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Je mets en tête quelques remarques, destinées à rectifier ou à justifier ce que j'écrivais il y a douze ans. I. DATE DU POÈME NÉERLANDAIS Dans mon premier article, j'avais négligé un fait important qui fixe avec une précision suflSsante la date au-dessous de laquelle on ne saurait faire descendre la version néerlandaise '. Le fait dont il s'agit a été signalé, il y a près de soixante ans, par L. Ph. C. Van den Bergh dans son édition du Roman des Enfants de Limbourg^, Van den Bergh faisait remarquer qu'un vers de I. Dans cet article, j*adopte les mêmes sigles que dans le premier. N désigne le poème néerlandais dans son ensemble ; A les fragments publiés par Jonckbloet en 1844; B ceux publiés par Matthesen 1876 ; C ceux donnés par De Vries, dans Tijdschrift voor NederL TûaU en letterhindCy t. III ; D, le fragment sur Laidoen, publié par M.KaIff dans Middeîtt, epischefragmenteii. 1. Roman van Heinric en Margriete van Limhorchy Leiden, 1846- 1847, I, /«/., p. XXIV. — M. Te Winkel (Geschiedenis der Nederl. Utterkunde, 1,219), a répété cette remarque, mais sans s'en servir pour dater N. Somania, A'A'XiK I 2 G. HUET N {A, II, 213) se retrouvait presque sans changement dans les knfanis de Limhourg (Wl, 433), qu'un mot rare était com- mun aux deux poèmes*. On pourrait ajouter d'autres preuves. Dans les Enfants de Limbourg on trouve jusqu'à trois fois (II, 581; ni, 632 ; Vn, 1817) les vers clichés : Smargens doe die dach ontspranc Entie lewerke sanc... Ces vers se retrouvent dans les Lorrains néerlandais (5. V, 41) et j'ai montré (Rom., XXI, 383, n. 2) qu'ils traduisent un vers des Lorrains français : L'alœ chante si tost com le jour vit. Ici, non seulement il y a ressemblance, mais il est certain que c'est le Roman de Limbourg qui emprunte un cliché que JV, son modèle, avait emprunté au français. En outre, quelques noms propres semblent pris par le Roman de Limbourg dans N. Un vilain personnage s'appelle Fromont (III, 125, 149, 225, 277, etc.; le premier passage porte, par une erreur du scribe, Frombout). Les pays éloignés et plus ou moins fantastiques jouent un grand rôle dans le Roman de Lim- bourg ; le poète peut avoir pris ces noms dans des sources diverses; cependant il est remarquable qu'il soit si souvent ques- tion des Scythes (Syten, VIII, 153), de la Scythie (Sissia, VA, 621), des gens de Basse-Scythie, de Basse-Gothie Çdie Neder- Siteny die Neder-Goteny VIII, 1079) : j'ai montré {Rotn.y XXI, 371) quel grand rôle les Scythes et les Goths jouent dansN*. L'auteur de Litnbourg a donc connu et utilisé N, Heinric, 1 . Van der Bergh signalait un troisième point : une locution (duvels name) est commune aux deux poèmes : mais ceci pourrait être un hasard. 2. Voy. aussi Tarsem, VIII, 919 : ce doit être Tarse, comp. Rom.^ XXI, 395, note I. — On pourrait même se demander si Tautcur du Limbourg ne serait pas également l'auteur de N. Ce dernier était Brabançon, comme Heinric, Tauteur du Roman df Limbourg (cf. Jonckbloet, Geuh. der Ned. Ltttfrk. II, 218, 3e éd.). Mais le vocabulaire des deux ou\Tages diffère : le mot arrabi, employé fréquenmient pour « cheval de guerre » dans iV, ne se retrouve pas dans le Roman de Umbourg : l'auteur avait pourtant l'occa- sion de remployer fréquemment dans ses récits de batailles, et il est vraisem- bable qu'un spécialiste noterait d'autres différences. En outre N est supérieur d Limbourg par le style. LA VERSION utERLANDAISE DES LORRAISS ) l'auteur du roman, a daté son œuvre i\ la fin, dans un passage fortement altéré, mais que Jonckbloet a restitué avec une cer- titude suffisante '. Le Roman de Litnbourg, œuvre de longue haleine, a été composé de 1291 à ijiS ; West donc certainement antérieur à 1291. De combien? Il est difficile de le dire*. Je croyais un moment avoir trouvé une combinaison pour déter- miner la date avant laquelle N, ou plutôt l'original français perdu de N, ne peut avoir été composé, mais cette cofnbinai- son ne me semble plus assez solide pour l'exposer ici en détail. Je me borne à faire remarquer le fait, qui était le point de départ de mes recherches, que Philippe Mousket, analysant Gtrbert de Mès^, ne semble connaître aucune des suites de ce poème ; ce qui tendrait à faire croire qu'au moment où il composait sa chronique, vers 1243 *, ces suites n'existaient pas encore, ou du moins, étaient fort peu répandues; autrement, il paraîtrait difHcile d'admettre que ces compositions, toutes pro- bablement originaires du Nord>, fussent restées inconnues à un homme du Nord, aussi curieux de ces sortes de récits que l'était Philippe Mousket. Mais le rapport de ces suites (Anseïs, Ven- geance Fromondin et Yon, l'original perdu de N) entre elles est encore trop obscur, pour nous permettre d'aller ici plus loin que cette simple observation ^. I. Gtuhitdtnu dtr Nederl. Ltlleri., II, 23;, kel {Gtsch. der Ntdtrl. UlUrk., I, 213) adopte par Jonckbioei. ï. Le fragmeni doni J. ten Brink, Gticli, dtr Ncderl. Ltllerk, p. 66 (frag- ment C, t) donne le fac-similé, semble du début du xiv siéde, de même que le fragmtnt coniervé A Paris ; cf. Rom,, XXI, jq6, n. I, J. Voir l'édiiion de RciiTenbcrg. 1, p. 88, v. 3118-2145- 4. Cf. G. Paris, Hisl. pofl. de Cbarliimignt , p. 9î. j. L'origine sepienaîonale de la VtHgeanu Fiotnondin c qui * lu ccne chanson (meniion de Boulagnc. cic ) ; Jnsti une tradition flamande : voir A. Longnon vt P. Meyer, dans leur édition de Saoul de Cambrai, Inirod., p. XIX, note 4; enfin la survivance d'Yon (ori- ginal présumé de N). datu les Pays-Bas. s'explique mieux quand on admet que ce long poème, qui devait être peu répandu (de li sa perte sous sa forme originale) a été composé dans rcxirOmc Nord, non loin de U froniière lin- guistique qui sépare le domaine roman du domaine germanique. 6. M. Grôber, dans Grimdrisi, II, 1. Sofi-Suç, place, lui aussi, les suites te4(3«édit.). M. TeWtn- mpléiemeui la date donnée 1 évidente pour 4 G. HUET n. LE POÈME NÉERLANDAIS EST-IL ORIGINAL OU TRADUIT DU FRANÇAIS ? Dans mon premier article j'avais essayé de démontrer {Roni,, XXI, 381 et ss.) que N était imité du français, non seulement en ce qui concerne les parties dont nous avons conser\'é le texte original, mais aussi pour la partie qui ne nous est parvenue qu'en néerlandais. M. Suchier, un des rares historiens litté- raires qui se soient occupés de la question depuis la publication de mon travail, suppose au contraire que la partie de N qui ne correspond à aucun poème français conservé et qu'il qualifie très bien de « roman historique », est la libre invention d'un poète néerlandais \ On sait que le volume devant contenir les citations et discussions destinées à appuyer les vues que M. Suchier expose dans son histoire, n'a pas encore paru. En attendant, on voudra bien me permettre de reprendre la ques- tion. Je me bornerai à revenir ici sur un seul détail, que j'avais signalé dans mon premier article, mais sans y appuyer suffisam- ment. Ce détail, à mon avis, fournit la preuve que l'auteur de N travaillait sur un original français; il est probant en lui- même, et, ajouté aux autres preuves énumérées dans ma pre- mière étude ', il me semble décisif. de Gerhert parmi les œuvres postérieures à 1240. — Ce qui rend cette ques- tion des suites de Gerbert très complexe, c*est qu'il semble bien que ce fût originairement Yon, fils de Gerbert, et non Anseïs, fils de Gerbert, qui était le héros de la suite projetée de Gerherl de Mes ; voir les variantes recueillies par Rudolph, Ueber die Vengeance Fromondin^ 35, note i, et Stengel, dans Zeitschr. fur fran:;^. Sprache und Litteratur, XXIII, i, 27}. La Vengeanu et le Yon néerlandais auraient donc conservé la forme primitive du cycle. 1. « Am weitesten ist hierin [imerweitem] ein Niederlânder aus Btabant gegangen, der die a Lorreinen » frei zu eincm umfangreichen historischen Roman ausbaute, der mit Karl Martcll beginnt und mit Friedrich Rothbart schliesst. » Geschichte der Fran^ôsiscimi LitUralur^ Leipzig und Wien, 1900, gr. in-8, p. 45. 2. Une seule de ces preuves me semble moins forte qu'autrefois : c'est le nom de femme Alis, forme évidemment française (5, IV, 52). Dans Gariw, *a femme du héros s'appelle Aelis ; le personnage se retrouve, nommé Alis^ LA VERSION NÉERLANDAISE DES LORRAINS S Dans le fragment A (y. 21 31 et ss.), Yon, qui a enlevé la reine Hélène, s'embarque avec elle à Gardeterre pour U Paienie (Heidenesse). Pendant la navigation, Hélène accouche; une demoiselle (joticfrouw) apporte l'enfant à Yon pour le lui montrer, mais elle s'approche trop du bord et tombe à la mer avec l'enfant. Elle se noie, mais l'enfant est repêché par Yon au moyen d'un scacht (bois de lance) avec lequel il réussit à saisir les langes qui enveloppent l'enfant ; le poète continue (v. 2147 et ss.); Blide was Yo>;n die coninc Dat lii dat kim weder vinc. Kersten hebben siji gedaen Ende gaveD hem ene name saen : Daer wert gehclen Haesiinc Omdat meiii riei enen scachte vint Daert in die lee gevallen was. Von fui hcurtu» d'avoir repêchi l'enfant. On le fii baptiser «_ on lui ' donna un nom ; il fut appelé Hac^ilini:, parce qu'il avait é\è repiché avec un scaàil (bois de lance) apri:s être totnbi; dans la mer. Il est évident que, tel qu'il est, le passage n'a pas de sens. Il en a un au contraire, quand on supposequ'il est traduit du français et que le mot scacht répond au mot bamle ou asu ' de l'original : dans un des frigmems de la traduction du Garin {B, 111, jSj); l'auieurde N aurait dooc pu, s'il inveniaii le penonnage d'Alis de Medeborch, trouver le nom dans la première partie qu'il avait traduite, — Un autre nom curieux donne lieu i une observation analogue. Yon (A, II, 1170) fonda en Goihie U ville d'/f VI If appelée ainsi d'après la bonne ville d'Afs •> iia Ays drr getdrn dit iXtdi). II ne peut s'agir ici d'Aix-la-Chapelle, ville qui est toujours appelée Aktn dans ,V(voy, A, 1, î6i, J74, 176). Or une ville appelée Ail est nommée dons GerbtrI [^P.ir Jcsoi AU se lo/^ieretil ts tris), dans l'épisode de Gerbcn publié par M. Siengel. (Zeilschri/lf. Jrani Spracluund LUI.. XXIII, I, p. 274, V. 49); c'est une ville méridionale que M. E._Langlois, TabU dis nomi pniprts, lu mot Aïs, n" j, identilie très vraisemblablement avec Aix en Provence. — La mention d'un original français {dat ntalsc. A, II, 41) n'esi pits probante : l'auteur du Roman de Lim\ioiir^ renvoie A plusieurs reprises i un original wahc qui n'existe que dans son imagination. 1 . 11 est difficile de dire au juste quelle forme du mot le poète de l'original avait présente k l'esprit : il s'agit ici d'un groupe de mois dont le développe- ment phonétique régulier a été troublé par des analogies (voir le Dicliomk 6 G. HUET « l'entant reçut le nom de Haestinc parce qu'il avait été retiré de la mer avec une hanste(pu asté), » Remarquons d'abord que de pareilles étymologies de noms propres se rencontrent dans les chansons de geste de date récente. On trouve dans Maugis dUAigremont des étymologies toutes semblables des noms de Maugis et de Vivien '. Je donne ici comme spécimen les vers sur le nom de Maugis : Por ce que Tont trové el bois a la verdor O les bestes sauvages gisant a grant paor, Li mist a non Maugis, puis ne li failli jor ; Malement gisoit il, ce sevent li pluisor, En la forest oscure, o vermine pluisor ; Se ne fust celé fée, mengiez fust a dolor. On trouve encore des étymologies de ce genre dans Lohier et Mallarty poème encore plus récent et qui a été conservé, comme on sait, dans une version allemande en prose. Là, comme dans les vers de N qui nous occupent, certains passages ne prennent tout leur sens que quand on les retraduit dans la langue de l'original, et G. Paris s'en est servi pour montrer que le livre en prose allemande était bien réellement fait sur un texte français ^. de Darmestcter et Hatzfcld au mot hante;, et Tarbitraire des copistes a encore augmenté la confusion. A quelques vers de distance, on trouve les formes les plus différentes dans le même poème; par ex. Jourdain de Blaivies^ y. 199, Brandist la hanste;v, 205, Tant com tint Vanste; 209, Tante ansU Êraihdre ;Ogi€r, v. 12172, En son la hanste ; v. 12 183, Tant com tint ranste. On trouve les formes : fjattste (avec h aspirée), /xiiii/^ (avec h non aspirée), anstCy asie (cette dernière forme est la seule employée dans Parise la Duchesse ; il faut remarquer que le copiste de ce poème appartenait i une région où Vh ne se prononçait plus, il la met ou la laisse de côté à tort et à travers, v. 14 hoir pour oîr, 154 aute pour haute, etc.). Je n'ai pas réussi à trouver la forme haste avec h, qui conviendrait le mieux à notre passage. Il faut du reste obser- ver que, dans ces sortes d'étymologics-jeux de mots, on se contentait par- fois d'à peu prés. L'étymologic du nom de Maugis, citée dans le texte, est un à peu près, comme celle du nom de Tristan, la plus ancienne de ce genre; voir M. Bédier, dans son édition du Tristan de Thomas, I, p. 27, note i. 1. Édit. Castets, v. 606 et ss., 305 et ss. — Maugis présente une autre analogie avec E : le poète s'est ser\'i, comme N^ du Faux Turpirt ; voir la remarque de M. Castcts dans son édition, p. 336. 2. Hist. litl. delà France^ XXVIII, p. 241, 242, 249. LA VERSION NÈERLANDA1SI-: DES LORSAINS 7 Il est vrai qu'on pourrait supposer que le Brabançon, auteur de JV, travaillant librement sur son propre fonds, aura emprunté cet épisode de la naiss^ince de Hasting à une source française (ou latine), où il aurait trouvé l'étyniologîe du nom avec le reste. Cette supposition semble inadmissible. Elle est d'abord invrai- semblable en elle-même. On peut se représenter un traducteur qui, dans un long travail de version, reproduit littéralement, par une sorte de routine, un passage de son original, sans remarquer que ce passage, une fois traduit, n'a plus de sens. Ce qu'on comprend beaucoup moins, c'est un autenr original, allant chercher exprès un tel récit et le reproduisant, sans se rendre compte que ce qu'il écrit est absurde. — Mais il y a une autre difficulté, Hasting est un personnage dont les chroni- queurs du moyen âge ont souvent parlé ; il existe sur lui des récits légendaires; or, aucun de ces récits ne présente la moindre ressemblance avec notre épisode ' , La première invrai- semblance se complique donc d'une seconde : il faudrait admettre qu'il a circulé, sur ce personnage si connu, un récit légendaire qui n'aurait laissé aucune trace en dehors du poème néerlandais. Ces difficultés obligeront, je crois, tout esprit réfléchi à abandonner l'hypothèse d'un emprunt. En admettant, au contraire, que le récit aura été inventé par l'auteur de l'original (perdu) de N, tout s'éclaircit, et l'on peut même nommer le récit antérieur, entièrement romanesque, qui a servi de modèle au trouveur français. Dans la première étude sur ce sujet, une supposition avait été indiquée : on avait signalé l'analogie qui existe entre le récit de la naissance de Hasting et celui de la naissance de Tharsia dans Apollonius de Tyr (Roin., XXI, 392); cette analogie est d'autant plus frap- pante, qu'il existe un rapport évident entre un autre épisode A' Apollonius et un autre récit de N (l'histoire de Judith, (ille d'Yon. mise dans un hordcl par Ganelon). Or, depuis que j'ai hasardé cette supposition, M. Voretzsch * a réuni un grand nombre d'épisodes analogues de chansons de geste, récits de navigations et de naufrages, inspirés directement ou indirecte- t. Voir, sur •:« TèdK, la première noce supplfn l'article 3. Dit Cofpesilicm des Hvon von Bord/aux, Halle, 1900. p, 1 }9-i4I- ment de V Apollonius de Tyr. L'emprunt, dans ces conditions, n'a rien d'étonnant, et on peut le considérer comme étant à peu près certain. On peut se demander cependant si le trouveur a puisé direc- menl dans Apollonius ou dans une imitation de ce roman sous forme de chanson de geste, et l'on songe à Jourdain de Blaivies, véritable rifacinietilo mtà\é\-a\ du roman antique etqui contient les deux épisodes qui nous intéressent ici, celui du hord>!l et celui de la naissance de l'enfant. Il est â peu près impossible d'arri- verà un résultat cert.iin ; je fais cependant remarquer que l'épi- sode du bordel est, dans Jourdain, présenté d'une façon toute différente d'Apollonius et qui otfre une certaine analogie avec N. D^n^ Jourdain (édit. K. Hofmann, Erlangen, 1882, v. 3363 , et ss,), Gaudiscete (la Tharsia du roman) est mise dans un bordei par ordre de l'empereur de Constantinople, qui voit que son fils meurt d'amour poui elle; plus tard, elle n'en épouse pas moins ce fils, et devient impératrice (v. 3336, 4171)- Rien de tout ceci ne se retrouve dans le roman antique, mais les événements sont présentés dans iV d'une fai^on qui offre une certaine analogie avec Jourdain : \h, l'héroïne (Judith, la fille d'Yon) est mise dans un bordel par l'ennemi de sa race pour empêcher son mariage avec le fils d'un empereur (Louis, le fils de Charlemagne) ; elle n'en épouse pas moins celui à qui elle était destinée. Il y a des différences (dans Jourdain, il n'est pas d'abord question d'un mariage ; il n y a pas de traître) ; cepen- dant les ressemblances sont assez frappantes pour nous faire incliner â l'hypothèse d'un emprunt â Jourdain de Blaivies, plu- tôt qu'à la supposition d'un même récit (celui A' Apollonius) modifié d'une façon analogue par deux narrateurs indépendants. Quoi qu'il en soit, les considérations qui précédent — et qui prouvent que l'épisode de la naissance de Hasting, qui ne se retrouve dans aucune chronique, est pleinement conforme aux habitudes des auteurs plus récents deschansons de geste — sont une raison de plus pour admettre que le poète néerlandais a tout simplement pris ce récit a la même source que le reste de son œuvre, à savoir à la chanson fran<;aise, celle-ci étant, selon l'expression de G. Paris ', la base de son travail. 11 a pu «m élude, la UgenJt dt Pépin . p. 627, note 1). U Bref » (M/langts Julien Havtl, LA VERSION NÉERLANDAISE DES LOKILHh'S 9 nnxiifier son origiiul, y ajouter nenains détails, comme il a été montré dans la première étude; mais, dans l'ensemble, il n'a, autant que les fragments qui nous restent permettent den juger, rien imaginé d'essentiel et s'est borné à faire simplement œuvre de traducteur. in. DON^;È^s nouvelles sur le contenu de la branche NÉERLANDAISE La publication si intéressante des réimpressions des anciens livres populaires néerlandais, entreprise par la Soàélé de litliralure néerlandaise de Leide, s'ouvre par le récit consacré à la bataille de Roncevaux '. Ce livre parut, sans indication d'année, mais cer- tainement dans les premières années du xvi' siècle, à Anvers, chez Willem Vorsterman ; une autre édition parut, également à Anvers, cliez Jan van Ghelen,' en 1576. L'habile éditeur de la réimpression, M. Boekenoogen, a comparé les éditions er est arrivé à la conclusion qu'il a dû exister une édition plus anci^ne que l'imprimé de Vorsterman, édition dont dérive celle de 1576 et qui n'a pas encore été retrouvée. Les deux éditions coimucs sont d'ailleurs d'une insigne rareté, chacune n'étant conservée que dans un seul exemplaire. Ce livre populaire (que nous nommerons R) se compose de deux éléments ; des morceaux en vers et un texte eu prose. Les morceaux en vers sont (si l'on fait abstraction d'une pièce pla- cée à la fin, p. 72-7J, dans le style détestable des rhétoriqueurs du XV' siècle) des fragments quelque peu rajeunis et défigurés de l'ancienne traduction en vers de la Chanson de Roland, un des premiers monuments du moyen-néerlandais'. Ces fragments ont élé enchâssés dans un texte en prose rédigé, à en juger d'après le style, vers la fin du xv siècle (ce qui s'accorde avec I. Nfierhndxhf Voiksbotktn, i. Dea drorjliktn Sinjl die opitn ttrch vnn Rfiitrvalf l'n Hispanie» glyscbredf... uilgegn-en Joor !> G. J. Botlrmoogen. Leî- dcn. J. Brill, 1902. In-^. 1. Ces fragmenis ont été utilisés,  cuti des fragments manuscrits, d'aprte l*^iiion anifricure de Serrure, par M. Stengc), dans son édition du Roland (Dii< allfran^ôsùeif AW.iWi/iW, I, Lcipiig, 1900, p. vi). la date probable de la plus ancienne édition) et qui est évidem- meniempruntéàd'autres sources que le ifo/aw/en vers, puisque, comme l'a déjà remarqué M. Boekenoogen (p. 85-86), il y a des contradictions entre la prose et les vers '. C'est ce texte en prose qui esi intéressant pour le sujet qui nous occupe. Après un prologue (p. r-j), qui semble en panie emprunté au Faux Turpin, mais où nous trouvons cependant une affir- mation qui n'est ni dans Turpin, ni dans le Roland (celle d'après laquelle Guwelloen [= Ganelon] aurait trahi pour devenir lui- même empereur et maître de la Chrétienté), nous sommes sur- pris par la première rubrique (p. 4) : « Ici commence l'histoire du combat de Ronceval. Et d'abord comment Charles, le noble roi de France, fut exhoné dans son sommeil par le noble apôtre de Dieu, saint Jacques, qu'il eût à protéger l'Espagne contre les païens et k la délivrer. Et comme quoi les principaux capitaines desSarrasins, Marcilijs [=^ MarsilU] et Balîgant itaiml fils naturels de Guwelloen 0. — L'apparition de sainijacques à Charlemagne est le début bien connu AaFauxTurpin(éà\l. Cas- lets, p. 3); mais ce n'est certainement pas dans ce livre que le compilateur de i^ a pu trouver la notion que Marsille ' ev Bali- gant étaient des bAtards de Ganelon. Plus loin, dans le cha- pitre suivant (p. 8), nous apprenons que Ganelon avait une fille, qui était impératrice des Grecs, et vers la fin du livre, on nous dit que cette fille s'appelait « Erena » (p. 6j). Or j'ai montré, dans mon étude antérieure, que l'impéra- trice Irène figurait, comme fille de Ganelon, dans la branche néerlandaise des Lorrains et que, dans cette branche, Marsille et Baligant étaient également fils de Ganelon {^Rom., XXI, 373)'. I. L'auteur lui-mfme oppoic Kin récii en prose, comme plus complet, au iCKieen vers; voir la An du prologue (p. 1, les 4 dernières ligncs)- 1. Dans la suiie, je subsiiiucrai riguliCremem le» noms frao^is habilbcls aux oonudu livre néeTlamlais. }. L'auieur de A a connu, directement ou indirectement : i. le Faux Tur- fin dont il imite le début; 2. Fierabras (mentionné cxpresscmem, p. 7, en bas) ; j, les récits sur Ogicr le Danois et particulicrcmenl les récits récents, où il ett question de l'cnliveineni d'Ogicr par Morgain(p. ;i. I. 6; l'auteur, on ne sait pourquoi, attribue à ce récit une origine espagnole) et de son fils Mtrberijn, qui doit être le Meurvïn d« romans postérieurs sur Ogicr (pp- 7. io) ; il a dû connaître encore d'autres sources. — M. Bockcnoogcn a La version n^:erlandaise des lorrains ii Dans aucune autre œuvre du moyen âge on ne trouve, à ma connaissance, cette généalogie singulière. Nous avons donc toute raison de supposer que la suite des Lorrains néerlandais (ou peut-Stre quelque extrait en prose, aujourd'hui perdu, comme le poème), aura été une des sources où puisa l'auteur du livre populaire. Il y a plus : différents indices m'avaient fait admettre que le poème comprenait un récit de la cata- strophe de Roncevaux, dans lequel cette catastrophe était pré- sentée comme une conséquence d'un vaste complot ourdi de longue main par Ganelon '. Il est donc probable que les pas- sages de R où Irène est rattachée, en même temps que Baligant et Marsille, à cette catastrophe, sont des emprunts directs ou indirects à la branche néerlandaise des Lorrains. Voici d'abord un récit remarquable sur les débuts de la guerre d'Espagne : (R, p. 4-î). MarsUlc et Baligant... avaient un oncle igé, nommé Knagon (Synagoti), un puissant Soudan d'Arabie. Leur puissance était très grande, car ils tenaient presque toute la Païenie sous leur sujétion... Ils résolurent, dans leur conseil, de faire occuper par leurs gens tous les passages d'Espagne, par lesquels le roi Charles devrait marcher pour occuper ce pays ; le Soudan Manille et son onde, le vieux Sinagon, iraient en avant avec zoo.ooo païens; Baligant, avec les autres soudans, rois et amiraux, ayant avec eux 400.000 hommes, resterait en arrière et enverrait des troupes fraîches s'il en recevait U demande; ce qui se lit malheureusement, car toute l'avant-garde que le roi Charles avait envoyée pour purifier l'Espagne des intidèles, y fut détruite. Ce passage est confirmé par ce qui est dit plus loin, p. 6-7 : Quand le noble roi Charles apprit que les Païens étaient venus avec une grande force en Espagne et mena<;;iient de ruiner toute la Chrétienté, il (it venir tous les Pairs de France et la plupart des seigneurs nobles de tous les pays qui lui étaient soumis. Et en prÊience d'eux tous il fut décidé que Gane- eu l'obligeance Je m'apprendre qu'il a trouvé des rapports entre R et U Chroniqiit dt Brahant, imprimée â Anvers en 1497 (fiit aider txcellinsU Cro- nvke van BrahuHl) ; il traitera celte question dans un travail spécial ; je me borne i faire remarquer que, pour le sujet qui nous occupe, la Chronique n'est d'aucun secours : elle contient un long récit de la guerre de Charlemagae en Kspagne, mais ce récit (fol. h. i. r" ù fol. k. j. v") dérive exclusivement de Tarpin. t. Voir froment A, V, 59-63 et fragment B, IV, SS- Ion irait comme ambassadeur en Païetiic, vers le vioux Siuagon l'I Mjr&illc et Baligam, ks oeveux... Dans ces passages, l'expédition d'Espagne est présentée d'une façon toute autre que dans le Roland et même dans le Turpin. Dans Turpin, pour nous borner à celui-ci, Marsilie et Baligant sont deux frères, mais, bien entendu, ils ne sont pas fils de Ganelon ; en outre ils sont établis en Espagne, à Saragosse, en qualité de vassaux ou de vice-rois de l'amirant de Babylone '. Au contraire, ces indications s'accordent très bieu avec ce qui est dit dans les fragments de N, particulièrement dans le pas- sage important (fragment B. IV, v. 3 j et ss.) où Ganelon aver- tit ses fils, Baligant et Marsilie, qui se trouvent dans la ville de Tclac Agulta (évidemment située en terre " païenne n, peut- être en Afrique), après quoi ces deux personnages s'embarquent avec une armée et font voile vers l'Espagne. — De même, dans le récit de Turpin et dans le Roland, Charles est en Espagne, à Pampelune ou à Cordrcs ; dans R, au contraire, au moment où l'invasion commence, il est en France : c'est ce qui résulte de ce qui est dit (p. 5) sur les « passages n que le roi devait gagner pour occuper l'Espagne, De là cette contradic- tion que, dans le texte en prose, c'est l'avant-garde qui périt avec Roland, tandis que, dans les morceaux en vers, traduits d'après la Chamm, c'est l'arrière-garde, contradiction qui a déjà été relevée par M, Boekenoogen (p. 86), L'invasion d'Agolant, dans le fragment A, II, est présentée à peu près "comme celle de Marsilie et de Baligant dans R. — Ce qui suit pourrait bien encore être emprunté à N(p. 7) : Charles l'enipereur pria lui-mime Ganelon qu'il se chargeât du âé(t et de la (léclaraiion de guerre, vu qu'il était un homme habile et connaissait bien les seigneurs sarrasiiu. Mais Ganelon lïiaii furieux de ce qu'on l'eût cnvoyi! comme messager. Il rOsotut donc de ruiner Charles et tous ses compagnons... Les aventures de jeunesse de Ganelon sont rappelées au I. Comp. Turpini Hiitorij Carolî Mugni, tdit. Castets, Montpellier, l8fto, cap. 11, p. 41 : ■ Enuit tun<: temporis ccmmoronUt apud Ca:saraugUS- tamduo rcges Sarraccni, Marsirus Kilicei et Beligandus fratcr cius,qui crani, ab -immiraniio Babylonis de Perside ad Kbpaniam missi. » IISIOM NÈERLAKDAISE DES LORRAINS I^ début du fragment A. H : si la scène de l'envoi de Ganelon faisait partie de N, elle a dû y être motivée comme ici. R poursuit quelques lignes plus loin (p. 7) : n (Ganelon) annonça dans un conseil de toute la race des Losaïun qu'il trouverait moyen de retenir le roi Charlis avec li; gros de ses troupes et qu'il livrerait â MarsiUe la noble avanl-garde, composée de vingt mille hotnmes, les plus viillants de la Chrétienté. Ici nous trouvons, pour h première fois, cette mention bizarre de la race des Losawit, qui revient pltis loin, p. 63. Peut-être est-ce une déformation singulière du nom des Bordt- los/n, Borddùisc, employé dans N pour désigner les adversaires des Lorrains (voir par ex. A. V, 173 ; B. III, 479), mot qui traduit naturellement le « Bordelois » des poèmes français. Il est difficile d'expliquer l'altération du nom : on pourrait sup- poser que, par un accident de graphie, le mot Borde losen aura été coupé en deux, X la fin d'une ligne, et que losm, pris pour un nom complet, aura été déformé sous l'influence de quelque autre nom propre '.Cette déformation, non tout à fait impos- sible dans le manuscrit d'un poème, à la fin d'un vers, paraît cependant plus vraisemblable dans un ouvrage en prose ; c'est une des raisons, non la plus forte, que nous avons de croire que l'auteur de R travaillait sur un extrait en prose tiré de N, plutôt que sur N lui-même, La suite du récit confirme ce que nous avons dit sur la façon spéciale dont le désastre est représenté dans R, façon qui, selon nous, ne s'explique que par un emprunt à N : (P. 8). Toute celte Qeur de la Chrétienté fui trahie par Ganelon qui vou- Uit être empereur lui-même : c'est pour ci:U qu'il retint le roi Charles, et orJooua à Robnd de marcher en avant avis: ses compagnons, promettant de le suivre peu de temps après avec toutes ses forces. Mais il avait ordonné il Marsille d'envelopper et de cerner Rolacid et Olivier avec toute l'avant- garde dans le Ronccval, disant qu'une fois qu'on jurait abattu Roland et ses <:ompagnons, b puissance de Charles serait complcicmeat détruite et toute 1.1 Chrétienté ruinée; dans ce cas, Ganelon comptait devenir lui-même cnipe- 1 . Loiant, Lûitnne, le Lausanne moderne, est fréquemment mentionné dans les chansons de geste, comme le surnom d'une famille de tniitres, ■ Hen.'is (te Losenne », personnage déloyal, parait dans Htnaus de Manlauhait, cd. MicheUnt, p. 68, v. 14. Cf. « .VLtcaire de Losane u. 14 G. HUBT reur, ci lenir toute U Chréiienté en (ief de Manille et de Balisant, son frËre . Et pour donner plus de sécurité aux seigneurs païens, i! renia la loi de Dieu, CE jura de ruiner l'empereur Charles, son beiu-frére, avec tous ses compa- gnons, et de le leur livrer en mains. C'est pourquoi le vieux Sin;^on, l'onele de ces deux seigneurs, et les autres seigneurs païens, dirent, derrière te dos de Gonelao, que c'était un aSreux traître et qu'on ne pouvait avoir conlïance en lui. Et ils se promirent, une fois leur coup fait, de le récompenser comme on récompense les traîtres. Mais, dans sa présence, ils lui promirent monts et merveilles et lui Tirent de beaux cadeaux de pierreries et autres joyaux, qui valaient un grand trésor. Dans c€ récit cufieux, on trouve un mélange de trois données : i" la colère de Ganelon, chargé du défi, thème emprunté à la Chanson; 2" la corruption de Ganelon, motif secondaire dans la C/tmicn, motif principal dans Turpin (c, 21, p. 41, éd. Castets); j" le plan de Ganelon de devenir maître de la Chrétienté, trait qui n'est pas ailleurs. Celte dernière donnée nous semble empruntée à N : elle est tout à fait dans l'esprit de ce poème, qui aime à exposer de vastes combinai- sons politiques '. Le récit qui suit a le même cachet : (P. 8-9). Ce Ganelon avait une fille ijui était impératrice de Grèce. Son niiri était un très brave homme, qui aimait beaucoup Charles et craignait Dieu, car U était bon chrétien. Quand il apprit l'expédition que Charles se préparait de faire, il résolut de venir i son aide et de combattre les ennemis de Keu. Mais sa femme, qui détestait Charles et imitait son père dans toutes ses méchancetés, tua son seigneur et l'assassina parce qu'il voulait aider Charles et ne voulait pas'suivre les conseils de Ganelon et d'elle. Elle (il crever les yeux i ses deux fils encore enfants, de peur que, venus à l'Jge d'homme, ils ne fussent pareils i leur père et ne lissent obstacle i ses pro- jets. Elle avait fait une alliance et accord avec Ganelon, son père, d'après Icsqucb clic l'aiderait dans tous ses projets pour liiTcr k roi Charles aux païens. Elle vint de Grèce un France avec 3o.ooa hommes d'armes à cheval, l. De 'même dans le fragment ^, II, 1174. et ss, Ganelon fait proposer i Ai^land Je lui livra Charleraagne et son armée et o ce pays i> (dil tant, l'Espagne ?) pai-dessui le marché ; il promet de confirmer cette promesse par UD serment ■ sur U bnguc de Mahomet et les genoux d'Apollin, qui sont ■na dieux ■. — Dans un (poème d'une telle étendue, l'auteur ne se sera pas -aupiile d'employer plusieurs fois la même situation. Ganelon, allié des '•« du reste liu-mtnie qu'une répétition du Fromondin Je C . Li ntctirc iss Lrx vx, iins ce rxtssiisrt, £1:1 A • «.^ T— -. ... ... .«, . 9 " ^^ _ *^ _ - _ -^ ^ * * • « * -•• Ticcjc ii: i?, cisjï T^frr z^sv ivc'- iCi: rns iici. 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Il dit... t Je pro- pose que nous et nos principaux capitaines, ponions secrètement sous nos cottes d'armes les armes d'Afrique et les bannières sarrasinvs ; au moment où Charles attaquera les Sarrasins, nous retournerons nos colles d'armes, nous lèverons les bannières d'Afrique en criant Afrique I et nous attaquerons l'ar- rière-garde de Charles. C'est ainsi que nous atteindrons notre but : tu épou- seras Baligani, le frère du roi Marsille '. je leur livrerai l'Espagne et tiendrai d'eu» en fief la Chrétienté ; tu seras impératrice des Grecs et dame d'Afrique et de maint autre pays.. .La cruelle impératrice Irène répondit qu'elle approu- vait. Alors elle ordonna â ses capitaines de faire comme susdit, ce qu'ils filent, et Ganelon ordonna i ses parents de taire de même, ce qui se Rt. Les siniples soudoycrs, voyant lus capitaines échanger leurs devises contre celles d'Afrique et qu'ils piétinaient les bannières chrétiennes, furent très mécontcnu bien qu'ils n'osassent rien dire ; en secret, ils se rendirent à l'armée de Charleniagne et dirent A Turpin et à Naime, le duc de Bavière, comment les capitaines de Ganelon avaient, sous leur cotte d'armes, la livrée ou les jrmes d'Afrique et levaient la bannière sarrasine. Ces deux seigneurs, appiïnam cette traliison, résolurent de sortir du camp de Charles avec cinq mille hommes, de cerner Ganelon au moment où il viendrait retrouver l'empereur... et de le faire prisonnier sans faire grand bruit. Charles lui' même ne savait rien de cette résolution '. Ganelon, afin de mettre son projet i exécution, chevauche avec quelques hommes [de l'armée] de sa (Ule vers l'empereur, lui disant de ne pas trop se hiler et ajoutant ; ■ Ma fille Irène, l'impératrice des Grecs, qui est venue sur ma demande dans ce pays, se prépare à marcher avec 1000 Grecs courageux contre les Sarrasins, n Charles lui donna ordre de se hâter, ne voulant pas attendre plui longtemps. Ganelon ayant pris congé de l'empereur et chevauchant vers sa fille afin de meiit« son projet à exécution, fut cerné par le duc et par l'évéque. Il fut Elit prisonnier et on lui reprocha comme quoi lui et sa fille avaient renié[la foî chrétienne! c' ^'^' '^ noble avani-garde. C'est \\ que fut découverte sa trahison et qu'il fut confondu devant tous les seigneurs. A la fin, après bcau- I, Ganelon sait que l'union qu'il propose est incestueuse, mais cela est bien confonne i son caractère et k celui d'Irène qui, de son côté, est repré- sentée dans N comme une femme sans roceurs (voir le fragment C III). I. Ceci est bien conforme au râle de Charletnagne dans N : c'est un per- sonnage absolument passif, comme son pire Pépin dans les Larraâu français. l'A.VJC. l8 G. HUET coup de JisxHirs. coninu^ il ne pou\'jit justiner sa oooduhc, il tut lie et mis dtns une tente :>ou5 bonne 3|rer les yeux par deux tnities, qui turent surpris par le duc %2e MonhKS. U chitia les traftres et tut. ^^xir cette raison. oKîge de quit^e^ k ^^ys: il s'eti alla en France ivxr* se plaindre à Charks. comme on verra sur U suite... La bo de Ganelon et de sa âlIe est racontée dans li conclusion du livre {^puloire : iP. — ."^ Chirks avant ainsi arrar,^e toutes choses cv:rwe. Ces la quV'c hà rer^rvxha sa trahsscc cor^ssest il aviî: r«Tê ravir.t-coie et coranaeat il écah cocvaiacu imt de Sacnes poki^ics d'avoir « mm Ksx Si fct.GanejOT-. ne joc^-an: nen dire coctn?. fu: con.ii-n*v à être f> ax^ec tccs 5es A»ih«est!k ce qui eu: lieu. E fjt rvniu avec cuasxse de ses cv roiTx-va^ St f3e Irène vin: du chlteiu cv: eîje était xfssàee» - de» rryeaàop de s« iisr.Llrcr, rrui> je «hx de Mv'^c^ais njocrra ses deux si^êc: <\.< i%i.: £in CTïiVir ' Ces âits a» '» .3i%-xti: rc=r.Tjs «s ccrarfices Let^r ^:^:o:re oe irin^-son ;^r.,iin: .a Mm.,e rsrre^.e, cosiaoe il I ;rt;f i^Scn**:. '.Vrisoie ce Gjir.e'on e: i\Wxini, dirss le Kitii/je, Et. ::t>c5Cir:: sj- ".is -eï5ï:er.:Kinc^ ;r.n^ a iC A\ rkxi> iv^-^ns LA VERSION NÉERLANDAISE DES LORRAINS 19 signalé des différences ; il y en a une qui est considérable, et sur laquelle nous devons nous arrêter. Parlant de Marsille et de Baligant, R ajoute, comme nous le savons déjà, qu'ils étaient fils naturels de Ganelon, puis il fait, pour expliquer cette naissance, un récit qui revient à ceci : Ganelon, jeune et bel homme, voyage en Paienie Qmjdenissé), pour visiter le pays de Synagon (puissant Soudan d*Arabie, p. 4). Ce Synagon avait eu un frère, qui avait laissé une veuve, très belle. Ganelon en devient amou- reux ; « mais elle, ne pouvant oublier la mort de son seigneur, était très att|;istéc ». Synagon propose à son hôte une chasse, afin dV prendre du gibier, qui pourra réconforter l'affligée ; Ganelon, sous prétexte d'une légère indisposition, prie Synagon de Texcuser. Resté seul avec la dame, pendant que Synagon est à la chasse, il joue avec elle aux échecs, trouve moyen de la charmer et a avec elle des rapports intimes. Synagon revient ne se dou- tant de rien. — Quelque temps après Ganelon retourne vers la chrétienté ; après son départ, la dame accouche de deux enfants, qui sont élevés par Synagon comme ses neveux. Ce n'est que plus tard, au moment où Ganelon vient apporter le défi de Charlemagne, que Marsille et Baligant apprennent de Synagon qui est leur véritable père. N donnait aussi un récit des aventures de jeunesse de Ganelon ; ce récit est perdu ; mais nous en avons un résumé dans un des fragments conservés, qui nous permet de constater que ces aventures étaient tout autres. — En effet, au début du second fragment publié par Jonckbloet, au moment où Ago- lant se propose d'envahir la chrétienté, le poète rappelle en ces termes les anciennes relations entre lui et Ganelon (^, Il 63 etss.): Vous avez bien appris jadis comment Ganelon, le chevalier félon, tua Doon le fils de Manosijn *, et comment la paix se fit, sous condition qu'il s'en irait en Paienie, et ne reviendrait qu'après avoir été rappelé par Gerben, le vail- lant roi, et le comte Manosijn lui-même. — Vous m'avez également entendu raconter comment il arriva chez Agolant, qui l'honora beaucoup ; comment il renia et abandonna la loi de Dieu, et aida Agolant contre Desramés. — I. Il faut probablement lire Mavosijn ; Malvoisin, Mavoisin, fils de Doon le Veneur, figure dans Garin ; cf. E. Langlois, Table des noms propres^ à ce nom. Mavosijn, fils d'un Doon, a lui-même un fils qui s'appelle Doon; ceci est conforme aux habitudes du poème, où le petit-fils porte souvent le nom du grand-père : Yon, fils de Gerbert, s'appelle ainsi d'après son grand-père maternel, le roi de Gascogne, etc. ao O. HUKT Voii« ttVi'/ 4ii»!»i ciitciiUii coinmciu le roi Dorâmes lui promit sa fille en iii.iii.if{c, uliii i|iril uluriJoniiAt la cause d'Agoland, et commem il fit prison- iili:i A^itlaiit, l'iMilcva de son pays et le livra à Desramés. Vous avez égale- MH'iit appiin LdiiiiiuMit (iaiiclon î*pou*»a la jeune fille et en eut deux beaux lïnluiiu, lUll^unt et Mariille; et comment le comte Ganelon [manque un ivm| dut t|ultter le payn, couvert de honte. (IcnJcii ti'u que deux points de contact avec celui de /? :1e séjour de (Janelon jeune chez les Sarrasins (Baligant et Marsi lie sont ses \\\s)\ loui le reste diffère. Cette différence entre les deux récits eiil-clle assez itnportante pour nous obliger à mettre en doute les l'ésuliais qui pouvaient sembler acquis? Nous ne le croyons pas, Les concordances entre N et R, dans l'épisode même qui nous occupe, la ta^on dont Marsille et Baligant sont rattachés à (iai\clon, tous ces détails sont trop notiibreux, trop prononcés, pour t^iie, soit IViVet du lus;ird« soit explicables par une source cotutnutK\ dont il serait bien difficile de se faire une idée. Une explication plauNÎble des diiférences constatées serait celle-ci : rien ne prouve que Tauteur de R ait eu entre les mains soit le texte CiMuplct de *V, soit un extrait fait d*après un texte complet. Il est IWtiHvssiblc que cet auteur, travaillant A la fin du w'* siècle, n*ait eu A s.i disp^viition qu'un manuscrit mutilé de Ténorme IHK^me, ou bien un résumé ou une compilation taite d'après un nuimxcrit nuoniplet, où Tépisinle des relations de Ganelon avec A>;v^lant et DcNramês manquait. Trouvant dins son texte men- iuM\ vie MaiNilie et de Baligant cotnmc tils de Ganelon, il lun, de x4 puvMc autv^ritc. imaginé le récit que nous avons résumé. l*n tau x^iublc continuer cette vue : dans un autre récit de R qui n'cNt ccîtaiiKmcn: pas emprunte à ^W nous retrouvons ^p. \i^ i*cp:>v\lv de la cajt>se entreprise pv.>urtrv>avcr un gibier piv^îc a î^\v:i:o::ci utk perx^ane nuUde. Les deux récits, cga.c:ne:v. îu'. imagines, ^hk proSiKerîten: sortis du même ^viNcau, ivoL\iSciîU'n: ceîui du coa::>i areur ie R. b\» ><>:n î*v\ 1 vcî»*i^;c cerui:! ^rue le !:vre roz^aliire ::^erun- dd.N Nj- bvoiuvxajv a >um, ùa:ix si parue revii^e en rr«e, Tv.n^îeîïev ie^ L/fM-t.- :teer:a*tv:a.x^ ^c ?rv.va?i>: .:u":l i cco- >eîNe. v.v> .. *e :o;-ve abivgev:. :'eîî.:uee ec nèiee i -i-eîren:> ac\v^:x\>, ue^ sO>v^s:e> ^j:: otîc ij rv.H:ver uae rao: iins -i LA VERSION NiERLAVDAIEE DES LORRAI\S NOTES SUPPLEMENTAIRES 1, RÉCITS LÉGENDAIRES SUR HASTING Comme, ii ma connaissance, les récits sur Hasting n'ont jamais été réunis, j'en donne ici l'indication, afin d'épargner à d'autres de nouvelles reclierclies. On peut laisser de côté les récits des écrivains contemporains et des chroniqueurs posté- rieurs ' qui se bornent à les reproduire (comme Vincent de Beauvais, i"^ni/M'« hislor., p. $-j-j, édit, de Douai, 1624): ces récits ne contiennent aucun trait légendaire et ne parlent que des expéditions de Hasiins; ; )es principaux témoins sont Hincmar et Réginon {Motiiimenia Germaniat, Scr'ipi., I, s 14, 578, 587). — Les récits légendaires, cous posiériturs, peuvent se ramener à deux types '. Le premier type est représenté par le seul Raoul Glaber (I, c, 5, p. 18-19, ^dît. Prou), qui fait naître Hasting dans les environs de Troyes, ce qui exclut tout récit analogue à l'épisode de N. — Dans les récits du second type, il n'est pas question de celte orij^ine; Hasting est bien Danois; en revanclie, on raconte en détail une série d'expédi- tions, qui se couronne par la prise de Luna en Italie : c'est la tradition des chroniqueurs normands : Dudon de Siint-Quen- lin, dans Palrohgie latpie, t. 141, col. 621 -626, ou édit. J.Lair, P.129-IÎ7; Guillaume de Jumièges, dans ffl/ro/d^/V, t. 149, col. 784 et ss.; Wace, Roman de Rou, édit. Andresen, 1" partie, v. 145-156, 230-751 ; Benoît, Chninlque des ducs de Normatidie, éd. Fr. Michel, v. 716 ss,, 760 ss. ; Histoire, des ducs de Normandie, éd. Fr. Michel, Paris, 1S40 {Soc. de VHist. de France), p. 2-5 ; Chroniques de Normandie, Rouen, P. Regnault (s. d.)., in-fol. goth., chap. xiiij Chronique de Normandie, éd. Fr. Michel, 1. Voir lur le Hssiing liisTorîque une dissertation de M. J. Lair dans son Édition d« Dudon de Saint-Quentin (Mrmoirts df ta Soc. des Antiq. dt Nar- mandii, XXIII, p. 56-48), et Sleensinip. Norinann/rttt, t. W. pasiim. 2. Le récit des Clirmûa de geslis consulum Andrgatvrmu (liam !ts Chronii/utt d'Anjou, éd. Marchi^av. p. 47) n'est pas assez développé pour être i-onsîdèrd comme formant un troisième type de !a légende. 22 G. HUET Rouen, 1839, 111-4°, p. S~7> 78-81. Tous ces narrateurs nor- mands reproduisent un seul et même récit fondamental, qui est celui de Dudon. Nulle part il est question de la naissance de Hasting en mer, ni de rien qui ressemble au récit de N. H. SUR UN ÉPISODE DES LORRAINS NÉERLANDAIS Pour ne pas compliquer outre mesure la démonstration donnée plus haut (p. 18), je me suis borné à mentionner un récit de R qui présente une certaine analogie avec Tépisode de la trahison de Ganelon dans R. Ce récit, qui relate une aventure de jeunesse de Ganelon, ne nous est arrivé que dans un résumé qui est, malheureusement, très concis et peu clair, mais, fort curieux. Dans le second des fragments publiés par Jonckbloet, Richard, fils d'Yon, afin démettre Charlemagne en garde contre les trahisons de Ganelon, lui raconte ce qui s'est passé jadis (^A. n, 3333)- Du temps que vous faisiez la guerre à Aspriaen ',mon grand-père, le traître (Gelloen ou Ganelon) vous abandonna et jura à mon grand-père qu'il lui serait fidèle, et le servirait, publiquement et en secret ; il fit cela i cause de ma mère, qu'on ne voulait pas lui donner comme épouse ; Balès fut le négo- ciateur de cette trahison. Ganelon, en traître perfide qu'il était, vous donna en même temps le conseil de renvoyer et d'éloigner Yon, mon père et tous ses parents et de rester là seul avec lui, Ganelon, pour y combattre [Aspriaen] ; [mais] à ce moment même, il vous abandonna perfidement ; car lui et ses hommes, qui tous portaient les insignes (Jekenc) démon grand-père, attaquèrent [subitement] vos gens; il vous eût défait complètement, si mon père et ses parents n'étaient venus à votre aide. Ce résumé concis n'est pas bien clair; nous pouvons cepen- pendant conclure que nous avons ici un épisode d'une guerre entre Charlemagne et un roi scythe ; cette guerre se complique, comme cela est fréquent dans les chansons de geste, d'une histoire d amour entre la princesse, fille du roi, et les chevaliers de la cour de Charlemagne. Ganelon, furieux de ce qu'on lui refuse la princesse (parce qu'elle aimait Yon, apparemment, ou avait été promise à celui-ci), négocie secrètement avec le ■ m m I. Voir sur cet Aspriaen, roi des Scythes, Rom.^ XXI, 582, n. i. LA VERSION néerlandaise' DES L0RIL4IKS 23 roi Scythe, en même temps qu'il fait éloigner du camp de Charlemagne les chevaliers fidèles, Yon et ses parents; puis il attaque subitement Charlemagne, ainsi affaibli. Dans cette attaque, lui et ses hommes portent Us insignes du roi Aspriaen, et il me semble que ces quelques mots ne deviennent vraiment intelligibles qu'en les rapprochant du récit de la trahison de Ganelon dans R : dans la guerre d' Aspriaen aussi, Gaiîelon et ses hommes auront porté sous leurs vêtements, cachées d'une façon ou d'une autre, les deviseis et armoiries du roi scythe ; les troupes d' Aspriaen approchant, ils auront rejeté ou retourné leurs vêtements «de dessus, puis, munis de leurs insignes de trahison, ils se seront mêlés aux troupes d' Aspriaen, afin d'at- taquer Charlemagne. — Dans un poème aussi long, la répéti- tion d'épisodes analogues était à peu près inévitable ; nous en avions déjà vu un autre exemple. Si notre rapprochement est justifié, il constitue un lien de plus entre le livre populaire et le poème. Gédéon Huet. P. S. Je dois exprimer ici toute ma gratitude à M. Petit, de Leide, et M. de Vreese, de Gand, pour les indications biblio- graphiques qu'ils ont bien voulu me donner. NOTICE DU MS. 9225 DE- LA BIBUOTHÈQUE ROYALE DE BELGiaUE (légekdier français) Le n** 9225 de la Bibliothèque royale de Belgique est un grand livre en parchemin, écrit d'une belle écriture de forme dans la seconde moitié du xvi« siècle. Il contient 234 feuillets. Le texte est à trois colonnes par page et chaque colonne contient cinquante lignes '. Il a fait partie dès le xv^ siècle de la Bibliothèque des ducs de Bourgogne, étant mentionné en ces termes dans Tinventaire de 1467 (ou 1468), dit de Bruges, qui fut dressé après la mort de Philippe le Bon : Ung autre livre en parchemin, couvert d'ais rouges, intitulé au dehors : La légende dorée, coman<;ant au second feuillet après la table : David le prophétisa^ et au dernier : enfant de Babilonne '. Puis, dans l'inventaire de 1487, dit de Bruxelles : Ung autre grand volume couvert de cuer rouge atout deux cloans de Icton, historié et intitulé : la légende dorée^ comenchant ou second feuillet : David le propljetisa quant il deist^ et finissant ou derrenier : qui vit et règne par tons les siècles des siècles. Amen J. Les indications des premiers mots du deuxième feuillet et des premiers et derniers mots du feuillet final se vérifient plei- nement dans le ms. 9225. Ajoutons que les inventaires du 1. Ces grands livres français à trois colonnes semblent avoir été à la mode dans la France du Nord à la fin du xiiie siècle et au xiv«. Voir Delisle, Mélanges de paléographie , p. 220. 2. Barrois, Bibliotlxque protypographique ^ art. 737. La transcription ne paraît pas littérale. 3. Ihid., no 17 12. NOTICE DU MS. 922^ DE LA BIBL- ROY. DE BELGIQUE 2^ XVI' au xviii* siècle auestent que le môme manuscrit n'a jamais cessé d'appartenir à la Bibliothèque des ducs de Bourgogne '. Le ms. 9225 est le premier tome d'un recueil en deux tomes, dont le second est conservé dans la même bibliothèque sous les n" 9229 et 92JO '. C'est ce que je vais montrer. Avant d'entrer dans la Bibliothèque des ducs de Bourgogne, le ms. 9225 appartenait à la chartreuse de Zeilhcm, près Diest (Brabant, arr, de Louvain). On lit en effet au haut de la première page : In Ixr volumine canthienlitr in gatUœ Atirra Legenda Pcriirui ad Carthustensemin Zelhan,prope Diest. Les points rem- placent quelques motsgractés, qui étaientprobablement : miracula 8. Virginis d VitcPalntm. Le deuxième tome (ms, 9229-30) ren- ferme en effet les miracles de la Vierge, de Gautier de Coinci, et le poèint de la Vie des Pères '. Ce second tome ressemble naturellement beaucoup au tome I". Écriture, ornementation, disposition générale (trois colonnes à 50 vers), tout est pareil; mais il y a d'autres moyens d'établir que les deux volumes se fai- saient suite. D'abord le ms. 9229-30 a appartenu à la même char- trtusede Zelhem, car on lit au dernier feuillet : Dit hoik bthoirl de» Charlrûsen van SeeJhem hy Dyest. Puis il a fait aussi partie de la Bibliothèque des ducs de Bourgogne. Il a sa mention dans les inventaires de 1467 (Barrois, n" 746), de 1477 (Barrois, ti" '74S); t^nfin "^^n* ^'^^ inventaires successifs de Viglius (n" 41s), de Sander (n° 364), de Franquen (n" 14), de Gérard (n" 871)*. Si l'on corfipare ces numéros avec ceux qui ont été assignés successivement au ms. 9225 (ci-dessous, note i), on voit que c'est dans le seul inventaire de Franquen qu'on a eu l'idée de rapprocher les deux volumes. J'espère que ce rap- prochement sera effectué définitivement dans le catalogue actuel- 1, Voj'M le Cdlalogar des mss. de la Bibl. rayait, î, Ccliv : invent, de Viglius (1)77). n» 177; invcm. de Sandems (1645), n° 160 (ce numéro se lit au haut du premier feuillet): invtni. de Franquen (1751), n» 15; invent, de Gérard (1797), no 88g. 2. Il a deux numtms parce qu'il contient deux ouvrages : c'était le système de Marchai, l'ancien conservateur des manuscrits de la Bibliothùque royale. î. J'ai eu occasion de sign.iler ce manuscrit, Rcmanùi, XVI, 168-9, mail je n'avais pas songé, alors, à le rapprocher du ras. 911 >. 4. Voir lecsialoguc ptécili' de In Kiblioihèque royale. I.cclix, 26 p. MEYER lement en cours de publication, où la numérotation est indé- pendante de la place des volumes sur les rayons. Ce qui prouve encore mieux la nécessité de ce rapproche- ment, c'est que la table placée au commencement du ms. 922 5 se continue au commencement du ms. 9229-30. Cette uble est divisée en trois parties : i** Vies des saints, 2^ Miracles de Notre Dame (Gautier de Coinci); 3** Vie des Pères (en vers). Le titre général est ainsi conçu : Ci commencent les tytres de la légende des sains ^ qui autrement est apelée Ltgende dorée ou L^enda aurea. Et après œmmencent les miracles Nostre Dame^ tous les tytrts; et après les tytres de la Vie des Pères. La seconde partie de la table commence ainsi au fol. i r^, col. 3 : Cl LffjUTTtf Us mhnècies SK^trt Dame ^i tmomt soml hommes a retenir et a WÊitrt d «vartTV. G coannence k vie Theophilus, et comnient Kostre Dame le delÎTn Je$ mitas au deable. Le dixième article occupe les deux dernières lignes de b colonne et se continue dans le ms. 9229-30 en de telles condi- tions qu'un mot (famé) se trouve coupé en deux : Du pcestre couvoîieas qui ne volt ûer jl Ia povre £i- {ms. ^2^p,K /W. ; ■^V me« MA lU 1 Tusurier. Voici donc ce qui s^est passé : on a voulu, lorsque les detix tomes sont sortis de la chartreuse de Zeilbem pour entrer dans U Bibliothèque des ducs de Bourgogne, leur donner Pappareoce de deux ouvrages distincts formant chacun un volume. Pour cela on a d*abord gratté au haut de b première pu£x du :omc I» ta furtie de Titiscnption btine qui se rapportait aux mir^des de Notre Dime et i U Me des Pères ; puis on a détaché de c;r tonne le second teuillet de la taKe pour Le pUcer en tète du deuxième tome. Seulemea:, ce second ôniillet cïe ôonaait qu'utîe fKxrtie de la rabie des mincies, puisque Le commence- oient de cette tnème ubîe était rescé en tèce du tocr.e L AIocSs psxir comMer cette lacune, on a recopié, ea :èce du tome H, le cocrtsiencea^ea: de Li tibîe *k la secoode partie, cocldoc fcmr> Main:;;aaa:. vvcurcr^s-nocs du cocksîi ic tocue V^^ ^ai seul cèccs in^sresjK. [ DU MS. 922J DE LA BIBL. ROY. DE BELGIQUE 3? ^'1^235 ressemble, par son apparence extérieure comme pûgtm cxmtenu, à trois légendîers que j';ii décrits et analysés, Il y a quelques années, sous ce titre : Notice sur trois ligmdiers français attributs à Jean Bdel '. Il peut servir à préciser et à compléter certaines des idées que j'ai exprimées dans ce mémoire, et c'est pourquoi je crois utile d'en donner présente- ment la description. Ces trois légendiers sont les suivants : Londres, Musée brit., addii. 17275 (-^) ; Paris, Bibl. nat. fr. i8s (B); _ - - 183 (C). Ils présentent une particularité commune : c'est qu'ils sont tous trois attribués à Jean Belet : Ci commencent Us rebriches de la vie des saints, ia manuscrits parles lettres .-i Fi\ ie r.'a: nuiiomcn: entendLlcs classer par ordre d'anacnncié, soit au poin: de vue d^ iVciturc ii;v son: à peu près contemporains., soi: a celui tii \i lorm.ir'.^r. : - ji a'^'^icnc la lettre .1* .lu ms. ûl Londres parce ^uc c'est celui ou; con:ion: k- plus d<. icjrendes c: auouei k devais consacrer b plus prjnde partK dv mor vtujj.. ;. S. cette N-ù nunou^ vian^ Ccc doit être ru- suite dune omission acci- denteik-. cj- eik se tv^uve d4n> A et dan^ /». Dans ce dcmicf manuscrit elle e^î copiée deu\ lo> ar: ^^ e: 4t*'\ NOTICE DU MS. 9225 Dt LA BIBL, ROY. DH BELGIQUE 2$ t':ii;an dont a été composé le Itgendier représente par le ms, de Brunelles et par C. Ce légendier est, comme presque tous ceux qui nous sont parvenus', une compilation formée d'éléments divers. J'en- icnds par là que le compilateur a groupé ensemble des légendes qui avaient été mises en français par des traducteurs différents. Voyons comment on peut distinguer ces divers éléments. 1. (Art. 1-5.) Cinq morceaux qui sont placés, comme ici, en lète de beaucoup de nos légendîers, mais que l'on rencontre aussi isolément, et qui n'ont certainement pas été composés pour y prendri: place. On les a mis en guise d'introduction, en léte de lépendiers préexistants : ce sont les morceaux sur la Nati- vité (i), sur l'Apparition ou adoration des mages (3), sur la Purification (i), sur la Passion et la des;ente aux enfers, tra- duction de l'Évangile de Nicodéme (4), sur la conversion de saint Paul (s). Je rappelle, l'ayant établi ailleurs, que les trois premiers morceaux sont des sortes d'homélies composées en très grande partie i l'aide de sermons français de Maurice de Sulli '. Les légendîers où on trouve ces cinq morceaux ne sont pas au nombre des plus anciens. 2. (Art. 6-17.) Une série de 12 articles concernant saint Paul, saint Pierre et les apôtres. Ces articles (sauf un, le n" 9) ont été très fréquemment copiés : ils forment l'élément le plus constant et le plus ancien de nos iégendiers français- L'un de ces articles pourtant, le n° 9 — je viens de le dire — doit être excepté : c'est la légende de saint Procès et saint Martinien, qui se rencontre rarement dans nos légendîers '. Il est visible qu'elle a été introduite ici i cause delà mention, faite au début, de saint Pierre et de saint Paul. A cet endroit devraient se trouver les légendes de saint Jacques le Mineur ei de saint Longin *. Elles ont été reportées plus loin (an. 42 et éi). I. A vrai dire, il n'y a g\ière qu'un légendier qu'on puisse attribuer en sa loulité (il ne camprunJ du reste que qualone ligenJes) k un seul auteur. Et encore ce n'est pas bien sur. On pourra voir ce que je dis Ji ce sujet dans l"Wi((. Un. àt k Framr, XXXlll (non encore paru), )96-8. î. Voir ma notice sur le ms. B.N, fr. 6447 (.Voïwi es: bien de Wajchier. Je me permets de recvox^er à VHisz^s^e éslifr^rt^ XXXIIL 27:, b:cn que ce tome n'ai: pas cocons paru. $. Voir, par ex.. *e jêgendier de 5aia:-PéîcTsKx:rg. -V*vi.xf r: extrmiis^ XXXVI, 7 NOTICE DU MS. 9225 DE LA BIBL. ROY. DE BELCiaUE JI évidemment pour k réciiaiion en public, sur laquelle j'ai appelé l'attention dans ma notice sur les tiois légendiers attribués à Jean Belet '. L'intérêt spécial de cette légende française — qui n'avait été rencontrée jusqu'ici que dans les mss. A B C— consiste en ceci que le traducteur s'est nommé : c'est un certain « Rogîer • de Longasire, presire », d'après B et C, Rogier de Longalix (nom qui parait corrompu) d'après le texie de Bruxelles. On voit par cette analyse que le légendier de Bruxelles est une compilation faiie à l'aide d'éléments très divers. Cette com- pilation est cenaînemeni antérieure au milieu on à la seconde moitié du xiV siècle, époque à laquelle ont été faits le ms. de Bruxelles et les trois mss. ABC, qui sont des éditions plus ou moins augmentées du même recueil. Pour assigner avec quelque vraisemblance une date à cette compilation, il faudrait savoir quand ont été mises en français les plus récentes des légendes qui y ont pris place. Or, nous ne le savons pas. Nous pouvons supposer que la vie de saint Oswald (art. 28), celle de saint Léo- nard (art. 57) que l'on ne rencontre pas en dehors du groupe formé par Bruxelles ex A B C, sont plus récentes que les autres légendes, dont on possède des copies du xiii' siècle, mais ce n'est qu'une supposition. Admettant que cette compilation soit relativement récente, on peut se demander si elle n'offre pas quelques rapports avec quelque compilation plus ancienne. Voici ce que j'ai trouvé dans cet ordre de recherches. Nous avons vu plus haut (p. 30, note i) que, pour la série des vierges, notre recueil offrait un rapport certain avec un légendier constitué dès la fin du xiii' siècle, en tout cas avant 1)12, date de l'un des trois manuscrits qui nous l'ont conservé. Le rapport ne s'étend pas aux autres parties du recueil. Maïs, à d'autre égards, on peut constater une grande res- semblance entre notre légendier de Bruxelles et un légendier qui a été décrit ici même ', celui d'Arr.is. A vrai dire, il n'est pas possible de se rendre un compte exact de ce que contenait, en son état primitif, le ms. d'Arras : il y manque probablement un cahier au commencement et plusieurs cahiers à la iin, sans I. Mr/tfW rt MJrti/ï. XXXVl, 4ii 1. Homama. XVII, }66 et suiv. 32 l>. MbYtR parler de nombreuses lacunes intérieures '. Malgré cette cir- cons:.ince délavorable, nous pouvons constater un rapport suivi entre le ms. d'Arras et le légendier de Bruxelles ', comme le montre la table de concordance qui suit : Arras Brux. 1. Dispute de S. Pierre et de S. pjul contre Simon le nlaglfien. 6 1 bis '. Passion de S. Pierre. ... 7 2. Passion de S. PJul 8 5. S. Procès et S. Martinicn. ... 9 4. S. Andrii (miracles) 10 5. Banhélumi ri 6. S. Jacques le Majeur 13 7. S. Philippe n 8. S, Mathieu 15 9. S. Simon et S. Jude 16 10. S, Jérûme 47 11. S. Benoit 48 .\rras Brcx. 12. S. Brice jo lî-S.Pantin îi 14. S.Maldius -,2 15. S. Paul le Simple 5î 16. S. Antoine ■ 17. S. Pantaléon 6) 18. S. Hilarion - 19. S Nicolas 46 2Q. S. Pairice » 21. S. Fursi . 2j. S. Martin 49 24. S. Maniai 45 Les derniers articles (25 à 29) du ms, d'Arras sont propres k ce recueil, et ne se rencontrent en aucun autre légendier. Le rapport entre les deux recueils, sans èlre constant, est cependant as.sez évident. I! faut surtout remarquer qu'Us ont l'un et l'autre, et à la même place, la vie des saints Procès et Marti- nien.qoi ne se trouve ailleurs que dans le légendier de la biblio- thèque Sainte-Geneviève (ms. 588). D autres coïncidences se seraient probablement manifestées si le ms. d'Arras nous était parvenu dans son intégrité. La vie de saint Jean l'évangéliste, qui forme l'article 13 du ms. de Bruxelles, manque dans Arras, mais cette omission est probablement intentionnelle : le copiste savait qu'il devait transcrire plus loin (art. 26), une vie en qua- trains de ce saint. Qu'il me soit permis de noter, comme sup- plément à ma notice sur ce recueil de légendes, que le ms. I. Voir ibiJ., p. 168. 3. Les cinq premiers i le ras. d'Arras, mais ils Idgendier de Bruxelles manquent daas : trouvaient sans doute dans le premier cahier qui manque. ;. Dans ma notice du légendier d'Arras, aum£ra i ce mor(:e:tu. I KOTICE DU MS. 9225 DK LA BIBL. KOV- DE BELGIQUE 33 d' Arras, quoique assez ancien (i'écriture esl du xili' siècle), n'est pas un légendier primitif : il contient des textes qui lui sont propres et qui n'ont été admis dans aucun recueil du môme genre : une vie de saint Vast, dont on n'a pas d'autre copie, et divers poèmes. Mais il est fondé sur une compilation anté- rieure que nous n'avons pas et qui devait être apparentée de près au légendier de Bruxelles. Voici maintenant l'analyse de ce dernier recueil : i. (Fol. î) Ci commenu ia passion et la resurrecliim iioilrt Stigiitiir Jitesu Critt, il comtienl il nasqui di la vierge Marie. — Quunt li tens (u raempliï que Nojire Sires JhesuŒist volt naistre de nantre dame sainte Marie, il honora moût sa nativité, non pas pour soi, mes pour nous a lui trere. . . (/(;, s,, C).) î. (Fol. 4 vo) Sans rubrique '. — Veriteî esi qiie[qiiant] ' Nostre Sires oas- ijul en Bethléem de la Vierge Marie, que l'estoile qui est d «a naissance apparut aus .iij. roys païens devers soleil levant, . . (.^4, B4, C4.) 3, (Fol. 5) Ci dit comment Nostre Sires fu offert aa Temple., Symcon le re(ut entre ses bras et rendî grâces de ce qu'il avoil ' etveott Celui qu'il unit tiXHl lon^iiemenl dtsirrt, et dist : a Sire, or cesses • tu ton serf en pais. • El ainui raffri la bineinle vierge Marie au jour de la Chandeleur au saint tempken JherusuUm, dont sainte Yglise s'esjoist tn celé remembrance. Q.ua fu remplit de la gesine nostre dame sainte Marie, cil qui eren priitreni Nostre Seigneur. . . si parent C-^S.fii.Cs.) K. (Fol. 6)Ci' du comment les .xij. princes de ia loy a Pilale r et qu'il m faisoil roys. Annas, Cayphas et Dadami, Gamaliel, Judam, Levi, Kepialim, Alexander. . . (.* 7, B 6, C 6.) 5. (Fol. 10 vo) Ci avnmeuce la conversion S, Foi Vaposlre, et comment saint Eitienne J'u lapidei dt pierres a la joie parduratde. Après ce que saint Estiene (U Upidei, li jouvenciaus qui avoit en garde les robes de cculs qui ts lapi- derenl, qui avoit a non Saulus. . . 1. C'est l'adoration des mages. 2. quant manque aussi dans BC. — I.a coupure n' dans C; ce dernier ms. rattache i ce ch^ipitre U fin de l'arlicle précédent 5. Ms. qml lavoil. 4. Sic. mais on préférerait leises. &»■». XXXll' 34 P- MEYER 6. (Fol. Il) Ci dit comnifnt saint Pol vint a Romnu. (V«>) Quant saint Pok fu venus a Romme, li Juif vindreut a lui et si li distrent : « Desfent nostre loy en laquelle tu es nez . . . 04 24, B 14, C 8.) 7. (Fol. 15) Ci commence la glorieuse passion monseigneur saint Pierre Paposlrty qui tant fu bon ami nostre seigneur Jbesucrist. (vo) Entendez la pas- sion glorieuse monseigneur S. Pierre, de son martyre que il reçut por Nostre Seigneur. Il est veritez que sains Pères estoit a Roomie. . . (-4 25,B 15. C 9.) S. (Fol. 18 v«) Ci commence la glorieuse passion monseigneur saint Poi Tapostrt^ De la passion saint Pol soient seur et certain tuit dl qui croient en nostre seigneur Jbesucrist que, quant saint Luc Tevangeliste fu venu a Rome, de Calasse. . . {A 25, B 16, C 10.) 9. (Fol. 21 vo) Cl commence la vie des glorieus martirs S. Procès et saint Martinien. Quand Sn^sous et Matés furent mort et crevez ', comme vous avez oî conter et dire, Noirons, li très fel emperieres, commanda a . j. haut home puissant, qui Paulins estoit apelez, qu*il prebt les .ij. apostres saint Pcreet saint Pol... (Cii.) 10. (Fol. 22 vo) Ci commence la vie du glorieus apostre monseigneur saint Amdrieu. Des glorieuses miracles saint Andn sachent tuit créant en nostre seigneur Jbesucrist que uns enfes qui Eg\-ptius avoit non ' . . . (Fol. 27, sans rubrique) Devant touz ces miracles que je vous ai contez, el commencement que li beneoiz apostres messires saint Andrieu aloit pree- chant... {A 26, B 17, C 12.) il. (Fol. 30 V*) Ci commence la glorieuse vie monseigneur 5. Berthelemieu 1. Faute singulière. Il faut lire, comme dans le ms. de Sainte-Geneviève {Remania^ XVII, 372) et ailleurs : « Quant Symons Mague fu morz et cre- vez . » C ne commence pas tout a fait de même, et dans le ms. d'Ams le feuillet qui contenait le commencement de la vie fait défaut. 2. On remarquera que les miracles son: fon loin de la passion, qui prend place plus loin au n* 5^. E>e même dans C. Mais il y a. pour les miracles, une légère divergence er.ire le ms. de Bruxelles et C. Dans ce dernier, le rédt des miracles commence ainsi : « Sachent tuit créant en nostre seigneur Jbesucrist que uns ent'es qui Egiptius avoir non. .. » La variante que présente le ms. de Bruxelles e>: celle à'A (an. 2c), du ms. dWrras i^Rcm , XVII, )7|), du ms. dWlençon < Bull, delà So:. des anc, textes^ 1892, p. 87), NOTICE DU MS. 9225 DE LA BIBL. ROY. DE BELGiaUE 35 Vapostre. Or vous dirons de monseignor saint Barthelemieu Tapostre qui, après le haut jour de l'ascension Nostre Seignor. . . (A 21, B 19, C 14.) 12. (Fol. 3 3 vo) Ci commence la glorieuse vie monseigneur S, Jacque, frère saint Jehan Tevangelistre '. Après le jor de la sainte Pentecoste, que li Sainz Esperiz fil descenduz seur les apostres. . . (Fol. 30 vo, sans rubrique) Or nous convient revenir aus miracles que Nostre Sires fist pour le beneoit apostre . . . (Fol. 37, autres miracles) Ce fu en Tan de Tincarnation Nostre Seigneur Jhesucrist mil et cent et viii anz . . . {A 22, B 20, C 15.) 13. (Fol. 43) Ci commence la glorieuse vie monseigneur saint Jehan Vevan- gelistre. (Vo) Bien est cogneûe chose que la seconde persecucion qui puis Noi- ron fu faite seur crestiens . . . {A 16, B2i,C 16.) ïk, (Fol. 46 vo) Ci commence la glorieuse vie monseigneur saint Phelippe Vapostre, Douce chose et bonne est oîr parler des oevres Nostre Seigneur et des vies et des passions de ses sainz apostres. . . {A 17, B 22, C 17.) 15. (Fol. 47) Ci commence la glorieuse vie monseigneur saint Mathieu r apostre. Voirs est que Diex a cure des homes, mes plus a il cure et soing des âmes que des cors. . . (A 18, 523, C 18.) 16. (Fol. 51 vo) Ci commence la glorieuse vie monseigneur saint Symon et saint Judty les glorieus apostres. Bien avez oî et entendu comment, après le haut jor de l'ascension Nostre Seigneur . . . {A 19, 'B 24, C 19.) 17. (Fol. 56) Ci commence la glorieuse vie monseigneur saint Marc, le bon evangélistre, (v©) Raisons est et droiture Ton truist en Tescripture comme messires saint Marc li evangelistres ^la en Egypte. . . {A 20, B 25, C 20.) 18. (Fol. 57) Ci commence la glorieuse asomption a la beneoite vierge Marie qui porta nostre seignor pjesu Crist. (vo) Quant nostre sires Jhesucrist, pour le sauvement de tout le monde pendoit en la croiz, fichiez de clous. . . (A 14, B 12, C 21.) I. Jacques le Majeur. 36 p. MEYER 19. (Fol. 59) Ci commence la glorieuse vie Marie Magdaleine, la beneûrée, La très douce Marie Magdaleine, selonc l'orgueil du siècle si fu née d'un lignage de grant noblois . . . {A 15, B 13, C 22.) 20. (Fol. 62 vo) Ci commenu la gjprieuse vie sainte Marthe, la beneoite hos- tessejhesu Crist. (Fol. 63) La beneoite et honorée hostesse Nostre Seignor Jhesucrist, sainte Marthe, fu née de Bethanie, d'un chastel près de Jheru- salem. . . ^(A 152, C 23,) 21. (Fol. 66) Ci commenu Ut vie saint Mat/né \ le glorieus apostre. (vo) Sains Mathiés, H glorieus apostre nostre seigneur Jhesu Crist, fu delà ligniée. de Juda, de la cité de Bethléem, et fu de haute lingniée. . . (B 26, C 24.) 22. (Fol. 68 vo) Ci commenu la glorieuse vie Marie l'Egyptienne. De madame sainte Marie l'Egyptienne vous voil dire la vie. Premiers vous dirai pourquoi elle fu apelée égyptienne. . . (i^i55, C25.) 23. (Fol. 72) Ci commence la glorieuse vie monseignenr saint Luc li evange- listres. Saint Luc li evangelistres, selonc ce que dient li aucteur et les livres de l'Eglise, fu syriens et nez d'Antioche, et fu bons fusiciens . . . {A 29, B 27, C 26.) 24. (Fol. 73 vo) Ci commence la glorieuse vie monseigneur saint Clément, Li tiers apostoles a Romme, après monseigneur S. Père, si fu monseigneur saint Clément ... {A 109, C 27.) 25 (Fol. 75 vo) Ci commenu la passion monseigneur saint Morise. Diocli- ciens si estoit princes de la cité de Romme, et fu esleûz a empereor de tout le monde. Et quand il fu esleûz, il vit que touz paîs estoient triboulé. . . {A 108, C 28.) 26. (Fol. 77 vo) Ci commenu la glorieuse vie monseigneur S. Barnabe r apostre. Saint Barnabe fu de Chipre, et fu apelez Joseph, et fu en l'office d'apostre avoec saint Pol . . (5 28, C 29.) 27. (Fol. 78) Ci commenu la glorieuse vie tnonseigneur saint Théodore. I. Saint Mathiss. Cette version n'est pas celle qu'on trouve dans le Légen- dier liturgique (^Notices et extraits^ XXXVI, 25) et dans le ms. 772 de Lyon (Bull, de la Soc. des anc. textes, 1885, P- 57)* NOTICE DU MS. 9225 DE LA BIBL. ROY. DE BELGïQjDE 37 Au temps de .ij. empreours MaximeetMaximien, toutes les gens cstoient con- traint a sacrefier aus ydoles. . . (A 107, C 30.) 2S. (Fol. 78 vo) Ci commence la vie monseigneur saint Osvualt *. Li succes- sor Eaduvim, un roi d'Engleterre, si chaîrent en apostasie, car, comme il feîssent mal a leur gent en leur règne et a la foi . . . {A 106, C 31.) 29. (Fol. 79 vo) Ci commenu la glorieuse vie sainte Anestaise. Toutes les choses qui sont dites et contées des oevres et des diz des sainz hommes font bien a oîr. . . (A 154, C 32.) 30. (Fol. 86) Ci commence la glorieuse vie sainte Foy. Sainte Foy, la glo- rieuse vierge, fu née de la cité d'Agenense, de haut père et de haute mère. .. (A 144. C 33.) 31. (Fol. 87 vo) Ci commence la vie a la glorieuse vierge madame sainte Mar- guerite. Puis la résurrection nostre seigneur Jhesucrist et sa glorieuse ascen- cion enz es ciex a son père tout puissant, souffrirent mort et tormenz et paines pluseurs martirs pour son saintisme nom essaucier. . . (A 145, C 34.) 32. (Fol. 90 vo) Ci commence la glorieuse passion des ,xj, mile vierges. Ci commence la vie et la passion des .xj. mile vierges de G>loingne. El tempsque nostre sires Jhesucrist avoit le siècle auques conquis et conveni a la sainte foi du baptesme. .. (A 146, C 35.) 33. (Fol. 93) Ci commence la vie sainte Crestine la glorieuse vierge. (Vo) Qpant la crestïenté croissoit et florissoit par les miracles que^Nostre Sires faisoit por les sains et por les saintes qui, por sa loi essaucier, recevoient martire. . . ÇA 147, C 36.) 34. (Fol. 98) Ci commence la vie sainte Cécile la glorieuse vierge. Haute chose est d*oïr et de retenir la sainte foy et la sainte loy Nostre Seigneur que i apostre tindrent et ensuivoient... (A 148, 5136, C 37.) 35. (Fol. 102 ro) Ci commenu la vie a la glorieuse vierge sainte Katerine. I. Saint Oswald, roi de Northumberiand (f 642). Le nom est corrompu dans A (Odoart) et dans C (Ossuart). 38 p. MEYER Les estoires agnales nous enseignent que Costentis li filz qu'il reçut de Cos tentin son père le gouvernement de Tcm pire... ' (A 149, B 147, C 38.) 36. (Fol. 108 vo) Ci commence la passion saint Andrieu Vapostre. De la pas- sion saint Andrieu dient ainssi li expositeeurs : Nous le veîsmes tout prestre et diacre des eglyses d'Achaîe... {A 26 s C 39.) 37. (Fol. 1 10 vo) Ci commence la glorieuse vie madame sainte Luce. Au jour que la renommée et la parole croissoit et enforçoit durement par pluseurs contrées... (A 1 50, C 40.) 38. (Fol. 112 vo) Ci commence Ut glorieuse vie sainte Agnès ^ la beneûrée vierge. Tuit devommes grâces et loenges rendre a nostre seigneur Jhesu- crist des saintes vies as glorieus martirs et vierges des passions qu'eles souf- frirent . . . (.^151, C41.) 39. (Fol. 115) Ci commence la glorieuse vie monseigneur saint Gille, (vo) Nus crestîens n*est en terre qui Nostre Seignor voeille servir ne amer. . . (^A iii^B 135, C42.) 40. (Fol. 118 vo) Ci commenu la glorieuse vie monseigneur saint Alexis, En cel uns que la loi Nostre Seigneur estoit creûe et essaude et que les gens se penoient adont plus de bien faire. . . (A 121, C43.) Ai. (Fol. 121) Ci commence la glorieuse vie monseigneur saint Thomas Vapostre. (V©) Bien est droiz et raison que tout cil qui crestîens sont et Nostre Seigneur aiment et croient oient volentiers parler de Nostre Seigneur et des sains apostres . . . (A 27, B 29, C 44.) 42. (Fol. 124) Ci commence saint Jacque le petit, (vo) En cel tans que li saint apostre preechoient et a'nnonçoient la sainte evangille par le monde. . . (^28, 531, C 45.) 43. (Fol. 125) Ct commence la glorieuse vie monseigneur saint Brandain qui 1 . Cette leçon incorrecte est aussi celle de B et de C. Lire avec A : « que Costentins li joenes reçut le gouvernement de Tempire de Costentin son père. » 2. Le ms. A place ici, en tête de la vie, les miracles du saint. On a vu que les miracles ont, dans le ms. de Bruxelles, une autre place, i Tart. 10. De même dans C. NOTICE DU MS. 9223 DE LA BIBL. ROY. DE BELGiaUE 39 tant est bêle et gracieuse a oir et a escouter, (vo) En la vie de monseigneur S. Brandtin, qui moût est délicieuse a oïr en cors et en ame . . . {A 122, 5 51, C 46.) 44. (Fol. 135 vo) Ci commence la glorieuse vie monseigneur saint Victor. Antonius, un roy de paienie estoit. Cil roi commanda par tout son enipîre. . . (i4i23, C47.) 45. (Fol. 134 vo) Ci commenu la glorieuse vie monseigneur saint Marcel, (Fol. 13$) Au temps que Nostre Sires Jhesucrist preechoit et enseignoit les Juïs. . . (B, 52, C48.) 46. (Fol. 144 yo) Ci commence la glorieuse nativité monseigneur saint Nico- las, Toute criature qui en Nostre Seigneur a fiance et créance doit volentiers oîr et entendre les vies des sains. . . (.^112, 5 53,C49.) 46 bis, (Fol. i$2 vo) Ci commence la translacion monseigneur saint Nicolas. Ci commence la translacion monseigneur saint Nicolas, et en quel manière ses saintimses cors fu aportez en la cité de Bar, la ou il est encore. Après toutes ces choses et pluseurs autres qui ne sont mie escriptes. . . (Fol. i$5. Miracles sans rubrique.) Uns desvez estoit en la contrée de Bonevent. (A 114, B 53 biSy C 49 bis.) 47. (Fol. 158) Ci commence la vie saint Jérôme. Saint Geroimes fu ntz de haute lignée, d*un chastel qui fu apelez Stridons; si estoit en la marche dalo- maise et Pannonie >... (A 113,1^ 54, C50.) 