 jusqu'à 1870.

D'ailleurs, les statuts des fédérations françaises portaient autrefois V interdiction de s'occuper de poli-

(1) Cité par M. Louis Dasté, dans La Bastille, journal anti- maçonnique illustré, no du 19 mai 1907.

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tique dans les loges et inscrivaient comme obligation fondamentale « le respect de toute foi religieuse ».

C'est ainsi que la Franc-Maçonnerie commence dans les pays catholiques, nous le répétons. Mais attendez qu'elle se soit fait tolérer d'abord, puis accep- ter : et vous la verrez, en France, par exemple, s'em- parer du pouvoir, ainsi qu'elle l'a fait en 1793 et à notre époque, assassiner ou proscrire ces princes aux- quels elle avait tout d'abord déclaré qu'il fallait de- meurer fidèle pour être un vrai maçon, et massacrer ou dépouiller, après avoir essayé de les déshonorer, les ministres de cette religion dont elle invoquait « les lois sacrées )). Ce sont des faits.

En dehors des faits, le langage maçonnique se modifie d'ailleurs avec les circonstances. En effet, cette même Maçonnerie française qui déclarait, par la bouche de ses Orateurs du xviii^ siècle et de ceux de la première moitié du xix^, que « celui qui s'écar- tait des devoirs de la Religion n'était pas maçon », cette même Franc-Maçonnerie donnait d'elle, tout récemment, en 1902, la définition suivante : « La Franc-Maçonnerie c'est la contre-Eglise, le contre- catholicisme, l'Eghse de l'Hérésie. » (Article pro- gramme de la revue maçonnique V Acacia.)

Le Bulletin du Grand Orient de France de septembre 1885 contenait une profession de foi qui vient à l'ap- pui de la définition de V Acacia :

« Le catholicisme, nous devons, nous francs- maçons, en poursuivre la démolition définitive. »

Un mémorandum du Suprême Conseil confirmait de son côté les déclarations précédentes par celle-ci :

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« La lutte engagée entre le catholicisme et la Mac.", est une lutte à mort, sans trêve ni merci. )>

En 1902, le F.*. Delpech, dans son discours au banquet du Gonvent, inséré au compte rendu offi- ciel, prononçait les paroles suivantes, dont Taccent ne saurait tromper :

« Le triomphe du Galiléen a duré vingt siècles. Il se meurt à son tour. La voix mystérieuse qui, jadis, sur les monts de TEpire, annonçait la mort de Pan, annonce aujourd'hui la fin du Dieu trompeur qui avait promis une ère de justice et de paix à ceux qui croiraient en lui. L'illusion a duré bien longtemps ; il disparait à son tour le Dieu menteur ; il s'en va rejoindre dans la poussière des temps les autres divi- nités de l'Inde, de l'Egypte, de la Grèce et de Rome, qui virent tant de créatures abusées se prosterner au pied de leurs autels. Francs-maçons, il nous plaît de constater que nous ne sommes pas étrangers à cette ruine des faux prophètes. L'Église Romaine, fondée sur le mythe Galiléen, a commencé à déchoir rapide- ment le jour s'est constituée V association maçon- nique. Au point de vue politique, les francs-maçons ont souvent varié. Mais, en tout temps, la Franc- Maçonnerie a été ferme sur ce principe : Guerre à toutes les superstitions, guerre à tous les fana- tismes ! »

« La Franc-Maçonnerie a toujours été ferme sur ce principe », dit le F.'. Delpech. Alors que faut-il penser des déclarations faites par les francs-maçons du xviii^ siècle et par ceux de la première moitié du xix^ ? Et, d'autre part, comment expliquer l'attitude

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des loges anglaises et américaines protestantes, il y a encore des chapelains?

Allons-nous tenir compte de toutes ces déclarations pour nous former une opinion sur la Franc-Maçon- nerie? En ce cas, auxquelles nous fierons-nous? A celles qui ont été répandues de 1730 à 1789 et de 1815 à 1870, ou à celles qui sont audacieusement formulées maintenant?

Ce qu'il y a de curieux, c'est que, soit que nous adoptions Tun ou Tautre parti, nous entendrons les défenseurs de la Franc-Maçonnerie nous en faire grief.

L'opinion du F.-, de la Tierce, nous disent ces messieurs, n'engage que le F.*, de la Tierce. Celle du F.-. Delpech n'engage également que son auteur. Il en est de même de la définition de la revue V Acacia. Le Grand Orient de France, lui-même, n'a pas qualité pour parler au nom de la Franc-Maçonnerie. Celle-ci est au-dessus des FF.*, de la Tierce, Delpech et autres. Elle est également au-dessus de la revue maçon- nique V Acacia^ et même du Grand Orient.

Alors, est-elle? C'est ce qu'on se garde bien de nous dire.

LES DECLARATIONS DES STATUTS MAÇONNIQUES.

Prenons maintenant la peine d'écouter ce que la Franc-Maçonnerie française dit d'elle-même dans sa Constitution et dans ses statuts. Nous verrons se ma- nifester d'une manière évidente sa constante volonté de tromper.

La Franc-Maçonnerie a commencé par déclarer

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dans ses statuts, pendant cinquante ans avant la Révolution et pendant quatre-vingts après, qu'elle est une association uniquement « philosophique, philanthropique et progressive » ; que son esprit est celui de « tolérance » ; qu'elle « respecte la foi reli- gieuse de chacun de ses membres )>. Elle a ajouté qu'elle ne s'occupe pas de politique et qu'elle ne per- met pas de discussions sur cette matière dans ses réunions, non plus que sur les questions religieuses. Enfin, elle s'est affirmée comme professant la croyance à « l'existence de Dieu et à l'immortalité de l'âme».

Ces déclarations se trouvent ou se sont trouvées dans les constitutions de toutes les fédérations ma- çonniques. Elles présentent donc un caractère de solennité ; et, puisqu'elles sont en même temps uni- verselles, on doit les considérer comme constituant le credo de la Franc-Maçonnerie, dont elles font une association spiritualiste, déiste, respectueuse de toutes les religions, c'est-à-dire de toutes les formes du spiritualisme et du déisme.

Mais alors, comment, à côté de cette déclaration formelle affirmant la croyance en Dieu et en l'immor- talité de l'âme, peut-il se trouver place pour une autre qui proclame au contraire « la liberté absolue de conscience », et qui est comprise et pratiquée de manière très différente selon les pays et les époques?

En France, voici ce qui s'est passé. Au moment la Maçonnerie se donnait comme spiritualiste, déiste et respectueuse de toutes les religions, elle admettait chez ses adhérents toutes les théories, religieuses ou antireligieuses, déistes ou antidéistes, spiritualistes

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ou antispiritualistes, sociales ou antisociales. Elle en est venue depuis quelques années à donner asile aux théories antipatriotiques aussi bien qu'aux patrioti- ques, en attendant sans doute qu'elle exclue ces der- nières, comme elle l'a fait pour les croyances reli- gieuses et les conceptions déistes. Monthéus, Malato, Sébastien Faure, Hervé et bien d'autres antimilita- ristes et prédicateurs d'antipatriotisme sont francs- maçons. Et cependant la Franc-Maçonnerie affirme son patriotisme. Que signifie une pareille confusion de principes dans une association qui se dit philoso- phique et qui se recommande avec tant d'emphase de la Raison?

« Vous êtes une société déiste, aurait-on pu dire à la Maçonnerie française de jadis : alors vous ne recevez pas les antidéistes dans vos temples?

Au contraire, nous leur faisons le meilleur accueil.

Alors vous les obligez à admettre votre pro- gramme déiste?

Non, nous ne les y obligeons pas.

Alors, vous n'avez pas de programme déiste comme vous le dites.

Si, nous avons un programme déiste. Nous croyons au « Grand Architecte de l'Univers » et à l'immortalité de l'âme.

Vous avez un programme ; mais vous permettez que vos adhérents n'y adhèrent pas. C'est exactement comme si vous n'en aviez pas. Et, dès lors, on se de- mande pourquoi vous affirmez que vous en avez un. ))

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Se figure-t-on, en effet, une société qui se déclare- rait société d'honnêtes gens et qui, néanmoins, accep- terait comme membres des voleurs qualifiés?

Quelle est Texplication d'une pareille contradiction entre la doctrine et les actes?

On ne peut le comprendre que si on attache l'im- portance qui convient au processus qui a été suivi par notre Maçonnerie. A l'origine, nous l'avons dit, elle fut traditionnaliste chez nous, comme elle l'est encore dans les pays protestants. Elle acceptait, toutefois, les non catholiques, les matérialistes, comme les déistes. Elle ne le faisait qu'en s'en défendant lorsqu'il le fallait (voir les déclarations du F.*, de la Tierce cité plus haut: «Celui qui s'écarte des devoirs de la reli- gion n'est point maçon. ») Mais tout en s'en défen- dant, elle le faisait tout de même, en alléguant la to- lérance et la liberté de conscience. Puis, au nom de ces mêmes principes de tolérance et de liberté de conscience, elle a exclu un jour les catholiques d'abord, et les déistes ensuite. S'il n'y a pas eu une manœu- vre destinée à tromper le public, que signifie une pa- reille évolution?

Les preuves de la haine féroce de la Franc-Maçon- nerie à l'égard du catholicisme sont tellement écla- tantes aujourd'hui, elles ont été si bien étalées au grand jour que toute hypocrisie est devenue impossi- ble. La Franc-Maçonnerie le comprend ; et c'est pourquoi, avec la même énergie qu'elle a mise à affir- mer pendant cent cinquante ans (sauf dans la période révolutionnaire) son respect de la religion, elle pro- clame maintenant qu'elle a pour but «la destruction

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de TEglise », qu'elle est « la contre-Eglise » ! « le contre-catholicisme », « TEglise de T Hérésie ». Elle s'oublie même jusqu'à déclarer que sur ce point elle n'a jamais varié. D'où il faut conclure qu'ayant dit le contraire pendant cent cinquante ans, elle a menti pendant ces cent cinquante ans-là.

A LA GLOIRE DU GRAND ARCHITECTE DE l'uNIVERS.

La Franc-Maçonnerie française a inscrit son spiri- tualisme partout, avec la formule : « A la gloire du Grand Architecte de l'Univers » qui figurait au fron- tispice de ses temples, en tête de sa Constitution et de ses règlements, à la première page de toutes ses publications et jusque sur son papier à lettres. Elle l'a fait entendre dans toutes ses cérémonies, à l'ou- verture de tous ses travaux. Non seulement elle a proclamé « le Grand Architecte de l'Univers », comme toutes les autres Maçonneries du globe, mais elle l'a béni, elle l'a chanté avec amour.

Voici, pour en témoigner, le premier couplet d'un cantique qui fut d'usage au Grand Orient pour les cérémonies de consécration d'un temple maçonnique. C'est le Vénérable qui chantait ce couplet :

0 Dieu, dant la bonté propice Nous avait foits pour le bonheur Et nous suit dans le précipice nous a plongés notre erreur ! Nous t'adorons quand la lumière Se répand pour nous éclairer. Quand l'ombre couvrira la terre Nous viendrons encor t'adorer !

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Et tous les maçons répétaient avec le Vénérable :

Quand l'ombre couvrira la terre, Nous viendrons encor t'adorer !

(En frappant du ^n'etZj ;

Oui, t'adorer ! t'adorer ! t'adorer ! Oui, t'adorer ! t'adorer ! t'adorer !

Après le Vénérable, c'était le premier surveillant, puis le second, qui chantaient tour à tour leur cou- plet au « Grand Architecte )>. Le Vénérable en disait encore un pour conclure. Et après chacun de ces couplets, tous les frères scandaient les deux der- niers vers en frappant du pied :

Oui, t'adorer! t'adorer! t'adorer! Oui, t'adorer ! t'adorer ! t'adorer !

Ainsi donc les francs-maçons français adoraient le Dieu « dont la bonté propice les avait faits pour le bonheur et les suivait dans le précipice les avait plongés leur erreur ))!... Ils l'adoraient « quand la lumière se répandait pour nous éclairer »... « Quand l'ombre couvrait la terre », ils venaient encore l'ado- rer ! Ils l'adoraient en frappant du pied ! Ils l'ado- raient ! l'adoraient ! l'adoraient ! C'était de leur part une frénésie d'adoration...