48. (Fol. 159 vo) Ci commettce la glorieuse vie monseigneur saint Beneoit. Uns hom fu de sainte vie, si comme saint Grigoires nous raconte. . « (^ii5,B55,C5i.) 49. (Fol. 167 vo) Ci commence la vte saint Martin. Chascuns doit volen- tiers oîr le moutepliement et le bien entendre qui puet venir de bones paroles ; car, par le bien savoir et retenir,, ne puet on s'amender non . . . (Fol. 176) Ci commence la translacion monseigneur saint Martin. Après ce que messires S. Martin, de qui je vous ai conté et dit la vie. . . {A 116, B 56, C$2.) I . Lire : en la marche Dalmasse et de Panuonie. — Les articles 47 à s 3 sont de Wauchier de Denain; voir Romania, XXXIl, 584-5,61 Hist. litt. de la Fr., XXXIII (non encore publié), 286-285 (Jérôme, Benoit, Martin, Brice), 266-268 (Malchus, Paul le Simple), 271 (Paulin de Noie). I 40 p. MEYER 50. (Fol. 176 vo) Ci commenu la vie saint Bries. Quant saint Brice estoit jovenciaus, il gaitoic moût S. Martin, por ce qu'il le veoit viel home et de grant abstinence... (^ii7,B57, C53.) 51. (Fol. 177 vo) Ci commence la vie saint Paulin evesque. En ce tans que li Wande orent degastée la terre de Lombardie . . . (A 118, B50, C54.) 52. (Fol. 178 vo) Ci commence la vie du chetif moine <. Saint Jérôme nous raconte et dit que cil qui ot les saintes escriptures. . . (A 119,559» ^'SSO j 53. (Fol. 180 vo) Ci commence la vie saint Pol le Simple. (Fol. 181) Un^ hom fu en celé contrée ou S. Anthoinc habitoit . . . : (A 120, B 60, C 56.) 54. (Fol. 181 vo) Ci commence Ut vie monseignor saint Jehan Baptiste, (Fol. 182) Moût devruit chascuns crestîens et chascune crestîenne volentiers oîr parler de Dieu et de ses sainz . . . {A 31,^30, C 57.) 55. (Fol. 185 vo) Ci commena Vordenanu des apostres '. Après la Penthe- coste, quant la foi de sainte Eglise commença a essaucier. . . {A 30,^82,058.) 56. (Fol. 186) Ci commence la vie saint Crissant et sainte Daire. (Vo) Tholomeus, très nobles hom et honorez de la cité d'Alixandre, bien puis- sanz, quant il vint a la cité de Rome. . . (5 35, 49» Cs9.) 57. (Fol. 189) Ci commence la glorieuse vie monseigneur saint Lienart, Entendez trestuit environ, vous qui ci estes assemblez pourescouter la parole Jhesucrist, car je ne vous raconterai chose qui voire ne soit... {A iio, ^34, so, C 60.) 58. (Fol. 191)0* commence la vie monseigneur saint Hernoul. Geste parole puet estre entendue de monseigneur saint Hernoul, en qui honeur nous sommes ici assemblé. . . {A 66, B61, C61.) 1 . C'est la version (par Wauchier) de la Vita Malchi, monachi captivi. 2. C'est l'histoire de saint Etienne protomartyr. Voir ma notice du nis. fr. 6447, ^rt. 2} {Notices et extraits^ XXXV, 480). NOTICE DU MS. 9225 DE LA BIBL. ROY. DE BELGiaUE 4I 59. (Fol. 194) Ci commence la vie S. Kyriace. (Vo) £n après la fin de regnement l'onoré empereor Costentin, entra ou règne Juliens li empe- reres.. . (A 63, B 36, C 62.) 60. (Fol. 19$) Ici commenu la vie monseigneur S. Thomas de Cantorhiere, Mi chier filz, ceste Teste doit estre célébrée a grant soUenipnité par vraie deN'oaion... {A 64, B 37, C 63.) (i. (Fol. 197) Ci commence la vie monseigneur S. Longis. Moût devroit volentiers chascuns qui crestîens est oïr et entendre de verai cuer et par bones pensées retenir les passions et les vies des sains apostres et des martirs. . . {A 6s, B 38, C 64.) 62. (Fol. 198 vo) Ci commence la vie monseigneur saint Jorge , le glorieus martir, (Fol. 199) Veraiement raconte la devine page que quant li saint home se pcnoient et ellbrçoient d*acroistre et d*essaucier la sainte loi nostre seigneur Jhesucrist . . . (^67, B 39, C 65.) 63. (Fol. 204 vo ») Ci commence la vie S, Panthaleon, Au temps que Maxi- niensestoit emperieres a Romme, iert granz persccucions... (A 68, B 40, C 66.) 64. (Fol. 206) Ci commence Iq vie S. Sixtes, Ce fu el temps que Decius ' César fu emperieres... (^69, B4i,C67.) 65. (Fol. 207) Cl commenu la glorieuse vie monseigneur saint Lorens. (Vo) Après ce que saint Sixtes fu martiriez, si comme vous avezoî devant... (^33,^3^,^68.) 66. (Fol. 209 vo) Ci commence la glorieuse vie monseigneur S, Ypolite, Vous avez oî de saint Lorenz le beneoit martyr... (A 34, B 43, C 69.) 67. (Fol. 211) Ci commence la glorieuse vie monseigneur S. Vincent. (Vo) Saint Vincent fu moût haus homs ; ses pères et sa mère le norrirent * moût richement... (A 3$,B44, C70.) 1. Il y a ici une interversion de feuillets. Les feuillets doivent être lus dans cet ordre : 200, 204, 202, 203, 201, 205. Cette interversion existe depuis la première reliure du ms., car elle est constatée par deux notes de main con- temporaine, Tune au bas du fol. 200 vo (quereis et torneis trois fuiUjtSy vous trovereis la matire)^ l'autre au bas du fol. 203 vo (quereis en la vie S. Jorge cba devant, trois fulhès). La graphie Ih, pour / mouillée, indique que l'auteur de ces deux notes était wallon, et était différent deTécrivain du légendier. 2. M$. len norrirent. 42 p. MEYER 68« (Fol. 21 3 yo) Ci commence la vie monseigneur S, Julien, le glorieux hos- tdier. Uns preudons raconte la vie S. Julien que il [a] translatée de latin en roumans. . . (^36,545,^71.) 69. (FoL 221) Ci commence la glorieuse vie monseigneur saint Cristofle, Moût puet estre liez a qui Nosore Sires donne tant de sa grâce qu'il ne li des- plest mie a oîr les paroles qui de lut sont. . . (^70, 535,46.)' 70. (Fol 227) Ci commence la glorieuse vie moto^gmtir 5. Cosmê et 5. Damien, Cil qui crestTens sont et Kostre Seigneur aiment €t croient... {A 37, B 47, C 72.) 71. (Fol. 230) Ci comnufKe la glorieuse vie mon seigneur saint Huitau. Au temps Trajan Tempereor^que deable avoit si grant force et si grant pooir, que par lui, que par ses menistres... {A 38. B 48, C 7).) TABLE Adoration des mages, voir Appari- tion. Agnès, 38. Anastasie, 25. André, 36. — miracles, 10. Apparition, 2. Amoul, 58. Assomption, 18. Barnabe, 26. Barthélemi, 11. Benoit, 48. Brendan, 43. Brice, se. Catherine, 37. Cécile, 34. Christine, 33. Christophe, 69. Chrysant et Daire, 56. Clément, 24. Côme et Damien, 70. Etienne, protomartyr, 5$. Eustache, 71. Foy, 30. Georges, 62. Gilles, 39. Hîppolyte, 66. Jacques le Majeur, 12. — le Mineur, 42. Jean-Baptiste, 54. — Tévangéliste, 13. Jérôme, 47. Julien, 68. Laurent, 65. Léonard, 57. Longin, 61. Luc, 23. Luce, 37. Malchus, 52. Marc, 17. Marguerite, 31. Marie l'Égyptienne, 22. — Madeleine, 19. Marthe, 20. NOTICE DU MS. 9225 DE LA BIBL. ROY. DE BELGIQjaE 43 Martial, 45 . Paul le Simple, 5 3 . Martin (vie, translation), 49. Paulin, 51. Mathias, 2 1 . Philippe, 1 4. Mathieu, 15. Pierre (passion), 8. Maurice. 25. — et Paul (dispute contre Simon), Nativité, i. 6. Nicodèmey voir Passion. Procès et Martinien, 9. Nicolas (vie, translation et miracles), Purification, 3. 46. Qpîriaque, 59. Onse mille vierges, 32. Sixte, 64. Ordonnance des apôtres, voir Etienne. Théodore, 27. Oswald, 28. Thomas, apôtre, 41. Pantaléon, 63. — de Cantorbéry,6o. Paul (conversion), 5, Victor, 44. — (passion), 8. Vincent, 67, — voir Pierre. Paul Meter. DE RAMBAUT E DE COINE 1- i 1 Cosi intitolato è noto, secondo la lezione del canzoniere provenzale G pubblicata nelF Archiv di Herrig (XXXV, 102), un giuoco partito intorno a una questione di casistica amorosa : di due intenditori di una medesima donna, che facciano per lei quanto si conviene a pregio, e che siano pari di pregio e di nobilità, deve più tosto « venir a mercé » colui che le âpre Tanimo proprio, ovvero l'altro che non osa di farlo * ? Il Ratnbaut y^xo^ontïiit la questione, è senzadubbio Rambaido di Vaqueiras : lo prova la testimonianza degli altri mss. * Ma chi èquesto Coineche prende posto nella storia délia letteratura provenzale unicamente in grazia délia sua partecipazione al présente dibattito ? Lo Chabaneau non sa dire altro intorno a lui se non che coine sia un aggettivoche signifîca « gracieux », adoperato forse corne soprannome poetico di un qualche signore lombardoo provenzale'. Troppo poco, e, disgraziatamente, anche questo poco passibile di diminuzioni. Innanzi tutto, all'ipotesi di un soprannome poetico non ci si potrebbe ragionevolmente appigliare se non nel caso disperato délia inesistenza di Coine nome di persona. Ora sta il fatto che, come a suo tempo e a proposito dello stesso trovadore, rammentarono il Tobler e lo Schultz-Gora, Coine appunto come nome di persona ricorre nel Girard de Rossillon^, Rispetto poi alla questione délia nazionalità, se lombarda o provenzale, questione manifesta- 1. Gr. 392, 29. Cfr. anche Selbach, Das Streitgedicht in der altproven^aî, Lyriilr, Marburg, 1886, p. 74-$. 2. Oitrc che G legge Ramhaut^ senz' altro, C; mancano di rubrica ETQ; ma de Vaqueiras leggesi in (FK)D. 3. Biogr.,^. 137. 4. Zfitschr. fur rom. Phtlol.,\, 593. DE RAMBAUT E DE COINE 4S menie fondata sulla consîderazione de' paesi dove Rambaldo visse più a lungo, io non precendo di aver esaurita la riccrca. Tuiiavia, siando a qiiello che mî è stato dato di vedere, credo di non andar lungi dal vero afferniando chc ail' onomastica médiévale italîana sia sconosciuto tanto il nome Coine, quanto un altro qualunque che assomigli ad esso. Saremmo indotti da cio a propendere per l'ipotesi provenzale, e in tal caso la datadcIU composizione cadrebbe avantî ii I190; dopo il quaJe aano è certo che Rambaldo aveva già abbandonata la Pro- venza ed eta venuto in Italia, se pure, coms pare probabi- lissimo, non aveva fatto questo gii molto tempo prima '. Le redazioni inédite del giuoco partito dànno luogo a quakhe considerazione e aprono ladito a qualche ipotesi nuova, che forse non sarà superflue di discutere prima di passare a pro- porne délie altre. Si prenda dunque conoscenza di queste redazioni. Ne siampo integralmente le due gemeile di / e di K, ea^ruppo intorno ad esse le varianii délie altre, contenutene' cânzonierî CDEQl ', astenendomi, per motivi che saranno I compresi piùtardi.da qualunqije tentativo dî restituztonecritica. RAHBAtm DE VAQUEIRAS E SEINGNER COINE. I. Scingner Coines, jois e preti ei amors Voi comanJaa que jujâtz < un lor plai D'uoa doiDpoa qu'a dos entend edors Que fan per lei toi quant a ptciz )i eschai, 4 E soni amduî d'un pretz e d'un paratge, o[l1 Io a, Gardatz quai di;L leiUz a , V Crescinl, Per gU sttidj roman^i, Padova, 1891, p. )} sgg. . Debbo al mio amico M. Pierre Champion la copia de' mss. parigini, prof. Pio Rajna la copia del ms. riccardiaao, e a G. Bertoni quella del n estenK : luiic, superfluo il dirlo, accurate quanto si possa deslderare. ). I ; uu4/^. 1 - Coine CGQT, Congé E. ioie C, ioi T. amor T. — a. cotnando Komandon D, comandem Q, iuigetz C, iuiges E, iugef Q. iuzaz DG, meaz lorC£. — 3- une D. entendedor DT, -dros Q. — 4, lieys CT, leis E. ti r. s'cseh, CGC; Ii os' manca in ET. — ^. amdos Q?, adus T. — 6. lur * GQ. — 7. autres Q. non Io y a. C, noiil a, D, no lo i a. E, que II l'a. no Ici a. Q, DO Ii ». T. — 8. g. dati q, d. C, de g, m. m. D. deu a devenir T. 46 V. DE RARTHÔLOMAEIS II. Certes, ' Rambautz, lo uisers' es follors : Si je ne quier merce, per que l'aurai ? Pois que ma dame aura totas valors Ja de merd no mes desperarai : 13 Qpere merd non es ges poing d'oltrage, Q^ Judas fo perdut per son fbllatge, Qpi de proier non s'ausa enardir ; Mainz peccadors fiai desospers moriri 16 m. Seingner G)ine, danz l'es e desonors A cel que quier 5 lo don pois li estrai, E sobra totz amadors l'es paors Qp'om li die : Ja no men parletz mai ! 20 E l'autre amans tem dir lo sieu damnaje Qpar cd que tem sap d'amor son usatge E tramet li fin' amor per mesage ; Si no la enquier, e queren lai sospir Lo ben qu'enquer £sitz ma dompnam merir «. 24 IV. Certes, Rambautz, cum qu'eu fassa aillors, J'a ma domna mon mal non cell^rai, 1. Mss. Cartes, Cosi pare al v. 25. 2. Mss. tarsers, 3. l/Lss.quiel. 4. Mss. marir. 9. Certes DGQ, Sertas CET. Raimbaut CDEG, en Rambaut C,-alt T. taiser DGT, tasers G, folor T. — 10. e s*ieu non q. C, si ia no q. £, s'ieu no q. G, non q. j2, no cuer T. — 11. pus ma dompna C, ma dona EQ^ mi donz G, mi don T. tuta valor T. — 12. la d. m. C. merce CEGQ, merces T. nom d. Cr, no me d. £, no mes esperarai G, no mes espérai Q. — 13. quererCjpr, qui quer m. E, merce CEQ, merces G T. non es lunh mal o. C, sel no fai p. d'o. £, non es p. Q7. outraige £. — 14. ludan Q, îlidan T, foi Q, perdutz CDEG. — 1$. quar C. que GQ. prcyar CEG. Dieu preiar T, de paor Q. auzet CE. inardir T. — 16. maint GQ. fa ses esper m. C. desesper GQ^ desperar T. périr T. — 17. dan QT. V manca in CT. — 18. qui E. lodon] merce E. pois] c'om T. lij loy C. — 19. tôt a G. amator Q, tut amador T. Tes] an C, a QT, Tai G, li E. paor T. — 20. qu'ilh C. digua CE, diga T, dia GQ. io C. palleç omaij^. — 21. e l'a. a. t.] per que l'autre t. C. aman EGT. H verso manca inQ. — 22. c. hi t. T. qui t. E. tenjP. — 22 bis. e manca in G. — 23. sdh non 'en q. C. en quieyran C, enqueron E, enqera GQ, e deran T. l'ai s. CD, l'an li s. E, enq. li s. GQT, — 24. 1. b. q'ieu fatz m. d. CEGQ^ 1. b. cem m. d. 7. nu dooa C. morir] deu merir CT, de merir GQ, merir D. DE KAMBAUT E DE COINE 47 Qjiar liom pot Irop lart que:ir lo socors ; E que me vi\ socors pois mort serai ? 28 Fols es qui cella al megi: son malage. Quel n'es plus greus e plus greu en so âge ! Anï la dei l'om si pcr temps descobrir, K sa dame vol ■ lo puosca desgurir. ;3 ', Seingner Coine, J'esparvier ed'astors Voill quim mostraii que d'amor eu me fai ; Qjjc cei qui quier »o se lîda en lausors Ni en sa dame ni el be que el iai, }6 Q$iel queire fai de joi privai salvatge. (Xuello che per prima ci coîpisce scorrendo il tesio e le vamnû che precedono, È che in tutti i mss., fatta appeaa cccezione di C, spuntano.qua e li, iiel Éondoprovenzale, degli elemenli francesi. Cosi D (iK) : madame ii, merci 12, ptoiier proicT i^, die [Aici) 20, sa dame ^2 i"] ; D(JIC)QT : ge je ro; IK : merci 13; E \ oiitraige ly, D : une 3 . Notevole ausa DG(^JIC)QTi^; la « consecuiio lemporum » esige oh^c/, che difatti leggcsi in C e inE ; evidentemente si ha da fare, non già col présente provenzale, ma col perfetto francese. È lecito chiamare i copisti responsabili di codesii francesîsmi ? Basta considerare che si tratta di copisti italiani epiù abituati alla trascrizioné del provenzale che a quella del francese, per convincersi del contrario '. La verità sarà che il componimento non d è pervenuto netla veste originaria, ma in una tra- t. Mss. noi. 1. Dovranno bensi impuiarst a' copisti italiani le forme congiuntive ;u/at; UlODGr 1, »Kslralï(lKQ)G u- 15. Cencs DQ3. Sertas CET. -bautCCr, Raumbot Q. cumqu'ieu]ço — qe QT. faç' amaJors Q. — ï6. ia iHiiiKS in T. raos maIsC. — 37. q'om p. 1. 1. Q. poib. t.t.C. qucrcr CQT. querre E. q. s. CEQTIlv. manat 'm G. — a8. e quero vilra C. morts CE. — 29. fol CQ. a son m. QT.— on mil E. — yo. qu'ilh CT. n'es pluse plus greu e. s. a. D, plus greus e . plut mais C, pi. greu e pl.greo GT, pi. greu; e pi. greus Q.— Il rtstodtlla ' txmfctiiianr taanai in T. — ji. lo deu CE. aam l'om si p. t. d. Q. — )i, qne sa dompna C, que si sa dama E, si sa donna G, se ma donna Q. leu I, p. C, vol p. O, vol ben l'en p. guérir /;, vol t>en le p. garir G, voil ben pot garir Q. — 35. Coenc D, Congé E. esparviers E. Queslo i 1 w. sgg. muuutiHo ia C. — jj. qcm mostrei DEQ. sai D, men sai G, mi saî Q. — j6. sa dona EGQ. li f, C, quel el f. Q. — j?, qerer GQ. priva jj. 48 V. DE BARTHOLOMAKIS duzione : al di sotto del testo provenzale sta, evanescente bensi ma percetcibile ancora, un lesto francese. Contre questa affermazione puo sollevarsi qualche dubbio a cagione dell' immuniti di C. I mss., è vero, sfuggcno a una classificazione ben sicura; cio nondimeno, a considerare die C solo va scevro del verso interpolaio alla y cobbola ', si direbbe cheesso si ricolleghi a una tradîzione ïndipendentc dagli altri; per cui l'aniichiià de' francesîsmi non sarebbe cosi alla da risalire sino ail' archetîpo comune a tutti, ma si limitarebbc a quello donde discesero i mss. DEG(IK)QT; essi non spettereb- bero, insomma, agli autori, ma pur sempre a un amanuense, Orbene,ammcttiamo pure per un momentoche i rapporti tra C e i suoi iionfratelli siano proprio quali puà (arceli immaginare un dovcroso scetlicismo, resta sempre che si possa domandare se cio imporii che sia proprio la lezione di C quella che rapprescnta la lezione genuina. Il testo francese, una volta entraio, gra/ie a Rambaldo, nelle compilazioni provenzali, fu sottoposto a un' opéra di rimucamento idîomatico, la quale riesci naturalmente più efficace coià dove fu eseguita da copistî meglio scaltriti neil' uso del provenzale; e questo era per l'appunto il caso, né oecorre dimostrarlo, del copista tolo- sano di C. Del rimanenie, la sioria cosi ricomposta del nostro testo sarebbe tutt' altro che una novità : composizioni trove- I Non mi par dubbio che il verso interpolalo sia l: tramtt lî fin' amor fKr mtioge. Il ms. Q i il solo fra' suoi affini che abbia la j» cobbola fomila del giusto nuraecD di versi, cssendo privo del v. E Faulre amans Itm dïr h sùii damnaft. La quesiianc se il v. inierpolato sia questo o qucllo si rbolve, a mio parère, coasiderando clie Rambaldo, per sostenere la propria te», che cioè val ineglio il lacere che il parbre. abbia voluto mctlere a cozzo le conse- tjuenie dell' udo e dell' altro modo di condursi con la donna : chi parla si espone a un riliulo, menire non é cosi di chi tace e affîda la prapria causa 1' sospiri. Se si adoltasse la lezione di t?. OSSÎa se si sopprimesse il v. E Cautrt amans etc., non solo verrcbbe a roancare l'aniitesi necesaria, ma riescitebbe incompretuibile il testo di tutta b cobbola, venendosî a riferire a colui que quîtr h don àb che invcce ê detio di colui che Irm Jir h liiu damiutji, valea dire ii coaicnuio délia seconda parte délia cobbola stessa. Inoltre del v. £ tramtt U fin amor si pud btn far di meno ; ami sopprimendolo il scdso del pasM) De ricscirebbe scmpltficato, basiando il dire chL-chi tace si afiidaa' sos- piri (v. 3)): (neutre non ëlo siesso dd v. H raulre amans. I I riche conservate in travestimenti trobadoricî ce n'è piùd'una; e se l'azione innovatrice è staia qui forse più profonda che altrove, rasentando e talora raggiungendo la compléta cancella- zione di ogni elemento tbnda mentale, è cosa questa che si spicgherà benissimo guardando alla natura del componimento. Ché inlatti c'è da tar subito una restrizione. 1 francesismi occorrono perla maggior pane nelle cobboledi Coine; qualcuno perô occorre anche in quelle di Rambaldo '. Ora Rambaldo avrebbe scritto in francese ? Per parte mia, conl'esso che la cosa mi parebbe assai strana, anche nel caso dell' autore del discorde in cinque lingue. L'ipotesi più semplice e più naturale saràche Rambaldo abbia scritto neisuo buon provenzale e Coine nel suo buon francese. Era codesto nient' altro che l'uniformarsi a un procedimento consuetudinario di cui rimane un altro notevole documento nella tenzone bilingue di Gaucelm e del conte di Brettagna *. I francesismi délie cobbole di Rambaldo altro adunque non attestano, per nie, se non che i tentativi incos- cienti di Hvellamento linguistico o insomma le incertezze de' copisti anieriori ai nostri, aventi da fare con due lingue e una soia composizione. Ma io voglio pur concedere che sopra quest'ultimo punto si I. V.vv. j,20, ,6. 1. Dicou noievo le documento n.gijcché essoci fornisce una belU riprova, quasi la prova ïperinicnule di quella che dev' esscre stata la storia del ao«tro giuoco partilo. La tenzone t constrvau in due mss. : quelb di Chel- tenham (lesto in SucHiEtf, Dciikmâler, îï6) e il Campori (lesto in Bbrtoni, SluJj rtiman^i, 11. 9)). La Iciione Campori ditTeriscc dalla leitione di Chcl- tenham per ciô che In questo i due hngujggi si maniengono ncitamente distinti, meaire înqueilo la parte francese (normanna) à quasi completamenie proTcnialeggiaia, Quasi complet amen te. perché qualche francesismo super- stiie vi si aUerra ancora, né più ni meno di quanto accade nel lesto nostro. Se noi non conoscesiimo la lezione di Chelienharei, que' francesismi bastc- Tcbbero da soli a larci presupporre un testo più aniico bilingue, e nello studio ddla lenionc ci trovcremmo nelle identiche conviûioni in che d iroviamo nello studio del parlimeti tra Rambaldo c Coine. Insomma, volendo csprimerci pet via di proponioni, potrenimo dire che il lesio Catnpori délia tenzone ira GauccIm c il Coûte di Brciugna slia al testo Ji Chellenham cosi corne il testo pcrvetiuioci del fartitiun ira Rambaldo e Coine Sta a un testo perduio. lij. xxxiy possa liberamente dissentire '. Da qu,into s' ù detio un fatto'J perô mi sembra emerf^erc evîJtnte e taie da non ammetiere discussione, ed è queslo : ehe nell' intcriocutore di Ranibaldo'fl non si dovrà scorgerequind' innanzt né un piovenzale né i lombarde ma un francese, non un irovadore ma un troviero. Si passa cosi alla quesiione piii imporiante e piii delicata : fra' trovieri contemporanci di Rambaldo ce n' t; quakuno che possa, con qualche verisîmiglianza, esser proposto per l'identi- ficazione? Qualunque risposia recisa sarebbe temeraria. Tuttavîa ' segnalaio qualche fatio che sembra condurci proprio ii délia veriià. Un dato sicuro intorno ail' essere del nostro personaggiol risulta dal tesio del componimento, come aveva notato nacu".* ralmente lo Chabaneau. Coine chiania Rambaldo per il sem piice nome di bailesimo, mentre costui lo chiama Smh' i Cvinc. Questi era dunque un signore. Un aliro dato non meno sicuro rîsulia délia forma stessa I del nome. Il Tobler e lo Sclmkz-Gora opinarono che il nomej Coine fosse l'équivalente provençale del francese Qiunc ', Codesra parificazione pero poteva non rïescirc convincente per tutii. Ma omai ogni discussione divien superflue e la parifica- zione siessa non necessaria, da che chi portava quel nome non era un provenzale ma un francese. Ora i mss. leggono varia- i mente Coine (Coines, Coyne) Coene e Congé. Lasciando da panel quesc' ultima forma dalU quale poco costrutio si pu6 cavare; I ognun vede come, data la base edmolo^ica Cônon >, le altre ' I . Al pensiero di una primitive retLiiione tutia francese darebbe confono l'eKinpio délia tenzone fra il iravieio AnJrieu c il rc PieTroIlI d'Aragoai (Anhiv, XLII, p 329). Coiiservaii in un canzoaicre francEse. quello di tkrna, nulU vieu perà di crnli:(i: «±c, per quanio la lingua vi appala pura, non sia usa pure una traduiiotic. Le icnioni bilingui constavaao di roatcria mal- ferraa e oscillante ncl senso frani:esc o iicl xaio provvnaale, a seconda che capitavano \a mano di raccogliiori dî cose dell' uoa o dcU' alira leiieratuni. In ogni niixlo col Re d'Atagona siamo al di fuori del caso dl un trovadoru provençale di l'rovenza. ï. Ztiischr., 1. ciuio, 3. Cft. WAUflilsKâLD, Cliamom dt Conan dtMbiuw, Helsiogsfon, 1891, I DE RAMBAUT E DE COtNE JI due ci ripresentino quella oscilUzione tra oî c oe di ô, che è caranerîstica de' tesii piccardo-valloni. A rincalzo dï che sta- rebbe, malgrado la legittima diffidenza che ispîra la sua postura in rima, l'oulraige dî E ij, contenente il riflesso piccardo di -ÀTICU. Insomma si trarta di un troviero, di nome Coine u Coene, originario del nord délia Francia, nobile, coniemporâneo di Rambaldo. Chi si metiesse alla ricerca di lui, non avrebbe molia strada da fare ; Quene (o Q.uenes ') Je Béthune gli ver- rebbe avaiui da se. EgH solo riunisce in se siesso tuile codesie quai i là. Occorre spiegare corne mai fra Rambaldo e Conone si sia potuta stabilire una corrîspondenza poetica ? Si pensi che rapporti personali fra' due non mancarono non solo, madovetterodurare per più anni, in quanto che tanto l'uno quanco l'ahro parieci parono alla quarts crociata. Il fatto è innegabile, quantunque lïnora non sia stato messo in rilievo da nessuno. Quello che tuti* al più pu6 essere oggetto di discussione è se il loro primo incontro abbia avuto luogo durante la crociata ovvero gîà prima che questa panisse. Conone, che si sappia, non lu mai nel mezzogiorno ", e Rambaldo non fu mai nel settencrione. La presenza di costuî a Boissons nel settembre del 1201, cioè al famoso pariamenio de' crociati, al quale avrebbe poiuto intcrvenire al séguito del suo signore Booifazio di Monferrato, puo essere amniessa per via di ipoiesi, ma niente più '. E solo per via di ipotesî puo 1. SuUe variant! grjfiche Ji questo nome, v, WallenskôLII, I. c. .Mi si permetla di Jggïuogere elle la grafia Qmh-, che é la più usiwta, appartiene ai onzonieri francesi Phi,Pb', Pb'\ R' (sifile del Raynaud); la grafia Cuw- al solo canioniere di Benia. Le gralie piii vicînc a quelle de' nus. pravenzali sono in Villehardouin (edii. WaiUy) ; Ctunti Cmnis, Cuenon Coenon : una sola volu Qumoti 618. In Henri de Valeociennes (edh. id.) costantemente Cuen-, , .\ menochenon siapassalo pel me/^ogiorno nel rccani fhefece inSirîa, per la terza crodata; cfr. Wallenskûld, o. c, p. 6. Non si sa dove Conone i prcndMsc imbarco allora; ma, dato pure che ciù abbia fatto în un porio dî 1 Pmvcnia, si irattercbbe scmpre di un passaggio e non una dimora. V lo non dcvo pre\*enite ouamo sopra la canionc di Rambaldo Af-ipct toi iimoisur t prùor (Gr. 592, j) «a per pubblîcare il Crescini che ne ha iimuociata testé l'eJizioQe crilica. Solo dieo che non si puù negare a priori Î2 V. DE BARTHOLOMAEIS ammettersi che l'incontro fosse avvenuto in Italîa pochi mesi prima, Conone, coni'è noto, vi sien recato durante l'inverno, in qujlità dî delegato de' baroni francesi per tratiare col doge Enrico Dandulo circa il trasporto de' pellegrini nell' Orienie '. Visito allora, permanendovi quaklie tempo, oltre cheVenezia, Piacenza, Pisa e Genova '. Non avri\ eg!i vîsitato anche la cône del Monferrato ? lo credo che, se questo fosse awenuto, Ville- hardouinnon avrebbetrascurato di registrarlo ; e d'altra parle il marchese Bonîfazio non ancora era stato eletto a capo supremo deir imminente spedizione, il che avvenne per l'appunto at parlamento di Soissons >, perché ta maacata visita debba appa- rire încomprensibile. Intanto perù, l'elezione av\'enuta e ogni cosa disposta, incomincia la partenza de' pellegrini : giù per la Borgogna, giù per i valichi alpiiii, ailraverso la pianura padana, affluiscono a' poni dî Puglia e di V'enezia. Fu appunto a Vcnezia che Conone andô a imbarcarsi ', Passando, col fiore délia nohiltà francese, per il Monferraio, non vi si sarà, questa volta, soffcrmato per accompagnarsi con Bonifazio, al cui séguito s'era messo, col fiore délia nobiltà lombarda, anche Kam- baldo ? Non se ne saprebbe ragionevolmenie dubitare. Comunque sia, il certo è che sulle navi venezianc, salpaie per l'Oriente in quel memorabile mattino dell' 8 onobre 1202, si irovavano tanto il futuro régente dell' impero bizantino, quanio il fiiiuro cavalière e feudaurio in Tessaglia. Né costui confuso ira la turba délia génie minuta corne forse qualche suo com- pagno d'arte; ma trovadore gîà iltusire, venuio al séguîto del gran Bonifazio, bene a conuiio co' grandi. Cose queste che ess* poua euere suu compas» nel Monferrato *0' annoncïo dcU' d^ donc ili StMssons. Quanio meglio perà ne cotnprciliaioo il oJore e lo sbn- ào, se per poco t'iinnugifliaroo sgugiu ial cuote c dalla mente del poeta, e tedtau appunio là. a Scnstons, îa tœizo aiU blla entiunsiâ de' baiooî acda- nuati al ion> auovo oMidonictol I. VlUEHAItE)Ol'l.s',$ IJ ifg.;a- J- U .SS4î-*6 4. Son risulta cspCâtaiaeiiK à» ViUdtanloaia -. rai questo c noa ^tra dovette eaam U suo idnnario, ae Conone Ë1 pliti DU dompn' lubeli jial gmic. Altri mss. leggono Como fScHi'LTZ-GoRA, ). c, e Zeilschr., X. S9î)> forma che meglio ci rapprescnterebbe (Coi'ijp, Conio) l'obliquo di Coine; cfr. il fr- Cufaon (Wallenskôld, o, c. p. 1), î. Si cosideri infînc, per quel che pufi vatere, che non sarebbe quesia fra le poésie di Conone di Béthunc la sob che abbia goduio di un ccna (brtuna tra' raccc^lilori di rime provenzall. Ë nnio che il canzionere prov. O (ediz. De Louis, w 87) coniiene una cop^a dclla canzonc crociata Abi, Amours, (omt dutt dtpariie, lusa con on' alira appartenente forse allô Qii- (dain de Coucy (WallenskôLD, o. c. p. 51-2 n., e 114). QiiaHro vers! dclla uesM poi topravanxino nd tiammenio di can70niere provenzale già del . ' 54 V. DE BARTHOLOMAEIS In conclusione : se le précèdent! osservazioni colgono nel segno, la letteratura provenzale dovrebbe contare un oscuro trovadore di meno e la francese potrebbe vedere arricchito il bagaglio poetico di uno de' suoi più antichi e più insigni tro- vieri. Poiché fînqui non si avevano di Conone che poésie composte avanti la partenza délia crociata, cosi l'attività lette- raria di lui apparirebbe essersi prodotta al di qua di questo ter- mine. Si avrebbe inoltre un secondo esempio di tenzoni bilin- gui tra francesi e provenzali, e anzi ne sarebbe questo Tesem- pio più antico, poiché la data délia tenzone tra Gaucelm e il conte di Brettagna, se quello fu realmenteG. Faidit, corne pré- tende il Jeanroy ' equesti Pierre Mauclerc come dà per certo il 1^ Suchier *, non sarebbe anteriore al 12 13. Infine si conferme- l rebbe ciô che più volte è stato affermato, che cioè il coniatto fra trovieri e trovadori, seguito durante la crociatadi Costanti- nopoli, abbia avuto délie conseguenze anche nell' ordine délia storia letteraria ^ ; conseguenze che finora non pareveno docu- mentate da altro che dalla citata corrispondenza tra Hugues de Berzé e Folquet de Romans, la quale, del resto, non fu scam- biata oltre mare *, dove Folquet non passô, ma in Occidente e prima délia partenza délia crociata. V. DE Bartholomaeis. Colocci, contenuto nella tniscellanea vaticana lat. 7182 (v. De Lollis, RomaniUy XVIII, p. 459). 1. Origines de la poésie lyrique en France^ p. 47. 2. Denkmâlery p. 556; v. anche P. Paris, Romancero français, p. 143 sgg. Dev* essere una mera svista quella del Jeanroy (///f/. d, l. /., etc., citata, I, p. 37011.) che dà Pierre Mauclerc come passato in Oriente nel 1212 (1202 ?). Siccome Gaucelm Faidit si sa che fu cgli pure in Oriente (R. Meyer, Das leben des Trohadors G. F., Heidelberg, 1876, p. 40 sgg.), questo potrebbe hr pensare che anche la loro tenzone sia stâta scambiata in Oriente. Se non che dall* epoca dalla quale ebbe il titolo ducale di Brettagna (121 3) a quella della abdicazione(i237), non risulta che P. Mauclerc sia mai uscito dalla Francia. Si rec6 bensi in Palestina, ma più tardi (yXArt de vérifier les dates*, XIII, p. 213) e quando G ..celni non esisteva più. 3. P. Meyer, Romania, XIX, 6; Jeanroy, in Hist. de la langue et delà littérat. franc, di L. Petit de Julleville, I, p. 370 en. 4. G. Paris, Rotnania, XVIII, $53, sgg. ; R. Zenker, Folquet l'on Romans^ p. 10 sgg. LE ROMAN DE GOUFIER DE LASTOURS Parmi les guerriers qui prirent part à la première Croisade, le chevalier limousin Golfier de Las Tors, que nous appellerons à I2 moderne Confier de Lastours ', s'est acquis une enviable noto- riétt-. Je ne referai pas ici, d'après les historiens, le récit de ses exploits i Antioche et à Marrah : il suffit de renvoyer à la com- pilation diligente que lui a consacrée jadis le clianotne Arbellot et qui a été l'objet ici même d'un compte rendu sommaire ', Depuis le travail d'Arbellot, Gaston Paris a mis en lumière les rapports de la Gran Cottijuisla de Vllramar et de la chanson limousine à'Aniiocba (en grande partie perdue) ' ; et il n'est plus douteux pour personne que l'auteur A'Anliocha, Grégoire Bechada, avait donné une place d'honneur dans son poème au héros limousin, son contemporain et son seigneur féodal, et t ainsi singulièrement contribué i étendre la popularité de Confier de Lastours dans tout le midi de la France et jusque par-delà les Pyrénées. C'est vraisemblablement à quelque épisode inconnu des récits épiques de Bechada que fait allusion le trou- badour Uc de Pena dans des vers qui ont été cités ici même par Gaston Paris ' et qu'il est inutile de reproduire. A ce premier groupe de récits et de chants, dont le fond essentiel est historique, vint bientôt se joindre un élément légendaire qui ne tarda pas à conquérir plus de popularité encore. Confier de Lastours devint une des incarnations du . C'est ainsi qu'on ^crit le nom du cliâteau dont Goulier ^ait seigneur : c'étlit autrefois te cenln; d'une parois^i: qui a iii rOunie A celle de RiUmc, aujourd'hui Rilhae -Lastours, canton de Ncsan (Haute- Vienne). 3. Rftmdnia, X, 459; cf. ibid., p. 591. I.e mémoire du chanoine Arbellot a pani en téledu tome XXIX du Bull, dt la Soc. but. tt areh. du Limouiin. I, XVII. iij et s.; XIX, 562 et s.. « XXIl, )4S ei s. i.XXU. ÎS7 56 A. THOMAS thème du « chevalier au lion ». Le chanoine Arbelloia montré qu'il ne fallait pas couvrir de l'autorité du chroniqueur Jaufré de Vigeois le premier récit latin que nous possédions de cette légende ', mais il n'est pas moins certain que la l^ende était formée dès la fin du xir siècle et le commencement du xiii«, puisque le troubadour Jaucelm Faidit et l'auteur anonyme de la seconde partie de la Chanson de la Croisade contre les Albi- geois y font expressément allusion. Gaston Paris ne croit pas que Taventure du lion ait figuré dans le poème de Bechada ; il remarque que ce genre de merveilleux ne répond pas au carac- tère du poème * ; j'incline à lui donner raison '. Enfin, la renommée de Confier de Lastours lui a valu, dans une troisième période, un autre genre d'hommage dont aucun écrivain moderne n'a encore entretenu le public et que je me propose de (aire connaître dans le présent travail. Dans la seconde moitié du xviii^ siècle, la bibliothèque du château de Lastours possédait encore un manuscrit grand in- octavo sur papier du commencement du xvi* siècle, aujourd'hui disparu, mais dont le bénédictin Dom Col ^ nous a transmis une description sommaire et une copie panielle K Ce manuscrit comptait 342 pages et contenait les anicles suivants : jo ^fo8 1-126 r*). Chronique de Jaufré de Vigeois : c'est la 1. Bull, cité, p. 37. 2. /?(ww«iVi, XXU, 358 note. 3. Au moins provisoirement et en gros, car il se peut que le germe histo- rique de cette aventure ait figuré dans le poème, mais n*ait reçu que plus tard un développement légendaire. Pour l'indication des auteurs qui rap- portent cette anecdote, voir P. Meyer, Chanson Je la Croisade contre les Mhi- geoiSy II, $80 et 528. 4. Sur les recherches et copies faites en Limousin par le bénédiain Dom Col (né en 1725, mon en 179$), voir le résumé d*une lecture de Louis Gui- bert à la Société historique et archéologique du Limousin, Bull, cité, XXXII, > . Cette description se trouve, à la suite de la copie du \femorijle dont il est parlé ci-dessus i l'article 30, dans le ms. 252 du tonds Morcau à la Biblio- thèque Nationale, ï^^ 140. — Les manuscrits du château de Lastours ont mal- heureusement été dispersés sans même que nous en possédions le catalogue; mais nous avons sur eux quelques indications èparses. Voyez notamment A. Leroux dans Àtin. du Midi, I, 512, note 4, et G. Paris dans Remania^ XXII, 363. LE ROMAN DE GOUFIER DE LASTOURS 57 source essentielle du Père Labbe poar l'édition de cette chro- nique qu'il a donnée dans !e tome II de sa Nova Bibiiolheca manuscriptorttm, parue en 1657. 2" (f" 126 x'-iiy T"). Récit latin de l'aventure de Goufier de Lastours et du lion, d'après Bernard Gui : Dom Col l'a copié, et sa copie se trouve i la p. 484 du ms. lat. 9193 de la Bibliothèque Nationale. 3° (f"' 127 v-i-^i r"). Mémoire intitulé ; Memoriak est pro rtverendo paire qui faclurus est semiotiem, texie sur lequel je reviendrai et dont on trouvera plus loin la teneur in rxtenso. 4° (f"* 133-139). Vie latine de saint Ferréol, évéque de Limoges : comme le remarque Dom Col lui-même, ce texte a ité imprimé par Labbe, Noi'a Bibl. mamucriplorum, II, 527, « ex Breuiariis Lemouicensibus anciquis n; les Bollandisies l'ont réimprimé d'après l'édition de Labbe et une copie prove- nant d'André Duchcsne, Acla SS., sept., V, 785. S" (f" 140 -fin). Vie et miracles (.'n laiin) du bienheureux Jaufré (à la française /o/rtn'), fondateur du prieuré du Chalard, au diocèse de Limoges, mort en 1125 ; ce texte fort étendu a été publié pour la première fois, en 1838, par A. Bosvieux, d'après une copie en double exemplaire exécutée par Dom Col et con- servée à la Bibliothèque Nationale, fonds latin 9194, p. 411- 444 et 459-496 '. Il est clair, bien que Dom Col ne le dise pas formellement, que le manuscrit de Lastours est l'original de celte copie '. Cet original portait à la tin la mention suivante : " Finit vita beati Gaufredi vicesima februarii etanno ab încar- naiione Domini millesimo quingentesimo primo '. » Il n'y a pas une contradiction irréductible, il me semble, entre ce fait 1. Cf. A. Molinier, Soiircei di rhisl. Je France, 2' iasc., p. 1 11, n" i486. — Bosvieux a signal* dans cette vie de Jaufré un iniéressani passage, que je me penncis de signaler i mon tour ict, sut la prédication en langue vulgaire, m materna Ungua, de saint Gaucher, fondateur du prieurË d'Aureil. le jour des obsèques de Jaufré du Chalanl (octobre I [2;}. Voir Mim. di la Soc. dn H. nat.tlarch. de II Crtust. 111. p. u6 tt 132. 2. C'est ce que Bosvieux 3 [ustemi^nt conjecturé, mais en gJtant sa conjec- lutv par l'idée que l'une des copies de Dom Col dériverait d'une autre copie taîle «ur le iiunuKrit de Lastours par l'alihé Madaud {Mim. dt la Soc. dn se. Ml. « arc-ti, ât la Creuu, 11!. ta;). ). Bosvieux, dans MAn. cités, [H, T 19. S8 A. THOMAS et l'indication donnée par Dom Col que le. manuscrit dt' Lastours était du xv siècle. Arrivons au Mcnioriale mentionné ci-dessus comme troisième article du manuscrit perdu. Dom Col nous en a transmis deux copies de sa main, conservées à la Bibl. Nat., lat, 9193, p. 477- 485, et Moreau 252, f"' i}7-i40. C'est un mémorandum rédigé par quelque fidèle serviteur des seigneurs de Lasiours pour rappeler au « révérend père chargé de faire le sermon » les gloires de la famille et le haut rang qu'elle a toujours occupé non seulement en Limousin, mais au dehors de la province, La date du document peut se déduire approximativement d'une donnée qui figure dans les dernières lignes : le Jean de Lastours qui fit i ses frais revenir de Bordeaux et réinstaller solennel- lement dans l'église de Nexon le chef de saint h'erréol, le II juillet 14ÎI, est dit être le père de celui au temps duquel a été écrit le Memoriale. D'après le Nobiliaire du Limousin de l'abbé Nadaud ', Jean de lastours, fils de Jaufré (Jofroi), se serait marié en 1461 et ne serait mortque postérieurement à IJ05, laissant un fils du même nom que lui, lequel se serait marié en ijio. Il est à craindre que Nadaud n'ait sauté une génération : en tout cas, on peut se contenter de dire (et la vérité sera sauve) que le Metttoriak appartient à la fin da XV* siècle ou aux toutes premières années du xvi". Il est écrit dans un latin barbare (ciniijuestris rsl employé comme passé indéfini du verbe conquirere ; taulum est et cavetur donnés comme synonymes de narratum esl, narratur, etc.), d'où le rédacteur, mal assuré de rendre sa pensée en latin, fait jaillir ci et là quelque expression en langue \Tilgaire '. Les prouesses de Goufier en Terre Sainte sont rappelées avec complaisance, mais sans détails minutieux ; l'hisioiie du lion est expédiée en deux mots, avec un simple renvoi à la « Chronique de Godefroi de Bouillon •< puis, sans faire cette fois aucune allusion à la source où il va puiser ses renseignements, notre auteur nous raconte une histoire dont voici les traits essentiels : I. Tome 111. p, 48. 1. Par exemple, du» le seul paragraphe 1 »vc ifamrs ...potentcr cl vitmosc k lubuii in bcllkosii... dando bonumvcUc sive eoragt ccic : I pro habendo recunum naiilti CI in omnibus rébus i nûliribus diae armite. • I 4 LE ROMAN DE GOUFIER DE LASTOURS 59 Au retour de la Terre Sainte, Goufier de Lastours trouve la reine de France emprisonnée sous l'inculpation d'adultère ; la sachant (ou la supposant) innocente, il réussit à s'entretenir avec elle sous le déguisement d'un frère mineur (déjà ! ) chargé de 11 confesser ; puis il va trouver le roi et lui garantit qu'il saura imposer une rétractation au chevalier félon qui l'a calom- niée. Un combat singulier a lieu : terrassé, le calomniateur avoue son crime et est puni du supplice qu'on réservait à la reine quand on la croyait coupable. Finalement, de toutes les offres en argent ou en terres que lui fait le roi pour lui témoi- gner sa reconnaissance, Goufier ne veut retenir que la faveur de porter les nrmes royales, et c'est pourquoi, dit le narrateur, sur les anciennes armes de la famille de Lastours, qui étaient trois tours d'argent en champ d'azur, on sema les fleurs de lis d'or de France. II faut beaucoup de candeur pour croire ù l'historicité de ce récit : le vénérable Dom Col était candide, et il a fait suivre sa copie de réflexions dont je ne veux pas priver le lecteur, mats que je me garderai bien de discuter'. En réalité, nous sommes U en plein roman, cela ne fait pas question : l'aven- ture attribuée à Goufier de Lastours est la même, à peu de chose près, que celle qui a défrayé un grand nombre d'oeuvres littéraires en prose ou en vers et en particulier un poème fran- çais perdu. Le Comk de Toulotise, imité de très près, semb!e-t-il, dans le poème anglais intitulé Tfx Erl of Tolotis and iht Empi- res 0/ Âlmayn. La lecture faite sur ce sujet, le 8 avril 1899, à la séance de clôture du Congrès des Sociétés savantes, à Tou- louse, par Gaston Paris et publiée, avec des notes étendues, dans la première livraison de 1900 des Annales du Midi, a donné i ce « thème o un r^ain d'intérêt : elle permet d'indiquer très I . ■ On trouve icy un fait que louta (iff) nos historiens on (ii'r) passé sous ûlencc. soit parce qu'ils i'oni ignoré, sait parce qu'il eioit dif!ii:ilE de !e faire adtcc avec les autres faits de ces temps, c'est l'accusasion (sic) d'adultère for- mée contre la reine Benhe, dont Geoffroy (ite) de Las Tours prit la Ueffense ; il semble qu'on devroit placer celte anecdote {sk) vers l'an iioi, lorsque Philip (tic) voulant reprendre Bertrade fit solliciter des dispenses il la cour de Rome. Il est plus que vraissembable que pour donner plus de poids i ses disons il ticlu de faire inculper la fidélité di; si légitime épouse, a 60 A. THOMAS brièvement la place qui revient dans le cycle littéraire au récit que nous a transmis le manuscrit du château de Lastours. Il ne rentre exactement dans aucun des trois groupes constitués par Gaston Paris : par Tabsence de Tamour, il se rapproche du groupe le plus ancien, mais il a en commun avec le troisième groupe le fait que la reine calomniée a affaire à un seul accu- sateur et non à deux. Cette constatation faite, il ne me reste qu'à poser des points d'interrogation. L'auteur du Memoriale a-t-il arbitrairement attribué à Goufier de Lastours une aventure qu'il avait lue ou entendue conter sous le nom du comte de Toulouse ou d'un autre? Peut-on admettre l'existence d'un roman, soit en vers, soit en prose, où Goufier était effectivement le héros d'une pareille aventure? A quelle époque et dans quelle langue aurait été composé ce roman ? Dans quelle mesure son exis- tence appuierait-elle l'hypothèse que Le Comte de Toulouse a d'abord revêtu la forme provençale avant de passer dans la lit- térature française, puis dans la littérature anglaise ? Je ne me trouve pas suffisamment renseigné pour répondre. Peut-être quelqu'un de nos lecteurs pensera-t-il différemment, et c'est pour- quoi je me hâte de mettre à la disposition du public le curieux document dont il vient d'être question *. A. Thomas. I . Quoique ce document n'intéresse Phistoire littéraire que par une de ses (urties, je crois utile de le publier fit extenso ; mais je laisse aux érudits du Limousin le soin de le critiquer et de Tannoter au point de vue de Ihistoire locale. J appelle .\ la copie lat. 9195, p. 477-48>, et B b copie Moreau 252, t"<** 1 57- 140. Cette dernière a\*ait attiré lattention d'Auguste Bosxieux et on en trou\x' une transcription dans ses papiers conservés aux Archives départe- mentales de la Haute-Vienne, d'après l'inventaire sommaire rédigé par M. de Cessac {\ So): c'est la mention de cet inventaire qui m'a fait connaître assez récemment le manuscrit du fonds Moreau; quant au lat. gigj, il m'était connu depuis longtemps, mais ce n'est que la lecture de l'article de Gaston Fans qui m'en a fait saisir le réel intérêt littéraire. — Dans mon texte, je ne tiens fus compte des .r que IX)m Col a introduits dans sa copie A. ^ iitmorUtlt tsl P'O mtiendo (utn qui faelurus tst leriiioiuiii. I. Et primo esi veruiti ' quoi inter cèleras domoï et bsronias nobiles patrie hujusmodi LemoviccDsis domus de Turribus est uiu de principal! bu s hujus- modi patrie Lcmovicensis, el est baroiiia ' una de quuiuor priocipalibiu ipsius patrie, ul notum est apud omnes. I. Item cautum est in multis chronii:i5 i quod semper \o ipsa baranU de Tunibus fuenini • quam plurimî strenui et v^unies niilites qui multa et roitanJa> fiicta fecerunt in partibus uliumarinis ' contri inimicos catholice fidei et alibi in regiio Francie in quam plurimis partibus et locis. ). Itéra et de quibus nobilissimis dominis de Tuiribus cxivit pur totum orbem Christinnorum nomen a<: bellicosa magn^n imitas et laus inesiittiabilis. 4. Item et lioc pro inesiimabilibus et bellicasis servitiis', auxiliis et adju- loriis pcr cosdeni dominos de Tunibus factls Terre Sancie, ad illam redden- (Um* Christianis, et alibi. }. hem et per consequcns ijli suni digni habere budes inter populos chtislianos et quascumqiie geaies. 6. Item et ipsi mL-ruerunl liaberc ' nomen principum et vocantur principes de Turribus ei eorum digris nieriiii. 7. Item et illud nomeit liabuere merueritni. acicniis premissis ei coiise- quenlibus'", m memoria illorum non perêat. 8. Ileni et in quîbus est quod domini de Turribus stmper vocabantut principes et barones in scnescallia Lemovicensi, 9. Item et quod memoraii domini de Turribus voceniur principes etiam . et legendis sanctorum ParJulphi, Aredii, Gauftidi" et Fer- rcoli, ut habeiur per legendas ipsonim, ei nccessc est quod videaniur. 10. Item et qui domini et principes de Turribus fuerunt prudentes, virtuosi et potentes in armis conira Infidèles el alios inimicos regnî Francie. I I . Item et quia memorati virtuosi et bellicosi barones, domini et principes de Turribus, in auiilium Terre Sancte missi [et] vocati fuerunt, attesiantibus" Scrîpturis et chronicis'i monasterii sancti Manialis et aliis hinoriis aniiquis. IJ. Item et presertim in armata seu viagio quam seu quod fecit dominus Godefrcdus de Bilhon,/* litrs preux cr«(iVii'*,dumet quando conquesius fuît Jérusalem'', Antiochiam, Marram et totam patriam Terre Sancie, in quo I B répète «t après wru™.— ïB hironnia^ 3 A ciwioiririi — 4 BJitfrum — S A mirrtxn — 6 B txira marinîi — 7 manque dans B ^ 8 A rfddm- iam illam — 9 A kibire mrrutrtinl — 10 A premissii amstqucnter — 1 1 A GiOiffridi — Il Baleslaatihus — 1 j A chrowiicis ; B crononkii — 14 B (hiti- tiia — I i A Jbernisalem. 62 A. THOMAS interfuenint principes de Turribus et quam maxime Golferius de Turribus, mi- les strenuissimus, ut cavetur ' per dictam chronicam ' illustrissimi Godofredi de Bilhon, quod in dicto viagio nll actum seu gestum fuit magni operis nec laude dignum quin iste Golferius de Turribus interfuerit ) in omnibus et sin- gulis magnis confliaibus durante ipso viagio, et quam maxime apud Marram dvitatem, in qua primus scalam ascendit alios animando, ut plenius contine- tur in dicta chronica « dicti Godofredi $ ; et quod in diao viagio conquestus fuit de reliquiis beatissime Margarite virginis, videiicet ossum colli sive nodum ipsius sancte, prout adhuc apparet in ecclesia béate Margarite apud Turres, et alias quam plurimas reliquias sancton^m que jacent et sunt in dicta ecclesia. Et l^tur de eodem nobili et potenti domino Golferio de Turribus in pre- dicta chronica 4 qualiter liberavit leonem a serpente, super quo \ndeatur ipsa chronica 4. 13. Item et, ut plenius continemr in dicta chronica « dicti dominî Godefredi de Bilhon, cum papa Urbanus venisset a Roma in Frandam pro habendo recursum sive secours a rege Frande pro reddicione * et liberadone 7 ipsius Terre Sancte, inter magnos et potentes prindpes dicti r^ni Frande fuit nominatus ipsc GoUerius, dominus de Turribus, vir strenuissimus, pro eundo ad dictum viagium, qui in dicto viagio multa dampna hostibus catho- lice fidei intulit, ut habetur in diaa chronica «, qui potenter et virtuose se habuit in assault;;^ * et in aliis rébus bellicosis dx-itatum et villarum per Infi- dèles detentarum, se ponendo primum« dando bonum x-elle sive œrage cetens militîbus dicte armate, et tam de faao quam de consilio bonum juvamen Terre Sancte dédit. 14. Item ipse dominus Golferius de Turribus, post reditum' N-iagii ultrama rini»*, venicns ad curiam régis Frande reppcrit" reginam captam ex eo quia accusabamr de adulterio per quemdam militem, et sdens ipse dominus*' Gol- ferius de Turribus ipsam reginam bonam et proham, repperit" modum ilbm allô- quendi per modum confessionb, quia ipse dominus Golferius'* habitum unius fratris minons iuduent, et ipsa audiu et reperto quomodo m^otiumse habe- Kat« ivitad regem et narra%*it sibi omnia, asserens quod et miles ille qui iUud criroen imposuerat eidem regine injuste et indebite >-oIebat predictum susd- nere, quod ipse Golferius in presentia régis faceret eidem militi dicere quod ipEse mentitus erat sub pena amissionb capttis ; qui quidem miles ibidem pre^ sens asscnùt premissa fore vera, et dehinc acccpenmt diem super querda dicte refîne : qui N^mientes ad diem intra\*erunt campum armati ad ibidem debd- Undum, et taliter debellatum fiùt inter ipsos quod ipse miks devictus ab I A c^Mi:%r — 2 A croitonkdm ; B cbrvncnkum — 5 A imUrfmermt — 4 A .■r-,'wc*ci*-J ; B chrvmcnkû — > A Gcdcf^fix — 6 .\ rttidiame ; B nddilwmc — 7 B l:S:r2tiM£ — SB ^SJuks — g B redJiium — 10 B êxinimari^i — Il A *'ii*frU — 12 A domimMS ifsê — 15 B i/is# Goifiri^ Jt LE ROMAN DE GOOFIER DE LASTOURS 63 l'tOilcni Golltrriade Tunibus coaaus fuîi diccrc quod maie et îiiJL'biti: lak cri- 1 «id«m rcgini: itnposucrai, quo dkto fuit punitus pcna calionis. videUcut ■ ca pena qu4 ipsa regîna debcbat putùri. Item videns hec omnia, rcx libcravic kn^inam ci Kgracùius ' est mulium eundt-ni ' Golforium de Turribus, vokns r cum diiare fum aura ei argcnio, viUis 1 et casiellis, sed ipse Golferius Je Tur- ribU3, qui [nulia dominia possidcbai, nichil voluît acLiipcre. IS- Itctnvidens hix rex, ad honorandum ipsum dominum Golferium du Turribuï, voluii quod ipse Jotninus Golferîus Turribus portanmt arma ipsius regu, Wdelicei lilia ïDtiqub ipsius domus de Turribus, que sunt trts turrcs argentée cum campo adureo, que quidtm arma, cum dictis lîliis aurvis • in campa adureo, usque in tbodiemum dium ipù domîni de Turribus ad futuram rei mcmoTiam poriani. 16. hem et ciiam fueruni quam plurinil aliî dominî de Turribus, ut pote quidam nominatus Guido de Turribus, miles, alter vocatus Oliverius et alcer Ramnulfus de Turribus et pluras alii de dicta domo et baronîa de Turribus tara i in consortio predicto quam in comitiva wncti Ludovic!, régis Francie, ubi vîriliter, lidcliier et vimiose in araiis et consiliis se habuerunt, prout pre- mïssa recitantur in tibris et crononicis * Francie et aliis historiis et libris anti- 17. Item et inpuTtibusiMlsconi facia inter Brîvam et Malaman, i raam aciem, sive bataithe *, viet ■a regcm Anglie in una jomata sive hataillv ' I qua vicecon)es Lemovicensis ducebai pri- :omes de Combon 1 ducebat secuudani, 11" et dominus de Cabanasîo e liabuerunt quod lucrati lueniut n jornaia que anle la[ruit|, fuit capCus ipse doniious Oliverius de Turribus ducebat ducebat quartam, ubi sic et talitcr virtuose si diaam batailham*'. 18. Itcmet tcmporequojohannesrcxl ï Picravieriscm contra Angliscus" ibidem ti I de R quam plurimi alii nobiles et poientes principes ipsius regni Francie, L îmcr qu(K fuit ciptus et detenius pcr diaos Angliscos" nabilis et poiens I 4ominus dominus GaufIHdus'> de Turribus, miles et baro bellicosus et in l.«rm» fonis, proai'us domini modérai de l'urribus, 19. liera et causantibus eorum servitiis et meritîs, flores liliî fuerunt clsdcm l'domînis et principibus de Turribus conccssi pcr dominum nostrum rcgem et n corum armls primevîs que erant de tribus turribus argenli cum campo ■adureo, ui predictum est. 10. Item et qui Bores iilii fuerunt celitus missi et dati memorato domino knostro Francie régi qui illos ex mentis prediciis communicavit preiïatis't domi- B rtgr.iliatui — 1 B eumdtm — j B omet viUit — 4 A aurk — fan — 6 A crononicis. — 7 B bataille — 8 A hathdiihe ; B baiailU ~ \ ^ K Cotibiirl — 10 B tertlam — 1 1 B balaiUam — u A B .4'iglislos — I] B Gju/VkJhi. — 14 hprt/alh. 64 A. THOMAS nis de Turribus ad illos habendum, tenendum, et ponendutn ' in predictis eorum primis armis, ut predictum est. 2 1 . Item et bene presuniendum est quod dicta domus ' et baronia de Tur- ribus crat bene potens et dotata villis, castellis ) et redditibus, quia temponbus pnstinis^ domini de Turribus fundaverunt a primo lapide monasterium sive abbatiam de Dalon, ordinis Cistercicnsis, dando eidem abbatie quam pluri- mas domos, census seu redditus ; et ex eo religiosi dicte abbatie tenentur venire obviam eidem domino de Turribus quotiens ipse dominus de Turri- bus ibidem venerit et portare seu déferre sibi claves dicte abbatie in signum quod dicta abbatia fuit fundata per jani dictos dominos de Turribus. 22. Item etiam fundaverunt ipsi domini de Turribus in parte, videlicet pro média parte, monasterium de Terrasson, et dominus vicecomes deTurrenaJ pro alia média parte. 2 3 . Item et ipsi domini de Turribus fundaverunt prepositatum sive prioratum de Amaco, membrum dependens a monasterio sancti Marcialis ^ Lemovi- censis, et ibidem corpus sancti Pardulphi delatum fuit per antiquam nobilita- tem principumde Turribus, ut cavetur? in chronica ^ antiqua sancti Marcialis. 24. Item fundaverunt ipsi domini de Turribus prepositatum de Quadris, membrum dependens' a monasterio sancti Marcialis. 25. Item fundaverunt ipsi domini de Turribus prioratum de Soumur, membrum dependens a monasterio de Grantmont'°. 26. Item fundaverunt ipsi domini de Turribus prioratum de Aurento, membrum dependens a prioratu de TArtige. 27. Item supradicti domini de Turribus fundaverunt prioratum seu helemo- sinariamdc Crucibus ad honorem béate Marie virginis, ubi temporibus priscis" erant prior et quatuor presbiteri" ibidem dicentes quotidie') horas canonicas, de quo prioratu ipsi domini de Turribus sunt soli fundatores dum et quando vacat. 28. Item fecerunt ipsi domini et barones de Turribus quam plurima bona et fundaciones^^ monasteriis'^ sancti Marcialis** et sanai Martini castri et civi- tatis Lemovicensis. 29. Item etiam dederunt et fecerunt ipsi domini et principes de Turribus multa legata et bona ecdesic coUegiatc sancti Aredii. 30. Item et etiam ipsi barones de Turribus dederunt et fecerunt multa legata et bona prioratui seu ecclesie de Carlario. 3 1 . Item et tcmpore quo bcatissimus Ferreolus, Lemovicensis episcopus, I B omet et ponendutn — 2 B omet domus et — 3 B villis et castellis — 4 A pristis — 5 B Turenne. — 6 B Martialis — 7 A tenetur — 8 A cronica — 9 A deppendens — 10 B Granmont — 11 B pristinis — 12 A pieshiteri — 13 A cothidU — 14 B fundatiotus — 15 A monasterii — 16 A Martialis. LE ROMAN DE GOUFIER DE LASTOURS 65 dccessit ab humanis S primo cjussanctissimum corpus fuit sepultum in ecdesia sancti Pauli, prope sanctum Augustinum % que olim fuit abbacia 3, et dehinc translatum apud sanaum Augustinum *, videlicet anno dominice Incarnatio- nis « millesimo centesimo octuagesimo quinto. 32. Item et post successionem temporis, videlicet tempore gucrrarum tyran- norum Gothorum, Wandalorum et quam plurimorum aliorum, fuit delatum corpus beatl Ferreoli apud Turres per antiquam nobilitatem principum de Turribus, ut plenius continetur in legenda ipsius sancti, et necesse est quod videatur. 33. Item et deinde dictum beatissimum corpus ipsius sancti Ferreoli fuit honorifîce deportatum de Turribus apud Nexonium per dictum principem de Turribus et positum s supra altare ipsius ecclesie in capsa deaurata. 34. Item et tempore guerrarum ^ fuit portatum per Angliscos ^ caput beati Ferreoli , Lemovicensis episcopi, de ecclesia Nexonii ad civitatem Burdega- lensem* et ibidem detentum fuit per ipsos Angliscos?, per multa tempora, vide- licet per spacium triginta septem annorum, et dehinc, post primam obedien- tiam régi nostro Francie factam ', de civitate Burdegalensi, opéra et diligentia et expensis nobilis et potentis domini domini Johannis de Turribus, militis et baronis et patris*° domini modemi, restitutum fuit predictum caput jam diai sancti predicte ecclesie de Nexonio, ubi nunc quiescit, et ibidem, per interces- sionem ipsius beatissimi Ferreoli, mulu et innumerabilia fîunt miracula, die undedma mensis julii, anno Domini millesimo quadringentcsimo quinquage- simo primo. 35. Ex quibus premissis apparet quod dominatio sive baronia ac domus de Turribus erat, fuit et est antiqua^S nobilis et magna domus in patria Lcmo- viccnsi". I A bumanus — 2 A Aiigustum — 3 B abhatia — 4 A incaniationis dominice, — 5 B depositum, — 6 A et ipse guerrarum — 7 A Anglistos — 8 A Burdigaîensem — 9 A sitatn — 10 A patri — 1 1 B omet antiqua — 12 B in patria Imjusmodi Letnouicensis . Upmmmia, XXKIV UINFLUENCE DE UACCENT SUR LES CONSONNES MÉDIALES EN ITALIEN Le but de cette étude» est de démontrer que contrairement à la théorie de M. Meyer-Lûbke ', d'après laquelle agûto, ragiôneyfqggiâre, etc., d'une part, fuâcOy pôi:ipy râbbia etc., de Tautre, représentent des traitements normaux, en italien, les consonnes médiales, soit simples, soit en groupes, se sont développées indépendamment de leur position avant ou après la tonique. Les différents cas que nous allons étudier successive- ment, sont ceux-ci ig^ v^y (du lat. vulg.), //, cons -|- //, cons + cù H y riy pi y viy ni y ndiy n^, gUy x^. Les exemples dont la valeur, pour une raison quelconque, parait contestable, sont accom- pagnés d'un astérisque^. Conformément à la méthode adoptée par Pieri, dans son étude sur les explosives sourdes 5, j'ai rejeté des listes des exemples protoniques les formes verbales faibles, cacciàrty al^ârey etc., à cause de l'influence des formes fortes, càcciûy âl^^ay etc. J'indiquerai les ouvrages le plus souvent 1. Extraite d'une thèse manuscrite de doctorat présentée à l'Université de Harvard. Je tiens à exprimer ici ma profonde reconnaissance à mon cher ami et maître, le Prof. Charles H. Grandgent, dont les connaissances étendues et les idées originales et précieuses m'ont souvent été d'un grand secours. 2. Italienische Gramm.^ p. 115 et suiv. 3. L'impossibilité d'accepter la théorie de M. Meyer-Lûbke a déjà été démontrée pour tous les autres cas, à savoir Cyâ, />, / (cf. Arch. glott, itaJ., XV, 369; Rom., XXXII, 593), s (cf. Arch. gloti. ital., XVI, 163. 175), cl, gl (cf. Arch.glott. itaUy XIII, 361, 452), ^(cf. Arch. glott. ita!., XV, 369), nd, mb (cf. Ront., XXXIII, 246). 4. J*ai donné des renvois pour toutes les formes douteuses qui ne se trouvent pas dans le dictionnaire de Kôrting. 5 . Arch. glott. ital , XV, 369 ct suiv. I l'accent et les consonnes MtoiALES EN ITALIEN 67 cités par les abréviations suivantes: KG {^ Arch.glolt. ital.); ALL C = Jrcb. fur lai. J>a-.); AGSP (= Arch. glott. Haï. Suppl. per.); Fanf. (^ Fanfani, Vocab. ddla ling. ital., y édii.); Gr. Grunilr. (^= Grôber, Grundr. J. ront. Phil.); Kôn. (=^ Kôrting, Lal.-rom. fVôrkrbiub, l' édh.); M.-L. (== Meyer-Lûbke. //ii/i>M«irfe Grammatik); Peir. (= Petrôcchi, Novo dijionario scoî. deîla ling. ilal.'); ZOG {^= Zeitschrift fur dit ôsttrreichischen Gytmutsicn, 1891, pp. 763 ei iwV.); ZRP (^= Zeitschrift fur rom. Phil.). g ' : — D'après M--L.,§§ 198, 208,/-' tombe, -'g reste. Après la tonique, g reste normalement./riifiï, rtiga, vago, etc. Exemples de la chute du ^ ■' : leale ', liama ', rrak ', riatne, sciauraK Sont i rejeter : stria:^;^o etfraore (d'après M.-L., de •strigatium et de fragorem?) et tiemo, d'après Flecbia, AG, II, 56 et suiv., à côté de Icgaine de 'tegamen (tegere) par *Uatru, 'itame, 'titnie. Tiemo n'est pas dans Petr. Slria^xo est probablement formé de la forme dialectale slria (cf. Kôrt. , 9 107), ou du moins en a subi l'influence. Cf. la forme plus usuelle strrgaccia (stregaceam?), d'après Petr., formé de strega. Fra- ore, dont la seule signification donnée par Petr, est celle de " fragranza «, vient de "fragrorem (fragrare). La chute du g ' dans fraore (à côté de fragore ^ o fragranza » apparemment de "fragrorem, avec la chute de Vr par dissimilaiion) peut être attribuée à l'influence des formes doubles comme pa(£)ura, sâaigyura, etc. Exemples du maintien du / ' : agognarc, agoslo *, 'bagaglio, *bigoncio ('bigonciu = *bicongium? cf. vénît. bigon^^io") ; *fagollo, 'figura', 'ffogore, giganle, 'gagna (agôniam, cf. Peir.), I. Pout g suivi d>, i, voy. y (du lai. vulg.). 1. L^galt ei Tfgatt sont peut-être des mots savants. j. Ligame et iciagura {iormé àe iàaguialo'tci. Kôrt. 5319) sont les formes usuelles, cf. Pett. - 4. Avec b signification de " runiorc grande >. (Petr.), fragote n dt fra- g*rem. j. Dans Togdrt, Viigdrc, etc., il faut admettre l'influence de t^o, vàgo, etc. 6. Dans le dialecte de Sienne, ooi/o, cf. Hirscli, ZRP, IX. î6s. ' 7. Dans les dialvcies de Sienne et de Pisc. fura, cf. Hirscii, ibid. ; Pieri, AG, XII. isi. 68 j. CLARK GtMiOy *gumina^ legame^ legumcy *Nigosciana^ cf. Pieri, AGSP, V, 34; paganOy *rtffa:ç;((7, regalare^*rigogolo, segugio^^stravagantCy *teganu. Il est évident que la chute du g dans leaU, reaUy liatna^ reamCy et sciaura ne peut être attribuée à sa position protonique. Pour leaUy la forme leiaUy que Ton rencontre fréquemment dans les anciens textes, indique une origine provençale. De même pour liama. L'emploi rare du mot, le changement de genre, et peut- être Vi (cf. prov. liam's)y paraissent appuyer une telle hypo- thèse. Que reak ait suivi Tanalogie de leale^ et reamc celle de reaU, cela se comprend aisément. On peut supposer en outre l'influence de ri. Enfin tous les deux peuvent être simplement, comme UaU^ des mots d'emprunt '. Quant à sciaura, l'in- fluence de paura, au point de vue de la sémantique aussi bien que de la phonétique, parait extrêmement probable. Enfin il est à noter que g-*- montre une tendance à tomber, dans le dialcae de Sienne '. Il se peut que cette tendance ait contribué à la diffusion en Italie des formes sans g ^ t* ^ : Nous avons deux cas à distinguer : i) v suivi d'o, u ; 2) V précédé et suivi d'^ . i) w, vu : D'après M.-L., §§ 198, 208, 211, 212, i* entre voyelles devant 0, u, tombe ou >> ^ en position protoniqoe, tombe (en lat. vulg.) dans -ivus, > ^au commencement de b pénultième des proparoxytons, reste ailleurs. Dans les paroxytons, n» reste : caiw, clnavo. iuii>iv>, etc. > Kœ (naevum), qui tait seul exception, ne parait pas être d'origine toscane *, Dans -ivus, la chute du r est normale : corsicy dioy Uggio^ raîk\ restk\ no, soiatk\ stk\ nath, bacio. Les formes avec r,«#i- i. or. La torme siennobc rriii>, dtèx? fur Hirsch. iSi., 56$. 2, 0\ Hirsch, i^ii., $^>. ;. 0\ Schudurdt. i'jJt. i. ;m^-. Lii. I, 129. 4. z^ bt. d. r ou >. >• ^"^^ et i^o ^^Ji c3cé Je «vtv, i^c * s:»n: Jus jpçurcmsien: a une conâi- sàoQ fosxrkune catr^î r et /, com\îsk>n ?cov«utxî Jj m:tei>er:: Ju r djns k$ pc\?furoi>^ocis , voy. j\.a loin). Ci, R-x^jf (ro^urX vjv. Pkri AGSP. \\ :oi. e: * jc.;^, .;k\^ ^= âv-^X fi^-^u*. À.Kittu^ d^: jur Pserl. AG, XII, I l'accent et les consonnes MÉDIALES EN ITALIEN 69 vo,CQrsiw, âivo, etc., sont savantes. Nous trouvons cependant deux mots, vivo et cattivo, dont le caractère iinéraire semble assez douteux. La signification de ces mots, ainsi que leur traitement dans les autres langues romanes, sont en faveur d'une origine purement populaire. Si l'on considère vivo et caltivo comme des mots populaires, il faut supposer deux traitements différents de -ivus dans t.i Toscane. En l'absence d'autres éclaircissements sur l'histoire de ces mots, la question reste sans solution. vô ïiti ' : V reste, tombe ' et > ^ : pavone, poÇgytw, pavore, pa(g)uTa, Pavone et pagura sont rares, cf. Petr. V tombe et reste : a(v)uto, be(v)uto, de(y)uto. V reste : 'laifrra (sabûrram) : o < h et ^ < j, indiquent une origine exotique. Avocolo,avorio,Jaii>re ', lavoro *,divorare, àevoto sont des mots savants, v tombe ; tosc. 'aorlare, cf. Sal- vioni, Nuove Poslille, z. Fogno (favônium) est probablement un mot d'emprunt, cf. M.-L., § 141. Nous rencontrons ici la même difficulté que dans le cas de -ivus, c'est-à-dire l'incertitude si les formes avec v repré- sentent un traitement populaire. Dans dei'tito, bevuto et avuto, le maintien du v peut être dû i une influence morphologique. Dans paifiif, pavçre, la voyelle tonique (dans les mots savants 3 > p) peut avoir subi l'influence des suffixes -çre et (me *. Dans ces conditions, il est évident que nous ne pouvons pas résoudre, de même que pour -ivus, la question de deux traitements dialec- I. Sont i rejeter, pimii les exemples de M.-L., parcequ'ils n do fomies sans v, ou avec un v secondaire, agiinan^a, iciagura (voy. plus haut), pigolarr (d'après D'Ovidio, Cr, Grundr.. I, joi, de 'pivolare = "pipi- lare, cf. Petr.), piortu' ( — piiKvruo). Piinvnw, dont l'élymologie n'esl pas bien établie, est, d'après Pctr., unw forme de PUioia, 1. Pour la chute du v devant li, h en lat. vulg., cf. Schuchardt, Fo*. il. iiilg. Lai.. II, 477; Solmsen, I. !.. 174. ]. Hirsch, /. I., cite le iicnn. /agore. 4. Dans Icidiateciu deSieimecide Pisioia, /iwrdrv et Jr^iïirf. cf HirKh, l. t.. pp. S6î-6; Bruner, Pbon. of Iht Phi. DïaL, pp. 41,44. ;. Il est i riotcr cependant que pavan, qui est sans doute un mot popu- laîre. se irouvu dans plusieurs dialectes italiens. Cf. aussi dans \ixNuavt Poi- tttie deSalvionî. frioul. mviuit, p. 1, frioul. ravivl, p. Ij ; sicil.îui'uni, p. Jj; ni^l. rfai-uwW(carbunculus), p. %. 70 J, CLASK taux de va, vit (l'un avec la chute, l'autre avec le maintien du vy\ dans la Toscane '. Quant aux formes avec g nous avons déjà vu la probabilité d'une influence de paîtra sur scîagura (d'où sciaura). Il paraît également probable que sciagura a exercé une influence réci- proque sur paura, d'où pagura. Si nous prenons donc, comme point df départ, les deux paires pa{f)ura, sda(g}ura, l'épen- tlièse analogique du g dans pagone, aguttan^a, etc., ne présente aucune diflîculté. îw, vu dans les proparoxytons : '. V reste : 'avolo, benewh, cowlo, diavolo ', favola, Jrivolo, na-»J wh, cf. Meyer-Lùbke, 20G, 775 ; Salvioni, Nuove PostHle, 2j ; 'rovert, cf. Thomas, Rom., XXV, 302, n. 4; tavota, •Wwte,,! *-'W/e(^ -i bîlïs, patevole,fievole,t\. / : nuvoîo -golo, rivolo -golo, stetvia -gola, «tc/iff^ -gola. v>g : Nfgola.ld. Pieri, AGSP, V, 184. Il est évident que les formes avec g ne représentent pas le * développement normal, puisque les formes avec v sont plus nombreuses. Tout d'abord, i! est à noter que dans le traite- ment de -"g u lu s-a-u m nous trouvons des formes alternées, c'est-, à-dire des formes avec v aussi bien qu'avec^ : f ravala = fr(b* gola, iia-olo * =^ legula. On est donc porté à supposer qu'il j a eu simplement une confusion populaire entre ^voîo et -^goloA d'autant plus qu'originairement ces deux suffixes étaîetU employés seulement dans la langue des lettrés, 2) éve : D'après M.-L., § 206, -' v précédé et suivi d'e, tombej Contre le témoignage des trois exemples donnés par M. Meyer- 1. Cf. cependant les noms propres cités par Pieri, AGSP, V, d'ut FaDgttiana (Favonianum), p. 44: d'autre part Livoi;no, p. 23; Citlitvont&M (lubarnum), p. 91. 2. Il s'agit des mois d'origine secondaire. Le traitement populain bulus -a -um, donne deui résultats diitérenis selon que la voyelle pénu liirae est tombée avant ou après le passagedu b a v, d'une p»rt, siabbio, suNnOy etc., de l'auire/o/u, f,iri'/ ég après la tonique (dans les paroxytons) tombe devant la tonique et au commencement de la syllabe pénultième des proparosnons. Dans les paroxytons, ^ y "> èk> normalement ' : correggia, grengf. inveggia, maggïo, etc. Devant la tonique et dans les proparoxytons, nous trouvons les exemples suivants *: y tombe > : "aina, aitare, coilare, 'ditello, 'faina, Friano, ftttare, cf. Meyer-Lûbke, ZOG, 770 ; guaim, Ittnda *, maestà, maestro, meta (aussi arch. meità, cf. Parodi. Sffm. XVIII, 597), Milario, miluogo, rtegghier.te, nicllo, tosc. 'paino'', cf. Parodi, Mise, Ntii^iale Rossi-Teiss, p. 349; lucqu. *pie!la,ci. Pieri, A G, XII 131 ; reina,saime,traco(J)tare,c{. Pieri, I. Pour le traitement de h voyelle tonique, voy. D'Ovidio, Gr. Gninilr,, I, îoi. 1. Cf. s 'S8: Ho"!- Gramm., I, S'o; Gr. Grundr., I, 364. y 11 est probable que Ic5 formes avec iX < ''l. ""ti". '"^iXo, etc., sont entrées dans la langue populaire à une époque postérieure, cf. M.-L., $ Ijo; ZRP, VIII, îoî- Les formes avec;, hajo, crojo, ncja, etc., sont d'origine mtridiotule ou française, cf. Canello. AG, III, iA6; D'Ovidio. Gr. Grundr. I, su; GrOber, ALL, ll,4îi; VI, 1)4. 4. Meriart, raiare, sdraiare sont des formes dialectales, cf. bajo, erojo, neja, etc. (voy. plus haut), et Guarnerio, Rom., XX, 66,0. 2; Salvïonî, NtéOM PoiKlU, 17; Asfoli, AG, 11, 147; III, J46; Rechia, AG, VIU. îï6: Meyer-Lûbtc, $$ îS î. "76. Aiuta (d'oii JÎulart) est dû â l'influence de aiUre (cf. manuca de mankjrt. vov. Sa»,. XXXIII. 347). %. PugmiU, d'ipréi Diez,£(. H')'., 258, de 'pugionalis, est une fortnation de pugno, cf. Foersler, ZRP, XV, jij. Sont des mots d'emprunt proba- blement : miito, cf. MeyerLtlbkc, ZOG, 771 a Mussafîa, Btilràge, 79 ; quart- tima, cf. Grûber, ALL. V. 116; rio»f, cf. Flechia, AG, VIII, ji6; Irai»». d. Kôrt-, 9662 ; froiiiwfl, cf. Pieri, AG, XV, 579. 6. Ni dans Peir. ni dans Fanf, 72 J. CLARK AG, XV, 384; *rriej/^ (*tregeste = Tergeste? cf. D'Ovi- dio, Gr. Grundr,y I, Sï3)> *t^^^« (*viginti ou viginti?)', WiVfl, cinquanta, ditOy ferrana, fra{t)le, *frana (voraginem; cf. Meyer-Lùbke, ZRP, XI, 254; Parodi, Rom. XXVII, 231; Kôrt. 10307; d'après Diez, Et. Wb.^ 372, de fragmina), lôicOy cf. M.-L., § 212; nutdiûy *mania (imaginem?), cf. Caix, Siudi, 44; Salvioni, Nuove Postilky 13,11. i; Pieri, AGSP, V, i%2 \pania(iL côté de pàinUy cf. Meyer-Lùbke, ZOO, 773); venti (voy. plus haut). y ^ èè ^ ' *^S^^f^i cf- Salvioni, Nuove PosiilUy 4 ; ghiag- gitiolOy *maggioranay meggiarUy cf. Salvioni, Misc.Nu:(iale Rossi- TeisSy p* 405 ; ^reggettûy *sagginay cf. Salvioni, Nttove PostilUy 24; Pieri, AGSP, V, 123 ; ^suggello; et de l'étude de Pieri sur les noms propres, AGSP, V: Camporeggiandy p. 60; LuggianOy 51 ; MaggianOy 5 1 ; Seggiane-o, 63 ; Toggiano, 67 ; bàggiolo \ ^-^ggine i^incmy fuliggiruy fusaggim, etc.) S *gitiggiola C']ù']upu m avec / < p par changement de suffixe, cf. Caix, Studiy 663), *mûggine. Au premier abord, les exemples précédents paraissent con- firmer la règle de M. Meyer-Lûbke. Mais comment expliquer ghiaggiuoloy bàggioîoy àggitUy etc. ? En effet, nous verrons que tous les exemples de la chute de 1'^ peuvent être expliqués 1. Cf . Grôber, ALL, VI, 142; Rydberg, Mélanges WaMund, 337; G. Paris, Rùm. XXVI, 107. D'après D'Ondio, ZRP, VIII, 82, •vinti en bi. \-uIg.. cf. Parodi, Rom. XVIII, 595, n. 2. 2. Aggiungo (^adjungo) peut avoir subi l'influence degiungo. Dans2i^- genJd, l^gh, maggese, maggiore, meriggiano.peggiore; fuggire, meriggiare, etc; il faut admettre Tinfluence des formes parentes avec •*- gg^ i^gf, "^^l^'o^ fùgge, etc. 5. D'après M.-L., S 212, « jungeren Ursprungs » (par rapport àihdiJo). La signtication du mot « sostegno » (cf. Petr.), parait rendre douteuse une ori- gine littéraire. 4. D'après M.>L., S 212, « entweder eine besondere Behandlung von-ûgine^ oder eine spâtere Entlehnung aus der Bûchersprache ». Outre qu'il est impro- bable qu'une couche postérieure de mots ait suivi le même dè\'cloppement que /<5i^v» ^^CC^^ ^'^^- ï*-* caractère des exemples au point de vue delà séman- tique (surtou: pour /uliccinf,jf*sdgginf, Untigci^f, '*« "uiey(e)tate > •meyta(ie)> mc(i)/rt. De môme, Milano. a{i)tare, dite, etc. Quant à yé, yi, il paraît tout i l'ait probable que l'y a été absorbé par la voyelle suivante en latin vulgaire ', Deux séries de faits viennent à l'appui de cette hypothèse : i) Le témoi- gnage des autres langues romanes, cf. fr. reine, esp., prov. reina, port, reinha; de même les formes romanes de inagister, pagensis. sagitta, etc. ; 2) les formes suivantes citées par Scbiichardt, foi. d. vulg. Lai., II, 461 : Agriettini, -enlum, -fntinuin, i^aEiorps, rciwc, ^eiEVT- ^ Pour /■'riawo, nous pouvons supposer que é-^ > i -i (normalement, cf. M.-L., § 123) assez tôt pour absorber l'y, Fredianu > *Fri(y)ann > Friano. Que la chute de l'y dans w;twj/A(sans doute d'origine littéraire) soit due A l'influence de maestro, c'est ce qui parait, au point de vue de ta sémantique aussi bien que de la phonétique, extrêmement probable, N'esl-il donc pas permis de conclure que y, toutes les fois qu'il reste entre wyellts, devient ^l" normalement, soit qu'il pré- cède, soit qu'il suive l'accent tonique? (j : D'après M.-L., §§ 247, 249, ^fî >î? >, // -^ > i^, ■* // > çç ; 'abei^j^o, cf. Diez, Et. fVh., 351; Are^^o, *bi:^:^o (d'oùW;;- çocctt? cf. Diez, ibid., 358}, */^i^;(> (d'oùfo^^a^oi'cf. Kôrt. 1667), *eapre^o, cf. Pascal, Sttid. d. fil. rom. Vil, 241; Ascoli. AG, Xin, 29s; V'îv"' cf. Caix, Sludi, 355; mai:;;a^ * mei:p, cf. D'Ovidio, Gr. Grundr., I, 508; Rom. XXV, 300, n. ; Parodi, Rûtn. XVIII, 599; mo;_:;p, novi;;;^o, *Ol>l:;^o, pia^:^a, pa^^o, 'pti^o. Q propos. Meyer-Lfiblic. Rom. Guimm., I, p. 317 (cf. $ 791), s'ex- prime ainsi : • / siehi nur iwiicheti Vokalen und iwar weiin der iweite dun- ; raja, major, ijui, trajecta und dgl. sind bloss elymologische Schrei- bungen, gespTOchfn wurJe Iraidu. 0 Cf. le cas analogue de ifi, vii ; paiirH' (d^i probiblca I. Cf. a Lleolat 1 I.Scelm , (éd. franc.). 1, îjo, . A l'oicepiion de-i 'i'. ulg., voy. plus luut), mais nuiHi). .nn, Auapracbe d. Lit., ]49. Diez, Gramm. lies I. cite rreollitmlo, titintii, Irentas, i-éiiili, nullatai. 74 J- CLARK cf. Diez, Et. Wb, 292 Schuchardt, Sitiber. Wien. Akad., CXXXVIII, 20; ZRP, XV, 239; *ra^a:(;{o, ^ra^j^a^ ^^î^, *fù:^ Xpla^ cf. Petr; *solax^o ', spa^^Oy strw^^y T^^^ vt:^, '^ ^i ^è ' alhagiOy cf. Salvioni, Rom, XXVIII, 91 ; Horning, ZRP, XXIV, sso; barbigi^ ^baHigia, cf. Meyer-Lûbke, ZRP, Vin, 303; minugôy ^servigio, ^valigia, cf. Ascoli, AG, I, 512; *viegio *, cf. Kôrt., 10162; *Vinegia. 'ti> Vi^^k • ^^Xfl et 'igia {ahere:^:^ay -igia etc.) ', palax/^o et palagio *, pre:^o et pr^io, /| -^ > ^ 5 : ragione ^, stagioruTy Tagiani, cf. Blanchi, AG, IX, 438, n. ; Pieri, AGSP, V, 60. Ajoutons les formes sui- vantes, qui appartiennent pour la plupart à la langue archaïque et poétique : bevigionCy carnagiorUy guarnigione *, lamentagioney partigiancy pensagioney tradigioney cf. Canello, AG, III, 343; Caix, Originiy 161. //-'>:(:(': cape:(;(aUy ^cave^j^otUy *ine:^iuolay pe:^xf^te^ */cç- :^u)ôlay *po:^oland, cf. Kôrt. 7574; Po^uoliy ^ravi^ione} cf. Pieri AG, XV, 379; ti:^:^oney *ve:^:^oso. De l'étude de Pieri sur les* noms propres, AGSP, V; Cape:^:^anOy p. 38; Cora:;x^lay 42; Dama:i^ianOy 43; Ga:(^anOy 40; Gu:ç^anOy 41; Mina:;x^na^ 53; Mola:i^ianay 54; N(xç(anOy 56; Pia^aruiy 59; Tii^^atuiy 66; Vera:^- lanûy 68; Piax^:^uolOy 187. 1. Cf. Mcycr-Lûbke, ZRP, VIII, 503; Ford, The old Span. sibOanls, 16. D*origine provençale, d'après Grôber, ALL, V, 472. 2. Ni dans Petr. ni dans Fanf. 3. -e^ia est plus usité. 4. Pala^o est la forme usuelle, cf. Petr. D'après Meyer-Lûbke, ZRP, 303» palagio est d'origine française. 5 . Dans indugiare^ pregiare (à côié de prépare), et trangugiare (cf. Pascal, Studi difil. rom.y VII, 248), il faut admettre l'influence des formes avec •&/. Artigiano, d'après Diez, Et. Wb.^ 28, de *artitianus, est plutôt de ^arten- sianus, cf. Flcchia, AG, II, 12; VIII, 326; Horning, Lat, C, 127; D'Ovi- dio, Rom.y XXV, 300. 6. Hirsch, ZRP, IX, 561, dte la forme siennoise ramone. Cf. aussi, Monad, Crest. liai, dei primi secolt\ I, p. 38, 1. 87; p. 38, 1. 109; p. 39, 1. 158; p. 60, (n. 30), 1. 2 ; p. 164, 1. 1 1 1, 1 18. 7. Et la forme archaïque std^:^fme, cf. Canello, AG, III, 343 ; Caix, Origim, 161 ; Salvioni, Nucir PostilU, 26. 8. Ce mot est encore en usage. 