Or, subitement, le Grand Orient de France tourna irrévérencieusement le dos à ce même Grand Archi- tecte ! Cela lui prit le 14 septembre 1877. Avant cette date, c'est à la gloire du Grand Architecte qu'il tra- vaillait, à sa gloire qu'il banquetait, à sa gloire qu'il inaugurait des loges. Pas une parole qui ne fût pro-

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noncée, pas un vœu qui ne fût exprimé, sinon à cette gloire; pas une lettre qui ne fût écrite, pas une com- mission qui ne fût donnée, si ce n'est sur papier por- tant le pieux en-tête ! Et en ce jour du 14 septembre 1877, c'est-à-dire à une époque il s'est senti suffi- samment libre de manifester ses vrais sentiments, le Grand Orient a renié sans vergogne son Grand Architecte ! Il a même été plus loin: il s'en est dé- claré l'ennemi. A tel point qu'en dépit des professions de foi libérales qui sont contenues dans les statuts de cette fédération, cela devint une très mauvaise note pour un profane demandant ^'initiation que de déclarer qu'il n'était pas absolument convaincu que le Grand Architecte ait jamais été autre chose qu'un mythe. Après le déisme en musique, tout d'un coup c'est le matérialisme fanatique et intransigeant. Quelle extraordinaire association philosophique !

LA DECLARATION RELATIVE A LA POLITIQUE.

Nous éprouverons les mêmes surprises si nous exa- minons les déclarations maçonniques relatives à la politique.

Pendant cent cinquante ans, la Franc-Maçonnerie a affirmé, elle a proclamé dans ses statuts, ainsi que nous l'avons dit, qu'elle ne s'occupait pas de politique et même qu'elle interdisait dans ses loges toute dis- cussion pouvant avoir trait à ce sujet. Or, chose vrai- ment extraordinaire de la part d'une association qui ne s'occupait pas de politique, elle apparut subite- ment en possession de tous les postes de l'Etat pen-

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dant la Révolution, et on la voit de nos jours renou- veler ce miracle !....

Ajoutons qu'il faudrait des volumes pour citer tous les documents qui prouveraient que les réunions de ses ateliers sont remplies par les discussions politi- ques, en dépit de la déclaration qui était contenue dans les statuts.

Il est à noter que, même alors qu'elle tenait déjà la République, la Franc-Maçonnerie persistait à affirmer son renoncement à la politique. C'est qu'elle se flattait de ne pouvoir être surprise en flagrant délit de mensonge sur ce point. Son premier envahis- sement avait été opéré sous le voile d'un anonymat dont quelques rares initiés comme Barruel, Eckert, Deschamps et Claudio Janet avaient presque seuls pu percer le voile. Le public français n'avait jamais rien su, jusqu'en ces dernières années, de ce premier envahissement.

C'étaient « les Jacobins » qu'il avait généralement rendus responsables de la Terreur, et il n'avait pas vu que ce mot : le Jacobinisme, ne dit rien par lui- même, qu'il ne représente en réalité qu'une des figures de la Maçonnerie. Celle-ci espérait bien que Je même procédé qui lui avait réussi en 1793 lui réussirait de nouveau. Se faufilant derrière le libéralisme d'abord, puis derrière l'opportunisme, enfin derrière le radica- lisme, qu'elle avait successivement enfantés pour mieux se dissimuler, elle était déjà installée au pou- voir, que personne ne parlait encore d'elle. Il fallut que la question fût portée devant le public sous cette forme de proportion arithmétique que j'ai établie

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dans mon ouvrage de 1892 (La Franc- Maçonnerie et la Question religieuse) ^^ouT (\\iQ l'attention fût atti- rée sur Tartifice grâce auquel « la Veuve » était par- venue à édifier un trône au-dessus de la République et à l'occuper sans qu'on s'en aperçût. Une fois ce second envahissement mis au jour avec une telle évi- dence, il devenait aussi impossible à la Maçonnerie de persister à soutenir qu'elle ne faisait pas de po- litique, qu'il le lui était de parler de son soi-disant respect du catholicisme. Elle Ta bien compris; et, ré- solument, elle a supprimé de ses statuts le paragra- phe qui interdisait les discussions politiques en loge. Cette suppression accomplie, elle s'est tournée vers ceux qui lui faisaient grief de son ingérence dans les affaires de l'Etat, et, cyniquement, elle leur a dit :

Eh bien ! Oui ! Les francs-maçons s'occupent de politique en loge. Mais pourquoi donc ne le fe- raient-ils pas? Lisez nos statuts. Vous n'y trouverez rien qui s'y oppose.

Il semblerait qu'une fois arrivée à ce point, la Maçonnerie ne peut plus feindre. C'est une erreur. Il suffit qu'elle se sente pressée par la nécessité pour que, dédaignant toute vergogne, elle essaye, à l'oc- casion, de reprendre les paroles et même les actes qui lui ont échappé.

C'est ainsi qu'en plein Couvent de 1906, on a pu voir les francs-maçons radicaux entrer en lutte avec les socialistes qui prétendaient se servir à leur tour de la Maçonnerie pour arriver au pouvoir. Pour les besoins de leur cause, les premiers s'efforçaient de faire croire aux seconds que la Maçonnerie est une

(f BlBUOTHtCA j

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association philosophique et non politique. Et ils ajoutaient, de Fair le plus convainca, que «prétendre l'entraîner dans l'arène des partis, ce serait mécon- naître ses principes )>...

On se sent pris d'une telle envie de rire en présence d'une aussi phénoménale hypocrisie qu'on oublierait presque de s'en indigner.

LES MENSONGES MAÇONNIQUES. BONNE FOI FRÉQUENTE DES MENTEURS.

Nous voici donc en présence des étranges constata- tions suivantes :

Bien que la Franc-Maçonnerie française ait com- mencé par se dire, comme toutes les autres, spiritua- liste et déiste, elle a toujours, en fait, tendu à opé- rer la concentration des matérialistes et des athées.

Bien qu'elle annonçât sur son enseigne, et tant qu'elle crut y avoir intérêt, qu'elle travaillait à la gloire du « Grand Architecte de l'Univers )), elle s'est empressée de renier celui-ci, dès qu'elle se sentit libre de toute contrainte.

Bien qu'elle persiste à proclamer la liberté de conscience, elle ne veut plus qu'on affirme l'existence, ni même qu'on prononce le nom du Grand Architecte que ses initiés adoraient jadis en cadence.

Bien qu'elle affirme son respect de toute foi reli- gieuse, elle mène une guerre fanatique contre la foi catholique.

Enfin, bien qu'elle ait déclaré qu'elle ne s'occupait pas de politique, elle s'est installée deux fois au pou-

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voir qu'elle a occupé pendant la Révolution comme elle Toccupe maintenant, en manifestant son esprit de tolérance, tantôt par les massacres en masse, dans les prisons et ailleurs, tantôt par les proscriptions, les persécutions et le monopole de renseignement qu'elle se prépare à établir à son profit exclusif.

Dans ces conditions, peut-on croire à une seule des déclarations de la Franc-Maçonnerie?

Une fois qu'on a commencé de remarquer les con- tradictions de cette extraordinaire association, on n'en a pas fini. On les rencontre à chaque pas, aussi bien dans les détails que dans les grandes lignes. C'est à ce point qu'on en arrive à se demander si la Franc- Maçonnerie ne serait pas tout simplement une so- ciété incohérente.

L'incohérence ! Serait-ce donc tout le secret maçonnique? C'est ce qu'admettent volontiers la plupart de nos compatriotes, soit pour s'éviter de plus longues recherches, soit parce qu'ils ont connu un trop grand nombre de francs-maçons qui ne se faisaient remarquer que par leur bruyante et encom- brante nullité.

Mais qu'ils prennent garde ! S'ils admettent cette hypothèse, ils vont se trouver en face d'une diffi- culté insurmontable.

La Franc-Maçonnerie est toute-puissante en France. Elle y exerce un véritable despotisme. Et, ainsi que nous l'avons déjà dit, c'est pour la seconde fois. Il est donc impossible de nier les forces réelles de cette association. Or, l'incohérence et l'inintelligence ne sau- raient engendrer la force. D'ailleurs, comment admet-

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tre riiicoliérence, alors que, si la Franc-Maçonnerie ne cesse de se contredire dans les périodes elle est obligée de compter avec les autorités existantes, en revanche, on la voit tendre implacablement à un seul et même but dès qu'elle se sent maîtresse? Ce n'est donc pas par l'incohérence que peuvent être expli- quées les contradictions que nous avons signalées. Dès lors, il faut conclure que ces contradictions sont voulues, calculées, préméditées, bref, qu'elles cons- tituent des manœuvres tendant à tromper les gou- vernants et l'opinion.

Il n'y a donc aucun doute : dès que nous demandons à la Franc-Maçonnerie française de rendre témoi- gnage sur elle-même, nous constatons que pendant cent cinquante ans, elle a dit devant la nation juste le contraire de ce qu'elle a ensuite manifesté comme étant sa vraie pensée, dans les deux circonstances elle s'est sentie maîtresse, par conséquent elle était libérée de toute contrainte.

Si nous avions le temps de rassembler ici les comptes rendus officiels des délibérations des loges et des Cou- vents, ce serait bien autre chose ! Nous verrions que les contradictions et les mensonges dont fourmillent ces documents sont si nombreux qu'ils suffisent à remplir plusieurs volumes. Ces volumes ayant été écrits, il est inutile de les rééditer ici. Il serait d'ail- leurs impossible de les résumer. On ne résume pas des accumulations documentaires. S'il est des lec- teurs qui, plutôt que de croire sur parole, préfèrent obéir au désir viril de s'instruire complètement par eux-mêmes, qu'ils étudient les ouvrages dont nous

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parlons. Ils y trouveront des documents en nombre suffisant pour se faire une opinion raisonnée. Plus ils les examineront de près, et plus ils se convaincront que le mensonge est bien la loi profonde de la Franc- Maçonnerie, sa nécessité la plus naturelle et la plus constante.

Dans ses écrits comme dans ses paroles, dans ses manifestations comme dans ses abstentions, cynique- ment ou hypocritement, de toute manière qui lui parait utile à ses intérêts, la Veuve ment. Et c'est précisément à ceux qu'elle se propose de détruire que s'adressent ses mensonges les plus audacieux. Gela se comprend. Elle leur dissimule ses plans comme un assassin cache son poignard à la victime qu'il mé- dite de frapper.

Les mensonges maçonniques présentent un certain caractère très particulier.

La Maçonnerie ne se trouve représentée en aucun lieu par un corps constitué visible ou par une per- sonnalité officiellement chargée de parler en son nom. Ce sont donc les mensonges des francs-maçons que nous attribuons à la Franc-Maçonnerie. Or, dans bien des circonstances, ces francs-maçons mentent sans s'en douter. A l'heure ils disent les choses les plus contraires à la vérité, (celles auxquelles les faits don- nent ensuite les plus éclatants démentis), ils sont le plus souvent sincères vis-à-vis d'eux-mêmes. C'est l'impression que donne l'étude attentive de la ques- tion maçonnique. Cette impression, je puis la corro- borer. J'ai connu, pendant les six années que j'ai pas- sées dans la Franc-Maçonnerie, un grand nombre de

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francs-maçons absolument sincères; et, ainsi que je Tai déjà dit, j'étais de ceux-là.

Ceux qui affirmaient, il y a cent vingt-cinq ans, que la Franc-Maçonnerie était monarchiste expri- maient le contraire de la vérité. Mais ils ne le savaient pas. Ils ignoraient les évolutions qui devaient se pro- duire par la suite. On en peut dire autant de ceux qui protestaient, il y a cent ans, du dévouement do leur association au premier Empire et, il y a cinquante ans, de sa fidélité au second. Les uns et les autres étaient tenus dans l'ignorance de ce qui s'était fait antérieurement dans la Maçonnerie, ou, tout au moins, ils se disaient que le passé était mort, que le présent seul était vivant. De même encore pour ceux de 1789 et ceux d'il y a quelque vingt-cinq ans, lorsque les uns et les autres proclamaient un pur idéal de fra- ternité républicaine, patriotique ou humanitaire. De même enfin pour ceux qui jadis affirmèrent le respect de la Maçonnerie pour toute foi religieuse et en parti- culier pour la foi catholique. Individuellement, ils éprouvaient ou croyaient éprouver le respect dont ils parlaient et ils attribuaient à la Franc-Maçonnerie universelle leurs propres sentimicnts. Quant aux francs-maçons d'aujourd'hui, ils s'imaginent que la Franc-Maçonnerie a toujours été telle qu'ils la voient. Tous ceux dont nous venons de parler, s'ils pouvaient se rencontrer, ouvriraient la bouche avec une égale conviction, pour jeter en même temps vers le ciel leurs attestations contradictoires. Ils parleraient à la façon des hallucinés, des hypnotisés. Chacun jurerait de ce qu'on lui apprit, de ce qu'on lui fit croire à une

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certaine heure. Il en jurerait avec bonne foi. Et, ce- pendant, ce qu'ils pourraient dire, tous à la fois, serait mensonge, eu égard à la Franc-Maçonnerie, puisque cela se contredirait, et puisque ce serait en outre en opposition avec les actes commis par ceux d'entre eux qui vécurent aux époques leur association fut maîtresse du Pouvoir.

l'organisation du mensonge, conséquences qui en decoulent.

La Franc-Maçonnerie ne peut faire autrement que de mentir ; et c'est pour cela, par nécessité inélucta- ble, qu'elle ment sans discontinuer.

Dissimuler ses desseins est pour elle un besoin pri- mordial tellement impérieux qu'il ne peut être com- paré qu'à celui qu'éprouvent tous les êtres d'aspirer l'oxygène indispensable à la conservation de leur existence. Supposez que puisse être supprimée la pos- sibilité du mensonge pour la Franc-Maçonnerie, et vous vous rendrez compte que la possibilité de l'exis- tence de cette association serait aussi supprimée. Par cela seul que ses créateurs inconnus ont prétendu faire d'elle une société dont le but devait rester ignoré, bien qu'elle se manifestât elle-même, tout leur effort devait forcément tendre à constituer en elle un orga- nisme dissimulateur du but, et dissimulateur à ce point, que la seule mise en mouvement de cet orga- nisme produisit, pour ainsi dire automatiquement, des apparences contraires aux réalités, c'est-à-dire des mensonges. S'ils n'y avaient pas réussi, la Franc-

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Maçonnerie, telle qu'ils l'ont conçue, n'aurait pas vécu.

Mais aussi ce besoin de mentir toujours, cette tare originelle et immonde, nous pouvons nous le dire avec certitude, c'est la maladie honteuse par laquelle est rongée la Veuve et de laquelle elle mourra.

De cette constatation en découle une autre. A priori^ nous sommes non seulement en droit, mais dans la nécessité de nous méfier lorsqu'un franc- maçon s'avise de discuter sur la Franc-Maçon- nerie.

Puisque l'association dont il fait partie ne veut pas qu'on connaisse son but, il est dans l'obligation abso- i lue, s'il parle de ce but ou de quelque chose qui ait avec lui une relation si lointaine qu'elle soit, de trahir ou son association ou la vérité, en supposant qu'il soit parmi les rarissimes auxquels on ait fait con- naître celle-ci. Il n'y a de choix pour lui qu'entre ces deux trahisons. Et encore convient-il d'ajouter que, ce choix, la Franc-Maçonnerie ne le lui laisse pas.

En effet, avant même que le nouvel initié sache rien de l'association dans laquelle il a demandé à en- trer, alors qu'il a encore sur les yeux le bandeau qu'on lui a appliqué dans « les parvis du temple », la Franc- Maçonnerie prend soin de lui lier la langue par un ser- ment. Elle exige de lui la promesse « de ne rien dire, ni écrire de ce qu'il aura vu dans les assemblées ma- çonniques, sans une permission expresse et seulement de la manière qui pourra lui être indiquée ->.

(( De la manière qui pourra lui être indiquée » est un euphémisme d'une assez belle hypocrisie, mais

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qui se laisse tout de même comprendre. La manière qui pourra être indiquée aux francs-maçons ne peut être celle de la vérité, car la vérité n'a pas plusieurs manières. Elle n'en a qu'une ; et celle-là n'a pas besoin d'être « indiquée >\

Tels ou tels francs-maçons pourront, nous l'avons dit, être sincères vis-à-vis d'eux-mêmes, parce qu'ils ont été trompés comme les profanes. En ce cas, leur parole, même lorsqu'elle sera l'expression exacte de leur pensée, n'exposera jamais que le mensonge de l'association. Et c'est pourquoi nous devons considé- rer les francs-maçons comme disqualifiés lorsqu'il s'agit de discuter sur la Franc-Maçonnerie. Dès que l'un d'eux ouvre la bouche sur ce sujet, nous sommes en droit de la lui fermer par ces seuls mots : « Tu parles, donc tu mens ! Sciemment ou inconsciemment, tu ne peux faire autrement, à moins que tu n'aies arraché la loi maçonnique de ton cœur. Si ce n'est ton mensonge que tes lèvres vont exprimer, c'est celui de ton association. »

Jugement sévère, dira-t-on. Sévère, soit ; mais ju- gement légitime et nécessaire; car tout ce quela Franc- Maçonnerie apprend aux francs-maçons sur elle- même est nécessairement faux. Il n'y a qu'une seule chose qu'elle est obligée de ne jamais leur enseigner, de peur qu'ils ne la répètent au dehors : c'est la vé- rité.

De sorte que si, arrivés à ce point de notre étude, nous avions à définir d'un mot la Franc-Maçonnerie, l'attestation la plus certaine, la moins sujette à cau- tion que nous pourrions produire serait celle-ci : La

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Franc-Maçonnerie, c'est un colossal organisme de mensonge, construit tout exprès pour créer l'illusion sur lui et sur ceux qui l'ont imaginé.

SUSPICION LEGITIME DONT SONT FRAPPÉS LES DOCUMENTS MAÇONNIQUES

DANS UNE ÉTUDE SUR LE BUT ET LA NATURE DE LA FRANC-MAÇONNERIE. , NÉCESSITÉ d'une DÉMONSTRATION RAISONNÉE.

" Dans ces conditions, ceux-là se trompent grande- ment qui s'imaginent qu'une étude sérieuse sur les origines et le but de la Franc-Maçonnerie doit être, avant tout, documentée. Si toutes paroles, tous écrits et même tous actes maçonniques ne peuvent être acceptés que sous bénéfice d'inventaire, toute documentation devient par même suspecte, au point de vue des conclusions à en tirer sur le but au- quel tend la Franc-Maçonnerie. Pendant certaines époques parfois très longues, cette association a parlé, écrit, délibéré, agi, uniquement dans le but de trom- per les gouvernements existants sur son compte. Pen- dant d'autres périodes, non moins longues, elle a parlé, écrit, délibéré, agi, en vue de certains buts qu'elle laissait apparaître, mais qui n'étaient que des étapes disposées avec infiniment d'habileté pour préparer la réalisation du but final, tout en le dissimu- lant. C'est pour cela que les paroles, les délibérations et les actes maçonniques ne cessent de se contredire selon les lieux et les moments, les nécessités perma- nentes ou les circonstances accidentelles.

à

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Les documents maçonniques sont tellement con- tradictoires qu'ils ont servi de base à des études qui, loyalement conduites, ont abouti à des conclusions absolument opposées. Les unes nous ont montré une Maçonnerie insignifiante, sans portée, sans plan et, par conséquent, sans danger. Les autres, une Ma- çonnerie dominée par une certaine idée et attachée à un certain but. Mais lesquels? Selon' qu'on a porté les investigations ici ou là, qu'on a suivi telle ou telle piste, la Maçonnerie a pu paraître religieuse ou phi- losophique ; respectueuse du culte national ou adver- saire acharnée de ce culte; idéaliste ou arriviste ; mo- narchiste, impérialiste, républicaine, aristocratique, bourgeoise, démocratique, socialiste ou même anar- chiste. Car il y en a pour tous les goûts. De même, pour ce qui concerne l'origine de la Franc-Maçonnerie, on peut présenter plusieurs versions, suivant qu'on choisit telle ou telle catégorie de documents.

Par cela seul qu'elle nous fait pénétrer dans un vé- ritable labyrinthe de mensonges, l'étude de la ques- tion maçonnique n'est donc point une étude ordi- naire. L'objet de cette étude n'est point un sujetinerte qui, une fois qu'il est rencontré, se laisse regarder. Nous avons au contraire affaire à un sujet qui se dé- fend, qui ne veut pas qu'on l'observe et dont la préoc- cupation constante est de multiplier les pièges et les obstacles sous les pas de ceux qui font mine d'appro- cher de ses obscures demeures.

La Franc-Maçonnerie a été créée pour travailler dans l'ombre, le secret et le mystère. Elle a été dotée par ses fondateurs de l'organisation qu'il faut pour

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cela ; et, en conséquence, elle ne saurait sortir de cette ombre, de ce secret et de ce mystère, qui sont ses élé- ments naturels, sans perdre la plupart de ses moyens d'action. Ainsi en est-il du crocodile hors de l'eau ou de la taupe hors de son trou. Gomment donc ne résisterait-elle pas aux investigations !

Mais alors, on se rend compte des difficultés que présente la recherche des véritables secrets maçon- niques. Essayer de les découvrir, c'est s'aventurer dans une véritable guerre de Peaux-Rouges.

Il ne faut pas s'y risquer si, dès les premiers pas, on n'est en garde contre les causes d'erreur qui sont répandues à profusion par une puissance partout invisible et qui, pour demeurer telle, est sans cesse occupée à tromper. Discerner, parmi les paroles, les écrits et les actes maçonniques, ceux qui ont une va- leur probante et ceux qui n'en ont pas, ceux qui ten- dent à créer de fausses pistes et ceux qui, au contraire, sont susceptibles d'indiquer la marche vers le terme final, telle doit être la constante préoccupation des chercheurs qui aspirent à découvrir le but, la nature et l'origine de la Franc-Maçonnerie.

Sans doute, les documents peuvent nous faire connaître l'attitude de la Franc-Maçonnerie à telle époque, dans tel pays. Mais lorsqu'il s'agit des conséquences générales à tirer, il faut se préoccuper moins des documents que des contradictions qu'ils présentent entre eux, et moins de ces contradictions que des conditions dans lesquelles elles se sont pro- duites.

Il en résulte que, dans une étude sur le ])ut final

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de la Franc-Maçonnerie et sur l'action de cette So- ciété dans l'histoire de notre pays, ce n'est pas à la documentation qu'il faut donner la première place. Compter sur elle, ce serait compter sur la parole du menteur pour apprendre ce qu'il voudrait nous ca- cher. En un pareil sujet, une seule méthode est pos- sible : c'est celle qui consiste à chercher quelques don- nées certaines et à s'appuyer sur elles pour remonter des effets aux causes. C'est à celle-là que nous nous astreindrons dans le présent ouvrage.

CHAPITRE III

La Société secrète maçonnique est la souveraine de la France.

TOUTE-PUISSANCE DE LA FRANC-MAÇONNERIE

EN FRANCE.

PREUVE PAR LES CHIFFRES.

COMMENT CETTE PREUVE EST ÉTARLIE.

Parmi les faits absolument certains qui peuvent servir de base à notre étude, il y en a un dont l'évi- dence éclate maintenant aux yeux de quiconque veut se donner la peine d'observer : c'est celui de l'asser- vissement auquel la Franc-Maçonnerie a réduit la France. Il est tellement visible et il a été si souvent et si surabondamment démontré qu'il peut sembler inutile d'en refaire ici la preuve.

Il est pourtant nécessaire de s'y arrêter pour un nombre encore considérable de citoyens qui s'obsti- nent à ne pas le voir, à ne pas même vouloir le regarder tout en continuant d'ailleurs à le nier, et aussi pour certains autres qui n'ont pas le courage ou qui n'ont pas le temps d'étudier la question maçonnique dans les si nombreux ouvrages publiés ces dernières années.

Nous referons donc une fois de plus la démonstra- tion de la puissance politique de la Franc-Maçonnerie

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en France. Nous ne nous attacherons toutefois qu'aux faits essentiels et nous renverrons les lecteurs dési- reux d'une plus ample information aux ouvrages que nous indiquons à la fm de ce chapitre.

La preuve la plus irrésistible est celle qui nous est fournie par les chiffres.

La souveraineté nationale étant déléguée en France à un Parlement composé d'un Sénat et d'une Cham- bre des Députés, il est facile de comprendre que si un corps constitué, un syndicat, une congrégation, une association, secrète ou non, parvient à introduire au Parlement un nombre suffisant de ses membres, la souveraineté lui appartiendra.

C'est précisément le cas de la Franc-Maçonnerie. Actuellement, sur environ neuf cents sénateurs et députés dont se compose notre Parlement, il y en a plus de la moitié qui sont francs-maçons.