9. Dans accupf^iarf, a/v^arr, otav^arr , me^re, minu^are^ prf^are^ fi^- ^arf, il faut admettre des influences morphologiques. L ACCENT ET LES CONSONNES MËDIALES EN ITALIEN 75 Les exemples de ^ç-" aussi bien de que '■g ', rendent nécessaire une explication des deux développements autre que celle pro- posée par M. Meyer-Liibke. Les formes avec ^^, plus nom- breuses que celles avec g, représentent apparemment le dévelop- pement normal. Quant à celles-ci, une explication possible est suggérée par la correspondance entre ce résultat et le traitement populaire du lat. si (cf. caqioiin, segugioy etc.)". En d'autres termes, il paraît probable que les formes avec g sont entrées dans la langue populaire i une époque où la prononciation de -/(■- dans le latin littéraire, et celle de -si- dans son développe- ment populaire, étaient devenues à peu près identiques. Des indications d'une telle prononciation de -(/- ne font pas défaut. I-e témoignage de Seelmann', sur ce point, n'est pas sans intérêt. Après avoir discuté les deux premières étapes de 1' n assibila- tionsprocess », d'abord, u iotacismus », ou réduaion de l'i syllabique à la semi-voyelle j (/) > ïl), ensuite introduc- tion de ; entre ( et / {ti >■ /;/), il continue : n Das dritte sta- dium des assibllationsprocesses endlich, das die allgemeine specif. lateinische volkssprache durchzumachcn hatte, liess die spirantisierung von dem begleitendem /ans auch auf den bis dahin unverletzien dentalen klapplaui einwirken, das T dem- nach unmerklich in die entsprechende affricata und echte spi- rans ubergehen, T I wird also durch /;' (;/ schliesslich zu 'sji, und sji, iustilia zu iu-sïi-'s]i a und iu-sti-s|ia. » Seelmann cîte les exemples suivants (p. 323) de la graphie si^ // : Atquisia, Vtssius, Voconsius, Consiensia, observas ione, hocsies (petits), sepsiis, sapicnsie, passiiens (patiens), dîsposisio; à noter aussi, de Schu- chardt(f(ïi. d. vutg. Lai. I, 153, yolcasius), AgusiusQ), Teren- sia, munifiitnsia, ntinsius, requisione, adsensior, osiosos, resur- reximem, Marsîus ♦. 1. D'après M. Meyer-Lûbke, minime ci l-wl-igi son! dus i i qiécial de ■» H', -^ lu ^voy. plus haut). Cf. cependant prtgh, servigîo, pata- fie etc., et voy. Homing, ZRP, XXIV, ; 50. I. Pour la correspondance, au poini de vue de la graphie, entre ^ < /i, cl i < 11, cf. Caii, Origini, 160; Hirsch, ZRP, IX, 560. j. Aussfracbe J. hit., ]ii. 4. Schuchardt die aussi avec /i= rf : Horltht», Contia, Cmiparlwr, Thts- yé J. CLARK Si les formes avec g sont entrées dans la langue populaire à l'époque où, d'après Seelmann, la prononciation latine de // était devenue à peu près comme iyi, il est raisonnable de croire qu'elles auraient subi le même traitement que cagionc. segugio, etc. La conjecture de Flechia * que g < // est dû à une ancienne assimilation morphologique de -tionem à -sionem, -tia à -sia, etc., quoiqu'elle explique très bien les formes avec -agiofu, -igùme^ semble moins satisfaisante pour d'autres cas comme indugiarCypregiOj etc. Il est possible, cependant, que la pronon- ciation postérieure de //', décrite par Seelman, ait été fiicilitée au commencement par des influences morphologiques sem- blables à celles que suppose Flechia. Vu la difliculté d'expliquer les formes avec i^ comme apparte- nant à des mots d'emprunt ', ou comme étant le résultat du croisement de dialectes dans la Toscane ^ l'hypothèse, fondée sur des considérations chronologiques, d'une base si pour tosc. gy parait nécessaire ^. Cons. -[-'/ • D'après M.-L., §5 248-9,//, précédé d'une con- sonne, devient après la tonique ;; (/i), devant la tonique c >. Les seuls exemples de (r)r -^ sont des formes verbales, dont le témoignage est à rejeter à cause des influences morpholo- giques : ^avacciarCy cacciarCy ^orrucciarCj docciarey gocciarey impac- ciare, ^spic^iare; cf. Pascal, Studidi fil. rom,^ \TI, 97; stuuciarCy succiarCy tracciarCytrecdare ; cominciarty conciarCy prùnunciarCy scor- ciarCy squarciarCy *tordarey ^trinciare ^. Gîntre la règle, avec -*- (cy, et (jO^ -^ : nunciOy ^panctûy cf. Pascal ibid.y 96; Ascoli, AG, I, 78. n.; a\:^(mey diri:^:;amy foy- 1. .-VG. II. 17 n. 2. Cf. Homing, Lj*. C, 125. 5. Cf. Caix. (V^iKi, 161. 4. Des mots purement savants, comme fu^ûwir, etc. (avec :s) semblent indiquer U!ie restauration postérieure de IVIément denul. sous des inâuences graphiques, d^ns le latin clérical. 5. Il s'agit Je Jcj\ ca>, Jv, ^^ < cti, /*/[, //|, et J. - < ti précédé de/, «, r. Je les ai traites ensemble pour plus Je concision. 6. .\ rejeter aussi, avecT'); : cc^^arf, diri^jrf^ /W^jr^, •^^jrr. •(r)û«/iq[- L ACCENT ET LES CONSONNES MEDIALES EN ITALIEN ; *bal^ano, cf. Densusianu, Rom., XXIV, 587; 77 I catispne, Gen{am, 'len^ttolo, 'trunicgiui, Pan:^aila, cf. Bianchi, AG, IX, 4IS; len;pne, ler^ana, trr^uolo. De l'étude de Pieri sur les noms propres, AGSP, V : A:^::^atio, p. 34; Pe:;;;anû, 58; 2*/^- \aw, Al^aiio, ji; CoTXam>, 43; Poii:^ano, 33; Teren^aita, 66; yaleH:;ana, d-j ; fan^ano, 35. EnBn, avec ^ (^)î ' ighe^o, «(^a, no^^a, *pe^:^o; Acerni:^a, cf. Dici!, Rom. Gramm. (éd. fram;.), I, 237 ; -««^d (speran:^a, eic), -en:;a, ba!^a,*bTon3;a,'Faen;^a,d. Diez, liid., 264; fil:^a, Firen:^a, far^a, Un^a, Livm^a, cf. Diez, ibid., 245 ; mar^, slan^a, tertp, Vicenia . Il est clair que les deux résultats demandent une autre expli- cation que celle de l'influence de l'accent. Les formes avec (ç)^ paraissent représenter le développement normal. Le traitement apparemment normal de (f)r? et d'une cons. + ci(c(. ghiaccia, noccio, orciû, etc.) d'une part, de l'autre la confusion que l'on constate de bonne heure entre ci et // ', suggèrent l'hypothèse que les formes avec (c)f sont entrées dans la langue populaire avec ci =^li, à une époque probablement postérieure à celle où (l)'/. d»iis des mots populaires, avait déjà commencé à subir l'assibilation . cons. -\- ci : D'après M,-L., §§ 248 -9, c;, précédé d'une consonne, en position protonique, > c. Quant au traitement après l'accent, il s'exprime ainsi : « Ain unklarsten ist r/ . Neben einander stehen/o»qa, romanyO,cal:;a, und/wncia, Francia, orcio. Dcn drei leizteren stehen endungsbetonte Ableitungen mit c zur Seite. allein von den drei ersten ist das zweite wohl sicher franzôsisches Lehnwort, wâhrend alierdings die beiden andern achi zu sein scheînen. » Avec -' c et c-' on trouve : *bigûruio, *calcio, cf. Demattio, Origini, 10^; lancia.'lercio, cf. Schucliardt, 5(/^&:r. Wien.Akad., CXXXVIII, 48; 'mancia, 'marcio, cf. Schucbardt, ibid., 18; on£ia,orcio,*qu(rcia\s)pilorcio,Stitcio, cf. Pieri, AGSP, V, 26; arciofu, caUiattunto, conàone, 'pinâone, cf. Schuchardt, ZRP, 133; Cl les noms propres Ardana, Biirriano, Furàana, Manciana . Srii^a, lie absentia, d'après Kôri., )i, vient plutôtdi nce de -fnja, cf. D'Ovidio, Gr. Grutidr., l, jo}. . Cf. Schuchardt, Fok. J. vulg. Ut.. 1. 150: Scclraaiu 78 J. CLARK (à côté de Afan^-), Mardano, Matriaae, Sunciaiio, Vinciano, cf. Pieri, AG SP, V, pp. 23, 32, 44, 46, s 1, 52, 6 j, 70. On peut 3)ouccr, mais en remarquant qu'ils sont exposés à l'inâuence des formes avec -' t, hitanciajo, calaarc (?), dolcîore, lanciare^ orciuolo, spulciare. La probabilité, récemment démontrée par D'Ovidîo ', que lon^a et cal:^a soient d'origine septentrionale, nous permet de conclure que les formes avec c représentent le traitement nor- mal '. 5(:D'après M.-L., §§247, 249, si- >g-^ si>i K si^> g ^ : 'arligiano, (acyagione, Cirigiana, cf. Pîerî, AGSP, V, 40; dilegîoru^, cf. Kôrt., 2886; fagiana, fagiuoïa, *ma- gione ^ , 'partigiano , fngtane, prigione, proi-igionf, Pugîana, cf. Pieri, ibid., 32. Pour S i (_c) : *ambas£ia, 'Ascesi, cf. D'Ovidîo, Gf. Grutuir., I, 502, note; bascio (et baào) '.casfio (et cacto) ', camîfda (et. camuia) », cHScio{et cucki), Perosda'", cf. Demattio, Orîgini, toa ' ^i > è '■ ' Ainbrogia , Atiaitagio , 'bastagio, cf. Parodî , Rom. XVIU, 604; Bidgio, 'bigio, cf. Parodi, iind., 604; 'cervi" I. RaïaAta ii Uuii cril. dtd.ad A. UAnecna, 619. 2 J'ai pu glaner aussi, avec ; : Piania, Camporiano, Matuano (à cM de { Muncîanay, cf. Pieri, AGSP, V, pp. ji, 56, ijî: lui^u. ^imto (*planCiu), cf. Pieri. AG, XII. 1 ) 1 ; dijj^. d'après Salviooi , ZRP, XXlll, s 16, de •heldarii ïous l'influence deatjare. 11 paraît donc probable que, dans uoe panie de It Toscuie, cj pricàdé d'une consonne a abouti i f. ). Meyer-LObke, Rom. Gramm.,ï, î}}, paraît considérer ^ < -^ ti coin normal, lorsque la voyelle suîvaatc c!t a. 4. Dans ptriugiarf et P'gi^rt, il faut admettre rinfloencc des formes a -•^. Xi^ùJd, cf. M.-L , 5 149, est probablemeoi d'origine e^iagnole, cf. Reri.AG.XIV, 4}i,ii.;XV. }74, n. 1 ; Petr. D'ipriiKôrt., 8148, ' est de 'rosciare (=*roscidare). %. Ni dinsPew. nidausFanf. 6. 0'apt«s Grêler, ALL. UI, s>{. «(» &)afûs. 7. El i^io; hatùr ax. b îonmt usuelle, cf. Petr. 8. Pieri. AG, XII. 146, cite U forme pisane r^'. a. ZRP, XXVll, té6. 9. Camieia et (ugic dans le dialecte de N'eniglù, cf. Pieri. ZRP. XXVtl, 166. 10. El Ptnigia, peut être d'origine lai-anie, cf. D'Oridio, Gr. Gmm^., ), jty. DnMk dialecte de Sienne, ccpcDdanE,^/rqpa, cf. Hindi, ZRP, IX. {59. aïIALES EN ITALIEN gia ', cf. Kôn. 211 1; ciliegia, cimegia, 'combagw, cf Kôn., 2Î47; Dionigi, 'fregto,, cf. Petr. ; lucqu. gogia, cf, Meyer- Lûbkc, Z R P, XV, 2^2; "grigio, cf. Petr.; Partgt, ragia, segtigio, 'Taniigi, 'tamigto, Trivigi. Il est évident que g est le résultat normal, après aussi bien que devant l'accent. Une explication des formes avec i (c) est suggérée par la conjecture de Caix ', qui, d'après les graphies des anciens manuscrits, conclut que a t'identîfica^ione de! suono résultante da // e da sj con quello dal g da y, dy, o da ^ latine pareessersi compiuta prima nel toscano occidentale, e di là essersi estesa ali' orientale, tal cliè nel secolo seguente, tro- viamo il gi da // in pieno uso nelle croniche Perugine ». On admettra sans peine que cette diffusion n'aie été que partielle, et que les formes avec i représentent en réalité la prononcia- tion âorentine plus ancienne '. Les formes avec c sont dues apparemment à une ancienne tendance locale à confondre c ezs*. ri : D'après M.-L., §§ 247, 249, ■' r; >/, r; ■•■ reste. Après la tonique, r/ > / normalement, cf. ctwjo, -ajo, ghiaja, etc. Des quatre exemples donnés par M. Meyer-Lûbke pour le traitement de r/ -', sehriiolo, ariuolo, marhtolo et oriuolo ', on ne voit pas trop clairement comment le premier s'applique à la r^le. L'ètymologie de marïuolo et de oriuolo n'est pas bien établie *. Contre le témoignage de ariuolo, on trouve les I. Ni lians Petr. ni dans Fanf. Ceruogîa est un mot français, cf. Diez, El. m.. S4. 1. Cf. Origini, 161, j. Cf. Parodi, Rom, XVIII, 604. Le développement normal dei < isi (cf. friucia<*crassia) suggère la passibiliié que ces formes remontent i'câssCiitï (r^câseus). 'bisslum <^ bàsiùm) «c, cf, Grôber, ALL, III, Î09. Cependanc, en l'absence de lénioignages dLrc>:is de telles formes eu laiin vul- gaire, la théorie de Caii peut être acceptée avec moins d'hésitation. 4. Surtout dans le dialecte de Sienne, où se rencontrent fréquemment des subsiîtutiuns rédptoques, cf. Hirsch, ZRP. IX, 5^9. Cf. la prononciation actuelle de f à peu prés comme i dans Florence et ailleurs. j. ScuriaJa, d'après Diez. El. IVh., 189, de 'excoriaia, est peut-être de •ei-corrigiita, cf. Meyer-Lûbke, ZRP. XXIU, 47IÎ; Pieri, AG. XV, 574, n. t. La chute du gi s'explique comme dans Frùnio (voy. plus haut). 6. OriimiD, d'aprts Salvioni, Wriotï /'ojdV/f, ij.est de liorologium « per b via di 'orolof», 'erojoh, orijàlD». Cf. D'Ovidio, Gr. Grundi. t. iio. Pour miiiiieh, Petr. propose a neogr. merwltsn, cf. Ctix, Studi, 40}. 8o J. CLARK exemples suivants avec / <] r; -^ : ajuola *, funmjuolo^ cf. Sal- vioni, Nuove Postille, 12; *or:^aiolo^ pajuolo^ *pijuolOy scojattOy vaj(ji)olo *. De l'étude de Pieri sur les noms propres, AG SP, V, sont à noter Barbajana, p. 35; BofanUy 36; Cama- jana, 52, etc. (voy. pp. 38, 46, 48, 49, 51, 59, éo, 62, 68, 69, 70). Il semble donc raisonnable de conclure que/ repré- sente le développement normal devant la tonique et que artu- olo n'appartient pas au fonds populaire de la langue. pi : D'après M.-L., §§ 247, 249, pi-^ > ce, ^ pi > ppj. De pi -^, en dehors des noms propres, Pappiana, Appiajûy Poppiana ', on ne trouve que pippione et piccionCy sappiente et saaente. Après la tonique : — *poccia (*pû pp ia), d'après Caix, Studiy 456, sous l'influence de cioccia, saccioQx côté de la forme usuelle sOy pafr l'analogie de h6)y et avec -^ />/>/, appioy cheppia^ *gheppiOy cf. Caix, ibid.y 34; oppiOy seppia. Les exemples précédents paraissent corroborer la conjecture déjà exprimée *, à savoir que les formes avec ppj représentent le traitement normal et que saccio, saccentey pUcione sont des formes méridionales. vi^ : — D'après M.-L., §§ 247, 249, vi -^ > gg, ■" vi > bbj. Pour gg -< vi ^y M. Meyer-Lùbke donne trois exemples foggiarCy leggiero et caggiole. Dans foggiarty il faut admettre l'influence de fôggia *, leggiero est presque certainement un mot d'emprunt 7. Si nous laissons de côté caggioUy nous 1 . L*influence de aja parait douteuse. 2. D'après M. Meyer-Lûbke, sous l'influence de vaio. Vajolo, signifie « la petite vérole » ; vaio est défini par Petr. comrae « che nereggia ; d'uva, d'olive. » 3. Cf. Picri, AGSP, V, pp. 56, 60, 78. Approcciare^ dont on ne peut pas invoquer le témoignage, en ce qui concerne l'influence de l'accent, est probablement un mot français, cf. Pieri, ihid,^ 181 ; Petr. 4. Cf. Schuchardt, Sitiungsher. IVien, Akad., CXXXVIII, 15; Caix, On- ^ini, 183 ; Canello, AG, III, 338; Pieri, AGSP, V, 81. 5. = lat. cl. bi et vi. 6. Fq^giare paraît être formé de foggia, d. Diez, Et. fVb., 372 ; d'Ovidio, Gr. Grutidr.y I, 520; Meyer-Lubkc, ZOG, 769; Petr. 7. Probablement un mot français, cf. Caix, Origini^ 187 ; Pieri, AGSP, V, 180. LtggiadrOy d'après Diez, Et. Wb., 380, de*leviardus, est également L ACCIÎNT ET LtS CONSONNES MUDIALES EN IT.\L[E*J 8l trouvons les exemples suivants qui sont en contradiction avec règle. Avec M/ ' ' : 'lubbioiit-', cf. Petr. ; 'gabbiano, cf. Kôrt., 4192 ; Cl de l'étude de Pieri sur les noms propres, AGSP, V : Bibhianulû , p. jj; Mobbiano, 53; Nebbiano, 54; Rabbiaimla, 60; Robbiafio, 61 ; Robhiola, I02 ; Stabbiano, 65 ; Tabb'tarw, 56 ; Trebbiano, 67; Tubbiano, 66; Vibbiatia, 70'. Avec ^ gg ^ ■ "ggio, deggio, foggia, gaggia (à côté de gabbia). Les exemples de bhj < -■ vi sont, abbia, hébio, combibbia, gabbia, 'gobbio, cf. Caix, Sludi, 341 ; guhbia, Gubbio, marrob- bio, rabbia, robhio, scabbt'a, Irebbîo. Les exemples que nous venons de voir nous prouvent que l'acceni n'a exercé aucune influence sur le développement de ï'/ ', Pour gaggia, la probabilité d'une origine méridionale a été exprimée par AscoU; pour aggio * et deggio, Caix ' a fait la même hypothèse, et il est raisonnable de croire que joggia et M^^w/f doivent s'expliquer de la même i;içon. ni : — D'après M.-L., §§ 247, 249, ni ^ reste, -' ni > h. Après la tonique, ni donne régulièrement h, ligna, cogna, etc. Du maintien de «f ^, M. Meyer-Liibke ne donne qu'un seul exemple, manîalo. Ce mot, d'après Caix, Stiidi, 44, et Salvioni, Niwve Pastille, i), n. I, est formé de mania*. Contre le témoignage de rtuiniato, en dehors d'un grand nombre de noms propres avec îi -^ (cf. Pieri, AGSP, V, un moi d'cmprum, if. Grôber, .\LL. III, ,12; d'Ovidio. Rom. XXV, joj ; Meycr-Lûbkc. ZRP, XXI. 157. [. Dans i/uMidnir, iMiamo, tillebUait, etc., il but admettre deï itifluenccs inorpliolc^iques. GiMone, cf. Meyer-Lûbte, ZOG, 770, n'est ni dans Ptir. ni dans Fanf, I. Loggia, d'après Meyur-Lùbke, Rom. Gram., I, 5 507, est un mot fraii- I «ai*. }. Cf. ausïi FibbialU et Cibbiola, voy. Blanchi. AG, IX, 407, 41 ). 4. Piçggîu, d'après Kôrt., 7271. de *plOvia {= plû via) paraît être I pIulAi de *ploîa, cf. Meycr-Labkv, Rom. Gramm.. I. 4)6, Saggw, d'après Grôher ALL, V, 458, de 'sabius (=: ^apius), et rof^i'o sont d'origini; [ faiiçaisc. cf. Schuchardt, 5i(;Mn^jtfr. Wi.-,,. Ak-aJ.. CXXXVIII, 68. i. Cf. Pieri, AGSP, V, 180. 6. Cf. A G. in. Î77, n. 7. Origini, i8j. 8. D'aptt» Clix, de mania; d'après Salvioni, de iinjgiiicm. Xu.u. JtAXK- 6 8l J. CLARK pp. 32 et suiv.), nous trouvons * : *campignt4olo^ gig^ou} ^gnaresta, * gragnuoldy c(, Flechia, AG, VIII, 357; lighaggio} luscignuolo, *tnignaUa, *pagnotia, cf. Petr. ; *pignattay cf. FlediU, AG, II, 318; pignonty *rognone^ s ignore. Il est évident que n provient normalement de ni -^ aussi bien que de -^ «/, et que le maintien de ni doit être considéré comnie l'indication d'une origine littéraire. ndi : — D'après M.-L., §§ 248, i^^^^ndi -'>«,•* ndi > Pour n < ndi ^» M. Meyer-Lûbke donne seulement « ver-^ gognarsiy daher vergogna ». Cet exemple est à rejeter, confor- mément à la méthode que nous avons suivie jusqu'ici, à cause de l'influence des formes avec -^ h. De même, fognare et ingrog" gnarty d'après d'Ovidio, de *fundiare et *ingrundiare ^ Avec «:^, on ne trouve que man:^Oy pran:^Oy fron:(pIo et ^ pen- :(plo^. Vergogna y d'après Grôber, ALL, VI, 140, est un mot français. Il paraît donc probable que n:^ représente le traitement normal, et que les étymologies proposées pour fognare et ingro- gnare par d'Ovidio sont à rejeter. Il est possible, cependant; que h et «^, comme gg et i^ de di (voy. plus haut), soient à expliquer par des considérations chronologiques, — vergogna : raggio : : pran^o : mei^, n^, — D'après M.-L, §§ 227, n^ >h au commencement de Tavant-dernière syllabe des proparoxytons, > ng ailleurs. En dehors des verbes cignere (à côté de cingere)y fragnere (à côté de Jrangere)y etc. ^y les seuls exemples pour le traitement 1. Spagnuoîû, agogitare^ etc., sont à rejeter à cause de Tinfluencc de Spdfffia^ agô^na^ etc. 2. Cf. Rom. Gramm.f I, 431. Ici, w < -^ fidi est accepté apparemment comme développement normal. 3. Cf. Gr. Grundr., I, 517. F(^«drgu', ^ qu> ccw. En syllabe protonique, les seuls exemples sont * : 'agui- glia'', pis. liguore, cf. Pieri, AG, XII, 150; pis. et lucqu. stgualrOy cf. Picn, ibtd., 121, 150; ugualf, et les noms propres AguiUa et Guilaja (aquila)', cf. Pieri, AGSP, V, lé, 110. Pour le traitement de -' qu, M. Meyer-Liibke donne ac(jua, et giacqui (jacui), ptacqui, tacqnî^. L'identité phonétique en latin vulgaire de qu et de eu, que suppose ici M. Meyer-Lûbke, ne parait pas suffisamment établie. En effet, certaines considé- rations semblent combattre sérieusement l'hypothèse d'une telle identité. La tendance assez prononcée de l'italien à redoubler une consonne suivie d'«, qu'elle précède ou qu'elle suive Vic- t^wat les plus usitées,' cl. Peir. Figntre ne se trouve ai dans Petr. ni dani P*Df. I . Lungi-e et vraiscmbliblemeni hngitano (Ji càté de U forme usuelle Ion tna) sont det mots savants. 1. a. Cb;MHfKiri(Ai.gelui), vov. Pieri. AGSP, V, i6. j. Cf. C»h, Stadi, II. D'après Pascal, Sludi Ji fil. rem., VII. 145 ■ iccomodamenio popolare dî ci»ci»iii •>. 4. Cf. Pieri, AG. XII. m, lii- S- Cf Bruner, Phon. of Ibf Put. Dtal., 7). Dans le dialecte de Sienne ks deux résultais se rcncomrent, cf. Hiisch. Z R P, IX, 565. 6. Dms diliguari et leguirr, il faut admettre t'influence des formes avec -^ gm. On De voit pas trop clairement comment u^uanm (d'après M.-L.. 5 'ï8, ■ ^ hoc anno») s'applique it la question de qu. Ce mot parait être d'cM^nc provençale. L'élément labial dans la prouoncialion Jlalicnne peut éjrc allribué i rinflucnce de la Rraphie. 7. Cf. Parodi. Rom. XVIll, 59;. Ni dans Petr. ni dans Fanf 8. A'iuila est un moi savant, cf. M.-L.. $ 146. 9. Nocijui, qui présente le même traitement n'est pas mentionné. 04 ]. CLARK cent (cf. ebbe, dedde, battalia, Gennajo, ruppe, etc.) s'explique le j plus naturellement par le principe de la compensation phoné-. tique. N'est-il donc pas probable que le redoublement de l'élé- ment guttuml dans cif soit du au même principe et non pas i'I sa position posttonique? Mais si le redoublement ici est attri- bué au besoin d'une compensation, il doit être regardé comme i contemporain de la réduction de y en w, et non pas comme pos- | térieur à celle-ci. Dans ce cas, une étape intermédiaire cw, par laquelle seule l'identification de tju et de eu pouvait s'effectuer, n'aurait pu exister ' . Donc en l'absence de témoignages attestant l'identité phonétique en latin vulgaire de tju et de fy, il est permis d'éliminer ces mots {lacqui, eic.) de la discussion. Quant à acijua, nous trouvons plus d'une indication de la 1 formeacqua en latin vulgaire. En dehors du témoignage de l'App. Probi, « aqua non (Ui/ua », on constate que chez les anciens poètes chrétiens, la première syllabe du mot était longue', ce qui indique assurément non pas un prolongement de la voyelle tonique, mais un redoublement de l'élément consonantique. Le témoignage de acquit par conséquent, en cc-\ qui concerne le traitement de i/u en italien, est sans valeur, et 1 nous n'avons aucune raison de croire que le développement 1 normal de qu n'était pas gw dans tous les cas. X : D'après M.-L., § 220, ^ -v > «. PourAr-', M, Meyer- ; Lubke dit (§ 225) : « Bedingte Veriinderungen zeigl Toskanischen sofern es vortonig vor oder nach hcllen Volm-l len zu s wird, vgl. uscire, masceUa, Ihciva, scegiiere, scempiare^ 1 sciaine, scialare, scioperare, dagegen /wischen dunkeln Vokalea:^ zu i : sala aus axale, sugna ausaxungia, u. s. w A l'appui de la règle de M. Meyer-Lûhke, avec s : ascella, escire », lisdva,mascella, sceglU, scnnpio, 'iàacquare *, cf. Kôrt., ÎÎ16; iciagurata, scialare, scialbare, sciante, ' sciancalo, 'sciatto, I 'scieniare >, cf. Caix, Sludi, 357 ; 'sciUnguare, scioceo, sciogliert,} 1 , M(nK- ii iiOu:> iJiiicIIons une étape tnlcrmédiai avvc ;u n'cit pas certaine; qu peut avuir d^jl c 2. Cf. LindMy, 7%« Lai. Liu^uage, p. H7. ). Hinch.ZRP, IX. S64, cite lu formes si 4. Ni dans Pett. ni d^iu Fanf. î- Ni djim Prtr. ni djns Fanf. l'accent et les consonnes MëDIALES EN ITALIEN Sj 'scitmnare, sciop(rart. 'sciorinare, scioitrnarsi, sciugare, *sd(u')- pare. Avec ss : *bosso, *bossola, cosst (de même dissi, dussi, fissi,frisii, ressi, trassi, vissi), 'Itisso ', matassa, 'nasso, 'pas- sent, rissa, sala, sasso, 'sesso ', sugna *, tassare, lasso, tessért, 'lossicv ', Jrassino, ' massima ', 'prossima '. Contre la règle avec s ' : lucq. 'asciaiom, cf. Caix, Studi, 167; 'bioscia ', cf. Caix, ihiii., 129; M.-L., p. 98, n.; coscta, lasciart *. Parmi les noms propres, sont à noter : Fiescio, Ribos- ciolici Biisciarello 0>u\u s) ', Sasàone (saxum) *, Tâsciori, Tas- ceto et Ttscionaja (taxus), cf. Pïeri, AGSP. V, 81, 106, 165, 180. Avec ss '' : Alessandro, 'assiU, cf. Meyer-Liibke, Lilbl.f. rtm. u. germ. Phil., iS^j, 339; saggto', *salpare, sessanta, 'sorare, *sorlire, ' lassello, Tassignano, cf. Pieri, ihid.y 66. Il est évident que U règle de M. Meyer-Lubke, en présence de la contradiction de Alessandro, coscta, sessania, etc., est loin de fournirune explication satisfaisante des deux résultats. L'hypo- thèse la plus facile i accepter parait être celle de deux traitements dialectaux dans la Toscane, dont s représente apparemment le I. Probablement d'origine savante. 1. Dans les liialeaes de Pise ei de Lucques {ujsciuHgia, cf. Pieri, AG XII, 119, 149; ZRP, XXVII. 168. j. FlMcio, d"apr*s Cmello. AG. III, jjç, de fluxus, cf. Diei, Et. Wh.. M'. Piiralt itfc plutôt du mot français ^tvÈe, tf. Grôber. ALL. III, joS ; M.-L.. p. 12}, n. 4. Prabablemcnt forme dialectale. ;. Grâber. ALL, III. 509, fait remonter coscia et lasduri j 'coxea et •laxiare, en affimiani que i iscina), asseudere, ussia, voy. Hirsch, ZRP,*IX, 559 Gf. Pieri, Z R P, XXVII, 168 (cascellore). MÉLANGES DE aUELQUKS MANUSCRITS FRANÇAIS CONSERVÉS DANS LRS BIBLIOTPrKQUES DES ÉTATS-UNIS Chaque année nous voyons de jeunes étudiaius américains venir en France pour suivre nos cours de philologie romane et pour chercher dans nos bibliochètiues quelque texte i publier. Venons-nous un jour l'inverse ? les Européens seront-ils con- traints de passer l'Atlantique afin de consulter des manuscrits relatifs à notre vieille littérature? Peut-être, car on peut déji trouver aux États-Unis un certain nombre de manuscrits français, qiii ont quitté pour toujours la vieille Europe. A vrai dire, il y a là-bas des érudits capablesde les apprécier et de les utiliser. Nom- breux sont les professeurs des universités américaines, qui, ayant étudié la philologie romane, et même la paléographie, en France ou en Allemagne, sont capables de l'aire des publications origi- nales et de donner un bon enseignement i leurs élèves. Nous avons signalé à plusieurs reprises, dans la Rotiianîa, des éditions très méritantes faites par des romanistes J'outre mer, comme dirait M. Paul Bourgei, et dans le nombre il s'en trouve qui ont pour objet la mise au jour de textes inédits .conservés en des collections publiques ou privées des États-Unis', Je crois I. Des édiiiot» liiiéralemeat exacte), comme celle qui a é\é publiée du Gcuivrnemfn! des rois (Gilles Colonne traduit par Henri de Gaucilt) sont pat- ticuliàrcment les bien venues, même quand elles ont pour objet un texte de médiocre importance. C'est le manuscrit lui-même, difficilement accessible puisqu'il appartient a un bibliophile de New Yorlt, qui Se trouve ainsi multiplié et mis a la portée de tous. VouRpmaiiia, XXVIII, 644.— Dansun des derniers 88 MÉLANGES lie point faire œuvre inutile en donnant ici le résumé de quelques notes prises rapidement au cours d'un voyage qui n'avait point un but spécialement scientifique. Il y a en Amérique plusieurs manuscrits du Roman de la Rose. Il est impossible d'en apprécier la valeur exacte, à moins de s'être, au préalable, livré à un examen minutieux des copies si nombreuses que nous possédons du même ouvrage dans nos bibliothèques européennes. Notre collaborateur M. Ernest Lan- giois a entrepris depuis longtemps cet examen, en vue d'une édition critique de l'œuvre de Guillauir.e de Lorris et de Jean de Meung, et il a choisi un certain nombre de passages typiques i l'aide desquels on peut, en presque tous les cas, assigner à chaque manuscrit une place déterminée dans un classemeni géné- ral. C'est donc à lui qu'il appartient de se renseigner sur les manuscrits que je vais indiquer, et sur lesquels, grâce à l'obli- geance des érudits américains, il ne Uii sera pas difficile de se procurer les informations désirables. L'un do ces manuscrits a déjà été mentionné ici (XVTI, J26), d'après \es Modem latigitage nota. C'est un fort beau livre que j'avais vu à Londres, en i86s, à ta vente de la bibliothèque du comte de Charlemont, et sur lequel à cette époque, j'avais publié une petite note dans la Biblicthégue de VÉcole des Charles. Je ne sais où il est mainte- nant, sinon qu'il est en Amérique : il était conservé en [887, d'après les Modem language notes, dans une bibliothèque privée qui n'est pas spécialement désignée '. Mais il serait facile de le retrouver. La bibliothèque de Yale University, à Newhaven, possède un ms, du Roman de la Rose. Il est du xiv siècle. On l'expose dans une vitrine, bien que son apparence extérieure n'offre rien de remarquable'. numéros des Fublicalioi mil »ii jour, d'aprts m of Ihr modern îangvagt Asiodalion, M, H. Todd a ms. appartenat» à un partitulîcr de Philadelphie, uers, de l'Apocalypse (voir ci-après, aui PtnoiiqtK!, et tout r&cmmcnt, i New York, le mCmv savant m'a permis de lire un poème moral du xiv< ïièdc (le ACotimm Jh Jti], tiré du même manuscrit. Ce poème paraîtra Ams le même recueil. I. Le prof. Vaii Dael, auteur delà communicaiion insérée dans le» Worfrm language noitf, esi di.^>.-<.^dc il y a peu d'années. . Il vient d'u : colline n privée. vingi-cinq, sont accompa- gnées d'une version française et d'un commentaire de l'Apocalypse En tête du volume doit se trouver la légende de saint Jean, commençant par la prétendue lettre du proconsul d'ËpIiése, telle que nous la trouvons au foL 56 du ms. I Î78 du Musée Coudé et du ras. R. [6. 2 du Collège de la Trinité de Cambridge. Voici comment les premières lignes en sont copiées dans le catalogue de vente : « Cy commence l'Apocalipce Mons. saint Jehan- ■ [A) Domicien très pit Cesaire et tousjours .\ugustc, le prochonse d'Ephese " salut. Nous faisons savoir a vostre gloire que un homme qui a nom Jehan, ■ de la lingue de Hébreux, est venu en Aise et preschc Jhesu Crist qui est Ce manuscrit est maintenant déposé à la Lenox library parmi les livres de M. Pierpont Morgan. C'est une assez belle copie de I . Le duc de Berry en possédait un tris beau manuscrit, qui renfemiail en outre le roman de la Rose et celui de la Panthère (Delisle, Lt Cabintt Jts mss. m, t9i ; cl. Todd. préface du DU de la Panthirt, p. xt].)— La comtesse Mahaui d'Artois, lille de Robert comte d'Artois, possédait avant i;i6, époque où ses biens meubles furent pillés par son neveu Robert d'Artois, B un mmant de la vvoleyte petit " (_Sihl. Jt VÈd. dis chartes, y série, III, 6% ; cf. Dehaisnes, Dwununli... cmiaruani l'histoire de l'art, p. 236). — Dans l'inventaire de la Bibliothèque du château de la Fené en Ponthieu (première moitié du xiv siècle) on lit cet article : n Item, un livre en romane qui comenche : Sens de pm-err homt est peu piisiès, et plusieurs autres dis u (B(W. ât rÈ(. des ch., y série, 111, s^J)- C'est le premier vers du Rot'ian de ta FioUtle. I. Catntc^e d'une importante collection de livres et de manuscrits pré- cieux provenant en grande partie de la bibliothèque de M. le comte de N.. dont la vente aura lieu le 7 avril 1879 et jours suivants... Paris, Schlesinger frères, 1879. 92 MÉLANGES la seconde moitié du xiv" siècle. La version esi bien la même, 1 comme le dit M. Delisle, que celle du manuscrit du Musée ] Condé, mnis comme je l'aî établi (ouvrage cité, p. ccLi), la v sion du ms. de Trinity Coll., Cambridge, est différente. J'ai 1 copié quelques phrases du ms. Pîerpont Morgan, au commen- cement et à la fin ; on pourra comparer avec le texte de la môme | version que j'ai publié (p. ccliv-cclvi), d'après le ms. B. N. fr. ( 1768: Cï (onmtnce rApocalipcr Mans. 1 d'Ephcsc, A Dornicien très pil Cesaire ei lousjours Augusie, le proclions salut. Nous faisons savoir a vostre gloire qut un homme qui a 1 de la lingne des Hébreux... (Fol. ;.) L'.^pocalipse Jhesucrist. qu'il lonna appert a ses serfs les choses I qu'il convient avenir prochainement, et k- signifia a son serf saint Jehan par 1 son angle, qu'il lui envola. (9) Je Jehan vostre frère et par^onnier en iribu- i lacioti règne en pacience en Jhesucrisi fu en l'isle qui esi appelléi- Pathm pour ta parole de Nosiro Seigneur ei pour le lesmoingnage Jhesucrist. (10) Je I fu en un jour de Dimenche, ei ay enprès inoy une voix grani aussy conme I de buisine(i 1) qui me dist : Escry en un livre ce que tu vois et l'envoie a .vij. églises, c'est assavoir Ephese, Smymie', Pergame, Thiaire, Sarde, Phila- delphie ei Thadice ', (II, 1) et eseri ce a l'angle de l'église de Smymie, et en tele manière cscry ,1 l'angle de chascune des autres citez. .\pocalipce vauli autant coome révélation, laquelle révélation de Kostre Seigneur le Père donna au Filï, selon ce que le Filiesioit homme, et le Ftli donna a lui meîsmes, c'est assavoir a homme la qui forme prist sa divinité ■ pour faire appert a ses sers les choses qu'il convient avenir en bref temps. . (XXII, 18.) Je jure a tout homme qui orra les paroles de la prophecie de I ce livre : se aucun adjouste a ces choses. Dieu mettra sur ceilui playes qui sont à cscriptes en ce livre; (19} et se aucun amenrisi de ces choses des parolles de I prophecics de ce livre ', Dieux ostera la partie de ceilui du livre de vie et de 1 la sainte cit^ et des choses qui sont escriptes en ce livre, (10) Cil qui tes* 1 moingnage donne de ces choses disi ; Je viens tost. .Amen. O Jheiucrist, sirej Dieu, vien. La grâce de Nosire Seigneur soit aJèi aveque vous. Amen. CyfiiK Ir livre âe ï Apocaiipce iaîtil Jrluii. 1. Ici et plus loin le ms, 1768 porte Syraiii, 2. Laiin , ri L.iodidar. Même faute dans le 1 î. Mieux, dans le ms. fr. 1768 ; <■ El s'auci faudrait da paroUi) de la prophecie. > Laiin : lihri prophtilr Imjiis. ns amainrit de ces paroles (ii 1 El si iiiiis diminutrit it vtfbtt J «SS. FR. DANS LES BIBLIOTHÈQUES DES ÉTATS-UNIS 9Î Ces divers manmcriis ne manquent pas d'un nertain intérêt, mais les deux joyaux de la collection Pierpont Morgan, ou du moins de ce que j'en ai vu, ce sont deux manuscrits latins. L'un est l'tivangéliaire du viii* siècle (en scnii-onciales) provenant de l'Escurial, qui appartenait jadis à Lord Asliburnham (Appendîx, n" ro). Il ne figure pas dans le catalogue de la vente qui eut lieu en 1899, ayant été acquis par M. Pierpont Morgan en 1897, L'autre est l'admirable évangéliaire de la collection Hamilton ', écrit en lettres d'or. sur vélin teint en pourpre, pour l'archevêque d'York Wilfrid (670-680), et qui a appartenu au roi d'Angle- terre Henri VIII '. Ce n'est pas sans un sentiment de mélan- colie que j'ai feuilleté pour la première, et sans doute pour la dernière fois, ce chef-d'œuvre de la calligraphie du vu' siècle, qui ne sera jamais vu par ceux qui seraient les plus dignes d'en jouir. Il serait digne de son puissant et généreux possesseur d'en Élire exécuter une reproduction complète en or et en couleur. P. Mever. LA CHANSON DES CLOIVECHONS La chanson qu'on va lire est tirée du ms. II 1139 de la Bibliothèque royale de Belgique, qui est un recueil de mélanges latins en prose et en vers, dont on trouvera le détail dans le récent catalc^ue du P. Van den Ghein, t. III, p. 32, sous le n* 1613. Le volume vient de l'abbaye Siiint-Jacques de Liège; l'écriture est du xiV siècle, nuis la pièce est sûrement plus ancienne- Je ne la crois pas de beaucoup postérieure au milieu du xiii* siècle. Le texte en est lameniablement corrompu. Peut- être a-t-ellc été écrite de mémoire. Ce qu'on peut affirmer, c'est que l'écrivain (peut-être était-il flamand) savait mal le français. Cet écrivain a pris la peine d'écrire çà et li entre les lignes quelques gloses insignifiantes : id est cantilena..., id est twvella, mais il s'est bientôt arrêté, laissant les passages difficiles sans explication. Je vais d'abord transcrire le texte tel qu'il se I. N« 1 du catalogue de 1889. I. Le catalogue HamiliondonDe le fac-simit^.-n couleur d'une des pigea. 94v MÉLANGES présente,, puis nous verrons comment il convient de le resti- tuer. ^ ".:rî . • *■■ Cantilena de cloîvechofi (fol. 240*),^ .1. cantiUna .- . I Pour Tamour de Jhesucrist fut fait ceste cançonet . ' ' .1 . novella \ QjLii. fait este dez clowechon et si este la loi noulet . .i.purgemns .$. cameram Or alons, douce serour, si netoions no cambrete ' . ' .1. umor Si arons dez dovechon k'amour donats'amiet.. II; Li clowechon ne sunt mie a scast de tos merchenier^; > Cist estrim son amie qui n'at cure de denire^; Ja n'isera parchinier qui n'atarme pure et nete. Or alons, douce serour, . . . m Li clowechon furent pris ens en Tarbe (sk) de la crois ; .Por ce sunt il de haut pris qui ne fut onques que trois. S'en fu estrin)eis$ li rois qui conscience avoit nete. Or alons, douce serour IV Amour qui aveiz en garde la douce apoticarie, La très douce nois muscarde ^( qui x:rut ens doua flans Marie, Un seul clowechons vos prie qui fu pris en la noisete ^ . Or alons, douce serour, ut supra . V Finie amour, se je avoie le pointe d'un cjow^chon, Dedens mon cure ' le metroie ou plus privé anglichon ; ^ Dont aroie soupechon d*estre nonne en s'abiete. Or alons, douce serour, ut supra. ^ ê I. Fol. ccxlij d'une ancienne pagination. • 2. Pour la restitution de cette strophe, voir plus loin. 3. Ou merchenie; il faut évidemment lire A scas de tos merchenierSy c'estWl*^ dire « à la disposition de toute personne qui trafique »; merchenier {voir' Godefroy, mercbnier) est toujours pris en un sens défavorable. Scas (Gode- froy, RSCAS, Hécart,D/c/. rouchi-franf., même mot) désigne spécialement un^ droit de muution payé au seigneur ou à la ville sur les héritages dans des circonstances déterminées ; mais ïd le sens doit être plus général, et c(^rre5- pondre à peu prés â celui d'escJjeoite, héritage. 4. Corr. cist estrine . . , . deniers, 5. Corr. estritiris. 6. Pour muscade : l'écrivain a voulu rendre la rime plus exacte. 7. Je ne vois pas quel sens on peut tirer de ce mot. Corr. croisettê'? 8. Cocr. cuêr. ; DtS CLOIfECHOSS Si Malgré la corruption du texte, il n'est pas difficile de* recon- naître que nous avons ici une chanson à refraini une sprit de rotruenge pieuse en stroplies de six vers (sans compter !e refrain). Si nous prenons h plus correcte de ces strophes, la iroisième, nous aurons la forme ababbc, le dernier vers rimant avec le refrain ; Li clawecliOLi furenl pris Ens en l'arbre de la crois ; Por ce suni il de haut pris Que ne furent onc que trois. S'en fu estrinfs li rois Qui conscience avoit neti;. Faut-il aussi diviser le refrain en quatre vers? Il le sembk bien, mais alors la rime des vers i et 3 de ce refrain est défec- tueuse; ou bien s'est-on contenté d'une simple assonance (serour clmurchoti) ? C'est possible ; les pièces à refrain ont géné- ralement un caractère populaire qui peut admettre l'assonance, surtout quand l'auteur n'est pas un trouvère de profession, ce qui est évidemment le cas ici '. Quoi qu'il en soit du refrain, il est certain que la strophe doit se composer de six vers. Cela étant, on voit que la pre- mière strophe est incomplète, et que le copiste a essayé de remédier tant bien que mal à l'absence de rimes causée par l'omission de deux vers. Sans essayer de restituer les deux vers omis, on pourrait écrire cette première strophe comme ceci : Pour l'amour de JhL'sucrist Fu faite cesie cantons Qui faite est des clowechons ; C'est delà loy novelete. Le dernier vers n'est évidemment pas très clair. On peut supposer que l'auteur de cette chanson était une religieuse franciscaine. En ce cas « la loi nouvelle » serait le christianisme tel que le concevaient les Franciscains. Maintenant quelques observations sur le fond. Les clowechmis :, dans la quatriÈmi.' siropliL', gardr et iniiscailr. çé MÉLANGES ne sont évidemmeni pas autre chose que les clous Je la Crucifi- xion, les saints clous. Le mol est d'une formation singulière. On en peut rapprocher hameçùi, les noms propres Bemei-oti, HugueçoiJ, Rpbeçon, etc. C'est surtout hameçon, ou plutôt ameçon, qui fournil un rapprochement approprié: ameçon est di-rivé de dim, comme clov.'eçon de clou. Il est fort probable, bien qu'on ne puisse pas le prouver d'une façon décisive que cetie petite chanson a Ole composée dans la région d'où vient le m,inuscrit : l'Artois, la Flandre, le Haînaut, la province de Liège sont des pays où la poésie reli- gieuse en langue vulgaire a été très florissante.. Y a-t-il une raison pour que les saints clous, aient été l'objet d'une vénération particulière dans le pays où je suppose que notre chanson a été composée? je l'ignore. Voici en bref ce qu'on sait de ces reliques, .^insi qu il est dit dans la strophe m, les clous de la Cmcifision, qu'on croyait posséder au moyen âge, étaient au nombre de iroisseulement. hvîdemment il devait, originairement, y en avoir quatre. On expliquait comme suit la perte du quatrième. L'impératrice Hélène les avait possédés lous les quatre ; de deux d'entre eux elle avait fait confection- ner un frein pour le cheval de l'empereur, le troisième avait été pkcé dans une statue du même empereur, et elle avait foil jeter dans l'Adriatique le quatrième, afin de calmer les flots agités '. D'après une tradition constatée dans la chanson du Pèlerinage de Charlemagne ' , le grand empereur aurait rapporté de Constantin opie un des clous de la Crucifixion, en même temps que d'autres reliques, dont la couronne d'épines. D'autre part, un écrit latin composé avant lo8s, la Descripiio tjualiler Carolus Magttus claviim el coroiuim Domini a Constanlinopoli Aquîsgrani adtiiUril, qnaïiterqM Carolus Cal- vus htc ad Sancliim Dionysium reluleril, affirme que ces reliques, rapportées de Constantinople, et déposées d'abord i Aix- la-Chapelle, auraient été données par Charles le Chauve à l'ab- baye de Saint-Denys '. Une fête, la célèbre fête du Lendît (m- 1. Grùgoirt de Tours. Libtr m flo'-i.i nurl\riim. '^ j (i;d. des ScripUires rerum merofingicarum, 1, 491). Ce ré .il est vep*ixluii cii abréf;* par Jacqncs Je Varazze, ch. Lxviii, De inttntîone sanclx crucis {cd. Grâ.isc, pp. jo^-iu). 1. Éd. Koschwitr, V. 175 : Et iindtselous avre^que il out tn son fût. î- Voy. G. Paris, dimRamdnia, IX, ji; cf. Morf, Romania, XIII, uo. Pour l'édi lion de Xi D/icriplic, voit Homania, XXI, 395.— D'après une autre tA CHANSON DES CLOWECHOSS 97 dietum), avflii éré instituée à ceitt occasion. D'après Guillaume de Tyr ', ce n'est pas un clou entier, mais seulement la pointe d'un clou, qui aurait été conservée à Saint-Denys, deux clous au moins (l'un des deux sans sa pointe) demeurant à Cons- taniinople. Le clou ou fragment de clou que possédait l'ab- baye de Saint-Denys, tomba à terre, pendant une ostension, à Paris, et fut retrouvé dans des circonstances qui parurent mira- culeuses '. Un peu plus tard, saint Louis acheta des Vénitiens, ou de l'empereur de Constantinople Baudouin 11, une relique des plus précieuses, à savoir ta couronne d'épines (que pourtant on avait en France depuis le temps de Cliarlemagne, mais peut- être n'était-ce qu'un fragineni) '. En 1241, l'empereur de Constantinople. toujours i^ court d'argent, cédait encore à saint Louis contre espèces sonnantes, un morceau de la vraie croix, l'éponge dont le Christ fut abieuvé et le fer de la lance qui lui peri;a le flanc *. L'ostension de ces reliques eut lieu en grande l'ompe. Je suppose que les saints clous (dont on ne possédait )usque-là en France qu'un fragment) faisaient partie de cette livraison, car on lit dans une chronique française anonyme, à propos de saint Louis ; Mes il parut bk-n dés tori que Dieu l'anioil, quant î] Il presta force el pouoir Cl votvnlé de reclieicr dv «eus d< la cii£ de Venise la sainte croîs ou Dieus fu Invclli^îs et la s.iinte couronne d'cspines qu'il ot en son chicf ci la uinie glaive ilont Longii le feri ou coiti ri la i-iiia clo^ qui lui furent feruz tradition, recueillie dans Girait dt Roinsilhm {voir 111.1 induction. ^ 401) tt dans fl«n df Santmil (voir Roma-m. XIII. 14), l.i sainte couronne el un des doui auraient M donntsil l'abbaye de Cliarroux.. I. K\Utt,Exuvix taen Cûmiantinapolilaiix, II, 117. 1. Cet événement c^usa, dans Paris, une grande émotion. Le chancelier de l'fglise de Paris, Philippe de Grève, écrivit ù ce propos une relation qui ne nous est pas parvenue (cf. Hhl. lilt. île la Fr., XVlll, 190). Voir, pour ces fiaitï, Félibien, Hisl. de t^bbayede Sainl-Deny!, p. jjo el suiv. }. Il y a sur ce poini quelque désaccord entre les historiens du temps. Voir Le Nain de l'illeniont. Fie de saini Louis, ch. cxxxiv (tome H, p. î}6 CI suiv. de l'édition donnée par la Soviété de l'Histoire de France). Ce \ux csi sur, c'est que cts reliques avaient été engagées à Venise par l'empe- reur pour une forle somme que saint Louis paya, 4. Le Nain de Tillemuni, ch. a.\ (II, 409 et suiv.). 98 MÉLANGES parmi les paumes et parmi les pies, et li;s »ams liens demi il fu li^ a l'estache. Toï ces predeus saintuaires racheta 11 rois Louis des Venisiens, la OU li empe- rertfs de Oitjswniinople les avoit engagiés iHisloriem de. Frame, XXI, 84; Riant, Exuvix, II, 247)- L'un des saints clous, toutefois, devait être resté à Saint- Marc de Venise, comme l'attestent des témoignages positife; et je suppose qu'il y est encore '. Il est évident que notre chanson est postérieure à 124:. Y eut-il dans la seconde moitié du xiii' siècle, quelque solennité ou quelque miracle qui motiv.t une dévotion particulière aui' saints clous? C'est ce que j'ignore- P. Meyer, L'INSCRIPTION EN VERS DE L'tPÉE DE GAUVAIN L'an dernier, un érudit américain, M. Robert H. Fletcher, a publié dans un recueil américain, dont on trouvera plus loin le compte rendu', huit vers en français d'Angleterre, qui, d'après la Chronique connue sous le nom de Polistorh ' étaient gravés sur l'épée de Gauvain. Voici ces vers : Jeo su fane, ircnchaunteei dure. Galaii me fist par rault grauni cun xiiit autis avoyt Jhesucrist Kaunt GiiLin mu trempa et fist : Sage feloun deyt em doter E fol feiuii eschuer, Foi tielioneire déporter H sage Jcboneyre amer, Les quatre derniers vers forment une sentence ^ part qui se distingue nettement de ce qui précède, _ On retrouve ailleurs ta même pièce, à savoir* ; H I. Exinw, II, 169, 167, 268. 1. PiibliMlions of llie Modem laiigiwgr Aisociulioii 0/ AintrUa, XVUl, (1903), 89-90- î- Cette chronique française, qui parait avoir été rédigée à Canlorbcr>', est une compilation de peu de valeur historique, s'arrétant i l'année t )i j. Elle est surtout connue par le court article que G. Paris lui a consacré dans \'Hia. lin. de la Fr., XXVIU, 480-6, article qui est loin d'épuiser le sujet, é rédigé d'après des notes prises rapidement au cours d'un voyage s fîmes en Angleterre pendant les vacances de Pâques 1S74. »I imtf compilation de l'Histvria iiianaiborum, de Rutin, et de divers l'inscription en vers de l'èpée de GAUVAIN 99 I® Dans le ms. B. N. fr. 9588, du xv* siècle, qui renferme les Fies des Pères y en prose, et une vie de Jésus-Christ en vers dont il y a une autre copie dans le ms. 5204 de la Biblio- thèque de l'Arsenal. Les quatre vers sont écrits à la suite du premier de ces ouvrages, au fol. 37 recto : Sage félon doit on cremîr Sage débonnaire gafrjder, Et fol félon doit on fuîr, Devers soy tenir et amer. Fol débonnaire déporter, Saige hardis fait a doubter. 2° Dans le ms. de la Bodieienne Auct. F. 3. 23 (n° 2674 des Catalogi de Bernard). Ils y sont transcrits, comme suit, au fol. no V®, à la suite de Secretum secretorum. L'écriture est anglaise et de la fin du xiV^ siècle : En la grant tour de Wallyngford*, est Tespée mon sire Gawayn, en quel cestes paroles sunt escriptes que hic sequntur : Sage félon deit homme doter Fol deboncre déporter E fol félon eichiver, E sage debonere ame^^ 3® Dans le ms. du Musée britannique Old Royal 8 E xvii, . fol. 62 c^ Ici les quatre vers sont intercalés dans une suite de maximes dont voici le texte : Ki bien e msl a un pris prent Sage félon doit hom doter; Moût a joie kar mal ne sent. 4 Fol félon doit hom daunter ; recueils de Verba seniorum. J'en parle dans VHist, litt. de la Fr.y XXXIII, 3 1 5 (non encore paru). 1. Wallingford, Berkshire, sur la rive droite de la Tamise, entre Reading et Oxford. 2. Sur la même page est écrit ce dicton, dont on possède beaucoup de variantes : Labour de Picard, Devûcion de Burgoignon, Pitee de Lumbard, Sens de Breton, Largesce de Ffranceys, Tut ne vaut un boton. Lealté de Galeys, Voir, pour d'autres rédactions. Le Roux de Lincy, Livre des prov. (2* édit.), I, 382 ;BuU. de la Soc. des anc. textes^ 1889, p. 112; Revue des langues romanes III, 316 (et Hist, lin, de Li Fr„ XXIX, 596); CataL de la Bibl, J. de Rothschild, I, 276; Chron. de Pierre Coclx>tty éd. Beaurcpaire, p. xxviii. 5. Avant le Dialogue entre l'évéque Julien et son disciple, sur lequel voir Romania, XXIX, 21. 100 MÉLANGES Fol deboneire doit hom desporter; Bone » est force, engin plus vaut ; Sage e deboneire doit hom amer. 12 La vaut engin ou force faut. Bel e pruz, riche e sage Engin et art fait mainte chose 8 Poet hom trover de grant linage ; Ke force comencer ne ose. Bel deboneire e naturels, Reis, dit Merlin, dont ne ses tu Poi en trove hom de tiels. 16 Kc engin sormontc vertu? P. Meyer. WAUCHIER DE DENaIN AND BLEHERIS (BLEDHERICUS) In a previous article of the Rotnania (XXXIII, 333 ss.) I brought together certain passages drawn from various manu- scripts which, in their entirety, appeared to me to afford good grounds for believing that the original source of a part, at least, of the first continuation of the Perceval was a collection of poems, dealing with the feats of Gawain and his kin, and popularly ascribed to a certain Bleheris. I further suggesied that this Bleheris might prove to be none other than the BU- dhericus referred to by Giraldus Cambrensis *, asa famous story- teller, and identified by G. Paris {Rotn,, VIII, 425) with the Breri who knew les gestes et les cuntes De tuz les reis, de tuz les cuntes, Qui orent esté en Bretaignc. Scarcely had the article referred to been published when it received a surprising, and totally unexpected, confirmation. The British M'iscum ms. Add. 36614 (formerly in the Ash- burnham collection), contains the following passage : descri- bing the Little Knight, who guards the magie shield won by Gawain, the writer says": Deviser vos voel sa fliiturc, Si com le conte Blhheris Qui fu nés e engenuïs 1. En marge de ce vers le copiste a écrit à l'encre rouge Merlin. Les vers 1 1 à 16 sont tirés du Brut de Wace, vv. 8263-6 et 8261-2. 2. Lkseriptio Cambriafy cap. xvii. Quoted in the article on Breri, (Roniattia, vol. VIII, p. 427). WAUCHIER DE DENAIN AND BLEHERIS lOI En Gales dont je cont le conte, E qui si le contoit au conte De Poitiers qui amoit l'estoire E le tenoit en grant mémoire Plus que nul autre ne faisoit. (Fol. 241 vo '.) I. I had copied this passage wherever it occurred, as it appeared to me likely to prove of some imponancc, while at the same time the readings dif- fered so much as to shew that the copyists were by no means certain as to the real meaning. I subjoin the principal variants : • Deviser vus weil sa faiture Si com le conte H escris Qju'il fu nés et engenuïs En Gales dont je di le conte, E qu'il le conta au conte De Poitiers qui amoit Testoire H le tenoit en grant mémoire Plus que nul autre ne faisoit. (Bib. Nat. 12576, fol. 139 v".) With the exception of the British Muséum text the two first Unes are the same in every case; soit is not necessary to repeatthcm. Il fu nés e engenuïs En Gales dont on dit le conte, E si com le conte raconte De Poitiers qui amoit l'histoire E le tenoit en grant mémoire Plus que nul autre ne faisoit. (B.N. 12577, fol. 197 v".) Il fu nés e engenuïs En Gales, si com dit le conte, E si fu fils d*un gentil conte , Qu^'avoit la terre d*arsoire E la tenoit en grant memore Plus que nul autre ne fesoit. (B.N. 1453, fol. 196.) B.N. 1429, makes the knight « fils d'un conte », and the Edinburgh ms. bas the « terre d*arsoire » reading, while Mons finally complètes the confu- sion : Il fu nés et engenuïs En Gales dont je di les contes Et qu ensi le conte li contes Le comte qu'il amoit Testore E le tenoit en grant memore Plus que nus autres ne faisoit. (Pot vin, 31674-9.) It will be seen that the British Muséum text alone gives a clcar, cohérent, and grammatical rendering of the passage, while 12576 comes the nearcst to it. r02 MÉLANGES We have hère a grocp of direct and categorical statements ofthe highest importance for critical purposes, i. e. Bleheris was by birth a Welshman, he was the source whence Wauchier derived this taie, and in the form before us it had earlier been told to the Count of Poitiers. It seems to me that this is the most valuable pièce of évi- dence with regard to the source of our earlier Arthurian taies which we as yet possess. Is it possible to identify more closely alike the poet and the prince who appears to have been his patron ? This is the ques- tion I would hère submit to the judgment pf scholars more compétent than myself. Granted the existence of a story-teller of this name, and this point I think we niay take as proven, the attribution of Welsh parentage certainly strengthens the proposed identification with Bledhericus. Of this personage Giraldus says, « qui tempera nostra paulo praevenit' »; he was therefore not a contempo- rary. I do not think we can fairly date him later than the first half of the twelfth century. The confused manner in which the few références to him, as source, are treated by the copyists ofthe Perceval seems to indicate that the writers of the thir- teenth century (we have unfortunately no ms. of earlier date), had no clear remcmbrance of his personality or work. The fact, noted in my previous article (p. 341), that Chrétien de Troyes himself appears only to have known the name in its later, and compound, form, as attached to one of Arthur's knights, would seem to favour the view that the poetical activity of Bleheris must have considerablv ante-dated that of the more m/ famous poet*. But, apart from the ail important question of identity, we are confronied with two other problems of scarcely Jess inte- rest and urgency : who is the Count de Poitiers mentioned in the text, and in what language could the story have been told to him ? 1. Vide supra. 2. G. Paris, in the article refcrrcd to above, suggested the reign of Ste- phen, II 35-1 154, as a probable date for the poetical activity of Brcri; this seems to me quite the latest period that can be assigned to him. WAUCHIER DE DENAIÏI AND BLEHESIS 103 Tlie most faiiious bcarer of thaï lîtle in the twelfih century was Richard Cœur de Lion, Count of Poitiers from 1170 to 1189, when he succeeded his fathcr as king of England. But if Bleheris be identical vvith Bledliericiis, and liave flourislied in the firsi half of ihe century, he can scarcely hâve been contcm- porar)- with Richard. Again if Bleheris be Breri the same ob- jection holds good : he must hâve lived before Thomas of Brittany wrote his 0 Tristan », and we can hardly place thar later ihan i ryo. Wauchier de Denain was writing some iwenty years or so nfter Richard's death ', and 1 thînk it tnost probable ihat the allusion was due not to him but to his source. So far as the correspondence of dates can assist us the Count most likely to hâve been contemporary with the poet would be the father of Eleanor, William Vlll, who died in 1137. But if Bleheris really enjoyed the patronage of a French prince it seems improbable that his work coiild bave been of the national, bardic, and unliterary character we hâve hilherto surmised. Would any Count of Poitiers at thaï period hâve undcrstood Welsh ? If Bleheris were a court poet would hc not hâve composed his verses in the language of the court — î. e. in French ? Iii view of the much debated possibility of French Anhurian poems previous to Chrétien thîs question seems to be of the highest importance. Of évidence bearing direcily on the point we hâve little; it will be seen from the extracts given in the note that while the Brilish -Muséum ms. stands alone in naming Bleheris, the gênerai reading of the passage gives " H escriz n the choice of words might, of course, sîmply hâve been determined by the exigences of the rhyme, but a few Unes earlier, in describing the equipment of the knight, there is, as a rule, a référence to It le livre ". The Edinburgh ms. (Advocate's Library), at the commencement of this story, which, as those familiar with the text will recall, is the first adventure Gawain meets with on seiting forth to search for Perceval, gives the followîng pas- sa^ : Mais de Gauvain vos voil parler Si que l'esioiic nos an conte, C(. the atticie by M- Paul Me>er, on ihis subjcci, Rimiania, XXXII. l 104 MÉLANGES Or escoutez avant le conte Qui mult fait bien a escoiiter, QjLie por Testoire consomer Fait Tan le conte durer tant. Assez i avroit plus que tant Que (Qui ?) tôt vorroit an rime mètre ; Mais li miaudres est an la letre E miaudres vient adès avant Que li contes vet amandant. (F© 190 vo'.) A little later, in speaking of Gawain's relations with the sis- tcr of the Little Knight, ail the mss. agrée in cîting « le livre », Mais el livre n'ai pas oî Que fust malgré la damoisele Qu*ele perdi non de pucele. Thus in one short story we hâve, including the allusion to Bleheris, four direct références to the source, of which two at least are couched in terms which seem to preclude the possibi- lity of that source being oral. If we remember, further, that the previous group of stories with which the name of Bleheris is connected contain, as I hâve shewn in my previous article, numerous références to the « grant conte » of which they formed a part, we shall, I think, be led to the conclusion that the original collection of taies must hâve been a compilation of considérable extent and importance, and though extracts from it were undoubtedly recited orally, yet the collection as a whole existed in a connected and literarv form. If there be any value in the suggestion made as to the original title « The Geste of Syr Gawayne », it would appear that that title at least was in French. I . It is difHcuIt to know exactly what interprétation should be placed on thèse lines. Is the writer contrasting verse and prose, or oral and viTitten versions ? The only other ms. which has retaincd this passage is that of Mons (1. 51520 et seq.) but the tcxt differs slightly, « rime » not being mentio- ned : Assez i avroit plus que tant Qui i vorroit entente mètre ; Mais trover l'estuel en la letrc. This seems to me to bc Icss signifîcant. WAUCHrER DE BENAIN ANB BLKHERtS .■ith whom Bleheris îs Il will bc noted ihai ihe only hi connected is Gawain, there îs no référence to iiim in any of the Percnvil seaions of ihe work, and it is Gawain who is par exalleiice the English Arthorian hero. Again the house whîch apparently provided his patron, [h.it of Poitiers, was for long dosely connected with the royal family of England ; while Wauchier, like Chrétien de Troyes, urote for the Counts of Flanders, who had aided and abetied the sons of Henry II in their revolt agaînst their father. Taking ail thèse facts înto considération does it not seem clear that we are at last fairly on the track of those pre-Chré- lien Arthurian pocms the existence of which was steadily mainiained by the great scholar we hâve lately lost, and that thecritical insighl and Sound judgment of the late M. Gaston Paris are about to receive strik'ing, and to many of us most wcicome, confirmation ? Jessie L. Weston. POUR CN ■. DICTIÉ DE LA VIERGE MARTE . FAIT DIVERS PARISIEN (1401) L'histoire liitér;ure ne comprend pas seulement l'élude interne des œuvres de son domaine et la biographie des auteurs de ces œuvres. Elle ne saurait se désintéresser du public pour lequel ces œuvres sont faites et sans lequel elles perdraient sinon toute raison d'être, au moins toute vertu, c'est-à-dire toute vie sociale. Dans la masse des documents sur le moyen âge mis au jour jusqu'ici, il y en a relativement peu qui nous éclairent sur quelques-uns des points multiples qui excitent notre curiosité relativement h c? public. C'est à ce titre qu'il m'a paru utile de faire connaître ici in extenso une lettre de rémission que Carpentier a parcourue, mais dont il s'est con- tenté d'extraire, pour son projet de supplément à Du Cange, un exemple du mot dicïié. Elle aurait fait bonne figure dans le O)oix de pièces inédites relatives an n'gne de Charles f/ que Douët d'Arcq donna en i86î i la Société de l'Histoire de France, et où ont pris place tant de lettres de rémission pré- cieuses pour l'histoire des mœurs; je l'y ai cherchée en vain, et i'.ii tout lieu de la croire inédite. Voici le fait en quelques mots: Le dimanche 4 décembre 1401, Arnoulct Cochet, pauvre-' maçon de la ville de Paris, marié et père d'un enfant de huit ans, avait invité à souper deux voisins et une voisine- Cet humble artisan savait lire; il s'était pris d'une belle passion — que ses invités partageaient peut-être, qui sait ? — pour un « dictié de la Vierge Marie a, et, le tenant à la main, il vou- lait le lire avant de souper. Mais sa femme Lorence préférait le vin à la littérature; pour mettre le holA aux expansions poétiques de son époux, elle vint s'asseoir entre lui et l'un des invités en demandant à boire. Elle but tant qu'elle tomba à terre, mais elle réussit à se relever et se rassit; on soupa. Le maître du If^is ne pouvait détacher sa pensée du dictié qui lui plaisait tant; il dit tout haut : >< Ah! je donnerais bien une pinte de vin pour le savoir bien par coeur! il faudra que je le repasse après souper. ■> Ce fut le signal de la reprise des hosti- lités conjugales.,. Mais ù quoi bon continuer mon analyse? Le document lui-même parlera. Le samedi suivant, Lorence mou- rait ^ l'Hàiel-Dieu des suites d'un coup de chandelier de cuivre i trois pieds que lui avait lancé son mari. Pris de peur, Arnou- let quitta Paris ; ses parents et amis arrangèrent l'affaire et le roi accorda des lettres de rémission. On en a vu de moins jus- tifiées, et j'imagine que Christine de Pisan, qui vivait près de li et qui entendit peut-être parler de lafiaire de la rue de Beau- repaire, n'hésita pas à approuver la clémence royale. Elle n'ai- mait pas qu'on maltraitât les femmes, sans doute ; mais elle avait composé un Diciié de la Vierge Marie ', et peut-être celui-là même qui plaisait tant à Arnoulet Cochet, pauvre maçon de Paris, elle ne dut guère plaindre le sort de la peu recommandab] Lorence. ■ A. Tii. ; 1401. Ullrri àt r/missitin pour AniouUl Coclvl, n meurtrier àt la Jfmme. ait 1 Cjhrl» etc. Savoir faisons a lotis presens et a venir Nou.i avoir receu 'umble îupplicacion dts amis chameli de Arnoulet Cochei, povre rtufon . ŒuiTti po/tiqiif. iA. Roy, i. II!. p. 1. POUK UN 0 DICTIÈ DE LA VIERGE MARIE » t07 eh-irgiL' d'un L-nfnm de huit ans ou environ, demounini a Paris en U rue de Beaurvpain: ■ contenant comm-, le dimei^he iiij. jour de décembre derr. passé, 'c dil Amoulet soupoît en son hostel en U dite rue en la corapaignie de deux hommes et une femme, ses voisins, le quel Amoulet lenoii en sa main un dittié de b Vierge Marie qu'il vouloil lire, et quand Lorance, n'a gaires sa femme, vît qu'il le vouloit lire, il lui en despleut moult fort, et se vouU vcnif se^r a la table entre le dit Arnoulet et l'un des dix deux hommes, mais, pour ce qu'elle se chargoit bien sauvent et outirageusement de vin, elle diui, en buvant a la dite table, a terre, et a grant peine se releia ei s'en ala seoir, ei commencierent a soupper. El ainsi qu'ilï souppoient ycellui Arnou- lel dist ces parolles ou en sutistance : " Je vouidroie bien qu'il m'eusl coust^ une pinte de vin que je sceusse le dit diciiO bien par cucr, et je le vueit recor- der après soupper. ■ Et incontinent la dicte Lorence qui, comme dit est, csioir abuvree de vin, dit qu'elle regnioii Dieu s'il en disoit ja diciiii ; et icellui Amoulet dist que si feroil. El taniosi icclle Lorence, meue et eschauffee, dist que, par la char Dieul qu'elle le dcssireroit se elle Icpouoit tcuir.Et lorsledit ■s fois I Amoulet lui (Jlsi par pi use i puet, et s^ay bien que tout ce qui me pi; donna une arriercmain par la poitrine par le diable I > La quelle Lorence, elle prini une escuellc d'estain ou il y avoii Amoulet, son nary, : bapp£, il la tefrapa d'i rechief : n Va te couchi se leva de la table ei s'i t commcni;a a appelli er, de i argué et argues le plus lui disant : « Va le couchiei ne estre frappée par si lustarde et d'ieelle frappa le dit l'ueyl, El quant il vit que sa dicte femme l'ot ! autre arrieremain par la poitrine en disant de de par le diable I » Et incontinent la dicte Lorence ala seoir aux fenestres sur la rue et en ouvry deux 3n dit mary eliirn malin, le quel les dictes parolles Oy et luy gecia une escuellc d'estain ci l'assigna par mi ta fesse en lui disant : « Fermei ces fenestres et venei quaqucter dedens, se vous voulez., n Et lors vcelle Lorence en ferma une et s'assist sur une selle au travers de la fenesire en disant au dit Amoulet ; « M'as tu admené ces ribaux et ces ribaudes ? a El lors le dit Arnoulet, meu de eschaufeture par temptacion d'Ennemy et 3ussy pour ce que sa dicte femme disoit en la présence de ses dix voisins qui Sûuppoicni avecques lui injurieuses paroles d'euU, prini un chandellier de cuivre a trois picz lequel il geiia a la dicte Lorence, sa femme, et d'icellul l'assigna par la teste et en cheut j terre incontinent ; mais elle fu relevée et portée en son lit et y fu jusqucs au mercredi. Et pour ce que le dil Amoulet n'a^xiil de quoy la gouverner, elle fut ponee a l'Ostel Dieu le dit jour de mercredi, ei y fut jusques au samedi après, qu'elle alla de vie a trespassemeitt . La Rue Je Braiiripain actuelle, située dans le lo» ar L Paris.esl dédiéeàlamémoireducélùbre défendeur de Verdun (mort en 179a), : le souvenir de la vieille Rue Jt Bi-uiirfpaiit est encore conservé par la ' CW df neawtftirt. qui donne dans la rue tirenéta. V arrondissement. I08 MÉLANGES sanz parler ne fere testament. Pour occasion du quel fait le dit Amoulet doubtant rigueur de justice s'est absenté du pays et doubte que pour ce il ne soit banni de nostre royaume et de la terre de nostre amé et féal conseillier Tevesque de Paris Donné à Paris au mois de mars Fan de grâce mil CCCC et un et de nostre règne le xxije. Par le Roy a la relacion du Conseil. Mercier. (Arch. nat., JJ 156, pièce np 448.) ANC. FRANC. LOIRRE, LOITRE, M. Delboulle a fort justement relevé la singulière méprise de Godefroy qui, citant un passage du chevalier de La Tour- Landri, a pris une loutre pour un loir ' ; il aurait pu faire remarquer que la même méprise se trouve non seulement à l'article loir du Complément de Godefroy, mais aussi à l'article loire 2 du Dictionnaire proprement dit, et qu'en fin de compte cette méprise remonte aux éditeurs du Livre des Mesiiers, MM. de Lespinasse et Bonnardot. La forme loerre employée par La Tour-Landri, écrivain de la fin du XIV* siècle, et encore usitée aujourd'hui % représente une forme antérieure loirre, loire qui se lit textuellement dans la seconde partie du Livre des Mestiers, XXX, 10 : le ms. B. Nat. fr. 20048, non utilisé par les éditeurs, écrit clairement loirre. Il est manifeste que loirre ne correspond pas phonétique- ment au type latin classique lùtra, dont l'aboutissement nor- mal est, selon les régions, leurey loure ou lore '. Pour expliquer r/, on ne saurait raisonnablement faire appel à la phonétique provençale : donc, il faut admettre comme un point acquis que le latin vulgaire du nord de la Gaule employait la forme allongée *lutria (probablement même *lutrium, car le genre masculin est solidement attesté), à côté de lutra : cf. le prov. 1 uiria y loiria y Vcsp, lutria, ntitria, Tital. dialectal ludria, lodriûy etc. 1. Rotnanidy XXVII, 446. 2. Loiière en Anjou (Rolland, Faune pop. ^ I, 35). 3. Cf. Rolland, op. laud., I, 54-55. ANC. FRANC. ROUSSEHfEL. ROSEftUEL 109 M. Delboiille pense que la forme française Imtre est savante, et il n'est pas seul à avoir cette opinion ' ; j'avoue que j'incline A admettre concurremment en latin vulgaire lu tra et *luttra; Le curieux exemple de loiilrc, cité par M. Delboulle lui-même, appuie ma manière de voir et me parait rembnier, malgré sa date récente, à un type 'luttriam, ou plutôt 'lu ttrium, puisqu'il est masculin. A. Th. ANC. FRANC. ROUSSF.RVEL, ROSERVEl Godefroy a institué un article Bousseruiîl fondé sur deux exemptes provenant i'un et l'autre du manuscrit Bib!. Nat. fr. 20048, f" 1 1 7'; il ne propose aucune traduction, se conten- tant de qualifier bousscTtul de substantif masculin. M. Del- boulle-a eu occasion de reproduire ici miïme (XXXII, 446), l'un de ces exemples, sans faire de remarque sur ce mot énig- matique : il ne chassait que la lomre, et n'a pas voulu risquer de perdre son plomb sur le soi-disant bousseniel. Vérification faite, Godefroy a bien tu, mais il aurait dû remarquer que le texte dont il prenait deux extraits n'était autre que la seconde partie du célèbre Litre dfs Mestiers, compilé par ordre du pré- vôt de Paris, Etienne lîoileau, titre XXX, § 8 et 10 de l'édi- tion Lespinassf et Bonnardot. Or, les éditeurs impriment rostreul, au § 8, d'après le ms. de la Sorbonne, avec la variante TOHSstreu! tirée du ms. dit de la Coutume, et rostrtul, sans variante, au § to ; ils traduisent par 0 belette •• et citent le normand rosfUl à l'appui de leur traduction'. 11 est tout à fait certain que la leçon du ms. 20048 est fautive en ce qui con- cerne la lettre initiale', et qu'il f.tut corriger bousserud en Tûusseruil. Il est certain aussi que ce mot rousscruei ou roseritel désigne la belene, mais il est délicat de déterminer s'il s'agit de la belette commune ou de la variété dite hermine. Si l'on i . Cf. Meyer-Lûbke. Gramm. des hng. roi,,., I, S H7- 2. et. Godefroy, roserel'L, où l'on ne trouvera que ces deux extraits ciiés d'après l'ùdition Lespinasse et Bonnardor. et rocelet, 0(1 il fduc corriger la «Ufînition de 1 petit renard >' en « hermini; ». $. MM. de Lcspinasse CI Bonnirdot n'oiii pasconnuce ni.inuscrit,el, i en juger p4r cet éclumillon de ses L'^ons. le nul ne si:mbk' pjs grand. IIO MJ^LANGËS ne considère que la faune du nord de la France, on peut dire que rosenul désigne plus particulièrement l'hermine sous sa robe rouae d'été et s'oppose à laiticc, qui désigne l'animal sous sa robe laiteuse d'hiver'. Le type éiyiriblogique est double : d'une part 'rosario- lum.d'où Toseruel '; de l'autre, 'russariolum, d'où roussenul. La première forme s'est fidèlement maintenue jusqu'à nos jours en Normandie, où l'on dit encore rosereu et. par dissimi- lation, roseleii. Ailleurs elle a été entraînée par le courant ana- logique qui a transformé berçuel, reisuel en berceau, rùeau, et est devenu rosereau, rosrriau, particulièrement dans le Maine (Montesson et Dottîn; cf. Cotgrave, Trévoux, Liitré, Gode- froy) : les anciens tarifs de douane assimilent les rosereaux et les hermines, mais visent surtout par là les fourrures venues de Moscovie (Savary des Bruslons). Roussenul a disparu, à ce qu'il semble, devant la concurrence de formations nouvelles repo- sant directement sur l'adjectif français roia; telles que rousse- lel, rotisselcite dans le Maine, formations analogues à celle qui a tiré roselel de rose, en Normandie et dans le Maine. Un mot de constitution plus complexe pour désigner l'her- mine est rouvreull, usité concurremment en Normandie * : il semble sorti d'un compromis entre les représentants normaux de 'rosariolum, de "russariolum et de rubeolum*. Mais revenons à Fane, franc, roseruel. Godefroy a oublié d'enregistrer un exemple particulièrement intéressant, qui 1. Cf. Rolland, Faune pop., I, 62-6}. 1. On trouve aussi la forme féminine roitrcfiiï, de 'rosariala, dans la région wallonne (Codefroy, boseheule; cf. le bas lat. rostrella, dans Alexandre Ke>:kani (éd. Wright, p. 991 éd. Scheler, p. 89}. Dans la topo- nymie, 'Rosariolas esi représenté par So^rV/W/a, cercle de Meu (Lor- raine), et par Ro^fUeuia, canton de Bayon (Meurilie-ei-Mosclle). ;. Rolland, loc. laiid. 4. Roiri'rtail s'emploie aussi pour désigner la gale du chien, dite plus ordinairement rom-ieu ; j'ai oublié de citer cette forme dans ma notice sur rouvieit (M^langt!, p. i}4 et 179). Qji'on me permette d'accrocher ici une observation complémentaire sur ce mot raufiVti. On sait que l'Académie écrivait d'abord roux-i-uux (1761) et qu'aujourd'hui encore elle donne con- curremment rouvUux et lOux-vUux. Celte pitoyable lolùrance a porté ses fruits, CI chaiTun peut lire dans le journal Le Matin du 10 juillet 1903, article intiiuté ' Amour maternel ■, la phrase suivante : « Leurs pauvres chiens... K morfondraient au chenil et risqueraient d'y périr dt; gras-fbn- dure. de ffie, de vîiux roux ■ ■ - ■ I I ANC. l'RASÇ. rOUSSERVEL. ROSERUEr- III n'avait pourtant pas échappé à La Curne de Sainte Palaye. Il se trouve dans un ouvrage dont les manuscrits abondent, Le Uvre du roi Modus et de la reine Sacio. Dans l'épisode humoristique où maître Renard projecte d'établir le tnist (comme on dit aujourd'hui, je crois, à Paris) du gibier et du poisson, le rusé compère s'adresse en ces termes à son associé le loutre (je parle comme l'auteur) : k Y a il nul qui te nuise, qui mengusce ne o prengne poisson? — Oïl, fait le loutre, il est le roscrml, le « cormorant, le héron, la poche, le guespier, le martinet, qui « rous peeschent et se vivent de poisson '. » De ces six ani- maux, les cinq derniers sont bien connus pour appartenir à la gent emplumée'. Est-ce une raison suF.sante pour faire aussi un oiseau du rosereul, par exemple une variété de héron ' ? Je ne le crois pas, car maître Renard nous parle un peu plus loin du rosereul et, sî je comprends bien son langage, il veut lui faire ronger les filets des pêcheurs, ce qui porte à croire que le rosereul a des dents'. Est-ce donc l'hermine? Pourquoi pas? Mais, diront les naturalistes, si l'hermine fréquente volontiers le bord des rivières, ce n'est pas un animal ichthyophage. Mais, répondrai je, qui cautionnera l'auteur du Livre du roi Modiii pour un naiuraUsie impeccable? Le guêpier n'est pas plus ichthyophage, il me semble, que l'hermine, ...Ji moins qu'il ne s'agisse d'un autre oiseau que celui que nous appelons aujourd'hui guêpier, lequel ne fréquente d'ailleurs que les bords de la Méditerranée et pouvait ditÉcilement être connu de l'au- teur du Livre du roi Modus, originaire de Normandie, comme on saii- I. Jecile d'aprcs le ms. Bibl. Nal. fr. [397, loi. j8b. a. La ^iw est la spatule; cf. Godefroy, poche, où l'on ne trouve pas d'ailleurs DOE ce pusage, Coigrave, etc. M. KoIbnJ nu mentionne pas ce nom vulgaire de la spatule (FuMUf/M^.. 11, }8o). }. C[. cet article de Cotgrave : 'c Rousseau, m. A frecktcd, and red-haî- red, min; aiso, the Biitor; or a fowle ihits Icsse ihen a Héron, but other- w'ise resembles her... u — M. RolUiid me fait remarquer que ce nom de rpuiunii attribué par Cotgrave à une variéti' de héron est peul-Étre dû à une confusion, et qu'il faut peut-être le corriger en rciipeaa. 4. <• Je fêtai tant, diit Btnart, que toy et moy serons maistres des taucs et des forés. Et tu feras tant que ceulx que tu as notnmei, qui peeschent et menguent poisson, seront tes sergeiis et prendront les Alez qui iront petite Oi^c Cl seront mcngiés du roitrtiil, et prendrj. le poisson et donrta jour M» pcsdieufs u (Bibl. N'ai. fr. 111)7, fol. jB"")- I I 2 MÉLANGES En somme, la seule chose sûre, c'est que rosereul vient du latin vulgaire *rosariolum'. A. Th. ANC. FRANC. ROVENT L'adjectif r(Wfw/, rovente n'est pas très rare en ancien français*, mais il ne semble pas s'être maintenu longtemps dans l'usage littéraire. Godefroy cite, il est vrai, un exemple de Claude de Seyssel, qui nous conduit au seuil du xvi^ siècle, mais je crois S qu'il n'y a pas de lien direct entre cet exemple et les textes \ antérieurs, lesquels ne vont pas en deçà du xiv« siècle. Claude ^ de Seysel a dû subir soit l'influence italienne (on sait que revente est très vivant en italien), soit l'influence de son milieu (le verbe roiAi, pour roventir est encore usité à Rumilly, dans l'arrondissement d'Annecy, d'après le Dictionnaire savoyard de Constantin et Désormaux). Il y a cependant à signaler, dans le domaine propre de la langue d'oïl, une curieuse survivance de l'ancien adjectif rovait. Je la trouve en feuilletant le Diction- naire du patois normand en usage dans le département de VEure^ publié ù Evrcux en 1882,011 figure l'article suivant,p. 353 : « Du roux-vent ou des roux-vents^ brouillards quelquefois accompagnés de vent, qui s*élèvent de terre au printemps (au commence* ment de mai surtout) et envahissent l'atmosphère en simulant une pluie prête à tomber; leur couleur est roussâtre... » Il me semble que la graphie roux-vent est le résultat d'une fausse éiymolcKîie et qu'on doit écrire rouvent. J'estime que nous avons W affaire à Tancien adjectif employé substantivement. A. Th. I , j^oiTre i mes imxs MNL les doaeurs J. Pignol et P. Dorveaux tous mes nenKrcicmcn:> pour Tiide qu^ils m'oa: prêtée Jiu cours de mes itdierchcs sur le 'Ciff^ki, i. Lcixraologîe es: claire : comme Ta indiqué M. Me\*er-Lûbke {fifJtmm, Jbioyyb^.' '.**»., II. ," %îoV .x*^; vient du ht. vulgaire * rubcntos, substi- tue ju blin cUs>;quc r u r c :: s . SAVOYARD l'IOKB.I. SAVOYARD VI0RB.4, VIORBE A propos du terme comiois iôrbe (escalier ï vis; lour dans laquelle se trouve un pareil escalier), relevé dans le Glossaire du Patois tU Monlhéliard ' ,M. A. Tliomas indiquait récemment', comme étyraologie probable de cette expression, les deux mots vis « escalier à vis », et orbe « aveugîe ». On sait que cet ancien adjectif, b comme son synonyme actuel, s'applique fréquemment X un lieu obscur m. Rappelons, par exemple, tvcc Littré, le terme de maçonnerie : mur orbe « sans ouver- ture .1. L'expression vis orbe n'a pas survécu seulement dans la Franche-Comté. On la rencontre aussi en Savoie, où elle était jadis d'un emploi général, sous la forme viorha, viorbe. Nous avons eu l'occasion d'en citer un exemple ' tiré de la publica- tion Je M, Bruchet relative au ch.iieau d'Annecy : « Dedans la chantonée par devers la dicte place jouste lesdits membre sera Caiiez une viùrbt de piere de roche pour servir les entrées de ladicte tour et dudit membre » (contrat passé par Pierre Cha- puis pour la construction de la tour et du logis Perrière, à Annecy; 1445-1447'). Voici deux autres passages où figure le même mot > ; 1 s&i, ) I (?) avril — Rfparaiion il la maison de l'hic (le Palais de l'Ile, ou Vieilles Prisons, à Annecy) ; suriltSvaiion de la viorbe, el construction d'une Douvelle pone 1 cAté de celle de la crcpie (Max Bruchet, Itnenlairt sommaire Jfi ^rcbhvi déparlementaUs [de la Hauie-Savoi(;J, E 5j6, p. 216; Annecy, 1904). 1616, }o avril. — Fragments des minutes de Duret, notaire à Annecy; description d'une maison située à Crans : Entre ladicte boutique et la porte dudia esubic il y a un cscallicr de boys A fa^on de viorbe, y ayant ]4 pas de boys en icclle viorbe, et au dojon d'icelle y en manque } pas Caij.. Esîi. p. Ï17), I. CaaKje»n, Glossiûre du palaii Je Monthéliard, p. 117. 1. A. Thomas, Nouiwuï Eaaii de philologie /raiifaîse, p. aSj (Paris, Bouillon, 190;). ]. A. Constantin etj. Dàsorraaux, Dictionnaire savo^rd, VIorbA, 4 Mai Bruchet, Chiteatt d'Annuy, p. 90. ) . (A ces exemple!, il convient d'en ajouter un qui figure dans !es MoH 1 14 MELANGES Dans ces passages ei dans d'autres analogues, car il ne serait pas difficile de multiplier les citations, vtorbe a bien le sens ' d'escalier obscur en forme de vis, puis simplement d'escalier en colimaçon. En ctfet, on avait fini par perdre la notion du sens impliqué par le dernier élément du composé, et l'on ne songeait plus qu'à la forme et non à l'éclairage plus ou moins insuffisant de l'escalier. Actuellement le mot vtorlx n'est plus en usage à Annecy, ni dans le patois, ni dans le fraiiçais local des maçons et des charpentiers'. A Cballonges, il désigne un chemin pittoresque en lacets, Viorbâ est encore employé à Thônes, ainsi que nous l'avons indiqué dans le Dictionnaire savoyard, mais avec une acception légèrement différente. L'expression j d^o la vîorbà correspond à la locution annécienne d^o W^ /. et s'applique à un passage situé sous les arcades d'une maison. L'étymologie si heureusement proposée par M. A. Thomas peut-elle rendre compte de ce dernier sens? Assurément. Toutefois on a cru voir probablement dans le premier élément de viorbà un mot issu de via. En effet, dans les parlers savoyards, vi' est le correspondant de via comme de vitis. C'est aussi l'avis de M. Thomas, à qui nous avions signalé celte étymologie. « Rien n'empêche de croire, nous dit-il, qu'il y 3, eu concurremment via et vitis, avec des sens distincts'.» Il n'est pas possible de songer A vicum, qui a donné W, à càté de viu, conservé dans quelques noms de lieux savoyards (fiK^-la-Chiésai!), bien que Du Cange ait relevé l'expression ORBDs vicus : « Platea non recta, seu angiportum non pervium. ohicurs cS laits de M. Dciboulle et qui sera public par la Romanis i son ordre alphab£tii|uc. — Rtd.\ i. On ne connaît que le leme «iroa, dont l'emploi n'esi pas limité i la a. Fi' réprime également vicum, vïderc, viscum cl vivum. ]. Dan; le Valais, comme en Savoie, via et viicm nni (gaiement abouti à ri. Cf. la déljnitions suivantei : • Ki, sf., souche de vigne, taillée bas. — Cl (ou vï), ïf.. voie, chemin. Ce mot est vieux et n'est plus usité sauf dans des nom* locaux ; (a Grand' l'y, U grande voie ; Flbanaa- Vi, la voie plane ; la fimniva, la voie neuve ; Snlavi, wus la voie ; en Tiidm-Î (ipV), entre deux voies > (LAgitt, tv )4, :8S reine n) et Morgain l'ayant toujours sur la dëmiére syllabe. n oe faut pas oublier, au reste, que Morrigan devait, en gallois, se prononcer MorrLin dés avant le xii< siècle (t. Lot, dans Romania, ibid.y, il faudrait donc Gtirc remonter la confusion il une époque bien reculée \ IlS COMPTES RENDUS trait est absolument étranger à la physionomie de Morgain. Pour rapprocher les légendes, Miss P. est au reste forcée de les interpréter quelque peu arbi- trairement l'une et Tautre. Voici son raisonnement* Les rapports de Morgain avec Arthur présentent des contradiaions : d'une part elle soigne les blessures du roi, dont elle est (depuis Chrétien) considérée comme la sœur ; mais, dans d'autres récits, elle lui suscite des ennemis et travaille à le perdre : cette contradiaion s'expliquerait précisément par l'influence de la légende de Mor- rigan. Celle-ci, ayant fait à Cûchulain des oflres d'amour qui avaient été repoussées, lui avait voué une haine mortelle, et cherchait sans cesse à le faire périr. Morgain aurait donc été d'abord l'amante d'Arthur, et le séjour de celui-ci à Avalon aurait été, à l'origine, une de ces séquestrations amoureuses qui abondent dans les légendes celtiques * ; puis Arthur se serait lassé de cet amour : de là viendrait la haine de Morgain et contre Arthur lui-même et surtout contre G uenièvre sa femme. Toute cette construction me paraît, je l'avoue, fort peu solide. Dans le Brut de Layamon, le plus ancien texte où il soit question du séjour d'Arthur à Avalon, la fée qui le soigne (et qui s'appelle d'ailleurs Argante) n'est point donnée comme l'ayant enlevé par amour et n'essaie nullement d'attenter à sa liberté : au contraire, Arthur se promet, dés qu'il sera guéri, de retourner « dans son royaume et d'habiter en grande joie avec les Bretons » (y, 23070). L'idée d'une liaison amoureuse aurait donc été inventée postérieurement au milieu du xii^ siècle et il est probable que nous en trouverions quelque trace dans les poètes français. Si Chrétien, par exemple, en avait eu connaissance, il se serait gardé de faire de Morgain la sœur d'Arthur. Quant à l'hostilité du premier personnage à Tégard du second, elle ne se rencontre que dans des romans en prose assez récents (Lanceloty Merlin-Huthf Tristan) et ne me parait pas avoir une grande importance pour Thistoire de la légende ; elle doit être une conséquence de l'hostilité de Morgain contre Gueniévre qui apparaît dans des textes anciens * et, en, général, des instincts pervers qui lui furent de bonne heure attribués K La légende même de Morrigan, qui aurait ser\'i de prototype à celle-ci, est-elle bien telle que Miss P. nous la présente ? Les rapports entre Morrigan et Cûchulain sont-ils uniquement ceux d'une amante dédaignée qui n*aspire qu'à la vengeance? Ce n'est pas ce qui ressort des textes rassemblés par i. Le sujet a été parfaitement étudié par M. A. C. L. Brown dans son récent livre sur Ivain {StudUs and \otes in Philola^'v and Uterature^ t. VllL iiH>;). 2. Par exemple dans le Manteî mautaillit\ dont M. Wultf place la rédaaion française dan> le dernier quart du xir Mèv:le(M'wu«/»2. XI\\ 55)). î. Il eilt été intcresMiit (et je ne vois pas que Miss P. l'ait tenté) de rechercher les c.iu>es Je cette altération de la physionomie de Morgain, qui nous appa^ai^^.liî dans Chrétien comme un personnage plutôt sympa- thique. A. PATON, Sludies in th Arthui 119 Miss P. elle--même et par M. d'Arbois de Jubainvillc '. Les propoûtion» d'amour de Morrigan à CûchuUin ne (orment qu'un fpisodc de son histoire; ailleun (Paton, p. 14) l'hostilité entre les deux personnages est expliquée par on motif tout différent (une coniesiation à propos d'une vache) : enfin, au moment même de la mort de Ciichulain, Morrigan nous apparaît (Paton, p. 14) non comme l'ennemie, mais comme la protectrice, au reste impuis- sante, du héros. L'histoire d'amour que Miss P. Suppose avoir été raconije au sujet de MorgaJn ei d'Anhur l'a bien été, en effet, au sujet de Cûchulain et d'une déesse; mais celte déesse est Fand, et non Morrij^an, et il y a, au reste, entre les deux rfcits, des divergences notables: Fand, en effet, provoque U maladie de Cùdiulain pour l'attirer à elle par l'espoir de la guérison, et quand CAchutain s'est lassé d'elle pour revenir à son épotise mortelle, elle ne Inî en girdepas rancune (p. 39). Avant d'admettre la substitution de Morgain it Morrigan, il nous faut donc admettre celle de Morrigan â Fand; et on voit i combien de difficultés se heurte l'hypothèse de ces substitutions. Les deux autres parties du livre concernent U « Dame du Lac » et la &mcuse amante de Merlin, Niniane ou Ninienne. Miss P. explique d'une manién: très vraisemblable l'évolution de la légende de la première : le rôle de protectrice, îjue joue la Dame du Lac auprès de Lanceloi (dans le Lan^drt allemand ■ et le Linctlol en prose), conduisit peu à peu â voir en elle une fée bienfaisante, que l'on opposa i la vindicative et impudique Morgain. Mais en ce qui concerne la nature des rapports entre la Dame du Lac et Lancelot dam les versions primitives, les spéculations de Miss P. sont, i mon avis, moins satisfaisantes : 1 l'en croire, Lancelot devait être primitivement l'amant de la fée, qui ne l'aurait sauvé que pour lui dire jouer ce rAle ; elle appar- tiendrait donc i ce groupe de fées ravisseust^s. avec lesquelles la première partie nous a fait faire ample cormaissance. Que le thème de la fée ravisseuse aK existé en pays celtique, c'est ce que Miss. P. a fort bien démontré plus haut; qu'il en teste des traces dans le Bf! Inconnu et Tyoltl, c'est possible ; mais que l'histoire de la Dame du l^c n'en soit qu'une variante, cela me parait fort peu probable : aucun des textes sur Lancelot ne contient la moindre allusion au kût que U fée aurait élevé pour elle-même le jeune héros, à la moindre jalousie que lui auraient inspirée les nombreuses conquêtes de celui- ci. Le plus ancien de ces textes, le Ltti^flel. fournit même un argument positif contre cette manière de voir. L'auteur, éprouvant sans doute le besoin d'expliquer les soins que la Dame du Lac prodigue  Lancelot, nous dit qu'elle le destinait i rompre l'enchantement dont son hls Mabûz était viaime : si Ulrich eût trouvé dans une version antérieure une explication plausible de b conduite de la fée, il n'eût pas inventé celte-là, qui n'en pas loin d'être absurde, puisque cet enchantement, c'est la Dame du Lac elle-même qui l'a I. CoiiniicUll. cdlique 1. Sur l'identité de (a < Lac. vov. G. Paris dans j paatm, surtout lome V. fée de mer n dans le l^H^iUt et de la Dame du OHMBij.X, 47;.n. ï. 120 COMPTES RENDUS jeté sur son fils, dans Tintérét de celui-ci '. II est donc plus \Taisemblable que dans le récit primitif la fée était la protectrice désintéressée du jeune héros ' et qu'un remanieur maladroit aura combiné deux thèmes, celui de la protection et celui de Tenlèvement >. II y a dans la troisième partie un chapitre (xui) où sont soigneusement classées les diverses versions de Thistoirc de Ninienne et de Merlin. Mais tout ce qui concerne Torigine et la signification de la légende me paraît bien douteux, pour ne pas dire davantage. Selon Miss P., dont j'essaie de résumer brièvement la théorie, Ninienne serait encore une fée ravisseuse et l'histoire de Merlin, enfermé par elle dans une enceinte de brouillard, se réduirait à une variante des thèmes qui viennent d'être étudiés dans les deux premières parties. Mais cette histoire aurait subi l'influence de la légende de Diane, restée populaire au moyen âge : dans le Merîin-Huth^ en effet, Ninienne nous apparaît en chasseresse, avec tous les attributs de la Diane antique. De même que Diane, ajoute Miss P., visitait Endymion endormi dans une grotte, de même Ninienne retient Merlin dans une caverne (car c'est d'une caverne qu'il s'agit dans les rédactions B et C, et non plus d'une enceinte de brouil- lard) ; enfin Diane étant invoquée par les femmes en couches, il ne faut pas s'étonner, cette première confusion étant admise, que plusieurs versions aient confondu Ninienne avec la Dame du Lac, qui élève Lancelot et ses cousins. Des nombreuses objections qu'on pourrait faire à ce système, je ne retien- drai que les principales. n me paraît d'abord tout à fait impossible de voir dans Ninienne une fée ravisseuse, et même une fée : elle n'a rien de surnaturel et tout son pouvoir magique, elle le tient de l'enseignement de Merlin. Ensuite elle n'attire point Merlin dans les sombres demeures de l'au-delà et elle est si loin de vouloir faire de lui son amant que, si elle surprend ses secrets, c'est précisément pour se mettre à Tabri de ses entreprises «. La création, au reste assez moderne, de Ninienne (elle n'apparaît pas avant le Lanaîot en prose et le Mfrlin-Huth) n'a rien de mystérieux : j'y vois une illustration nouvelle de l'axiome, cher au moyen âge, que la sagesse du plus grand « clerc » ne peut rien contre r « engien » d'une femme : cette création marque en somme l'introduction du fableau, ou du moins de l'esprit satirique, dans le roman arthurien. 1. Voy. les analyses du Lan^eUt par G. Paris (/?a»wj«ij, X, 475) et Miss J. Westôn (Tbe legetui ojSir Lancdotdu Lac, p. 14). 2. Miss P. nous rappelle elle-même (p. 19$, n.) que les fées, comme les Parques antiques et les Nomes Scandinaves sont souvent représentées comme s'intéressa nt â la destinée des mortels. 5. Cf. Paion, p. 208 ss. Comme nous allons le voir, lu Dame du Lac fut confondue avec Ninienne, dont b chasteté est le trait distinctif ; cette confusion n-ippuie guère l'hypothèse de Miss P.; clic prouve au moins que le rcnunicur auquel elle est due n'avait plus aucune idée du rôle que Ton suppoMî ici avoir clé joue par la Dame du Lac. 4. Dans lc> versions b et C, son aversion pour Merlin est même poussée jusqu'aux dernières limites (voy. p. 21 ; ss.). I .. PATOS", Sludies in ihe Artlnirtati rmnanct I2 1 Qjiant 3M rappnxhenicnt de Ninienae ivec Diane, il est certain qu'il » iii /ail dès le moyen Jge (probablement pour la premièfe fois dans le Mtrlin- Httlb, dont l'auteur est coutumier de pareilles faniaisies); mais Miss P. me parait n'en saisir ni l'origine ni le v-rai sens. Il est ^idcmmeni dû â une réminiscence iittéraiie qui n'a rien à voir avec la tradition populaire ; cette rèminiKence provient sans doutL- de Virgile, que connaissait fort bien l'auteur du Mrrlin-Hulh, comme le prouve la mention qu'il fait de Faunus (et de Virgile lui-mSnie). Le rapprochement s'explique par le fait que Ninienne, comme Diane, est chaste. Il y a, du reste, entre les deux légendes, une diffîtrence notable ; Diane n'enferme point Endymion daiw une caverne ; elle se borne i le nsitcr dan^ celle où. comme il est naturel i un berger, il a s'endormir, et le sentiment qu'elle éprouve pour lui n'a rien de commun avCc ceux que l'cnchanieur inspire à Ninienne. En dehors des analogies, vraies ou fausses, entre les deux légendes, MJss P. cherche un point d'appui pour sa théorie dans les deux faits suivants: f la Dame du Lac. avec laquelle Ninienne est confondue dam plusieurs rédoclions (Laaetlot, Mfrtia-Hiith, Prc^itliei), habite près du lac de Diane et a pour frire Dtonas, filleul de Diane ; i" la forme primitive du nom de Ninienne devait être Nirunt (prononcé Nidiie), ce qui aurait facilité la confu- sion avec Diane. Je n'insiste pas sur ce dernier argumcnl, la forme .Vi'rrtnr n'existant dans aucun texte et toutes les déductions sur l'origine probable du mot restant pures hypothèses '. Quant au premier fait, il s'explique, ce me »embte, tssvz aisément : le compilateur lettré qui avait rapproché Ninienne de Diane se sera plu à l'idemilier avec la Dame du Lac, jusque-U anonyme : il obéissait ainsi 1 une tendance cyclique, maintes fois signalée '. Il est remar- qtuble, au reste, que tous les passages où est faite cetie identificatian ont l'air d'additions postérieures et que celle-ci ne modifie en rien, comme Miss P. clIc-mémc le remarque, le caractère primitif des deux personnages. Il était naturel, dés lors, d'attribuer le nom de « lac de Diane » au bc, anonyme, lui aussi, où vivait ta (ie; quant au personnage deDionas, il aura été inventé précisément pour appuyer cette prétendue patenté de Ninienne avec Diane. L'auteur conclut (p. 24f{>9) que les romans arihuricns reposent sur des ririts mythologiques, maladroitement rationalisés, et que les trob légendes id étudiées sont sorties d'un « noyau commun n. La première de ces deux idées est peu nouvelle et la seconde, on la vu, très contcsuble. Si je devais réïumcr d'un mot mon impression sur ce livre, je dirais qu'on y trouve de Très diligentes recherches et de très ingénieuses constructions, mais que le résului obtenu ne mt paraît pas, au total, proponionné â l'effort dépensé. A. Jeanrov. I. On peut faire la r 1. Cf. p. aiS le timidi. celle du GraaI. d'une dees.se celtique rapprochement (p. 144J entre it de la légende de Ninienne i COMPTES RKNDUS . F. Vallirdi, 190J- Gr. iii-8", Vlil- Niaib ZrsGAHELLi, Dante. 768 pp. ' la this bulky volume Prof. Zingarelli has mode an attempi 10 gaihenogether ihe emne scibîlc wîth regard to Dante and his writings. The work is dividcd into two parts, ihe tirsi af which deals witli Danie's biography, and înciden- lally wiih ihe social, lilerary, and political conditions of the pcriod covered hy his tifctïme ; while ihe second deals wiih his works, that is 10 say, wiih ttioK which are commonly accepted as auihentic, for ihc Epîslolat, and ihe Quaettio âi Aqua ri Terra are not included in ihis section, but are treaied of separaiely in the first pjri. We may say at once that Prof. Zingarelli has performed his arduous lask wiili a remarkable degree of success, such as probably no oiher single wriler, in llaly or elsewhcre, is likely to surpass under exisiing conditions. The book opcns wiili an introductory sketch of the hïstory ol Rorence during the years immediately pruceding ihe birih q( Dante. Prof. Zingarelli hère records what he regards as a remarkablc instance of the <■ blîndncsss > ofthe Rorcntincs, 10 which Dante refers, by the mouth of Briinetto Latino, in ihc Inftrno (XV, 67 : ■ Vecchîa fama nel monda li chiama orbi »). In 13Î4 ihc Florcniincs concluded a commercial ireaiy wiih Pisa, by ihe tenus of whîch they were offered by ihe Pisans the clioice betwecn iwo sirong places in Pisan tcrritory, viz. Plombino or Ripafraita. Tl)e Florentines, duped by ihe apparent eagemess ofthe Pisans to retain Ripafraita, seleoed this place, which lies inland, insiead of Piombino, which would hâve given them a sea-pon. Prof. Zingarelli thinks this was a fatal misiake on the part of the Florentines, as it arresied their commercial expansion and postponed for many years (hc possibility 01 their becoroing a naval power in the Mediicrranean. This is no doubt true, but the shorts îghtedness ofthe Flo- rentines on ihis occasion may very well havc proved to be a blessing in disguise, for, as I> Doren has shown în his Sludien aus Jer Ftorentiarr IVirIschafiigfichkhtt, il was the very fact tliat Florence was eut oIT from the sea, and the untiiing efforts she afietwards made to reach !'., (haï led to lier subséquent greatness. It is quite conceivable ihat if she had obtained access to the sea at an earlier period, before she had fully Consolidated her commercial position ÎD Tuscany, she mîght hâve fared very dilfcrently. Id this saine introduction Prof. Zingarelli quotes an interesting passage, from Boncompagnoof Signafa contemporaryofAccursius), whosiatcsihat he found recordcd in the civil law thit lialy n non est provincia, scd domina pravinciarum », a phrase which was ccrtainly in Dinte's mind when he reproached Icaly wiih bcing ■ non donna di provincie, ma bordello > (Purg. . A volume of the Stt'ria lellfrariii d'Ilatia, 1 'illa da u 7 .VpfiV/^ (fj Pr^ N. ziNGARELLi, Dante 123 I I VI. 78). and which, wc tnay add. occurs aiso in ihe Campcsijiotie Jd Mmdo (written in i î8i) of Ristoro d'Aretza. In his sketch of Danie's youth Prof. Zingarellî ingeniously identifies the ■ donna ^ovine e gentilc • of ^ 1; of ihe fila Nuot'a, wliûm Dante dàicribes as being \ith Dante's political life and exile, even* step in the poei's career bcing exhaustively discussed, from his fîrst appea- rance on the Consigiio del Podesti in 1295, down to the last scène at Ravenna on Sepiember 14, i>2i. We think Prof. Zingareili is right in upholding îhe authcnticiiy of the so called Gxotto portrait ol Dante, which was discovercd in :hc Bargcllo at Florence some s:xt\- yea.'s ago through the I. (Toutefois, voir plus loin, p. 14g. — iW.J N. 21NGARELLI, Dante I2S of Kirkup and others. There arc diiliculties, no doiibi, in the way o( iCs acceptante as tlic work of Giono, but, as Pcol. Zingarelli shows, thèse are noi insunnountable. T)ie second half of the book, as we havc already scated, de:ils with Dante's Works. In his discussion as lo ilie correct tiiie of whai the majority of Dante schoUis now igrcc in calling ihe Convivio, Prof. Zingarclli suies thaï [lie cpilhet Amoroso, which does nol appear in the edilio princeps, was fldded In the éditions o( i;i9und [}!i. He does not seem la beaware oftiie editionof ISîi, in v.hich ihe lille Amorpso Com'ivio firsl appeared. He seems to bc cquatty unaware of the very considvrable labours of D' Moorc upon the lett of this trcaiise, the tesults of which were gîveii to the public in the Oxford Dante. Wc are glod to state thaï ihe tliird édition of the Oxford Danle contains a greatly improved icxt of the Convh'io (under ihat litle), as ihe tesuli of further collations of ihe mss. by D' Moore. Full jusiiec, we are glad 10 observe. ïs do'ie to the admirable édition of ihe Df Fulgari EUiqiualia publislied by Professer Pio Rajna in 1896, In his iKCOunt of ihe edilio princeps of ihe Dt Monarchia Prof. Zingarelli is mista- kcD in siatiog ihat în the title ihe trealise is attribulcd to a Dame who was conlt;mporary wilh Polïtian. The litle mercK' descrlbes it as « Dantis Flo- rentini de Monarchia libri très d. The allribution ailuded to occurs in the edîior's a Epistola dedicatoria 0, whercln he remarks : « Sunt autem quos adjunximus, primum Dantis Aligherii, non veiusiioris illius Floreniini poeiac cdeberrimi, sed philosophi acutissimi aique dociissimi vîri.et Angell Poliilanl Cunillaris ijuondam, de Monarchia hbri très a. Morelhanijo pages aredevo- ted loihc Cotiiwedij, ihai is to sav, more than a tliird ofthe wholc book. We think the lasi chapier of ncarly loo pages on '< La Poesia nella Comniedia t ftiighi witli adt'aniage Iiavc been considerably curialled — but possibly, as ttie book is one of a séries, ihe author has Jone no more ihan conlonn to the scheme laid down by the cditor. It is a satisfaction 10 find Ihat Prof, Zingarelli is sound on Ihi; question of ihe authenticity of the Quaath dt Aqua il Terra, and acknowledges the excellent U'otk done bv D' Moote aud «hersîndefênding the genuineness of the ireatise, The volume concludes wiih a very useful bibliographicil appcndii, and a fuU index of propcr names and notable maticrs, which form a fiitîng complé- ment toan admirable and judicious, not to sav laborious. pièce of work. Pdget TOÏNBEE. Eustacbe Deechamps, Leben und "Werke, von Ernsi HotJ'trvER. Dr. phil. Strasbourg, Trdbner, 1904. ln-8», IjJ pages. Ce volume que M. H. a présenté comme thèse de doctorat à l'UriversitÉ de Strasbourg, a paru en même temps que V Infroduclion, annoncée dès 1890, d0 Œtnrra totnfUtes d'Eusiaclx Deicltamps publiées par la Société des anciens 126 COMITES RENOUS textes français (t. XI ei dernier). Bien que cette coïncidence soit regrettable, on ne saurait méconnaître que le livre de M. H. est une oeuvre des plus méritotres. La première partie, consacrée à la Biographie de Descliamps, comprend la moitié de l'ouiTage. L'auteur, n'ayant pu utiliser les document» d'archives inédits, s'est contenté des sources imprimées ; en premier lieu, les volumes de la Soc. des anciens lentes, y compris les index du t. X, puis les nombreux écrits relatifs à son sujet, qu'il a dépouillés avec un sain minutieux. Quelque»-UDS lui ont échappé, entre autres l'ariide de M. Emile Picot dans \es Mélanges Julien Hitvet et celui de M. Ch. Prieur, dans la Rrvut dis Èludts historiques, qui apportent des Taiis nouveaux sur la famille du po^e et sur une des aventures de sa vie processive, M. H. fait naître Deschamps entre 1340 et 1146, et place sa tnort entre 1404 et 1407. Un nouveau travail de M. Prieur, confirmant l'existence jusqu'ici un peu douteuse de Gilles, l'un des lits de Deschamps montre que le bailli de Senlis étùît mort au commen- cement de l'année [40J, peut-être même à la fin de 1404. Comme ï) a vécu au moins soixante ans, sa naissaïKe remonte donc au plus t61 à 1344 ou La seconde partie du livre de M. H. s'applique aux Œuvres, qui sont succes- sivement examinées dans leurs formes extérieures (chapitre un peu abrégé) et dans leurs sources. Le dernier chapitre, sauf en certains points laissés trop dans l'ombre, est de beaucoup le plus original ; M. H. a eu la bonne fortui» de découvrirpour le Miroir de mariage la part prépondérante d'inspiration due à Hugues de Fûuilloy, qui a joué le rôle d'intermédiaire entre saint Jérôme el Descliamps. Deux chapitres tinaux s'occupent du fond même de l'ceuvre du poète. Peut-être, à cette occasion, M. H. eùt-il pu mettre plus Je méthode dans le classement des idées qu'il développe et donner plus d'importance à l'éléraeni historique. Malgré ces quelqui^s réserves, ce livre exécuté avec • l'esprit critique le plus avisé, est plein de promesses et fait bien augurer det travaux futurs de son auteur. G. Raïkaud. FranzOsiche Dialektwbrter bei Lexikographen des 16, bis 18- Jahrhunderts, von W. Uevmann. Giessco, 190}. In-8», loî pajics (Thèse de doaorai). On sait combien sont raies les rensdgnemcnts directs sur le vocahulaiiv des patois français avant le xiX' siècle. M. Heymann a fait ceuvre utile en dépouillant les principaux dictionnaires pour y relever tous les termes dialec- uux qui y ont été admis exceptionnellement A câté des termes de la langue commune. Il a commencé, luturellemcnl, avec le Diiliauaire /ratuoiilatin de Robert Estienne (ii;9) et a poussé son exploration jusqu'au CithoUam de Ncmnich. paru en 179]. Les vingt premières pages de sa thèse passent en rex-ue, chronologiquement, les recueils en question, ci donnent des détails som- maire! sut les auteurs, avec quelques indications sur les sources que ducun I HEYMAys, Fran:;ôsuhe Dialeclu-orUr bel Lexikographen 127 d'eux parait avoir eues » sa disposition, ci !e relevé des mots fournis par •:haque recueil. Le reste de l'ouvrage est occupé par quinze listes alphabétiques correspondant au:i divisions géographiques suivantes : Normandie, Breta^c, Maine, Anjou, Touraînc. Poiiou, Eainton):e, Aunis, Orléanais-BlaisoiS'-Ven- dAmois-Gâlinais-Solagnc, Bon-y, Bourgogne -Bourbon nais, Champagne, Lor- raine, Wallonie. Picardie. M. H. a, comme on voit, tant de parti pris les tennes d'origine méridionale pour s'en tenir au domaine conventionnel de la langue d'oïl ; en cela il a obéi aux préoccupations linguistiques de noire époquc bien plus qu'aux idées du temps qui j vu njilrc les recueils étudié» par lui, ce qui n'est peut-être pas très scientifique ; mais le point de vue auquel il s'est placé peut se défcrulre '. Il me semble que l'auieur de cette thése'auralt dû s'expliquer plus nette- ment qu'il ne l'a fait sur le caraa^re tout k lait externe du laborieux dépouil- lement auquel il s'est livré. En liti de compte — et il ne pouvait guère en être autrement — il a relevé non pas tous les termes dialectaux qui figurent dans les recueils qu'il a dépouillés, mais tous ceux qui y figurent avei: la mention expresse de leur provenance dialectale. Si l'on croyait, par exemple, trouver dans son travail des renseignements sur l'époque où les formes nor- iTunno-picardes cabit et caillou ont pris pied dans la langue commune et ont fini par faire tomber en désuétude les formes héréditaires chablt et cbaUloUt on scTsii déçu. M. H. a relevé (p. 8}} dans Furetièrc (1690} le verbe achts- mtr parce que ce mot. mi.'ntionné incidemment, donne lieu i la remarque wiiante du lexicographe : * On dit encore en picard aclitsmtr pour dire (oif- ftr ■ (art. angemms) ; mais il néglige de nous apprendrv que le verbe as.hfm~ (Hi)«r CI le subMantif adxn^m^rcm sont dans Robert Estienne (1S49), dans Thierry (i 564), dans Nicot (1606) et dans Coigrave (161 1), parce qu'aucun de ces auteurs n'en a indiqué exprtssément la provenance, non plus que pour le verbe ather •< agacer les dents >, qui voisine avec eux et que, naturelle- ment, M. H. n'a pas recueilli. 11 signale ibt « rvtlux d dans l'édition de 1728 de Richeict parce que le proverbe « ce qui vient d'ébe s'en retournera au floi ■ y est expressément attribué à la Normandie, mais il ne note pas que le mor et le proverbe sont, dès i6'ii,dans Cotgrave. Donc, nous voill avertis-, il n'y a qu'à prendre notre parti sur ce point et même k reconnaître que M. H. a agi sagement. En revanche, il est permis d'exprimer le regret qu'il ait laissé de côté dans ses dépouillements quelques ouMMges bien connus dans lesquels il aurait trouvé i glaner, notamment ceux de Ragucau, de Monet, de Duez, de Du Cange, de Savary des Bruslons, des ailleurs de XEmydofidie ci de XEnctclopiàir mrlboiiiijiie. RagucJU, auteur d'un iHdki ilts JtmIs royaux, ai., paru en IS83, plusieurs Jirjrani. Spr. utld Lîttr. 120 COMPTES RENDUS fois réimprimé, fiiialL-nient fondu Jans lu Glostaire du irvil francoti Ae Lao-^ riére C'704)i est la source principale où a puisi Cotgrave pour les tennesd droii provJDcial qu'il enregistre. Monet dans son Invantaire {ib'i^') a plus d'un moi dialectal, ce qui ticnioi a son ongintf ■ ou a s«9 lectu mots de ce genre; cela lui a premier de nos lexicographes ce qu'il faii en cl-s lermes : iimani à Lyon et atititpait. plus lard, Trévoux, i s il indique rarement la provcr rrive cependant quelquefois. Je note qu'il l- i avoir recueilli le mot belon dans le sens usuel, 1 Belon, (sptct de repoui... dont an fonde les bas- t II donne carpoi comme Cotgrave et comme, at seul à noter que ce mot, qui désigne • part de vendange du propriétaire de la vigne divisant les fruits avec : vigneron n, est usité on Bourbonnais '. Des nombreuses publications de Duei, je ne veux citer ici que son Ditliotto- ' rio italiatio-francrse, dont la première partie est datée de 1660 et la seconde (français-italien) de 1659 : c'est un plagiai d'Antoine Oudin, avec quelques intéressantes additions, dont plusieurs se rapportent *u sujet qui nous occupe. Duez n'est guère plus riche que son modèle, m;iis il remonte parfois i Cotgrave pour mettre au clair le caractère dialectal du mot. Comparex l'ai^ liclc aigaroU dans les trois auteurs : • Cagarole de mer. ,4 Piriwiacle. Lan- | gucd. (Cotfpave) — Cagarole, sptlie dï coiiebiglia (Oudin), — Cagarole, et virlis, c.igarolo, ri eanigmh, piset dî coHehUio. vn mot de Languedoc (Due?) ». C'est aussi probablemcm  Cotgrjvc que remonte cet anicle de Duel, qui n'a rien d'analogue dans Oudin : ■ Rousseau, ainsi appdic-t-on en Norniandie le cancre de mer, pcrrescia, granchio rosse '. n En voïci un autre dont je ne connais pas la source et qui n'en est que plus précieux ; n Bcccasse, pour vn chei'al pie en Lorraine, pica, go^a, eaïuilla pr^^alo. ■ L'oubli de Du Cange est inexplicable ei inexcusable : du moment que l'on vise les lexicographes, sans épithéte, le nom de Du Cange se présente infail- liblement à l'esprit. H est d'autant plus fScheux que M. H. n'ait pas songé à lui que Du Cange est Picard, comme chacun uii. et qu'il aime i montrer çà et b qu'il est familier avec le dialecte de sa province natale. D'ailleurs Carpcniier, continuateur de Du Cange. cite non moins volontiers des 1. C'est ainsi qu'i côté de chiimTe il glisse, sans crier giK.chfuvt, ce qui n'est que ta transcription de la (orme usuelle en Savoie, en Lyonnais, en Bourgogne, etc. — Notons en passant que le Péte Monet est hé i Bona, hameau de la commune de Dortan (Ain), en Bu^ey, et non i Bonneville, en Savoie, comme le disent beaucoup de dictionnaires ;cf. Baker etScmmei- vogel, Bibl. delà Compagnie de jism, i l'art. Moset. 2. Cf. l'an. CARKïT de Godefroy. ). M. H. a relevé tout l'article HOi;sseAU de Cotgrave, OÙ il y a ; sec- tions; la 4' est d'accord avec l'article de Duei : ■ aiso ihe Grabftsh tearmeid a Pungar (Normand), s Malgré U place du point et vii^ule. il est ceruin qu'il faut attribuer la qualification Normand à la 4' section et non i la J' : cf. Rollind, Fdunepop., III, 116. HEVMASN, Frati7Ôsischc DiaUklwôrter bci Le: 129 I I formes dialeciales. Voici quelques exemples pris au hasard. Du Cange fait ccne observaiion ï l'an. Cavanna : ■ Vocem rctlncni Gillo-Belgx : naciuam eaïm vulgo£dAiu:N vocani, undi: paliiiores cbiihuan efSnxeruni. » De mfme,l ranicle JUPA I : ■ /uprWuHi, Picardis/n/v;, aliis/u/ion. « Carpcniier, à l'anîcle CANABE5DM, affronte le picard canvre au frjnçais clanvre. Il est inutile d'inws- l«r ; il suiRi de consiater que les mots cahuan, canvre et juptl manquent dans la section ■ Picardie ■ de M. Heymann. Le DUlionnaire du Commerce de Savary des BtusIoqs, paru en 172}, ren- ferme un gnu>d nombre de mots techniques dialectaux que M. H. ne cite que d'aprtele Dkthanaiie de Trévoux de 1771 ou qu'il ne cite pas du tout; VEit- eyclifAlû de lyji a été mise A contribution par Schmidlin (1771)) ^ i'Eney- depédit nUlhodiqae par Ncmnich (1793) : M. H., qui a dépouillé Schmidlin et Nemnich, aurait gagné A remonter â la source première de ses citations. A s*cn tenir lux recueils maniés par M. H., il faut reconnattre que peu de (ROIS lui ont échappé. Voici cependant quelques oublis que j'ai notés en ce qui concenM Cotgrave et Oudin : aisaé, terme de droit normand (Cotgrave) ; amoistr la iisme de l'ait, proverbe poitevin (Cotgrave, an. ail, amasser, OISMe); cbabîHS, uouions du Berrv (Cotgrave); chapel de roses, cadeau tenant lieu de dot, en Loudunois (Cotgrave); errementtr, en Normandie (Cotgrave, d'après Ragucau) ; morlioiic, marsouin, en Bretagne (Cotgrave) ' ; ouflU (^ oveile), nom de l'ablette à Rouen (Cotgrave) '; raspé, dans l'expres- àon fin roipi, usitée en Bourgogne (Oudin) ; saiiiulage, ternie de droit bre- ton (Cotgrave, an. droict); loue, égoul. en Bretagne (Cotgrave); verle- moulle. terme de droit normand (Cotgrave. art, DROICT), La répartition géographique des mots recueillis est généralement bien faite, siof un CBS particulier que je vais examiner. M. H. attribue i l'Aunis le substantif féminin viireniu qu'il ne connaît que par le DUtionnaire di Trévoux de 1771, dont il donne l'extrait suivant : ■ Terme de commerce. Mesure des graii», dont on se sen en quelques lieux de la Savoye, paniculièrement i la Rochelle. La varenne pèse ; i livres poids de Genève, n L'article de Trévoux est copié sur le Dklionnairt du Commerce de Savary des Bruslons, dont j'ai parlé plus haut, mais il est copié exacte- ment. Ce ^ue ne fournil pas la simple comparaison du texte cité avec sa source doit être demandé i la critique géographique : il est clair que le mot uoTMif appanient i ta Savoie <, non i l'Aunis ; et, comme il n'y a pas en t. On pourrait croire que M. H. a omis sciemment ce mot parce qu'il n'entrait pas dans son plan d'enregistrer le vocabulaire bas-breton, mais seu- lement celui du eays gallo ; mais alors pourquoi donne-t-il, d'après Nemnich, gar^ a oie ■ et trvtnigate 0 morue n? 2. Cf. mes Maanges d'itym. fran;.. p. 11, et Romania, XXXlll, s86. ). Je ne trou• Il y en a qui escrivent ueharai, comme le prononcent les Picards, et qui le dérivent du Grec yisiE, qui au genre féminin signifie la mesmc chose. » Conclusion : aarm csi issu de cscharas, faute d'impression pour acharas, qui n'a rien de spécialement picard. U est évident, en outre, que Ménage a copié Nicoi en oubliant l'essen- tiel (à notre point de vue), à savoir la forme picarde. Comparez le texte du Tbresor (M. H. le cite p. 91, mais il omet le plus utile) : ■ Aucuns veulent tirei ce mot de ■fif'i vocable Grec prins au^enre féminin., et dïcni qu'il k faudroii escrire et prononcer Eicharos, ainsi que fait le Picard, qui dit ï. Rtiiiaimtr est tiré de rissicm, dérivé du subst. fera. iviiw.Le rappoii de ces mots avec rrciiifr est plus tjue douteux ; cf. la note de G. Paris i ce sujet, Remania, X.XIll, 614. Mais je ne suis pas convaincu que M. Homîng ait vu juste en expliquant rmir par un tvne 'reexila {ZriUehT. fur rom. PW)., kxi.4S9)- I I LiNTiLHAC, Histoire générale du Ibiàire en France 131 Antoine Oudiii, ayant toujours Coigrave sous les yeux, lui a emprunté at- siountr, qu'il a instinctivement corrigé en cesmnntr, et, uns prendre la peine de lire et de comprendre la définition dannèe par Coigrave, il a intrépidement traduit cessimner en italien par « far cessione > ; puis Duce a copié Oudîn, et nous avons ainsi deux témoignages formels de l'existence au xvi]< siècle d'un verbe français cniiontirr. lequel fait l' effet d'être avec te substantif ftssion dans le même rapport que iinalionner avec question, démissionner avec démis- lion, tdutionmr avec sohilion, etc. Et pourtant ctssionntr n'a pas d'ei ri«lle; ce n'est qu'un fantôme de mot. A. Th- Hlstolre générale du théâtre en France. I, Le théâtre sérieux du moyen ige, par Eugène Lintclhac. Paris, Flammarion. In-ii, 540 M. Lintilhac a trouvé au Sénat des loisirs que ne donne pas toujours l'Université. Il annonce une œuvre de longue haleine, en dix volumes, dont le» deux premiers seront consacrés presque exclusivement au moyen âge, et qu'il dédie ■ en liommage ému » à la mémoire de Gaston Paris. Quelques préventions que l'on ait contre la manière un peu tapageuse de l'auteur et 1 style i ramage, il n'est que juste de reconnaître les tris réelles qualités de donner au public. C'ei : sujet le comporte — on du volume qu'il b mesure même moyen .Ige est Après une introduction très nourrie — s sur le drame litui^ique latin ou mi-parti, rèpcnoire et la mise en scène. Puis l'au grandes sections fort judicieusement établii hagiographique et le drame profane, allant m volume n sérieux » dans it que le tliéïire sérieux du d'érudition germanique — un premier chapitre sur le asse en revue, dans trois drame biblique, le drame mglo- normand A'Aàam à la moralité de La pauvrt fille viliagtoisr laquelle ayma n, Irtte couper par ion jtre que â'tsire violée par son seigneur , semant sa route d'arulyses intéressantes, de rapprochements piquants ou de simples laïii des- tinés 1 tenir le lecteur en haleine. Une conclusion de huit pages souligne la médiocrité surprenante de notre théâtre religieux et annonce l'avéncment du • drame bourgeois ». Ecrit pour le grand public, ce livre prête naturellement le flanc i la cri- tique de détail. Les philologues constateront sans étonnemeni et avec rési- gnation que Wice y est encore indéracinable nient Robert Wiict (p. 8s), que Philippe de Remî y redevient Philippe Je Reimes (p. 219), qu'une allusion i la chanson de geste de Girarl de Viant y est appliquée i ta Chanson de Roland (p, 87). etc. Ils pourront aussi Se convaincre que M. Lintilhac, né quelque cin- quante ans après Oc Coussemaker, ne sait pas plus d'ancien français que l'èdi- , tçnt des Dramti liturgiques, puisque, republiani un fragment de Vordiiiaire du Ija COMPTES RENDUS ntoiust^ d'Origny-Siinie-Benoiie (p. 46-47). "' rtproduii des f»ute* de leccure ec des coniresens criants : toiiailU veut dire ■ njppe •• et non • toile » ; It wi, traduit par u les voies n, est probablement une faute pour h ntf * \a nef ■ ; ancors qut lu Maries maingtunl, traduit par ■ encore que les Maries restent sur place », doit Étte lu aufoii qut les Marin i vaiagaait, et traduit par « avant que les Maries y viennent ■ ; Hint}, traduit par r linceul », doit être lu iuistl et traduit par ■ cercueil -. Nous souhajlons que le succès de l'œuvre d'ensemble entreprise par M. Lintilhac lui permette d'en réimprimer bientôt le début et d'en faire dis- paraître les petites taches de ce genre, que nous devions loyalement signaler ici, mais qui ne nous empêchent pas de goûter ce qu'il y a de bon dans son livre. Il est évident que plus l'auteur avancera vers la période contemporaine, plus il sera maître de son sujet ; mais ce premier volume même, qui témoigne d'une lecture considérable et en présente les résultats dans un cadre habile- ment tracé, pourra rendre quelques services, car il ne fiit double emploi avec aucun de ceux qui ont été consacrés jusqu'ici au théltre sérieux du moven ige. A. Th. Etymologisohes, von A. Tobleh. Berlin, 1904, ln-8, 16 p! (ntrait des SitiungilvrUhlt de l'Académie de Berlin, classe de philosophie et d'his- toire, séance du 17 octobre). Ce mémoire contient tro'ts éiymologies distinctes, toutes relatives au fran- çais, ancien ou moderne ; rtipaocr, voiiiie, par caur. Rtspoiitrea. essentiellement neutre et signifie » se remettre d'une maladie. revi-nir d'une défaillance, échapper i un danger k 1 il s'emploie parfois pro- norainalcment dans le même sens ; fréquemment il prend le sens transitif de ■ faire revenir, remettre, sauver ». M. "X. refuse d'y voir, soit un compose du verbe ordinaire /wvr, soit un composé ayant pour base le participe déponent latin passus, de patior; U le tire du substantif r]/>aci'. J'avoue que je ne puis me rendre 1 ses raisons, et que je croîs 1 la parenté de reipaatr «t de pOiUT parce que l'on trouve dès le xii= siècle le substantif verbal rnfas, parce que l'on a des raisons directes « indireaes d'admettre la forme concur- rente (mais beaucoup plus rare) rtpasur (donnée par Cotgrave comme ■ old Ficnch •), cl enfin parce qu'un texte de la première moitié du X.P siècle, cité dans Du Cange, contient b phrase suivante : • ad vitam, soU Oci mûericor- dta protclante, rc/uiui ■■(Vie de saint Géri. évèquc de Cambrai). Voiidii, d'abord ttiuîU, • ruse > n'aurait rien i voir, d'après M. T., avec l'anc. frans. tviiif • lubile ■, qu'on explique par le Lit. vitiatu», tttais K rattacherait i l'adjectif viule, variante de viUt (franc, raod. viU), qui lui- niêrac viendrait du lat. vegctus : le subsi. voisdit ayant à cûlê de bi un SEBILLOT, Le Folk-lare de France 133 adj. iviios < vhîosus, qm fa'isaii l'effet de lui ftre apparenté, a ensuite passé son ^àdeus thèmes d'origine ciifféren!e(h. ail. bôsi et lai. oiium)d'oii le français a tiré boisdie et oisdif. Il est inutile Ju dire que cette grosse aHalre esl plaîdée avec infiniment de science et d'ingéniosité ; l'avocat ne s'attend probablement pas h ce qu'on lui donne raison sur tous les points (le passage de vegetus i viilt, visde est particulièrement difficile i admettre), mais on reconnaîtra uiunimement qu'il a beaucoup fait pour la solution définitive du problème. La notice sur par carur est un modèle achevé d'étude sémantique et psy- chologique qui he laisse aucun doute sur l'origine de cette locution : c'est bien le latin cor, et non chorus, qui y est en cause, quoi qu'en pensent M. D'Ovitfio et ses partisans (cf. Romunia, XXXIi, 698): l'espagnol dt coro doit provenir de quelque méprise asseï récente. A. Th. I Le Polk-lore de France, par Paul Sebillot. T. I", Lt Ciel H la Ttrrt. Paris, libriirie orientale et américaine, 1904. In-S", vi-491 p. A en juger par ce premier volume, l'ouvrage de M. Sebillot sera l'un des répertoires les plus riches et les plus commodes à consulter qui aient jamais été faits de cet ensemble de croyances et de superstitions populaires que l'on désigne aauellement sous le terme assez peu précis de Folk-lore. Il se rapporte, d'après le titre, à la France seulement, mais en fait, il comprend aussi la Suisse romane et la Belgique wallonne. On sait d'ailleurs que les mêmes traditions se retrouvent souvent en des pays éloignés les uns des autres et de langues diffèretites. M. S. a fait un puissant effort pour grouper et classer une masse énorme de faits dispersés entre des centaines de publica- lions spéciales par de très nombreux travailletirs. Lui-même, comme on le sait, avait lacement contribué par des travaux de première main, que nous avons souvent mentionnés (IX, }iS, 3;i; X, )io, 461, etc.), il augmenter La somme de nos connaissances dans cet ordre d'études. Le premier livre {Li Ciel) est divisé en deux chapitres : I, les astres ; II, les météores. Le deuxième [La Nuit et ks EspHls de Tair), renferme également deui chapitres : [, In nuit ; II, les chasses aériennes et les bruits de l'air. Le troisième liiTe (ia Tt'rt) est le plus long : L la terre ; II, Icj montagnes ; III, les forêts ; IV, les rochers et les pierres ; V, les empreintes merveilleuses. Le quatrième livre, enfin, contient deux chapitres ; I, les dessous de la terre ; II, les grottes. Cette division est fon acceptable, et s'il peut v avoir quelque hésitation pour la place de certaines superstitions, cet inconvénient, inévitable en tout classe- ment, sera sans doute compensé, une fois l'ouvrage terminé, par une table générale. Si méritant que soit l'ouvrage, il semble cependant qu'il y ait deux critiques 1 formuler. La première, c'est que M. S. a négligé de dépouiller ks ouvrages qui tr.iiient des pays étrangers. Outre qu'il s'est privé par li de 134 COMPTES RENDUS rapprochements intéressants, il est certain qu^il eût trouvé dans les écrits de Grimm, de R. Kôhler, de Mannhardt, de Pitre et de bien d*autres beaucoup d'indications utiles sur le folk-lore français. L'autre critique est que M. S. ne s'est pas suffisamment préoccupé de relever les exemples anciens des croyances qu'il enregistre d'après des sources en quelque sorte contempo- raines. Ainsi, à l'endroit où il est parlé des jours connus en certains pays sous le nom de «r saints de glace » (p. 123), il y avait lieu de mentionner les (c jours d'emprunts », croyance qui a été constatée non seulement à une époque relativement moderne, mais encore à une date fort ancienne (JRomaniûy III, 294, 499 ; XXVI, 98). Dans le chapitre consa^é aux « chasses aériennes », il est question de la « mcsnic Hennequin » (p. 167 et suiv.). N'était-ce pas l'occasion de rappeler que cette superstition est attestée dès le moyen âge? ' Pour les enfants changes ou substitués (p. 439), les chaujons^ comme on disait en ancien français, il y a des témoignages qui remontent à une période ancienne du moyen âge (voir Ronuinia, XXXII, 352). M. Sebillot aura sans doute, en son prochain volume, à s'occuper des charmes, qui se présentent sous des formes diverses (prières, inscriptions plus ou moins caba- listiques, etc.). Il ne devra pas négliger la littérature du moyen âge qui est si riche en cette matière. P. M. I . G. Raynaud, La mesnie Hellequin dans les Etudes romanes dédiées à G. Paris (cf. Rom,, aXII, 138) ; F. Lot, dans Roitumia, XXXII, 423 et suiv., etc. PÉRIODIQUES Zeitschrift fùh romanische philologee, XXVin, (. — P. iij, A. HoTiiing, Fraiie, framboiie. Le moijraiie reprisenie-t-il un typo *fra sca, il'ailk-uis non attesté, à côté de fraga ? M. H. montre qu'il n'y a pas de rai- sons suffisantes de le croire : partout où l'on trouve de prétendus représen- tants de'frasea. ils sont phonétiquemeni anormaux et ne peuvent être que des formes importées ; il n'y a d'exi'epiion que pour l'Ile-de-France et le français du cenire en général ; l'espagnol frem phonétiquenieni correct se comporte par ailleurs comme un mot d'emprunt. Le point de dépan de toutes ces imponaiions serait la région parisienne, centre de culture pour la fraise; l'histoire de cette culture, autant qu'on la peut recoosiiiuer, paraît confirmer les résultats de la recherche linguistique. A-i-on dés lors le droit de recon- stituer un lat. vulg. 'frasca pour expliquer la forme française isolée? Cela parait difficile et cela ne serait pas nécessaire, si l'on pouvait admettre que le français 'fraie <^ fraga a été intliicncé par le mot voisin frambritt juiqu'i devenir fraitt. Les confusions qui se produisent ailleurs entre les noms de ces deux fruits autoriseraient cette hypothèse, — Quant ajrainboîst c'est l'anc. h> allem. brambv'ri ■ mûre ■, introduit en Gaule au degré plus ancien brambçsi, accentué, selon la régie latine, sur la pénultiÈme, Iransfonné eu bambtiu sous l'influence de traga, pub transporté de la région parisienne, en même temps que/misf et pour les mêmes raisons, dans nombre d'autres régions. Cependant brdmberi s'était conservé avec son accentuation gcr- ntanique, d'où brimb'ri : la disparition, par dissimilatîon, du premier des dcuK groupes br expliquerait le type dbr (Lorraine et Franche-Comté ■) et les formes apparentées qui se rencontrent en rétique, dans l'Italie du Nord et iu^- qii'coToiCAnc.— P. m,F.D'Ovidio,<> Impcmani •.tdatirtvociaffini. M. D'O. domaine de Jfrr y apparaît comme plus étendu : no'iéé, 167, l78(Ardennes), 179 (Aisne). 147 (Marne) et, à l'ouest du Rhône, 824, 825 (ArdÈche), 81 j. 814. 8rs. 817 (Haute-Loire), 816 (Loire), «09 et 70) (Puy-de-Dôme). Noter aussi les exemples de conrusion avec iii'ire sur des points très di(fé- rents ; cf. Cârie 608 (fraise), le n" 82 1 et la note. I I 136 PÉRIODIQUES distingue nettcfr.cnt le ht. penna « plume « de pinna « objet aigu ou saillant i>, auquel il ratuche impentiarsi « se cabrer », et plus ou moins dîreaement beaucoup d'autres mots ou d'emplois d^autres mots; chemin faisant il s*occupe de radicaux tout à fait indépendants de pinna. Voîd les mots dont il traite le plus longuement : lat. bipennis; esp. empeine, empinar, fienJon, fnnacuh; français cabrer, empeigne, manège ^ pennon, pignon j pinacle; ital. maneggio, nai-i^^o, penna, pennacchid, pigncne, pinàcuJo, rubi^o; ital. du sud pennata, penuccia, suppigno ; sarde impinna, pinnacu^a, pinneddu. Noter aussi les représentants de pinna dans la toponomastique espagnole, italienne et française. — P. $50, Ramiro Ortiz, // « Reggimento • del Barbe- rino ni suai rapporti colla letteratura didattico-morale degli « ensenhamens ». [L*auteur dit, avec raison, que Fr. da Barberino n*a (ait aucun usage des ensenhamens qui nous sont par\'enus, et qu*il a dû connaître d'autres compo- sitions du même genre que nous n*avons plus. Mais, quand il essaie de déterminer quelles furent ces autres compositions, il en est réduit comme ses de\'anciers à des conjectures. En somme, peu de nouveau. Çà et li des opinions contesubles. Ainsi (p. 553) M. Ortiz fait une note pour défendre k vieille façon d'écrire « Amanieu des Escas », tandis qu'il faut évidemment lire de Sescas, comme je l'ai proposé ici même (I, 384) ; l'argument qu'il invoque (une rime où figure le mot fscas), n'a aucune portée quelconque. Sescas, en latin de Sescarits, est absolument sûr. P. 558, note. M. O. rap- pelle que les vers de la comtesse de Die cités par Redi dans son Bacco in Toscana ne se retrouvent pas ailleurs. Assurément , mais sont-ib authen- tiques? — P. M.]. — P. 571, H. Andresen, Zu « Jourdain de Blaivies ». Col- lation du ms. et corrections. — P. 579, H. Vaganay, Le Vocabulaire français du seizième siècle. Deux mille mots peucottnus. En attendant le Dictionnaire de la langue du xvi« siècle, qui nous manque toujours, il nous faut nous réjouir de tout ce qui viendra ajouter un peu à Cotgrave et au Complément de Gode- froy. C'est une contribution de ce genre que nous donne M. V., qui nous promet deux mille mots non cités par Cotgrave» et recueillis pour la plupart dans les auteurs de la seconde moitié du xvic siècle : ce premier article nous donne environ 400 mots de A à. Dur. Mais ce procédé de publication morcelée est-il bien commode pour un lexique? Et puis M. V. nous donne ses exemples sans un mot d'explication, qui parfois serait fort nécessaire. MÉLANGES. —P. 672, W. Meyer-Lùbke, i. Ponug.colaga « petit chemin * » (Rio Frio et Miranda) < *colaca pour cloaca; / intervocalique n'est pas tombé, comme dans caelum "> ceo; M. M.-L. pense pouvoir expliquer ainsi cette anomalie : /, dans colaca, n*était pas semblable i / de caelum parce qu'avant la métathcse il avait subi dans le groupe cl un commence- I. Le passage du sens de « ésout, ruisseau » à celui de « chemin étroit » ne semble pas faire difficulté. J en trouve un exemple dans le Corpus glossa- riorum, II, 573, 22 (filossae nominum, ms. ix« s.) : cloaca. angustiae vianim ocl tquae ductus. ment d'altèraiion ei fuit devec annattH >■ joindre, etc. u, rcfonnatii le pan. nactu$ de aancisco réunit quelques exemples italiens i pointu et qu'il rattache au german. I oDiauEs 137 r / rxïlii. — a. Sard. annangirr, part. sur le modelé de plan g ère, etc., d'après — P. 605, G. Bertoni, Schinippo. M. B. latins de ce moi qui désigne un couteau sch nipp-, — P. 605, A. Homing, mor- gu*. M. H. montre que le sens moderne a pu s« développer d'emplois anciens avec la valeur de " remontrances, conseils •> ; morgue serait alors un déver- bal de nrar^ufr, et celui-ci, apparenté â morigerare, représenterait *mori- carc. 11 resterait encore, pour expliquer la forme, 3 admettre que le mot &an$3ts est d'origine picarde ; la dérivation sémantique paraît très plausible. — P. 611, J. Ulrich, Râiorom. supchta, sobchia, « tabouret » <*5Uppedia. Comptes rendus. — P. 6iî, BrcnndQrfer Jinos, Rcmii'i (ftUh) lUniik m trdilyi i^di; nydvbai [Les éléments roumains dans la langue des Saxons de Transylvanie] (S. Pujcariu). — P. 615, O, Driesen. Dit Uriprung des Hartikiti (K. Vossier). — P. 6lî, A. Candrea-Hechl, Ltt Uéments latins de la lang^iit raumeîm ; U cmiionantismi (^S. Puçcariu). — P. 619, R. Lanchetas, Gramdika y yoeabularic de las obrcis de Gon^alc de Bfreto(P. de Mugica). — P. 611, J. F. D. Blôte, Dos Aufkommm dir Sage vpu BrabtHi SUvius, dtm brabantiicben Scliu.anTiUcr (E. Martin). — P. 612, Rniu di philot<^ie fran, 5); le récit et le groupement des personnages sont nés de l'imagination du poète ; celui-ci appartenait à la région intermédiaire permis de dire que tous ces mss. me sont connus, et qu*il en est dans le nombre sur lesquels (ce que M. Gr. aurait pu savoir) j'ai publié des travaux particu- liers. Ainsi le ms. 9 d'Ëpinal est un exemplaire du légendier classé selon l'ordre de Tannée liturgique auquel j'ai consacré, dans les Notices et extraits^ t. XXXVI, un mémoire de plus de soixante pages, où ce ms. est dûment décrit. Le ms. de Nîmes 54 est un recueil d extraits latins de la Légende dorée. Je ne vois pas bien î quel titre j'aurais eu à le citer. D'autres mss. que me cite M. Gr. sont des copies de la traduaion de Jean de Vignai. Qu'avais-je ien faire? Dans le ms. 1430 de Rouen il y aurait un légendier daté de 1399 dédié à Isabeau de Bavière. Ici M. Gr. s'est embrouillé dans ses notes. L'ouvTage dédié à Isabeau de Bavière est une histoire de la passion du Christ; 1399 est la date de l'ouvrage, non du ms. J'ai, le premier, fait con- naître cette composition, dont on a de nombreuses copies, dans mes Docu- ments manuscrits de F ancienne littérature de la Fratice , p. 31. D'une manière générale, je crois pouvoir dire sans présomption que, du moins en ce qui concerne les traductions françaises des vies de saiuts, j'ai peu de chose i apprendre de .M. Grôber. — P. M.) I. Pour les lomes XI-XIII, cf. komania, XXXI, 630 sqq. Nous laisserons de côté les travaux qui, par U date trop moderne des sujets qui y sont traités sont en (f ' hors du r^drc de la Romania. PLRIODIQUES iî9 I entre le JoniaiiiL- Trançiiis (M provençal et plus préeisC-munt au domaine *)iii s'étend du sud du Poitou à la Gironde ; le copiste des fragments était de Ungue d'oil, sans doute du noid du Poitou L'appareil critique donne les k'fonsde S<:heler. les eom-ctions Je Bartvli, 'loblcr, etc. La numérotation cjTOnix' de Sclicler est reproduite pour la facilité des recherches, à cflté de la nuintrotaiion correcte dn vers. Suit un index des noms propres et un index do mois les plus imporunts. — P, 215-510. Joh. Soi^el, Uebtr Jtii Gt- btauchdti niarn im,l dis (rdrc de recherches sur les déno- minations diverses attribuées i un même objet ou une même notion, mais il a le premier icnié de lui donner un nom. Il en a choisi un qui parait devoir faire Ibnune : onomasiûli^ie ; M. Merlo l'adopte, M. Thomas l'approuve (cl. Remania, XXXI, 189), M. Salvioni le loue {Archifie glolhlogico, XVI, J71), il y aurait quelque pédanlisme aie repousser'. M. Z. passe en revue en 79 cha- pitres les diverses p.-u-|ics du corps humain en distinguant pour chacune les dénominations gardées du latin sauf modifications phonétiques régulières, puis les dénomitutions larlnes conservées avec modifications phonétiques ou morphologiques anormales, enlïn les dénominations romanes inconnues du brin dans leur forme ou dans leur sens. Les recherches de M. Z. ne se sont I. Je constate cependant que nous nous accommodons plus volontiers, au moins en France, de senuiitijue que de sémasioiegie, et il me semble qu'on*- mastiqur ne désignerait pas trop mal l'ordre d'études qui nous occupe. Il est vrai qu'on entend par lu d'ordinaire l'élude de^ noms propres, mais rien n'oblige à limiter ainsi le sens. On est d'ailleurs amené k aller plus loin dans cette voie, onomastique se restreignant aux noms de personnes â câté de lopo- Htmastiaut, pour les noms de lieux; la limitation de sens devient de moins en moins claire. Si on appelait onomastique l'étude des dénominations en géné- ra], tabononMStiqae s'appliquerait parfaitement aux noms de lieux et il ne reste- rait plus qu'l former un nouveau composé pour les personnes. 11-4» laturellenwni pas limiti «urces confirme ce que je son information, Q}ii jn recueil de ce genre, on ne sa :e travail devra itre coropliiÉ IX langues littéraires, ei la longue liste de «es apprend la lecture de son travail sur l'étendue : s'en étonner et il n'est pas douteui que beaucoup de points comme il vient de l'être pour les dialectes italiens par M, Salvioni dans la très importante rccen- sion signalée plus haut. M. Z. a de propos délibéré laissé de cfité les mots d'argot et il y aura sans doute U beaucoup A prendre pour chacune des régions de la Romanîii, de même que dans les expressions familières péjora- tives, qui sont si nombreuses et qu'il eût été trop long el trop délicat de réunir, de classer et d'expliquer dans ce premier travail d'orientation déjà si considérable. U semble d'ailleurs, et il ne pouvait guère en être autremenl, que le choi» fait par M. Z. parmi les termes familiers soit parfois un peu arlniraire. Voici en6n, notés au cours de ma lecture, quelques articles dont l'absence étonne ; tronc, calé, ceinhin (laillt), giron, creux de Veilontac, aine — figure, crdntt blanc de Veeil, âeni (rlllire, filet de la langue, — phahnget, mruds, bout des doigts, — jarret, cou-de-pied, — graisie ; sont-ce des omissions raloo' taires? — P. sîi-6oo, Wilhelm Looser, Hdioi amaniichi Stiiditn, U, Laullebri ^ur Bibel Wti Schuli (La sacra BiUa,Scuol, i6^(f)und Bem/rkutigefi ^ur Farmen' lehrt. — P. 6oi-6}6, Hermann Siadier, Dioscorûln LongchinlHs (Cad. ht. Monaetnsis }}y) ; indrx der Sacbnaiiiea aad der v-ichtigeren Wàrler. — P. 657, G. Baist, Aii'rr comme un templier ne doit pas s'expliquer comme un souvenir des accusations ponées contre l'Ordre du Temple; c'est un jeu de mois de buveurs fondé sur l'emploi de l'espagnol templar (la sed). — Braqtamard n'est pas^pa/[ï« >ii-/itp*. Les formes anciennes nous font remonter au nora de Bergamc. — Ècumiur (de marmilei. de pois) dans Rabelais il, 50, doit être prisau sens propre de « marmiton ■.— Faquin ne vient pas de facchino, mais, 1 l'inveisc, faabino de faquin cl celui-ci de l'anc. fr. faqai < néerl. fak, sac, poche, cf. a. fr. compagnons de h faque. Deuxième partie. — P. I-Vtlt, 1-31, C. Decurtins, Ràloromanisdie Chret- lomathie, III, Svrsehitcl, Subsekisth; die Ifiiunder Volitlieder ; cent aira notés. — P. 11-146, BibUogrtfbie der Roman. Forschangen. — P. 147-16;, Nnui ^r Gtsthirhii des rvmaniscben jahresherichtes. — Gfsellstha/I fur nmu- nÎKhe Lilttratur. — P. ÎJ7-410. Die aUfran^isische Histoire de Joseph. Kri- titdier Text mil einer Unlersucbung ûber Quellen, Meirum und Spraehe dts Gtdithts UM Wilhelm Sieuer. Des trois manuscrits de ce texte, deux s'ac- cordent, mais le irmsiémc présente une rédaction plus longue ei aussi, scm- blc-i-il, plus récente; M. Si. a pris le bon parti de publier à \i suite les deux ver»oDS. Il pense que Tori^iul appartient i la deuxième moitié du XIP siècle et à U Normandie ; le remaniement a des traits picards dans les parties ajoutées. M. St. assigne plus prèdsément pour patrie à l'original le Kont OuTOwiI de la Normandie; il fonde cette attribution sur b rime nuK : tmil (cogito)et s'm retire i la Grammaire de Mcyer-Lùbkc, 1, J 190, où. ^^^^p PÉRIODIQUES 141 e trouve Je pareil. Il y a li sans doute quelque confusion matérielle que je i m'explique mal. M. Roques. I Publications op the Modern lancuagk Association of Ambiica. Baltimore, Mucphy and C". In-S". — La Modetn LaHguagt AsiocbUion, (or- niée en i3S{ par un groupe de professeurs d'Universiié et de maîtres de langues appartenant à diverses insiiiuiîons, s'est rapidement tievée â la dignité de société savante. Sans délaisser la défense des intérêts en vue des- quels elle avait é:é créée, sans négliger les éludes pédagogiques sur ren- seignement des langues et des liiiéraiures modernes, elle a accordé aux recheccheï érudiies et critiques une place de plus en plus grande, à mesure que le cadre des universités s'élargissait et que le nombre des mattres formés aux méthodes scientiliqu es, d'abord en Europe, puis en Amérique, allait s'aug- mcnuni. Le prc^rësa été rapide. C'est en etiei le privilège des pays neufs de pouvoir importer chez eux la science en sou état le plus récenl, sans être embarrassés, comme la vieille Europe, par la persistance d'idées vieillies, de systèmes arriérés qu'on a peine 1 extirper, et qui retardent l'adoption des nouvelles méthodes. Combien detemps n'a-t-on pas dû lutter cheî nous pour écarter des concepiinns surannées et pour créer notre état scientifique actuel I Ceux-U le savent (et ils sont peu nombreux!) qni ont fondé, il y a environ ijuanlilte ans. la Rniit critique , ou qui ont, dès la première heure, apporté leur concours à ce belliqueux périodique. Les philologues des États-Unis n'ont pas eu ces luttes a soutenir, et leur association a déjà contribué d'une manière appréciable au progrés des études sur les langues et les littératures modernes envisagées dans tout leur développement historique. Nous avons â plusieurs reprises, signalé les publications de cette société i l'attention de nos lecteurs : nous croyons utile de les comprendre parmi celles que nous aiulysons sous la rubrique Pëkiod^oijes. Nous nous bornerons, naturelle- ment, à mentionner ce qui îniéresse les langues et les littératures romanes. ïpé>:ialcment dons leur période ancienne, laissant de côté tout ce qui con- uircs groupes de langues. Même dans ces limites nous ne pouvons rendre un compte dèiailliï de tout ce qui a paru dans les quinze ou seize 'olumes du recueil : nous en donnerons toutefois l'indication Rappelons que l'activité des personnes qui, en Amérique, s'occupent des études romanes ne se manifeste pas seulement dans les publications de la Mcdtra Langiiage Association : divers collées ou universités ont des recueils spéciaux, i pénodicité variable où paraissent souvent des travaux relatifs à nos études : citons, nar ex., les Slitdies and iiolts in Philcli^y and Lilerature a, XXII. 616 ; XXVI, 190 ; XXVlI, îïO), et les ,hs(yo\tRomania, XXVIIl, 196, et ci-dessus, p. 117). ,s pouvons nour faire connaître ces diverses publics- de Harvard (voir Romj KadiUff Collfgt Monogr Nous taisons ce que no , . dons 1 nos lecteurs, mais bien souvent la place et le temps nous font détaui. \ I 142 PÈRIODiaUES Les sept premiers volumes forment une première série qui a paru sous la direaion, ou, pour parler anglais, sous Veditorship de M. le prof. Marshall Elliot,de rUniversitéJohnsHopkins (Baltimore). Les volumes VIII à XVI ont pour K editor » le secrétaire de Tassociation, M. J. W. Bright, de la même Université, remplacé, à partir du t. XVII par M. Qi. Grandgent, professeur à Harvard. Le premier volume a été annoncé dans la Romania, XV, 63$ -6. T. ÏI (1887). P. 31-60, A. Portier, French Literaiure in Ijouniana. — P.107- 157, H. A. Todd, Guillaume de Dole, — P. 158-186, Marshall Elliot, Speecb mixture in french Canada. T. III (1887). P. ioa-168, A. Portier, Louisiana Folk-hre. T. IV (1888-9). P. 62-82, Thomas Mac Cabe, Tlje geste 0/ Auberi UBour- going, — 2« partie. H. A. Todd, La naissance du Chevalier au cygne, ou les enfants changés en cygtie (cf. Romania, XIX, 314). T. V (1890). P. 52-107, J.-E. Matzke, Dialektische Eigenthùmlichkeiten in der Entunckelung des numillierten 1 im Alifran^^ôsischen. Voir, sur ce mémoire, Romania, XIX, 494. T. VI (1891). P. 64-94, A. Portier, The Acadians of Louisiana and their dialect. T. VII (1892). Par une exception difficilement explicable, ici chaque fas- cicule a sa pagination spéciale. Troisième fascicule : Rennert, The Spanishpos- toral romances. T. VIII (Nouv. série, 1. 1, 1893). Il a été rendu compte de ce volume dans la Romania, XXII, 615 et XXV, 137. T. IX (N. S., t. II, 1894). P. 1-46, Kirby Flower Smith, An historical study of the fVerwolf in the Literature. Peu de chose sur la littérature du moyen âge. — P. 451-61, J.-E. Matzke, Chi the pronunciaiion of the french IVUW5 nasal in, ain, ein in the XVI and XVII centuries. — P. 463-549, J. D. Bruner, The phonology of the pistoiese dialect. Voir Romania, XXV, 141. T. X(N.S.t.IIL 1895). P. 1-82, E. Levons, Guernsey,its people and dialect. — P. 306-41, L. E. Menger, « Fru » atid « cliecked » i\nvels in Gallic popuîar latin. T. XI (N.S., t. IV, 1896).— P. 331-5, P. B. Marcou, Tlx origin of the nde forhidding hiatus in french verse. — P. 349-62, J. M. Manly, Marco Poh ami the Sqmire's taie. T. XII (N. S., t. V, 1897). P. 1-150, F. J. Maû\€T,King Ponthus and tbe fair Sidone. Édition de la version anglaise d*un roman français bien connu. Voir le compte rendu de G. Paris, Romania, XXVI, 468 '. — P. 341-54, H. A. Todd, I. Je dois rectifier ici une erreur toute matérielle, nuis néanmoins assez grave, commise par G. Paris dans ce compte rendu. Contestant lopinion de Montaiglon. selon qui le roman de Pcntkus aurait été composé pour Ponthus de h Tour Landri. petit-hls-de Fauteur du Litre du chevalier Je la Tour Lan- Jri, il se fonde uniquement sur ce (ait qu'un ancien inventaire écrit en 141 2 l'femoDiai;!^ 143 C Paiii, lomnua phllolcghl and mfmber vf Ibt frtiieh Aioàtmy. A propos de l'élection de G. Paris i l'Acaiiémic rrançjiK:. T. XUI{N. S-.i.Vl. 1898). P. i-4i.J.-E.MaKkc,Tj!>f ji«'i(i<>no//.«fln. an AHIlurim ronmaccfirtl rJiteiifrom ihe CoHonian m. FauHiaa B VI. Cf. la note de G. Paris, Ramunia. XXVHI, 16}. Ce que G, Paris, ni personne que je sache, n'a laii remarquer, c'est que l'édi- tion est peu correcte. Il y a beaucoup de Fautes qui peuvent exister dans le ms., mais qui peuvent aussi, en partie du nioins, être mises au compte de la personne par qui M. J. D. Bruce a fait faire, au Musée britannique, ta copie qu'il a publiée. Ainsi, p. )9o, I. j du bas : « pactaque cum eis... fut- rat t, Wieftctrai, P. ;9i, 1, ; pourquoi sic après traJensï P. {94, 1. ; du bâS luUimibilit, faute d'impression pour sMimitdIis. La même faute se reproduit plus loin. P. J97, 1. ;, ■ sibî dari facertint tnducias », ms. pacit- mitt, donc corr. pttierant ; 1. 6 ■ super hoc re », lire hac. P. J98, 1. 1 j, n ut nulli sexui, nulli palfrtiit eiati », lire parcerenl. L. 18, 1 cui tante infamia ncquïcic innecairat a, lire innoliurui, eic M. Br. aurait dû remarquer que son texte latin contient des vers hexamètres, ce qui peut avoir quelque iruportance pour la recherche des sources; ainsi, p. 399. vers le bas : Dikctil. CI vilido cini[Dn]ui.'n9 |>ni. ci torijiiïni) pïli laccrto. In mmido rigidum congcssii gunurc rcirum, Cujui dsim gnvii compcicull on mînaniii. T. XIV (N. S., t. VIII, 1899). P. 1-107, Killis Cambc!!, A studj oj lly Ko- manitof ihe Seven sa§;cs, U'ilb spécial rijircme la tht middle tnglish vtrâom. Cf. ft.»MHM. XXVIII, 166. T. XV (N. S-, t. VIII. 1900). P. i7.7î,H. A. yoàA,Urttdt$ainUCathr- rinf ^Altxandrù, as coiibiinfJ in Iht Paris ms. La Clayelle. Cf. Romaaia. XXX, 4)o, —P. 111-180, N.W', Scholield, Tlx lays of Grattait and Lanval and Ibt Poniliiis. Or, ù cette date, de 1400, était bien trop jeune ntur. C'est fort bien raisonné, et par consé- contiendrait li mcmloii d'un manu Fonihus de la l'our Landri, né a pour que l'on composât un roman en son honneu sevlcmcni l'inventaire en question e' • ouent l'objection tombe. C'est moi qui ai fourni â G. Paris I' Je cet ancien inventaire, publié par extraits, non pas, comme le dit Paris. dans un « Inventaire des comtes de Béarn ". qui n existe pas, mais dans le t- IV', p. ii, AeVlavtntaire sommairi dts aidiiïti des Bosses-Pyt^n^s (pir P. Raymond), d'après l'art. E74 de ces archives. Il y a dans les mêmes archives (E'éo, cf. \'lnvtnlaire sommaire, IV, ij) un invenuire des meubles app.irtc- nant il Charles d'Albrel, connétable île France, qui est daté de ii)ii et que l'avais aussi coraiTiuniqué à G, Paris, d'où la confusion qui lui a ^t attribuer ' ' e de 1470 la date de 1411. 144 PERIODtQjLTES ttitj ^ IFaUattÀ. M- Sch. s'ctTorcc de distioguer les diven rédaftn ooui «ont pu parveniu. tel ou tel n'ctani connu que par de br^'cs allunai») qal ont M nâi tout let aonu de Guron et de Gracient, puis il s'aitache â l'itude «nnparatire dn UU de GraelenI et de Lanvaj, dont le sujet, conune on uit, CM i peu prés le mtme. et (herthe quelle est b rebtion qui existe CDtrc la deux poitnci. Ce sont deux K'daaîons indépendantes d'un même récit, Lamvi renani plut préi de l'origitul, et GraeltHt préseniani des mils qui >c retrouvent dini l'histoire de WieUnd, épisode d'un poème aUcmand du xiv< sièdc {FriâdrUh von SchvHtUii). El ce tt.'cil sur Wicktnd existe i son tour dans le lai notdiquc de WayLnd Mais M. Sch. ne pense pu que fau- teur allemand aîl puisé à cette source : il croit au coniraire qu'il a eu un modèle français qui n'était pas le lai de Gnulent mab qui était un poème dont le liéros devait s'appeler Galant. L'auteur du lai de Graeteni aurait puisé i ta même source, nuis aurait changé le nom de CalanJ (ou Gualant) en Gtiu- UhI, pour obtenir un nom plus breton. Ce poénie Cranfais de Galant, qui est perdu, aurait une origine Scandinave. Telle est la thèse générale, fort ingé- nieuse avsurémcnt et habilement exposée ; mais 11 y a dans te mémoire de .M. Sch. d'autres théies accessoires dont l'examen nous entraînerait trop loin ; cf. d'ailleurs Amniniii, XXIX. 487. — P. iz 1 -{a, H. Mac Knight, Germanie 1 liemenls in llx Slory 0/ King Harn. Il s'agit du poème anglais. — P. jî6- ' 4IJ, u yita Miriadoci r>, ûh Arthurian romance lunv fini ediled Jrai Cifltonian lus. Fauilina S VI by J. Douglas Bruce. Récit inédit, mais déjà connu, que G. Paris (Hûr. liit., XXX. 24;) pensait rédigé d'après un poème anglO'notmand. L'éditeur ne résout pas cette question, qui n'est gucrc douteuse ; il fait divers rapprochements entre les lieux commuas , romanesques du latin et des récils analogues, et ne croît pas que les maté- 1 riaux utilisés dans ce texte latin soient antérieurs au xiii* siècle. Comme pour le Dt oHu Walwanii nous constatons que l'édition laisse fort â dési- rer. l^iiKipit du latin est ainsi confu : Incipil prologos R. M. Bruce avoue ingénuemeni qu'il ne comprend pas le sens de cette mystérieuse lettre R. Cela veut dire Hubrka. Il y a d'autres traces d'inexpérience, ou même d'une connsisunce insutSsanic du latin. Ainsi, p. J49 : < Qiiid m je pense qu'il y a dans le ms. moramiiii. Plus loin, dans une descrip- I lion de combat : ' ...quisque ad alium ciamabai ut cursum sisterct, 1 manibusquc emcniis. quisque alium quocumque posset loci mutuo rtc^uri, arripicbdt ■ (p. î7j) Au lieu de rtc^pturi, correcttott I de l'éditeur, le ms porte rnenluri. Xe peut-on pas lire aussi bien ntaUurii J On trouve souvent retenir dans le sens de a faire prisonnier ". P. 174, 1. 1J,1 " cum tmiHd,Kwiit pluvie d, lire mnnJadone. Même page, 1. 8 du lias, ■ ...et 1 jam ictus tonltruum, coruscacioncs fulminum jerrt uhcrius non poiscni ■ le sens est ilair ; l'éditeur ionige ferre en ftrril P. J7S, 1. il du bas. « te ram tacentei asplclebanl ac si jam sibt atone imniînere vetercntur. ■ Qu'e Oê que cela veut dirc^ Ure ntum. P. J76, I, 30-12, le texte doit tOt oltuffl PKRlODiaUES n quo (ihaUnio) puelUm minin Je forme thoro residenien ponctui;o...in quo(ihaljnio)pui;llani minin Je forme thoro resiileniem offen- dit, intc quam et mcnsam positam cum pjni: et vino sutficieniî. Metiadocus î^tur.... u Tout ce texte aurjii besoin d'une rc vision attentive, T. XVI (N. S, t. IX. 1901). P. 361-Î74, Raymond WwliS, Tlx primitive ■ Prist ttOrangt 1. L'au leur montre qu'il a enisté une clianson de la prise d'Otange plus ancienne que celle qui nous est pun'cnue : il s'elTorce de prou- ver qu'i l'aide du Cliorroi il Nimes et des Slerie Narboiiesi d'Andréa da Bar- bcrino on peut, jusqu'il un certain point, reconstituer le poàme primitif. M. Jeanroy (Jimmiiia, XXVI. ,16) avait déjà exprimé des idées analogues. QuaiiE i la façon dont M. Weeks se représente la compoHiton à'Aliscaiis (pp. {67-9), elle ne peut éire.depuisU découverte delà Chanson de Guillaume, consdêrie comme tout à fait exacte. — P. I7S-S7, F. M. W.irren,Oii Iht latin ' Thfbfi ■ iiiid a Eliras b. L'opinion .wutenue dans cet article — et qui ne m'a pas paru démontrée — est qu'il u existé un intermédiaire en prose Uiine entre la Thébaïde de Stace et le roman de Thébes, de même qu'entre l'Enéide CI le Roman d'Ênéas. Ces écrits intermédiaires, sortes d'amplifica- tions des poèmes de Virgile et de Stace. auraient été composés au XII' siècle. Mais, l'existence de ces rédactions allongées en prose latine est une pute bypolliÈse li l'appui de laquelle on ne saurait alléguer aucun fait positif. Nous ne trouvons nulle part aucune trace de ces amplifications latines, dont on suppose l'esisicncc seulement parce poètes français l'imagination et l'érudilior »-alns latins du xii* siècle.— I'. )88-404. W. E. Mead. Tlu prologut oj iIk IViJt oj Bah laie. — V. 4ov-t4V. W. li. Schofticld, Cktuctr's Franklin' s laie. Nos lecteurs n'ont pas oublié que des vues très dilTérentes de celles de M. Schof- Aeld ont été exposées ici même (XXXII, 177 et suiv.) par M. Rajna. — I*. 461-474, R. Huntington Fletclier, Tmo noies ea (/« ■ HisloHa ri^iim Bri- Linnix *of Geogrty of Mmimmib. — P. jo}-;!;. Clark Su thcrland Nonliup. « Diiilogui ittltt iûrpiis el .iiiiimm ■• ,1 fragment and a Intnslalimi. Ce Dialogui est la pièce Noclîi iii/i liltHlio. lempore bimimli, mainte fois éditée, dont M. S. N. K-imprinie les 387 premiers vers d'après un fragmenl de manuscrit (deux feuillets) appanenant >) un paniculier. Cette publication, d'une pièct très connue et dont les manuscrits abondent, a vraiment bien peu d'intérêt. T. XVII CN. S-, t. X), p. 71-90, C.H. Grandgent, Catomid EHjali ; a Stu- tli in DiiuU. [L'autore si scusa del fermarsi sopra un ar^omento, quai è il Ca- tone dantesco, di cui, anche a parer sua, troppo s'è discorso e claïKiato. Ne adduce 1 motivo il potcr preseniare del materialc chc crcde n nuovo e dtto a promuovctc la soluzione deliniiiva del probleraa ■. Con eib allude di ■ircrto al concetto da cui émana il titolo : Catone sarebbe venuto ad usurpare un posto chc prima Dante avrebbc assegnato ad Elia; personaggio che. insjcme con Enoch, le creden/c medievali si rappresentavano inimancabil- t&cnte quale abitatore del Paradiso Terrestre, e che iïi si faceva inconirare da iBtli quanti î privilégiât!, cui era conccsso di meitere lï deniro il piede. Dalla Komt..*, .VXXIf ,. QUEi 147 r nifler: jl' li; signait.