Comment cela s'est-il fait ? Tout simplement parce que ces sénateurs et ces députés francs-maçons se sont bien gardés de révéler aux électeurs leur qualité ma- çonnique. Parce que, d'autre part, dans notre pays complètement désorganisé au point de vue social et politique, les dits sénateurs et députés ont bénéficié de l'appui de la seule organisation politique et sociale existante : la Maçonnerie. Parce qu'enfin celle-ci, sans qu'on s'en doute, a su se contraindre à un tra- vail préparatoire de très longue durée, que nous mon- trerons par la suite et auquel personne n'a pu s'op- poser en raison du secret et du mensonge derrière lesquels il était abrité.

Ce nombre de quatre cent cinquante sénateurs et

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députés francs-maçons, sans compter les maçonni- sants, est d'autant plus disproportionné que la Franc- Maçonnerie française compte à peine trente mille mem- bres, tant en France qu'aux colonies.

Une pareille situation est tellement invraisembla- ble qu'il faut dire sur quoi nous nous appuyons pour l'affirmer.

A mesure que, depuis une vingtaine d'années, des documents maçonniques sont tombés entre les mains de certains adversaires de la Maçonnerie, ceux-ci ont recueilli les noms des francs-maçons qu'ils y trou- vaient. Ils sont ainsi parvenus, à la longue, à former des listes qu'ils ont eu soin d'authentiquer, autant que faire se pouvait, en notant, pour chaque nom, le document maçonnique sur lequel ils l'avaient sur- pris.

On ne saurait se figurer de quel esprit de laborieuse persévérance doivent être doués ceux qui s'adonnent à un pareil travail, et pour n'arriver, malgré les plus constants et les plus louables efforts, qu'à des résul- tats fort incomplets.

Il faut savoir qu'ils se heurtent à d'énormes diffi- cultés, dont quelques-unes leur étaient même incon- nues au moment ils ont entrepris la tâche qu'ils se sont donnée.

Ils ont eu tout d'abord à compter avec les ruses employées par les francs-maçons pour échapper à toutes les investigations. Les enfants de la Veuve ne veulent pas qu'on sache qu'ils le sont. On en a vu qui allaient jusqu'à se faire inscrire sous de faux noms dans leur loge. D'autre part, les documents

à

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maçonniques qui circulent et qu'on peut collectionner sont relativement peu nombreux, et ils contiennent toujours très peu de noms. 11 en est ainsi tout par- ticulièrement depuis quelques années, certaines loges ayant résolu, par mesure de prudence, de remplacer les noms propres par de simples initiales. De plus, les mêmes noms se représentent fréquemment, parce qu'en Maçonnerie comme ailleurs, ce sont toujours les mêmes hommes qui se mettent en avant. Il est donc nécessaire de rassembler un nombre considérable de documents pour recueillir seulement quelques cen- taines de noms. Il faut ajouter que sur ces documents ne figurent jamais les noms de l'immense majorité des francs-maçons. J'ai été particulièrement bien placé pour le constater lorsque j'étais secrétaire de loge et de chapitre. Par ces différentes raisons, j'estime que sur cinq francs-maçons, il y en a trois ou quatre pour échapper aux recherches. Et, parmi ceux-là, il peut s'en trouver dont la situation maçonnique et l'in- fluence soient considérables. En dépit des efforts qui ont été faits, nous ne pouvons donc raisonnablement espérer connaître qu'un franc-maçon sur cinq, à moins que ne se présente quelque circonstance exception- nelle qui nous rende le service que nous a rendu à un autre point de vue l'affaire des fiches.

Si encore on avait une certitude complète au sujet de tous ceux qui sont désignés sur les listes ! Mais c'est impossible, par suite d'une cause d'erreur qui est inconnue de ceux qui n'ont pas vécu dans la Franc-Maçonnerie. Elle résulte de ce qu'un grand nombre de francs-maçons quittent la Franc-Maçon-

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nerie très peu de temps après y être entrés. De mon temps, c'était un va-et-vient continuel. Le flot des sortants équivalait presque au flot des arrivants. Gela tient à ce que beaucoup de profanes sont attirés dans la Franc-Maçonnerie par surprise. On leur a dit le contraire de la vérité. S'ils s'en aperçoivent avant d'avoir été aveuglés par les suggestions, ils s'en vont. D'autres sont dégoûtés, dès le premier contact, par le ridicule des épreuves de l'initiation, et ne rem_ettent jamais une seconde fois les pieds dans les loges. D'au- tres encore ne trouvent pas près de leurs frères l'appui commercial qu'ils espéraient. Pour ces raisons et pour bien d'autres, un grand nombre de francs-maçons ne font que passer par les loges et deviennent les adversaires de la Maçonnerie précisément parce que l'initiation leur a permis d'apercevoir quelques-uns des caractères répulsifs de cette association. Les noms de tous ceux-là n'en .ont pas moins figuré sur les plan- ches de convocation, le jour ils étaient invités à subir les épreuves de l'initiation. Comme ces planches sont précisément les documents qu'on peut se procurer le plus facilement, comme d'autre part il faut plu- sieurs années pour collectionner un nombre de noms permettant la publication d'une liste, il arrive qu'au moment de cette publication plus de la moitié des francs-maçons dont les noms y sont relevés ne font plus partie de la Maçonnerie depuis longtemps, et sont même devenus ses ennemis. C'est ainsi que sur dix mille noms que contenait la première des publica- tions de ce genre : Le Tout-Paris Maçonnique^ il n'y en avait peut-être pas cinq mille à retenir.

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On ne doit donc attribuer qu'une valeur très rela- tive aux listes générales de francs-maçons qui ont été répandues jusqu'ici dans le public.

Il n'en est pas de même lorsqu'il s'agit des listes de politiciens, de sénateurs et de députés francs- maçons.

Ceux-ci, en effet, ne doivent leur élévation qu'à la Maçonnerie. Ils ne pourraient donc quitter les loges sans risquer de retomber dans l'obscurité d'où ils ont été tirés par elle. On comprend qu'ils s'en gardent bien. Une fois qu'ils y sont, ils y restent, bon gré mal gré. On peut se rappeler qu'il a fallu le dégoût universel provoqué par l'affaire des fiches pour que deux ou trois députés francs-maçons, pas davantage, osassent protester publiquement. Gela en dit long sur la solidité des liens par lesquels sont tenus les politiciens francs-maçons. Et encore, à l'heure nous écrivons, il n'est pas certain que ces deux ou trois n'aient pas cherché depuis longtemps déjà à rentrer dans le giron de la Veuve, sans que nous le sachions. D'autre part, comme les francs-maçons politiciens s'agitent généralement beaucoup dans les loges pour attirer l'attention de leurs frères, à moins que leur situation personnelle dans leur circonscrip- tion ne leur évite cette obligation, leurs noms se trou- vent sur les documents plus souvent que d'autres.

A cause de cela, il y a de grandes chances pour que ceux dont les noms sont inscrits sur les listes de sé- nateurs et députés francs-maçons aient tous, ou à peu près tous, la qualité maçonnique. Aussi les réclama- tions à cet égard sont-elles très peu fréquentes.

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Mais, en revanche, tous les francs-maçons qui sont sénateurs et députés figurent-ils sur ces listes? Evi- demment non. Il y en a toujours un certain nombre qui échappent. Combien? Il est impossible de le dire avec certitude. On ne peut que conjecturer. Alors que les listes générales ne nous donnent qu'un cinquième ou un sixième du nombre total des francs-maçons, et sont en outre faussées par la cause d'erreur signa- lée plus haut, j'estime que les listes de sénateurs et députés francs-maçons doivent nous faire connaître à peu près les trois quarts de la réalité. Les dernières parues indiquaient environ trois cents sénateurs et députés francs-maçons. Il s'agissait de la précédente législature. Nous devons admettre qu'une centaine de noms manquaient sur ces listes, et qu'il y avait par conséquent, au moment elles ont paru, envi- ron quatre cents sénateurs et députés francs-maçons. La situation a certainement empiré aux élections de 1906.

J'ai rappelé dans l'extrait de mon premier ouvrage, cité au début de cette étude, qu'en 1892, un journal alors dévoué à la Franc-Maçonnerie, Le XIX^ Siècle, avait publié une liste des députés francs-maçons d'a- lors (les députés seulement) beaucoup moins nom- breux que ceux d'aujourd'hui. Il en donnait cent vingt-sept ; et trois réclamations seulement lui furent adressées. En étudiant sa liste, je constatai qu'il y manquait une dizaine de députés que j'avais ren- contrés dans les loges et que je savais pertinemment être francs-maçons! Dix oubliés sur cent vingt-quatre, c'était beaucoup, surtout si l'on considère que je con-

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naissais relativement peu de députés francs-maçons de la province, et que, par conséquent, à côté des omissions que j'étais à même de constater, il y en avait beaucoup qui devaient m'échapper.

Les journaux maçonniques d'aujourd'hui sont muets sur le nombre de sénateurs et députés francs- maçons. La Maçonnerie se garde, on le comprend, de les documenter. Si elle le faisait, on peut être sûr qu'elle les induirait en erreur.

On ne peut donc avoir recours qu'aux nomencla- tures fournies par les adversaires de la Franc-Maçon- nerie.

C'est déjà beaucoup que d'être assuré que leurs listes de sénateurs et députés francs-maçons ne pè- chent guère par erreur, mais seulement par omission. Or, ce point est acquis, grâce à la simultanéité de ces trois circonstances : Qu'elles s'appuyent sur des documents et que, par conséquent, sauf de très rares exceptions, ceux qu'elles désignent ont bien, à un mo- ment quelconque, appartenu à la Franc-Maçonnerie; 2^ Qu'une fois dans cette association, il est bien rare qu'un politicien en sorte (nous comprendrons pour- quoi dans quelques instants); Et que les dites listes ont généralement provoqué fort peu de réclamations.

C'est en nous basant sur toutes ces considérations que nous ne craignons pas d'affirmer que le Parlement actuel. Sénat et Chambre, ne contient pas moins de quatre cent cinquante francs-maçons.

Le F.-. Colfavru, qui fut président du Conseil de l'Ordre, disait à la fm de sa vie, dans une réunion ma- çonnique : « Nous sommes deux cents francs-maçons

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à la Chambre. » Il ne parlait pas du Sénat. Or, depuis ce temps-là, le nombre des députés francs-maçons a augmenté. Celui des sénateurs aussi. La conclusion est facile à tirer.

Voici des années que, pour ma part, et par les rai- sons que je viens d'exposer, j'affirme le nombre de quatre cents et peut-être quatre cent cinquante dé- putés et sénateurs francs-maçons. La Franc-Maçon- nerie ne le discute pas. C'est un fait.

Que le lecteur veuille bien excuser la longueur de ces explications. Elles étaient nécessaires. Puisque nous nous servons de chiffres comme base de démons- tration de la domination maçonnique en France, il faut que soit faite, autant qu'elle peut l'être, la véri- fication de ces chiffres.

D'ailleurs, la proportion dans laquelle nous croyons devoir majorer les listes connues de sénateurs et dé- putés francs-maçons serait-elle exagérée que notre thèse ne se trouverait nullement infirmée. Pour s'en convaincre, il suffit de réfléchir qu'eu égard au si petit nombre des francs-maçons français, trente mille à peine, il ne devrait pas se trouver trois francs-maçons au Parlement, Chambre et Sénat réunis. Fallût-il donc s'en tenir au chiffre de trois cents donné par les listes, qu'il y aurait toujours de la part de l'associa- tion maçonnique une formidable inégalité entre les francs-maçons et ceux qui ne le sont pas, une véri- table absorption du pouvoir politique au profit de la Maçonnerie et au détriment de la masse de la nation.

On se rendrait sans doute mieux compte de ce que cette situation présente d'inadmissible si l'on se figu-

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rait, au lieu du bloc maçonnique ainsi constitué au Parlement, un autre bloc, celui qui serait formé par quatre cent cinquante congréganistes. On reconnaî- trait certainement alors que la République appartien- drait en fait à la congrégation qui serait aussi for- midablement représentée ; et on aurait grandement raison.

De même, si quatre cent cinquante de nos séna- teurs et députés étaient Anglais, il n'y aurait point d'illusions à se faire : la République française serait bel et bien aux mains de l'Angleterre.

Puisqu'au lieu de quatre cent cinquante sénateurs et députés anglais ou membres d'une congrégation, il y a dans notre Parlement plus de quatre cent cin- quante sénateurs et députés francs-maçons, il faut conclure, sous peine d'illogisme, que la République française est aux mains de la Franc-Maçonnerie.