- cepi;ndanl parce bien choUts, comment l'orthc^rtiphe u; a exercé une influence comipmcc I arrivée cl arrive encore en français, va i ni: ment, je le •jueslions ilom \» Romama n'a point j s que M.Sii. y muntre, par Jes exemples illogique et pédante de la bngue angla: sui U prononciation. La in£mc cliost: e comme j'ai essaya Je le montrer en un crains, car cliez nous les plus ignorants se croient auionsés à avii «I matière de langue et d'orthographe. — P. 411-4)4, Raymond Weeks, AiHurhcbélif. Viùi Romank, XXXII, 455. — P. 4^4-!; S. John E. Mat;tke, Coutrihitions la the bislory of Ibf Ugend of saint Gtorgti, willi spécial rf/triiice la lltt sourfii oj lit }ren(h, girmau atul anglo-saxon metiical ivrsiotii. Voir Rcmamu. XXXII, 170. T. XVIIl (N. S.. I. XJ. 19OÎ). — P. l-Hj, W. H. Schofietd. Thr Uory vf Uorit aaà Rimtnhiîd. On est d'accord depuis longtemps pour reconnaître que le poème anglais connu sous le nom de Gtslt ef King Horn et le poème français de Horn et Rimel sont deux rédactions indépendantes d'un récit dont b forme originale est perdue. Maïs en quelle langue était le récit i oii a-t-il pris son oripnc? Sur ce point des opinions très difl'érenles ont été émises, les noms de lieu qui se rencontrent dans l'un ou dans l'autre des deux poèmes, ou dans les deux â la fols, étant susceptibles d'interprétations diverses. L'un des plus importants entre ces noms est celui de Siiâdenr, le pjp Je Horn. Plusieurs y ont vu te sud du Danemark, d'autres Se sud de r.\ngleierre', etc. M. Sch. repousse ces identifications, et arrive, à la suite d'une discussion serrée, ^ rendre très vraisemblable l'idée qu'il s'i^t de l'Ile Je Man. De U résulte une nouvelle orientation du récit : la Bretagne, oii viennent aborder, sous l'effort du vent, Horn et ses compagnons expulsés de SuiUtH* et placés dans un bateau sans gouvernail, ne peut être que la Grande Bretagne (tandis qu'on y avait vu la Petite Bretagne). Ces identifications et quelques autres paraissent hors de Joute ; celle de la rivière Slore avec la Mene%' est moins sùrv. Finalement, M. Sch, arrive à rendre vraisemblable que le récit diversement traité par les deux poèmes est tiré d'une saga nor- v^cnnc reposant sur un fonds historique. D'après i^tle saga, -qui peut-être ne fiit jamais écrite, aurait été composé un poème en anglo-saxon. Le poème anglais de King Horn ne serait pas sorti directement de ce poème anglo- lis il aurait existé un poème intermédiaire en t dérivés d'une pan le poème anglais {King t le poème français (Jiorn et Rimcl). Cette conclusion, qui est nou- it appuyée par maint argument dont le détail ne peut être donné ici. MXOII, l anglo-normand, d'où s Ui>rn)e vdie, t Qji'il suffise de di ouvrent aux recherches de M. Scli. paraissent bien fondées e I champ nouveau '. — P. 85-94, R. H. Kletcher, 1. Par ex. M. W, SôJerhjelm, Rmnania, XV. 591. I. L'idée exprimée par M. Sch que le roman de Ponthus et Sidoine, dérivé, comme on sait, de l'histoire de Horn, aurait été écrit vers 1387, est fondée sur la méprise de G. Paris qui a élt rcctitiée plus haut, p. 142, note. 148 PÉRIODIQUES Sonte Arthttrian fragments from Jourtheenth untiiry chronicle^. I. Tlje acœunt oj tfx death 0/ King Arthur in thf « Cronicon monasterii de Haies ». Extrait du nis. Cotton, Cleop. D III, des premières années du xiv« siècle. L'éditeur reproduit, tant bien que mal, la ponctuation du ms., ce qui est plus facile que de ponctuer d'une façon raisonnable. Il y a certainement des fautes de lecture dans la transcription, ainsi, p. 87, « sine dubietis scrupulo ». II. Gawayn's sword in tJje « Polistorie del église de Christ de Caunterhyre ». Voir ci- dessus, p. 98. III. Did Layamon make any use of Geoffrefs Historia} L'auteur s'applique à confirmer l'opinion généralement admise que Layamon ne s'est pas ser\'i de V Historia Brittonum. — P. 99-171, John E. Malzkç, Contributions ta tlje history ofthe legend of saint George ^ with spécial référence to t))e sources of the frenchy gerntan and anglo-saxon met rical versions. M. J. Matzke publie, p. 106-8, le texte de la version en prose du ms. i de Saint-Brieuc (xv« siècle) qui n'a aucune importance, et exprime l'idée que ce texte offre, par places, une frap- pante ressemblance avec la version du ms. 570 de l'Arsenal que j'ai publiée dans le Bulletin de la Société des anciens textes, 1901, p. 59-61. J'avoue que je n'ai pas réussi à découvrir cette ressemblance. Ce qui ressemble à la version du ms. de l'Arsenal, c'est le texte que j'ai signalé dans un ms. de Bruxelles (Romania, XXX, 305). M. M. n'a pas remarqué que dans le ms. de Saint- Brieuc il manque, au commencement de la vie de saint Georges, un feuillet (entre les ff. 219 et 220). Étudiant les vies versifiées, M. M. relève les carac- tères distinctifs de la rédaction publiée par Luzarche et imprime (p. 158 et suiv.) un poème en 536 octosyllabiques » sur saint Georges, conservé dans un ms. de la Bibliothèque Phillipps (ms. 3668). L'auteur inconnu de ce poème fait rimer en et an ; ce qui est plus singulier c'est qu'il associe cres- tiens avec mescreans (y. 158-9) et ans (v. 446-7). D'autres rimes ne sont que de simples assonnances. Les vers 1 5 1 - 1 5 3 ont la même rime ; faut-il suppo- ser qu'un vers a été omis ? Il y a là des particularités que M. Matzké aurait dû étudier. — P. 335-340. E. S. Sheldon, llje fable referred to in « Alis- Citns ». Il s'agit du vers Est ço la fable don tor et dou moton (éd. Guessard, V. 3053), dont G. Paris {Rom. XXXI, 102) a donné les variantes*, et au sujet duquel il a conclu qu'il y avait là une allusion à une fable incon- nue où figurait un nuitott. M. Sheldon reprend la discussion, et propose de lire Hst ço la fable dou km et dou mouton. C'est une correction qui avait déjà été proposée et que G. Paris a considérée comme inadmissible (art. cité, p. lOl) î. 1 . L'éditeur compte 5 5 1 vers. Mais son calcul est faux : il passe, dans sa numérotation, de 170 à 180, omettant cinq vers. De même, plus loin, de 225 à 240, omettant 10 vers. 2. On trouve cor, coc, louf en place de /or, el nuiton au lieu de mouton. 3. Je dois ajouter que l'article de M. Sheldon avait été communiqué en nianuîH;rit à la Ronuinia. G. Paris l'avait lu et était d'avis qu'il pouvait PÈRlODlQUr-S 149 P- M'-Jîi. Kk:iinelli McKcniie, Tlx symmclriail slnifturt of Danlt's Vît,) Nuova. |II McKenzii.' lu pieiia ct^nizioiie di cïb che intomo ail' 4TgoiTiento <: swto deno ; t pcr il primo, se non erra, divulga anche fra gli studitwi di cosc danieschc la noti^.ia, chc una dlsposirionti iiucnxional- mente simmeirica délie poésie costituenii h pane fondamentale del iibro, era stata scoru da Gabriele Kossetii molli anni innan/i <:he, indipendeme- mvmc da lui, la vcdesse C. E. Norton. Ma, x l'crudiiione ^ cosa doverosa, poiitivaniente meriioriac una crnnaiiane lucïdae sagace,quale qui abbiamo. CHe il discRno sia proprio da ammettere, nonostante il vigoroso assalto dello Scheiillo, riterranno prcsso<:hè tutti i lettori di qucste otiime pagine. — P. îS6-j6i, Mabd Priscilla Cook. ludico legno. EfFetto assai differenic pro- duce il brève scritto che lien dîctro, sull' interprctazioiie dcl vcreo « Indien Icgno lucido e sereno », Purg., v», 74. Si sarâ d'accordo coU' auirice nel rite- nerc, contro troppi commeniaiori antichi e modemi, clie in esao sia desi- gnato un unico termine di confronte: ma che " Indico kgno • sia l'ambra, in quanto si sapeva proveniente da alberl, è inammiïsibilc. Lasciando anche stare che l'Indianon fu raai.nâ runica,n£ la principale fralercgioni chesora- potri davvero da chicchessia essere chiamata « legno u. Ceno, nonché Plinio, t mille mîglîa lontano dall' averla chiamata cosi Pitea, che Plinio scmplice- itteau dta (XXXVII, 11). quando aveva dcUO — in greco, beninteso —, che gli abïtatori dull' isola nordica d'Abalo se ne servivano ■ pro ligno ad ignem a; c travcde l'autrice, credeiido di poier far assegtiamento su questo paiso. Perché noi d serviam di una cosa « in cambio di legno «, bisogneri che esta n kok sia tcgno u, Difattî per Pitea l'ambra era » concretî maris purgamentum ■. CosI sfuma anche la sperania di avur condotto a ritenere in modo posliivo che dell' HUtoria naluralis pUniaiia Dante facesse uso diretto. P. Rajna.] paraître dans la Kotminla. toutefois avec une noie dont je vais donner le texte, ei dans laquelle il n^ervait son opinion. La publication se trouva retardée. G- Paris mourut, et M, Sh, fit paraître son article dans la revue am^cainc. Voici la note de Paris : ■ Celte savante et ingéniense conjecture méritait assurément d'être publiée. Je ne puis dire toutefois qu'elle me convainque. D'une part il n'est guère Erobablc que laoi de copistes intfépendants aaent substitué /or, cor ou coc i m (ou plutôt i toi qui aurait iti la forme de l'original). D'autre part, mal- gri les exemples allégués par M. Shcidon, il est beaucoup plus compréhen- sible qu'on ail substitué «loalan à nuiton que l'inverse : plus d'un scribe pouvait ne conndltre aue la forme luitoH et ne pas en reconnaître l'équivalent dans nuilon, comme l'ont fait les deux qui uni remplacé nailon par celte forme. Enfin je ne trouve pas que la fable du loup et du bélier s applique )»en  la situation ; la fable que rappelle Guillaume devait être un récit où l'un des deux personnages, après avoir fait une promesse à l'autre, t'amusaït par de vaines paroles ■ . 150 PÉRIODIQUES P. 363-377, E. C. Hills, Notes on Canadianfrench. Le français canadien ici étudié, est celui de Clayton, gros village d'environ 1900 habitants, situé sur la rive droite du Saint-Laurent à peu de distance (30 ou 35 kil.) de Tendroit où le fleuve sort du lac Ontario. Dans ce village il y a, paraît-il, une colo- nie de 7 ou 800 Canadiens français venus du district de Montréal, qui est distant de prés de 200 kil. L'existence de cette colonie est pour moi une notion nouvelle. Ces Canadiens doivent être très silencieux. J'ai passé à Clayton quelques heures en septembre dernier ; j'ai parcouru le village dans tous les sens ; je suis entré dans plusieurs boutiques, j'ai entendu parler les habitants, j'ai conversé avec plusieurs d'entre eux, et les seuls sons qui aient frappé mon oreille étaient incontestablement ceux de l'anglais d'Amérique. J'ai peur que le français soit en voie d'extinction à Clayton. Les faits de pho- nétique que relève M. H. sont peu caractéristiques et ne me paraissent pas différer sensiblement de ceux qu'on peut relever sur les bords du Saint-Lau- rent, de Montréal à Tadousac. Plusieurs ne sont pas caractéristiques du tout : la prononciation aj-ve (achever), ajèt (achète), chté-i'u (je t'ai vu) existe en France. Doii-mwé ^à (donnes moi-s-en) s'entend ailleurs qu'au Canada. Blanc iV Espagne n'était pas à relever comme expression canadienne, ni profiter au sens de « grandir, se développer ». — P. 459-512, W. Wells Newell, Wil- liam of Malmeshury on tlje antiquity of Glastonhury. — P. 526-534, Raymond Weeks, Tlje texts most used in the teaching of old french, M. R. Weeks dresse une statistique des textes employés dans les Universités (principalement dans celles d'Amérique *) pour l'enseignement du vieux français. C'est le choix de morceaux de Roland éiï\\é par G. Paris qui est, de beaucoup, le plus en usage. M. W. remarque que le prix des ouvrages est ici une considération impor- tante. Il regrette avec raison que les étudiants aient rarement l'occasion de lire avec leurs maîtres un poème entier. C'est que, généralement, le prix de nos publications de textes est trop élevé. — P. S3)-577» H. A. Todd, The old f rend) ver si fied Apocalypse of the Kerr manuscript. M. Todd a eu commu- nication d'un manuscrit du xvc siècle acheté par M. John Edward Kerr, de New-York, qui contient une version, jusqu'ici inconnue, de l'Apocalypse, et un poème religieux, non moins inconnu, intitulé // Roman don Lis', Ce poème est réservé pour une publication ultérieure. L'édition de l'Apocalypse est l'objet du présent article. Cette version, aussi différente que possible de la version anglo-normande que j'ai publiée en 1896 (Romania, XXV) est en strophes de six vers (a a b ce b), sauf les vers 223-573 qui sont en quatrains {a b b a). M. Todd l'attribue avec doute (perlxjps) à la première moitié du xiii* siècle ; je la crois plutôt de la fin du même siècle ou même ducommen- 1. « Amérique » signifie les États-Unis. On sait que les citoyens des États-Unis ont monopolisé le nom d'Amérique. 2. Ce ms. vient de la collection Ashburnham, Barrois 170 (n» 521 du cataloj;ue de vente). PÈHlODiaUHS 'SI a ruivii quelques- ccmetu du suivant. Il )■ a dw riiiiw singulièrts. M. T. en unn. mais non pas toutes On est étonné de voir inloar rimer avec or, au- ruiii{v 3Î9); a(« (v. 179, îsS)i pour iillre oa uulrt. ivei ^ualrt : iahil (6crit »Zrl, V. } }6) avvc l'imparf. si'UÎI (écrit soltl). A noter h rime oie-lignii (y. ]63). Les caractères linguisiiques me paraissent indiquer la langue de l'est. Voilà un sujet de dissertation tout trouvé pour un jeune étudiant. Du reste, envisagée au point de vue de rinielligeiice du texte et du style, cette version 131 au-dessous du médiocre. Elle méritait toutefois d'être publïéi;, d'autant plus qu'on n'en connaît pas d'autre copie '. RKVUE de PHILDIOCIE FR.^NÇAISK ET nt L ITT f. RATURE, p. p. L. ClÉDAT. I.XVn(i903), n" I. — P. i. P. Horlucet L. Clédat. Lj np/tlUm dr ni dans Ut prtfûsilions iondiliontitlln eeordonnits. Les auteurs uxaittinent et moJilient sur certains points les conclusions adoptées par M. Tobicr dajis un travail récent (Acad. de Berlin, Sil^utigsbenehlr, 190 c, n" XI) sur les conditions dans lesquelles, étant donnée une sâric de propositions conmiençant par »', il est possible de sut>siituer ijue à 11, dans h secondc^e ces propositions et dans les- suivantes. Cette discussion, qui porte sur l'état actuel de la langue, reste en dehors du cadre de la Rom,inia. — P. 19, Clédal, Le partkipt pau/, le passé œmfosi tt Its deux auxiliaires. L'auteur remarque que le qualificaiir <• passé » ne représente piis exactement la même idée dans tous les participes ainsi qua- lifiés : dans " un homme estimé » le pan. rslimt' marque bien plutôt le prê- tent que le passé. Il e\aniinc aussi la dtfTércnce de sens qui existe entre l'em- ploi de l'auxiliaire mvir a celui de l'auxiliaire /trt dans les verbes qui se peuvent construire, suivant l'idée à exprimer, avec l'un ou l'autre de ces auxi- liaires (iV a iliipani.iltsl disparu'). Cette nuance, que le langage courant n'ob- serve pas toujours très bien, est celle que Littré marque dans ses observations sur le verbe dfscindrt, citant ces exemples : « il a descendu à terre aussitôt que I. Voici quelques observations sur le texte qui est très corrompu. V, 166, 190, etc., i-aiiura, n'y a-t-il pas vainlra, comme au v. 11%} — V, 167 /uWei.corr. d'oNifs, latin ; veslfelur vestimenlis albh. — V. aoj, je ne comprends pas citgf, il faudrait tirve (ttpidus). — V. 216, oucitr n*a pas de sens : lin: dm cier {=«>/)■ — V. 347, Et six anses ckisaitie estent, latin : tt quatuor am'malia singtAa eonim habebaHt àlat sfnai (IV, 8). Assurément anses est une traduction bien invraisemblable. Ne pourrait-on lire àislts'è — 5}4, qui, corr. ijue. — V. 425, Qui fait sane a der déchut est inin- tdtigible; latin : el/oila est ttrtia pan tnaiii w(ijruij(Vin,8);il semble cepen- dant certain que cier doit être lu lier, forme qui, dans ce texte, correspond à icriîus. ^V. 4Î7, Lot li homes la mort lu xtrruni ne peut Être la traduction de I" diebus Ulit gurreni homines morlem (IX. 16), outre que le vers est trop long; corr. b m qutrrunt. Le poème a 134} vers. On voit qu'il reste beau- coup! faire pour en établir un textelisible. Je crois que M. Todd aurait rendu «ervîcc au lecteur en plaçant en marge la concordance avec le latin. I IS2 'PÉRIODIQUES le vaisseau fut abordé », et « les passagers sont descendus à terre depuis long- temps ». Cf. ce vers de La Fontaine : « Tu n'aurais pas à la légère | Des- cendu dans ce puits. » Il y a, dans l'emploi des deux auxiliaires, des distinc- tions très fines à observer, qui dépendent non seulement de la logique, mais aussi d'un usage qui a été variable selon les temps. — P. 70, Comptes ren- dus de la traduction de la Grammaire des langues ronuines de M. Meyer-Lûbke (Clédat examine certains emplois de la particule de dans la syntaxe de l'an- cien français); des Études sur le subj . français de M. J. Haas (H. Yvon); de V Atlas dialectologique de Normandie^ de M. Guerlin de Guer (L.V.). T. XVII, no 2. — P. 89, L. Vignon, Les patois de la région lyonnaise : le pronom régime de la troisième personne. Suite de cet intéressant mémoire, où il est fait un louable effort pour déterminer Taire géographique de chaque forme, en poursuivant la recherche non seulement dans les patois actuels, ( mais, quand cela est possible, dans les documents anciens. — P. ip5, F. Vézinet, Le latin et le problème de la langue internat ionale^ à propos d'un livre récent. Plaidoyer en faveur de Y espéranto. — P. 114, Emm. Casse et Eug. Chaminade, Vieilles cljansons patoises du Périgord. — P. 122, Clédat, Sur le traitement de C après la protonique et la pénultiènu atone. Dans cet article sont étudiés deux cas distincts : le c après la protonique (clericatum-fferfÂt?) et le c après la pénultième atone (se rie a -5^r^^). Je n'exposerais pas les faits de la même manière. Pour moi 1'/ de clericatum n'est pas une protonique, mais une intertonique, l*^ du même clericatum ayant raccentsecondaire.il y a plus de vingt-cinq ans que j'ai exposé pour la première fois cette manière devoir, modifiant et corrigeant sur ce point les idées de Darmesteter(/?(w/i. T. XVII, n" ). —P. 161. J. Desormaux, M/langa utwisims. I. Texte d'une chanson foyaliitï composée en 1S16. Il, Savoyard gulTâr. Ce mot signifie « gourmet friand •. A eu propos, M. D, rappelle (sans beaucoup de rliiODS, croyons-tioub) les goliùrdî du moyen âge. Il pense que le moi Mvoyard et goUaidi se rattachent gula à ce qui est fort constesiable : gçliardi en ia$fp;krablc du Gitlias, personnage iiciif ou ri-d qui fut ciîlébre parmi lus gcliardi. U suppose que le savoyard goliUr a subi l'influence de gallJi , fr. • gaillard » et adopte pour ce dernier une êiymologie récemment proposée ijui voit dum gaillard un dfrivè de G.tUia, avec le suffixe urd. Nous avons montré que celte étynioli^ic n'était pas soutenablc (Row.inw, XXX, i7î)- — P. 17), Bastin, Reaiûrquti sur qiulquts vtrbe> pronomimiux. — P. 178, L. E. Kastner, Dfi dightnU sens de fexprfssion •• rimi h-oaini » au mSyxi dvt. L'au- Icut se contente de rapporter les définitions plus ou moins exactes données par les faiseurs d'arts de rhétorique du xv siècle et du xvi'; il néglige les textes antérieurs ei, en somme, ne dit rien de neuf. — P. 186, Casse et Cha- minadc, VUillts cImiiisoiis patotui dit Frrigord (suite). — P. 305, Clédal, Qufiliims de phoniti^ui jraii(aiu. I, Sur la iijiantes el les clmintaiiles produites par lei piiIataUs explosives et par J'i (ousonue du latin. II, Comoniies inltrfocides aprft U protoni^ et la piHuUtrint atones. Sur plusieurs points j'aurais des eiplicaiions ditférunies à proposi:r, mais U discussion nous entraînerait trop loin ". — P. 229, Compte rendu de Poleniï,J>j^ri)piMr'/fpiH reialives en tant qta Jètermiiiiiliom prr'dicntives, et les constructions anulogues en Jranfois (H. Yvon). T. XVII. n" 4. — P. ait, L. E. Kastner, . Le Soigi », poime allé- goriifut et religieux du Xllh sikie. D'après le ms. du Musée britan- nique Old Roy. 19. B, XII, où ce petit poème (;4 quatrains de vers alexandrins) prend place entre le Tettanunl et le Codicilt de Jean de McuDg. On peut douter toutefois que cette pièce soit de cet auteur, la langue paraissant trop peu aucienne. L'éditeur, du reste, ne discute Pour d'autres cas semblables ou analogueii M. Cl. a recours à des exptica' lions particulières qui semblent très cantcstabli'S. Tout cet examen est i reprendre d^uis le latin vulgaire, où on sait que l'affaiblissement de c en g. dans le» conditions indiquées, est fort ancien : Andegavis pour Andeca- TÎï est mérovingien. I. On peut voir, du reste, la critique de ce travail dans \aZiilsclir. f. rom. phii.. xxvin, 61Î. ^ 154 PèRIODIQUES pas la question. — P. 248, Casse et Chaminade, Vieilles cImusohs paioises du Périgord (suite). — P. 266, Clédat, Consonnes iniervocales après la protoniqiu et la pénultième atones (suite). Ici encore, il y a bi'en des points qui, si la place et le temps ne nous faisaient défaut, appelleraient la discussion. Ainsi, p. 269 : « Avant Taccent la difficulté de prononciation est résolue par le maintien dePatone dans Avenionera = Avegnon^ Avignon », Juvinia- cum = Juvigny ». C'est la question qu*a examinée Darmesteter (qu*il aurait fallu citer) dans son mémoire sur la protonique non initiale. Il explique la conservation de la (( protonique non initiale non en position » (que j'appelle plus clairement et plus simplement « l'intertonique ») par l'influence de la consonne (/ ou n) mouillée qui suit (Romania, V, i$i, 157). Mais cette influence est illusoire. D'abord Darmesteter lui-même cite de nombreuses exceptions à cette prétendue règle (p. 157, note i), par ex. Turiliacum = Tourly, Latiniacum= Lagny, etc. Ensuite la conservation de l'intertonique a lieu en des cas où il n'y a pas de mouillure : Artenacum =z Artenai^ Bessenacum = Bessenai. Dira-t-on qu'il faut supposer Artennacum, etc. ? Mais il y a d'autres cas : Maceracum — - Ma^eroCy Ma^eraiy Mènerai, Il faut plus probablement chercher la cause du maintien de l'intertonique dans l'influence exercée par le souvenir qu'on avait du premier terme compo- sant. — P. 291, F. Baldensperger, Notes lexicologiques. Ces notes concernent le français moderne. Pour bibelot (p. 300) il y avait bien plus à dire : cf. Romania, XXVII, 512 et XXVIII, 145. — P. 316, Clédat, Ètyniologie : ^Orm et « Lors ». M. Clédat montre que lors se rapporte au temps passé, comme alors, et qu'or se rapporte au temps présent, signiflant « maintenant ». Mais je ne sais pas si cette constatation, que personne ne conteste, fortifie beaucoup rétymologie hachora pour or, et il lac hora (Jlla horaï) pour /ori. — P. 317, Comptes rendus de Constantin et Desormaux, Parabole de Venfant prodigue (L. Vignon). — P. 320, Notice nécrologique sur Félix Pelen, ancien collaborateur de la Revue de philologie , par M. Devaux. T. XVIII, 1904, no I. — P. I-4S, L. Vignon, Ij^s patois de la région lyon- naise. Le pronom régime de la troisième personne (suite) ;/f régime direct au rnas^ culin pluriel. — P. 68, Bourciez, Sur Vétymologie de « biais ». M. Bourciez, revient sur cetteétymologieàproposde quelques lignes de la /?owflM/fl,XXXII, 630.11 tient pour admis que l'étymologie bifasi us pourbifarius, m'a paru satisfaisante au point de vue phonétique, en quoi il s'avance beaucoup, et essaie, vainement à mon avis, de la justifier au point de vue sémantique. T. XVIII, no 2. — P. 81, J. Desormaux, CImjusou en patois Siivoyard sur les tournées des représentants du peuple (1792), — P. 89, Casse et Chaminade, Vieilles chansons paioises du Périgord (suite;. — P. 103, Clédat, La protonique et la pénultième atone. — P. 123, comptes rendus de la Grammaire hist. de la langue française de M. Kr. Nyrop, t. II (Clédat); de la cinquième édition de VAucassin et Nicohtte de M. Suchier (L. Vignon); de la Grammaire sommaire de Vamien français de .MM. Bonnard et Salmon. T. XVIII, n*^ 3 et 4. — P. 161, L. E. Kastner, L* infinitif historique au PERIODIQUES ISS Xri' iiicti. Il s'agit de iocuiioiis comme El giniouilki dr ie plaii^drf, M. K. moiiire qu'ellf est très fniqotiiie au x\i' siècle; cf. G. Paris, Remania, XXI. 110. ^ P. i68. R. Harmand, Oburvalwinciitiquessur Ira Tournoi île Chaii- vrifd u à propos de l'édiiion (bien médiocre I), publiée par M. G. Hecq, en 1898- — P- «89, J. Desormaux. MAingn smoisiins. IV, Coniribulion A la phonéiîque des iroiisonties. — P. 19s. CasK cl CKaminade, Vieilles ckitiiain paUius du P^igord (suite). — P. ai2, L. Vignon, Paîmsdt h rigioa iymmaise. proaom de la troisième personne, régime direct féminin pluriel. — P. )o6. Comptes rendus de Genlts, L'c (onnu sons le nom général tl soiiî'eni impropre /c mutUBouTcia; Iruvail d'un amateur qui n'.i pas de préparation linguis- tique); de Lonie et Rivard, L'ongint tl le parler des Canadiens français (L. Vignon), — P. îij. Clironiquc, La réforme de Forlhagraplie. A propos de mon rapport au ministre de l'Instruction publique. M. Clédat prend la peine de rtfuier les sotiiseï que certains journalisies (par ex. dans le Temps) ont écriï a ce sujei. Mais «la n'a aucune importance. P. M. Nhcphiioiogische MiTTEiLUNGEN.hgg. voni Neupliilologischen Verein in Hdsingibrs. Hebingsfors, 1904. In B", n" i ù 6, en quatre fascicules '.— Voici un nouveau recueil destiné surtout à l'analyse et i, la critique des publications relatives à la philologie moderne ou du moyen âge, qui porte Témoignage de l'activité déplovéc par les philologues de la Finlande. C'est en quelque sorte un complément des Mi'moires de la Socirlé néo-phUoIqiiqiie A HcUin)^rors dont nous avons eu iréquemmeni l'occasion de mentionner les tnvaux. Nous signalerons, dans les fascicules que nous avons sous les yeux, p. ij, le compte rendu de VoretEsch, Einfûhrung în d, Siudium d. allfranjà' sitchtn Sprache (A. Wallenskdtd) ; p, 4;, de Bonnard et Salmon, Grani. tamtmûre de PuHe./r. (A. Wallenskôtd : nombreuses critiques); p. 81, de la sixième édition de U grammaire d'Ed. Schwan et Behrens(A. Wallensk&ld) ; p. it4, de J. Vising, Den provensalîsta Iruhadurdiklningin (G, G. Est- bmdcr), p. 117, de Nyitip, Grammaire hist. de la langue française {h. Wallen- skâld). Mais il n'y a pas que des comptes rendus : le recueil .idmet aussi de . courts mémoires et la publication de textes peu étendus. Ainsi, p. 39-}; (cf. un supplément, p. 76), M. W. Soderhjelm publie, d'après le ms. 147 du fonds feintais de la Bibliothèque nationale, le Miroir des Jamet et des démet' irltfs, poème moral en quatrains (Mîrej vous ey, dames et damoîselles); p. 7J-6, M. J. Poiroi préseme une explication ingénieuse, maî^i bien dou- teuse, des expressions a faire le veau » ci « prendre la clef des champs •■ Le maniement de ce recueil serait plus commode si, conformément à ToMige, il V avait des titres courants, et si l.i couverture contenait un som- ^^m I. On annonce huii fascicules | P. M. CHRONIQUE \ Le 27 octobre dernier est décédé, à Tâge de 82 ans, le baron d' Avril, ancien diplomate, qui, par ses traductions ou adaptations de divers poèmes du moyen âge (voir Rom., XXI, 128 ; XXIV, 481 ; XXV, 347), notamment de la Chanson de Roland, contribua utilement à diriger Tattention du grand public vers notre ancienne littérature. \ — Le prix de la fondation Diez a été attribué cette année à M. Emile Levy, professeur à l'Université de Fribourg-en-Brisgau, pour son Proven;^aîisches Supplatient'Wôrterhuch qui en est arrivé à la fin du tome IV (lettres G-L). — La seconde édition du Répertoire (Bio-bibliographie) de M. le chanoine 1^ Ulysse Chevalier, progresse rapidement. Le troisième fascicule (Crispin^Frl- dèric) Nient de paraître. — Le môme érudit vient de publier le troisième volume de son Reperto- rium hymuoîogicum iyoxx Ronianidy XXVI, 615). Il ne contient pas moins de 12571 articles (22257-34827). Mais on ne cesse pas de publier des séquences ou hymnes inédites, de sorte qu'un nouveau supplément deviendra nécessaire dans quelques années. — On sait que M. G. Raynaud, après avoir publié, en collaboration avec Siméon Luce, le t. VIII des Chroniques de Froissart (1888), en aN'ait publié seul, après la mort de Luce, les tomes IX (1894), X (1897), XI (1899). V Annuaire- Bulletin de la Société de Thistoire de Franu (1903, p. 133) nous apprend que M. Raynaud a renoncé à poursuivre cette importante publication qui sera continuée d'après le même système, c'est-à-dire avec des sommaires pourvus d'un commentaire historique détaillé, par M. Germain Lefèvre- Pontalis. — La Société de l'histoire de France vient de mettre en distribution le tome I*^ d'une nouvelle édition de la Clironique de Jean le Bel, publiée par MM. Jules Viard et Eugène Déprez. — I^ Gesellschaft fïir rotnanische Literatur, dont nous avons annoncé jadis (Kontiuiiiï, XXXI, 472) la constitution définitive, a mis en distribution les volumes suivants : i . Hen'is von Met:;;^^ V^orgedicht der Lothringer Geste nach allen Handschriltcn zum erstenmal vollstiindig hgg. von E. Stengel, Band I : Text und Variantcn. Dresdcn, 1903, in-8, xi 1-480 pages. — 2. La leyenda del lïbihl Don Juiin Je Montemayory publicada por Ramôn Menéndez Pidal. Ibid., 1903, in-8, LXXiv-61 pages. — 3. / troi\Uori niinori di Geno%'a.,.y pcr il Dr. G. Bertoni (d. Ronniniay XXXIII, 610). — 4. Truberf, altfr. Schel- CHKONIQUE IÎ7 mcnromin des Douin de Lavesne, ntu hgg. von Jakob L'irich. Ibid., 1904, in-8. XJCXIv-88 pagia. Les deux prtraitrs volumes forment l'exercice 19OÏ ; icc 190} qui sera corapliïtf ultiineuremctil iRie no 5 (Bbndel de Nesle, p. p. le 1° 6 (Troiï comédies d'Alonso de Id Ve^a, p. p. M. Menéndex n aitribui^ à les 11" } et 4 * par lu publicai D' Wieie)et n I^dil). — Lou Bournal dou Pirigord, bulletin bimestriel de l'Ëcole rélibriH;nnc du Périgord, contient, dans son n" 1 2 (juillct-aoùt 1904, p. [98-207 J, un article de M. René Lavaud, inlilule : l^ troubadour Guiraiil de Bameil. L'auteur est au coDrant des dernier? travaux sur la poésie provençale ; il écrit agréablement et il a su grouper habilement tous tes traits qui permettent de se faire une idée juste de la vie et de l'oeuvre du célèbre troubadour d'Excideuil. Cti essai, destiné i un public généralement fort Ignorant, répond parfaitenieni à son but et fait bien augurer des travaux ultérieurs que l'auteur, professeur igiifii de l'enseignement secondaire, se propose d'entreprendre, et qui n'au- lont besoin, pour se recommander à l'jttention des savants, que d'une étude plus approfondie des sources. Nous ne ferons qu'une remarque au sujet de CCI article. L'origine du troubadour étant parfaitement établie, il y aurait tout avantage i l'appeler, comme il s'appelait lui-même, Giratit ei non Guiraut : c'est ce qu'a iâit M. Chabaneau, et M. Lavaud ne pouvait mieux faire que de suivre cet exemple au lieu des errements des premiers provençalistes. — A. Ta. — L'éditeur Danesi, de Rome, bien connu par ses habiles reproductions de manuscrits anciens, annonce l'édition en fac-similé dti ms. Orsini da Costa, appartenant à un particulier, et contenant li's sonnets, les can^oui « les Triomphes de Pétrarque. D'après le prospectus, l'ordre suivi dans ce ms. est celui qui se rapproche le plus du célèbre codtx Valiainul )I9S, pour les rrinr, ei les miniatures ■ montrent l'an du Qualtroctnlo dans toute u pureté D. D'après le spécimen joint au prospectus, ces miniatures sont en tSti fort belle-s, mais l'écriture ne nous parait pas antérieure au xvi* siècle. La publication sera accompagnée d'une introduction • due i la plume érudiie Je M. le prof. D, Ciampoli, bibliothécaire à la Victor-Emmanuel de Rome >. M. Ciampoli est l'auteur du catalogue des manuscrits français de Venise dont nous avons rendu compte, il y a quelques années (Roinfln l'a, XXVI, 1(2), — L'Exposition de Saint-Louis, close le i"' décembre, n'était guère moins riche en congrus que sa devancière de Paris, en 1900, II y avait ia7 5eaions repanies entre aj « deparlracnts »•. Le président général du Congrès était le professeur Ncwcoinb, membre associé de notre Académie des sciences. Dans chaque section, deux discours étaient prévus d'un sur les relations de la science, objet de la section, avec d'autres sciences ; l'autre sur les « problèmes du r. \o\t lulfrualiaiial Cotgres! of arh and idenccs. Vnivtnal exposition, Saint Louis, septembcr 19-25. 1904- Programme and lisi of speakers. Sept., ij, 1^04. In-j«, SO pages. 158 CHRONiaUE jour ». Naturellement, ce n'était là qu'une indication générale qui ne pouvait être rigoureusement suivie. De nombreux savants européens avaient été invi- tés par l'administration de l'Exposition à ces réunions. On aurait pu voir ù Saint-Louis, du 19 au 25 septembre, un important groupe de membres de rinstitut de France et des universités d'Allemagne, d'Angleterre, de France, d'Italie, etc. Deux des sections corresp>ondaicnt exactement aux études de la Romania : la section des langues romanes et la section des littératures romanes. La première eut pour orateurs M. Paul Meyer et M. H. Todd (professeur à l'Université de Columbia, New York) ; l'autre, M. P. Rajna et le prof. Alcéc Portier, de la Nouvelle-Orléans. Les discours prononcés à cette occasion seront imprimés par les soins de l'administration de l'Exposition. Ils paraî- tront peut-être un peu courts, eu égard à l'étendue des sujets traités, mais leur durée avait été limitée à trois quarts d'heure environ. Pour des raisons de principe, M. Paul Meyer crut devoir faire le sien en français ; toutefois, la discussion qui suivit eut lieu en anglais. M. Rajna lut son discours en anglais, bien qu'il eût été autorisé à le lire en italien. — Nous avons parlé naguère (XXXI, 472) des Archives suisses des traditions populaires, revue trimestrielle publiée par une société qui a son siège à Zurich. Nous y avons particulièrement signalé un recueil de noêls jurassicfis. Mais il faut aussi mentionner une importante série de chansons profanes, souvent même très profanes, recueillies dans le Jura par M. Arthur Rossât, maître à l'École réale supérieure de Bàle. Ces textes, notés en écriture pho- nétique, offrent un double intérêt au point de vue de la langue et à celui de la poésie p>opulaire, sans parler de l'intérêt musical, puisque M. Rossât a eu soin d'y joindre la musique. Dans le t. VIII (pp. 116 et suiv.), M. R. a commencé une édition conçue sur un plan fort étendu et tout nouveau, du poème des />fl«i>/i, écrit en patois du Jura par le curéRaspelier, curé de Cou- roux (1736). Le poème de Raspelier était bien connu : on en a trois copies manuscrites et deux éditions (1849 et 1898). Mais ce poème n'est pas origi- nal : c'est la traduction amplifiée d'un poème en patois de Besançon publié en 1735. M. Rossât donne une réimpression de ce poème bisontin, dont le seul exemplaire connu est conservé à la bibliothèque publique (non pas « populaire » comme dit M. Rossât) de Besançon, et il la fera suivre de la reproduction des manuscrits de Raspelier. — Depuis notre article sur l'incendie de la Bibliothèque de Turin (XXXIII, 306), il a été publié divers travaux dans lesquels on s'est efforcé de détermi- ner les causes de ce désastre et d'en préciser l'étendue ' . Pour le premier point, rien d'important n'a été ajouté à ce qui avait été constaté aussitôt après le sinistre. Le rapport de la commission d'enquête, qui devait fixer les respon- I . En France on peut ciler Georges Bourgin, dans la Bibliothèque de VÈcole des chartes, LXV. 152-140 (quelaues erreurs), et L. Dorez (généralement mieux renseigné), dans la Revue des Bibliothèques de janvier-avril 1904. I I I CHRONIQUi; . 151) ïabililéï, n'a p3i encore paru, et peut-fire ne parahra-l-il jamaii. QiJoi qu'il eo soit de l'origine de l'incendie, qui semble bien avoir àchii dans les locaux même» de la Biblioibique, il est certain qu'aucune dirtciion intelligente n'a été donnât atix iecours; que le directeur de la Bibliothèque, averti en temps utile, a manqué absolument de présence d'esprit, et a négligé de faire venir ses employés qui, appelés à temps, auraient pu procéder au démétu- gcmcM des manuscrits; que beaucoup de volumes enfin, qui avaient peu souffen du Feu, ont été irrémédiablement détruits par l'eau. Mais, en ce qui concerne l'étendue des perles, nous cotiimençons à avoir des informations pré- cisci. Le travail de récolemeiii n'est pas achevé et demandera un temps fort long, car il est singulièrement difficile d'identifier tous les fragments à demi consumés qui ont été recueillis dans les ruines des plafonds écroulés ou ■Uns la rue, mais on a publié un inventaire des manuscrits grecs et latins qui xubsîsicDt, avec des indications sommaires sur l'état de chacun de ces manu- scrits '. Comme on l'avait dit dès le principe, la collection des livres venus de Bobbio est celle qui a le moins souffert, grke à l'intervention, malheu- reusement bien tardive, de M. C. Frati ; sur 70 manuscrits avant cette ori- gine, >7 ont été sauvés dont beaucoup i la vérité sont endomm^és, et il v a encore des fragments à identifier. Mais, pour le reste des manuscrits latins a pour les manuscrits grecs, les pertes sont énormes. Sur 406 manuscrits grecs on en a retiouvé 17} dont beaucoup en fort mauvais état, outre de nombreux fragments non encore entièrement reconnus. Pour les latins (1 part ceux de Bobbio), et aussi pour les français, il sera toujours impossible d'éva- luer le dommage, parce que toute trace d'un bon nombre de ces manuscrits en aaucllemenl perdue. En effet, certains avaient été omis par Pasini, dans son catalogue publié en 1749 ; de plus, beaucoup étaient entrés i la Biblio- dlèque postérieurement  la publication de ce catalogue. Un inventaire manu- scrit de en additions avait été rédigé de 1860 i 1870 par B. Peyron et avait ^t complété dans tes années 1901-2. Malheureusement, cet inventaire a péri dans l'incendie, de sorte que, presentenieni.il n'est plus possible de dresser la tisie exacte des manuscrits qui ne figuraient pas dans les catalogues anté- rieurs. Pour les manuscrits compris dans le catalogue de Pasint, le récole- Rieni de MM. Cipolla et Frati permet de constater que la moindre partie seu- meni est conservée. Le ms D. V. 39 contenant les Corrogalhim Promtibti d'Alexandre Neckam, et la version française du Pseudo-Caion par Hélie de Winchester, est indiqué (p. 487) comme très endommagé et ayant perdu plusieurs feuillets. J'en ai photographié jadis quelques pages. C'est un manu- scrit esécuté en Angleterre, qui provient de Saint-André de Verceili. Le ms. 0 lUi eodui luptnlili greci t Liiii aaU di Torinc (par MM, Cipolla, G. De Sanctis et C. Fraii, lemcnt de M. Ett. Sumpin^. dans la RivhUi M filoiogi de Tarin (t. XXXII. pp. ]Sj-;S8). \tkhi dtlla Bibliottea na^io- " " lî, avec un avertis- d'islruiioiie dassica l60 • CHRONiaUE sur papier H. 3* 26 d'après lequel j*ai publié (/?ow., X, 5 3 5) la farce des trois commères, est sauvé (p. 539); sauvé aussi (p. 546), le n» G. IL 34, contenant Blatidin de Cornouailles. Nous avons dit, dans la chronique du n° de juillet dernier (p. 457), que le catalogue des mss. italiens de Turin, avait été imprimé, moins la préface, avant l'incendie. A propos de cette publication, M. R. Renier vient de donner au Giornale storico deîla letteratura italiatia, t. XLIV, p. 407-419, un très intéressant article où Ton trouve Tindication précise des mss. italiens qui sub- sistent. De plus M. R. Renier fournit, dans le même article, de précieux ren- seignements sur Tétat des mss. français, dont beaucoup, qui n'avaient pas été l'objet d'études suffisantes, sont irrémédiablement perdus. Le ms. L. V. 34 (Reclus de Moilicns), le seul qui nous ait conservé le nom de l'auteur des romans de Carité et le Miserere ^ n'existe plus qu'à l'état de fragment. M. Van y Hamel n'avait pu le consulter et ne le connaissait que par les notes bien som- S maires que je lui avais communiquées. Le ms. L. V. 32, connu par une 1 notice de Scheler ', a complètement disparu. C'était un assez gros livre en parchemin, formé de 234 ff. J'en ai pris, il y a plus de vingt ans, de longs extraits qu'il sera peut-être utile de publier. M. Renier mentionne comme en partie détruit le n» L. IV. 33, l'un des plus précieux mss. de la Biblio- thèque, où se trouve Meraiigis* et Glighis. M. Fœrstcr a pris copie de certains des morceaux qu'il renferme, notamment du poème de Gliglois^ qui ne se trouvent pas ailleurs ». C'est un livre en papier. Perdu aussi le ms. L. IV. 17 (traités médicaux en français) dont, heureusement, M. Camus avait donné une notice détaillée dans le Bulletin de la Société des anciens textes françiiis (1902). Je crains bien qu'il en soit de même d'un autre recueil, du traité de médecine en français, le n» K. V. 13, dont j'ai fait une copie presque complète il y a plus de quarante ans. Des deux mss. de Hayton que possédait la Bibliothèque de Turin, l'un est perdu. Tous deux ont été utilisés dans 1 édition qui fait partie du tome II des Documents arméniens {Historiens des croisades), et qui va enfin paraître par les soins de M. Ch. Kohlcr. Le dommage causé à l'histoire de notre littéra- ture (on peut dire aussi, mais en une moindre mesure, à l'histoire de la litté- 1. Notices et extraits de deux mss, fr. de la Bihl. roy. de Turin. Bruxelles, 1867. In-80 (extrait du Biblioplnle belge , I et II;. — La notice du ras. L.V. 32 occupe les pp. 66 à 97 de cette publication. Elle contient diverses inexacti- tudes qui n'ont été qu'en partie corrigées par M. Stengel, dans ses Mitthei^ lungen ans fran^. Handschriftend. Turiner ÙniversitàtS'Bibliotljek,p. 8. L'autre ms. décrit par Sclicicr est le n« L. I. 13 contenant Vl:iaclf de Gautier d'Arras et Sone de Win>ay. Il est très endommagé et a perdu ses derniers feuillets. Il est, heureusement, entre les mss. de Turin, l'un des mieux connus. 2. Voir rédition de M. Friedwagner, p. xx. 3. Voir G. Paris, Hist. htt. de la Fr., XXX, 161. Paris mentionne ce nis. sous la cote erronée L. IV, 2^ (au lieu de 33). Il l'avait eu en coromunica- lion a Paris pour V Histoire littéraire. ClIRONldUE rature italienne) par l'iiKetidie de Turin est énorme. Celui qu'a subi l'histoire de l'art au moyen ige (principalement au XV siËcIe) n'est guère i grave. — P. M. — M. C. Fraiî a été nommé directeur de la Bibliothèque nationale de Turin, en remplacement de M. Caria, nommé directeur de la Bibliothèque d*Ëïie, â Modéne. — On sait que, â h suite d'un vceu présenté par divers membres du Conseil supérieur de rinstniction publique, une commission chargée de préparer un pri^-t de simplification de l'orthographe française fut nommée par le Ministre de l'Instnjciion publique (arrêté du 1 1 février 19OÎ). Cet' Mon comprcn.iit, outre divers membres du Conseil supérieur appanenant aux trois ordres de l'otseignemeni, des s.-ivanls ayant une connaissance spéciale •tt la philologie française et des questions de phonétique c( d'orthographe quî en dépendent : MM. Brunot, L.'Havet, Ant. Thomas. Elle a été présidée pu M. Paul Meyer, qui, au mois de juillet dernier, a présenté et Uinisire, sous forme de rapport, ud projet de siiiiplitiiralion de notre ortho- graphe •- Ce rapport, imprimé au mois d'août a été tenu secret pendant plu- sicun mots, par ordre du Ministre de l'Instruction publique qui désirait en r^K'rver la primeur à l'Académie fran<,~aise. II a fini par entrer en quelque Kinc dans le domaine public par la publication qui en a été faite dans la Rniit imiivnîlairf da i" novembre (A. Colin, libraire-éditeur), et depuis lors divers journalistes en ont parlé avec la compétence qu'on peut supposer. Il v en outre d'être ntimprimé dans la Rei'ue pédagogique (qui est un quelque Torgaoc officiel de renseignement primaire), 1 j décembre et 1 s janvier. Lt» questions qui coiKemem l'orthographe du frunçais n'étant guère du reïson de la Kamauiii, nous ne croyons pas utile de résumer ici les propositions de la Commission ministérielle ; nous nous bornerons à dire qu'elles sont, au moment présent (décembre 1904) soumises à l'examen de l'Acadéntîe fraïKaisc. D'après ce que nous savons des dispositions de cette Compagnie, oous ne devons pas dissimuler que nous serions très surpris si la plupart de ces propositions n'étaient pas repoussées, comme l'ont ^té celles de M. Gréard. ^.n 1S9; '. Un objectera de nouveau que les changements proposés suppriment Le souvenir de l'étymologic (par ex. le d de foids est précieux pour Ci pensent que ce mot vient de pondus); qu'ils rendent la dérivation obscure. car si on écrit (ors au litu de corps, on ne comprendra plus corporel ni corpo- ralioH, que la forme même des mots a une beauté que tout changement détruirait, et autres arguments de celte portée. Cxs objections étaient prévues. G. Paris, dans la dernière conversation I . Rafport surits Irmiau.x de la Commission iJiargct de préparer la simplifaii- /mw de rorlhographe fraH^mst. ln-4", impr. nai., i) pagû. >. Noie priientét à la Commisiion du dictioiinairt de VAcadémie frai"-' - (Jtrvu* universitaire du 15 fé\Ticr 1893). fo-n.i.. XXXIV l62 CHRONIQUE qu'il eut avec Paul Meyer quelques jours avant son départ pour le Midi, d*où il ne devait plus revenir, les annonçait, et il concluait que les travaux de la Commission officielle qui venait d'être formée, seraient frappés de stérilité, si le Ministre de l'Instruction publique persistait dans l'idée d'en soumettre les conclusions à l'Académie française. Nous ne sommes pas aussi pessimistes : l'autorité de l'Académie, en matière de langue, est purement conventionnelle et nous espérons qu'il n'en sera pas tenu plus de compte que de raison. Dès maintenant un vœu a été déposé dans la récente session du Conseil supérieur de l'instruction publique, pour que les propositions de la Commission soient soumises à l'appréciation de ce Conseil, qui, par sa composition, ofïrc assurément plus de garanties que l'Académie française telle qu'elle est aujourd'hui composée. — M. Joseph Nève nous demande, dans l'intérêt de la vérité, de déclarer , ici que, contrairement à ce que nous avons supposé (/^omaffûz, XXXIII, 439, { note 2), il ne connaît et n'a aucun moyen d'arriver à connaître le mystérieux auteur de la brochure intitulée : Une énigme ifhisloire littéraire.. — A propos du passage de notre compte rendu de la thèse de M. Brandon sur Robert Estienne» où il est dit qu'on s'est borné jusqu'ici à feuilleter le Diction- flaire de 1 5 39- 1 $4 1 , sans explorer le Tljesaurus et le D. Latino^alUcum (Romania^ XXXIII, 619), M. l'abbé H. Vaganay, de Lyon, nous écrit pour rappeler que dans un catalogue des adverbes en -metti, qui paraît actuellement dans la Reinu des études rabelaisiennes, il a plus d'une fois cité l'édition de 1538 du D.latinogallicnm (art. ahandonneement, adviseement , affreuseenunt, aiseement, asseureenient, etc.). Il veut bien nous apprendre en même temps que la défini- tion de cerneau que nous avons rapportée (Rotnania, XXXIII, 265) d'après le D. françoislatin de 1539-1541, se trouve textuellement à l'article nucleus dn D. latinogallicum de 1538. — A. Th. Livres annoncés sommairement : Glossaire géographique vosgien, par Nicolas H aillant. Épinal et Paris (Bouillon), 1901. Gr. in 80, 35 pages (extrait des publications du Congrès national des Sociétés françaises de géographie, 22* session, Nancy, i^^-^ août 1901). — Les travaux de M. Haillant sur les patois vosgiens sont juste- ment estimés, et nous les avons signalés, pour la plupart, à nos lecteurs (Romaniay XI, 632 ; XII, 635 ; XIV, 314 ; XV, 642 ; XVI, 117). Si le présent mémoire n'a pas été annoncé en son temps, c'est qu'il nous est parvenu tardivement. C'est l'esquisse d'un travail qui gagnerait à être plus développé, mais qui, sous une forme plus ample, n'aurait sans doute pu prendre place parmi les communications. néccss;ii renient brèves, faites ù un congrès. M. 11. insiste avec raison sur l'utilité qu'il y aurait à donner, à côté des formes officielles des noms de lieux, la prononciation locale. 11 est regrettable que cette utile indication ne soit pas donnée dans les diction- naires topographiques publiés par le Ministère de l'instruction publique. M. H. donne cette prononciation pour les noms de lieux et, pour les noms CHRONIQt'E {VOjKisqui. (p. t6 « • ■»3 c sont d'apperulicc intitulé et sii*. en djsstc poi ordre ilf Miftîxes (notns formés avec luurl, avec viBi. avec riQcr. etc.). Tout uti]<; qiK soit cette liste, on aurait iimi qu'en (ertjiin& cas au tncnns, M. H. eût donné les anciennes formes. Omix i* provrrbes tt dielom paleii de Diimjt, frri Jt Dompairt (t'osgrt), parN. Hau.lant« A. ViRTXL Paris, Bouillon, 19OÏ. in-8". j6p. — Lcsprwerbe» Cl £ctoiis ont éié recueillis par M Virtel ; M. Haillani y a joint quelques brèves Tcmarques sur la phonctiqucdu paioisdc Damas ei divers rapprochc- ruents, sans grand iDlérét. avec des dictons russes. Il eùi éié plus a propos de signaler, parmi ces proverbes, ceux que l'on saii avoir iti d'usage cou- rant au moyen âge. .\iDsi, n^ >7 : 1 Tous les chiens qui jappent ne mordent pas s (je cite la tiaduciïon). cf. Le Roux de Lîncy, 1* éd., I, 167 ; n" fté : « Chaque oiseau trouve son nid beau i^ c(. Le Roux de litio', J, 188; n° 69 : > Rat qui n'a qu'un trou est bieniôt pris >, cf. Le Roux de Lincy, I, 101 ; n" ^o : •• Renard qui dott n'aitrapc rien u, cf. Le Roux de Lincy, I, 199; n» S5 : « C'est toujours la plus mauvaise roue de la voilure qui crie d , cf. Homania, XXI, 211, etc. La muni ie Vuia Lihil/s dis fosgfs. Rtmarquu et rirvrviUidm tur Vînvnliiîrt rt la acMUm Jei wis, par N. Maillant. Paris, Bouillon. 1904. In-8B, jo patres (ealrall des Anaulf-s île la SceiW irèmulalioti 4r> Voigti). — H y a Jans cette brochure, quelques laits â recueillir sur la phonétique du patois des Vosges, et sur l'onhographe officielle (souvent très mauvaise) des noms de lieu. Mais l'ordre suivi n'est pas toujours satisfaisant, et les faits sont souvent mal définis. Ainsi, p, i), Saintt-Margiittitf est donné comme exemple du son tu noté ue. (iu'est-ce que cela veut dire? Prononce-t-on Marguiiirîie ? En tout cas l'u qui suit le f n'a pas de valeur phoniquei il ne sert qu'i conserver le son guttural au g. ImfiltTiition il Iraileminl de relouent germanique d.ins divers lexiques votgims, parN. Haiixant. Paris, Bouillon, 1904. Gr. in.S«, 40 pages. — Il y a certai- nement dans ce travail, comme dans tous ceux du même auteur, quelques détails utiles à relever, mais la méthode est défeclueusi; et l'information insuffisante. M. H prend, un peu au hasard dans les dictionnaires, les 1}^ germaniques qu'il rapproche des mots ou des noms propres recueil- lis dans le département des Vosges. Entre ces noms propres beaucoup ne sont nullement vosgiens (par ex. Aul-, Fell^, Ftunl^, Diry/uss, Freund, etc.) : ce sont des noms d'Allemands ou d'Alsaciens immigrés. Quel inté- rêt peui-il bien y avoir à les relever? Its noms dt U carie dans It Midi. Essai sur les noini de lieux du comte do Kice, par P. Devoluv. Nice et .\vipnon (!ibr. Roumanillc), 190}. In-Ji", ji pages (extrait des Mémoires de la Société des lettres, des sciences et vis des -M pes- Maritimes). — Cet <• eswi • t-si l'œuvre d'un homme qui n le provençal moderne et a la pratique des cartes (l'auteur est un omci< Itlibrc Jiiiiii i^^j; 164 CHRONiaUE qu'il n*a pas suffisamment approfondi son sujet. 11 a raison de dire que, pour Tancien comté de Nice, beaucoup de lieux ont, dans notre orthographe administrative, conservé la forme italienne que leur avait imposée Tétat-major sarde, mais il ne le prouve pas assez ». Pour traiter complètement le sujet, il faudrait mettre en regard des formes actuellement admises dans le Dictionnaire des postes, les formes anciennes et les formes usitées en patois. Ce serait un grand travail que nous aurons un jour, espérons-le, sous la forme de dictionnaire. Les pages 28 et suiv. sont occupées par un utile « vocabulaire des termes les plus généralement employés pour les noms de lieux du comté de Nice ». Ce vocabulaire, disposé en ordre alphabétique, peut être rapproché du « Recueil méthodique et étymologique des noms de lieux du Qpeyras », qui fait partie du livre de MM. Chabrand et de Rochas d'Aiglun, sur le a Patois des Alpes Cottiennes » (1877). Lorigine et le parler des Canadiens français. Étude sur Témigration française au Canada de 1608 ^ 1700, sur Tétat actuel du parler franco- canadien, son histoire et les causes de son évolution. Publication de la Société du parler français au Canada. Université Laval, Québec ; Paris, Champion, 1903. In-80, 50 pages. — Cette brochure, dont le titre fait suffisamment connaître le contenu, est formée de deux articles tirés du Bulletin du par- ler français au Canada que nous avons annoncé dans une précédente chro- nique (XXXIII, 1 38). L*un (Z> Vorigine des Canadiens français) est Tceuvrc de M. Tabbé Lortie, professeur à l'Université Laval, l'autre (Le parler franco-canadien) a pour auteur M. Adjutor Rivard, professeur à la même Université et secrétaire de la Société. M. Tabbé Lonie a dressé, d'après les travaux antérieurs, qui sont assez nombreux, et d'après des dépouillements des registres d'état civil, dont les fiches sont conservées à l'Université Laval, un « tableau indiquant le nombre et l'origine des émigrants français arrivés au Canada de 1608 à 1700 ». On y voit que la proportion la plus forte a été fournie par la Normandie, l'Aunis, la Saintonge, le Poitou. Le mémoire de M. Rivard se compose d'une série de remarques sur divers points de lexicologie et de phonétique. Year Ifooks of Edward II, t'ai. /; i and 2 Edward II (i 307-1 309): edited for the Selden Society by F. W. Maitland. London, Quaritch, 1903. In-40, xcix-221 pages. — La Selden Society ^ fondée pour l'encouragement des études relatives ù Thistoire de l'ancien droit anglais, a entrepris l'édition des anciens Year hooks qui contiennent les procès- verbaux des litiges portés devant la cour du Roi. Ces textes, dont la série s'étend depuis 1307 jusqu'aux premières années du règne de Henri VIII, sont en français, sauf quelques parties explicatives (les records) qui sont en latin. Ce français, hérissé de termes techniques, est à peu près inintelligible pour ceux qui ne I. Par exemple, qui a inventé le nom d'IsoLiy commune du canton de Saint- Etienne de Tinéc? Les formes anciennes sont Leudula, Leudola, Leusula, LicusoUc. CHUONiaUi; l6S connaîsscni pm â fond les institutions judiciaires de l'Angleiene et surtout h proci^ure assez compliquée de la cour du Roi. La SelJtn Society n'aurait pu trouver un éditeur plus compétent que le professeur Maiiland. Grâce â la traduction anglaise qu'il a mise en regard du texte, grSce à ses annota- iioi]s et surtout aux explications d'ordre général donniies dans la savante iatroductioa qui procède le recueil, il est possible à une personne n'ayant qu'une préparation médiocre de se rendre compte du sens de ces procès- verbaux. L'introduction renferme un excellent chapitre sur la langue de ces curieux documents, dont l'équivalent n'existe en aucun pays ea dehors de l'Angleterre. Pclugais. Phonétique ri [ilmtol<^ie, morphologie, Uxtti, par Aniceto dos Rcis Gon^lves Vianna. Leipiig. Teubner, J90). In-u, vH47pages (faitpanic des Skiiien lebenJer Sprachfii, ligg. von W. Viëtor). Ce petit livre constitue assurément l'effort le plus considérableSqui ail été fait pour reproduire graphiquement l'aspect du portugais parlé. L'auteur, dont la compétence en ce qui touche la phonétiq'.c générale et spécialement l'histoire de sa langue, ne saurait être mise en doute, cherche à figurer, non seulement la prononciation de chaque mot pris isolément, mais encore les nuances infiniment variées de la phoi^étique syntactiquc. Mais, malgré les de l'alpliubct compliqué dont i! fait usage (et qui donne à ïes «speci singulièrement rébarbatif), malgré ses descriptions r souvent médiocrement ckires) des sons, malgré l'emploi des tey-words empruntée i diverses langues, nous croyons qu'un lecteur qui n'aura jamais entendu pi>r1er le portugais, arrivera difficilement à se former une idée de la prononciation de celte bngue d'après le seul livre de M.Vlanna. Peut-être eltt-il mieux \-alu réserver l'emploi d'un alphabet spécial i la partie phoné- tique, et empla\-er les caractères ordinaires pour la morphologie. En l'état, ce livre ne dispensera nullement de l'emploi d'une grammaire ordinaire ceux qui voudront apprendre le portugais écrit. ttt fOiiras lit rbisÈmrt de France, dtt origines aux guerres d'Italie, par A. MOUNIER. — I, Époque primitive, Mérovingiens et Carolingiens; II, Époque féodale, les Capétiens jusqu'en 1 iSo; IIl, Les Capétiens (1180- i^ïB); IV, Ijs Valois (1528-1461): V. Introduction générale. Les Valois (suite); Louis Xt et Charles Vlil (1461-1494). Paris, A. Picard,. 1902-1904. In 8", viii'ZSS p.; jî2 p.; 248 p.; 524 p.; clxxxvii-I9£ p. — Ce grand ouvrage, œuvre d'un savant mort en pleine activité, le 19 mai dernier, est le digne pendant du livre classique de Wattenbach sur les sources histo- riques de l'Allemagne, Le sujet, dans son ensemble, est étranger aux vtudes propres de la Romania ; il y touche cependant par certains côtés, puisqu'un grand nombre de nos chroniques, oupour employer un terme plus général, des sources historiques du moyen .-tge français, sont en l.inguc vulgaire. Les résuma donnés par Molinier, comme aussi les indications biblic^aphiqucs, se recommandent p.-ir l'exactitude et la précision. Les appréciaiion^soni. dans leur brièveté, d'une ^rnnde [Uïtessc. L'introduction l66 CHRONIQUE générale, publiée après la mort de Tauteur, avec le cinquième volume, est un morceau de haute critique. Le livre de Molinier, qui fait partie d'une collection de manuels de bibliographie historique, devra être le vade-mecum de tous les historiens du moyen dge. Tutte le opère di Dante Aliglneri nuovanieute rivedute tiel iesto dal D»" E. MooRE. Con indice déi nomi propri e délie cosc notabili, compilato dal D»* Paget ToYNBEE. Terza edizione, più estesamente riveduta. Oxford, nella stamperia deirUniversità, 1904. In 80, viii-490 pages. — Avec cette édition on a, pour la modique somme de six shillings, un texte aussi bon que possible, dans Tétat actuel des études, de toutes les œu\Tes de Dante, le tout fort bien imprimé, en un caractère nécessairement un peu fin, mais cependant fort distinct, par la célèbre Clarendon press d*Oxford. La pre- mière édition parut en 1894 ; la seconde, de 1897, présente quelques amé- liorations, et celle-ci plus encore, surtout pour le De vuîgari eloquentia, pour lequel on a pu mettre à pro6t l'édition de M. Rajna. La table, due à notre collaborateur M. Paget Toynbee, est fort bien faite. Sans avoir la préten- tion de critiquer cette précieuse édition, qu'il me soit permis de soumettre à réditeur quelques remarques. Puisque la pièce trilingue Ai fais ris (p. 172), est maintenant considérée comme authentique, il faudrait en donner, par conjecture, si on ne peut autrement, un texte lisible. Pourquoi écrire au premier vers per qua trait:^^ avetx ? Je sais bien que c'est la leçon de Fraticelli et de Giuliani, mais Fraticelli, à la table de son édition (Bar- bera, p. 442) écrit ^r que, et Crescimbeni (Cattimettlariy II, i, 249)^^. Presque tous les vers provençaux de cette pièce sont mauvais : San outras domnas e l'os us siiuhet^. Faut-il supposer que Dante a écrit san (pour sabon) sous rinfluence de Tit. sanno ? Et que veut dire us ? Il y a dans Crescimbeni cette ligne inintelligible Sai omn autres dames e %'ous saves. Je rétablirais : Sahon outras domnas e tvs sabet^ (car sauhet;^, au prétérit, ne vaut rien). En vai sperau e par de mi a non cura, lire e par de mi non cura, leçon de Cres- cimbeni . A placer d^autra, quiir ds'amor sUaisset. Je ne sais quel est le fon- dement de cette leçon visiblement absurde ; Crescimbeni a tout autre chose, mais on obtiendrait un texte intelligible si on lisait quar de s*annfr sliissety quoique s\ après un mot finissant par une consonne, soit contes- table.—J\ M. V. Crkscini, Gli ajffreschi epici mediei'ali del Museo di Treviso. Venezia, 1905. In-8«, 6 p. (extrait des Atti del R. Istituto Veneto di science, lettere ed arti^ t. LXII, 2«-" partie, séance du 25 janvier 1903). — C'est la description de fresques de la fm du xiiie siècle ou du commencement du xiv* siècle trouvées dans une antique maison de Trévise, et récemment transportées sur les murs d'une salle du Musée de cette ville. On y voit représentée l'his- toire qui forme le sujet du Ixii d'Aristole, le combat de Ferragu contre les paladins de Charlemagne d'après le Pseudo-Turpin ou d'après V Entrée de Spagne. M. Cr. se propose de revenir avec plus de détails sur ce sujet. CHBONittUE 167 PixiUncpttti lie Bk'is. Ëiudi: comparative des venions isiwdaisc ut danoise, par A, Trampc BdDTKEK. Christiania, 1904. Gr. in 8", iS pages. ( fiVwii- iabe Sthkabels Siri/Ur, II, hist.-lîlos. Kl., 1904. n" }.) — Cette disserta- lion, dédiée à la mémoire de G. Paris, commence par une bibliogra- phic bien faite du poème français et des dlHérenles versions qu'on en po«£de. L'auteur parait bien informé, mais il a le tort de ne pas dire ob en sont les questions qu'il imite et ce qu'il apporte de nouveau sur chacune d'elles, il conclut que la version islandaise dérive de la version non-épeiine et que cette demiéte a été faite d'après un texle anglo-nor- mand perdu. Xur GtKbUhtt dis franiôsmhta 3, II. ) MoiioiyUaht im franfôsiichrii. ArlUti- forinm und Objelctspninomi'ia, von Gustav Rvdbebg. Upsala, Almqvist, 190^. Gr. in-S», pp. 409-618. — C'est le quatrième EaKiculc de ce long ouvrage, et ce n'est pas encore la lïn. Les deux premiers fascicules ont été annoncés dans la Kortuinîii, XXVI, 546 et 619. Le troisième, coté II, 2, a iti. par oubli, passé sous silence II a paru en 1898 sous ce titre : Ufhei- tichl der ^iscbicbllichtn Eiihi-iMutig iln 3 in ait- uiid iieufraHiôiivhn ZfU. Dit ivrlilkraritehf Enluickelung lier fri- MOHosylliiba. Nous nous bornons préteniemeni ft cette simple annonce, faisant observer toutefois qu'il eût été possible de réduire sans dommage le nombre véritablement excessif des exemples cités. De toute façon, l'ouvrage est trop long. 11 faut savoir proportionuer ce qu'on écrit i l'imporwnce du sujet. Kmr pif téittf l'tirdilt ai wtssrr Dekihent. Stampato in Pralo di Toscana nella ofBcina tipolitografica éditrice dei fratelli Passerini e c, il xvi agosto I«DCKCCI>-. In 40. î6p. CWoTîfMflffifHCi'-T'ortof;'). — L'éditeur, M. Giovanni Tonitli. nous fait savoir, dans un avertissement placé à la lîn de cet élé- gant Gvret, que des deux pièces ici imprimées, la première seule avait déjà été publiée, mâs l'édition faite en 1858 par Zarabrinî était introuvable, et iDédiocrcmeni correcte. C'est une pièce intitulée : te saiitt cou cbt si trovano ml viaggio àel SepoUro. L'auteur feint d'avoir été transporté en songe dans la Terre Sainte, et conte en vers ce qu'il y a vu. C'est une description fort sommaire des ■ saints lieux de Jérusalem >. La seconde pièce esi une PasMon. Vn ionttte allrihuilo a Franeaeo Pitrarca t ima allrîhuilo a Antonio do Ftrrara. FItcnie, tip. galileiana, 1904, In 8°, 9 p. {Nojii Malttiici-Tortoli). Ces deux sonnets sont publiés par M. G. Mazroni d'après un feuillet de par- chemin du w* siècle, tiré d'une vieille reliure. Èiudti sur Robflaii, par Louis Thuasve. Paris, Bouillon. 1904, Pel. m 8», xui-4!4 pages (cinquième volume de la Bihlioibiqm lilUraire de la Rtiiais- titnci publiée sous la direction de P. de Nolhac et L. Dorez), — Rabelais nt a la mode. 11 bénéficie largement des prc^rés réalisés dans les éludes historiques et philologiques. Il existe une Société des études rabelaisiennes qoî fait de bonnes publications, et, en dehors de cette société, parfois hors I$S CHRONIQUE ref ph5 ' il parait des travaux qui, peu i\ peu, nous permeuent de péné- 'ani dans la pensée de ce difficile él:^i^'ain. Nous ne pouvons suivre ce mouvement : la Romiinia n'étend pas son domaine jusqu'à b liitéraiure savante du xvi= siicle. Nous signalerons cependant le livre de M. Thuasne, parce qu'on y trouve quelques rapprochements miles avec des écrivains du moyen âge, nous boniaat à dire qu'il se compose de quatre éludes ; I, Sources monastiques du roman de Rabelais ; II, Rabelais et Érasme ; III, Rabelais et Folengo ; IV. Rabelais et Colonna. Il y a peu d'indications précises à tirer de la première de ces études, mais les autres sont riches en rapprochements dont beaucoup sont nouveaux et \Taiment topiques. Bibliographie Rabrlaisiriiiu. Lu éditions de Rabehis de isji à i-jit. Catalogue raisonné, descriptif et figuré, illustréde cent soixante-MX fac-similés (titres, variantes, pages de texte, portraits), par Pierre-Paul Plan. Paris, Impr. nai., 1904. Gr. in 8", xui-iBo pages (tiré à 550 exempl. numérotés). — Le titre indiquu suffisamment !c contenu de ce très beau volume. Disons seulement que, pour l'étendue et le délait des notices, cciic Inblio- graphie dépasse notablement les biblic^raphies antérieures. M. Plan annonce la publication des notes laissi^s par feu Many-Laveaux sur les éditions de Rabelais, postérieures â 1711 et sur les travaux variés dont Rabelais a été l'objet . Lr roimin de lu l'iotelle, a study of the manuscrïpts and ihe original dialect. by Douglas Lababek Buitum, Baltimore, J. H. Furst company, 1904. Irv-S. 84 pages (dissertation de doctorat présentée â l'Université Johns Hopkins). — Cette dissertation m'était inconnue lorsqu'à été imprimée la notice (ci-dessus, p. 87) sur quelques manuscrits français des bibliothèque^^ d'Amérique, où j'ai parlé du ms. de la Violellt de la collection Pierpont Morgan '. Ce ms. a été utilisé dans la présente dissertation, qui contient le fac-similé photographique des aj premiers vers. L'objet de cette disser- tation est la comparaison des quatre mss. connus, qui se lépanîsseni entre deux groupes : 1" ms. B. N. fr. i%\\ etms. Pierpont Morgan ; a- B. N. fr. I )74 et Saint- Pétenbourg. — M. L. Buffiim fait erreur lor^u'il dit qut selon moi le ms, ISSJ aurait été fait entre 1258 et 1196: bien au contraire, je n'ai rapporté cette opinioci que pour In conicster, et j'ai dit, ù l'endroit cité {Roiitanin, Xlll, 619-630) que • ce ms. avait été exé- cuté vers 1:8; ». Dans les dernières pages de sa disscnation, M. B, critique la dissertation de M. K. Seeihciin sur le dï.'decte du Roman de la Violette (LeipaÎR, i90î)' M. B. annonce l'intention de publier une nou- velle édition de ce roman. Je crains toutefois qu'il n'ait pas la préparation I. Dans la présente dissertation le ms. en question est indiqué comme .ppartcnant â M, D. Edward Kerr; mais la collection de ce bibliophile a été .cFietéc récemment par M. Pierpont Morgan, CHRONiaUK 169 suffiMmc, car, Janï les passages du ms. Pierpoiii .Morgjn qu'il dte. il y a di» kclurcï bien dauteuMS. Ainsi, p, 49 : ■ Il montv sans nulle sainiiu », où il Um évidemment tirv/aînlSse, et plus bas : u Car eomme son cuer tcn- BmUf », lire comvilte. — P, M. U paite Jean Rtgnifr, bailli •i'Au\frrt i.ij^}-t4<'g) , par Ernest Petit. Auxerre, Ch. Milon, 1904. In-S", il piges, avec le facsîmilé d'une quiitance lutograplic et signée, du 4 mats 14)1, n. st. (extrait du BuUttin Jt la SKièU ilfi Sdfiirei hii'oiiijiifs ri naturrllfs Je l'Yonne. 2" semestre 190)}, — Excellente notice biographique, faîte d'après les documents d'archives, qui apporte des renseigne rue nis auilientiques sur un poète original, émule d'Alain Chartier, qu'il ciie, mais dont l'ceuvre fait plutùt songera Villon, qu'il a peut-être connu. On sait que les Foilimes el Adversité^ de Jean Renier ne nous sont parvenues que grâce à une édition rarissime, parue en 15)1, par les soins de Jean de La Garde, et réimprimée à cent exem- plaires â Genève, en iKf ). avec une notice insigaitiante de Paul Lacroix. M. Petit devait en donner une nouvelle édition avec le concours d'Anatole de Montaiglon ; il faut espérer que la mort de son collaborateur ne l'a pas fait renoncer déRnitivement 1 ce projet. La notice qu'il publie aujourd'hui ne peut que (aire Souhaiter qu'il mette ce projet à exécution. Il aura bien peu de chose i y modiBer ou à y ajouter pour qu'elle devienne une excel- lente introduction, car les préoccupations littéraires n'en sont pas absentes. P. 14-lî, il faudra rectifier l'affirmation qu'Alain aianier est ■ déci-dé vers I4î8 . ; cf. Homania. XXXIU, 392. — A. Th. A mninbmiion lo llie slwiy aj tbejTinch riement in Eiigliib, by Jules Deroc- OUitiNY. Lille, Le Bigot, 1904. In 8", vin-176 pages. — L'auteur de CE livre est maître de conférences a l'Université de Lille, et le fait même qu'un Fraudais a pu écrire en anglais sur un sujet qui intéresse également la philologie frani^aise cl la philologie anglaise prévient favorablement en u faveur. Il est au courant de l'état de la science, cite Behrens, Barei, Skeat, Kluge, et surtout le N. E. D. (.Vni' lingtiih Dulionary) du D' J. A. H. Murray ; ses listes des mots anglais que les uns tirent du latin, les autres du fran^is, sont instructives et doivent nous nietire en garde contre les conclusions précipitées. M. D. est d'avis que les emprunts au fran^is sont plus nombreux qu'on ne le pensait naguère — il remarque que M. Murray lui-même, a mesure qu'il avance danï son N. E. D., penche de plus en plus pour des êiymologies françaises — et il s'efforce, par le dépouillement de textes anglo-normands, de montrer combien de Ibis le frani;ais a servi d'intermédiaire entre le latin et l'anglais. Si ses con- clusions ne sont pas toujours acceptables (p. 95 , je ne vois pas de rapport entre l'angl. archaïque atixre, subsi. qui signifie « doute », correspondant a un mot anglo-normand employé par Britton, et l'anc. Iranç vi^r, verbe qui vient du lai. acquare; p. 119, (nrrfiiau cas sujet dans Binr r/r Hanmlone, Qu'ailleurs, ne prouve pas l'exisicnce en anc. (ranf. d'un ad), tardif 1 70 CHRONiaUE puisque tarJt's peut être le cas sujet de tardif dont Vf tombe normalement devant 1*5 fiexionnel; il fallait invoquer l'adverbe tardiement relevé par Godefroy), et s'il n*a pas toujours lu ce qu'on a écrit en dernier lieu sur tel ou tel mot (p. 119, Part, tryst aurait gagné à la fréquentation de mes MélattgeSy p. 153), son livre contient cependant beaucoup de bonnes obser- vations clairement formulées et agréablement présentées. Mais les indica- tions bibliographiques données en tête sont si négligemment rédigées qu*elles font tort au livre. — A . Th . Romanische Nammstudien , I. Diealtportugiesischen Personennamen germanis- chen Ursprungs, von W. Meyer-Lûbke. Wien, Gerold, 1904. In-8, 102 pages (extrait des Sitiungsberichte der phil.-hist. Klasse de TAcadémie de Vienne). Les matériaux decette étude sont à peu prés exclusivement empruntés à deux volumes des Portugaîiae Monumenta historica^ les Diplomata et Chartx et le tome I des Scripiores, M.M.-L. n'a d'ailleurs (et il faut l'en louer) utilisé les noms de lieux formés avec des noms de personnes qu'avec la plus grande réserve; il a ainsi assuré à ses recherches une base moins large, mais plus solide, et l'on peut dire qu'il est le premier à traiter son sujet avec toute la rigueur de méthode qu'il comporte. Il étudie d'abord le premier membre des noms à double racine, puis le second ; ensuite viennent les noms qui ne comportent qu'une racine ; finalement, l'auteur passe en resnie les noms formés à l'aide de diminutifs et de suffixes variés, et il expose les conclu- sions qui se dégagent de l'ensemble de son exposition. Il serait superflu de louer la méthode et la science de l'auteur. Il avait déjà indiqué dans son Einftihrung le parti qu'on pourrait tirer de l'étude des noms propres pour augmenter la somme de nos connaissances en philologie romane ; on ne peut que s'applaudir de le voir s'engager à fond dans une voie à peine frayée, dont on ne peut prévoir encore tous les aboutissements, mais où personne ne saurait jouer mieux que M. M.-L. le rôle de pionnier. — A. Th. Die Bedeutufig des Suffixes ment..., von Max Roediger. Berlin, Mayer et MùUer, 1904. In-8, vi, 128 pages (thèse de doctorat de l'Université de Berlin). — Travail fait avec soin et intelligence. Le premier chapitre est consacré au latin et ne comprend qu'une vingtaine de pages ; le second répartit les mots français en deux classes selon qu'ils reproduisent un type déjà existant en latin ou qu'ils sont dus à une formation postérieure. Dans la première des deux classes, l'auteur examine d'abord les mots savants, puis les mots populaires (l'ordre inverse aurait été préférable); dans la seconde, il distingue les mots en -ornent et les mots en -iment, et, comme de juste, il consacre la plus grande partie de sa thèse aux mots en -ement. Un appendice très court (p. 124- 126) concerne les mots féminins en-m^n/^dont la forme reproduit colle du pluriel neutre latin. La distinction entre mots savants et mots populaires est délicate à faire et le choix de M. R. n'est pas toujours satisfaisant : pourquoi, par exemple, considérer puri^nmnt comme HRONIQUE 171 ii\imi(p. 1)), fsjicf('«ciil (Ur. L-xpcrinn;nium)comme populaire (p. 27) a cbsscr emptdemeai (lai. impedimentum) dans tes mois populaires (p. 27} ivcc a:XK remarquL' entre parenthèse : n halbgeiehn n ? Il ne faut pas mettre dans la classe des mots de formation française cuiàemcnl (p. 48). driiltriwnt (p. )6) ni éttniuimenl (p. 42), puis« Brucbilûeke dtr nivli ungtdruciltn Chanson d'Anseîs de Mes oui dtti Aninva von Sainl-Hubett ^1 Arlon... veroi^emMc^A vonE. Stencel. Greifs- «rild, 1904. In->1.48 pagesfFestschrift derUniv. Gteifsn-ald. i; mai 1904). CMRONiaUE ùié signalés en i88g par M, A. Doutrepom dans le 172 Moyeu âge; ils appartiennent aux pages 1, 4, ; ei 3 d'un cahier dont le reste est perdu. M. St. les publie en les L-ncudram dans le texte de irds manuscrits de Paris dont il donne toutes les variantes, el il les fait suivre du passage correspondant dans le roman en prose que renferme le ms. ; 346 de U BiblioihAque de l'Arsenal. Hn appendice se trouve la description d'un manuscrit des Lotruins sur lequel l'altertion n'avait pas été attirée jusqu'ici ei qui se trouve à la Bibliothèque municipale de Lille (Godefroy ]}i); M. St. en doit la connaissance i notre collaborateur, M. Ernest Langlois. Richard 1, lieriog von dtr Normandie, in iltr/r.iii^isischta Lilltialur,voa Cit- mens Bkix. MlJnster. 1904. In-8, 66 pages (thèse de doctoral de l'Uni- versité de Munster). — Cette thèse n'est guère que la mise bout d bout de notes et d'extraits pris rapidement, soit dans les textes, soit dans des ouvrages de seconde main dont le choix n'est pas toujours judicieux (par exemple les i'ji.ui sur Us bjrJis de De La Rue, VUiitoin df la Kortimiuli* de Licquct, la Normandie romantsqur de M"' Bosquet). Elle se divise en quatre chapitres . I, Richard dans les chroniqueurs (Wacv, Benoît, Brom- ton) : 11, Richard dans les chansons de geste ; 111, le» Chroniques de Ntir* mandiv. les romans en vers et en prose r IV, tes Folltloriites. \jt dernier chapitre consiste en quelques lignes iosigniliautes; dans le troisième, on cherche en vain les résultats d'un effort sérieux poiir préciser les rapports des chroniques, du poème et du roman en prose ; dans le deuxième, les chansons de ^^^te sont passées en revue un peu p£le-m£ie, sans que l'au- teur tienne assez compte de l'ordre chronologique et sans qu'il soit toujours au courant (je relève par exemple A la p. 41 le nom de Nicolas de Padoue comme ai^teur de X'EnIrit d'F.spagiu') ; dans le premier, qui n'est pas bien long. Mil' Bosquet faii vraiment tort à Wace, a Benoit et à Bromton. — A. Ta. Lfi quude diaionnairu françaii, par Eugène Rittrb. Genève, 19OS- Petit in-8, ÏJ4 pages (extrait du BuUelin dt Vtmtilitt genruiii, t. XXXVI). — Les quatre oeuvres que vise le savant professeur de la Faculté des lettres de Genève sont celles de l'Académie francise, de Littré, de Hat^feld et Dar- raestctcr et de Godefroy. Les 40 premières pages sont consacrées i exposer l'origine et la portée, sinon de chacune d'elles (pour l'avant-dcrnitre, M. H. déclare s'en référer il l'anicle publié par Gaston Paris dans I* Rn-ue des Dtux Mondes, et, pour la dernière, il ne donne pas un aliment suffisant a notre curiosité), du moins des deui premières, en particulier du Dtciioa- luirtdt rAMdrmii, dont on relève n l'autorité incomparable », après avoir fait aux pamphlets de Furetière det emprunts peut-être trop complaisants et qui préparent mal le lecteur au sentiment de celle autorité. M. R. a groupé les noms et les œuvres des ■ grammairiens " qui ont fiit partie de r.\cadéinic française dcpui» l'origine jusqu'à nos jours, et il n'a pu man- I I ClIRONiaUE '73 quelle remarquer que • sous l'ancien régime l'Acailimie a éié plus favo- rable aux grammairiens que dans les temps nouveaux > : il aurait pu cons- tater que c'est pr&isimeni pendant les « temps nouveaux s que le Dtclioii- aairt a conquis tout son pretiîge, et philosopher sur cette curieuse coïnci- dence. Mais il 3 fait mieux, et nous a donné, de la p, 48 il la p. 14; ei dernître, une longue suite de remarques (j'en ai compti plus de 700), des mois qu'c de ces quatre recueils. • des KVI=. XVll" el XVIIje s l.mgue français Ce qui y . (^ long texte n'est pas très riche au point de vue lexicographique parce que les mêmes formules y reviennent sans cesse : on peut cependant y gla- ner quelques mots intéressants, surtout des noms propres composés et 174 Mtlrmcisr i Porltfi\_ CHRONIQUE I 46(Hal?t'e1d-Darincsteiet qu'i 1)54 poui" Godefroy ne remoittiTit porlffaix), i'tilUitiglt 69. Berstjay 74, Benno- rrrgei Battrn-), Boitâet 1 1 % (nom de femme), 190, Polilflet'i e 2iS (= bec-de-1 livre, en patois Comme noms communs, on peut noier la fré* [ion de peupliers blancs >>, degurrpît •• veuve •, yre a cordonnier », H un exemple de tscho/ûilor im) plus ancien de deux siècles que ceux qu'a . }4ï, Coclurert est certainemenl u voigt qo, notent loï (c Virtfoltt 17Î, Gtiygiifpah. ■ limousin poto-de-libre), «< quence de iiabaret (anc. h^nç.; cf. Romania, XXXIII, zi;). bouillie, hraiman, htrmiin, ■ déchargeur de vins « (Gascogne et KorTnandie)^ cadt « genévrier » (prov.), cajorc ■ enfourchure. carrefour u (prov.), carelhado n jusquiamc noire u (prov.). ter ■ paquet de lin, de chanvre u ( prov. et franc, dial.). cii/«r ■ coite • (prov.), eaiisîtr 0 pensée, regret • et deiîtr « désir » (prov. et anc. fraoi;.), daumaie, daumaiii v dalmalique n (fraa$. dial.), davaissa » prune > (prov.), degiUier a garde champêtre o (prov.), d/lavra ■ doloire n (Valais), dtitoiibrer a déchirer • (Berry), dtsteilla ■ se détacher de sa tige ■ (Rouergue), dolsA o guusse ■ ( prov. et franc, dial.), Juraiiu a à fruit dur» (anc. ftanf.), tchamçusta « faire sécher légèrement « (gascon), icuiarger ■ gllisser " (Maine), egiie^ier 0 gardeur de cavales » (prov,), eissarrar (prov.) 176 CHRONiaUE et esset rer (iranç, dial. ; cf. Rotnania, XXXIII, 221) « égarer, s*égarer », eiitrenergc • sombre » (Poitou), équemodre « faire marcher » (Montbéliard), escdlaoua « escalader t (gascon), escaupir « démanger » (franc, dial.), esclavage « sorte d'impôt » (terme commercial), esperbo « sorbe ?• (prov.), esterchir « affermir » (anc. franc.), étis « faisandé 0 (Poitou), feuillure^ fkileiuey fjampe, iorhe a escalier en vis » (Montbéliard : cf. ci-dessus, p. 1 1 3), ivivre « neige • (wallon), jainçon « jointure » (Poitou), joincle o taureau • (Poitou), yo/Wrc;, jegnor « domestique » (anc. franc, et franc, dial.), liouhe a entaille » (Poitou, etc.), hvcrgier etc. « glisser » (franc, dial.), meerilwi épis glanés sur remplacement d'une meule de blé » (Normandie), nar dans monter à iiar « monter à poil » (Normandie), olegue « ièble » (prov.), ohnier « arbousier » (franc, du sud-ouest), se panader, penesse « excrément de poule » (Montbéliard), pion « osier » (Blaisois), porchaille « pourpier » (cf. Ronianid XXXIII, 226), pouiller u vêtir, chausser » (franc, dial.), /wutV « contenir » (anc. franc.), progier « profiter » (Franche-Comté), ravoir « filet » (terme de pêche), rèsaud « infiltration » (Berry), resencier « mouiller • (Franche-Comté), saupignago « jusquiame » (prov.), souilU « taie d*oreiller » (Centre et Ouest), torelière, torière « vache inféconde » (Normandie,, Franche- Comté, etc.), vérine^ variuas « variété de tabac ». En appendice, un article sur VAtlas linguistique de MM. Gilliéron et Edmont, réimprima du Journal des savants. Plusieurs index facilitent Tusage du recueil. Errata. -- Dans notre précédent volume, p. 482, 1. 22, au Heu de Tristan, lire Cligès. — P. 485, 1. 5, au lieu de voudtais, lire voudrais, L. 22, au lieu de répande, lire rvpiuul. L. 27, au lieu de Chrétien, lire Cligès, — P. 484, 1. 3 du bas, transporter avant Iseut la virgule qui se trouve après. Le Propriétaire-Gérant, V« E. BOUILLON. MACOS. HKOTAI' FRhRFS, IMPRIMEURS GLOSES PROVENÇALES INÉDITES TIRÉES I>'U'IS MS. DES DERIVATIONES D'UGUCIO DE PISE (paris, bibl. nat., lat. 7622) d M, -js monuments de la lexicographie provençale que nous a '^■'^'^«ésle moyen âge sont beaucoup moins nombreux que ceux j^^ 1^ lexicographie française. Ceux qui ont été signalés etétu- jusqu'ici sont les suivants : ' Le Donat proensaly œuvre d'un certain Uc ou Ugo Faidit % posée en Italie vers 1240 et publiée en dernier lieu, en ^ ^^ '^ S, par M. Stengel \ Tous les mots cités dans le Donat:^ soit , ^ i it re d'exemples isolés, soit en longues séries de formes ver- '5 et de rimes, sont accompagnés d'une traduction latine. P -^^ Un court glossaire provençal-italien, composé par un Ita- ^^"■^ ^ qui connaissait médiocrement le provençal, pour facilitera compatriotes l'intelligence des poésies des troubadours con- "laes dans le chansonnier XLI, 42 de la Laurentienne de _^^^^^ence; il date vraisemblablement du commencement du ^ siècle et a été publié en dernier lieu, en même temps que uvre précédente, par M. Stengel '. 3 " Le FloretuSy glossaire provençal-latin anonyme, composé ^3.x^5la région de Marseille vers l'extrême fin du xiV' siècle. •^ ^ été étudié et en grande partie publié par M. Alphonse L "«-^.ïîc, en 1891, dans la Revtit des langues romanes K ^> Dieheiden iitesUn prov, Grammatiken (Marburg, 1878), p. 1-66. 2. Op, /., p. 88-91. Y 4e série, t. V (XXXV de la collection), p. 29-87 ; cf. les observations de tt.P. Meyer, Romantdy XXI, 310. Mmania, XXXÏV X 2 4 lyS A. THOMAS A côté de ces trois monuments, de valeur très inégale, il faudrait placer, si nous le possédions encore, un glossaire pro- vençal-latin qui était dans la bibliothèque du savant italien Fran- cesco Redi et sur lequel M. Chabaneau a jadis attiré Tattention '. Les rabbins méridionaux, suivant l'exemple de leurs coreli- gionnaires de langue d'oïl, ont parfois farci leurs œuvres de mots provençaux vêtus à l'hébraïque; mais les gloses de ce genre, dont quelques-unes ont été exhumées, dans VHtstoire littéraire de la FrancCy par M. Neubauer *, sont un bien maigre butin au prix de ce que la lexicographie française peut tirer des sources rabbiniques '. J'ai relevé dans une publication de M. Neubauer ^ des gloses en caractères latins qui avaient été indûment attribuées à la langue d'oïl et qui doivent être restituées à la langue d'oc ^ : mais elles sont peu nombreuses et d'un intérêt médiocre. Ce sont aussi des gloses, mais nées dans des conditions toutes différentes de celles des gloses hébraïques provençales, que nous fournissent deux manuscrits sur lesquels je viens aujourd'hui attirer l'attention des provençalistes. Le premier a malheureusement disparu sans avoir été étudié à fond, et j'aurai bientôt fait de dire ce que nous savons de lui; c'est le second qui sera l'objet essentiel de cette notice, et voilà pour- quoi il figure seul dans le titre qui est inscrit en tête. I LE GLOSSAIRE DE SAINT-ANDRÈ DE VILLENEUVE-LÈS-AV1GN0N\ Les Bénédictins ont fait usage, pour la nouvelle édition du Glos- sarium mediœ et infimx latinitatis de Du Gange qu'ils ont donnée filol. nvfi., III. ^0 et Jcanrov (Rn'. des î. nmi., XXXVII, 319), est du xvie siècle. 2. Tome XXVII. 5.JO et 554 : on y trouve notamment le mot hocsestang « bouquetin » dont il a été question ici à deux reprises (Romama, XVII, 598 ; XIX, 302). 3. Outre le travail capital d'Arsène Darmesteter (Romania, I, 146-176), voir le mémoire de M. L. Brandin .sur GerNchom de Metz (cf. Ronmnia, XXXI, 645). 4. Ronuuiische Stiuiùn, I (1872), p. 165 et s. 5. Annaks du Midi, IX, 337-339- GLOSKS PROVENÇALES INÉDITES en 173}, d'un glossaire manuscrit qui se trouvait alors dans la riche bibliothèque du monastC-re de leur ordre qui exiscait à Villcneuve-lès-Avignon (Gard) sous te vocable de Saint-André " . Hs t'attribuent au xni' siècle dans les citations qu'ils ont été amenés à en faire dans le cours de leur travail. J'ai relevé ' des citations de ce glossaire, toujours très sommaires, aux articles suivants, auquel je me borne h renvoyer : AGt>JARE, alapis, ARKAPAX, ARTOTYRA, ASPAR, AURORARE, AUTORARE, BALANUM, CESSICUS, COLIPHIA, DOSIS, FALLA I, GRDrW, LUGUBRERE, MACIA- NUM, MAGALIA, PADENA, PALEG, PERICHELIS, PICIUTA, PIGAHDUS, PLATUS, RIQURA, SANCA, SERAPELLII[ES, STRAGULA, TENA. En très grande majorité, ces gloses sont purement. latines; quelques-unes sont fort incorrectes et donnent une médiocre idée du recueil où elles se trouvaient : par exemple, gruJo est une faute grossière pour hirudo » sangsue » ; piaula doit être lu piluita; pigardus est pour pygargus,exc. Mais je dois simplement faire remarquer ici que le glossaire de Saint-André avait par ci par là des gloses provemjates mêlées aux gloses latines. Voici celles qui m'ont frappé. Je les range dans l'ordre alphabétique qu'elles occupent dans Du Cange et je les fais suivre d'un commentaire. y\[\1E DES GLOSES DE SAINT-ANDRÉ. 1. Anha1'.\x, arrapiUh, id est sercapos, quu arripiat ÎUud quod cudii in IMiicuin. 2. Ani^OTVRA, id est fonaa/ada, dicta ab artos, quod usi panis, et tykus, I. M. I.. Dvtisic a puliliC- un atii-ieii irivtntaire partiel de cetic bihlio. ih^ue, tiiïigi en i;ti7, d'après une- copie de O. Esiiennoi (Bibl. Nai., ht- 1 277 1 , p. 1 ;6) dans le lame 111 de son Cab. des Maituierits, p. 6-8 ; cet inventaire comprend 60 articles, dont le 59' est ain^i conçu : " Ditas (pour ifaxw) Parias V. Le ras. utilisé par les Bénédictins pouvait être A la rigutur un dv CCS deux glossaires attribués par l'inventaire à Papias. — Très peu de niss, de l'abbaye de Saint- André de Villeneuve p;iraisscnt avoir échappé i la dcs- truaion : la bibliothèque d'Avignon en a recueilli un, nuis par un achat récent (pf 11 du catalogue, p. p. M. I.abande);sepl autres ont trouvé un asilu dans la bibliothèque de Nimcs (n" j, 15. ^i. .|6, ;o, ji et >} du catalogue p. p. .Auguste Moliniet; le n" 78, de même provenance, est en déficit). I. On peut conjecturer que ces citations leur ont été fournies p.ir le pré- tMk&t de .MJ/augue^. l80 A. THOMAS 3. Opulentia, id est riqui^a. 4. PiTuiTA (ms. picivta), morbus galline, id est pipido. COMMENTAIRE 1. Cette glose, moins le mot provençal, se retrouve presque textuelleitient dans Papias : « arpax, dictus quia arripit ; arpa enim grece rapere, et est ad instrumentum horti : ferreus uncinus dictus quod arripiat quod in puteum cadit. » Cf. Ugucio : « arapax, -cis, uncus ferreus, sic dictus quia arripit quod cadit in puteum, ab arpe grece, quod est rapere ». » La source est Isidore de Sc'ville, Orig., XX, 15, 4 : « lupus, qui et canicula, ferreus harpax, quod si quid in puteum decidit, rapit et extrahit : unde et nomcn accepit ; harpax enim dictus quia arripit; àpraÇciv est enim grece rapere *. » Quant au pro- I vençal sercapos, qu'il conviendrait d'écrire ùrcapot:^, c'est un mot excellent, \ composé avec le verbe urcar « fouiller • et le substantif potT^ « puits «, qu'au- • cun autre texte du moyen âge n'a encore porté à notre connaissance J, mais qu'il ne faut pas hésiter à accueillir. On peut voir dans Mistral, art. CERCO- pous 4, que ce mot est encore vivant dans le midi de la France et en Cata- logne, où il désigne précisément l'engin appelé en français dialectal araigne ou araignée, crochet à plusieurs branches qui sert à retirer des puits les objets qui y sont tombes J. 2. Le mot artotyra, dont les gloses de Saint-André expliquent fort bien la composition, est probablement calqué sur un mot grec non attesté et qui a dû être *asTÔTjfio; ' ; Diefenbach en cite d'autres exemples, auxquels on peut 1. Bibl. Nat., lat. 7622, fo ii**. 2. Édition Otto, dans le Corp. gramm. lat. de Lindeniann, t. III, p. 63}. 3. Il n'a été relevé ni par Rochi^gud^: (Glossaire occitattien) ni par Raynouard ni par M. Levy ; mais Mistral l'a noté dans Du Cange, car à l'art, cerco. pous il met entre parenthèse : rom, sercapos. 4. \ cerco -pous, en limousin charcho-pou (cf. Béronie, art. tsâRTSO-pou), Mistral a réuni cerco-pouire ou sarco-fouaire, ternie qui désigne le même engin, mais dans lequel le premier élément ayant modifié son sens de « fouiller » en celui de « chercher », on a substitué />OMfl/r^ « seau », primi- tivement polaire (proprement « puiseur ») à pous v puits » : ce sont deux mots bien distincts, encore qu'ils désignent le même objet. 5. C'est i Ménage qu'on doit l'introduction dans la lexicographie française de ce sens du mot araignée, qu'il tire du patois de l'Anjou, et qu'on trouve aussi ailleurs (Maine, Bcrry, etc.). — A signaler en catalan le sens figuré donné au mot ccrcapou par Francesch Kximenes qui en a fait le titre d'un Confissioujri ou manuel de confession (voy. Morel-Fatio, dans le Grumiriss de Grobcr, II, il, icx")). 6. Les dictionnaires grecs donnent dans un sens analogue rjpixiva^, Tjooct; àîoTo; et Tupoxo^xivov ; mais *aoTOTuco; n'est pas attesté directement. GLOSES PROVENÇALES INÉDITES iSl ajouter le Floretus, où il traduit /oon *, et le glossaire latin-français de Lille E 36, où l'on trouve flr/^«>ca5^tt5, glosé pzr flan y et artorira (lire artotira), glosé par tarte '. Le prov. formajada manque dans Rochegude et dans Raynouard ; mais M. Levy en a recueilli quatre exemples dans des textes d'archives pro- venant de Narbonne, de Pujols (Lot-et-Garonne) et de Riscle (Gers) : il le tra- duit fort justement par « gâteau fait avec du fromage et des œufs ». Je me bornerai à faire une remarque complémentaire sur le gûtcau au fromage, à savoir que ce mets porte encore aujourd'hui dans d'autres régions que le midi de la France un nom correspondant à celui que nous lui trouvons en ancien pro- vençal et qui paraît avoir disparu du provençal moderne : l'italien 3i formaggiata, que Ton trouve traduit par « une tarte ou flan au fourmage » dans Antoine Oudin, et Godefroy signale à Villiers-Bonneux (Yonne) le mot frâniagée avec le sens de « mélange de farine, d'oeufs et de lait cuit au four ' ». }. La forme riqui^a « richesse » est bien suspeae, car on n'a pas encore, à ma connaissance, signalé en ancien provençal de mots abstraits où le suffixe latin -itia soit rendu par la désinence -i^a, qui correspondrait exac- tement à la désinence française -ise. On sait que la forme normale est riqtte^a, dont les exemples abondent ; la correction de riqui^a en riqiie^a parait s'im- poser. 4. On a signalé en anc. prov. le suhsx. pepida v. pépie » et Vad]. pepidos « qui a la pépie », employé par Daudé de Pradas * et encore très vivant aujourd'hui. La traduction en vers de la Chirurgie de Roger de Saleme J nous fournit un exemple inédit du diminutif pepidon , qui semble désigner le bulbe des cheveux : Quan ben veiras lo cuer del cap adocezit, Trai de razîs los pepidoHs,^ct non t'oblit *'. Le pipido de notre glossaire pourrait, au point de vue de la forme, être identique à ce diminutif /f^iV/ow ; mais il est plus probable que c'est une faute de scribe pour pipida « pépie ». 1. Rev. des tangues rom., XXXV, 67. 2. J'emprunte cette indication à Du Gange, édit. Favre, Supplément (VIII, 439). Dans le glossaire franc, contenu dans le ms. Bibl. Nat., lat. 8246, on lit : « Hec olepora, frotnagie » (Roman ta, XXIV, 171). Faut-il voir dans l'énigmatique oîepara une faute pour artotyra ? 3. A mentionner aussi le bas-latin formagata relevé par Carpenticr dans les coutumes de Perpignan. 4. Raynouard, Lex. rom., IV, 501. 5. Sur cette traduction, encore inédite dans sa plus grande partie, voy. Romania, X, 63 et s., et XI, 203 et s. 6. Vers 475-6 (ms. de la bibliothèque de l'Université de Bologne). l82 A. THOMAS I ^ II LES GLOSES DU MS. BIBL. NAT., LAT. 7622*. La Bibliothèque Nationale possède un assez grand nombre de manuscrits de la volumineuse compilation d'Ugucio de Pise connue généralement sous le nom de Liber Derivationum '.Il est inutile de parler longuement de cette œuvre, dont M. Paget Toynbce a déjà entretenu les lecteurs de la Romania (XXVI, 537 et s.) et sur laquelle M. Gœtz doit donner prochainement une étude que personne n'est plus qualifié que lui pour écrire *. Voici dans quelles circonstances j'ai été amené à jeter les yeux sur le ms. 7622, dont l'intérêt particulier n'avait pas encore attiré l'attention des provençalistes. Poursuivant, à l'École des Hautes Études, l'étude critique du Latein-romanisches Wœrterbiich de M. Kôrting commencée par Gaston Paris peu de temps avant sa mort, j'avais chargé un membre delà conférence du n° 595 (âmes, -itis)enrinvitani à discuter Tétymologie proposée par M. Meyer-Lûbke et adoptée par divers savants (mais combattue par G. Paris, Romania^ XXVIII, 635), d'après laquelle le français landicr se rattacherait à âmes parundérivé *amitarium. Au cours de la discussion on pro- duisit l'article suivant du Glossarium de Du Gange : Retrofocilium, repofociliutn, vel retropostficiliutn, vel repofociniuni, illud quod tcgit igncm in nocte, vel quod retro ponitur, quasi cilium foci, super qucxl a posteriori parte foci ligna ponuntur, quod vulgo Lattder dicitur, et dicitur a refiono cifocus et ciliufti : Ugutio et J. de Janua J. 1. Sauf erreur, il y en a 17; ce sont les mss. latins 2558 (incomplet), 7622,7623, 7624, 7625, 7625^ , 7625» , 763)C , 762S'> , 14090, 13462, 16217, 16218, 16219, 16678, 17880, 18521. 2. J'en emprunte l'annonce à Tétude que M. Gœtz a publiée récemment sur Papias dans les Sit^iingsherichte àt TAcadémie de Munich, année 1903, p. 267- 286. 3. Ce passage de Du Cange a été invoqué ici même par M. Paul Mcyer (XXIV, 167) à propos d'une glose française du ms. Hiirlev 2742 : « Rctro- pofocinium, cJjemin de fer. » M. Paul Meyer corrige cl}efnin en cljemitite; il faut lire chuuet. GLOSES PROVENÇALES INÉDITES 183 Il me parut peu vraisemblable qu'un auteur italien comme Ugudo, qui écrivait ses Derkalioius vers la fin du xii' siècle, pût connaître et citer une formi; française telle que lander, où se serait déjà produite l'agglLiiination de l'article, et je réso- lus, pour en avoir le cœur net, de consulter un des manuscrits d'Ugucio de la Bibliothèque Nationale '. Je demandai de pré- férence le lat. 7622, parce que le catalogue imprimé indique qu'il est daté de l'an 1297, et je ne tardai pas ;\ remarquer qu'au milieu des nombreuses notes inscrites sur les marges de ce manuscrit, il y avait de loin en loin des mots provençaux. Voici maintenant une description de ce manuscrit, lequel, avant de porter son numéro actuel, a porté successivement les n" MDCCXLvn (catalogue de Rigault), 89 et 5035.1, qui sont encore lisibles au recto du premier feuillet '. Dimensions : o, 35 X o, 24, Manuscrit sur parchemin, composé de 145 feuillets numéroiés ', dont le dernier a été longtemps un feuillet de garde appliqué par son verso sur une reliure antérieure à la reliure actuelle. Les trois premiers feuil- lets, bien que de la même main que le corps du manuscrit, constituent une sorte de hors-d'œnvre qui formait primitive- ment un cahier de quatre feuillets dont le premier, aujour- d'hui disparu, a dû servir de garde aniérieure. Sur ces trois feuillets se lit un répertoire alphabétique destiné à faciliter l'usage du recueil d'Ugucio. L'auteur de ce répertoire se fait connaître dans un intéressant préambule que voici tout entier : Quoniam difficile et laboriosutn erac invenirc (juasdam diccioni:s tam sim- plices quant conipositas in Derivacionibus UguïcionJs ùsntt.'ntas extra ordinem ilphflbeli. Peirus de Alingia, Gebenensis, incola Januensis, supra difficulta- tem tllam et laborem liaiic composuii labutntn, in qua dicie diccianeset (rorr. I. En fait L'gucio a Je revienjrai procbaini |e> Dtrwaliona d'Ugucio. I. Je tiens à exprimer publîquemei Tcmcher, membres de la confirenci dévouement dans l'étude de glOKS provençales tra:ion écrit arbitrairement AUin^fs. 1. Fol. > \^\ .\iî Ivis du feuillet 1$, d'une écriture de la tin du xrv« siècle, se trouve transcrite une consultation de i > lignes sur la saignée : « Nota quod I GLOSES PROVTÎNÇALES INÉDITES l8S L'œuvre d'Ugueîo commence au fol. 4, sans titre, avec une belle lenre ornée, par le préambule que les lecteurs de la Rontanîa connaissent : « Cum nostriprotlioplasii '... " Elle est écrite sur deux colonnes, à raison de joligties à la colonne jusqu'au fol. 27 inclus, puis de ij lignes, à partir du fol. 28 jusqu'à la fin. Cette fin se trouve au fol. 141 r" au bas de la première colonne avec le dernier anicle d'Ugucio ; " zoroastrum, niniium sydus. •• Le copiste a ajouté ces mots à la fin de son travail, au haut de la seconde colonne : « Expliciunt Derivaiiones magistri Hugu- tionis Pisani, cuius anima requiescat in pace. Amen. Laus tibi sit, Christc, quonUm liber explicii îsic. Dextera scriploris careal gravitaie doloris, Qjii Kripsii scribii, scmpw cum domino viv:ii a. D'autre part, le rubriqueur ne s'est pas contenté d'inscrire au bas de -la première colonne une mention en gros caractères à l'encre rouge, qui est pour nous sans intérêt ÇExpliciunt Deri- vatiotus maiorts Uguiàonis. Deo gracias) ; il y a joint, à l'encre violette, en caractères très fins, l'indication de son nom et de celui pour qui il a décoré le volume : " P. de Bonicr illumina- vit istum librum magistro Arnaldo Martini. '■ Enfin une autre mention, plus précieuse encore, avait été ajoutée à la suite du congé poétique du scribe. Elle se composait d'une ligne entière, dont un peu plus du premier tiers est devenu illisible par suite d'un grattage, et dont la partie subsistante se lit ainsi : •< fàct. fuit in villa Sar!. anno dnî m". cC. )tc°.vij''. n II n'est pas douteux que Sari, doive être complété en Sarlati et traduit par Sarial (Dordogne) : la provenance de notre manu- scrit est donc aussi précisément établie que la date de son exé- cution. Au-dessous de cette ligne si précieuse un èx-libris postérieur quinque minucioDes natuniiicr (aciende sunl... n A. droite de cène consulta- tion, d'une écriture qui me parait identique ù ■:ciic des gloses provençales, se Uscm deux additions au texte d'Ugucio qui ont été de nouveau transcrites en muge (fol. 4 ro ei v"), l'une relative au mot nurialc (cf. l'art, de Du Cange), l'autre au mot proaula. I. Cf. le texte imprimé par M. Paget Toynbee, AomiiKi'ii, XXVI, 559- 140. Le ms, lac. 7622 £cric â deux reprises le nom de l'auteur Uguïào, avec un i însérii après coup cnirt Vu et le c. ^ l86 A. THOMAS a été gratté ; on distingue assez bien le début : « Iste liber est... » Plus bas encore on a transcrit, sans doute à la fin du XIV' siècle, un long exposé grammatical sur la préposition in (34 lignes) commençant par : « Nota quod ista preposicio in tenetur sexdecim modis. » Le verso du fol. 141, le fol. 142 et le recto du fol. 143 sont blancs; le verso du fol. 143 est occupé par une cinquantaine de pensées morales sur l'amitié dont je me contenterai de citer la première et la dernière : Amicîtie virtus non patitur ut amici peticio suis eflfectibus spolietur. — In dignis casibus in rébus asperis implorari debcnt subsidia sapientum. Le reste du fol. 144 est blanc; au verso, le mot provençal gelos est écrit à trois reprises d'une main qui paraît être du XIV* siècle. En haut du recto du fol. 145, on lit la curieuse note «uivante, d'une main contemporaine de l'événement astronomique qui en forme l'objet : Determinacio philosophorum Parisiensium super Stella coniata. Et quia nova placent {ici une piqûre de vers a fait disparaître deux ou trois mots) in futurum possumus perpt^ndere. Alveochis, id est Stella comata, ia propinquo nata est circa polum antarticum extra circulum zodiacum de qua dicit Tholomeus : « Cum alveochis apparuerit, signifîcat precipitari regem ali- quem et alium subintrare et maxime in illo climate super quo transit. » Ex quo habetur timor de rcge Hyspanico sive ultra mare; et ista videntur in par tibus Hispanie, cum quis tendit cubitum. Item aliud novum. Cum Zoal, sive Satumus, fuerit in octavo a domo sua, caveant divitcs et pecuniosi non solum de pecunia sed de corporum amis- sionc ; qui Satumus in propinquo octavum signum subintravit et ibidem sta- bit per duos annos cum dimidio, propter que pecuniam libentcr non aco- modes. Item quod tempus estivale non débet esse tempestuosum. Item bladum erit in precio usquc (déchirure). Item in conjunxionc Martis et Saturni continuacio'pacis vcl infîdelitas ava- ricie, et cognicio erit quod inter Pasclia et (piqûre de vers qui a enleva un ftiot, probablement diem") Rogationum apparcbit. Actum fuit inter Nativitatem Domini et Carniprivium, anno eiusdem millesimo cco nonagesimo octayo «. I . Ces renseignements sont à ajouter à ceux que Ton a recueillis jusqu'ici sur la comète de 1299 (nouv. style) et qui proviennent d'une source chinoise et d'une source anglaise ; le meilleur et plus récent catalogue des comètes. GLOSES PROVENÇALES [NÉDITF.S 187 Différentes autres notes ont été écrites sur cette feuille de garde : j'y relèverai seulement : i* Quatre mots qui paraissent être d'une main germanique, et que je suis inhabile ;\ interpréter : sexe schddes or ^rr . 2" Deux lipnes d'hébreu , sur" lesquelles j'ai consulté M. Schwab, bibliothécaire à la Bibliothèque Nationale, qui a bien voulu ra'apprendre qu'il y était queslion de deux prêts de ducats d'or, plus une fraction, faits, d'une part, a Francisco de Fano Damiani, de l'autre i Marona Lazarena, fille de Michèle de Marco. î" Un distique latin qui pnrait dû à une main italienne du xiv'-xv' siècle : Tt-rgere fedaium dcbuisii pagina colum, Missoris mcnium n 4° Une glose latine-provençale isolée, écrite au xiv* siècle : pannipurgitnn hugmia ; une autre main a ajouté : t! panilocium. La main à laquelle nous devons les gloses provençales les plus anciennes a écrit beaucoup d'autres notes marginales. Ces notes se réJuisent le plus souvent i un mot, toujours placé entre deux points, et ce mot n'est que la mise en vedette de celui dont il est question dans le texte d'Ugucio. Par exemple : fol, 5', CULF.X et MERACA ; foi . 7^, EXALTO ; fol, 8', CUCUMER, MiRiCA et mirra; fol. 9', bianguhis; fol. 10'', artocrea, etc. Je considère cette main comme contemporaine de l'exécution du manuscrit, et je me fonde sur l'observation suivante. Au fol. I9S le mot pellicanus, écrit en marge par cène même main, a été entouré de trois côtés d'une ligne au minium par k- rubriqueur, dont le travail , comme nous l'avons vu, doit être daté de 1297. Différentes mains du xiv et du xv siècle ont augmenté le nombre des gloses provençales marginales. D'autre part, on voit fréquemment sur les marges une écriture qui me paraît provenir d'une main italienne de la fin du xiV- siècle et dont le propriétaire n'avait en vue que des corrections ou des addi- celuî de J. G. Galle (1894} s'en tleni â ce qu'a om/v (fol. 1 51» ; écrit, du xivc-xv« siècle; dessin). 1. Je crois que 'medipsuni pour *metipsum a existé de très bonne heure dans le btin Milgaire de la Gaule . 2. Il m'a paru inutile d'y faire figurer le mot ^eîos qui n'offre pas d'inté- rêt particulier (cf. ci-dessus, p. 186); j'y ai au contraire enclavé la glose pannipurgium hugada, parce qu'elle rentrait naturellement dans le cadre des gloses marginales d'Ugucio. 3. Le lecteur constatera de lui-même que sur un total de 52 gloses il y en a au plus une vingtaine qui soient insignifiantes. 4. Le ms. porte Mo, mais il est clair que c'est une faute de scribe ; d. d'ailleurs lat. 7623, fol. I2'>, où on lit correctement holus. 190 A. THOMAS 4. Cacabus, id est lebes, a sono fen'oris dictus est ; fer\'endo enim exprî- mit hune sonum : ca, ca, ca. — Peyrol (fol. 17* ; écrit, du xiv* siècle ; des- sin). 5. Clepo... Hec clepsedra -e, id est docillus qui obdit foramen dolii, quia per illum quidam * furantur liquoreni, et videtur esse compositum a clepo et ydor, quod est aqua. — D(K(ilh (fol. 31**»; dessin). 6. Cleo... Hic clibanus -ni, id est fumus vel fornix. — Forn (fol. 30*; dessin). 7. Creber... a creber hoc cribrum -bri, secundum quosdam, quia sit crebro perforatum, sed melius dicitur a curro '. — Cruvd (fol. 30*»; dessin). 8 et 9. CuDO... Inde per compositionem hec incus -dis, instrumentum illud super quod fabricatur, quia in eo cuditur aliquid. — Encluso (fol. 29^ ; , écrit, du xv«-xvic siècle, dessin); martel (fol. 29^; écrit, du xv« siècle; l dessin). 10. CuRRO... A curro hoc cribrum -bri, quasi currifrugum, quia per illud decurrat frumentum. — Cnnv/ (fol. \o^\ dessin). 11. Démo..., unde dens... A dens hec dentix -icis, quidam piscis dictus sic pro multitudine et granditate dentium, scilicct lucius. — Lus (fol. 34»; écrit, du xvc siècle ; dessin). 12. Duco... Unde seducere ponitur pro decipere, et subduco, idem quod seducere », vel subtusducere vel subtrahere, et ; écrit, du xvc siècle). 16. Filon grccc dicitur latine foliuni. . .Hec faix -cis, dicta a fi lice. .. et est instrumentum aptum segetibus et vincis et praiis, unde illud : Non rastrum patietur humus nec vinea falcem 1. Le ms. porte quidem ; cf. lat. 7625, fol 45'-*, où il y a quis furatur, et lat. 7625 A, fol. 38b, où il y a aîiquis furatur. 2. Cf. ci-dessous curro, n*> 10. 3 . 11 est bon de relever en passant ce témoignage d'Ugucio sur la syno- nviuie de Mibdiuere et de seducere qui trouve sa confirmation dans l'iul. >\xlui)cc\. l'aïK. Iranç. ioduire « séduire ». GLOSES PROVENÇALES INÉDITES I9I Hec equivocatio isto distinguitur versiculo : Falce puto vincta, meto sata, tondeo prata. — Podadoira (fol. 47c). 17. Filon. . . Et hoc falcastrum dicitur similiter a similitudine falcis ; idem et ru ne o ad runcandum vêpres. — Veoch (fol. 47^^; dessin »). 18. Franco... Far, -ris... a farre hocferrum... Purgamenta ferri sunt rubigo et scoria. Rubigo est vicium rodens ferrum vel segetes, quasi rudigo, et hec erugo dicta est ab erodendo. Scorie vero purgamenta et sordes sunt que igné excoquuntur, et dicitur scoria quia de ferro excutitur. — Merdafer ((o\. 53^). 19. FuNDO... A fundo hic fusus... Unde hic fusellus -li dicitur et fu sari us, qui fusos facit, et fusarius -a -um, quod a fusum pertinet,etper compositionem difTuso -as, a fuso dissolvere, infuso, as, fuso involvere. — Dtvogar (fol. 52« ; dessin d'un fuseau). 20. GuTA. . .Hoc guturnium, -ii, quoddam vas aquatile in inferiori parte pcrforatum, quod inferius degutat aquam. — Clmntaplora (fol. 58i> ; dessin). 21 et 22. Lenio. . . A lenio hic leno -nis, id est lecator vel consiliator stupri >, quia mentes miserorum blandiendo et delimando seducat et nundinet eorum corpora; unde hec lena -e, id est lecatrix vel consiliatrix stupri J. — Arcabot; archalot (fol. 72*; dessin représentant une entremetteuse). 23. Leuchos grece dicitur latine album, unde hoc lac -tis... A lac hec lactis -tis, quedam pars intestinorum, et hec lactis ttst illud quo lac coa- gulatur et, ut dicunt, illud intestinum est quedam pellicula qua lac in quibus- dam locis coagulatur. — Pre:;;o (fol. 72**). 24. Luo. . . Hec lues... A lues vel luo hec lura -e, id est os utris vel cullei. — Bocarel (fol. 77«)- 25. Luo. . . Hic alveus. . . Abalveushoc alveare velalvearium, vas in quo apcs delitescunt. — Bontacs (fol. 77^ ; dessin). 26. Marceo ... A marceo hic m use us, quedam herba vel potius que- dam lanugo in fontibus et circa arbores crescens. — Fer molsa (fol. 79**). 27. METIOR...A metior hec meta-c, id est circuitus... A metha, quod est circuitus, hec mataxa -e, coadunatio filorum, quasi metaxa, a circuitu scilicet filorum, vel a metha, prepositione greca, quod est trans, quia transferatur. — Escavel((o\. 85»). 28. Metior... A metior, meto -is -sui, id est secare et propric segetes colligere, unde messor. — Estiviers (fol. 831»). 29. MuNio... Hec manus ... A manus hic mantus, quia manus 1. Cf. ci-dessous runco, no 36. 2. Ms. strupri. 3. Ms. strupri. 192 A, THOMAS tegat tamum ; est enim brevts amictus, undc cl dicitur manius, q manus legens. — MiVa (fol. SSt). }o. NicTOS veI nictin grece Jicitur nox... Hic niclus ... et niciito -as ', id csi palpebras movere, vigilare. — Filhacur ({o\. 90^- ;i. Oleo ... Hci: olea... Aboleahic oleaster -iri, îd est silvcstri^ □lea, ei oleaginus -a -um, de olea exiiiens vel ad oleam penui hoc olearium, vas ubi oleutn reponiiur. — OUvityra (fol. 94'). ]2. P.^N grece. . . Hic pannus ..,A pannus hic paDus... Et a nus vel panus hec panulea -e, navicula texiricuin. quia ejus discursn i panni texamur. — Lamadoira (foi. 97*'). [îj. Pannipurgium ei panilocium, %arfa (fol. uiO-l 14- RoDO... Hkc erugo -nis, sanguisuga, cl vidum rodens fcrruni ciy----^ segetes, et nascitur hec comiptio ex minutissitna pluvia circa fesium sanct^ Johannïs. — Be^el (fol. xii^'}. ;S. RoDO...Ab erodo hec eruca -ce, id est modicusvcrmîsfrondiuni quia erodai, quasi eroda, et eruca, quedam herba, et lunc diciiur ab utc quasi uruca. — Caniilsada (iQ\. ii2<^). }6. Ruo ...A rus runco-as... unde hic runco -onis, qui herh eveilit, vel instrumenium cum quo evelluniur herbe et vêpres secantur. C«KA(fol. iij'i). 17. Salio ... a salio ... hec salix -cis, quedani arbor, quia c saliai et crescat. — Sais (fol. 1 14' ; écrit, du %\' siècle). }S. Salio .. .A salio hic vcI hec silex -cis, id est durus lapis, jic - tus quia saliat ab eo ïgnis. — Peyrafuga (fol, 1 1 5' ; écrit, du xv siècle). jg. ScROPHA ...Unde hec scrophula et hec scrophella -e, aa-i — -rm t^ dicuntur. Scrophule etiam dicumur quedam aposteninta que soient rx^^B persoiiis circa coilum. — Gauiitja (fol. 124-"). 40. Sextio. . . Hic senex... Unde hec scnescia-e, id est pUaturalaù^ ^ rum, vel vcrbum senis, vel illud rubeum quod csl sub .ture piscts, per qu^ ^ disctmitur an sit recens an non. — Gakuga (fol. 1 1 7''). 41, SoHFNUS... Fantasma sive visum est cum aliquisiaprincipio soinp:^^ videi formas diversas et varias et aliénas a natura rerum. In hoc génère aji*-^ tinetut ephiaitcs, ab epy, quod est supra, et allés, premens: init»-* ephiaiies, quasi supra premens, quia suo pondcre videlur gravare ei juffc»* care dormicniem. — J.i»a (fol. 120*). 41. Stekno... Consternari est mentedeficere, terreri,jtupcfieii,eader^''*^ exanimem esse. — Evantsir (fol. 127''). 43. Sto... a sto vel status bec statua... et hoc staïuariuni, oM-^^- dela cum qua statua cingitur et circumdatur vel crus vel altare. — EitaJo^^*^ (fol. i26i>). puis on a inséré un { entre le c «t l'i ; v -as, id est vigilare vel palpebras nwvcrc s=5 GLOSES PROVENÇALES INÉDITES I93 44. TucHL'S, genus avis, scilicet cuculus. — Cc^ul (fol. 133*'; dessin). 45. Vagor... Hec vauga -ge, quoddani genus fossorii, quia vagando fodit. — Bfssa (fol . 1 34u/ro/ « chaudron » (cf. Raynouard, IV, 398), dont l'origine celtique a été indiquée ici même (IV, 256) par M. Schu- chardt. Le type étymologique *pariolum est un diminutif de *parium, mot gaulois conser\'é par les anciens textes lyonnais sous la forme pair (cf. l'art, peir de N. du Puitspclu). La carte 255 {chaudière) de V Atlas linguistique de MM. Gilliéron et Edmont signale à Aiguillon (Lot-et-Garonne) un subst. fém. pairo, qui parait répondre à pair conmie pairola répond à pairol. 5. Do^ilh 0 fausset » ou en franc, dialectal « doisil, dousil » est bien connu ; c'est le lat. vulg. duciculus, dont le plus ancien exemple est fourni par la Vie de saint Colomban par Jonas (milieu du vi^ siècle), où on lit : ia, xxxiy i 3 194 ^- THOMAS c semculum quod duciculura vocant » (Edit. Krusch, Script, rtr. mero^ ving.y IV, 82). 7. Cruvfl, qui re\'îent sous le n° 10, représente régulièrement le lat. crï- bellum, avec labialisation de Ti en u (cf. Meyer-Lûbke, Gramm. dt% /. rom.y ÎJ 564, ou le prov. cna'tl serait avantageusement cité, et mes .V«ir. Essais^ p. 210, n.) ; le mot manque dans Rochegude et dans Ra^-nouard, mais M. Le\'y en donne trois exemples. Criiel sembie plus rare, mais son existence ne fait pas question puisque le Donat proensaî cite le verbe crhtlar « cri- bler ». 8. Encluso est une forme de basse époque qu'il faut peut-être ramener à •«j^/ii-f, d'un tvpe du btin vulgaire 'includex. -icis pour i ne us -u dis « enclume ». M. Chabaneau a déjà attiré Tattention {Gramm» Um., p. 356) sur incudex dans Julius Pollux. U ne saurait être question d'examiner ici, à propos d'un texte si récent, le son du mot latin incus en provençal. 10. Cruzrl ; cf. n9 7. 1 1 . Lus, antérieurement /m^, représente en provençal (et en ancien fran- çais) le latin lucius, employé par Ausone et par le médecin Anthimus, et s'applique proprement au brochet, poisson d'eau douce, tandis que le btin dent ex désigne un poisson de mer qui a conser\'é sur les bords de la Médi- terranée ce nom plus ou mDins altéré (voy. Mistral, dente). Actuelle- ment, lus n*a qu'un domaine territorial restreint et il dc*signe le merlan (Hérault); la forme savante luci, en usage à Nice, s'applique à des variétés de sphyrêne (vulgairement bnxlxt J/ mrr) et d'ammod^te. Uassimi- lationdu dentex au lucius n'est pas particulière à Ugucio et à son glos- sateur provençal. Carpentier a cité cette glose latine- française du ms. Bibl. Nat.. bt. 7692 : « Dentrix (iiV), lu^ » : mais on peut remonter plus haut, car on lit dans la Panormia d'Osbem (milieu du xii« s.) : u £)entix, piscis qui multos habet dentés, qui aliter dicitur lucius <. » 12. Aribdr est donné ici par le glossateur avec fe sen> transitif de « faire aborder », lequel n'est pas fréquent en ancien proveni^al. bien que l'anc. fran- çais ariier s'emploie couramment dans ce sens. Raynouard n'a qu*un exemple (V, 92) : Eras ai ieu a bon port de salut. Fe qu'ieu \x>s dei, mon navei arihat. Guillem .\deniar, Son pot esser. M. Le\y cite en outre le vers 801 de Daurel {t Be:on, où il admet, d'après M. Paul Mcyer, le sens figuré correspondant de *■ sauver » : Per vos mortz o pcr vos .:'.rj;-. X). .\/c '.-.v.yo rcrrc sente un plus ancien ww/r-^v/t'/r : cf. n-^ 2. 1. .\lai, C.:..;. . JU^Ur., t. VIII, p. ici. GLOSES PROVENÇALES INÉDITES 195 16. fodaJoira est dans Raynouard, IV, 382, qui le traduit pjr « svrpe, serpetK D et en ramène justtmi-nt îa. forme au type latin pinatûrïa. Qu'il e S^t permis, à ce propos, di; faire remarquer que la forme française /wrfff, invoquée par Raynouard. par Dîez ei par Kortini^ comme repnïscntant le lat. puiare, n'est que la transcription du prov. podar. Elle ligure en effet uclusivemcm dans une lettre de rémission de l'an 1469 relative à des faits qui »e sont passés dans l'Agenais '. 11 va de soi que les substandrs poàil (Auvergne) ' et podadoire (Albigeois) ', recueillis par Godefroy d'après les ntraîls ou les indications de Carpenlier, ont le même caractère. La forme vraiment française Je putare est pouer qu'on peut voir dans Godefroy ; mtis on remarquera que le verbe poutr n'est employé que par des auteurs qui appartiennent soit au Midi (Olivier de Serres) soit à la lisière du français et du provençal (Du Pinet, Miiault, etc.)- Cotgrave s'est mépris sur ce verbe Cl l'a confondu îsecpouer, forme dialectale de puier 1 monter, relever •. En tOiUine, des CKcmples cerlaitis de la survivance de putare dans le français propre sont encore i trouver. Diez s'est tout à fait mépris (et Kôrling à sa suite, no 7J82) en supposant que l'anc. franc, poùn dans Gormont el hembard correspondait à l'espagnol podoM : c'est purement cl simplement notre mot accuel paon. 17. rî et 5978) et une fois au moins dans Froissan (eiié par Godefroy) sous la forme litrlol, A laquelle se rattache l'an- glaû h^rlol. 1. Voir Mistral, canto-plodbo. a. Je m'en suis assuré par l'étude directe di.-s registres du Trésor des Chines, sauf pour ia pièce indiquée sous la cote n Reg. 105, ch. 192 ■ qu'il m'a été imposable de retrouver. A ces exemples il faut ajouter .illot, relevé pat Carpcniier dans la pièce 204 du registre 9j-(année 1562), et pris par lui pour une inicrjcctioD, • vox cxdiatoria Occitanis a, dit-il. Voy. l'art, allot ihm Du Cange. 198 A. THOMAS 2î. Prc^o signifie clairement " présure w; on ne peut piis avoir de douic sur le sens. On n*a iignalC- jusqu'ici en ancien provençal, avec ce sens, que prtor, mot qui manque dans Raynouard, mais qui est donné par Rochcgude, La source où a puisé Rocliegude est certainement k Fhreliis, d'aprts la leçon du ms. Bibl. nat., lat. 768; : « Prtor, coagulum laclis. * Or une des pa.ni- cularités linguistiques de ce manuscrit consiste à supprimer ï's intervocalïque : nous avons donc le droit de ramener preor à la forme normale pretor, laquelle représente un type du latin vulgaire 'presôrium, encore vivant aujour- d'hui dans le Midi à côté du tvpe 'presûra : cf. Mistral, presour. La chute de l'r finale qu'offre notre glose ^'ï;d esi un fait qu'on constate dans les textes gascons dès 1260 ', mais qui est sensiblement plus récent dans les textes pro- vençaux proprement dits. 11 en va différemment quand IV est su ffexionnelle : le second auteur de la Chanson de la Croisade contre les Albi- \ geoi s n'hésite pas à mettre /"lori dans une laisse en -01 (vers jiés) et on Ut | qnobirlos pour coberlon dans un mémorandum des consuls de Martel de Ik , seconde moitié du xin" sitcie '. 24. BocartI n'a pas encore été signalé en ancien provençal ; it est tiré de hxa 0 bouche n avec le suffixe composé -art! et correspond comme sens au franç.iis » embouchure ■. Il survit encore en Guyenne, avec le sens spécial d'abée d'une écluse de moulin, sous la forme bmico'èu (Mistral). 2{. Bornacs (au cas sujet) signifie ■ ruche ■; il n'est ni dans Rochegudc, ni dans Raynouard nï dans le Proi: Suppl.-Wœrtrh. de M. Levy; mai» M. H. Teulié l'a relevé dans un mémorandum des consuls de Martel (Lot) qui remonte au itJ!i« siècle (*«'u< conformément au sens du mot alabrum par lequel l'auteur du Doaai l'a rendu en latin. Il en clair que ce n'est pas dans ce sens, maïs dans celui d' r échevcau • que notre glossateura euiendii l'employer, .\ctae!Iement les dialectes méridio- 1. On ht, par exemple, dans une chatte de t]6c), passée i Bagnéres-de- Bigorrc, des formes comme btrgt* vet^er », poili « pouvoir », ihiwh /a «annu- ler ». eic, (n° 31 du Recuiil de textes gastons, de M. Luchaïre). 1. Sev. de phihhgU, VIII, 193. I GLOSES PROVENÇALES INÉDITES I99 natix offrent concurremment ces deux sens pour le mot fteiwhi : i! n'y a donc pu de raison pour rfvnqucr en doute l'autoiiié de noire glose. En présence de ce témoignage, il fiul bien se résoudre i ranieuer le (rançais àbevMu et ic provençal escavel à un type latin scabellum, conrormémenc A ce qui est dit dans le Dicùonnaitt gAuh-al. Les ditTérentes hvpoiliéses étymologiques qui partent solide caput ou caplllus, soii de scapus ' vli-nnent 5e briser contre la phonétique provençale qai d'un p latin ne peut faire un v. 28. F.ilivùrs (cas sujet) constitue une nouvelle acquisition pour le vocabu- laire de l'ancien provençal, dans lequel on a déjà signalé ri/j'u u moisson u, alwar * ntoissonuer » et titivanJier b moissonneur n ; cf. Levy. Eilivitr, synonyme de eslivanJier, ne parait avoir survtïcu que dans le patois limou- sin : cf. Béronie et Viallc, sous estiviË. L'n type 'mestivarius parait s'être formé de bonne heure par la combinaison de messis et de 'aestiva- rtus : de B le français dialectal mttivitr, usité surtout en Poitou, en B«Ty et dans le Maine ; cf. Karting, 61 ;o. 39. A s'en tenir au texte d'UgucIo, on pourrait croire que le prov. laila correspond au Utin mantus, que nous trouvons pour la première fois dans Isidore de Séville, et qui est U base du prov. mantel, du franc. laanUau, etc. Mais il esi probable que le glossaieur a eu une distraction et qu'il faut voir dans mita le mot provençal aciuel mito, synonyme de mitatm « mitaine a, dam rétymologie reste i. établir. Si miUi n'a pas été encore rencontré dans des textes provençaux anciens, son existence pouvait déjl être considérée comme certaine d'après un texte latin, originaire de Marseille, de 1218, où on lit : ■ Ne prior vel monachus [dcferacj mitas, nisi forse mitas quas snerunc de panno ', ■ — Au dernier moment, mon ami M. E. Levy me signale mita dans le Cartnloirt du comulal de Linioga, p, 192, Icxte de 1 $97. )0. Le sens de pilhccar résulte clairement du texte d'Ugucîo en face (hiquel il est inscrit : u niclito, -as, id est palpcbras movere, vigilare. a Hais je n'ai rien trouvé qui permette d'en entrevoir l'étymologie, \l, Oiiviiyra est placé de telle manii^rc dans la marge qu'il est tout à fait certain qu'il s'appliqui; i « vas ubi oleum reponitur ' : il signifie donc s hui- lier », II survit avec le même sens dans le Limousin {oulivieiro) et dans l'Al- bigeois (puIibUro) : cf. Mistral, att. oitlivitro et oiiHero, Il représente un type Urinolivarium, tiré de olivum « huile i>, tandis que son synonyme ûlirra rcprtsentcolearia, tiré de oleum. }t. Le mot lansiidoirii pour désigner la navette du tisserand est d'une for- mation si heureuse qu'on s'étonne de ne l'avoir pas encore rencontré dans les lexies du moyen âge et qu'on constate avec sarprise qu'aucun patois méri- liioiul ne semble l'avoir conservé. Même formation, avec substitution du m!- t. Cf. K&ning, 1907 et S411. 1. Addition des Bénédictins à Du Cange. 1 200 A. THOMAS fixe -a tari us au suffixe -ato ri us, dans l'espagnol îaniadera (qui a pa&é dans le basque Jantsadera) et dans le portugais lançadeira a navette ». Les langues germaniques ont eu également recours, pour désigner cet instrument, à un thème verbal signifiant « lancer » : cf. l'anglais sJmlile, le danois skytle et skytiely le suédois dialectal shyttel, skôite!, etc. 3J. Le mot prov. hugada « lessive », franc, dialectal Wic, est bien connu» et il n'y pas lieu de s'y arrêter. Cette glose est inscrite sur un feuillet de garde, mais j'ai cru utile de l'insérer à son ordre alphabétique, bien qu'Ugucio ne mentionne pas les mots bas latins auxquels elle correspond. Pannipur- gium se trouve dans le cartulaire de Maguelonne, où Favre l'a relevé pour en faire une utile addition à Du Cange ; je ne connais pas d'autre exemple de pannilocium, formé plus barbarement avec pan nus et le supin du verbe 1 avare, mais il s*en trouvera sans doute quelque jour. 34. Je ne puis rien dire sur be^et sinon qu'il parait s'appliquer à la « rouille », maladie bien connue des céréales, plutôt qu'à la « sangsue ». 35. Canilhada paraît être une forme allongée de canilba a chenille », et rappelle le franc, araignée, qui a fini par prendre la place de araigne. Toute- fois la substitution de araignée à araigne est relativement récente, et l'on s'étonne de trouver dans nos gloses un développement sémantique aussi avancé. D'autre part, il est invraisemblable que le glossateur ait visé le latin eruca dans son sens botanique, lequel s'applique à la plante dite en français « roquette », en prov. anc. eruga, en prov. mod. eruoo et airugo. Une plante très différente porte en anc. prov. les noms de canelhada et de canilhada (c'est ainsi, à mon sens, qu'il faut corriger la chirurgie en prose de Bâle qui parle de grana de camilhada, expression relevée par M. Levy, et qu'il n'a su com- ment traduire) : c'est la jusquiame, en latin vulgaire caniculata, pour calvculata *. 36. Cf. la note sur le n© 77. 37. Sais, pour un plus ancien sal^, correspond à la forme saut^, relevée dans Marcabru, et vit encore dans le bordelais sans ; on sait que la forme la plus ordinaire de l'anc. prov. est5d/^r, sau^e. 38. Je ne m'explique pas clairement la formation du mot peyrafuga « silex ». On dit aujourd'hui peiro de fue, ou peirafiiec, peirejue (qui résulte manifestement de la locution peira afiuc « pierre à feu »). D'où vient la désinence féminine? 39. Gaunha « écrouelles » sur\'it avec le mémo sens en Bas-Limousin, I. Ray nouard traduit r.///c'//.U(/j par « cannellée », mot factice sous lequej il a astucieuiicmcnt dissimulé son ignorance. Moins politique, j'ai eu le tort de voir dans l.i .\:mi!i\:Jj du manuscrit de Bdle la plante dite « cameline », ce qui est ccrrainemen: une bévue que je répare aujourd'liui, ne m'en étant pas avisé plus :ot. Cf. mes .Vt»«;'. Essais, p. 200 et 563. GLOSES PROVENÇALES INEDITES 201 I bien que Béronie ne donne que celui de • joue, mandibule u : cl, Laborde, Ltxiguf limoui'iH, p. S6 : ■ Gaunlias, f. p., êcrauellcs n. Riivnouaid n'a relevé gaunhus que àins VEluddari, où il diîsigiie les ouïes des poissons, comme dans beaucoup de patois aciu«ls. Il n'est pas douteux que ce soit le mËme mol et que ce mot ait la mfme ëiymologie que i'ital. gavîgm ■ parotides > ; mais je ne puis me rallier â l'opinion qui le lattache au ht. cavus (cf. KOning. 1907), parce que l'existence d'un g en bas-liniousin (on peut ajou- tct ; dans la Creuse) semble indiquer que le lype cherché doit avoir un 11 simple ou doublu à l'initiale. 40. Galauga s'applique clairement, d'après le texte d'Ugucio, aux ouïes des poissons : c'est un mol nouveau sur lequel je ne sais lien. Le seul nom qui rappelle (d'assÊï loin, il faut l'avouer) ce mystérieux j/a/ji^o, est celui que les ouïes (ou branchies) poncnt aciuellenieui en Guyenne, d'après Mis- 41. Jaiia désigne le « cauchemar »; cela résulte clairement du texte d'Ugucio en lace duquel ce mol est écrit. L'éiymologie est tellement trans- parente qu'on ne peut se refuser A voir dans ce mot jana, qui n'a pas encore élé rencontré en provençal ancien et qui ne s'est pas conservé en provençal modertie, le nom même de la célèbre divinité romaine Diana. On a déjik reconnu b survivance dans les langues romanes du mot Diana sous les formes et dans les régions suivantes : 1° en Sardaigne, jana signihe « fée, torciére ' »; 1° dans les Asiuries, xana désigne une sorte de fée ou de nymphe des fontaines ' : j" dans l'Algarbe, ;'iJ s'applique i certaines fées ûlandièrcs nocturnes ■ ; 4° en Espagne, au moyen âge, le mot jana a été synonyme de fada, hada ■* fée ' a ; s° en France, au moyen âge, gent se trouve dans deux textes au moins comme synonyme de ■ sorcière <. Les auteurs qui ont parlé de celle question * ont tous renvoyé â l'article dian\ de Du Cange, et le lecteur pourra encore s'y reporter avec prolît. Mais il est singulier que personne n'ait songé à citer un texte ignoré de Du Cange et qui me parait important en la matière, je veux dire le Dr corrirlione ruslkorum de Martin de Braga, où on lit ce qui suit ; « Muiti daemones ex illis qui de caelo cupulsi sunt aut in mari aut in fluminibus aui in fontibus aut in siluis prKSÏdeni, (juos similiter homines ignorantes Deuni quasï dcos colunl et HcriBcia illis oITeruni. Ht in mari quidem Neptunum appellant, in flumini- bus Lamias, in foniibus Nymphas, in siluis Oiaiias, quae omnia maligni I. Guarnerio dans Ro";ini/J, XX, 68, rem. 1- 3. R. Meaéndei Pidal, dans Smn.ima. XXIX. né-jjj. }. P. Meyer dans 5»//. di lu soc. du (\nc. lexlti franc., 1899, p. 61, el G. Huei, dans Mo)en ^^f, 1901, p. ;4. 4. Plusieurs ont embrouillé la question en mêlant diana et geniscus: c'est i ce dernier mot que se rattache le franc, gtnexhur, etc. Cf. Kôr- "ingi 17' 9- 202 A. THOMAS daernones et spiritus ncquim suni qui hotnines infîdctes, qui signaculo ciucis ncsclunt s£ munire, nocent et uexant '. » Comment un • ddmondeiforËis ■ s'esl-il transformé dans le midi de la France en un • démon incube >, c'est ce (juc je ne sais pis. Je me l>ornetai i faire remarquer que dans les langues i germaniques l'incube est disigtié par des noms qui signifîeni primiiivemeni « esprit, démon » (l'allcm. alp, identique à l'angl. tlf) ou qui cumulent le» sens de u incube a et de ■ sorcière • (cf. ce passage du Promptuariam par- vum ; ■ Nijghtr nutit or mare or wylche, epiattes • ; on sait que wyUbe, angl. mod. . D'autre pan, le passage de Diana au sens de « sorcière » (le sens de " cauchemar u ne serait qu'une spécialîsaiii relativement récente) pourrait avoir son point de départ dans le fait q Diane finit la déesse des forêts : c(. l'allem. htxt ti sorcière a dont le seni | ]irimiiif serait , d'après une hypotlitse courante . « divinité des bois ' » 41. Evatusir constitue une variante sans grande importance â cAti dern'it- ne^ir ci tnvatu^ir, seules formes données par Mistral. 4). Eilaàoal « cierge » constitue lui aussi une variante à cûté de tsitda} (seule forme connue de Raynouard) et de eûadal (dont on peut voir plusieurs exemples dans le Pm; SuppL-Warterb. de M. Lev\'); mais cette variante esc capitale pour l'étymologie de ce mot. li va longtemps que M. Paul Meyer a rapproché le prov, esladal de l'anc. Iranç. tsiawl, ntavai >, mais sans faire part au public de ses idées sur le rapport existant au point de vue phonétique entre ces svnonvmes '. Aussi M. le D' Bos n'a-t-il tenu aucun compte du prov, istadal pour expliquer l'anc. frani;.«(flTYl, dans lequel il se demande s'il faut reconnaître l'allem, siab ■ bltons ou le damandstael n souche > ■. Grâce à notre glossateur, nous allons les yeux fermés i ta véri' 1 table étymologie ', celle qui fait « communier • nos deux langues de France ; ]. Ëdition Caspari (Christiania. iS8j}, p. 10. I. Kluge. Etym, Wôiterh. âtr àtittschtn Spr., hexh : • Das Wort, iwd- 1 felsoltne eine Zusammenseliung, isi noclit nicht mit Sicherhnt gedeu alid. hag, angls. hxg « Hag, Wald » als erstes Glied scheint sichcr. Das zwcilc Elemem der Ko m position isl unaufgekUrc ; man vermuiet fQr Hexc eine Grundbedeutung a Waldfrau, Walddâmonin u? Vgl.ahd. holimuoja, mhd. Iiolimuoje " Waldwcib, Hexe ». 4. L'inc. cspagn. dit aussi istadal au sens de ■ cierge ■, et le mol s'est 1 conservé en Andalousie; cf. plus loin la note 1 de ta page suivante. J. Ghssairt di id languf d'o'il, Paris, 1891 . 6. Statualis est dans une inscription comme synonyme de statua rlui •I celui qui fait des statues >, et dans le Liber dr disciplina xhahritan, fausse- ment attribué à Boèce. au sens figuré de ■ stupide comme une statue ■ ; le récit des miracles du bienlieurcux Simon de Todi (f 1 pi) emploie IndifTé- remment slaimlii ceriu! et itatuariusarru!; mais c'est un texte si récent qu'il n'a pas d'intérêt. GLOSES PROVENÇALES INÉDITES 203 c'est li; iiiiin sia.iu:ilii, doni le rnnçaii a consonifîé l'ii, tandis que cei ri en reprisenié par o dans !c prov. tsladoal. Entre le franî- tstavel (primitivemenl *rtlaiivtl) et le prov. niadeal il ya exacietneni le même rapport qu'enire le franc, anvti, jttn'ier et le prov. uiical, jenoirr (hiin an nu a lis, januarluO- QtunI i b forme provençale courante nlaiiat, elle vient de 'statalis, qu'on peut légitimement supposer en latin vulgaire comme *fac us, 'mort us, eK., au lieu de fa tu us, raortuus. Que le cierge appelcauNord^jfaw/eC au Midi atadoal ou aiaâd tire son nom des statues autour desquelles on le faisait brûler A l'occasion, j'ai quelque peine à le croire, malgré la suggestion d'Ugucio ; non seulement il est plus naturel qu'on ait comparii le cierge iui-mfme à une statue, mais il se peut aussi que statualis vienne de status et non de itatua (comme manualisde manus) et qu'il faille lui donner comme sens primitif non pas » qui est placé pris d'une statue » mais « qui est de belle taille " ou même ■ qui est de h taille d'un homme ' ". 44. Ci^ul est bien connu et correspond régulièrement au moi latin eiicûltn. Le tente d'Ugucio vient d'Isidore de Séville(Onf. XII,;, 67)et tuchus est une mauvaise leçon pour cucus qui a dominé tout le moyen dge. Cf. l'art. TDcus de Du Cange, 45. Biisa n bêche s n'a pas été encore signalé en anç. provençal, mais son existence dans la zone limitrophe du français et du franco- provençal corres- pond i celle du français btsse à câlé de tvichr, bkhc, que M. HorniDg a mise en évidence '. D'après Mistral, le patois limousin possède fc*;io ■ bêcher >■ et les substantits btsiodi " terrain bêché » et btssain <• ouvrier qui bêche ", mais tcnom correspondant de la bêche ne parait pas exister 1. Dans l'arrondisse- ment d'Aubusson. la bêche s'appelle biaisso : c'est un subst. verbal du verbe hûtm, qui représente un type lat. vulgaire 'bessiare. Les exemples de hryS!*, hiyssr que Carpeniier a insérés d.ins Du Cange provîennenl de lettres ie rémission relatives à l'Auvergne ; lU paraissent correspondre i, un type lit. vulgaire 'bessia : cf. le forézien brai. On retrouve encore l'atic. mot heiia dans le subst. composé fHilobnso et dans le verbe correspondant palohism, mais il faudrait une étude attentive pour démêler la part qui lui revient en 1. Cf. ce passage des miracles d'Urbain V cité par les Bénédictins (Du Cinge. STAtJAL) : ■ Offeram tumulo sancti memorati stadnl de candelis de longituJine mei n, et la définition de l'andalous /sUidal dans le dictionnaire espagnol de Suivi : » La hilada de cera que sut-le tener un estado de hombre : Ilimase comunraente asi, aunque lenga mas 6 menos de esta longitud. » En provcn^l moderne, d'après Mistral, l'iWiiu ne s'applique plus qu'à un > paquet de bougie lilée ». 2. Zellsclir. /. rem. Phil.. XXL 450, 3. Béronie el Vialle ne conruissent pas k-s mots cités par Mistral : pour s la bêche s'appelle simplement pa!o. 204 face de \a a li^ résulmls da 46. Le mot i , THOMAS n'esi pas ici le lieu d'exposer zurrence du verbe vers cette ëtudi.' ■. •lunada « piquette » e lujflurd'liui dans le Midi sous I» forracs granado, gruaio et grunaào. Au sens de ■ grains de raisin séparés de la r»l1e », Mistnl ajoute en eHut celui de « piquette n spécial à la Gascogne. A la base se rrouve un lit vulgaire 'grCinus (ni d'un compromis entre granum et grûmus, dont le français lui-m£me atteste l'existence par les formes verbales tsgrurier, tsgru- gnitr), d'où l'on a liri 'grûnaïa. 47. Toicada est à peu près synonyme de gninaJa, mais il semble s'appliquer plutât au vin qui, arrivé au bas, commence A s'aigrir. Le provençal ancien ne nous offre pas d'autre exemple de poscada, et le prov. mod. pouteaio a ondée de pluie fine » a un sens assez éloigné. Nous avons cepetidanc 1 Uirc la m^me base étymologique, à savoir le lat. posca, qui désigne proprement un liquide acidulé, obtenu par le mélange de l'eau et du vinaigre, qu'on employait soit comme boisson, soit comme adjuvant thérapeutique, principa. lement en aspersions : de là le veibe prov. espoiuir v asperger •>. Posca s'est ■ créé une famille considérable dans notre Midi, tandis que dans les autres pays romans il a disparu de bonne heure, et sans provignemcnt, de la langue populaire. Je me borne à renvoyer aux articles de Mistral qui commencent par POUSC-. tousQU-, et espodsc-, Espousau-, bespousc-, kespousqu-. 49. Seiptihieyiii vient renforcer l'exemple unique que l'on trouve dans Raynuuard, IV, 479, avec la graphie sarpillxira, comme un composé de pelha • haillon ■, et un héritier du latin spolium. Il n'y pas lieu du réfuter 1 ces deux hérésies ; mais j'avoue que, malgré l'invite du giossateur, je ne puis 1 me résoudte à croire que ce mot et ses congénères (franc, sarpillièrt, une graphiu archaïque maintenue par une distraction vénielle de nos acad<- mlciens. portug, uriipillieiru, etc.). ait rien à voir avec le bas-latin xerapel* I lina, altération dexcrampclîna '. LISTE ALPHABÉTIQUE DES MOTS PROVENÇAUX 1 I, 21, p. 191 et 197. BESSA, II, 4i. p. 193 et 30}. II. 21, p. 191 et 197. BEïET, 11, î4, p. 191 et 200. 11, 11, p. 190 et 191. BocAt«EL, II, 24, p. 191 CI 198. 1. En tout cas, dans le poiticvin pilUbtsir, /Wi/frMi^ (Beauchet-Fillnu> Favre, cic.) versa re est hors de cause. 2. a. Kftrting, 8573. ;. Le chilTrc ronuin I indique ceux qui appartiennent au glotï«rt de 1 Saint-.\ndré de Villeneuve; le chiffre II, ceux qui îctrouvcmdans le m%. \ d'Ugucio, Bibl. Nat-, lat. 7621. GLOSES PROVENÇALES INÉDITES 205 BORNACS, II, 25, p. 191 et 198. BUGADA, II, 33, p. 192 et 200. LANSADOIRA, II, 32, p. I92 Ct I99. LUS, II, II, p. 190 Ct 194. CANILHADA, II, 35, p. I92 et 200. MARTEL, II, 9, p. I90. CHANTAPLORA, II, 20, p. I9I et I96. MENSONGEY, II, I5, p. I90 Ct I94. COGUL, II, 44, p, 193 et 203. MERDAFER, II, 18, p. I91 Ct I96. CRuvEL, II, 7 et 10, p. 190 et 194. mita, II, 29, p. 192 ct 199. CUNH, II, 13, p. 190. MOLSA, II, 26, p. I9I Ct I98. DEVOGAR, II, 19, p. 191 et 196. DoziLH, II, 5, p. 190 et 193. ENXLUso, II, 8, p. 190 et 194. ENSENSEY, II, 2, p. I90 Ct I93. ESCAVEL, II, 27, p. 191 et 198. ESTADOAL, 11,43, P* ^9^ ^^ ^^^' ESTIVIERS, II, 28, p. 191 et 199. EVAXESIR, II, 42, p. 192 et 202. FORMAJADA, I, 2, p. I79 et 180. FORN, II, 6, p. 190. FORNEL, II, 14, p. 190. GALAUGA, II, 40, p. 192 Ct 201. GAUNHA, II, 39, p. 192 Ct 200. GELOS, p. 189, n. 2. GRUNADA, II, 46, p. 193 et 204. JANA, II, 41, p. 192 et 201. OLIVIEYRA, II, 31, p. 192 et 199. PASTIS, II, I, p. 189 et 193. PEYRAFUGA, II, 38, p. I92 Ct 200. PEYROL, II, 4, p. 190 et 193. PILHOCAR, II, 30, p. 192 et 199. PiPiDO, I, 4, p. 180 et 181. PODADOIRA, II, 16, p. 191 et 195. poscADA, II, 47, p. 193 et 204. PREZO, II, 23, p. 191 Ct 198. RiQUizA, I, 3, p. 180 et 181. SALS, II, 37, p. 192 Ct 200. SERCAPOS, I, 1, p. 179 et 180. SERPELHIEYRA, II, 48, p. I93 Ct 204. TROMPE, II, 3, p. 189 Ct 193. VEOCH, II, 17 Ct 36, p. 191, 192 Ct 195. A. Thomas. SUR QUELQUES FORMES \ DE LA LÉGENDE DU CHEVALIER AU CYGNE Ce travail n'a d'autre prétention que de présenter quelques observations sur cette partie de la légende du Chevalier au Cygne qu'on peut appeler « la Naissance » ou « les Enfances » du héros, en ajoutant certains détails à la belle étude de G. Paris, parue ici-même (^Rom.y XIX, 315-328), que je suppose connue du lecteur. I. Le récit du Dolopathos; son origine. — La forme la plus complète, la moins altérée de la Naissatue nous a été conservée dans le Dolopathos du moine Jean de Haute-Seille. Jean dit qu'il ne donne que des récits que... adhuc scriptoribus intacta vel forsi- tan incognita permanebant (éd. Oesterley, p. 3); il ajoute qu'il donne ces récits non ut visa sed ut audita (ibid.,p, 99); ces termes semblent bien désigner des récits recueillis dans la tradi- tion orale, des contes populaires ; G. Paris ÇRotn. XIX, 326) en a conclu que l'histoire du Chevalier au Cygne, telle qu'elle se lit dans le Dolopathos, avait été empruntée directement à un récit oral, à un conte. Le texte latin contient cependant, non loin du début, un détail qui doit, semble-t-il, nous mettre sur nos gardes. Le jeune gentilhomme, destiné à devenir le père du Chevalier au Cygne, rencontre près d'une source une fée (nymphd)\ il s'éprend d'elle et s'empare d'une chaîne d'or qu'elle tient à la main ; elle se donne à lui : Siih mediantis autem tioctis silentio nimpha, iam virginitaiis privata noniine, stellarum cursum conside- I QUELQUES FORMES DU M CHEVALIER AU CYGNE » lOJ rans, srx filios aim fitia se concepisse cognovit hocqtie tremens et pavent iminuavit comi'h^i (Oesterley, 73 s.). Ce passage ne peut avoir cië emprunté à un conte réellement populaire : la croyance à l'influence des astres, l'astrologie qui en dépend nesont pas des idées vraiment populaires. D'un autre côté, l'épisode ne peut avoir été imaginé par le compilateur lourd et pédantesque de Haute-Seille : il est beaucoup trop poétique pour cfla. En outre, dans le poème publié par M. Todd {Naissance du Chevalier au Cygne, le poème que G. Paris appe- lait Elioxe), de tous les poèmes français celui qui a le moins altéré le début du récit, l'héroïne prédît patentent sa destinée (v. 255-275). Il est vrai qu'il a est pas dit qu'elle \':ilue dans les étoiles, mais ce trait doit bien appartenir au fonds primitif du rédt : la fée douée, en sa qualité de fée, d'une sagesse surhu- maine, regarde les étoiles pendant la nuit qui suit ses premières amours, et y lit qu'elle sera mère et dans quelles conditions : ce trait est à la fois poétique et logique, trop logique pour être l'œuvre d'un inicrpolateur. Toute difficulté disparait quand on admet que le moine Jean a emprunte ce détail, non à un conte populaire, mais A l'œuvre d'un poète quelque peu instruit, connaissant de nom l'astrologie et pouvant attribuer cette con- naissance à un être surnaturel qu'il mettait en scène. Deux observations viennent i l'appui de cette hypothèse. D'abord, le récit du Dolopalhos ne provient pas, comme le supposait G. Paris, d'un seul conte populaire, mais de deux contes : en même temps que du conte des Frères mélamorpljosès en iyiseaux que citait G. Paris, l'auteur du récit s'est sPrvi d'un second conte populaire, dont il a mêlé les données fort ingé- nieusement à celles des Frères mildmor phases. J'espère pouvoir donner un jour la démonstration complète de ce fait; je me borne ici a signaler ce second conte, fort répandu et bien connu du grand public, puisque Gailand, qui l'avait recueilli dans la tradition orale, l'avait joint à sa traduction des tooi Nuits : c'est le conte des Deux sœurs jalouses de leur cadette; ce conte devait Être anciennement connu en Europe, puisque, dès le milieu du xvr siècle, Straparole l'insérait dans ses Nolli (IV, j). Du reste, l'analogie que présente ce conte avec le récit du Dolopalhos et les autres versions du Chevalier au Cygne a été reconnue par plusieurs savants et par- ticuliùreraent par P, Janiiet, dans sa préface (t. 1, p. xxv) à ta réimpression de la traduction des Nuits par Louveau et Larivey (Paris, 1857). Or, si la tradition populaire offre de nombreux exemples d'un mélange de récits originairement divers, une contamination aussi ingénieuse que celle que nous avons ici, se comprend mieux de la part d'un poète d'un art déjà conscient, travaillant à loisir sur des données diverses qui, elles, auront été empruntées à la tradition vraiment populaire. En second lieu, G. Paris faisait finement remarquer, dans son compte rendu de l'édition du Dohpalhos due à Oesterley, que l'histoire qui nous intéresse « est racontée par Jean avec beau- coup plus de simplicité et de goût que les autres, et qu'elle a dans toutes ses parties une suite et une logique qui montrent qu'elle n'a pas été, comme plusieurs autres, gravement altérée en passant par des intermédiaires infidèles ou inintelligents « (Hom., U, 490). Cette différence s'expliquerait à merveille si l'on admettait que, tandis que le moine Jean prenait ses autres récits dans la vraie tradition orale, souventinfidèle et flottante, il s'appuyait, pour l'histoire des Enfanls-Cygnes, sur une base plussolide, à savoir sur line œuvre linéraire. Il y a une difficulté : ce sont les passages déjà cités, où Jean affirme nettement, sans faire d'exception, que ses récits lui avaient été ininsmis oralement. Je crois qu'on n'a pas besoin de mettre en doute la véracité du bon moine : on peut suppo- ser que notre romancier monastique, grand amateur de récits merveilleux et aventureux, aura entendu réciter le poème paf un jongfeur, se le sera peut-être fait réciter exprès pour en pouvoir noter les principaux détails et aura pu conserver ainsi un résumé fidèle d'une partie du contenu '. L'histoire, si obscure, des rapports qui existent entre le récit latin et les poèmes français s'éclaircirait singulièrement si l'on pouvait supposer, comme source commune de ces œuvres si diverses, un poème perdu, déjà rattaché aux croisades, ayant la 1 . Un Mil Juci que les jonglcun ne x sfpar>ient pas volontiers des tnanuicritt contenant les poimcs qu'ils récîtaieni et les gardaient au contraire lalouK-incHt aupràs d'eus; voy. Léon Gaurier, la Ùpopéci franf., a* édit., I. iij, comp, 11, 4a. On s'explique ainsi, dans tioire bypothtee, que lu moioc Jean n'ait pu recourir, pour noire récit, 1 unesource écrite. OPELQUES FORMES DU « CHEVALIER AU CYGKE » 20$ forme d'une chanson df geste, et contenant, avec la naissance telle quelle se trouve dans le Dolopalhos, la suite de l'histoire du Chevalier au Cygne, i peu près telle qu'elle est racouiée dans les poèmes postérieurs; cette hypothèse fend mieux compte, semble-t-il, des rapports étroitsqui existent entre tous ces récits, que celle d'une « tradition n toujours vague et flottante. — La suite, l'histoire proprement dite du chevalier, fut supprimée par le moine Jean, comme ne rentrant pas dans son cadre, qui n'exigeait qu'une histoire de malice féminine — celle de la méchante belle-mère, persécutant la fée et ses enfants '; de cette suite, il ne retint que la phrase à ta fin du récit : hic (un des enfants-cygnes) reforttutri mquaquam pottUt, sed cigniis permatuns uni sociorum adiMUsit fralrum. Hic ut cîgrius de qiwfama in wUr- ttum persévérai qucd ralhena aurea militem in navicula irahat armalum. Le vague de cette mention (« vage Angabc n, /. c, p. 1 1} a frappé M. Blôte. Ce vague s'expliquerait si l'on admet que l'auteur du Dolopalhos, homme assez instruit, se sera fait scrupule de donner des détails plus précis sur ce Chevalier au Cygne et sa descendance dans un récit mis dans la bouche d'un , contemporain d'Auguste et de Virgile : l'invraisemblance eût été par trop forte. Ce doit être par un scrupule du même ordre qu'il fait du personnage qui recueille les enfanis-cygnes et qui est un ermite dans les poèmes français un senex qui phiiosopimndi gratta silvam pro iirhe elegerai : il ne pouvait parler d'un ermite, personnage essentiellement chrétien, dans un roman où le christianisme n'intervient qu'à la fin, longtemps après l'intrigue principale, dont le récit des enfants-cygnes fait partie. On sait que la mention de Bouillon a été réintroduite, malgré l'invrai- semblance, par l'auteur de la traduction française ' ; preuve que le récit était alors très répandu en dehors du roman latin. Obser- 1, M. Biôie, Ziilichr.Jùr mm. ThiloU'gie, XXV, 9-11 a diji prÈsenté, eu panant d'un autre point de vue, des observations analogues. Il maintieat amendant, semble-t-îl. l'hypotliési: d'une Inuliliou tout en ^içtai à l'origine de «lie iradilioQ, telle qu'elle est dans le Doli, et de la mise en prose publiée par Todd, se trouve dans d'autres 1 . Voir particulièremem l'épisode 0(1 parait U biche qui doit nourrir Icî cnEtnis : le poème publié par Hippeau (v. y^i) ne consacre à la biche qu'un vers ; le récit Uiin (p. 18;) donne une dcsctipiian développée et piiioresque de l'animal. a. Rciffenbcrg a dèji reraarquii que la forme de certains noms propres qui scirouvenidans le rikii latin indique une origine anglo-normande. }. L'édition donnée par Hippeau n'est pas critique ; maïs le détail en ques- rioa manque également dans les mss. de la Bililiothèque Nationale que \'ù\ aumiHésff. fr. 7B6. 79;, 1^369; le nis. f. fr, 1611 est incomplet du début). 212 G. HUET récits français ou étrangers. Dans le récit latin, Matabrune accuse sa bru d'avoir mis des petits chiens au monde, après avoir eu commerce avec des chiens. Cette accusation est développée dans une longue scène, tout autrement amenée que la scène * correspondante du pocme publié par Hippeau : dans ce poème, Matabrune (v. 205) se borne à apporter au roi les petits chiens, qui dit-elle, ont été mis au jour par sa bru; on va voir que le récit latin est tout autre et plus dramatique : P. 184. 1. 4 {après les premières accusations de Matabrune) : Rex, hiis audi- tis, tractis ab imo suspiriis, cepit amarissimc deplorare tam scandalosum infortunium, dicens cum gemitu niiscrabili : « O sancta Maria, mater Dei, quid est quod accidit? Putavi quod in niundo non fuisset fîdelior femina nequecastior uxore nica. >« l'une malefîca Matehruna : « Ego veraciter agnovi conlrarium; scio sine dubio quod a septemcanibus sit fedata. » Et apprehen- dens lasciniam vcstimenti regii, traxit eum in cameram ubiconjux suanondum evigilata dormivit, et cum festinatione summa discooperuit lectum pucrpere et ostendit régi catulos albos et nigros jacentcs ad latus domine et pre lactis inopia claniitantes. Tune primo régis uxor, nescia fraudis sibi facte, devigi- htaest, nam, post longa tormenta que passa fuerat in partu parvulorum, prolixius dormire necesse fuit. Ut vidit tôt catulos circa se grunnientes, voce lugubri exclamavit. Mater régis iniquissima filio suo dixit : « Vides modo, fîli, hos sôptem catulos de humano semine non posse produci. Procul dubio non est aliud, nisi quod cum canibus est adulterata et proinde justissime crcmari débet, tanquam que cunctas feminas optimas et honestas suo pessimo exemplo infamavit. Jam nosti, fîli, melius quid in hoc flagicio sitagendum. » Tune rex, plenus lacrymis, conversus ad conjugem suam dixit : « Non puto, conjux »... etc. Cette scène est suivie d'une autre, qui manque également dans le poème publié par Hippeau, mais dont la brutalité est tout à fiiit dans le style des chansons de geste : (p. 185)... Tune rex dolens et exasperatus matemis vcrbis crudelibus, licet nolcns, concessit ut cum ea agcret prout vellet, secedens gemebundus et ejulans ad cameram secreciorem. MalcBca mater régis illico, post recessuni ejus, conversa ad reginam, convicia multa dicit in eam, vocans earo Hciscam que gaudet plurium canum insilicione feJari, talibus verbis eam imprope- rans : « Quid tibi necesse fuit, o canum prostibulum, habens dominum speciosissimum canibus tesubstemere et loium fcmincum sexum infamare ?» Cui rcgina, data sibi loquendi copia, juravit se nunquam tam nefarium cri- mcn aJniisisse. Ht anus iniqua : v Meniiris »>, inquit, « quia res celari non pt)icst, cl propicrea pcnas méritas non évades ». Et cum severitate maxinia dcdii ci alapjb aspcras in utraquc maxilla, et quia ncquivit pro debilitate I aOELQUES FORMES DU « CHEVALIER AU CYGNE D 213 pcdibus suis inccdere, fMÎt eam irahi de leclulq piierpcrii per cnaei sui capi- tis cum mogiia conmrnelia et nud.im in area ïpsa malefîca suis calcibus pedi- bu^uo subacum iliu torsii, doncc fessa nil ultra potuii. Volens tainen cU. Ces scènes ei ces accusations se retrouvent, fort abrégées H est vrai, dans ie poème anglais publié par Gibbs (The Chnvlere I assigne, dans Early Englhh Text Society, Extra séries, VI, voir surtout vv, 74-80). L'accusation se retrouve en outre : dans te poème populaire italien en oltava rima, intitulé Hisloria dtlla rrgina Stttla e Matlabriina (coup!. 19 et 21 de l'édition de Naples, L. Valiero [xvii' sièclej, in-4% Bibl. Nat. Yd. isîo); dans le grand poème français publié par Reiffeiiberg (v. 522, 5î6) et dans les livres populaires en néerlandais et en allemand qui en dépendent; elle se retrouve, enfin, dans un court poème frani^ais eu quatrains, encore inédit, qui semble de la fin du XIV ou du commencement du xV siècle, poème que M. Paul Meycr a copié sur un manuscrit de Grenoble et qu'il a bien voulu me communiquer '. Dans ce poème il est dit, coupl, 62 (c'est la vieille mère qui parle) : La garce malheureuse i pis Tait que putage Qui avecques les chiens a toupi son mariage. et coup!. 8î : Abandonnée c'est et couchée soubi les chiens. Nous pouvons conclure de ces faits qu'il a existé, sur la légende du Chrualier an Cygne, une chanson de geste perdue, qui, en gros, correspondait à la version publiée par Hippeau, mais s'en distinguait par une narration moins sèche, plus détail- lée, et surtout par l'accusation répugnante portée contre la jeune reine. Cette chanson, représentée dans son ensemble parle récit I. M. P. Meyer se propose de publier ce potnie, qui a une certaint valtur linénïre, malgré le mauvais style du temps. En gros, il reproduit la version que G. Paris appelait Bcatrix. La naissance des enfants a lieu pendant l'ab- sence du père (influence d'Elioxf ou de la version conservée en espagnol dans b Cran Conpiiita 7). La reine n'a que deux enfants, un (ils et une lille ; la métamorphose des enfants en cygnes nutiquc, comme dans le poème popu- lilre iulien ; cependant, dans ce poème, la teinc a qiiatrr enfants, trois fils et imv iîlie : il est donc difficile de supposer entre les deux ceuvres un lien «RCt. 214 G. HUET latin de laBodléienne, aurait laissé des traces dans deux versions françaises (poème de Grenoble et poème publié par.Reiffenberg) et dans quelques versions étrangères, du groupe Béatrix. Cette accusation d'un accouplement bestial, portée contre la jeune femme, manque dans les autres versions du groupe 5Aï/r/jr (poème publié par Hippeau, rédaction en prose publiée par Todd, récit espagnol *); elle manque dans ElioxCy elle manque, avant tout, dans le conte du Dolopathos, qui peut être considéré comme la reproduction fidèle du récit primitif : elle est donc une invention postérieure. On peut Tattribuer à un jongleur qui, jugeant par trop incompréhensible l'accusation, portée contre la reine, d'avoir mis au monde des petits chiens, a voulu que la vieille reine appuyât et justifiât cette charge par une autre, encore plus odieuse. — L'accusation, portée contre une femme, d'avoir donné le jour à des animaux, reste en effet incompré- hensible, non seulement dans le conte du Dolopathos^ mais encore dans les autres récits (conte des Sœurs jalouses et quelques versions de la Fille aux mains coupées^ où on la retrouve : elle ne s'explique que par un rapprochement, déjà indiqué par M. A. Lang, avec certaines croyances superstitieuses de peuples non civilisés ou demi-civilisés. Mais la discussion de ce problème n'est plus du domaine de la légende proprement dite du Chevalier au Cygne. G. HUET. I. Le récit espagnol {Gran Conquista de Ultramar^ 1. I, c. 47 et suiv.) n'est, au fond, qu'un récit du groupe Bcatrix, modifié sous Tinfluence du début de l'histoire Je Li Fille aux mains coupées. NOTICE DU MS. 305 DE QUEEN'S COLLEGE, OXFORD (lègendier français) Le ms. 305 de Queen's Collège, Oxford, écrit en France dans la seconde moitié du xv' siècle, est matériellement le plus gros et le plus grand de tous les légendiers français qui nous sont parvenus. Il se compose de 379 feuillets, paginés en romain, sans compter la table du commencement. Il a été écrit par deux mains : la première écriture s'arrête au milieu d'un mot, avec le feuillet 150; la seconde écriture commence au fol. 151. Cette seconde écriture paraît plus récente que la première, mais c'est peut-être tout simplement que le second copiste était plus jeune que le premier. Le premier copiste écrit toujours en rouge les noms de Jésus et de Marie, ce que ne fait pas le second. Coxe, dans son Catalogue des manuscrits des collèges et halls d'Oxford, a donné de ce volumineux recueil une description, qui, sans parler de diverses inexactitudes dans la transcription des passages cités, pèche gravement en ce que les légendes sont données comme tirées de la compilation de Jacques de Varazze. Or aucune n'a cette origine. En tête de la table initiale se lit la rubrique suivante : S*ensuit la table de ce présent livre ouqucl est contenue la précieuse nati- vité et glorieuse passion de nostre seigneur Jesuchrist, et aussi Tassomp- cion de la benoiste glorieuse pucelle vierge Marie sa mère; et aussi y sont escriptes les vies et passions des appostrcs et cuvangelistes, de pluscurs martirs, de pluseurs arcevesques, evesques, confesseurs, abbez, moynes, hertniies, lesquelz sont sainctz et glorifiez en paradis et approuvez par nostre sainte mcre Eglize; et avecqucs ce y sont aussi escr ptcs les vies et passions t 2l6 p. MEYER que ont souffert, pour l'amour' de nostre seigneur Jhesuchrist, pluseur: vierges, martires, femmes mariéez, vesvei, nonayns et religieuses, et pluseur autres choses touchans concernans la foy christiane pour le salut de âmes ainsi comme il appert par la teneur et contenu d'icellui livre, et comme oi pourra veoir et trouver plus legierement selon là dite table designée e declairée ' selon la rubrique et intitulacion des dites vies en chascun fueillet nombre cy après. Les versions d'anciennes légendes latines dont se compose h recueil de Queen's Collège se rencontrent pour la plupart, et naturellement, en un texte meilleur, dans des manuscrits fran \ çais du XIII* siècle et du xiv*. Quelques-unes cependant m paraissent pas se trouver ailleurs, et donnent par conséquent ai ■\ manuscrit d'Oxford une valeur propre. Mais celles-là mêmi \ sont bien antérieures à l'époque où fut exécuté le manuscrit En somme je crois que notre légendier est la copie, plus oi moins rajeunie pour la langue, d'un recueil plus ancien qu est perdu. On n'aurait guère eu l'idée, à la fin du xv* siècle, d< former unie nouvelle collection de légendes. C'était la Légend( dorée de Jacques de Varazze, dans la traduction de Jean d< Vignai, qui, à cette époque, avait la vogue. Nous pouvons dom supposer que ce fut au xiv*^ siècle, et non plus tard, qu'a ét< constitué le légendier dont le ms. d'Oxford nous a conservi Tunique copie. D'après quels éléments ce légendier a-t-il été composé ? Je n saurais donner à cette question une réponse complètemen satisfaisante, puisqu'il se trouve dans ce recueil des pièce uniques qui doivent venir de quelque légendier inconnu ; toute fois, mes études sur les légendiers français sont assez avancée pour me permettre de déterminer dans la plupart des cas le sources auxquelles le compilateur a puisé. C'est ce que je vai tenter de faire. Tout d'abord il convient d'expliquer la signification des lettre par lesquelles, dans les références bibliographiques placées à 1 suite de chaque article, sont désignes certains manuscrits. Dans une longue notice sur les versions en prose française de 1. Au lieu de Viwioury Coxe a lu sauvoir 2. Coxe : decLinre. 