OBJECTION FAITE PAR LES FRANCS-MAÇONS.

SA RÉFUTATION.

LES SÉNATEURS DÉPUTÉS ET MINISTRES FRANCS-MAÇONS

NE SONT PAS LIBRES. ILS SONT OBLIGÉS d'oBÉIR A LA FRANC-MAÇONNERIE.

Les cas ne sont pas les mêmes, objectent les francs-maçons. Des Anglais qui seraient membres de notre Parlement obéiraient à leur sentiment an- glais et, par suite, aux ordres qui leur viendraient d'Angleterre. Les sénateurs et députés qui appartien- draient à une congrégation seraient, de leur côté,

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soumis à la discipline intérieure de leur ordre et aux engagements qu'on leur aurait fait prendre. Rien de pareil pour les francs-maçons sénateurs et députés. Vous prétendez qu'ils sont astreints à une discipline : c'est contraire à la réalité des faits. Les sénateurs et députés francs-maçons sont parfaitement indépen- dants. Ils n'ont pris d'engagements vis-à-vis de per- sonne autre que leurs électeurs. Ils n'ont pas de chefs, car il n'y a pas de chefs dans la Franc-Maçonnerie, cette association étant essentiellement fraternelle et égalitaire.

Autant d'affirmations fausses. En voici quelques preuves.

On sait quelaloi de séparation des Eglises et del'Etat fut étudiée dans les loges pendant plus de vingt ans.

Dès 1891, les francs-maçons Dide et Hubbard inter- pellaient le gouvernement, l'un au Sénat, l'autre à la Chambre, sur les rapports des Eglises et de l'Etat. Au lendemain de ces interpellations, plusieurs journaux publièrent la note suivante :

(( Sur l'initiative du Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France, tous les députés francs-maçons avaient été convoqués hier soir rue Cadet.

« Bien que le secret le plus absolu ait été recom- mandé, nous avons pu recueillir cependant quel- ques échos de la séance.

« Il s'agissait d'examiner la ligne de conduite à tenir par les membres du Parlement -appartenant à l'Ordre, en présence des agissements du clergé et de l'attitude prise par le gouvernement au cours des in- terpellations Hubbard et Dide. »

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Les francs-maçons députés sont donc, d'après cette note, convoqués par l'autorité maçonnique : en la circonstance, le Conseil de l'Ordre.

Informations journalistiques, objectera-t-on, qui 5ont dépourvues de toute authenticité et par consé- quent sans importance.

Soit. Mais alors voici autre chose.

En juin 1895, le Bulletin du Grand Orient^ publica- tion maçonnique officielle, rendait compte d'une réu- nion qui avait eu lieu au siège de la fédération, 16, rue Cadet. L'article avait pour titre : Les francs- maçons du Parlement au Grand-Orient de France. Voici quel en était le texte :

« Pour obéir aux prescriptions de la dernière assem- blée générale (le Couvent), le Conseil a réuni le mois dernier, au Grand Orient, les sénateurs et députés appartenant à l'Ordre. Cette réunion a donné les meilleurs résultats. Un nombre très important de nos frères du Parlement étaient sur les colonnes... Les noms des quelques frères qui, convoqués, ne sont pas venus et ne se sont pas excusés seront envoyés à leurs loges ainsi que l'a promis le Conseil... Le secret maçonnique a été respecté et aucune indiscrétion n'a été commise. «

Il ne s'agit plus ici d'informations journalistiques, puisque les lignes ci-dessus sont extraites du Bulletin Officiel des travaux du Grand Orient. D'après ce li- bellé, dès 1895, le Conseil de l'Ordre convoquait les sénateurs et députés francs-maçons en secret, c'est- à-dire derrière le dos du peuple soi-disant souverain ; et cela se faisait, nous est-il dit dans le document

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ci-dessus, conformément à certaines « prescriptions », celles du Gonvent.

C'est qu'en effet, depuis quelques années, les Cou- vents s'étaient occupés de préparer les conditions de l'organisation grâce à laquelle l'autorité maçonnique pourrait être substituée, vis-à-vis des députés francs- maçons, à l'autorité nationale. Voici quelques docu- ments qui nous donnent la preuve de cet attentat contre la souveraineté de la nation.

En octobre 1887, le F.-. Blanc, Vénérable de la loge Le Progrès^ de Troyes, disait dans un discours qui fut imprimé pour les loges :

« Vous reconnaissez avec moi, mes frères, la né- cessité pour la Franc-Maçonnerie de devenir une vaste et puissante société politique et sociale, ayant une influence décisive sur les résolutions du gouvernement de la République. )>

En 1888, le F.-. Blatin, député, fait la déclaration suivante :

« Nous avons organisé dans le sein du Parlement un véritable syndicat de francs-maçons, et il m'est arrivé, non pas dix fois, mais cent fois à moi-même d'obtenir des interventions véritablement efficaces auprès des pouvoirs publics. »

En 1890, le F.-. Fernand Maurice constate que la Maçonnerie ne donne pas le plein de ses forces, qu'elle n'a pas sur la politique de la France l'action qui, d'après lui, devrait lui être dévolue, qui lui appartient. Il s'écrie :

« Hier, on disait : Mais la Chambre n'est pas ma- çonne. Mes frères, il n'y a pas d'accusation plus ter-

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ible à faire contre la Chambre que de dire qu'elle l'est pas maçonne. Il ne devrait rien se produire en France sans qu'on y trouve l'action cachée de la Franc-Maçonnerie...Si la Maçonnerie veut s'organiser, ion pas sur le terrain des théories, mais sur le terrain ntellectuel qui nous préoccupe, je dis que, dans dix ans l'ici, la Maçonnerie aura emporté le morceau et que lersonne ne bougera plus en France -en dehors de

lOUS. ))

En 1891, le Couvent s'occupa de l'organisation lont parlait le F.'. Fernand Faure. La délibération jui eut lieu à cet effet fut sanctionnée par le vœu sui- vant qui est inscrit au compte rendu officiel :

« Une commission sera nommée à l'effet de re- chercher le moyen de mettre la Fédération du Grand 3rient de France en toute puissance d'influence et faction sur la vie politique et sociale du pays. » Voilà les expressions dont la précision ne laisse rien à dé- lirer.

La même assemblée demande aux membres du Par- ement d'exercer une action permanente et active >ur les ministres et les directeurs dans les ministères )our que les nominations et l'avancement soient •éservés aux seuls « républicains ». Il est bien entendu jue, de même que le mot clérical est employé pour iatholique dans certaines circonstances, le mot ré- )ublicain veut dire ici franc-maçon, ou agréé par les Tancs-maçons.

La même assemblée fait mieux.

Elle invite le Conseil de l'Ordre :

«... A convoquer à l'hôtel du Grand Orient, chaque

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fois qu'il lui paraîtra nécessaire tous les membres du Parlement qui appartiennent à l'Ordre, afin de leur communiquer les vœux exprimés par la généralité des maçons, ainsi que l'orientation politique de la Fé- dération. Le Conseil de l'Ordre dirigera les travaux. »

C'est bien l'organisation de la sujétion des dé- putés et sénateurs francs-maçons et, par eux, de toute la représentation nationale.

Et pour que cette sujétion soit bien marquée, la résolution votée au Convent de 1891 porte ces mots : « Le Conseil de l'Ordre dirigera les travaux. » Le Conseil de l'Ordre, et non pas tel ou tel chef de groupe parlementaire.

La sanction est même prévue vis-à-vis de ceux qui pourraient résister. Car le compte rendu officiel du Convent de 1891 continue ainsi :

(( Après chaque réunion, le Bulletin publiera (pour la Maçonnerie) la liste de ceux qui se sont rendus à la convocation du Conseil de l'Ordre, celle de ceux qui se seront excusés et celle de ceux qui auront laissé l'invitation sans réponse. » {Bulletin du G.\ O.-., août-septembre 1901, p. 470.)

MOYENS DE COERCITION À

DONT DISPOSE LA FRANC-MAÇONNERIE POUR ^

MAINTENIR LES DEPUTES, SENATEURS ET MINISTRES

FRANCS-MAÇONS

DANS LA DISCIPLINE MAÇONNIQUE.

iS

Il faut comprendre le moyen de coercition que contient ce dernier membre de phrase: «Le Bulletin

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publiera la liste de ceux qui auront laissé Vinvitation sans réponse. » Gela nous est expliqué par d'autres documents, dont voici quelques-uns. Ils nous mon- treront les loges et le Conseil de l'Ordre s'ingéniant à trouver les moyens de maintenir les députés et séna- teurs francs-maçons dans la discipline maçonnique.

En 1891, la loge La Clémente Amitié écrivait au Conseil de l'Ordre pour le prier de :• Demander le motif de certains de leurs votes à des députés francs- maçons ; Réclamer l'explication de leur conduite aux francs-maçons qui ont voté au Couvent exac- tement le contraire de ce qu'ils avaient voté dans les assemblées départementales, ou qui se sont absentés pour ne pas se prononcer ; 3*^ Dénoncer la conduite de ces francs-maçons aux ateliers de la France^ et 4^ Inviter ceux-ci à s'associer à lui afin d'arriver à ce que le Conseil de VOrdre « exerce son action discipli- naire sur les francs-maçons dans toutes leurs mani- festations )).

On voit que la loge La Clémente Amitié n'oubliait rien. Elle n'admettait pas les ruses, les absences di- plomatiques auxquelles certains frères avaient re- cours pour échapper à « l'action disciplinaire » qu'on prétendait exercer sur eux, « dans toutes leurs mani- festations », politiques ou autres.

D'autre part, le F.*. Mamelle disait, le 2 octobre de la même année :

« Il faudrait appeler les membres du Parlement qui sont francs-maçons et les mettre au pied du mur en les tenant par leur propre intérêt. «

Les mettre au pied du mur en les tenant par leur

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intérêt ! Tel est le secret de l'action disciplinaire exer- cée par la Franc-Maçonnerie sur les sénateurs, dé- putés et ministres francs-maçons. Gela en dit long sur la noblesse des procédés et des caractères qu'on rencontre dans les loges et nous explique peut-être aussi l'avilissement de notre époque. Etant partout maîtresse, la Franc-Maçonnerie peut, en effet, trans- porter de pareilles méthodes partout.

Le Conseil de l'Ordre suivit la voie indiquée. Car en 1903, nous surprenons une circulaire dans laquelle il enseigne à ses adhérents comment on pourra mettre les ministres, sénateurs et députés francs-maçons « au pied du mur » :

(( C'est aux loges, écrit-il, qu'il appartient de rap-' peler à leurs membres, aux frères qui viendront par la suite s'asseoir sur leurs colonnes, ou aux nou- veaux initiés, les devoirs qui leur incombent par suite des fonctions électives qu'ils pourront remplir. »

Il y avait, d'ailleurs, bien longtemps que ces idées avaient cours dans la Maçonnerie; et il ne s'agissait, en' 1891, que de procéder à une organisation tendant à les' faire passer dans la pratique. Car, dès 1884, le garant d'amitié du Grand Orient auprès du Suprême Con- tseil adressait des menaces ou des sommations dégui- sées à « ceux de nos frères, disait-il, que notre con- fiance parfois naïve a placés à la tête des affaires de, la République ». Il ajoutait :

« Nous devons rappeler à ceux qui les oublient leurs^ serments de solidarité, juger maçonniquement ceux qui, arrivés par nous, et qui, sans la Maçonnerie, ne se-

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raient rien, oublient ou dénigrent VAlma Mater et t'iifin prouver par V intervention active des autorités maçonniques auprès de ceux de nos frères à qui nous a^'ons donné autorité sur le monde profane..., etc. » (Chaîne d'Union, 1885.)

« Juger maçonniquement... » Et, en effet, le F.*. Morinaud, député algérien, qui se permit d'avoir une 1 politique autre que celle de la congrégation maçon- nique, fut, ainsi que nous le verrons plus tard, jugé maçonniquement. A la suite de son jugement, il fut condamné à cinq ans d'exclusion de la Maçonnerie. Et comme conséquence de cette condamnation, il fut privé de son mandat de député, grâce à l'opposition que fit la Maçonnerie à sa candidature.

La mainmise de la congrégation maçonnique sur les législateurs que nous envoyons aux chambres et que nous payons ne date donc pas d'hier. Elle a été voulue, préméditée depuis de longues années. Elle a été organisée définitivement en 1891. Le Couvent convoque ceux de nos sénateurs et députés qui sont francs-maçons, ad audiendum verhum, comme le dit le député de Paris, Prache, dans son Rapport sur la Pétition contre la Franc- Maçonnerie. Il publie, pour le monde maçonnique, la liste de ceux qui ne se ren- dent pas à « l'invitation ». Les loges .savent, grâce à cette publication, quels sont ceux contre lesquels elles doivent marcher pendant les périodes électorales. Et, comme c'est de la seule Maçonnerie que ceux-ci ont reçu « autorité sur le monde profane », comme « ils ne seraient rien sans elle », comme, ainsi qu'il est écrit dans d'autres documents, k elle les a tirés du néant »

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ils retomberaient immédiatement s'ils étaient pri- vés de son appui, comme elle les « met au pied du mur », comme elle « les tient par leur propre intérêt », ils sont bien obligés de faire leur soumission et de marcher comme elle le veut, sous peine d'être dé- posés par elle.

On peut compter ceux qui ont osé résister et qui, grâce à leur situation personnelle, n'ont pas été bri- sés. On n'en trouverait pas une demi-douzaine tant à la Chambre qu'au Sénat. Et encore convient-il de remarquer que, s'ils sont parvenus à conserver leur mandat, ils ont perdu toute puissance. La Maçonnerie a même profité de leur insoumission, en ce sens qu'ins- truite par l'expérience, elle a soin mxaintenant de choisir comme candidats, autant qu'elle le peut, des gens tarés. Plus ils le sont, plus elle les tient. Par s'explique que notre monde politique soit à la hau- teur où nous le voyons.

Donc, il n'y a aucun doute. Les francs-maçons nous en content lorsqu'ils prétendent que ceux d'entre eux qui sont députés ou sénateurs ou ministres sont in- dépendants, qu'ils n'ont pas de chefs, qu'ils n'ont pris d'engagements vis-à-vis de personne autre que leurs électeurs.

Ils ont des chefs, puisqu'on les convoque et qu'ils sont obligés de se rendre aux convocations ; puisque la Maçonnerie pourrait les replonger dans le néant d'où elle les a tirés ; puisqu'elle les met au pied du mur en les tenant par leur propre intérêt.

Ils ne sont pas indépendants, puisque le Bulletin du Grand Orient de 1893, page 506, contient cette

(

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phrase : « Nous sommes obligés de nous soumettre à une discipline volontairement consentie par la- quelle, lorsque, les uns et les autres, nous recevons l'initiation, nous faisons abandon d'un certain nom- bre de nos droits et de notre initiative indiçiduelle au point de vue des choses qui touchent à la Maçonnerie. » Ils ont pris des engagements vis-à-vis d'autres que leurs électeurs, puisqu'on leur rappelle '( leurs ser- ments de fidélité ».

LE DROIT d'immixtion DE LA MAÇONNERIE

DANS LA POLITIQUE

AFFIRMÉ PAR UN DOCUMENT DU GRAND ORIENT DE

BELGIQUE.

La doctrine maçonnique qui est révélée par les extraits que nous venons de publier est bien dans l'es- prit de la secte. On ne peut même pas dire qu'elle ait été inventée pour les besoins de la politique maçon- nique en France. Elle date de beaucoup plus haut et elle est pratiquée dans d'autres pays.

Nous avons, en effet, sous les yeux, un arrêté pris par le Grand Orient de Belgique du l^^m.-. de l'an de la N.-. L.-. 5856 (l^r mars 1856). Il porte le 703 d'annotation et il prouve que la discipline exercée par la Franc-Maçonnerie sur ceux de ses membres qui sont entrés dans la vie publique, discipline si obstinément niée par eux, est un fait déclaré par les plus hautes autorités maçonniques d'il y a un demi- siècle.

Le Grand Orient de Belgique avait à répondre à la

132 question suivante qui lui avait été posée par une loge :

« Un atelier a-t-il le droit de demander à un de ses membres, entré dans la vie politique, des explications sur les actes de sa vie politique?»

Et le Grand Orient de Belgique, après avoir dé- claré « qu'il importe au bien-être de l'Ordre (c'est-à- dire de la Maçonnerie) de ne laisser subsister aucun doute sur une question aussi importante », et s'ap- puyant sur les décisions du Gr.-. Comité, déclare :

« Que non seulement les loges ont le droit, mais le devoir de surveiller les actes de la vie publique de ceux de leurs membres qu'elles ont fait entrer dans les fonc- tions politiques, le devoir de demander des explications.,., le devoir d'accepter ces explications avec bienveil- lance lorsqu'elles sont satisfaisantes, de réprimxr si elles laissent à désirer, et môme de retrancher du corps maçonnique les membres qui ont manqué sé- rieusement et volontairement aux devoirs que leur ([ualité de maçon leur impose, surtout dans leur vie publique. »

« La Maçonnerie, ajoute le Grand Orient de Bel- gique, doit tenir les yeux ouverts sur ses soldats... pour applaudir les forts, encourager les faibles, flé- trir et condamner les lâches et les déserteurs. Sans cette action, exercée par la Mac. sur ses membres livrés à la vie publique, le travail maç.-. serait stérile, le dévouement de nos frères une duperie, et nos espé- rances en l'avenir ne seraient que des chimères. »

En conséquence, le Grand Orient conclut « qu'il faut être sévère et inexorable envers ceux qui, rebelles

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aux avertissements, poussent la félonie jusqu'à appuyer, dans la vie politique, des actes que la Mac.*, combat de toutes ses forces, comme contraires à ses principes, sur lesquels il ne peut être permis de tran- siger. »

Des déclarations si précises ne peuvent laisser sub- sister aucun doute sur le fait de la discipline exercée par la Maçonnerie sur la politique de ceux de ses membres qui sont devenus députés, sénateurs et même chefs d'Etat.

LA FRANC-MAÇONNERIE

INCITE LES CANDIDATS FRANCS-MAÇONS A TROMPER

LES ÉLECTEURS

DONT ILS SOLLICITENT LES SUFFRAGES.

La Maçonnerie a tellement conscience de ce qu'elle appelle son droit à cet égard qu'elle traite les élec- teurs comme une valetaille à laquelle les candidats francs-maçons ne doivent d'égards que juste ce qu'il faut pour s'assurer leurs bulletins de vote. Elle en- gage, en effet, ses candidats à tromper au besoin les électeurs dont ils sollicitent les suffrages. Cela résulte d'une délibération du Couvent de 1897.

On discutait dans l'une des séances de ce Couvent sur les engagements écrits que la Maçonnerie exigeait des candidats qui invoquaient son appui. Certains frères, dans le désir de se soustraire à cette obligation, faisaient valoir qu'elle pourrait créer certains obsta- cles à l'élection des candidats francs-maçons. On leur répondit en leur faisant entendre qu'ils n'étaient nul-

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lement obligés de faire connaître les dits engagements au corps électoral. Donc, aux yeux de la Franc-Ma- çonnerie, les électeurs ne comptent pas. Les candidats francs-maçons se moquent cyniquement d'eux.

Voici un extrait du compte rendu de cette délibéra- tion.

Le F.-. Guillemot :

« En 1887, nous soutenions, dans le département de la Haute-Garonne, la candidature d'un de nos frères qui a siégé au Conseil de l'Ordre, le F.*. Cal- vinhac... Qu'avons-nous demandé à Galvinhac? D'af- ficher, sur tous les murs de la Haute-Garonne, une déclaration, un programme, une profession de foi dé- mocratique, socialiste, comme elle était dans son cœur ? Assurément non !

« Oui, aa sein des loges^ exigeons du candidat qu'il signe d'abord la déclaration philosophique du Conseil de l'Ordre, demandons-lui qu'il signe le programme minimum que vous aurez élaboré, mais ne lui de- mandons pas davantage... S'il manquait de parole, nous aurions toujours le temps de lui infliger la flé- trissure qu'il mériterait... »

Le F.-. Souchet parlait un peu plus clairement, bien que le sujet fût réellement dangereux en cas d'in- discrétion :

« J'ai dit, expliquait-il, que le candidat franc- maçon devait s'engager, non par affiches sur les murs d'une commune ou d'une circonscription, mais s'enga- ger çis-à-çis de sa loge. Nous ne demandons rien qui puisse compromettre les candidatures des maçons que les lo^es voudront soutenir. »

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Et le Convent tout entier prenait la honteuse res- ponsabilité d'encourager la fraude électorale en adop- tant la résolution suivante :

« Le Convent de 1897 demande que tous les can- didats aux élections prochaines se réclamant de l'ap- pui de la F. -.-M.-, remettent au Vénérable de leur loge qui la transmettra au Conseil de l'Ordre, une déclaration signée de leurs principes philosophiques et de leurs principes politiques, qui devront être : les premiers, en conformité avec la déclaration récente du Conseil de l'Ordre ; les seconds, au moins confor- mes au programme politique minimum du Congrès des loges parisiennes.

« U affichage de cette déclaration ne pourra être exi- gée d'aucun candidat. » {Convent 1897, pp. 232, 236, 237.)

En langage ordinaire, cela signifie que la Maçon- nerie entend diriger les députés et sénateurs nommés et payés par les électeurs, mais qu'elle ne veut pas que ceux-ci le sachent.

La supercherie est donc complète. Elle est encore aggravée de ce fait que les sénateurs et députés francs- maçons se sont bien gardés de faire savoir aux élec- teurs qu'ils appartiennent à la Franc-Maçonnerie. En cela, comme en tout le reste, ils les ont trompés. Ils ont agi comme auraient fait des congréganistes qui auraient troqué leur soutane contre des habits civils, et qui se seraient présentés aux électeurs en cachant les liens qui continueraient de les attacher à l'autorité directrice de leur congrégation. Le peuple a nommé ces députés et ces sénateurs francs-maçons

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en s'imaginant qu'il nommait des citoyens ordinaires, des hommes libres, tandis qu'en réalité, il nommait des hommes asservis, auxquels la Maçonnerie faisait signer des engagements secrets qu'elle sait les obliger à observer, parce qu'elle « les met au pied du mur en les tenant par leur propre intérêt ».

FRANCE ET FRANC-MAÇONNERIE.

La situation est donc bien plus redoutable que si, au lieu de quatre cent cinquante sénateurs et députés francs-maçons, il y avait au Parlement quatre cent cinquante sénateurs et députés congréganistes. Ceux- ci du moins ne passeraient pas inaperçus. On les re- connaîtrait à leur costume. On pourrait se mettre en défense contre eux. Rien de pareil pour les séna- teurs et députés francs-maçons puisqu'on ne sait pas qu'ils sont initiés, puisqu'ils ont grand soin de ne pas porter dans le monde profane les cordons et les ta- bliers dont ils s'ornent dans les loges. Et même, non seulement rien ne les désigne à la légitime méfiance du public, mais ils s'indignent si, par hasard, quel- qu'un révèle leur qualité maçonnique. On en a vu qui firent condamner par les tribunaux les citoyens qui leur avaient décerne le qualificatif de franc-maçon. De sorte que ce n'est pas assez que les Français soient soumis à la domination des membres de la congréga- tion maçonnique, ils n'ont même pas le droit d'ap- peler ceux-ci par leur vrai nom.

C'est donc bien la Maçonnerie, c'est-à-dire la per- sonnalité secrète, politique et internationale connue

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sous ce nom, qui est parvenue à conquérir à peu près la moitié des sièges législatifs. Et comme elle ne se compose que de trente mille membres, il se trouve que dans notre République soi-disant démocratique, ce petit groupe de trente mille privilégiés possède une représentation numériquement égale à celle qu'ont tous les autres Français réunis.

Rien qu'en raisonnant sur les chiffres, on est donc obligé de constater qu'au lieu d'une France maîtresse chez elle, il y a actuellement dans notre République deux puissances égales par le nombre de leurs repré- sentants au Parlement : la France et la Franc-Ma- çonnerie. Mais ce langage des chiffres, si éloquent qu'il soit par lui-même, ne donne pas encore une idée exacte de la situation.