5. Coxe : fiunt. NOTICE DU MS. 305 DE QUEEN S COLL. OXFORD 2I7 lé{;cndes hagiographiques, qui est imprimée dans le lome XXXIII (sous presse) de VHisloire lilléraire de la France, j'ai réparti un certain nombre des recueils de légendes entre sept groupes désignés par les lettres A B C D E F G, comme suit : A. — Recueil de 14 légendes concernant les apôtres el les évangélistes. On trouve ce recueil, dont les diverses parties se suivent, s.iuf de rares interversions, selon le même ordre, dans les mss. dont l'énumération suit : SaînI-Pétersbourg. Nolias it ixirdils, Lyon, 770. BiiUiliii de U Société dei ai Tours, 1008. Même Bulletin, 1897. Moilène, Bibl. d'Esté, fonds étranger, XXXVi, 68i-é8^. tdmttxus, 1888. 116, Même Bulletin, 1901. Ces manuscrits renferment d'autres légendes; par exemple ceux de Tours et de Modénc sont en grande partie occupés par de nombreux morceaux empruntés à Jacques de Varazze, mais le légendier primitif est toujours facile à dégager de ces additions. Le légendier A est analysé, Hist. Hit. de la Fr., xxxni, 396. B. — Recueil de 42 légendes entre lesquelles sont comprises la plupart de celles tle la famille A. Deux copies à peu près identiques: B. N., nouv. acq. fr. 10128, et Bruxelles 10326. Ce légendier est analysé dans Hist. Utt. de la /■>.,XXXin,400. B'. — Recueil de 50 légendes. Musée brit., Add. 6524. Ana- lysé, Hisi. lin., XXXHI. 406. B'. — Recueil de 47 légendes. Bibl. Sainte-Geneviève j88. Analysé,///;;, litl., XXX, 408. — B' et B' ont 3 peu près le même fond que B, mais s'en distinguent (surtout B')par beau- coup de traits particuliers. C. — Recueil de 57 légendes. Identique à B pour les 22 premiers articles. Bibl, nat. fr. 412; Musée brit. Old. Roy. 20, D, VI, Le ms. de la Bibl. nat. est daté de 1285. Analysé, Hht.litt.,'X.XXUl, 411. D. — Recueil de 62 légendes, dont 45 se retrouvent dans les Éamilles précédentes. B. N. fr. 17229. Analysé, Hisl. Utt., XXXm, 416. D-. — Recueil de 68 légendes. B. N. fr. 6447. Analysé, Notices el extraits. XXXV, 37. E. — Recueil de 86 légendes. Musée Condé 456, daté de 1312; Bibl. Pliillipps 360 (Cheltenham); Bibl- Mazarinei7i6 2l8 p. MEYER (incomplet) *. Analysé (d'après l'exemplaire de Cheltenham), Notices et extraits y XXXIV, i*^* partie, 185. F. — Recueil de 106 légendes. B. N. fr. 413 et 23 117*. Analysé partiellement, Hist. Iitt,y XXXIII, 424. G. — C'est la famille qui a pour base le ms. de Bruxelles analysé ci-dessus, p. 24 et suiv. Elle n'a que des rapports inter- mittents avec le ms. d'Oxford. Quant aux légendiers qui ne prennent place dans aucune de ces familles, je les cite simplement d'après leurs cotes. Ceux que j'aurai à citer le plus souvent sont les suivants : Alençon, analysé Bulletin de la Société des anciens textes ^ 1892. Cambridge, S. John's, Coll. 9; analysé Romanidy VIII, 320. Paris, B. N., fr. 987. Ce légendier sera analysé ci-après, en appendice. — B. N., fr. 23 112, analysé Hist. litt.y XXXIII, 433. Les familles D E F présentent un classement méthodique : 1° les apôtres; 2° les martyrs ; 3° les confesseurs ; 4** les saintes. Cet ordre est aussi celui du légendier d'Oxford '. J'estime que le compilateur du recueil d'Oxford a eu sous les yeux plusieurs légendiers : deux manuscrits appartenant aux familles D et £", deux ou trois manuscrits analogues à ceux d'Alençon, de Saint Jôhn's Collège et au ms. 23 1 12 de la Biblio- thèque nationale*. Enfin il a fait usage d'un manuscrit du Légendier classé selon Tordre de l'année liturgique 5. 1. Je ilcsignele ms. de la Mazarine par £'. 2. C'est ce ms. qui a 106 légendes; le ms. 413 en a quelques-unes de plus, mais qui sont tirées de la Légetuie dorée. C'est le ms. 231 17, le plus ancien des deux manuscrits, que je cite sous la cote t\ en indiquant le feuil- let et non pas le numéro de Tarticle, parce qu'il n'en a pas été publié de description avec numérotation des articles. 3. Apôtres et évangélistes, art. 4-20; martyrs, art. 23-61 ; confesseurs, art. 62-80 ; saintes, art. 87-1 14. 4. De ces trois recueils, deux, Alençon et Saint John's, sont très courts : l'un renferme 2 1 légendes, l'autre 20. De plus ils ont tous les trois diverses légendes en commun. Rien n'empêche que la matière que nous trouvons ainsi repartie entre trois manuscrits ait été groupée en un seul ou en deux. Il est donc impossible de dire exactement combien de recueils le compilateur du légendier d'Oxford a eu à sa disposition. ) . Sur ce légendier, voir mon mémoire, Notices et extraits, XXXVI, i 69 ■fiCE DD MS. JO5 DE QUEEN S COLL. OXFORD 2I9 J'indiquerai maintenant, d'une façon sommaire, le rapport des anicles de notre légendîer avec ces diverses sources. I" Liîgendes qui existent en un grand nombre de recueils, notamment dans B D F. F : art. 4-12, 16-18, 20, 21, 24, aj, îl, 37-41, 52-56, 62,64, 71-75, 99, 100, 104, to6, 112. 2" Légendes qui se rencontrent dans B, N. fr, 686 et 23 112 : 'î. <4. 15. 19- î" Légendes qui se rencontrent dans B. N. fr. 23 112 et Alençon : 26-29. — Dans 23112 seul : 33, 47, 48-50, 91, 92, 94-96. 4" Légendes communes i C et à£; 77-85. Dans C F seuls : 76, Dans £■ F seuls t 108. 5" Légendes tirées du Légendier liturgique : 42-46, 65-70, 97. Mais il faut remarquer que les art. 65-70 se trouvent aussi dans E F, de sorte que c'est plus probablement de là que le compilateur les a tirées '. 6° Légendes uniques : 58, 60, 86, 98, 107, 110, 114. Lorsque je dis que ces légendes .sont uniques, cela veut dire tout simplement que je ne les ai pas trouvées ailleurs. Il est certain que j'aurais classé dans cette catégorie la vie de sainte Euphrasie, art, 102, si je ne l'avais récemment rencontrée dans le légendier de Florence, qui est en très grande partie une traduction de la Légende doréf. En appendice, je donnerai une brève analyse du ms. B. N. 987, du XV' siècle, qui contient un légendier en soi peu impor- tant, car il ne comprend que 38 légendes, à peu près toutes connues d'ailleurs. Mais il a une grande affinité avec le ms. d'Oxford, et notamment a en commun avec lui l'article 49 de ce dernier (S, Pierre l'acolyte) que je n'ai trouvé ailleurs que dans un seul manuscrit. D'ailleurs la plupart des légendes dont il se compose (35 sur 38) se rencontrent aussi dans le ms, d'Oxford. Je n'ai pas jugé à propos d'indiquer les originaux de ces I. Il n'esi pas absolu m cm nécMisire de supposer que te -compilateur ail eu i u disposition un manuscrit conienanc le lOgundier liturgique complet. Xoos posséJoQS des manuscrits /;/ j;/ /a, XXXIII, 58). Le ms. d'Alençon a Colomeus. 1. Suppl. a Milan. NOTICE DU MS. 305 DE Q.UEEN S COLL. OXFORD 223 avoit non Interantre ^ Moût estoit prodom et bon clers et de grant renon... (B' 22, £ 25, Alençon 20) 31. (Fol. 70 b) Saint Julitn de Brioiide ou Vhospitalier. Ungs prodoms translata la vie de saint Julien de latin en romans... {B 32, 5' 41, D 35, D» 39, E 42, F fol. 243, Alençon 21, Bruxelles 9225, ci-dessus, p. 42.) 32. (Fol. 76) Saint Alexandre^ pape. Saint Alixandre fu le cinquième pape de Rome après saint Pierre. Il fu mont prodom et jones d*aage... (23 112 fol. 88.) 33. (Fol. 79) Saint Gordietty saint Janvier et saint Epimachien. En ce temps que Juliens estoit emperere de Rome, s*en fuirent maintes (sic) crestïens sa et la pour la peur quMlz orent de li... (23112 fol. 80, Lég. de Florence 83 ^) 34. (Fol. j^ d) Les trois frères jumeaux J. Au temps que Sepeosippus* et Geosipus î et Meleosipus, ces .iij. frère, vindrent avant, corrit parla cité de Lengres renomée... (B' 30, B- 32, D' 32.) 35. (Fol. 80 d) Saint Bahylas. Saint Babile, Tcvesque d'Entioche, qui fu au temps Numericn... (B' 27, B^ 29, D» 29.) 36. (Fol. 81 b) Saint Marins *, sainte Martin, saint Aùdijax et saint Ahachum. Au temps Tempereur Claudien, vint a Rome .j. bons atout sa femme et ses .ij. fils... (5' 28, B^ 30, D« 30.) 37. (Fol. 81 d) Saint Sixte. En ce temps que Decius Cesare fu empereur, <ïue ceuls qui Nostre Seigneur appelloient estoient martirié... (5 27, B' 36, B> 35, C 24, D 31, D' 63, F fol. 204.) 38. (Fol. 82 d) Saint Laurent. Après ce que saint Sistes fu martiriés, si <^onme vous avez oy, les chevaliers... • ÇB 28, B' 37, B* 36, C 25, D 32, D' 35, E 36, F fol. 206 c) I . Lat. Interamna (Terni), a. Voir Ramania, XXXIII, 22. 3 . La rubrique porte germains. -4. Lire Speusippus, S . Eleusippus, Il est curieux que cette mauvaise leçon (file- au lieu à' El-) rencontre, dans presque toutes les copies delà traduction. Le légendicrde *^^Orence (Rontania, XXXIII, 10) est correct. ^. Le ms. porte Marin. 224 P* MEYER 39. (Fol. 84 b) Saint Hippolyte. Vous avez oy de saint Lorent le martir, comment il ressut n^artire pour Tamour de Nostre Seigneur, et comment saint Justin... {B 29, B' 38, B» 37, C 26, D 33, D* 64, E 37, F fol. 210 b.) 40. (Fol. 85 c) 5am/ Lambert. Gloire et honors et loenge doit estre a tous crestîens de raconter les passions... (i? 30, B' 39, B^ 38, C 27, D 34, D» 36, 2: 38, F fol. 213 b,) 41. (Fol. 87 d) Saint Came et saint Damien. G:uls "qui Nostre Sire aiment doivent volentiers oïr les paroles de lui... (B 26, B' 32, B» 33, D 29, D» 66, E 35, F fol. 198.) 42. (Fol. 89 d) Saint Savinien. Savinien, le frère sainte Savine, laissa son perc et ses amis et s'en vint a Troies... {Lég. littirg. 28.) 43. (Fol. 90 b) Saint Biaise. Pour ce que saint Biaise fu de bone vie et honeste, il fu fais evesque d'une cité qui a non Sebaste... (Ug. liturg. 30, F fol. 264.) 44. (Fol. 90 d) Saint Nicaise '. Au temps que les Wandres gastoient maintes terres... (Lég. liturg. 6.) 45. (Fol. 91 b) Saint Fuscien et saint Victorique. Sain Fuscien et sain Victorique furent nez de Rome... {Ug. liturg. 4.). 46. (Fol. 91 d) Saint Fabien. Sain Fabien dcmoroit a Rome, et avint que le pape trespassa... {Ug. liturg. 21.) 47. (Fol. 91 d) Saint Pancrace. En ce tems que Valerien et Galérien cstoieiit empereurs a Rome, avoit en Frise .j. mont haut homme et riche, Dcdonius avoit non... (B. N. fr. 23 112 fol. 85.) 48. (l'ol. 92 b) Saint Victor. Anthonius, .j. roi de Sarrazins, commanda par tout son empire que, se les crestîens ne voloient sacrifieras ydoles, que l'en les occist... (B. N. fr. 23 112 fol. 86.) 49. (Fol. 95) Siiiut Pierre Tacolyte. 11 avint, ou temps que Serenus fu juge de Rome, qu'il fist prandrc .j. acolite prodomc, Pierre avoit a non... (B. N. fr. 231 12 fol. 88'!.) I . Cette légende est diiférente de celle que nous trouverons au n» 60. NOTICE DU MS. 305 DE QJJEEN S COLL. OXFORD 225 SO, (Fol. 93 «0 «^^ï'w' Pritne et saint Félicien. En ce temps que Dioclecicn ^f Maximien estoient cnpereres de Rome, si conmanderent par tout l'empire ^ocVon tonnentast tout ceuls qui ne vouldroient sacrifier... (B. N. fr. 23 112 fol. 90 c.) Si' C^^ol. 94 e\ij- Constantin entra on règne Julien... {B et B' 24, B^ 28, D» 43, ^ 34.) *^- Cï^oL 109) Saint Thomas de Cantorbéry. Mes chiers filz, cestc feste doit «^«•e célébrée... {B 34, B' 43,5^ 41, D 37, D' 40, £ 41, F fol. 240 d.) ' - ÇFo\. m b) Saint Georges. Raconte la divine escripture que quant les ^ *vommes s*csforçoient d'essiulcier la sainte loi N. S. J. C... {B 16, B^ 25, C 16, D 24, D' 27, F 31, F fol. 170 c.) (Pol. 113 c) Saint Panthaléon. Ou temps que Maximien estoit empe- ^ Home estoit grant persécutions sur les crestïens... (5m6, C28, D« 67.) -^^ - ms. forme un article à part d'un chapitre intitulé Li vie le roi ^^^^rt et la dedicacion S. Denis (fol. 10 c), qui commence ainsi : « Le ^ *^r roi crestïens qui onques regnast en France fu Clodoîs... » Mais c'est ^Pendance de la légende qui précède; voy. B. N. fr. 696, fol. 11. ^s quatre derniers rass. présentent, au début, une légère variante, ^*^ <|Ue B* et le ms. de Bruxelles (comme aussi les trois autres mss. du ^ groupe) sont d'accord avec le ms. de Queen's. ^ ^^" cdevrait y avoir, entre cet article et le précédent, une vie de saint ^J^^» qui se rencontre dans un très grand nombre de mss. (notamment '^ £ C D E), Elle est indiquée à cet endroit dans la table placée au ^*^cément du manuscrit, table imprimée par Coxe, dans son catalogue. *^ma,XXXIF 15 h 226 P. MEYER 58. (Fol. ii6 d) Saint Placide. Au temps Justin et Justinien, qui furent empcrcre de Rome, avoii .j. pape a Rome qui avoit non Jehan. En ce temps resplendissoit S. Benoist en Loiribardie... (Je ne connais pas d*autre copie de cette légende.) 59. (Fol. ii8 t) Saint Edmond. En ce temps que Donstans, Tarcevesque de Duramme S saiges et ancien homs, faisoit sa Visitation par sa province, vint en une abaïc qui Aubeflorie estoitappellée... (D 41, F fol. 219^.) 60. (Fol. 121 h) Saint Nicaise. La divine escripiure dit que nulle chose terrienne n*est estable en ce siècle. Tous jours se peine le siècle d*enginier ceuls qui Taiment ; car mains hommes sont, quant plus ont de richesses, et plus sont desirreus de conquerre. Et tant y gaignent qu*il desservent enfer conquerrc. Je ne dirai plus du siècle, car, s*il est maulvais, encore empire chaulcun jour. Et dirai ce que je truis escript, qui puet profiter a ceuls qui bien l'entendront en corps et en ame. La matière est bonne et vraie, sen nulle fable, et est d'un saint home qui bien doit estre en mémoire a tous bons crestïens. C'est la vie sain Nicaise et de ses compaingnons. Cil S. Nicaise s'en vint d'Atheines, ou il fu nez, avec S. Denis jusqu'à Rome. De ces .ij. beneois si vous conterai jusqu'à tant qu'il se départirent, car de sainteté ne doit l'en fors vérité dire. Ces .ij. sainz hommes, qui d'Athènes estoient né s'en vindrent ensemble a Rome... (Cette légende, qui semble être la mise en prose d'un texte en vers, n'a été rencontrée jusqu'à présent en aucun autre manuscrit.) 61. (Fol. 122 d) Saint Eustach. Au temps Traien l'empereur, estoit .j. honis, maistre des chevaliers et de grant lignage, Placidas avoit non... {B' 24, E 50, Bruxelles 9225 (ci-dessus, p. 42). Cette version a été introduite en divers autres légendiers — voir par ex. Roniania, XXXIIl, 36 — mais elle se rencontre aussi isolément : voir Hist. litt. de la Fr.y XXXIIl (non encore paru), 381 et suiv.). 62. (Fol. 125 d) Saint Silvestre. Sain Silvestre, quant il estoit enfes, Juste sa niere,qui jonc femme estoit, le bailla a .j. prodomme prestre pour aprandre, qui avoit non Cirinus... (Z?35,Z;'44, £>5»> /> 41,^^43,^^01.265.; I. 11 n'y a jamais eu d'archevêque à Durhani ; le traducteur n'a pas su que /-)('/ ('/v;//isi prestre, vint .j. aultre S. Félix qui son frère estoit. . . (B* 29, 5» 31. D' 31, F 51, F fol. 298 b. — Ce Félix est le frère de celui de Fart. 67. Voir Bibl. hagiogr. hit. y n» 2885.) ^' Telle estla place de cette légende dans le nis. qui a servi de base à ma i^^ption du Légendier liturgique, mais j'ai averti (p. 20, note 2 de ma <>û6os) que, d*après les autres mss. du même recueil, celte légende prenait ^bce entre les articles 17 et 18, au 13 janvier. 228 P. MEYER 72. (Fol. 148) Saini Arsène, Uns homs fu on palais Fempcreur Theodoise qui avoit non Arsène. Si out. .ij. filz. . . (J5' 34, B« 34, D }o, D» 34, £• 53, F fol. 299.) 73. (Fol. 148 h) Saint Brendan. En la vie saint Brandan, qui est niout deliteuse a oîr . . . (B 33, B^ 42, D 36, D» 38, £ 54, F fol. 243.) 74. (Fol. 159 b) Saint Martin, Moult doit Ten doulcement et voulentiers le bien ouyr et entendre, car, par le bien sçavoir et retenir, puet Ten souvant a bien venir . . . (Fol. 162) Miracles et Translation. (C 30, D 27, D' 58. F 55, F fol. 299 d; c*est la version de Wau- chier de Denain ; cf. ci-dessus, p. 30.) 75. (Fol. iSih) Saint Brice, Quant saint Brice estoit jouvencel, il espioit et guettoit moult saina Martin, pour ce qu*il le veoit viel home et de grant abstinence . . . (C 32, D' 59, E 56, F fol. 312. Version de Wauchier.) 76. (Fol. 185 d) Saint Maur. Sainct Mor fu né de Romme, et fu moult gentilhomme. Son père eut non Eucarimc et sa mère Julia. . . (C46, F fol. 313 c) 77. (Fol. 192) Saint Alexis, En cellui temps que la loy de Nostre Seigneur Jhesucrist estoit et fut exaucée et creûe . . . (C 38, F 58, F fol. 318 c.) 78. (Fol. 196 b) Saint Benoit. Ung homme fut de moult saincte vie, ainsi comme sainct Grégoire nous racompte . . . (Fol. 208 a) Translation, Au temps que les Longuebars. . . (C 57 et 45, F 59 et 61, Ffol. 321 b. Version de Wauchier.) 79. (Fol. 21 1 h) Saint Paul Tlhtrmite, Assez de gens ont souvent doublé... (C 44, F 60, F" fol. 328 d.) 80. (Fol. 214 d) Saint Julien, h'éque du Mans. Sainct Julien, qui fut cvcs<]uc du Mans, fu ne de Rome, de moult gcntilz gens. . . (C 54, E 62, Ffol. 334 b.) 81. (l'ol. 217 h) Saint Sinieon. Sainct Symcon fut esleù de Nostre Seigneur pour le servir et ses oeuvres lui pleurent dès son enfance. . . (C 52, F 63, Ffol. 3^6 (T.) 82. (I-ol. 220) Saiut Ji'rôme. Sainct Jheroynie fut né de liaulte lignée, d'un cli.istcl qui lu appelle Aridons (^sic). . . (C 36, F 64, F fol. 339. Version de Wauchier.) NOTICE DU MS. 305 DE QUEEN S COLL. OXFORD 229 83 . (Fol. 222) Saint Fursi. Ung preudomme fut qui eut nom Forsin, de moult Honnorable vie, moult noble par lignaige. . . (C 49, E 65, F fol. 340 c.) W- CF^ol. 224 b) Saint Martial. Au temps que Nostre Seigneur Jhesucrist preschoî^ et ensignoit les Juifz qui estoient de la lignée de Benjamin... (C 34, E 66, F fol. 342 d.) •5- C^ol. 237 b) Saint Gilles, Nul crestïan n'est en terre qui Nostre Seigneur veuille servir et amer, que moult voulentiers n'entende et oye ceuls qui racompt^^nt et dient les oeuvres des sains homes... (C 33, E 6jj F fol. 253 b; cf. ci-dessus, p. 38.) ^' C^ol. 242) Saint François, Ung preudhomme fut qui sainct Françoys ^t nom , et estoit des contrées de celle cité qui a nom Spolitaîne, marchant cstoît rîcrhe... (Cette version paraît unique ^) o7. (Toi. 255) V Assomption. Qpant nostre Sire et nostre sauveur Jhesu- ^^» l>our le sauvement de tout le monde, pendoit en l'arbre de la crois, °^chîé et estachié a gros cloz de fer... (B 37, C 40, i) 48, D^ 55, F fol. 400. — Se trouve aussi dans le xns. de Copenhague Thott 217; voir la Description des mss. fr. du '^atoyen dgede la Bibl. roy. de Copenhague, par Abrahams, p. 9.) ^- (Pol. 259) Sainte Marie Madeleine. La benoiste Marie Magdelainne ^'^ l*crgueîl du siècle et monde, si fut née de lignée de moult grant nobl^iM,^^ — (Z) 56, E 70, F fol. 402 d ; Bruxelles 19, ci-dessus, p. 36.) ^*^ - (Fol- 264) Sainte Marie V Egyptienne. Ung preudomme fut en l'élise ^^^^^«stine... (D 57, E 71, F fol. 406.) '^^ (Fol. 270) Sainte Catherine. Les vrayes hystoires nous racomptent que C»*^^î Ccnstantins qui receut de son père Constantin le grant le gouveme- ^crxx de l'empire... (D58, E 72, F foL 413 c; Bruxelles 9225, ci-dessus, p. 37.) ^' H existe au moins deux autres vies de saint François d'Assise en prose tjançaise, Tune dans les mss. B. N. fr. 430 (fol. 59) et 9760 (fol. 248), Vautre dans le ms. B. N. fr. 9762. La première est de la fin du xiii* siècle, la seconde du xv«, mais elles sont absolument différentes de celle que nous ivODsici. 230 p. MEYER 91. (Fol. 279 ^) Sainte Agnès. Saint Ambroyse nous raconte que quant sainte Agnès fut de i*aage de .xiij. ans... (B. N.fr. 23112, fol. 52 d.) 92. (Fol. 2S2) Sainte Agatlie, CJpintiens \ qui estoit prevos et consillier de Sezille, quant il ouy la renommée de sainte Agathe... (B. N. fr. 231 12 fol. 59, fr. 423 fol. 137.) 93. (Fol. 285 h) Sainte Juliemu. Au temps que Maximiens, qui estoit empe- reur de Rome... (£83, Ffol. 410 f, B. N. fr. 13496 fol. 36 t, 23112 fol. 6î t, S. John's Coll. fol. 160.) 94. (Fol. 289) Sainte Perpétue et Sainte Félicienne *. En celui temps que Valerians et Galians estoient empereurs de Rome... (B. N. 23 112 fol. S^c.) 95. (Fol. 290 f) Sainte Domicelle, A Rome avoit une moult riche damoy- scllc, gentil femme et jeune d*aaige. . . (23 II 2, fol. 81 h, — La forme latine est DomitilUiy que le traduc- teur a lue Domicilia. Voir Bihl. hag. lat., n*» 2257.) 96. (Fol. 294 d) Sainte Pfr(m^//f(Pétronille).Ung des disciples de S. Pierre Tappostrc nous racompte que sainte Peronelle fut paralitique . . . (23112, fol. 88.) 97. (Fol. 295 c) Sainte Colombe. Au temps que Aureliens fut empereur, il vint en la cité de Sens, et adonc il ouy dire que saincte Colombe estoit crestïanne . . . (Ug. liturg.is.) 98. (Fol. 296 b) Sainte Geneviève. Saincte Geneviève fut née de la cité de Paris, en une rue qui a nom Nantucrre . . . (Cette version paraît différente de toutes celles que Ton connaît. Cependant elle offre quelques rappkorts avec celle qu*on trouve dans le légendier de Florence, Romania, XXXllI, 12, et à tout le moins, est faite d'après le même original.) 99. (Fol. 2(^S) Sainte Felice ou Félicité. Vcritô est, ainsi comme Tescripture tcsmoingne, que en icellui temps que ung homme appelle Anthonius, lequel estoit empereur de Rome. . . (/y 21, 5' 21, C2ï,D 50, /)'6o, /: 84, Ffol. 461.) 1 . Le nofii est assez mal écrit : on lirait presque Mimitieus. 2. l'\licitt\ d.iiis le ms. 231 12, ce qui est plus correct. NOnCE DU MS. 305 DE QUEEN S COLL. OXFORD 23 1 I. (Fol. 299) Sainte Christine. Quant saincte crestîanté croyssoit et flc^rïs^K>it par les haulx miracles que nostre seigneur Jhesucrist faisoit pour les s^-inctz et pour les sainctes qui recevoient martire pour la loy exaucer. . . (B 22, B' 22, C 22, D 5 1 , D' 61 , £ 78, F fol. 444 d,) ^Odl. (Fol. 306 h) Sainte Luce. Il avint en cellui temps que sainte Agathe ftit rï-i.artyriée que sainte Luce et sa mère. . . (B. N. fr. 13496 fol. 39 d, S. John'sColl. 17.) J.02. (Fol. 307 c) Sainte Euphrasie. Au temps de Theodose Tempereur fut un^ l^omme sénateur en la cite de Rome qui Antigonus avoit nom. . . (Légendier de Florence, art. 195, Rotnania, XXXIII, 40.) 4.0<3. (Fol. ^iS^Sainte Afurm^. Ung prodome estoit qui avoit une fille petite, et ifcci'vint que sa mère. . . (On a plusieurs versions de cette légende, dont Toriginal a été compris par Rosweyde dans le premier livre de ses Fita: patrum, mais celle-ci ne se rencontre nulle autrç part à ma connaissance.) Û.OA. (Fol. 318 ^) Sainte Cécile. Haulte chose est de ouyr et d'entendre et de irc^tenir la saincte foy et la saincte loy de nostre seigneur Jhesucrist que les ai>f>c:>stres tindrent. . . (5' 35, C23,D 55, D» 62, £' 36, F fol. 451 «.) ». (Fol. 325 c) Sainte Anastasie. Or entendez, si dirons avant a vous aian-^s que oiiez et escoutez d'une saincte vierge qui moult ama Nostre Sei- gneur et ses oeuvres, saincte Anestaise avoit nom. . . (B* 35, D* 54, £' 32, F fol. 464. — F' et F ont un prologue en plus ; la version que renferment C et D est différente.) 103. (Fol. 33s d) Sainte Felicuîa. Flaceus S ung homme moult cruel tyran t, tourna son courage a la saincte vierge qui estoit appellée Fenicule, Place us lui dist... (B' 26, D 54, D» 53, F 85 ^/5, Ffol. 480 d.) m iOI. (Fol. 336 h) Sainte Marguerite. Madame saincte Marguerite fut née d'Antyoche la cité. Quant elle fut née l'en l'envoya en une ville. . . (Cette vie de sainte Marguerite est différente de celles qu'on a I- Il serait bien étonnant que cette légende ne se trouvât pas dans F, quoi- quelle ne figure pas dans ma notice du ms. de Clieltenham; je crains de lavoir omise par mégarde. \' 1^0 ur Flacciis; même faute dans la plupart des copies. — Il est fort sin- gulier que cette légende soit séparée de celle de Péronelle (ou Pétronille), qui est au no ^^ 232 A. DELBOULLE signalées jusqu'à présent, et sur lesquelles on peut voir Notices et extraits, XXXIV, i" partie, p. 196 (notice d'£), et XXXVI, 36 (notice du Légendier liturgique.) 108. (Fol. 339 c) Sainte Elisabeth. Bonne chose est de bien penser, lire et Icscripre et souvent recorder les vies et les sainctes conversacions. . . (£ 86, F fol. 434.) 109. (Fol. '^^^') Sainte Pélagie cC Antiocln. Nous devons tous rendre grâces a nostre seigneur Jhesucrist qui ne veult pas que les pécheurs périssent. . . (C 5 1 ; se trouve aussi dans les mss. de Lyon 772 (Bulletin de la Soc. des anc. textes fr., 1885, p. 66), et d*Arras 657, fol. 53.) 110. (F. 356 r) Sainte Bathilde. Benoist soit N. S. qui vouldroit que chas- cun feust sainct . . . (Cette version n'a point été signalée ailleurs. L'original est publié dans \qs Scriptores rerum merovingicarutn de Krusch, II, 482.) 111. (Fol. 364 d) Sainte Foi. Sainctc Foy, la glorieuse vierge, fut née de la cité d'Agenense . . . (£75, F fol. 463 ; cf. Notices et extraits, XXXVI, 465.) 112. (Fol. 367) Les On:(e mille vierges. Ou temps que N. S. ot plusieurs conquis et convertis. . . (D 62, D' 56, E 77, F fol. 443.) 113. (Fol. 370 d) Sainte Marthe. La bcnoiste honourée hostesse de nostre seigneur Jhesucrist saincte Marthe fu née de Bethanie. . . (/: 80, F fol. 477 . Ajoutons, pour compléter le sens de ces vers, que le poème dit ailleurs que Guichart a été adoubé par Guibourc à Orange, et qu'il s'est rendu de cette ville à Barcelone. 4. Ms. de Londres, fol. 279 v<»; ms. Bibl. Nat. 774, fol. 118 r«. ÉTUDES SUR ALISCANS 239 mots en ceste terre veulent dire nécessairement l'Espagne, et I^ même pays se trouve indiqué au vers suivant par le mot localisation en Espagne de la grande défaite est attestée .n nombre considérable d'autres passages, dont nous ne cit^a-ons que deux. Au moment du départ de l'expédition qui va s*^ emparer de Candie, Guillaume, qui reste à Orange, dit, efi ^v^^:>yant ses amis se mettre en route : Hay 1 Espaigne, si mar m'estes vo[i]sine ! De mon lignage avez pris la saisine '. A^p>rès sa défeite à TArchant, Guillaume reste à Orange, ïû^^i^^ apprenant que l'armée partie pour attaquer Candie a b^^o î n de renforts, il va en demander au roi, qui s'irrite, et \x\ ci ît : Moli avez fait ma terre afleboier, '^ Mise en m*onnor mainte veve mouiller, Dont les seignors avez fait detranchier Que vous menastes en Espaigne ostoier 3. Cl^s reproches doivent se rapporter, en bonne partie du moix^s, à l'expédition qui s'est terminée à l'Archant ^. 1 • Le poème dit expressément ailleurs qu*Aîmer a conquis T Espagne. Il ^t presque inutile de dire que la chanson place Candie en Espagne. Elle dit, p^ exemple, des Sarrasins qui quittent Orange et suivent Texpédition contre ^^ndie, qu'ils laissent derrière eux Orange et les ports d'Espagne : ms. 774, fol. III ro; ms. de Londres, fol. 276 r©. 2. Ms. 774, fol. 107 ro; ms. 25518, fol. 71 ro; ms. de Londres, fol. 274 ro. 5. Ms. de Londres, fol. 281 ro. 4. Nous signalons à l'attention des savants deux noms propres, qui se trouvent dans le récit de la fuite de Guillaume selon Foticon, Le poème consacre environ cent quarante vers à cette fuite. Il y a deux laisses consécu- tives (séparées pourtant par une laisse en -ant dans le ms. 25518), en -aigne et "ierty qui dérivent évidemment de la même source que les laisses sur les mêmes rimes en ^/fican^, aux w. 563 ss., 1385 ss., et 1443 ss. Plusieurs vers sont même identiques dans les deux poèmes. On nous dit que le pays s'appelle Garasche ou Garaisse, et que le héros arrive à une rivière, la Ros- tièrCy nom qui se trouve une fois dans le corps d'un vers, une fois à la rime. Cette rivière s'appelle dans les Nerboiusi (II, p. 172) Ruciera ou Rusciera, et Tauteur, qui affectionne la géographie ptoléméenne, ajoute qu'elle entre dans 240 RAYMOND WEEKS II est donc clair que Foucon de Candie place la bataille dite d'AIiscans en Espagne, voire en Catalogne, dans le voisinage de Tortose. ' Comme causes de la guerre dont cette bataille est le point culminant, la chanson rapporte que Guillaume, aidé par Bertran et par Vivien, a pris des villes sarrasines — Barcelone, Port- paillart, Balesguer, Tortelouse — et que, grâce à la trahisdh d'Orable, femme de Tibaut, il s'est emparé d'Orange et de cette princesse '. Ce sont les villes que Guillaume demande au roi dans le passage bien connu du Charroi de Nîmes. L'action de Fomon forme la suite logique de ces conquêtes : les Narbonnais, qui ont déjà pris la Catalogne, pénètrent plus avant en Espagne, et se rendent maîtres de Candie ; on couronne Foucon roi d'Espagne et d'Aragon. VI LA CHANSON DE WILLAME La récente découverte de la Chanson de Willatm^ a occa- sionné une juste émotion dans le monde des lettres romanes. On avait cru l'époque de telles découvertes entièrement close, C la mer entre Maguelonne et Narbonne. M. H. Hawickhorst, qui a publié un article intéressant sur les noms géographiques chez Andréa da Barberino (Roman iscl)e Forschuu^cu^ XIII, 1901, p. 710), dit que la Ruscieraest IcRuscio de Ptolémée, qui n'est autre que la Tet de nos jours, qui se jette dans la mer à Perpignan. Cette identification semble douteuse, car il paraît bien que Pto- lémée a appliqué à la rivière le nom d'une ville, et que la Tet ne s'est jamais appelée de ce nom. Ajoutons que M. Hawickhorst cite par erreur le chapitre 10 (au lieu du 9») du livre II de Ptolémée. 1. Le poème mentionne aussi, entre les conquêtes de Guillaume et des siens la tour de « Baudart ». L'identification proposée, d'après M. H. Suchier, de Portpaillart avec le pa^us Palliarnisis (voir /?(>Wii;/M, XXVI, 33, note), a besoin d'être contrôlée. Pour ce qui en est de Balesguer, il ne faut pas voir dans ce nom la ville sur la Sègre, mais plutôt les ports de Balesguer, qui se trouvent dans le Col de Balesguer, chaîne de fortes collines entre lesquelles passe le chemin de Tortose ù Tarragone. Ces ports ont joué un rôle dans bien des expéditions, tant sarrasines que chrétiennes. 2. Voir Roffhtniity XXXII, 597. ÉTUDES SUR .1USCANS 241 »^i^ voki que l'Angleterre nous donne une i:lianson de geste - ^^rande valeur, dont l'existLOce pouvait !i peine être soup- »n x^èc. La publication de ce poème marque une date dans les ta la mention du Hcuvc aux vv. 14 cl 40 par une contu- ÉTUDES SUK .iLISCIXS 243 I _ Les procédés de versification ne sont pas exactement les ièr^cies d'un bout à l'autre du poème. Aux petites laisses du cors~> itiencement de la chanson, qui ne comptent souvent que detoc ou trois vers, succèdent petit S petit des laisses plus lorï^^ues et plus régulières, tandis que, des 90e derniers vers du pt>è r~me, environ les deux tiers assonnent en ^. Il y a même une de uts mais où on coiimiissaii le fleuve. Dt même, cioyonï-uaux, U men- ^'^ «1« Bourges au v. i) est tirée simplement du nom de Tedbult de Lev. 189} semble offrir 1 ■g^i^jucra cependant qu'on n'ï qu'i ctijiigt ••I dans une Iiiîsse en -iin. On r l'ordre dea ileruiers mots pour 244 RAYMOND WEEKS 1980. L'emploi du refrain étrange qui caractérise cette chanson (vv. 10, 11 par exemple), et qui paraît être l'origine du petit vers célèbre du cycle de Guillaume, n'est pas con- stant *. Très fréquent au commencement, ce refrain devient de plus en plus rare à mesure qu'on avance dans le poème, et les trois exemples qu'on en trouve tout à la fin ont l'air d'avoir été ajoutés pour donner une apparence d'unité à la chanson. Le nom de Vivien est intéressant au point de vue de l'asso- nance. Il rime avec ben (dont la prononciation est bien, comme l'indique l'assonance des vers 1820, 2335, 2432) aux vers 48 et 252, et assonne en ié au v. 277, tandis qu'il reparaît aux vers 2340 et 2466 dans des laisses en -an et -en mélangés*. 3. La chanson comprend bon nombre de passages qui paraissent bien être la répétition les uns des autres. Rappro- chons deux de ces passages. Aux vv. 1041-58, Guibourc sert à manger à Girard, qui vient d'apporter des nouvelles de Vivien, et qui n'a pas mangé de trois jours : Guiburc meïsme(s) servi Girard de l'eve, Et en après le servit de tuaille, Puis Tad assis a une halte table, Si lui (a)portat d'un sengler un[e] espalle. 1045 Li quons la prist, si la niangat a haste Ele li aportat ^ un grant pain a tamis, Et (dune) en après sun (grant) mazelin de vin. Girard mangat le grant braiin porcin, Et a dous traiz ad voidé * le mazelin 1. Depuis M. Kordfelt, Enfances Vivien^ 189$, plusieurs critiques ont cru prouver que le petit vers n*est pas primitif, mais le IVilhnie p)eut être cité en faveur de l'opinion contraire. Voir : O. Riese, Ueherlieferung der Enfances Vivien, dissertation de l'Université de Halle, 1900, p. 30; O. Schultz-Gora, Zeitschr. f. roni. Phil., 1900, p. 370 ss.; E. Wienbeck, Aliscans /, dissertation de Halle, 1901, pp. 14-17; W. HurxnàcVQ, Aliscans, Halle, 1903, p. xix. M. Ph.-A. Beckcr a combattu les conclusioits de M. Xordfelt : Zeitschr. /. roni. Phi!., t. XVIII, p. 112 ss. 2. Il est bien connu que le nom Vivien assonne en -an dans tous les poèmes publics, sauf dans le fVillame, Disons, cependant, qu'il assonne en -/V'dans le ms. de Boulogne du Covenant Vivien. 5. Corr. Si lui portai. 4. Corr. /:'/ a dons trai^ voidat. ÉTUDES SUR ALISCANS 245 1050 Que unques a Guiburc mie nen offrit ' Xe (ne) radresçat la chère ne sun vis. Veist le Guiburc, a Willame Tad dit : « Par Deu, bel sire, cist est de vostre lin. Et si ' mangue un grant braûn porcin, 1055 Et a dous traiz beit un cester de vin, ' Ben dure guère deit rendre a sun veisin, Ne ja vilment ne de[it de] champ fuir. » Respunt Willame : « Pur Deu, Guiburc, merci ! » Ces mêmes vers, sous une forme un peu plus longue, se retrouvent plus tard dans un passage où Guillaume remplace Girard (1400-32) : 1400 Guiburc meîsme sert sun seignur de Tewe, Puis Tad assis a une basse table. Ne pout alcr pur doel a la plus halte. Puis li aportat ' d'un sengler un[e] espalle. Li bers la prist, si la mangat en haste. 1405 II la fist tant cum ele fust mult ate. Ele li aportad « un grant pain a tamis, Et desur cel dous granz gastels rostiz, Si li aportad un grant poûn rosti. Puis li aportad un (grant) mazelin de vin. 14 10 Ad ses dous braz i out (ascz) a sustcnir. Mangat Willame le [grant] pain a tamis. Et en après les dous gasteals rostiz ; Trestuit mangat le grant braùn porcin, Et a dous traiz but un sester de vin, 141 5 (Et tut mangad les dous gasteals rostiz) Et si que a Guiburc une mie nen offrid^ Ne redresçad la chère ne le vis. Veist le Guiburc, crollad sun chef, si rist, Pur quant (si) plurat d'amedous des * oilz dcl vis. 1. Corr. Que a Guiburc une mie n'en offrit, 2. Corr. Qui si, 3. Corr. portât et de même v\'. 1408 et 1409. 4. Corr. Si li portât, S- Corr. Si qu' a Guiburc une m, n'en offriJ, 6. Corr. (Tatidous les. 24e RAYMOND WEEKS 1420 Willame apele en sun romanz, si (H) dist : « Pur Deu de glorie qui convertir me fist, A qui renderâi l'ai me de ceste peccheriz * Quant ert le terme al jur de grant juïs, Qui mangue un grant pain a tamis % 1425 (Et) pur ço ne laisse les dous gasteals rostiz, Et tut mangue un grant braûn porcin, ' Et en aproef un grant poûn rosti, Et a dous traiz beit un sester de vin, 1430 Ben dure guère deit rendre a sun veisin ; Ja trop vilment ne deit de champ fuir, Ne sun lignage pur lui estre plus vil. » « Seor, dulce amie, dist Willame, merci ! » Le récit des vers 1400 ss. se place dans une salle occupée par de nombreux chevaliers auxquels Guibourc veut faire illu- sion sur le désastre subi par son mari; cependant on parle dans ce passage — et aussi dans celui qui suit, vv. 1433-82 — comme s'il n'y avait pas d'étrangers auprès d'eux (v. 1433 ss.). Ajoutons que, si des étrangers étaient présents, Guillaume, qui vient d'oublier son deuil en apprenant que sa femme oflFre un banquet aux principaux chefs d'une nouvelle armée (vv. 1358, 1359), ne se mettrait pas à une basse table au milieu de ces seigneurs qu'il s'agirait de tromper (vv. 1401, 1402). Il y a dans cette partie du poème plusieurs autres passages qui semblent être la répétition de passages antérieurs ^ Il semble, par exemple, selon le contexte des vers 1497 et sui- vants, que ce soit Guillaume que l'on arme au moment où il repart pourTArchamp. Cependant, un vers(i302,/)Mij li baisad le pié.,,) étonne : on ne voit pas qui baise le pied de Guil- laume? N'y a-t-il pas une lacune dans ce qui précède? Et le plus singulier est que ces vers ne font guère que répéter ceux qui racontent l'adoubement du jeune Girard (1074-81)*. Encore un détail : ce qui est dit aux vers 1497 et suivants 1. Corr. Cut rendrai V aime de ceste pèche ri :;^ ? 2. Corr. Qui si manque. 3. Vv. 1483-96, cf. 1064-73; 1504-7» ^^- 1082-5; 1561-3, cf. 1086-8; 167 1-8, cL 46S-72 ; 1 679-1 703, cf. 1089-1106. 4. D'après le v. 1080, on voit que le sujet du verbe kiisad (1502) doit être (juiburc. ÉTUDES SUR ^ilSCANS 247 paraît se rapporter à un premier adoubement, à en juger par Jeux passages (1075-81, 1540-1551), ce qui ne conviendrait pas à Guilkume. 4. Plusieurs passages de la chanson portent ù croire qu'il y a des lacunes dans le texte. Girard, par exemple, parait pour la première fois au vers 349, sans qu'on puisse comprendre pour- quoi il suit les fuyards. Il doit y avoir une lacune dans ce qui précède, car il est clair d'après le vers 461 que ce héros accom- pagnait Vivien. De même, au vers 1720 ss., on annonce tout i coup que cinq chevaliers chrétiens sont faits prisonniers. Aucun n'a été mÉniionné jusqu'ici, si ce n'est Guischard qui est mort au vers 1217. La difficulté est d'autant plus grande que plusieurs des prisonniers sont de la famille de Guillaume, Or, celui-ci, d'après le vers 1522, était pani sans « nul ami charnel » '. Une difficulté analogue se présente aux vers 2336- 76, où Guibourc demande des nouvelles de Bertran, Walter, Guielin, et lleiner, qui pourtant, d'après ce qui précède, ne : devaient pas être avec son mari. La façon dont elle pose ses r questions indiquerait qu'elle a vu ces chevaliers partir avec f l'armée du secours. Encore un point : tandis qu'au vers 1540 et suivants on nous montre Guiot pourvu d'armes proportion- Inées h sa petite taille {uni: pelile hroine, une petite healnie, une tttite targe double, etc.), Guibourc dit, au vers 2357 et suivants, * «qu'elle lui a donné le haubert et le heaume de Tibaut l'Escla- ■von, mais cette armure devait être trop grande pour cet enfant . Il est possible qu'il y ait une lacune après le vers 2208. En ^flet, les vers 2231 et 2275-93 donnent à croire que Guillaume s» pris l'armure d'Alderufe; cependant, le texte n'en a rien dit ". .Ajoutons en passant que l'épisode d'Alderufe a une ressem- blance suspecte avec celui de Deramé (1888 ss.). Au vers 2054, il est dit que Guillaume désire porter le corps , «leson neveu A Orange, ville qui jusqu'ici n'a joué aucun rôle t. Il est à remarquer que les w. T720 ss,, qui annoiit-cni la cnpiiire de 3 chevaliers, ne peuveni pas faire corps dans la laisse avec les vers qui prt)- ï. M. P. Meyer, ). c, p. 615, suppose qu'il y a unt '•• V. îi 57, où le héros rcv^uit l'acmure d'.Aldcrufe. 248 RAYMOND WEEKS dans le poème. On s'attendait à le voir revenir i Barcelonj Faut-il supposer l'omission de vers où le transfert de l'actîi de Barcelone à Orange était expliqué ? Il convient de rappro- cher de ce passage ces données singulières : nous venons de laisser Guibourc à Barcelone; c'est à Orange que nous la retrouvons aux w. 2211, 2212; et plus tard, v. 2513, Guil- laume dit qu'il a mené à l'Archamp le barné d'Orange. 5. L'emploi des noms propres dans les dix-sept cent dix- neuf premiers vers est beaucoup moins sûr que dans la suite de la chanson, ce qui s'explique mal, s'il s'agit d'une œuvre d'une seule venue. On se demande ce que rcprèsenteni Seguiu Tert (v. 1107), et Tere Certeine(yv. 1095, 1116) '.La bataille iw^cî de Ginindt du vers 37; est qualifiiîe un peu plus tard la bataille dtl champdd Saraguec (v. 6îs). Nous lisons au vers 479 : Par- vient reqriile IVillatne bract, qui es: peut-être pour VUrebrace (ce dernier nom se trouve au v. 447). Il est prob,ible que le nom Baritlune se cache sous une leçon corrompue du v. éjj : Vivien demande à Girard d'aller par la lune demander du secours i Guillaume. Girard se rend en etfet à Barcelone, mais on ne voit pas qu'il ait fait ce trajet la nuit; par la lune ne s'explique pas. Il y a aussi des noms propres qui présentent des variantes singulières, par exemple, Âimtris (v. 298, cf. 1437), et JVeiMiirr/(v.2SS2, 2557, cf. 2625, 2931, 3166). Jusqu'au vers 2518, Bertrand est appelé fils de Bernard de Bru ban (voir w, 2256, 2î44et cf. 669-72), mais, aux vers 2518, 2519 (cf. 3224), on le A'm fil Beriram. On pourrait croire d'abord qu'il s'agit d'une erreur de scribe. Nous savons cependant qu'un frère de Guil- laume appelé Bertram joue un rôle dans le WitUhalm de Wol- fram. Plusieurs personnages du poème qui meurent paraissent res- suscites plus tard. Nous assistons, par exemple, à la mon de Vivien, vv. 912-27 (cf. 1288, 131 1, 1372, 1469, 1597, 16)3, 1853). Cependant, plusieurs jours après, son oncle le trouve, non pas mort, maïs expirant (v. 1987 ss.). Ajoutons que les t- Le pays indi<]iii; par Tfre Certeine parait figui Covmanl Vivim. et Fouion. Nous avons autrefois itli la Ccrdjgiic, M-uIcmeiii celte identiRcation rur du WiUamc, qui nicniionncnt le voisinagi: de In dans le Roland, le fié CCI endroii avec guère aux pa&ugc» ÉTDDES SDR .ILISCINS 20 vers 925-7 — surtout les deux deroiers — ont l'air d'être interpolés. Le vers 2099, Ne Gischard ne Girard qiiis cadtïe, est embarrassant ; Guiscliard est peui-ètre le chevalier tué au vers 1217, mais Girard est, sans aucun doute, le chevalier qui est allé chercher Guillaume à Barcelone et qui l'a. conduit à l'Ar- champ : cf. w. 17S6, et aussi 3154, î45S ip^ fi\ Cadele esc une faute pour quts cadele). Or, ce chevalier est mort au vers riyr, — Un autre personnage, Beuve de Commarchis soulève une difficulté. Pour nous, c'est le même que « Boeve Cornebut al marchis « (vv, 297, 1436), p^re de Vivien et de Guiot. On peut supposer que Cornebtil al marchis est une faute pour de Commarchis, faute qui ne serait pas sans exemple dans cette partie de la chanson ; on peut admettre aussi que « Cornebut n serait le véritable nom remplacé plus tard par de Commarchis. Cette hypothèse est appuyée par le tait qu'on donne iH « Boeve Cornebut » eti « Beuve de Commarchis » un fils appelé Guiot ou Gui. Or, le vers 297 indique que le père est mort; cf. aussi vv. 1766, 1767, et surtout 1670); ce qui n'em- pfiche que « Beuve de Commarchis w reparaisse plus tard très vivant : Rwesdi Somarchi^ (y. 2^60), BiKi'es de Cormarchii Cv. 29J0), Boeve de Comarchis (v. 2985). 6. Arrivons enfin à quelques difficultés moins graves, Vivien «Tiande son frère Guiot dans un message solennel (678-81, *^. 998-1000). Nous sommes surpris de voir que Guiot ne part <:)u'â la seconde expédition. De plus, la façon dont on éloigne C3uiot au moment où son oncle trouve le corps de Vivien, son frère, paraît suspecte (1986-2076). Dans la liste des prisonniers Çvv. 1720 ss., 2^43 ss.,2483ss., 3054 ss,)sc trouve Reiner, mais * 1 est remplacé dans la liste telle qu'on la donne au vers 3154 par <-Jirard. Le nom Errtard du vers 2986 est probablement une faute (3our Bernard : il peut aussi représenter Hernald. Quoi qu'il en ^£oit, il est à remarquer que deux ou trois des frères qui devaient prendre part à la bataille (voir aux w. 2559-65) paraissent «Toanquer, Le nombre de combattants dont le héros dispose «^ns les divers pass-iges varie d'une façon inquiétante (voir aux "%?v. 1506, 2337, 2383, 2515, et peut-être 2244). Le person- »nâge indiqué par le mot U au vers 2611, et les événements ^«uxquels il est fait allusion ne sont pas clairs. Aux vers 2801-5, diuibourc demande si l'empereur va venir. Son mari répond 250 RAYMOND WEEKS qu'il gît malade à Aîx; cependant nous venons de laisser le roi Louis bien portant à Laon. Aux vers 2527, 2528, 2580-2, on a dépeint Orange comme assiégée, mais l'armée du secours y entre sans coup férir, et sans même rencontrer d'ennemis (v. 2784 ss.). Aux vers 2928-42, l'action du poème se déplace vers l'Archamp, déplacement qui a l'air un peu forcé. Pour revenir à la géographie de la bataille de TArchamp, ce qui est proprement le sujet du présent mémoire, quelle conclu- sion faut-il tirer de la Chanson de Willame} Nous avons déjà vu que certains passages du commencement du poème semblent placer TArchampen France : les Sarrasins remontent la Gironde, et l'on annonce à Tedbalt, à Bourges, qu'ils pillent sa terre. Il faut dire que ces passages sont dans la partie du poème qui semble le plus abrégée et qui renferme le plus d'obscurités. Mais il y a plus loin un vers (969) qui nous montre les Sarra- sins en France. Remarquons cependant que ce vers n'est qu'une dernière variante — la troisième — du vers 15, déjà mentionné, le vers le plus obscur de tout le poème : Enlred que si mal des- cunorted; cf. la seconde variante, vers 41 : En vosîre tere est que si mal desanarted. Il faut donc classer le vers 969 avec les pas- sages concernant Tedbalt, passages qui seuls semblent placer en France la scène de l'invasion sarrasine, tandis que le reste du poème, comme nous allons tâcher de le montrer, la place en Espagne . D'abord, deux passages sans grande importance. Vivien, de l'Archamp, mande son oncle, qui se trouve à Barcelone, et le prie de venir l'aider en estrange cuntree *. On dirait que celui qui parle ne doit pas être en France. Au v. 1788, les Sarrasins — la scène est toujours dans l'Archamp — disent de Guiot, qui s'en va à cheval : Cist va, en France pur le rei Lmvis *. 1. Cf. ce vers : ]o m'en irrai en estrange règne (v. 3374), qui ne fait que répeter l'idée du v. 3362 : Ort m'en irrai en Espaijrne le rei^né (voir de même 3385). Celui qui parle ainsi, se trouve devant Orange. Il serait facile de réunir un nombre de passages pareils qui appuient notre interprétation. Dans le Sièi^c de Barbastre, par exemple, Bovon, qui est à Barbastre, mande son père, qui se trouve à Narbonne : Me vigne ores secorre en estrange renier (sic)y En la terre iVIispaigne; et : Qu'il me vigne secorre en estrange pais : Ms. de la Bibl. Nat. 144H, fol. 131. 2. Guillaume, vers la fin du poème, en arrivant à l'Archamp, donne congé a ceux qui voudraient revenir en douce France : vv. 295 1, 295$. ÉTUDES SUR AUSCAS5 11 y a un passage bien autrement important dans la scène de la « salle pavée a, où Guillaume explique au roi comment il est allé lutter contre les Sarrasins dans l'Archamp : Sire, diït il, jal s; __, Jo aveie Espaigne si btn aquiiei Ne cremeie home que de merc fusl ne Qjjant me mandai Vivien l'aiosd de Orenge le barni '. lel poeie veier. tlueio Il fu Le témoignage de ce passage est formel et décisif. S'il y a des lacunes, les Nfrlionesi vont les combler. Nous y lisons en effet que Vivien, devenu maitre de plusieurs villes espagnoles, grâce à l'aide de Guillaume et de ses autres parents , est menacé d'une invasion sarrasîne '. Il en avertit son oncle à Orange, qui rassemble une armée, et se rend à Barcelone, de peur que les Sarrasins ne prennent cette ville, Vivien est à Tonose, quand les Sarrasins arrivent dans leurs vaisseaux. Il s'avance à leur reocontre, perd presque tous ses hommes, et, au dernier moment, envoie son cousin Girart à Barcelone pour demander du secours à Guillaume. Ces mêmes événements se retrouvent pour la plupart dans Foiicûn, qui nous apprend que Guillaume Va d'Orange à Barcelone, d'où il sort pour faire face à l'invasion sarrastne, et que la défense de Tortose, ville conquise sur les infidèles, a coûté la vie à Vivien. Le poème ne paraît pas men- tionner Girart comme messager, mais ce doit être à cause de la brièveté du récit, car ce chevalier se trouve être l'un des trois ^prisonniers, tout comme dans les Nerbonesi. Nous n'hésitons ■5i<3nc pas à interpréter ce passage capital du Willamt dans le i . Le o barné d'Orange n esc meniionné plusieurs fob dans les poèmes : m: ^^■4^, Mio; AL 1847-8, 1817,801; ITiV/iim*. 234;. Cf. Wcr/wnM/*, . p. 146- 2. Nfrboiini, 11, pp. 1-165. Les Enfaiiçts CiiiV/aunwavaienl d^i annoncé a'il allait conquËnr l'Espagne, et en doter ses frires, ci nombre d'autres appuient cette ïniention. Pour les passages àt.% Nerhoaesi dont i! s'agit S critiques les ont déclarés sans valeur ; Jeaoroy, I. c, 192. noie i ; ■r. QufUrincirl, 37 ss. Dcnsusianu. cependant, PrUr de CorJnt, xij, i. \e momre un peu plus favorable, en quoi il a pkii 232 RAYMOND WEEKS sens indiqué par ces deux autres textes, et nous croyons que Guillaume veut dire : « Sire, j'avais si bien conquis l'Espagne que je ne craignais personne au monde, quand les Sarrasins y ont fait irruption, et Vivien m'a mandé de venir au secours avec mon i^rw^ d'Orange. » Mais, pourrait-on objecter, ces vers ne peuvent-ils signifier : a J'avais conquis l'Espagne, quand Vivien — qui était n'importe où ailleurs — m'a mandé? » Et le barné d'Orange, ne peut-il vouloir dire tout simplement « mon armée » ? Pourquoi faut-il supposer que Vivien se trou- vait en Espagne? A ces questions nous répondrions que les mots « barné d'Orange » pourraient bien signifier en eflFet la troupe de Guillaume en quelque lieu qu'elle se trouvât, qu'il est cependant probable qu'elle est partie d'Orange, et qu'il est certain qu'elle s'est rendue en Espagne \ Pour le départ d'Orange, la scène du retour de Guillaume ne laisse guère de doute. Les questions si précises de Guibourc, qui commencent au vers 2336 : « Sire, dist ele, qu'as tu fait de ta gent, Dunt tu menas quatre mil et .vu. cent ? » seraient presque inexplicables si elle n'avait pas vu partir d'Orange l'armée. Nous considérons donc cette ville comme le point de départ de l'expédition men- tionnée dans le passage 2509-15 du Willame, Mais le terme de son voyage, pourquoi le placer en Espagne? Parce que le poème lui-même l'y place, car il dit : Li quarts WMlame ert a Bar^elune (v. 932) \ Orange et Barcelone sont deux points fixes; on ne peut pas sortir de là. Guillaume est certainement supposé être parti d'Orange pour Barcelone à l'appel de son neveu. Cela étant, peut-on dire que Vivien l'a mandé du bord de la Gironde? Non, certes, car, en allant d'Orange à la Gironde, on ne passe pas par Barcelone. Mais il y a une chose encore plus forte, qui montre l'impossi- bilité de la Gironde comme emplacement de l'Archamp; c'est que le poème dit que Guillaume venait justetnent de revenir de 1. Un passage à considérer ici se présente au v. 2253, où le héros, arrivé à Orange, dit à sa femme :Ja repair jo iel Archinip (cf. 2481). 2. La mention de cette ville est des plus formelles. Outre les w. 951, 932, elle se trouve probablement indiquée au v. 633, où les mots : par la lune sont, à notre avis, une erreur du copiste pour Baiychine. ÉTUDES SUR AUSCANS 253 Bardeaux au moment où un message lui annonce à Barcelone le péril mortel de son neveu '. Si Guillaume s'est transporté d'Orange à Barcelone afin de pouvoir venir en aide à Vivien, n'est-il pas naturel de croire que celui-ci se trouvait dans le voisinage de cette dernière ville ? Mais où le chercher en Espagne, cet Archamp mystérieux ? La chanson, ne fournit-elle pas d'autres indications sur son emplacement ? Il y a en effet un autre passage qui pourra nous guider dans notre recherche. Il est dit, au v. 3 500, que Guillaume donne à Renoart tote la tere Vivien le b^. C'est sans doute de cette a terre » que le jeune héros a mandé son oncle ; c'est ici que doit se trouver l'Archamp. Seulement, ces terres, le poème ne les nomme pas. Si nous nous reportons à l'endroit corres- pondant d'AliscanSy nous lisons que Guillaume donne à Renoart Tortelose et Portpaillart (vv. 8317, 8318). En effet, il est facile de voir que la légrtide qui place le fief de Renoart dans ce pays est la seule accréditée. Selon le Maniage II, on lui donne Porpaillart a et le pays * ». Selon l'excellent ms. de Boulogne d'Aliscaniy on le fait roi de toute l'Espagne K Selon I . Li quoDS Willamc ert a Barzelune, Si fu repeire d'une bataille lunge Qu'il avait fait a Burdclc sur Gironde. Perdu i aveit grant masse de ses homes. Este vus Girard qui nouvel li cunte (932*6). Cf. vv. 1015-18. Plusieurs autres sources font allusion à une bataille livrée par Guillaume à Bordeaux ou sur la Gironde : vid. Courouuement de 'fi.ouiSy 2020, ss. ; Oxirroi, variante du v. 160, cité par M. P. Meyer, \ecueil d'aticiens textes ^ p. 244. Cette expédition est mentionnée dans le ".(n'enant. Nous y apprenons aux vers 837-42, que Vivien, cerné par ^* ennemi, demande s'il n'y a pas un de ses chevaliers qui ira chercher son •ncle Hn Bordclois, ou li cuens est reniés, Ou a^Orange, ne sai dire lequel, A son barnoge que il a assemblé. Le ms. du Covenant, Bibl. nat. fr. 1448, porte, au lieu de Bordelois, Bar- B^luQ<^f forme assez fréquente de Barcelone. 2. W. Cloetta, Archiv fur Jus Stttdium dcr tieueren Sprac}}eu, t. XCIII, 3. Voir l'édition de G. Rolin, vv. 4955, 4959, et TéJ. de Wienbeck, Hartnacke et Rasch, p. 336, vv. 26, 30, et vv. 8170, 8240 et 8376 ss. ms., étant incomplet par la fin, n'offre pas le passage correspondant aux 254 RAYMOND WEEKS les Nerbonesi^ il devient duc d'Aragon, et on trouve dans un autre passage fort intéressant du même recueil ces mots : « giunti a Barzalona, vidono le terre perdute che erano di Vidiano » (II, 389). Aliscans ne dit pas qu'il s'agit des terres de Vivien dans le passage que nous avons cité, car il a trop altéré l'ancienne géographie pour qu'une telle indication soit possible. D'après ce poème, le lieu où est tué Vivien et l'em- placement de la bataille paraissent être dans le voisinage d'Orange, par conséquent la mention de Tortelose et de Port- paillart ne peut pas s'expliquer comme une glose des mots de l'original : totela tere Vivien le ber(y. 3500). La tendance géné- rale du poème s'y oppose, à tel point qu'on comprendrait mieux la suppression de ces noms de ville, en tant qu'équivalent du v. 3500, que leur intercalation. Les témoignages de ces deux passages se complètent donc d'une façon assez probante. L'exa- men du fVillanie nous ramène par un autre chemin à ce même pays de Tortose et de Barcelone qu'avaient indiqué Faucon et les Nerbomsi \ Afin de ne pas trop compliquer la discussion, nous avons traité le Willame comme une unité, sans tenir compte de la coexis- tence, supposée par nous, de deux rédactions de la bataille. Disons cependant que, si l'on veut admettre la réalité de ces deux rédactions, notre argument sur l'emplacement de l'Ar- champ n'en devient que plus fort. En effet, toute l'action de la vv. 8317, 8; 18, mais il a dû le contenir : voir à cet égard, p. xlv, xlvi. Voir aussi les variantes de Rolin, pp. 124 (v. 761 1), 128. Une opinion intéres- sante sur la conquête de ces villes par Guillaume a été exprimée par M. Jeanroy dans la /?«7/ir 077/«/Mr, 1896, p. 349 ss. L'auteur nous semble avoir pleinement raison. Pour ce qui touche Rcnoart, nous avons tâche autrefois de montrer que ce héros s'était substitué pour Vivien dans bien des passages de la seconde partie d\4lisians, et que c'est grâce à ce fait qu'il devient roi couronné en Espagne. Voir The Messenger in Aliscans,^, 146-150. 1. M. A. Jcanroy se trompe donc en pensant que c'est par erreur que les Xethonesi ont placé la bataille près de Tortose : Romaniay XXVI, 192, note i,cf. 181, note I, et 193. De même. M. Ph.-A. Becker, QueïUrturrt der Stoi'ie Werlhviesi, 1898, p. 41, où la dernière phrase de la page est surtout malheureuse. Le critique ne pouvait pas prévoir que la découverte du IVil- liitfie allait doniiLT raison aux Nerhotiesi. M. A. 1-. Reinhard, Quelleu der \t'r}vnest\ suit évidemment .M Becker, et se trompe également. ÉTUDES SUR ALISCANS 255 rédaction A y qui selon nous fait suite aux épisodes de Tedbalt, se déroule en Espagne. On y voit Guillaume et sa femme éta- blis: à Barcelone, avec leurs neveux. On dit de lui qu'il est revenu à Barcelone de Bordeaux, et que Guichart revient à Bar- celone de l'Archamp. La présence de Guibourc à Barcelone est appuyée par un passage de Foucon \ Il n'est que naturel, si le siège de Guillaume est à Barcelone, que la scène des exploits de son « neveu » se trouve encore plus en avant dans le pays sarrasin, et ce serait un contresens, à notre avis, que de vouloir appliquer à une région de la France l'émouvant message que Vivien adresse à son oncle à Barcelone : Aider nie vienge en estrange cuntrà (y , 68 1). Nous avons terminé notre examen de la géographie de TAr- champ selon le Willame, Comme on a vu, il y a contradiction entre les données des épisodes concernant Tedbalt et celles du reste du poème, mais il n'est pas difficile de choisir entre ces deux témoignages, dont le premier n'est confirmé par aucune preuve, soit interne, soit externe, tandis que le second, au con- traire, est très appuyé *. VII TEMOIGNAGE DES AUTRES CHANSONS DK GESTE AU SUJET DE l'emplacement DE LA BATAILLE Le Roland de Châteauroux et celui de Venise VII montre une certaine connaissance de la géographie de l'Archamp. Dans ce poème, les Sarrasins préparent une expédition qui doit remonter l'Èbre pour se rendre à Saragosse. Ils cinglent sur la mer : Perse costoicnt, TArchant et Balesguer, Et Portpaiart, Orabioi et Belcler K 1. En Biinelone ont mise tua tfioilîier, ms. de Londres, fol. 279 vo; ms. B. N. fr. 778, fol. 206 vo; ms. B. N. fr. 774, foL 118 r»). 2. Nous sommes porté à croire qu'à Torigine les épisodes de Tedbalt n'avaient rien à faire avec le reste du poème. 3. W. Focrster, Das Allfran;^. Rolandslied (Jltfraii;^, Bihl., VI), p. 228.  la p. suivante, on mentionne encore Tortelose dontfu rois Josuer. Ce dcr- 256 ' RAYMOND WEEKS Les deux derniers noms reviennent souvent dans Foucon, où le premier indique le château fort de Tibaut, le second, le pays devant Gmdie. Sauf pour le mot vague Perse, nous sommes ici en plein pays de Vivien, Guillaume et Foucon. Dans les Enfances Vivien, les exploits du héros se déroulent en Espagne. On y dit qu'il doit conquérir, outre « les Archans », plusieurs villes, qui semblent appartenir à la Cata- logne : ce sont les mêmes villes que nous connaissons déjà : Balesguer, Tortelose et Portpaillart *. Appelons encore une fois l'attention sur tout ce qu'une pareille mention a d'impor- tant, dans un groupe de poèmes qui s'oppose si nettement à AliscanSy d'après lequel les « Archans » seraient dans le voisi- nage d'Orange. Après la lecture des Enfances, on a peine à s'imaginer par suite de quelles aventures le héros irait se faire tuer aux Aliscans d'Arles. Le Covenant, dans l'édition de Jonckbloet, donne à croire qu'on peut aller d'Orange au champ de bataille en quelques heures *. Si, cependant, au lieu de se limiter à l'édition impri- mée, on se reporte aux manuscrits, on y trouve des indications bien différentes ^Nous avons déj;\ dit que lems. fr. 1448 delà Bibl. Nat. porte Bargelune au lieu du Bordelais du v. 837, ce nier nom se trouve plusieurs fois dans Foucon : Bertram a pris autrefois Vcnseigne de ce roi dans la bataille « aux ports de Balesguer ». Dans l'édition critique d'E. Stengel, se trouve mentionnes ensemble au v. 3593, Espepie, Tortelose et Baîcaire. M. Stengel se trompe en supposant que cette dernière ville est peut-être le Beaucairc français. Belcaire est encore mentionné sur des cartes relativement récentes de la Catalogne, au xvii« siècle. Au sujet des deux vers cités ci-dessus, M. £. Langlois dit, dans sa Table des noms propres diitts Us clhtttsotts Je geste (Paris, 1904) . « Orabloi, pays situé entre Portpaillart et Bclcler. » Hn fait, nous n*avons aucun moyen de déterminer la position relative de ces villes. 1. Le texte nomme aussi Brodelu^^ selon certains mss., Bitrjelotte. Le pre- mier de CCS noms doit en effet indiquer Barcelone. Vu les variantes, il ne faut pas attacher beaucoup d'importance au v. 5922 du ms. 1449, ^^^ ^^ *^'t du roi, qui est venu en Espagne au secours de Vivien : Droit en VArcJxint est li rois descendu. 2. Voir les vv. 1210-4, 1225,1757-62. 3. M. A. Tcrrachtr a eu l'obligeance de nous communiquer des copies de la plupart des mss. du Coienant, et nous Ten remercions cordialement. ÉTUDES SUR AUSCANS 257 qui appuie, jusqu'à un certain point, le WillamCy les Nerbonesi et Foucon. Dans ce même manuscrit, il y a un passage impor- tant qui appuie, en ce qui touche la conquête de « l'Espagne », le récit des Nerbonesi et des vers 2509-14 du fVillame, que nous venons de citer. Vivien et ses hommes, enserrés dans l'Archant, proposent de se réfugier dans un château : Se la poens .j. poi prendre herberge, Bien nos tenrons par force et par poeste Tant que secorre nos revenra GuiUelme, Li cuens Bertrans, e dans Gantiers de Termes, Gandins li bruns, li pros et li honestes, Hunaut de Saintes, qui mainte joste a fête, Qui a Orange ont reforbis lor helmes ^ Le ms. de Boulogne, qui offre une rédaction à part, et qui parait contenir plus de traits anciens que les autres mss.,dit que Vivien, après son adoubement à Termes, s'en va vers Espaigney où il assiège et prend Barcelone, Balesgués, Tortelouse, et Portpaillart, ville? qu'il donne toutes à Guillaume. Puis, il va en a Âlissans », appelé aussi « Archant ». On annonce à Deramé, à Cordoue, ces conquêtes : Pris a Maldrane et Mirardos tués. Si a pris {corr, Prist ?) Bargelonge (et) les tors de Balesgués, Et Tortelouse et Portpallart sor mer. De vos paîs a molt ars et gasté. Et si n*a mie .xxii. ans passés. N*a (encore ) que .vu. ans que il fu adoubés. Ore est logiés en Alissans sor mer. (Sire,)secor tagent, ou tôt serront tué'. Le texte de Jonckbloet avait un vers 62 (qui paraît exister ^ âiiieurs dans presque tous les mss.) // sont entré en Espaigne ^ ^^^nty mais on avait esquivé la difficulté eiv disant que le ^^^Tk^ néglige de nous dire que Vivien quitte plus tard l'Es- ^fS^^^ et qu'il s'établit à « l' Archant », sur le Rhône, près . 1448, fol. 208 vo b. — Cf. JonckUoet, édition du Covenant, v.737, est différent. . de Boulogne, n© 192, fol. 83 v». dr, par exemple, M. A. Jeanroy, Romunia, XXVI, p. 181, note i. tiih XXXI f 1 7 158 RAYMOND WEEKS Il n'y a qu'un seul passage du Covaianl qui indique le cira< tière des Aliscans, ei ce passage est évidemment une inten lation due aux pèlerins de Saini-Gilles. On lit dans l'édilii de Jonckbloet, que les prés du champ de bataille d'AUschai furent rouges de sang : Entor k ivicnt U pèlerin asse:^ Qt ' Saint Jaque ont le chemin torné (vv. 1758-62 '). Les mss. Londres et de la Bibl. Nac. fr. 24^69 portent : SainI Gile, qui indique plus clairement que l'autre leçoD qu'il s'agit d\ cimetière ^ Disons quelques mots du témoignage d' Aliscans. Ce poèi donne l'impression que l'emplacement de la bataille n'est très éloigné d'Orange '. Au retour du héros après ia défaite, dit, en revoyant les murs d'Orange : À corn grant }oie m'en h l'autre icr'\ Aux vv, 3947-94 les Sarrasins ont pris et bri Orange, mais ne pouvant pas prendre la tour, ils s'en sont' retournés droit vers l'ATchant Por faire engin, dont la tors soit quasséi. Guillaume et son armée arrivent ce même jour devant la ville. Guibourc les voit, et croit que c'est de la gcnt sarra- sine, Ki ja se j'ust de l'Archanl relortià (v. 4Ô24). L'ensemble de ces passages laisse l'impression que l'Archant ne peut pas être très loin, et qu'il doit se trouver sur la rive gauche du Rhône, car on ne parle jamais de la nécessité de passer ce fleuve, qui n'est pas mentionné. Le ms. C (Berne) A' Aliscans dit au v. 7367 ss. que l'oa, Cf. l'explication, au sujet de la version des Ncrboarsi, de M. k, F. Reinl Qtuittn der Slarie Netbontsi (dissertation de l'Université de Halle, p. 7;. Ajoutons que la physionomie espagnole du texte se trouve renforcée pa.r les aoms Guielin de Terrucone (c'est-à-dire, Tarragone) et Gutbnt de Saragoasc. Le nom Tarragona se présente souvent avec une forme qui prCte confusion, dans les sources d'origine frinçaise; ainsi, dans Bouquet 1]} : Tbaraicon [fitilts de Lmtii U D/honiiaiie, traduites de !a Vita Fii de I Astronome ; et aussi la liste des archev£chcs de la Caulogne. d*j Gui de Bazoclie, où on trouve Tiranonemis , Bibl. Kai,, lat, 4 fol- 6} v°, 1. Ce passage manque au nu. de Boulogne. 2. Ms, (Je Londres, fol. 140 r», c; ms. fr. 14169, fol. 196 r». D"< une communicattoD de M. A. Tcrracher. î- Voiries v^. ijfKi, 5974-91,4024, 4166-9, 4676-4783 4. Le ras, a pone .iwin( Irr. -M ÉTUDES SUR ^LISCINS 259 bâtit une églbe sur le lieu où fut enterré Vivien, et que l'on consacra le maître autel à Saini-Honorat. Ceci indique sûre- ment l'emplacement du cimetière des Aliscans d'Arles. Nous allons revenir bientôt sur ce passage intéressant. Une mention pareille se trouve dans Aymeri de Narbonne, où on dit du jeune héros : En AUscham GuiUaumesl'enfoi\ Encore igislilores(\\. 454}, 4544)- Mentionnons enfin un dernier passage A'Aliscans. A la fin de h chanson, les Sarrasins s'enfuient vaincus. Le ms. m (Bou- logne) dit : Espaigite laiisenl Guillaume au cort nés '. La bataille est censée s'être livrée à Aliscans ou i l'Archant, ce vers est donc il citer entre les passages qui portent à croire que l'empla- cement de la lutte est en Espagne. VIII TÉMOIGNAGE DES CHROKIQUES Nous allons dire rapidement quelques mots du témoignage des chroniques et d'autres récits au sujet de la bataille et du cimetière, sans parler toutefois du combat de Guillaume de Toulouse près de l'Orbieu, qu'on n'a pas jusqu'ici réussi à identifier avec la bataille d'Aliscans. Le cimetière d'Arles est mentionné, toujours sans indication de la bataille en question, dans V Histoire fabuleuse de CharU- ntagne ', dans la Chronique de Philippe Mousket (8970 ss.), dans la Clironique de Saint-Denis '. Reinaud, dans son livre Sur les invasions des Sarrasins en France, parle d'un combat livré devant une ville qu'on pense être Arles *. Il cite Roderic . Voir RoHn - 494 i ÉJiii 1 de \Vienbe.:k, Hartnai:ke et Rasch p. }S6. V. 11. 1, Voir Philippe MousUt, éd. ReiffenberR, lome 1. 472. 11 est vrai que Gautier de Termes se irouve entre ceux qui, selon VUisloire, sont entcrr»is i '^rtes, mais il faut temarquer que pour l'iuieur, ce héros périssait à Rodcc- Vaus. ouvr. cité. p. 471. Z.« Grandes Chr.'iiiquts dt Fraiia(P. Paris, II, 278J, font enterrer ce chevalier i Bordeaux. j. Voir Bouquet, Recueil, V, 308, Le ciciii par Dante : Injrrno, IX. 112-;, et uilleuts. 4. Im-asioiii lia Sarrau ns{iS je), pp. i8-40. 2éo RAYMOND WEEKS Ximenîs, qui écrivait au xiii' sit;cle, mais les données sont trop vagues, quoique ceruins critiques, en voulant à tout prix trouver quelque chose qui appuie Aliicans, y aient vu des traces de la bataille livrée i ictl jor que la John Ju gratis. 11 reste acquis que, si jamais le nom de Guillaume s'était trouvé mêlé à ces événements, on ne l'aurait pas laissé disparaître de la légende. D'un autre côté, il se peut bien que l'existence de cette tradition, même vague, que mentionne Keinaud, ait aidé à faire dévier vers Arles le champ de bataille de Tortose. Il existe un passage que personne n'a cité jusqu'ici, quî nomme Guillaume et Vivien, dans une lettre écrite en 1 20 j envi- ron par Michel deMorèze, archevêque d'Arles, Ce prélat fait un appel à b chrétienté pour la restauration de l'église de Saini- Honorai, qui se trouve « extra muros urbis Arelatensis in cam- pis, qui vulgariter dicuntur Elysii ». Entre autres choses, il dit : « Habec haec ecclesia coemitertum spaciosum, in cujus sinu corpora infinita eorum requiescuni, qui sub beato Carolo, et beato Willelmo et Viziano nepoie ejus, triumphali agone peracio, proprio suntsanguine laureati ' «.Nous avons affaire ici à une extension toute naturelle de la légende que rapporte le faux Turpin, selon laquelle beaucoup de héros, morts à Ronce- vaux, ont été enterrés aux Aliscans. Nous savons que cette légende a contribué à en faire naître une autre : celle qui place auprès d'Arles une lutte de Charicmagne contre les Sarrasins. Rappelons entre autres témoignages l'inscription bien connue de l'église de Sainte-Croix '. Quoi de plus naturel que I. Petrus Saxiui, PoHtificium Ârtlaltnit (Aqrih Scutiîs. i6ii>), rÉimprimé dans Menckerii. Siriplora Rtrum CtnaaitUarum, 1. I, 169 ; Faillon, Mon, Jt SainU Marie- !^(idil.,x. II. col. 719-34; H. \iouchie, Clmogniphie df kl Pt» (Aix, 1664), 1. 1, ;i4. Selon ce dernier Éiuic!ur,Gerviiis de Tilbury dit prcs<]ue b mime chose que Michel, miii • pus auuni que cet i!vèque *. Il esiini^tcv )4ni de noter que Bouche écrit en raui,c, en face des noms citèi par Michel : ■ Let principjUK cavaliers deClurlemagne, lueien Espagne, pone«ei ensevelis icy. • La lettre de Michel ■ paru en dernier lieu dans la GaUi^ chriitiana novùtima, de l'ahM Albaniis, I (i90i)> P- ï'^i où elle est ainsi datte : « taoi f •> Kcmirquons ausiî queceite édition imprime ÀlisH au lieu du moi Elyiii. a. Voir Menckenius. Scriftottf Retum Gemumicutum , I, p. 219; P. Saxius, PoHlipcium Artlalenu : u in quo quideni monasierio plurcï de Fnncia ibidem dcbellanies sepulti sunt. ■ M. P. Meyer croît que cette inscription en du xiii' siècle (liomaHia, 1, 57, j8). ÉTUDES SUR .1LISC.1SS 361 ■ d'ajouter aux martyrs de Roiicevaux ceuxde l'Archamp, tombés eux aussi en Espagne au cours d'une expédition ' ? Quoi de plus naturel encore que de faire croire à la fin que Vivien et ses compagnons ont péri li où l'on montrait leurs tombeaux, aux Aliscans? L'obscurité qui s'est faite bientôt sans doute autour de ce mot étrange de V^rchamp, et sa ressemblance au mot AUicamps, auraient contribué à amener ce changement. Le plissage de M. de Morèze ;^ue nous venons de citer, à quelle étape de la légende appartient-il? A ne considérer que ce pas- sage, on dirait que les héros dont il s'agit ont dû périr là où se trouvent leurs tombeaux. Tel, en effet, selon nous, est le sens de ce passage si i.mpottant. Malgré la légende du transport des morts de Roncevaux, l'imagination populaire, comme nous \^enons de le voir, n'a p.is tardé à se représenter Cliarlemagne combattant les Sarrasins auprès d'Arles, fait attesté par \s. Kaiser- trhrtmik d'après des sources qui paraissent remonter au sii' siècle. Selon nous, M. de Morèze croyait que les corps des héros morts â Arles sous Charlemagnc, Guillaume et Vivien, y compris le corps ^itcedernicr reposaient au cimetière d' AUscans. Pourquoi faire une «distinction en faveur du corps de Vivien ? C'est un point qu'il ■vaut la peine d'éclaircir. Nous remarquons d'abord que les lieux de sépulture des deux autres héros étaient trop bien con- nus pour qu'il fut possible de les transférer aux Aliscans ', ^t en outre qu'ils n'avaient pas péri dans la bataille. Le I 1 éitiJEc djns sa forme premiËre. le riicii du la mort de me ressemblatici; de plus en plus accentufe nvec U mort *Je Roland. Tous deux meurem dans une expédition • fhri-iknne 0 en Espagne; tous deux font preuve d'une darnivirt sublime, en refusant de «lundet à temps leur oncle. Vivien, comme Roland, semble avoir eu à tenir ^vntre tes infidèles un d<ïlilÉ ou un posie avani.'é : voir le IVillame, 260;, 3606, 676. Enfin, tous deux ont éié iraliîs. Le v. i6oj du fVîllame, tout '^'îbrant d'indignaiion, en fait preuve pour Vivien, de mCme que les quatre «:CDK premiers vers du poème. Tlbauc de Bourges est peui-érre l'original de Tibaut d'Asprcmont, parent de Ganelon, qui paraît dans plusieurs chansons XI y a un passage iniiressani des Ntrbont. anurir, maudit Tibaui et Ganelon. et » cet 3(4. L. Gautier a cru le type de Vivien calqué IV, 8. Nouî ne voudrions pas, cepcndani, soun i. Charlcmagne, e Tibaut d'Arabie " : II, celui de Roland : Èpcpén. cette ilitse. «*«« il est vrai Pjtii ou i. Sji selon laquelle le corps de Cliarlemagne i i-Dcnis, cl enterré dans un lieu cjclié. 