En effet, comme les sénateurs et députés non francs- maçons tiennent compte de la volonté de leurs élec- teurs, laquelle est forcément diffuse ; comme au con- traire les sénateurs et députés francs-maçons sont contraints à tromper leurs électeurs, si c'est nécessaire, pour ne tenir compte que de la volonté invisible qui discipline et coordonne leurs eiïorts à son gré, il s'en- suit que la représentation de la Maçonnerie est bien plus cohérente et par conséquent bien plus puissante, à nombre égal, que celle de la France. C'est ce qui explique que, depuis vingt ans, le Parlement, suc- cursale du Couvent, ait donné force de loi à tous les vœux exprimés par la Maçonnerie. J'ai fait person- nellement la preuve de cela cent fois dans mes écrits, et bien d'autres l'ont faite comme moi. Les documents surabondent là-dessus. Il n'y a donc plus à ergoter :

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la souveraineté législative de la nation n'est plus qu'un mot. Elle est remplacée par la souveraineté législative maçonnique.

Ce n'est pas tout. Si l'on considère que la Franc- Maçonnerie prescrit à ses adeptes de se prêter aide et assistance en toute circonstance, on comprendra que les francs-maçons qui sont arrivés au Parlement doi- vent faire la courte échelle à ceux qui n'y sont pas. Ceux d'entre eux qui sont ministres se mettent aux ordres de ceux qui sont sénateurs et députés, au lieu de se tenir aux ordres de tous les sénateurs et dépu- tés français. Les règlements maçonniques le veulent. C'est écrit. « Le Franc-maçon doit aide et secours à son frère en toute circonstance. » Puis, tous ensemble, ministres, sénateurs et députés francs-maçons, tou- jours par prescription des règlements maçonniques, unissent leurs efforts pour faire entrer au Sénat, à la Chambre et au Conseil des ministres, un nom^bre tou- jours plus grand de francs-maçons, et ils augmentent toujours ainsi la puissance de la Franc-Maçonnerie. Non seulement cela leur est ordonné ; mais c'est leur intérêt, tout au moins tant qu'il leur restera une place de sénateur ou de député à prendre. C'est ainsi qu'ils en sont arrivés au degré de puissance nous les voyons et qu'ils iront plus loin encore, le public ne s'apercevant d'ailleurs de rien, parce qu'on lui fait croire qu'on favorise « les républicains », et non pas les francs-maçons, dont on a soin de ne pas plus lui parler que s'il n'en avait jamais existé.

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LES AVEUX DES FRANCS-MAÇONS.

Notre démonstration de la toute-paissance de la Franc-Maçonnerie en France est corroborée par les déclarations des francs-maçons eux-mêmes.

En effet, tout en continuant à prétendre qu'ils ne font pas de politique, il leur arrive de ne pouvoir s'em- pêcher de se féliciter lorsqu'ils sont entre eux.

Dès 1894, le F.-. Gadaud déclarait au Couvent, ainsi qu'en témoigne le compte rendu, que « la Franc- Maçonnerie n'est autre chose que la République à couvert, comme la République elle-même n'est autre chose que la Franc-Maçonnerie à découvert )>.

Le F.-. Lucipia qui présidait le Conseil de l'Ordre exprimait la même pensée, en disant :

i( A la tête du Gouvernement, il n'y a, pour ainsi dire que des francs-maçons. Non pas de ces francs- maçons qui, un jour, ayant reçu la lumière, ont oublié ensuite le chemin de nos ateliers, mais des francs- maçons qui sont restés fidèles et dévoués. Aussi, qu'on ne s'y trompe pas, on dit maintenant partout que nous ne sommes pas en République, qu3 nous sommes en Franc-Maçonnerie. Le mot est d'un évêque. Eh bien ! Il aurait raison, cet évêque, si Franc-Maçonne- rie et République n'étaient pas précisément la même chose. »

Enfin, le président de la Grande Loge Symbolique, dans un banquet offert à l'un des membres du Ca- binet, prononçait les paroles suivantes :

« Vous trouverez tout naturel, mes frères, que, par un enchaînement logique, j'englobe dans le même

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toast le gouvernement tout entier. Depuis longtemps vous entendez nos adversaires clamer à tous les échos que la France est dans les mains de la Franc- Maçon- nerie. Ils avaient tort. Aujourd'hui ils peuvent le dire. Avec le F.-. Félix Faure, ils sont aussi de la grande famille, tous les membres du Cabinet, à deux ou trois exceptions près. Oui, nous avons un gouvernement de francs-maçons, et de francs-maçons dignes de ce nom. »

A la fête solsticiale de la loge La Justice, le co- lonel F.-. Sever proposait, la même année, « l'ins- titution d'un parlement maçonnique siégeant en per- manence à côté de l'autre parlement, et prêt à parer à tous les danger? w.

Ce à quoi le F.-. Tinière, membre du. Conseil de l'Ordre, répondait qu'il n'y avait vraiment pas péril en la demeure et que « si le Conseil de l'Ordre venait à disparaitre, il pourrait être remplacé par le Conseil des Ministres ». Et le F.-. Tinière ajoutait : « On pourrait fonder une loge à l'Elysée ; le nombre des maîtres serait suffisant, la Vénérable serait tout indi- qué. ))

Ceux qui persistent à nier la toute-puissance po- litique maçonnique nient donc non seulement contre toute évidence, mais encore contre les aveux sortis de la bouche même des représentants les plus auto- risés de la Franc-Maçonnerie. Est-ce que vraiment leur obstination n'est pas du dernier ridicule?

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LA REPUBLIQUE MAÇONNIQUE.

UNE RÉPUBLIQUE A DEUX ÉTAGES.

LA FRANCE LIVRÉE A LA FRANC-MAÇONNERIE.

Naturellement, des conséquences découlent de la situation que nous venons d'exposer. Celle-ci par exemple : Neuf cents sièges de sénateurs ou députés ne peuvent suffire à satiFfaire l'appétit de trente mille francs-maçons. Mais à côté de ces neuf cents sièges, il y a les hauts emplois administratifs. En vertu du principe de solidarité maçonnique, les ministres, sé- nateurs et députés francs-maçons qui disposent de ces hauts emplois administratifs les attribuent contre tout droit à ceux de leurs frères qui ne sont ni mi- nistres, ni sénateurs, ni députés. Ils se montrent d'au- tant plus généreux dans ces sorte? de distributions, qu'ils se débarrassent ainsi de rivaux possibles au Parlement, sans que cela leur coûte beaucoup. C'est la France qui paye. Eux n'ont que la peine de signer ou de faire signer les nominations, en écartant ceux des citoyens français qui ont des titres, mais qui ne sont pas francs-maçons. Arrive-t-il que, malgré la coalition de toutes les forces maçonniques, un collège électoral vomisse un député franc-maçon ? Vite, ceux de s^es frères qui sont ministres, sénateurs et députés cherchent une compensation pour « cette malheu- reuse victime de la réaction )). C'est ainsi qu'on a vu le F.-. Lucipia nommé directeur d'une maison d'hos- pitalisation, et le F.-. Mesureur mis à la tête de l'Assistance publique, immédiatement après que le suffrage universel eut déclaré n'être pas satisfait de

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leurs services. Nos colonies sont peuplées de francs- maçons besogneux dont on a fait des fonctionnaires- A ce point de vue, elles offrent à nos gouvernants une ressource d'autant plus précieuse que personne m \'oit ce qui s'y passe. Elles sont actuellement trans- formées par eux en refuges hospitaliers tous les invalides politiques des loges sont entretenus aux frais de la nation qui ne F.'en doute même pas et qui paye sans rien savoir. De nos jours, certains députés francs-maçons n'attendent même plus d'avoir été rejetés par le suffrage universel pour solliciter des postes grassement rétribués. Ils prennent les devants. Tels le F.-. Augagneur, le F.-. Mirman, le F.-. Hub- bard, et tant d'autres « prévoyants de l'avenir » du monde politique maçonnique.

Ainsi donc, non seulement la Franc-Maçonnerie dispose d'une part de pouvoir parlementaire numé- riquement égale et, en fait, bien supérieure à celle dont dispose l'ensemble des électeurs français, mais encore elle a introduit autant de ses membres qu'elle l'a pu dans les hauts emplois administratifs. Elle a ainei transformé la République démocratique en une République oligarchique, gouvernée non plus par le peuple français, mais par une véritable caste, la caste maçonnique. Elle en a fait une République à deux étages. Dans cette République, la nation, ayant à subir toutes les charges, à payer tous les impôtb, à accomplir tous les devoirs, sert de support à la Franc- Maçonnerie qui, peu à peu, s'est emparée de tous les droits, de tous les privilèges, de toutes les prébendes, de tous les profits.

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Depuis environ un quart de siècle, il n'est peut-être pas un des ministères qui se sont succédés dans lequel il n'y ait eu une majorité de ministres francs-maçons. Quel fait peut être plus éloquent que celui-là !

Depuis plus de vingt ans, les cultes (que la Ma- çonnerie rêvait de détruire) étaient mis par elle sous l'autorité d'un de ses adeptes, le F.-. Duniay.

La justice a été envahie. Lorsque nous avons un procès avec un franc-maçon, c'est un autre franc- maçon qui tranche le différend. Nous ne savons pas que les deux compères se connaissent ; que, même s'ils ne se connaissent pas, ils s'appellent « mon frère» et qu'ils ont juré de s'entr'aider... Nous ne le savons pas ; mais c'est un fait. Dès lors, quelle garantie avons-DOus?

Dans l'enseignement, la Franc-Maçonnerie a com- mencé par supprimer la concurrence en vertu des lois contre les Congrégations. Et maintenant, c'est le monopole complet qu'elle demande pour elle en le demandant pour l'Etat, puisque c'est elle qui gou- verne.

Nos affaires étrangères lui sont également livrées. Ce n'est plus au service de la politique française qu'est employée notre diplomatie : c'est au service de la politique maçonnique. Un grand nombre d'ou- vrages en ont fourni la preuve, en particulier celui de M. Georges Goyau : L'Idée de Patrie et rHuma- nitarisme^ et celui de M. Max Doumic : Le Secret de la Franc- Maçonnerie.

Autrefois, les ministères de la Guerre et de la Marine, desquels dépend la sécurité nationale, étaient confiés

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à des hommes du métier, à des généraux et à des amiraux. La Franc-Maçonnerie n'a pas voulu per- mettre que ces départements échappassent à sa do- mination. Depuis longtemps elle avait formé le projet de mettre la main sur eux. Elle y avait réussi assez promptement pour ce qui concerne la marine, en pro- fitant de ce que la nation française se préoccupait moins de la défense sar mer que de la défense sur terre. Elle a fini par réaliser son rêve, même en ce qui concerne l'armée, à la tête de laquelle on a vu deux francs-maçons, non pas des généraux, bien qu'il y en ait qui soient initiés, mais des civils qui, en fait de discipline, connaissent bien mieux celle de la Maçonnerie que l'autre. Assouplis à la première par la formation qu'ils ont reçue, il est naturel qu'ils lui assujettissent la seconde. C'est ce que nous les avons vus faire, et c'est ce que voulait le Pouvoir maçonni- que. Inutile, après l'affaire des fiches, d'entrer dans les détails.

Avant les ministères des FF.-. Berteaux et Etienne, la Franc-Maçonnerie avait laissé entrevoir son plan de mainmise sur notre armée. 11 se trouve indiqué dans une brochure qui fut imprimée pour les seuls francs-maçons, mais qui fut surprise par des profanes. Cette brochure a été publiée en partie dans mon jour- nal antimaçonnique La Bastille. Le plan comprenait des étapes successives : Attribution au ministre de la guerre du choix des officiers, autrefois réservé aux Commissions de classement; Organisation d'un sys- tème de renseignements maçonniques permettant au ministre d'écarter les officiers hostiles à la Franc-

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Maçonnerie ; Remplacement des ministres mili- taires par des ministres civils, francs-maçons autant que possible, bien entendu ; Obligation faite au ministre de se reposer pour le choix des officiers et pour la direction des écoles militaires, sur certains collaborateurs occultes désignés par les loges et im- posés par le Grand Orient. Tout cela, nous le répé- tons, a été imprimé. Et les faits sont venus prouver que le plan tracé a été suivi.

La Franc-Maçonnerie tient aussi la présidence de la République, par cela seul qu'elle tient le Sénat et la Chambre des députés qui nomment le président et qui peuvent le mettre dans l'impossibilité d'exer- cer son mandat.

Et enfm pour consolider son pouvoir, comme elle n'a pas assez de francs-maçons pour les emplois inter- médiaires, et comme, d'autre part, elle ne désire nulle- ment augmenter exagérément le nombre de ses initiés, elle a imaginé le système de délation grâce auquel elle partage la nation en deux catégories : celle des Fran- çais qui renient leur liberté et consentent à servir la politique maçonnique, et celle des Français qui veu- lent, au contraire, respecter leur dignité de citoyens et rester indépendants de conscience. Les uns et les autres ont leur fiche, établie par des agents de la Ma- çonnerie et classée dans les tiroirs secrets du secréta- riat général de la rue Cadet. A ceux qui ont « une bonne fiche », c'est-à-dire à ceux qui consentent à s'asservir, on assure l'avancement dans l'armée, dans l'enseignement et dans toutes les administrations. On exclut les autres. Ces faits sont trop universelle-

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ment connus maintenant, pour qu'il soit besoin d'y insister.

La Franc-Maçonnerie règne ainsi despotiquement sur la France. Par ses ministres, par ses sénateurs, par ses députés, par ses préfets, par ses magistrats, par ses hauts fonctionnaires, et par son système de fiches établies sur les rapports des délateurs, elle tient tout.

L'Etat, c'est donc bien elle, ainsi que l'a dit, en plein Couvent, un de ses adhérents les plus cyniques, le F.-. Geyer, haut fonctionnaire des fmances qui, depuis cette déclaration d'une parfaite exactitude, a passé la frontière, après avoir vidé la caisse qui lui avait été confiée, à Lille. Ajoutons que le dit F.-. Geyer avait donné sa mesure antérieurement, à Ver- vins, sa gestion avait laissé des souvenirs tels que toute autre carrière que celle d'un franc-maçon zélé en eût été à tout jamais brisée. Pour cet enfant de la Veuve, c'avait été un titre à l'avancement !

(( L'Etat, c'est nous ! » a déclaré le F.-. Geyer, au Couvent de 1898. Et rien ne saurait résumer la si- tuation politique de la France d'une manière plus pittoresque et plus exacte à la fois que cette formule louis-quatorzièmè dans la bouche d'un franc-maçon voleur. Oui, l'Etat en France, c'est bien la Franc- Maçonnerie. Et qu'on n'aille pas croire que c'est un accident produit par un hasard de la politique et qu'un autre hasard pourra détruire. La Franc-Ma- çonnerie semble si sûre d'elle-même qu'elle prépare, ainsi que nous l'avons dit, l'établissement du mono- pole de l'enseignement au profit de l'Etat, c'est-à-dire à son profit. Pourquoi? Pour préparer l'asservisse-

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ment intellectuel des générations qui suivront la nôtre, pour les émasculer de telle manière qu'elles soient à tout jamais incapables d'échapper à sa do- mination.

La France est donc livrée présentement à la Franc- Maçonnerie, pieds et poings liés. Son avenir va l'être également..., à moins qu'enfin éclairée sur ce qu'elle ignorait, elle ne parvienne, alors qu'il en est encore temps, à se débarrasser de l'oppresseur.

RÉPONSE A UNE OBJECTION.

LA FRANCE NE s'eST PAS DONNEE LIBREMENT.

LA FRANC-MAÇONNERIE A EXTORQUE LE POUVOIR.

Mais la France s'est donnée librement par le suf- frage universel, osent dire quelques-uns. C'est son affaire et c'est son droit. Il faut toujours bien que quelqu'un la gouverne.

Non. La France ne s'est pas donnée librement. Car il y a un fait aussi indiscutable que celui de l'absorp- tion de la République par la Maçonnerie : c'est que cette absorption s'est opérée d'une manière clandes- tine et frauduleuse, à l'insu de la nation, à laquelle les francs-maçons n'ont cessé de répéter qu'elle était souveraine, tout en lui subtilisant sa souveraineté.

La France ne s'est pas donnée à la Franc-Maçon- nerie, puisqu'en élisant des sénateurs et des députés francs-maçons elle ne savait pas qu'elle confiait ses destinées à des citoyens qui avaient prêté serment à une autre puissance qu'à elle-même, et qui, en fait, ne pouvaient se soustraire à la domination de ctlle-ci

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parce qu'elle les tenait par leur intérêt. La vraie faute, le crime inexpiable de touscesélus francs-maçons, ce qui fait d'eux des traîtres vis-à-vis de la France, c'est précisément d'avoir caché qu'en acceptant le mandat de sénateur ou de député ils livraient le pays à la Franc-Maçonnerie, société secrète, société in- connue, dont il se peut que la direction soit anti- française.

Nous devons ajouter que l'exercice du pouvoir est aussi frauduleux et clandestin qu'en a été l'absorption.

On ne cesse de nous dire, en effet, que le régime sous lequel nous vivons est celui d'une République démocratique. En réalité, c'est un mensonge hypo- crite ; car rien n'est plus contraire à un régime dé- mocratique que celui qui nous est imposé.

Sous une République démocratique, le gouverne- ment doit appartenir à la nation, et à elle seule. Ce gouvernement doit être exercé au grand jour, par l'intermédiaire de délégués obéissant uniquement aux citoyens dont ils reçoivent mandat; et cela, pans intervention d'aucune puissance, d'aucune force, d'au- cune association, de quelque nature qu'elle soit. Gou- vernement au grand jour surtout ; c'est la condition sine quâ non d'une République démocratique.

Or, dans la République maçonnique actuelle, ce n'est pas la nation qui se gouverne elle-même ; c'est une association qui gouverne la nation. Cette asso- ciation ne gouverne pas au grand jour, mais en se dissi- mulant. Ses membres se réunissent secrètement. Ils se mettent « à couvert», sous la protection des« frères tuileurs », dans des locaux appelés par eux loges, pour

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y délibérer sur les affaires de l'Etat. Ils préparent les lois qu'ils méditent de nous imposer et qui tendent en particulier à assurer de plus en plus leur domina- tion. Ils portent ensuite ces lois sous forme de pro- jets, à la Chambre et au Sénat, ils se sont introduits en majorité grâce à la fraude que nous avons dite. Ils font semblant d'y délibérer sur elles avec ceux des sénateurs et députés qui ne sont pas francs-maçons. Mais ces délibérations n'ont lieu que pour sauver les apparences, pour tromper le peuple. En réalité, tout est prévu, arrangé à l'avance dans les conciliabules secrets des loges. C'est dans ces conciliabules qu'est le vrai Parlement; et celui-là échappe au contrôle na- tional. Toute la mise en scène politique est pure co- médie. Les discoureurs francs-maçons de la Chambre et du Sénat s'entendent avec les ministres également francs-maçons comme larrons en foire. Les uns votent ce dont ils sont convenus ; les autres exécutent les lois votées. Le peuple regarde faire sans pouvoir com- prendre, sans pouvoir se rendre compte du mensonge dont il est victime.

Nous n'avons pas même l'ombre d'une République démocratique. Nous vivons sous un régime de dicta- ture secrète.

De tout ce que nous venons de dire, les preuves surabondent. Elles sont fournies par les procès-ver- baux officiels des travaux maçonniques. Nous n'avons cité que quelques-uns de ces procès-verbaux ; mais il y en a des centaines, des milliers d'autres qui pour- raient servir à établir que la tractation des affaires publiques françaises a lieu dans les loges et les con-

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vents maçonniques, et que la Chambre et le Sénat ne sont plus que de simples assemblées d'enregistre- ment ; par conséquent que la France est soumise à la tyrannie d'un maître qui n'ose même pas se montrer au peuple, qui préfère lui mentir lâchement et qui s'appelle la Franc-Maçonnerie.

Ces documents sont si nombreux qu'ils remplissent des volumes, et ces volumes ont été écrits. Si la con- viction du lecteur n'est pas faite par la démonstra- tion qui précède, il n'a qu'à lire la Pétition contre la Franc- Maçonnerie du député de Paris, Prache ; la Franc- Maçonnerie et la Question religieuse que j'écri- vais en 1892 et qui est encore d'aujourd'hui, sauf pour ce qui concerne les chiffres, le mal ayant empiré comme je le prédisais ; Le Plan Maçonnique^ de Mi- chel Le François ; les ouvrages de Georges Goyau, Paul Nourrisson, Jean Bidegain ; les brochures de MM. Louis Dasté, Gabriel Soulacroix, l'abbé Tour- mentin, moi-même, et bien d'autres.

Enfm, depuis quelques années, les publications pé- riodiques antimaçonniques : La France chrétienne^ de M. de la Rive ; La Franc- Maçonnerie démasquée^ de l'abbé Tourmentin, et La Bastille, que je dirige, sans compter les journaux d'opposition, en ont recueilli à profusion, au fur et à mesure des nécessités de la discussion quotidienne.

Les preuves sont donc à la portée de tous. Et, puis- qu'il s'agit de la liberté et peut-être de l'existence de la France, nous sommes obligés de dire que traî- tres ou lâches sont ceux qui refusent de regarder l'évidence et d'agir en conséquence.

CHAPITRE IV

L'existence de la Franc-Maçonnerie

ne peut s'expliquer

que par l'existence d'un Pouvoir occulte.

ou LA FRANC-MAÇONNERIE TROUVE-T-ELLE LES ÉLÉMENTS DE SA FORCE?

Après l'étude faite dans les précédents chapitres nous savons avec certitude :

1^ Que la Franc-Maçonnerie est une société se- crète qui s'efforce de nous cacher son but ;

2^ Qu'elle n'y parvient qu'en accumulant men- songes sur mensonges ;

Qu'elle est maîtresse de la France.

C'est en nous appuyant sur ces faits acquis que nous devons raisonner pour découvrir les uns après les autres tous les secrets que nous a si bien dérobés jusqu'ici l'association maçonnique.

Puisque cette association est maîtresse de la France, nous devons conclure qu'elle détient d'indiscutables éléments de force.

Ces éléments lui sont-ils apportés par dos causes extérieures, ou bien sont-ils inhérents à sa nature, à sa constitution, à quelque cause mystérieuse et pro- fonde qui est cachée au fond d'elle?

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Nous sommes conduits à admettre cette seconde manière d'envisager la question par les considéra- tions suivantes.

D'abord la Franc-Maçonnerie est une association bientôt deux fois séculaire; c'est le minimum de du- rée qu'on puisse lui reconnaître.

En effet, en admettant qu'on doive écarter toutes les versions qui circulent sur son antiquité et qui sont, les unes obscures et imprécises, les autres plus ou moins fabuleuses, nous sommes tout au moins abso- lument sûrs d'une chose : c'est que la Franc-Maçon- nerie a paru en France et dans toute l'Europe con- tinentale, sous sa forme actuelle, depuis bientôt deux cents ans. Là-dessus, aucune contestation n'est éle- vée, aucun doute n'est possible. C'est un fait univer- sellement reconnu, que les premières loges françaises ont été fondées de 1720 à 1730 et que, moins de vingt- cinq ans après, une multitude d'autres se sont trou- vées constituées, non seulement en France, mais encore dans toute l'Europe. Donc, s'il y a place pour la discussion en ce qui concerne les époques anté- rieures à 1730, en revanche il y a certitude absolue au sujet de l'existence de la Franc-Maçonnerie actuelle depuis cette époque. On peut même tenir pour cer- tain qu'elle existait bien avant en Angleterre. Mais nous voulons prendre la version la plus défavorable à notre thèse. Ce faisant, nous sommes obligés de re- connaître à la Franc-Maçonnerie une durée de bientôt deux siècles. Encore une fois, c'est un minimum indiscutable et d'ailleurs indiscuté.

D'autre part, il existe des francs-maçonneries con-

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nues dans tous les pays, ou à peu près. Ces Maçon- neries présentent des différences, sans doute. Mais elles offrent toutes aussi des caractères communs qui suffisent à prouver qu'elles sont rattachées entre elles par un lien mystérieux.

C'est d'abord l'obligation au secret. C'est aussi, avec quelques variantes, les cérémonies, les caté- chismes, les légendes, les symboles, les mots sacrés, les signes et attouchements par lesquels les francs- maçons se reconnaissent entre eux. C'est encore les temples, les parures, les objets du culte, peut-on dire. C'est, lorsqu'on regarde de plus près, un esprit de famille reliant tous ces groupes qui, au premier abord, peuvent sembler étrangers les uns aux autres, esprit qui ne se manifeste pas partout de la même manière, mais qui, malgré cela (c'est un fait extrêmement cu- rieux) empêche les ruptures définitives, même alors que certaines maçonneries se jettent dans des voies absolument opposées à celles demeurent les ma- çonneries des autres pays. Enfin, ce qui est très extraordinaire et commun à tous les groupements maçonniques, c'est quelque chose sur quoi nous de- vons réfléchir plus que sur tout le reste, qu'on appelle les grades, et par quoi sont constituées des catégories de francs-maçons qui ont des secrets les uns pour les