262 RAYMOND WEEKS cas de Vivien était tout autre, vu l'obscurité relative de ce héros. En outre, il ne faut pas oublier un fait constant dans les récits de la mort de Vivien : c'est que, le corps du héros reste sur le champ de bataille ; c'est là qu'on l'enterre '. Il a dû exister bien avant la fin du xii^ siècle une légende qui montrait le tombeau de notre héros sur l'emplacement de son trépas. On en voit des traces dans le soin avec lequel son oncle, dunsAliS" canSy quand il voit qu'il ne peut emporter son corps, le rapporte et le remet là oh il l'a trouvé^ c'est-à-dire, sous l'arbre, au bord de la fontaine (vv. 902-5). De même, à la fin de cette chan- son, alors qu'on vient de remporter une victoire, il serait tout simple de transporter le corps à Orange, où une tendresse pieuse entourerait d'égards touchants les restes du héros. Mais non ! Son oncle va le regarder au bord de la source, le fait mettre entre deux écus. Et dessous Varbre bêlement enterrer (vv. 7364-9). Pour Vivien, indiquer son tombeau, c'est indi- quer le lieu où il a péri. Nous croyons donc que Michel de Morèze connaissait la légende selon laquelle les chevaliers tués dans la bataille près d'Arles avaient été enterrés dans le cimetière voisin ; il connaissait aussi l'autre légende qui faisait du cimetière même le lieu où Guillaume et Vivien avaient combattu et où Vivien avait succombé. On trouve en partie les mêmes faits rapportés quelques années plus tard, dans le premier quart du xiii* siècle, par Gervais de Tilbury, qui puisait évidemment lui aussi, à la même source que Michel de Morèze, c'est-à-dire dans les légendes populaires ou monastiques ^. 1. Il est inutile de citer ici les passages bien connus qui appuient cette assertion. Disons toutefois que la rédaction A du IVillame, qui est très courte, ne parle naturellement pas d'enterrement (vv. 926, 927), et que dans les Nerbottesi, Tibaut fait chercher le corps du héros et le fait enterrer chrétîenike- ment dans une église. Les circonstances indiquent que cette église doit se trouver dans le voisinage du champ de bataille. 2. Otia imperialidy dans Scrtpl. rerum Brunsvicensiuni ^ t. I, p. 990; cf. Liebrecht, des Gervasius von liîbury Olia imper ialia (Hannovcr, 1856), p. 42. Le passage est cité par Gucssard et Montaiglon, Aliscaus, p. x, xi, avec de légers changements. On croit voir — et probablement avec raison — le nom de Viviarius sous le nom Jouiati us ^ que cite à côté de comcs Bertratnus, Gervais de Tilbury. Ce nom Jovianus a peut-être eu son point de départ dans le Iivftius de Turpin. ÉTUDES SUR JLISCASS li, I La vie latine de saint Honorât, qui date du milieu environ du xni* siècle, fait périr Vivien à Arles, et la vie de saint Por- chaire, de la même date, dit que le jeune héros est mort dans une bataille contre les Sarrasins, qui avaient pris Arles; les chrétiens sont défaits à l'endroit où Vivien a trouvé la mort '. Raimon Feraut, auteur d'une traduction faite en 1300 de la vie de saint Honorât, fait mourir et enterrer Vivien aux Aliscans d'Arles, là où plus tard s'éleva son tombeau '. Il périt en 0 Aliscam. devant Arle lo Blant, » selon le Roman d'Arles, com- position étrange et embrouillée, qui paraît avoir été écrite vers le dernier quart du xiv siècle ', Le récit des Nerboitest est le seul en prose, à noire connais- sance, qui place Aliscans en Espagne. L'auteur y voit Alicante, l'ancien Lucentum ♦. Il ne pouvait pas placer ailleurs Aliscans, car pour lui la grande défaite et la mort de Vivien eurent lieu en Espagne. Le compilateur de la Gran Conquista de Ultramar, qui écrivait au XIU'' siècle, dit que Vivien est mort à Aliscans en Provence dans la grande victoire remportée par Abderraman, oncle de Tibaut l'Esclavon ', Il existe un passage du plus haut intérêt pour le nom Arcbamp dans la ChronographU de Gui de Ba^ioche, ouvrage qui paraît remonter à la fin du xn' siècle. Ce passage inédit est, ;\ notre con- naissance, la plus ancienne mention dans un texte en prose du tnotArchamp, et renferme une nouvelle explication du sens de ce mot étrange. L'auteur parle de Charles Martel : lostruciis itaque copiis, Sirraircnos non soluni a linibus suis cxpellit, scd t^xeis plus quiin sepungenla tnilia periniît Juabus nuxiniis preliU, uiio ptopc I. Rtmania. V, 147 : VUI, 481 ss; XXVI, lyfi ss. 1. Rn'ue dti langius romanu, XXXII, iîi ss ; Hommia, XXVI. 176 se. Oins UD passage bien connu, Raimon Feraui pailu du vas (tombeau) fesian, VI d'un mirack qui s'y fait ; Vida de iant Honorai, id. .\.-L. Sardou, p. 78. j. Rniie du ianguts romanti, XXXII, 496 ss. 4. Pour l'auieur Je cette compilation, Jlismnti veut dire à peu pris la Cljtalogiie. 1! place Barcelone, par exemple, en Aliscaoïe : I, p. ï86, cf. II, livre V. Ajoutons «pendant que l'appendice de ce livre (pp. 91-145), qui «lonnc une autre version des mêmes événements, ne fait aucune mention d'.Miscante. 5. Voir la Gtan Conquifta, p. 9s (dans Its Aulores Espafiohi de Rivade- «cyra). 264 RAYMOND WEEKS Narboium. altero secus Arelaten in campis aridis a sicriliiaie, vcl dijîii. diciis 3 requie sepultorum ibi corporum miliiie chmiianc ', ^H Il ressort clairement de ce passage que Gui de Bazoche, ^| mort en 1203 , connaissait le mot Archamp comme équï- ^P valent du mot Aliscans. Il y a quelques années, la découverte^^^- de ce passage aurait été accueillie comme la preuve tant cherché^*-^ de l'existence de ce nom de lieu dans le voisinage d'Arles ^^ __ L'argument tiré du IViUame et des autres chansons de gest»;».^ impose cependant une autre explication : le transfert de l'Ar»- ^ champ aux Aliscans était un fait accompli au moment q^— ^ écrivait Gui de Bazoche, tellement que pour lui l'emplaceme»- ~=^ du cimetière avait deux noms. Il rapportait donc à l'histoire » Charles Martel ce nom de l'Archamp qu'il avait appris par f chansons de geste sur Guillaume. Sa conjecture à'aridi cnfn^,,^ tout en ne convenant pas à la description de l'Archamp dans ïViUame, où il est fait mention plusieurs fois d'eau, a cep-_ dant de la valeur : pour l'auteur, ce nom de lieu était Archa et non pas Larchamp. IX * LES ÉTAPES Dt LA LÉGENDE Dans cet examen un peu rapide des chansons Je geste ei chroniques, on a constaté que les sources les plus ancien placent la bataille dite d'Aliscans en Espagne. Voici ces sourc le Willame, le Roland rimé, Foucon, les Enjatues Vk-im. WilleMm et Aymeri deNarbonne la placent aux Aliscamps d'ArS tandis que le témoignage du Coivnanl et à' Aliscans reste inc» ^--^ tain. Ce dernier poème, cependant, sauf pour une leçon du ms ^ (Boulogne), laisse croire vaguement que la bataille s'est IÎ\t dans le voisinage d'Orange '. Il faut dire aussi que le seul ms. I. Bibl. nat. lai, 4998., fol. îs r°. M. J. Bidier nous signale i analogue dans une lettre de Gui de Basoche, dtée par Wattcntiach 1,.^ Archiv ier Gessthchafl f. àlltre deitlstht Otschichlskuiidt, XVI, p. loj). L, leur parle des Alisi:anip5 d'Arle* « qui sunt el dlcunlur arîdi campi. 1 1. Il n'est que juste, cependant, de dire que loua les mss. ou presque C^ contiennent le v, // ioni entré ta Eipaigw la grani, appliqué i Vhrien « ses compagnons . Le po^me place donc en réalité les exploits dii htrcv ' Espagne. tTDDES SUR AUSCANS léj j Cotxnanl qui offre quelque chose de précis, le ms. de Boulogne, F place la scène du combat en Espagne. Aucune source antérieure Au XIII" siècle n'indique le pays d'Arles comme lieu de la lutte. Les seuls passages d'Aliscam (ms. C, v. 7367 ss., au sujet de l'église de saint Honorât) et du Covtnant (au sujet des pèlerins de saint Gilles) qui favorisent Arles, sont de pieuses intercalations, que personne assurément ne présentera comme des témoignages sérieux. D'où donc est venu l'opinion presque générale qui ■place notre bataille aux Aliscans d'Arles ' ? Pourquoi l'ancienne I I - Il serait impo^ible de cittr ici tous les critiques qui placent celle lutte •■•"'^s d'Arles, Voici.pris au hasard, quelques-uns de ces passages des critiques: ï*aris. Manuscrits Jranfois, i, 311, III, 14;; Grandes Chronfquts de »**€, 11, 276; mérae auteur, Hàl. litt. dt Sa Fr., XXII, jOS, et Clxtnson f^^a '^-''"licche, U, ii9, note j :Reinaud. Im^ioiiides Sarrasins en Fr., i8}6, }9 **<ï-»rfenberg, Chrmtique de Philippe Mouskel, i8}6-iaîS, II, S5-1. "O" ; Jonck- ■*^**sï,G«i7JiiHinei/'0raiip^, 1854, II. 44, 50, S6-64 ; Tarbé, Foulque de Candie * &&«, 168 ; Guessard et Montaigloti, AVwans (1870), ij, iv, viij ss. xij ; San ^^'•-«■-Tc, Vditr WoSfram's i: Eichttibacli RilUrgtdicht (1871), Ji ss ; K. Roth ■^*-"'» '•-«/)/ bti AliKhanid^Ti), jo, ji ; L. Deniaison, Aymtriâe Niirfonne(i8H7). ' *=*=vij, n, Tabit ; G. Paris, Manuel (1890), 40 ; Gautier, Èpop/ts, IV, 471 ; *^- Jîolin, Aliscans (1894), xlij-liv; Wahlund cl Feilîtieii, Enfances Vivien • * ^^î). 7"'^'' '• A. Jeanroy, Romauia, XXVI, 181, notes 1 et 2, 190, note 2, *^ S , 196, IPi, 201, Î04, etc. ; Ph.-Au(!. Becker, Allfran^. H^ilbelmsi^e ' ' **^É). appuie les doutes de Guessard et de Moinaigloii, p. JO ; l'auteur pense *^^*^ lus tombeaux d'Arles ont dU inspirer le chant de la défaite de l'Archant. •^•■•^Miiî.S^cu*wj{i898), 56-8, 75 ; L.Sahet, Bullelin de litt. *■«/. publ.par ■■■^■S-iitut Catholique de Toulouse, 1902, 56- Un certain nombre de savants **«ït cru voir dans ta diifaite A' Aliscans un écho de celle qu'a suW l'armée chrt- ^^"*it sut rOrbieu, en 79), ou une confusion entre cette Imte et d'autres livrées ^ -A. tics ; cf., avec des passagus déjà cités: E. Langlois, Courtmnemenl, p. '^"'X-xxx; Nyrop, Sloria dtlV Epopta Fr^ncest {i888>, 14a; Gautier, ^*'t_dtlahngutttd«U\U.fr.,Ae. Petit de Julie ville, I, 58, 73, 81,82, IJ7, ■ tïcnsusianu. Prise de Cordres, ij, iv, xx, xxix, hésite i voit dans notre ^^^'«nson un écho de la bataille sur l'Orbieu. P. Meyer a dit au premier tome y '^ ftomania, p. 6: : n La tradition de la bataille d' Aliscans surtout est singu- *'^inent corrompue. L'auteur n'avait plus la moindre idée de la géographie y^ Paj-s où X passe l'action. ■> Le rnSme savant dit dans les Recherches sur 't*°p^e française, 49 :'■ La bataille de Vllledaigne, dont on croit retrouver le '^^'^enir dans la légendaire bataille d'Mscans « (Romanta, XXXJI, n,î). Plus I '*^«ninient (Rom., XXXII, 607), il exprime un doute au sujet de l'opinion ^■^ "^^ Pl«ce le lieu de U bataille en Espagne, tout en reconnaissant au Aliscans ^^m toi- - . . - >voir été substitué par les romanciers a 1 Arcbanl ou Archamf. 266 RAYMOND WEEKS géographie de la bataille a-t-elle subi un changement si surpre- nant ? Il nous semble que le caractère des deux passages d'Alis- cans et du Covenant que nous venons de mentionner, et celui dés chroniques et des vies de saints citées répondent à ces questions, du moins en partie, et indiquent que l'esprit religieux du moyen âge y est pour quelque chose. P. Paris a cru, et d'autres critiques l'ont suivi, que le point de départ de la légende de Vivien se trouvait dans les tombeaux des Aliscans '. Les Aliscans, au contraire, nous venons de le voir, appa- raissent plutôt comme le terme d'un long voyage. La façon dont ce passage de la Catalogne au Rhône s'est accompli ressor- tira plus clairement d'un simple sommaire des éyipes succes- sives qu'a dû faire la légende. Première étape (rédaction A. du Willame : l'aaion entière P. Rasch, Aliscans xxiii (Diss. de Tuniv. de Halle, 1902), à la dernière page, ne veut 4)as accepter notre théorie que la scène de la bataille est en Espagne. E. Langlois, Table des Noms propres dans Us Chansons de geste, 1904, sous a Aleschans », ne fait que transcrire le mot : « Aliscamps » et dit, au mot « Archant » : « lieu où fut battu et tué Vivien v ; c'est déjà un progrès. I. Les grandes chroniques de France, II, 276 ; cf. G. Paris, Manuel, 4,0, lise peut bien que Torigine de la légende soit un tombeau, mais ce tombeau ne se trouvait assurément pas aux Aliscans. Ce qui est certain, c'est que rËglise a su tirer parti de la légende, et qu'on a fini par regarder Vivien comme un martyr : voir, le dernier vers des Enfances Vivien, ms.dt Londres : Diex en ait Fanie, car il por dieu le fist ; et aussi la rédaction en prose, Bibl. Nat. fr. 1497, Vivien martyr et chevalier de dieu (cité par L. Gautier, les Épopées françaises, IV, 478) ; Aliscans, 747-9, et bien d'autres passages. Par exemple, Albéric de Trois-Fontaines appelle Vivien martyr : Pertz, Monu- mentaGerm.hist., XXIII, 716. Il est devenu tellement facile de parler de notre héros comme d'un saint, qu'on lit même dans l'index de Pertz, Mmumenta Germ. hist., XXIII, S. Vivianus ! Pour se rendre compte du chemin parcouru par la légende du trépas de Vivien, on n*a qu'à comparer le récit de la pre- mière partie du IVillame avec celui de saint Vidian : voir A. Thomas, Vivien d' Aliscans et saint Vidian, dans les Etudes romanes dédiées à G, Paris, 1891, p. 121-35 , et M. L. Saltet, S. Vidian de Martres-Tolosanes et la légende de Vivien, dans le Bulletin de litt. éccL, publié par l'Institut Catholique de Tou- louse, février 1902. Remarquons en passant que celte légende de Martres a pu devoir son début en partie du moins au fait que le jeune héros mourant dans le voisinage de Tortose (écrit Tortolou*>e et même Toulouse), une confusion s'est peut-être établie entre cette ville et Toulouse. I ÉTUDES SLR ALISCANS idf est en Espagne '. Guillaume est à Barcelone avec sa femme, princesse sarrasine nouvellement convertie '. Vivien, cerné près de Tonose, mande son oncle qui part de Barcelone, subit une défaite complète H l'Archamp, endroit où son neveu vient de se battre et de mourir. Guillaume seul échappe, et emporte le corps d'un jeune neveu de sa femme. Il arrive à Barcelone. Sa femme a déjà rassemblé une nouvelle armée avec laquelle il lepart et celte fois remporte la victoire '. 1. Permis i qui voudra de rejeter noire première ciape, «jui cependjnt parait Htn fondée. Ce qui est certain, .l'est que Guillaume et Guiboure appa- russent comme établis chez eux i Barcelone dans la partie la plus ancienne de ta chaqson. On pourrait lâcher d'esquiver la difficulté en disant que la pré- sence it Barcelone de Guibourc est due à une erreur, une confusion du scribe, mais, outre que cetre hypothèse est improluble, vu le caractère formel du témoignage, il est 1 remarquer que Fonçait, dans un passage de grande valeur, parie de la priisence de Guibourc à Barcelone. Si, dans l'étape suivante, Guil- laume vient A Barctlotu plutAt que d'aller comme de raison i Tortose, où est Vivien, c'est précisément que le fait qu'il partait de Barcelone pour secourir son iKvcu étant fortement enraciné dans la légende, il fallait le respecter. Toute la légende d'Orange a l'air d'un portique ajouté ii l'édifice après coup. Ce qui demande à être expliqué dans la vie épique de Guillaume, ce n'est pas Barce- lone, mais Orange. Si i une date reculée, on a donné comme lieu de nais- sance i Guillaume Narbonne. ce n'est pas pour qu'il fasse de ta Provence le ihèilre de ses exploits, mais plutôt pour qu'il passe les Pyrénées, lui, le cham- pion par excellence des chrétiens contre les infidèles, et pour qu'il subjugue l'Espagne, 2. L) chanson cotnprend plusieurs traits qui indiquent que Guibourc est lue nouvelle convertie. }. Cette lin de la clunson n primitive ■■ ne se trouve plus dans aucune source. Elle s'impose cependant. Il est généralement admis i\iïAUiCdns et fomtm sont deux continuations d'un poème ancien perdu. Le dénouement qu'offre la première de ces chansons n'est pas celui de la chanson perdue, UT tt est tiré du Rtnoart Le dénouement de Faucon ne peut non plus être pris en considération. Tout ce que nous savons, c'est que ta chanson perdue linissAÎi nécessairement par une victoire des chrétiens, ei aussi que cette vic- iai rt était remportée sur l'emplacement même de la défaite. Tout, mâmedans le remaniements éloignés, indique ce dernier trait. Chose fort curieuse, les flémenii de cette étape •• primitive » de la bataille de l'Archamp se retrouvent itam un passage d'Orderic Vital. Hiil. tccL. éd. Le Prévost {Soc. àt VHist. de Fmice), V, 19-1}. M. Oensusianu a le mérite d'avoir insisté sur la ressem- blance entre ce récit el Ah'sams {voir Prise lit O'rJrri, XLvi-XLViii). Rcinar- 268 RAYMOND WEEKS Deuxième étape conservée dans les Nerbonesi et dans Fou- con : l'action est en Espagne et à Orange. Le héros est à Orange, quand son neveu lui mande de Tortose qu'une invasion des terres de « l'Espagne » se prépare. Guillaume ras- semble une armée et se rend à Barcelone, en laissant sa femme à Orange. Vivien, cerné près de Tortose, envoie au dernier moment un messager à son oncle, qui part de Barcelone, subit une défaite écrasante à TArchamp, où son neveu lui-même vient de succomber. Il se sauve seul du champ de bataille, et revient à Orange, où sa femme a déjà rassemblé une nouvelle armée. Il repart, retrouve .l'ennemi encore à TArcharap, et remporte une victoire. Troisième étape : l'action est en Espagne et à Orange. Guil- laume est à Barcelone, on ne sait pourquoi. Les événements qui suivent son départ de cette ville sont comme dans la seconde étape. Cette étape n'existe dans aucun monument. Quatrième étape (conservée dans la rédaction B et dans le nis. de Boulogne du Covenant) : l'action est à l'Archamp et à Orange \ La mention de Barcelone n'étant plus com- préhensible, on l'omet. On a oublié que l'Archamp est dans le voisinage de cette ville. On a un souvenir un peu vague que l'Archamp est en Espagne. Guillaume étant à Orange, est mandé par Vivien, cerné par les Sarrasins i l'Archamp. Il se rend à son appel, subit une défaite com- quons que le WilUinUy rédaction A^ appuie Thypothèse du savant^tteur. Encore un point, la bataille de Fraga, dont il s*agit dans le passage d*Orderic s'est livrée entre l'Èbre et la Sègre, pas très loin du champ où Guillaume a subi sa défaite et où Vivien a trouvé la mort. Orderic dit que l'endroit s'appelle Champ Dolent (/. c, p. 20). Les noms de Bfrtrannus, et de tC Aimarus de Xarbona (p. 21) ont pu aider à rappeler à Tesprit d'Orderic la cantiîena de Guillaume dont il dit ailleurs (/.f., tome III, p. 5) « vulgo canitura joculator- ibus ». Examinée en rapport avec la conclusion que nous venons de suggérer à la chanson primitive, Thypothése de M. Densusianu paraît fort vraisem- blable. et mérite du moins un examen approfondi. I. M. Ph.-A. Becker a parlé plusieurs fois de la bataille primitive de FAr- champ. Son analyse de la bataille se trouve convenir assez bien aux événe- ments de ce que nous avons appelé la rédaction B du IVillame^ et montre chez l'auteur une grande pénétration. Voir, par exemple Der sùJfran^ôsischr Sa^^enkreis (HàWc y i^Çii), pp. 57-58. fe-rUDES SUR AUSCàWS 269 plète «se sauve seul à Orange. Ayant peur d'un siège il va à ïa cour afin d'y demander du secours. La suite est tirée du Renoarl. A l'ancienne victoire, remportée grâce aux prouesses de Guillaume, se substitue une victoire due presque entière- ment à Renoart, Cinquième étape (conservée en grande partie dans le Coi'e- nant ei dans Alîscans) : l'action est à rArchamp. appelée aussi Aliscaiti, et à Orange. Vu le peu d'heures qu'il faut au héros pour se rendre au clump de baiaillc, on a fini par croire que l'Archampest près d'Orange et on !e place à l'ancien cimetière d'Arles. Vivien, cerné par l'ennemi à l'Archamp ou à Aliscans, appelle son oncle à son secours. Celui-ci part d'Orange, arrive ^u champ de bataille, y subit une défaite complète, se sauve seul ;'i Orange, que les Sarrasins assiègent immédiatement. Il réussit à passer à travers les lignes ennemies, se rend auprès du roi. La suite est tirée du Renoart, agrémentée d'épisodes pris à J'autrcs sources. Sixième étape (conser\'èe dans le WilUhahn) : l'action est in 1 Archamp ou Aliscans et à Orange. Pour le traducieur, l'empla- cement de la bataille est dans un cimetière, évidemment peu éloi- gné d'Orange. Il parle des tombeaux de pierre au milieu desquels les deux armées luttent. Vivien dans ce poème part d'Orange en même temps que son oncle '. Li fin du poème est tirée du ■Renoarl '. Telles sont les étapes principales de la légende de la bataille *^^ l'Archamp. On y voit clairement une marche progressive de J^ Espagne à Orange. Une influence que nous ne pouvons pas oîen préciser a peu à peu attiré vers le Rhône le théâtre de cette lutte célèbre, et partant, celui des exploits de Guillaume. La seconde étape, qui offre la suite géographique : Orange, ftircelone, Archamp, Orange, Archamp, est justifiée, sauf pour "'">» par les Nerbonesi et par Foucon. Dans ces deux monu- "■^ncs la venj;eance que nous avons supposé avoir constitué la ' ■ Le iVillthalm dit quL- Guibourc a envoyé VKnen au champ d'Ali ^' CiJiioiqui: nous avons placé le IVUlrhalm dans la 6* étape pour "^'^^^Ttie la bataille dont il s'agit, la fin du poème renferme bien des ira -370 RAÏMOND WEEKS conclusion du poème primîtil', a été remplacée par une autre. La différence entre la troi^iiémc et la quatrième étape marque l'ascendant définitif d'Orange. On a omis toute la fin de la vieille chanson, et on a grelTé sur ce qui restait les principaux événements d'une autre chanson, le Renoarl , dont l'action presque entière se passe à Orange. Rien ne montre plus clairement le triomphe de celte ville dans la légende. Pour l'ancienne fin, elle a dû être assez faible, car elle a été rempla- cée à deux reprises : dans Aîiscans, et dans Foucon de Caiidie '. Le Willamt conserve côte à côte la première et la quatrième étape de la légende. La version dont B est tiré différait déjà beaucoup de la source A' A, son original. Elle avait perdu son début, c'est-à-dire, toute mention de Barcelone, et sa conclu- sion avait été remplacée par celle du Renoart. Rien ne restait, si ce n'est le départ de Guillaume pour l'Archanip, sa défaite et sa fuite. La cinquième étape {Aîiscans) diffère de la quatrième en ceci, qu'on y applique le nom Aîiscans au champ de bataille, tout en employant concurremment le nom Archamp ou Archani. Dans cette étape, l'Espagne n'a plus rien à faire avec l'action, qui se déroule toute entière dans le voisinage d'Orange. /î/i'f- {URi garde l'impression primitive que le champ de bataille est près de la ville d'où le héros est parti ; Barcelone éliminée, cette ville ne peut être autre qu'Orange. Le héros en part et se rend au lieu du combat dans le peu d'heures qu'il metuit autrefois pour aller de Barcelone à Tortose ', de sorte que les mots qu'il dit en revoyant, après sa défaite, les murs de sa ville: A corn granl joie m'en issi avant ier, mots qui peuvent conser- ver une leçon fort ancienne, indiquent que la bataille s'est livrée à peu de distance d'Orange. Grâce aux déplacements suc- I. Ce dernier pocme csi, au poînl de vue géographique, bitii sant, el appuie U locilisjilian de U bauille de r.\r.:lump 3 Tortose. FoueoH ne fait que pousser plus loin dans le payi ennemi, les conquêtes des Narbon- naii. Gindic est Gandia, ville iiurîtinie du royaume de Valence, et Airablob, qui est évideinmem dan; le voisinage de Candie, doit f tre l'Orabloi mention- ué ilaii» le Holuiid de Chitcauroux, p. 218. comme endroit t-oisin de J'Ardiamp, Balaguer, Poft Palan et Tondose (Tortose). Tout cela se lient. 1. Voir Origin of ibe Cm: Cii'., pp. jo S i, et cf. J7. ÈTtlDES SUR AUSCASS ijl cessife, te champ de bataille s'est localisé sur le Rhône, à t\.rles ' . On a omis tout le début du poème, qui parlait de Bar- celone et de l'Espagne Ainsi s'explique le commencement abrupt à'j^liscam '. Ajoutonî en passant, que si l'on choisit dans le if^illamc le moment qui correspond aux premiers vers i'Alis- ctxrts ^ on ne trouvera aucune mention de Barcelone dans tout le reste du poème. L^ sixième étape (^IVUUhalm) nous montre Vivien panant d'Orange avec son oncle, et se rendant au lieu du combat, qui est parsemé de tombes fort anciennes î. C'est au milieu de ces tort^ibes que l'armée chrétienne subit une défaite écrasante. On est clairement aux Aliscans d'Arles, La légende primitive s'est altérée non seulement dans sa géographie, mais aussi dans ses personnages. On peut se rendre racîlement compte de la distance qui sépare Aliscans de ses sources, en suivant le sort, par exemple, des neveux de Guil- laume dans les étapes successives de la légende. Dans A, tous les neveux meurent, aucun n'est pris *. Selon les Nerèonesi, huit périssent, et trois sont pris '. Selon Foucon, un seulement k I. Nous avons dû ici-mémc, XXVIll C1S99), 129 : B Je ne crois pas que- ■ "-^'«r-oni primitif, s'il a exhté une chanson primiiivc de ce nom, eût quoi r que ce Mil à faire avec Arles, et il me semble que toute la géographie d'AliS' *««* esi i refaire. » 2- On a beaucoup parlé de ce début comme d'une des beautés de l'art *T^<)u«: : Gauiicr, Epop^ IV, 468-70; aussi. Petit de Julleville, Hisl. de la '•fngidt- ti il la Ut.fr.. I, 10a ; Joncltbloel, Guili. d'Oraagi, II, 4î. 5 î, S4 ; Gu«- **"i «rt Moniaiglon, Aliscans. XXXVl. On savait bien qu'un ici début était suis eicmp|E_ mais on fermait les yeui à ce fait, et on allait jusqu'à supposer ijue ^ Po*i« avaient écrit le Cav. comme introduction à Aliscans plutûl que d'ad- "'^ï're qii'onavjit affaire tout simplement à une chanson tronquée. On ne peut, "Sûrement, nier \i grande beauté du début du poème, seulement il ne faut P*s >■" voir un effet conscient de chanson primitive. î- f^ilUbalni. lî.s, ss.,6o,9s5.,î86,6ss; is9,6ss. 594,20 ss., 4î7,ïo,ss. 4- C'est i M. Rolin que revient l'honneur d'avoir été le premier à dire que, primitivement, tous les héros mouraient, sauf Guillaume : voir son éd. du ^Tie Qub). \ 2. LcRev. Cox Macro mourut en 1767. Il possédait une ^^^^^ collection de manuscrits dont une partie avait appartenu à l'antiquaK'* S*'' Henry Spclman, d'autres proveflSht de Tabbaye de Bury. En 1819, ceâj manuscnts, qui étaient alors la propriété de John Patteson, membre du Parleit*^^*^^» f***^*^* vendus à un libraire qui à son tour, les mit en vente. Un certaift*. nonabre furent acquis par Hudson Gurney (de Keswick Hall, près Norwich), Ct^^ **^ famille de qui ils sont restés. Voir The Macro Plays, edited by F. I. FumrO' and A. W. Pollard, London, 1904, p. ix {Early english Text Society^ Extra?" Séries, vol. XCI). *^ 5. Corx. dimidinm, ici et plus bas. ' . 4. Scribitur ? \ VERSION DU FABLIAU DE LA NOKNETTE 2J9 Jeo su forth, trenchaunt et dure. Galaan me fyth par mult grant cure. Catorse anz ' Jhesu Cristh Qpant Galaam me trempa et fyth. Sage feloun deyt homme dutyr Et folh feloun eschwer, Folh deboneyre déporter Et sage deboner amer. P. M. UNE NOUVELLE VERSION DU FABLIAU DE LA NONNETTE Le Psautier y conte bien connu de La Fontaine ', n'est pas un es moins spirituels ni des moins joliment tournés de l'œuvre u poète. Le titre cependant surprend quelque peu le lecteur, uand il voit que le psautier dont il s'agit, est non pas un ecueil de psaumes, mais un voile de nonne. Le mot n'existe lus dans ce sens en français ; il n'y a sans doute jamais existé ^ ^^t La Fontaine paraît bien l'avoir emprunté à Boccace^ en "XTnême temps que le fond de son histoire. Le texte de Boc- est le suivant : « e credendosi tôr certi veli piegati, li t quali in capo portano, e chiamanli il saltero, le venner tolte I le brache del prête. » En s'inspirant de ce passage, La Fon- ainea,du reste, soin de nous dire que l'expression /)5rt«//^r n'est lus de son temps : ...certain voile aux nonnes familier Nommé pour lors entre elles leur psautier. Au moyen âge le mot est inconnu avec ce sens. Du Cange e le mentionne pas en latin ; Godefroy en cite un exemple rançais^ qu'il prend dans Sainte-Palaye ^, et en donne cette nition : « sorte de voile de religieuse » ; mais il est à •emarquer que cet exemple tiré de V Apologie pour Hérodote 7, se •apporte à une analyse de ce même conte de Boccace, dont La 1. Suppl. [itveyt]y d'après le Polistorit, 2. Quatrième partie, conte 7. 3. Richelet, le Dictionnaire de Trévoux et Littrc font uniquement allusion lu conte de La Fontaine ; le Dictionmiire général n'enregistre pas ce sens, ivec grande raison, pensons-nous. 4. Journée IX, nouvelle 2. 5. Dictionnaire de V ancien w langue Jrançai se ^ t. X, p. 443, col. i. 6. Dictionnaire de T ancien françiiis, t. VIII, p. 475. 7. Éd. Risterhuber(i879), t. II, p. 22. 1 28o MÉLANGES Fontaine a fait son Psautier. L'auteur de VApaîogit, Henri Estienne, nomme Boccace, et ne manque pas de montrer com- bien peu lui est familier le terme qu'il emprunte au conteur italien : ce n'est que dans quelques lieux, dît-il, que ctrtains voiles sont appelés psaulier. Les anciens traducteurs ont, il est vrai, conservé le mot ita- lien. Liurent de Preniierfait qui, le premier, a donné en I414 une version française un peu allongée du Décaméron, faite non pas d'après l'italien, mais d'après une traduction latine aujour- d'hui perdue du cordelier Antoine d'Arezzo', affuble le mot latin psallfrium d'une terminaison française, sans avoir l'air de se douter que ce mot équivaut au français psaitlier; il ajoute que c'est là une expression italienne : « lesquels voiles l'en Il appelle psalleres, a giiisi ilalienne'. ■> Antoine Le Maçon dont la traduction parue au xvi'' siècle a servi de base jusqu'à nos jours à la plupart des éditions françaises du Décaméron, traduit littéralement : a et pensant prendre certains voylles pliei 11 qu'elles portent sur la teste qu'on appelle le psiiultter, il'luy, « advint de prendre les brayes du prestre '. » Il ne s'ensuit p; que le mot psautier fût alors français xlans ce sens, 1. P. Paris, Lesmss.Jramois de h BihUathèqiit du roi. l. I (1S36), p 1)1 145 ; A. H.iuvette, Dt lMuttntit<4' Pilixe/alB (1903), p- 6) et su 1. Bibl. nat., nu. fr. 2)9, fol. 14H h. — Nicolas de Trovcs qui. dans son Grand Parangon dis miiveiiti noiivelUi (IHS-'S}7) ' inïéri ce conte de Boccace (Bibl. nai., ms. fr. 1510, loi. 554 v-js? r>), a supprimd l'illusioa au puiuli/r : ■ cuydant prendre ses voilles et ies curïechei que elle porToil de, 1 jour dessus la teste comme les autres nonnains, prini d'avenlure les bra; B de ce prestre. a Dans l'inlroduction qui procède son édition du Parai dfi nouvtlUi homieites el dtUttablts (Paris, Gay, i86j), Emile Mabïlle prfiti que la traduction qui a fourni un certain nombre de nouvelles de au Parangon a au Grand Parangon est originale cl a'éci^ faîie sur l'italïco. Nous croyons au contraire avec M, HauvcHc {hc. cil., p. 97-98) traduction di^rive de la version latine d'Antoine d'Arcizo par riniermUiairC de Laurent At Premîerfaii. En effet, pour nous en tenir uniquement au récit qui nous occupe, il est k noter que le texte du Grand Parangon et celui de Laurent otTrcnl l'un et l'autre deux longs discours de I'jMtcssc qui o' pas J>ins Boccace, et nu peuvent s'expliquer que par une origine commune,. ;. I:d. de 1 si'i (Paris, Eitienne RolFet), fol. 209 r« : voy. de même l'^KJ tion Je I ;69 (Pari:i, Claude Richard, 1 vol. m 1 lomci avec paginidon linue), t. II, fol. siiro. I >on I VERSION DU FABLJAD DE LA NOKNE7TE 28 1 D'autre part, si nous considérons les autres versions de ce conte qui sont indépendantes de Boccace, et relisons le dit ou plutôt le fabliau de La Nmneiie ', œuvre de Jean de Condé, qui offre au xiv siède, avec additions et modifications, le thème originel adopté plus tard par Boccace, nous verrons que U non plus il n'est pas question de psautier, mais bien de ctie- vrekiff. La farce du xv siècle qui semble dériver plus ou moins direaement de ce fabliau', ne parle que de haiilt de chaulces . Morlini enfin qui, au commencement du xvi' siècle, a conté l'histoire assez succintement dans une de ses nouvelles latines ', emploie simplement le mot falanlîca. Jusqu'à preuve du con- traire, Henri Esiienne et La Fontaine peuvent donc être con- sidérés comme les seuls auteurs qui aient jamais, pour désigner le voile des religieuses, employé en français le mot psautier, que tous deux .ont reproduit directement d'après l'italien, comme l'avaient déjA ftiit les traducteurs de Boccace, S'il fallait une autre preuve de cette assertion, nous la trou- verions dans le nouveau texte que nous publions ici du fabliau de Lu Nonneile, où seul 6gure encore le mot cœtivrechief. Men- tionnée par Robert *, par Rothe >, par Le Clerc *■ et par Sche- ler^, cette version aurait pu prendre place dans notre Rectutl des fabliaux, bien qu'elle ne se rencontre pas sous forme isolée. Elle se trouve, avec quelques variantes, dans les deux rédactions de Renan le Cotilrefaît *, dont la seconde est un remaniement, par- 1. Publié par .\d. TobU-r, Gidkke Jrhans von Condel (Lilrrariulxr Veràu in Stuttgart. 1860), p. l6(|'i76; par A. Scheler, Dits tt Conlts de Bcaudoin ft dejtan di Condc, i. Il, p. 171-279 ; et par A. de Montaiglon et G, Ray- taud, Ricueil géatrat dts fabliaux, t. VI, p. a6j-i69. a. Leroux de Lîncy ei Fr. Mkliel, Rtciicil de farces, moralités tt sermons jayiuix, t. Il (i8;7), I4< piâce, sous le [tlrc.de Sirur Fesne (lisez Fesiu). Le im. La ValliËrc (Bibl. me, fr. I4}41) porte comme titre : L'ahbesse ri les }. Hitrotiymi Morlini parthenoptt navilltr, falmlx, coimrjia (Bibl. cIïl-vî- ricme. rSjS), p. 8i-8; (nouv. 40). 4. Fablti inédites. . (1835), t. I, p. cxxxis. j. Ln romans du Renard (iS^^, p. 494. b.'Hitloire littéraire de la France, i. XXIIl (i8;6), p. Sj . -^ 7. im. cit., t. n, p. 4î8. 8 Bibl. nji., msï. fr. léjo, fol. î4 a (m^. A): Î70, fol. 4s a (ms. S), — Sur les deux rvdaiTiions de Renarl k Contrefail, voj-. P. Mcyer, 282 MÉLANGES fois très profond, de la première. Ce n'est toutefois pas le cas pour notre fabliau. Nous donnons la seconde rédaction (5), complétée au besoin par la première (A), dont nous met- tons en notes les variantes. Parmi ces variantes, deux tout particulièrement sont à signaler, où le mot lanière devenant naliere (w. 15 et 37, en var.) offre un cas curieux de meta- thèse réciproque des liquides l tin. Ajoutons que notre nouveau texte représente de beaucoup plus près que celui de Jean de Condé, dont il est contempo- rain ', la source de Boccace et par suite de La Fontaine. Quant à cette source même, sans remonter comme le fait Landau * à la Légende dorée et à une mésaventure de saint Jérôme, elle appartient à cette littérature populaire née de la tendance ù ridiculiser le clergé et les gens de religion, à laquelle nous devons bien d'autres contes analogues '. 8 [la nonnkttê] ■ Une abbesse jadis estoit Sote, qui par amour amoit. Ungsoirot couchié privément Avccques lui ung sien amant ; Cest soir après son resveillier 0\'st ung huys desveroullier Et une nonnain o ung prestre De faire follour toute preste : Ne voult qu'en venissent a chief. Lors voult prendre son coeuvre- [chiet Pour eulx jetter de leur emprin- [ses : 12 Les brayes son amy a prinses. Et celle qui avoit grant heste. Les a mis par dessus sa teste ; Les lanières qui y pendoient, 16 Tout au devant ses yeulx.es- [toient. Dist : A Orde ribaude prouvée 5 Ay priuccniant — 5 A. Ce soir — 7 A, Que une A, S, et un — tS A y folie andui preste — i\ B, emprinsc — \2 Ay Que les, . ,B prinsc — 15 A y CLon celle. . . B, haste — 14 .-/, Que si les ruie sus sa teste — 15 A^ Les nalicres qui i estoient — 16 Ay Tout antour les iaus li pandoient — AleXiimîrt le Grand dans h littérature française du moyen dgCy t. II (1886), 1. Li première rédaction de Renart le Contrefait a été écrite entre 13 19 et 1522 iV. Meyor, loc. cit.): Jean de C.ondé rimait entre 1505 et I34> (Schcler, Av. r/7., t. II, p. xxi, note i). 2. 1)^ Marcus Landau, Die (Jueliin des DehimeroUy 2« édition (1884), P- -17- 5. L'--//\»A'î,nV yv/// Hèrckiotey éd. Ristelhuber (1879), ^- ^^» P- ^2, note i, cl Bédier, les /'i/MA/my (1893), p. 292 et 418. PONTHUS DE LA TOUR-LANDRI « Or vous ay je en mal trouvée ! « Bien difTamés ore nostre ordre ! 32 20 « De maie mort vous feray mor- [dre! a Vous serez an maie prison ; « Trop avez fait grant mesprison ! « Qui tous les membres vous trairoit, 24 a L'amende mie n*en aroit. 36 « Comment avez ozé ce faire ? « Les membres deussiez avant [traire. » Comment ozé penser avez 40 28 , pour Ponthus, dit que la dite jchannc de Souday fut mariée jrvccques messire Charles de La Tour, père du dii Ponihus di aUo matrinw- nîo prtcedetiti, et que du dit derrenier mariage issireni les dis Charles et Jdunne ei que leur dite mère, qui survcsqui le père, estoii moue riche, feii son Tcsumeni et par icciui ordonna ses exécuteurs les dis messire Jehan de La Haye et Ponthus. , . Pour La Haye, Kabaieau dit que la dite de Souday, avant le mariage de fcu messire Charles et elle, avoit esté mariée a feu Treraargon ; aussi messtrv Charles avoit esté auiretToi^ mariez, et de chascun des mariages y «voit enfans. Dit que la dite de Soudav survusqui ses mariz et l'une de ses filks a mariée a Thibaut de La Haie, file de messire Jehan. Dit qu'elle esani malade au cliastel de L^ Roche-au-Duc, nu elle trespassa, elle Et son tetameiit, par lequel elle fist le dit messire Jeh;!n de La Haie son exécuteur priricipal et nomma autres, comme Thibaut de Li Haye et Ponthus hotioris coûta diimluxiil. D ressort de ce texte qu'A, de Montaiglon a été mat rensei- gné sur l'ordre chronologique des deux mariages du père de Ponthus : Charles de La Tour-Landri était veuf de Jeanne l. Cf. Souday, c"' du dép. de Loir-et-Cher. î. Anttrieureinent La Roche -aux- Moi nés, aujourd'hui la Roche-de-Serra ;•« de La Possonnière, Maine-et-Loire. ]. Voy. une notice biogrjpliiquc somnwirc sur ce personnage dans r 'ilMt prm; Je il Franc* itnirale, I, 360-62. 286 MÉLANGES Clerembaut quand il épousa Jeanne de Soudai^ et Ponthus est un fils du premier lit. Or la date du mariage de Charles et de Jeanne Clerembaut est connue, c'est celle du 24 janvier 1590'; la naissance de Ponthus n'est probablement pas postérieure de beaucoup à cette date, même si Ton tient compte de l'existence d'un frère aîné dont on ignore le nom et qui mourut de bles- sures reçues à la bataille d'Azincourt (25 octobre 1415). Gaston Paris a deviné juste en considérant Ponthus comme étant « sans doute » fils de Jeanne Clerembaut, mais sa conjecture reposait sur l'idée fausse que Jeanne Clerembaut était la seconde femme de Charles. Je n'ai pas à raconter ici les faits et gestes de Ponthus de La Tour que nous font connaître les registres du Parlement de Poitiers, et dont le plus saillant est l'enlèvement de son jeune cousin Antoine Clerembaut, arraché à sa mère (Jeanne Sau- vage) le 24 mars 1423, à la sortie de la messe de Saint-Martin d'Angers * ; je veux seulement déterminer la date de sa mort et le débarrasser de la descendance postiche que lui a donnée la généalogie suivie aveuglément par A. de Montaiglon. Ce ne sera pas long. Le 26 février 1425 (n. st.), nous trouvons dans le registre X'* 9198 au fol. 35 v° : « Louys, seigneur de -La Tour,adiourné a reprendre ou delaissier le procès [avec Jehanne Sauvage] ou lieu à^ feu Ponthus, seigneur de La Tour. » Un mois après environ (27 mars), nous voyons effectivement que ce procès et un autre ont été repris par « Lois de La Tour, comme frère héritier àt feu Ponthus » (fol. 30 v°). Si j'ajoute que Ponthus est mentionné comme vivant le 23 novembre 1424, on conclura sans peine : i® qu'il a dû mourir à la fin de i.|24 ou au début de 1425 ; 2° qu'il est mort sans enfants, et probablement sans s'être marie; y que Louis qu'on lui a donné comme fils, était sûrement son frère, voire môme son frère cadet, car il avait été d'abord « baille à Teglise » ' et c'est vrai- 1. La date vient de VHist. trètu'jl. du P. Anselme, VII, 583 D, où on Ht 1589 (de même dans Montaiglon, préf. p. xix); mais il va de soi qu*il faut, comme \\\ t'ait Ci. Paris, convertir le vieux style en nouveau. 2. X'^ ^)i^)7. toi. 237 (3 .loùt 1425; ; c(. X'^ 9198, fol. 4 (23 nov. 1424 ; clieval pris par Ponthus à Jamet Le Bouieillerj. 5. Plaidoirie du 5 août 1425 à laquelle il est laii allusion ci-dessus. NORMAND CAIEU « MOULE » 287 semblablement le décès de Ponthus qui Ta fait rentrer dans le siècle. Je rappelle enfin que Tidée de voir notre Ponthus dans le seigneur de La Tour qui combattit à Formigni le 15 avril 1450 n'a été présentée par A. de Montaiglon que comme une conjec- ture. Cette conjecture est doublement mauvaise, car non seu- lement il ne peut être question de Ponthus de La Tour-Landri mais il est plus que probable qu'il s'agit d'un membre d'une famille toute différente, celle de La Tour d'Auvergne : le per- sonnage visé doit être Bertrand, seigneur de La Tour et de Montgascon '. A. Th. NORMAND CAiEU « MOULE » J'ai déjà, à deux reprises, entretenu les lecteurs de la Romania des idées de M. le prof. Hugo Schuchardt sur l'étymologie du mot français caillou^ et je leur ai soumis les objections qui se sont présentées à mon esprit contre l'hypothèse qui rattacherait le mot français au mot grec xiyXa;* par l'intermédiaire d'une forme latine *cachlagus. Je rappelle que si j'ai battu en retraite sur la question de l'accent tonique et si j'admets la pos- sibilité théorique d'un type *cachlagus aboutissant d'une part à c/w/7, de l'autre à chaillou, l'étude des dérivés topony- miques comme Chaillevely Challevoi etc., m'a persuadé que le type étymologique cherché doit avoir la désinence -avus et non -agus ^ Mes objections et mes remarques complémentaires se sont limitées jusqu'ici aux questions de phonétique. Mais dans toute étymologie de M. Schuchardt il y a autre 1. L'édition récente de la Chronique d'Arthur de Kichemont (la Société de rhistoire de France publiée par) ne donne aucun éclaircissement à ce sujet. 2. /?0f7/ii;f/a, XXIX, 438 et XXXI, 1-6; cf. vaosNouv. Essais de phi 1. franc., 192-199. 3. La question de Taccent tonique ne ferait pas difBculté si Ton supposait un type celtique en -a vos : cf. Ne m au su s, d'où concurremment Nenise (Nimes) et Netnos (Nemours); Condate, d*où concurremment Cntidc et Cotidé\ Pic t avus, d*où Poitou \ Gêna va d'où Gèneva, ^\\xs récemment Genève, 288 chose que de la phonétique- L'étendue de ses connaîssancej dans les branches les plus diverses de la linguistique, ta péné< tration de son esprit, la fougue de son imagination le portent ■ d'emblée vers les spéculations sémantiques, et ce qu'il écrit est bien fait pour séduire le lecteur le plus prévenu contre ce qu'on pourrait appeler l'iiéronaugraphielinguistique. Dans lesquelques pages que j'ai consacrées au mot caitloti, j'ai passé sous silence les considérations de cet ordre dont M. Schuchardta cru devoir appuyer sa manière de voir. J'avais pris tant de plaisir à tes lire que j'en voulais un peu ;\ ma raison de se refusera les convenir en arguments capables d'entraîner ma conviction, et que j'tiési- lais à faire l'aveu public de mes scrupules sans pouvoir en même temps les justifier par des faits précis. Ayant à la longue rcussî a me mieux documenter, je me hasarde aujourd'hui à suivre M. Schuchardl sur son terrain favori, pour rechercher s'il existe quelque rapport entre le français dialectal caieit(caillfH)emoa\ei et le français littéraire caillou « silex ». Trouvant dans la Faune populaire de la France de M. Eugène Rolland (t. III, p. 218) que le patois de ta Picardie et de la Normandie désigne sous le nom de cayeux (caillen') la moule commune, M. Schuchardt n'a pas hésité à identifier ce trror dialectal avec le français caiitou, et îl a attribué à son existence un rôle prépondérant dans la recherche de l'étymologic du mot français. Je ne saurais mieux fiiire que de citer ses propres paroles, bien que la citation soit un peu longue. Il inc paraît certain, dit-il, que <;a)vtu e m^mt; mol ; aussi ne-doit-on accepter auc raison de l'une et de l'autre forme, . . ' rendre maître de l'éiymologie de caillou. Si r cupé de eayiiix. En vain me dira-t-on : puisque cahles, c'est que l'analogie eaire les deux choses v< sous les sens; aussi a'avet-vous que faîred'unepr du sens de ■ caillou • au sens de n moule >. Je r étymologie si elle ne peut rcndri pas airivi encore i ■ 'est que personne ne s'est pr« s réunissez ces deux v .S apparaît comme tomba ive partie uliéi i promené liccmmeii sur les bords d'un llenve au milieu des pierres ro\jl(ïes par le courant, et j'ai'' pu constater que si l'on y trouvait les (ormes les plus varîto, depuis le disque jusqu'à la boule, un grand nombre de pierres rappelaient ^us oa moins cKacicnient la forme de la moule commune. Cherchant alors & tne placer danslecercledesidèes reprisenuiivcs familieiesam homliies simples, J NORMAND CAIEU tt MOULE » 28? compris qu'on avait dtnommO !es pierres d'après les moules, c'est-à-dire l'inorganique d'après l'organique qui avait le premier éveillé chei l'homme l'Aitpntion ei l'iniirét. Bref, la conception du caillou comme une moulefausse, irte ou pétrifiée m'est apparue comme chose naturelle, tandis que je 'airivais pas à me représeiiier comment on aurait pu prendre des moules dts cailloux . . . ' Je puis d'ailleurs me contenter d'un seul exemple pour le passage du sens de « moule u au sens de i caillou u, puisque cet exemple non seulement ncsoulève en soi aucune objection, mais repose sur laconcor- itance des formes phonétiques ijue je considère et contient eu soi la solution J« tout le problème'. L'importance accordée à cet aspect de b question par A^. Schuchardt me persuade que je ne ferai pas œavre inutile si ] arrive à Remontrer qu'il n'y a aucun rapport réel entre caîeu et ctiilJoH. Mon ambition nt; va pas plus loin pour le présent. M. Eugène Rolland a oublié d'indiquer les sources d'après ïescjueiles il attribue à la Picardie et i la Normandie le ternie '^t'ycux (caillen) au sens de « moule «. D'après les recueils lin- guistiques par moi consultés, le patois picard possède bien la lorine cailleii (cayeu), mais esclusivenient ausens du mot français ^*iilli>n, dont elle constitue une variante bien connue, signalée plus d'une fois dans les textes du moyen âge. M. Eugène Rolland a d'ailleurs l'obligeance de m'informer que la présence de la Picardie, à côté de la Normandie, dans le passage visé de sa i-iiuBe^/^i/fliri; est le résultat d'une confusion matérielle, et 'Xii. siècle. ValmonidcBomarc, Dic/.o"H«.V( i\u '«'"»"*-li((nouv. édiiîoii, Paris, 1768), tomelll. p. i n 1694, deux ai ax des moules II.' univfrul tl'hislinre MOULE OU MDUCLË ^Hd., p. 247. ■itid., p. 148. de passage de Ménage n'a pas échappé à M. Heyraann qui l'a cité â I. ' \- *^ de sa thèse intitulée Fran^. Diolthi-ôrier bti Lfxikoffrapun des 16 bis r. \^f*Un,\rrli, Giessen, 1905. «-n^i., XXXW 19 290 MÉLANGES ou CAYEU, myiuîusseu muscuîus. On en distingue plusieurs espèces de mer, qui sont très connues des curieux, savoir. . . le cayeu des côtes de Nor- mandie *. 1852. Abbè Decorde, Dict, du patois du pays de Bray : cayeu, moules. Ainsi nommées parce qu'on en tire de très bonnes du pays qui porte ce nom (Somme). 1862. LeHéricher, Histoire et glossaire du normand, de F anglais et de la langue française. ., t. II, p. 214 ; Caillouet (Valognes), petit caillou, de calcul us. . . Cayeu, s. m. petite moule noire, semblable à de petits cailloux ; c'est le mutilus (lire mytilus) incurvatus ; on crie à Valognes : Du caieu I du caieu ! Qui qu'en veut ? c'est sans doute le sens de caieu, petite bulbe d'oignon. 1882. Robin, Le Prévost, A. Passy et de BlosscyfïWe, Dictiottnaire dupaiais normand en usage dans le département de VEure, p. 94 : Cayeux (des). — Des moules. Il y a dans le département de la Somme un petit port de pécheurs nommé Cayeux, qui expédie ù l'intérieur beaucoup de poissons et sans doute aussi des coquillages. Peut-être en criant : Cayeux! cayetix! ceux qui vendent des moules veulent-ils faire entendre que leur marchandise vient de là. 1884. Ch. Joret, Mélanges de phonétique normande, p. Li: Cayeû, s. m. moule (à Saint- Waast). * Avant 1886. Abbé C. Maze (f 18 juin 1902), Etude sur le langage de la banlieue du Havre, p. 129 : Cayeu, moule. [Les moules de Cayeux (Somme) sont renommées.] L». 1886. J. Fleury, Patois de la Hague, p. 151 : Caieu, s. m. Moules. C'est sous ce nom: « Caieu d'Isignv » qu'on crie les moules dans les rues de Cherbourg. Cette liste montre que Le Héricher est le seul qui ait eu, comme M. Schuchardt, ridée de rznacher caieu à cailhu, tandis que Ménage, les auteurs du Dictionnaire du patois normand de VEure et l'abbé Letendre indiquent comme étymologie, d'une façon plus ou moins affirmative, le nom du port de Cayeux au sud de l'embouchure de la Somme. Il faut choisir entre ces deux opinions. La carte 196 dumonumental^//^^/m^fHV/^i^^/aFram:^^que 1 . Il est bon de rappeler que Valmont de Bomare est né i Rouen (en 1 73 1), ce qui explique qu'il mette sur le même rang dans sa vedette moule tl cayeu. 2. On est ctunné de voir Fauteur classer cette intéressante indication sous la rubrique : « Quelques mots du patois normand qui ne se trouvent pas dans Icb diciionnaircb jusqu'ici publi^'S. » 3. Le sigIcL indique une note complémentaire due à Tabbé Letendre, mort en itSSe». NORMAND CAIEU " MOULE 29 1 nous devons au labeur surliumaînde MM.GilHéron et Edmont, nousapprend que laforme dialectale fiJi7/ra(prononcée tan tôt avec / mouillée, tantôt avtcj') au sens de « caillou n s'arrête à la fron- tière des départements de la Somme et de la Seine-Inférieure, et que dans les cinq départements normands on ne trouve que la désinence -011 '. Supposerons-nous que la forme en -ou a été npjtonée dans toute la province par une alluvion du français officiel qui aurait recouvert une forme autochtone lailîeu, laquelle n'aurait échappé à la destruction qu'en raison de son emploi spécial pour désigner U moule, emploi dans lequel !e français ne pouvait pas avoir de prise sur elle ? Si nous faisions un instant cette supposition, nous nous apercevrions vite que nous n'avons pas le droit de la maintenir en présence d'une constatation phonétique très précise qui constitue une objection insurmontable. Dans le Patois de la Hague, Jean Fieury enre- gistre callou, c'est-i-dire caillon avec / mouillée, à côté de caieu V. moule » avec un i semi-voyelle; or le maintien de l'ancienne prononciation de 1'/ mouillée dans le nord de la presqu'île du Cotentin est confirmé par VAllas lingiitHique, pour les trois stations de S'*-Geneviève prés de Quettehou(39j), d'Auderville près de Beaumont-de-la-Hague(394)et des Moittiers-d'Allonne près de Barneville (395)- H fi"Jt donc nécessairement voir dans le nom normand de la moule un mot qui comporte étymo- iotîiquement un 1 semi-voyelle et non une / mouillée. El nous nous trouvons ainsi ramenés à l'opinion qui voit dans caUu le nom même du petit porc situé en Picardie, un peu au sud de l'embouchure de la Somme. Les auteurs du D'utionnaire du patois de F F.urt ont justement fait remarquer que dans les rues de Pont-Audemer les moules sont souvent criées sous le nom de Villnvilh, qui est celui d'un autre petit port situé entre Trouville et Honfleur. On ferait une liste ititermi- oable si l'on voulait rassembler tous les noms de lieux de notre I, n (âut noter pourtant que M. Delboulle dans son Glossaire de la valUe fyirtit doant cailltii au seus Je « caillou "; mais il ignore l'en îstepR d'un moi analogue signifiant " mnule s. M. Det^plne, pharmacien dn hôpitaux Ue Parii et agrt'gf à l'Ecole de Pharmacie, originaire du' S'-Manin-le-Gai!krd, c<" d'Eu, nraciesic lussî que dans toui ce canton u caillou a se dit aiyeii ; d îgtton: ïgalemcRi le seoi de » moule ■■ 292 MÉLANGES pays qui sont appliqués, dans un rayon plus ou moins grand, à des objets — produits naturels ou manufacturés — provenant de ces lieux mômes. Je neciterai aucun exemple, car b question ■ n'est pas d'établir l'existence d'un procédé dénominatif qua tout le monde connaît, que personne ne conteste en généralJI mais de prouver que, dans le cas particulier qui nous occupe,' c'est bien ce procédé qui a fnit donner aux moules de la côte normande le nom du port de Cayeux '. GrSce à un texte republié récemment par M, Emile Picot, dans le tome l deson Recueil généra! des SoUies, nous connaissons les 11 menus propos ■> qu'on tenait sur le marché de Rouen à la fin du règne de Charles VU. Dans ces propos, les moules oni_ une petite place, car elles y sont représentées par deux aph* rismes gastronomiques. L'un, émis par « Le Tiers Sot ». laisse indilTérent du côté de ta linguistique : Au3Si lost que les moules s'euvrent Il n'y fault plus que du vinaigre '. Mais il est bien fâcheux que M. Schuchardt n'ait pas entend l'autre, proféré par " Le Premier » en personne: Les bonnes moules d'isegny Valent mieux que Cabîni ne ToiKqiit i. Ainsi les moules de Cayeux étaient cotées — qu'elles i fussent plus ou moins, il n'importe — au milieu du xv sîécle, e elles venaient faire concurrence sur le marché de Rouen à ceiks d'Isigny et à celles de Touques. Le rapprochement de ces troii» noms de lieux ne laisse aucun doute sur l'origine du mot faùu qui désigne aujourd'hui les [iioules, sans distinction de pro- venance, dans une partie de la Normandie: ce mot est identique au nom du port de Cayeux (dont je n'ai pas ici i rechercher l'éiymologie en tant que nom de lieu) ' , et il s'est tellemei^ 1 . Je fais cependant une exception en faveui du mot clurro'i que M . l'abN Rousselot me signale à Bordeaux au sens de u moule » ; Cbarr d'une commune de la Charcute-lnfiirieurc où l'industrie moulîËre est parti- culièrement développée. 2. LfS Menus pn-fi», v. ^ii.dAosKic. gin.dei SoUinl, 69. j. /&«/., V. Jîï-4, p, 7S. 4. La forme latine midièvale du nora de Cayeui c FRANÇAIS MILOUIN 29) éloigné de son port d'attache que, comme nous l'avons vu, les marchands de Cherbourg crient les moules sous le nom de « caieu d'Isigny «, cri dont se seraient sans doute fort scanda- lises les gourmets de Rouen du W siècle '. Débarrassée définitivement de ce corps étranger, l'étymologie du mot français caillou nous livrera-elle bientôt tout son secret? Je l'ignore; mais i! semble que nous soyons d'autant plus dignes de posséder la vérité que nous avons sacrifié sur son autel un plus grand nombre défausses croyances. C'est dans cette pensée que j'ai cru devoir mettre en évidence le témoignage de la Sollif lies Mentis propos auquel personne ne semble avoir prêté jusqu'ici l'attention qu'il mérite. Il se peut que les hommes simples dont parle M. Schiichardt aient pris des cailloux pour des moules — on a vu des quîpropos plus extraordinaires, depuisque les hommes parlent — ; mais s'ils ont fait de leur lan- gage le confident de leur illusion, le français n'a pas conservé le dépôt de cette confidence. A. Th. FRANÇAIS MILOUIN I. — Godefroy n'enregistre que deux exemples de l'adjectif miliudn ou miUuin a placé au milieu, moyen " », et tous deux proviennent de textes écrits outre Manche. J'en connais trois autres, qu'il est bon de signaler ici dans l'ordre chronologique : ' Roman dt Thèbes, éd. Constans, v. 3999 et suivants : Entre chascune da errai ne Et U chauJe, qu'est meiloainc. En 01 une que fu tcmprcc. autres localités portent acluellement V Irrtt, prts de Carbie (Somme) et Caye 1. Mon confrtre M. Hiray veut bii terocni de moules à Cayeux mâme, r d'Ault; le; Normands semblent donc dèiigner la moule, parce que ce coquillage kur était apporté par des bateau' cjyolois. ians se préoccuper de la provenance exacte de la cargaison. 1. Pour la forma lion de cet adjectif, qui correspond au prov. mcchlogaii. voy. mes Enais iltphîl, /rjwf., p. 59 et 67. •me nom, i savoir Cayeux-tnSau- près de S'-Pol (Pas-de-Calais). n'apprendre qu'il n'y a pas actuel- , plus au sud, i Onival et au Bourg adopté le terme de caitit, pour 294 MÉLANGES Le ms. P écrit mieloaine. Le sens est d'autant plus clair que Je vers 4000 est la répétition du vers 3995, ainsi conçu : Et la chaude, quVst eî mé lou, 2° Frère Angier, Traduction des Dialogues de saint Grégoire, ms. Bibl. Nat., franc. 24766, fol. iio v*>, i" colonne : Don, si com est crïé li oems Entre angle e beste miliuem, Com qui a angle est souzerein E a la beste soverein, Einsi vos di * . . . y La très ancienne Coutume de Bretagne, art. 227, titre (éd. critique par Marcel Planiol, Paris, 1896, p. 229) : Des meloains jouveigneurs qui sont en defTaut de faire la foy a leurs ^ ainznez. L'éditeur explique fort bien le mot au glossaire, p. 534 : « Meloainy qui est entre deux, au milieu. Meloains jouveigneurs, jouveigneurs intermédiaires. » La Coutume du Bretagne a été rédigée, d'après M. Planipl, entre 13 12 et 1323; le dernier texte est donc contemporain du Liber Custumarum anglais cité par Godefroy, lequel remonte au règne d'Edouard II (1307- 1327)- En résumé, des cinq textes qui contiennent ce mot rare, deux appartiennent à la France occidentale et trois à l'Angleterre. Miss Pope ne manquerait pas de voir là un lien de plus entre le vocabulaire de frère Angier et celui de nos provinces de l'ouest ; mais il ne faut pas oublier que milouin n'est pas particulier à frère Angier, puisque deux autres textes anglo-normands le connaissent, et que rien ne permet d'affirmer catc^oriquement qu'on ne le trouvera pas un jour dans des textes écrits en Nor- mandie. En tout cas, et c'est là que j'en veux venir, l'adjectif milouin n'est pas mort, comme porterait à le croire le silence de tous nos lexicographes : il vit encore sur les côtes de l'Aunis. En voici la preuve. On lit dans le Noui'cau Larousse illustré^ à l'article moulière (rad. moule, n. f.) : I . C\.'*^t l'indication donnée |>ar Miss Pope, p. 109 de sa thèse sur la langue de tVcrc Ancien (cf Roftuniii, XXXIII. 440), qui a porte ce texte i ma con- naissance. FRANÇAIS iflLOUIN ■ 895 Une moiiUlre est divisée en un certain nombre de compartiments ou ioit- thots échelonnés les nns derrière lei autres. Le hoiahol d'aval est le plus iloi- gnd Aa rivage. . . Le naissiin est cnstiile déposé dans un autre compartiment, le btmthol bdlarj. . . On transporte ensuite les moules dans les bouchots mil' louim (lie), qui se diîcouvteiit en panie i cliaque mar^e basse. Enfin le mol- lusque passe d;ins le bouchot iTamoiil '. La Grande Encyclopédie, A l'article bouchot, prccisc l'origine locale de CCS pratiques de l'industrie meulière : Sur les eûtes de la Charente- Inférieure, dans l'anse de l'Aiguillon, b cul- ture de la moule se fait en grand au moyen d'un ingvnieuj: appareil nommé hauclxit... Les appareils sont échelonnés sur quatre étages, les bouchots de bas ou d'aval, bouchots kilardi, bouchots milhin (si -), bouchots d'amont. L'article est signé E. Sauvage et indique comme bibliographie : CosTE, Voyage d'cxploralioii sur le lilloral de la France et de rilalie, iSéi, 2' édition. J'ai vu le livre de Costc, enson temps membre de l'Institut et professeur au Collège de France (-J- iSyj), et j'y ai lu à la p. 142 de la 2' édition, tout comme à la p. 1)9 de la première (Paris, impr. nat., 1855): Tous CCS appareils sont éciielonnés sur quatre étages, auxquels l'industrie auigne des usages différents, selon qu'ils sont plus rapprochés ou plus éloignés du rivage. Elle les désigne sous les noms de bouchots du bm ou d'atii/, bou- chon hdlards, bouchots milhin (iic). boucliots A'amont. noms qui expriment la lonc que chaque étage occupe sur le plan topographique de la baie. Les auteurs antérieurs à Coste ne connaissent pas l'expression boucijol tnilloin. Voici ce qu'on trouve, par exemple, à la place dans Baudrillart, Dûltortnaire des Pêches (Paris, 1827), art. BOUCHOTS, p. 6} : Dans le Poitou, on en met quelquefois trois au-Jessus les uns des aulres ; celui qui est plus près de la côte se nomme boucliol de ta eàlr, ou de lerrr ; celui qui est plus bas, bouchiit dt parmi, et le plus bas, imichot de tiirr. Aucune des compilations lexicographiques que j'ai citées n'a eu l'idée d'enregistrer à son ordre alpiiabétique l'adjectif en t)ucsiion : espérons que celles de l'avenir combleront cette lacune et adopteront i'orthograplie simplifiée et logique, milouin. J'ignore si le féminin est en usage, et quelle est la forme sous laquelle il peut se présenter ; 'milouine ou 'milouénc} . Ces détails sont déjl dans le grand Laio 296 MÉLANGES II. — Si aucun recueil ne donne Tadjectif w/fottm, en revanche on trouve un peu partout un substantif masculin homophone dont le Nouveau Larousse illustré parle en ces termes : MiLOuiN, n. tn. Nom vulgaire d'un canard des régions arctiques. Le milouiii {fuligula ferina) appartient au groupe des fuligules; il est d'un beau noir avtc le cou et la tête de teinte rousse. Au printemps et à l'automne, il descend jusque dans le nord de la France. Il faut savoir gré au Nouveau Larousse illustré de condamner par son silence l'orthographe millouifty qui est fréquente, et qui remonte au célèbre naturaliste Brisson, Ornithologie, tome VI (1760), p. 384 et s. ' Si je ne me trompe, Brisson est le premier à avoir mis en circulation ce nom de fnilouiu appliqué à une variété de canard sauvage. Après lui, on a fabriqué le dérivé milouiuan pour une autre variété, le fuligula marila *. Je ne puis m'empêcher de penser que milouin traduit la même idée que le terme latin anas vtedia, employé par les premiers orni- thologistes à l'imitation de l'allemand tnitteleute '. Où Brisson a- t-il pris ce terme qui n'était certainement pas plus de son temps que du nôtre du « français » au sens que Ton donne ordinaire- ment à cette expression ? Je suppose que c'est un mot de terroir, car Brisson est né à Fontenay-le-Comte, et Fontenay-le-Q)mte appartient à la « Plaine » qui confine au « Marais » de TAunis où nous avons constaté la vitalité de l'adjectif m/7o«m*. A. Th. 1. Le Dict. de toutes les espèces de chasses (anonyme), publié Tan III dans la collection de V Encyclopédie tnétJwdique^ écrit milouin et miloin (p. 5 1). 2. Cf. E. Rolland, Faune pop., II, 400 et 401 : on n*y trouvera d'ailleurs aucun renseignement précis sur les mots milouin et milouinan. î . Cf. Tcxpression tiers appliquée à une autre variété de canard ; cette expression a disparu, je ne sais trop pourquoi, des dictionnaires contemporains, mais on peut consulter le vieux et précieux Dict. de Trévoux : « Tiers^ s. m. Nom d'un oiseau qu'on appelle Tiers parce qu'il est d'une moyenne grandeur entre le morillon et la canne (5/V), ou entre un gros canard et une sarcelle. » A vrai dire, ces Messieurs de Trévoux s'en tirent mal. J'aime mieux le Traité lie Lt poliû' Je Dclamare : « Le Tias. . . plus petit que le Canard et que le Rotiiji' ou M.irilloti » (tome II, p. 757, éd. 1722). .\. Cl', dans I:. Clouzot, I^s MiUiii^ de htSivre uicrtaise (1904), p. 1 36, n. 5, un texte de 1764 où figurent « 24 miilouins, 9 cannes, 12 cerselles », etc. / PROV. COiONHET ET COLONHIER a FUSAIN ' PROV. COLONHET ET COLONHIER « FUSAIN » Rochegude et Raynouârd ont tous les deux enregistré, d'après le même passage des Autels eassadors de Daudè de Pra- das, le substantif fu/onA^/ comme nom de l'arbuste appelé en françiis « fusain w, mais sans nous renseigner sur l'éiymologie de ce mot'. Dans une thèse soutenue à Munster en 1897, M. Wilhelm Koch a voulu suppléer à ce silence, et il a avancé que colonhti venait du lai, columna '. C'est une opinion erro- ■née. Si l'on remarque que l'ancien mot cùlonhei est encore vivant aujourd'hui avec le sens de « fusain » sous la forme couioiigtiel , et qu'il a ."i côté de kii une forme concurrente cou- Utoulhal, usitée en Languedoc, on se rangera à l'avis de Mistral t\u\ donne pour étymologie à notre mot le substantif ffla/od^Ho « quenouille » à côté duquel existe une forme concurrente cou- noullfo '- Le iusain est ainsi appelé parce que son bois est fré- quemment employé pour faire des quenouilles. Le manuscrit des Autels eassadors qui a fait partie de la fcîbliothèque de Libri, puis de celle de lord Ashburnham, et <5ui est aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale de Paris ^Kouv. acq. franc., 4joé), offre, pour le p.issage où Daudè de Fradas mentionne le fusain, une notable variante. Dans le nis. £arberini, seul utilisé jusqu'ici, on lit : D'un albre c'om fuzanh apelU O colonhti. e met granella Roja cairada <. , Raynouârd {Ltx. rom., II, 459), traduit cohnbtt par " bonnet de (nitre • et il ajoute : « Ce nom a été donné la fusain, parce que son fruîT quatre an^jlcs, comme un bonnet Cirri » ; mais ce commentaire vise sa ira- «]uctioD et non le mot coloiihel. 1. Btitrâgt ^ur TViitr/Iiii/er Auiels Cassadors l'on Datide iliPraJas, p. 86. j, Caunoiillio reprèscnie le lat. vulg. •conucula.dissiraiiation de "colu- . Un autre exemple, sous la forme brdosca, nous est donné par le tarif du port de Gaillac de 1251. C'est le plus ancien exemple du mot que nous possédions, à ma connaissance. Void le passage : Ceria sïa ci manifesi a los los presens c endevcnidors. . . . que la coyduma del pon de Galhac es aitaU que bestia que passe cargada de drap o de cuers o à'ayeT de levan dona dos diners . . . e besiia cai^ada de bedosca un Les traducteurs du Te igilur ont, dans le premier passage, laissé en blanc dans leur traduction les mots correspondants à hxlosca, bodoscada. Mais, dans le second passage, ils traduisent bodosca par n boudousque ». ' Le sens ne saurait laisser place à aucune hésitation. Le mot boudousque, il est vrai, ne se trouve ni dans Littré, ni dans le Ùictionnaire dg l'Académie, m dans le Dictionnaire générai. Mais Lirousse l'a accueilli en dépit de son allure méridionale : il en donne la définition suivante, qui a été reproduite en note par les éditeurs du Te igitur : n Écon. nir. Dans le midi delà 1. Manuscrits dt la villf de CdhKn, i> Te Igitur (Cahors, 1874), p- 2SÎ- 3. Itîd., p. ]o8-9. ;. Rossignol, MotK^tapliies communairs du d/paritmmt du Tarn (Paris-Tou- ouse-AIbi, 1864), n. 1H4. vseo 1 300 France, marc qui reste dans la presse lorsque la cire des gâte^i à miel en a coulé par l'elfet de la compression. Il paraît que ce mol boudousqut — décalque pur et simple provençal — est en effet fréquemment employé comme teri d'apiculture dans le Midi. Nul ne s'en étonnera, si on son que le terme auquel il correspond est actuellement vivant dai un grand nombre de patois méridionaux. Mistral, dans son précieux Trésor, cite boiidausco (sans indicÂ* tion d'origine, donc de la région arlésienne), houdousch (Var), i., usa proQome atono fra preposizione ed inBnitb. Gli è bon vero che un csempio parc ricorrere ne! nostro testo. Re Marco si duole dei baroni, che continuamcnte lo aizzano contro il nipote : 5195 II m'ont assez adesentu, Et je lor ai trop consentu : N'i a mais rien des covertir. L'ultimo verso non è ben chiaro ; pur sembra che significhi : « Non c'è ornai modo di ridurli a più miti propositi. » Il codice è di scrittura bisbctica assai ; chi sa che esso invece di des non abbia del col solîto infînito sostantivato ? E si potrebbe correggere d*e[u]s ^ Ad ogni modo, quando pure altri si décida a conservare des, non abbiamo diritto di fondarci us questo passo, per introdurre mediante emendazione al v. 690 una costru- zione alTatto insolita ail* antica lingua. Dinas dichiara di non voler assisterc al supplizio d*IsoIda : 113) Je ne la verroic ardoir. Il M. leggc fie h la v.y ovc il primo la significherebbe là. Ma si puô ammcttcre una talc collocazione ? Si dircbbe je ne la irai ? A voler usare I. Cf. 1591 Moiii est li rois UiOrai^iei \ De deitruire, ove il M., volcudo csprimcrc l'accusativo, che a rigore potrebbe venire ommesso, legge opportu- namcntc D'eus «/., non Des. CORRECTIONS 305 rawerbio, si dovrebbe tutt* al più leggere : Je la fie la i\ Ma anche quosto sodisfa poco, perché rindicazione del luogo è affatto superflua. O tollcrcremo l^iato, o tenteremo : Ja tte la verroie je ardoir. Il lebbroso conduce seco Isolda: 125 1 Des autres meseaus H complot, K'i a celui n'ait son puiot. Tôt droit vont vers Tenbuschement Ou ert Tristran. Agevole sarrebbe ammettere nei primi due versi uno dei numerosi acoluti del nostro testo. Ciô nondimeDO si preferirà considerare U complot corne soggetto di vont ; il v. 32 è un inciso, da rinchiudersi fra virgole, parentesi, o tratteggini. Tristano terne che lo schiattire del cane possa attirar gente, e vuole ucci- derlo. Isolda lo esorta a non far ciô; addestri piuttosto il fido animale a cac- dare silenzioso. Egli reca Tesempio d'un taie, che aveva in simil guisa ammaestrato un segugio : 1573 Sire, merci! Li chiens sa beste prent au cri. Que par nature, que par us. J'oï ja dire qu'un sêus zcc, L'emendazione al v. 1575 sam^ cri mi pare, nonchè superflua, poco adatta alla situazione. Ë invero difficile dire che a per sua natura » il cane se ne stia muto quando dà la caccia alla selvaggina. Tutt' al più si dovrebbe intendere dialcun caso particolare, non : « il cane in générale », ma : « c'è dei cani, che. . . j> Ma Tesempio addotto non parla che di ammaestramento ; ed in sul principio del racconto si pone in rilievo quanto potere abbia Teduca- zione : 1438 Qui veut oir une aventure^ Con grant chose a en norreturey Si m'escouteun sol petitet. Propongo adunque di conservare la lezione del codice, che viene a dire : « Il cane, quando dà la caccia aile bestie, grida tra per sua natura e perché, seguendone glimpulsi, ci si avvezza. Ma è possibile ammaes- trarlo a tacersi, e (poichè tiorreture passe nature) riesce fargli vincere Tinnata Sua disposizione a gridare durante la caccia. Serva d'esempio il segugio ecc. ». 2052 Uns ganz de uoirre ai je o moi. Il M. çmtxïà^ gani^d'ermine rifercndosi al v. 2075, ove si legge : gant pare du (o dey come al v. 3909) blanc 1}ermine. Ma poichè il maggior numéro degli errori del copista si fonda su erronea lettura deir esemplare ch'egli aveva a se dinnanzi, sorge il dubbio che questo avcsse vair, I guanti pote- vano essere d*una specie di pelliccia, con guarnizionc di altra specie. Re Marco va nella stanza ov' è Isolda : dedeii^ s'en entre. Nus nel siut ne uc voit savent n, La regina lo vede rabbujato in voho ; 316c Aperçut soit qu'il ert marriz ; Venuz s'en est aeschariz. XXXIF 20 306 CORRECTIONS . Il glossario interpréta : En petite œmpagnie. Ma se non c*era nessuno coo lui? Tristano, travestito, chiede la limosina, ^xsiuo 9À garçons (3640); l'ano gliela dà ; Taltro lo picchia ; tutti lo ingiuriano : 5649 Li ouvert gras, H desfaé Mignon, herlot l'ont apelé. Il glossario atlribuisce a gras il solito signifîcato. Ma non si vede bene il perché di questo accenno alla grassezza degP ingiuriatori. lo credo che si tratti di gars ', e che cosi si dcbba leggcre, salvo il caso (poco probabile) di nietatesi di « Cons -j- Voc + R >> in « Cons. + R + Voc » anche in sillaba accentata. A TristanO) che chiede la limosina, re Marco dà il suo beretto di pelliccia (aumuce). Il codice ci dà 3755. Fremct la ja sus ton chicf che Teditore emenda in Freme te la ja sus ton chief ove s'avrebbe metatesi eguale a quella di gars in gras, ma prima in sillaba protonica (Jremer), poi in accentata. Da taie emendazione risultcrebbe il coUocamento affatto insolito d*un dativo di seconda dinnanzi a un accusativo di tcrza. lo propongo : Fre[rc|, met la ja sus ton chicf. 4148 Trop te fesoit amerc sause Qui parlement te fist joster. Moût li devroit du cors costcr Et ennuier qui voloit faire. Il M. al V. 41 51 Itiggc quel. Non c'è perô motivodisostituirelacongiunzione que al rclativo qui, che si collcga con // conie nel passo 1917 : Maie goU ses uli li criet, Qui tant voloit Tristtan Jestruire, Si puô aggiugnere -/ ; ma non è indispensabile. Re Arturo ad Isolda : 4194 Gicz de qoi on vos apele Q^ic Tristran n'ot vers vos amor De putcc ne de folor. Il glossario interpréta : Apeler^ construit avec de « accuser ». Ora poichè Taccuba dicc precisamente il Contrario, ne risulta uno scorcio di dicitura I . l'orina bccoiiJaria di ^M/yo//, rifatta seconde il tipo monosillabico sul nom. bing. I CORRECTIONS 307 molto degno di essere posto in rilievo : a udite un' accusa, [contro la quale voi dovete giurare] ». Lacuna non pare ammissibile. Resta vedere se nella Hngua giuridica ad apeler non si possa attribuire altro signifîcato, p. es. « chiedere una dichiarazione formale. » Isolda alludendo a Tristano, lo dice (v. 4208) le ladre quifisi sor some (bestia da soma). Il M. emenda que some ; a volerci attencre più vicini al codice, si potrebbe proporre soi, L*uso del pronome accentato in taie coUocazione è fréquente. A. MUSSAFIA. COMPTES RENDUS Mélanges de philolog^ie offerts à. Ferdinand Brunot ... à Toccasion de sa 20« année de professorat dans renseignement supérieur par ses élèves français et étrangers. Paris, 1904. In-£o, 452 pages. Trente-quatre collaborateurs ont pris part à ce volume, qui témoigne élo- quemment de Faction exercée par M. Brunot, à Lyon, d*abord, puis à Paris ( depuis 1892), sur son auditoire d'étudiants et qui prouve la vitalité de l'en- seignement supérieur dans notre pays. La plupart des articles rentrent dans le cadre de la philologie romane. Il va de soi que nous laisserons de côté, dans ce compte rendu, ceux qui relèvent exclusivement du latin et du grec ; quant & ceux qui dépassent les limites chronologiques où s'enferme ordinairement la RowiViÛj, nous nous bornerons le plus souvent à en donner le titre. P. i-i3,Oscar h\oc\\. Etude sur le Dictionnaire de} . A7a»/( 1606). Cette étude (dont l'auteur, si j'ai bonne mémoire, m'a emprunté l'idée) touche à un point que M. Lanussc, dans sa thèse latine sur Nicot, avait complètement négligé : elle met en lumière ce fait intéressant, à savoir que Kicot, dans ses définitions et ses digressions, a employé un grand nombre de mots qu*il n'a pas pris soin de recueillir et de classer à leur ordre alphabétique. Elle porte uniquemeni sur la lettre A du 'lliresor de la lan^jue /ran(oise : M. Bloch a ainsi groupé envi- ron 400 mois, dont il a signalé, le cas échéant, la présence dans les diction- naires antérieurs à 1606 et dans le recueil de Cotgrave (161 1 ). Je note par ci par là quelques distractions et quelques oublis . ce n'est pas à l'article aoust mais à l'article aouster que Nicot emploie le mot cidricr ; — il est fâcheux que y\. B. ait oublié le verbe mi'^eollcry omis aussi par Cotgrave, que Nicot signale, dans ce même article aouster, comme appartenant au patois Man- ccau : « qui est ce que le Manceau appelle Mi^^eoller ' » — ; M. B. relève tnelives a Tarticle ai>ust, mais il oublie de dire que ce mot est enregistré à Tordre alphabciique dans Nicot et dans Cotgrave sous la graphie étymologique wks- I. A//;'niuitr, mÉridionalisme fré^juent pour bouclitr "^ ; adiirtatif est relevé à l'article ajncois : il n'y figure que soui b farme féminine subscantivèe advenative (cf. notre subst. allemath-t) — ; lit lit çbaritlu AU sens de • chartil ■ (article aisseul ) aurait dû être signalé. P. i7-69, G, Cirot, « Ser •> tt sesUirv ,wtc un pari icipe passé. [M. Choi^dum cette étude sur la construction de ser et rslar avec un participe passé, conteste le sens d' ■ état transitoire * que Diez et Meycr-LCibke aiiribueni â la formule ntd inuinorado, ccupado. A l'aide d'un très grand nombre d'exi;mples tirés d'auteurs d'époques diverses, i! examine les constructions de sei-, estar^ habtr avec un participe passé et cherche à en définir le sens précis. Cette étude témoigne d'aptitudes reitiarquables pour saisir des nuances de signification qui échappent, je crois, au commun des mortels, mais qu'il est intéressant de voit discutées avec autmi de compétence. — A. Morel-Fatio. | P. loj- I (4, Joseph Désorraauîi, Contrihition à h morphologie des parlers savoyiirdi ; lis noms de nombre ciir.liiiiitix. Les formes des nombres sont données pour 17 localités de la Haute-S.-ivoie et de la Savoie, d'après des documents personnels, et dans la commune d'Onex, canton de Genève, d'après le diction- naire de Duret ; elles donnent lieu, de la part de l'auteur, à quelques remar- ques iotércssames (conservatian du féniinin de «deux, s lune de ■ septante» avec • soixantC'dix, d etc.). P. ii}-iî6, Paul Fouquet, /. J. Ronssrau et la grammaire philosophique . P. l}7-l6l, Alexis François, Noie sur le u Quiiilt-Curcea de Vaiigelas. P. i6î-i88, E. Frey, U langue Je J.-K. Huyniians. P. l8^-ioo, F. GailTc, Un drame sur les « Remplii(atiles » en 1771 : la • Vraie Mire " de Moissy. P, 20I-1I3, F. Gohin, Im question du français dans les inscriptions au Xyill' siècle. P. >i j-ai8, P. HoHuc, L non mouillé -|- y peul-il se r/duire àyt Exaraï* nani le phénomène, fréquent dans les patois les plus divers, où y remplace li initial en hiatus (par exemple yen au lieu de lieu), l'auteur conclut que l'étape intermédiaire a dû être llien (Ih représentant ' mouillé). 11 se peut : mais c'était le cas, ou jamais, de faire de l'expérimentât ion. A priori, il semble plus naturel de supposer que la difficulté réelle de fondre l n y i l'initiale en un son unique ait amené la disparition de 1' /. Je ne sais s'il est exact de dire que Ih devienne jamais y ; n'est-ce pas l'incapacité de fondre / el 7 en un son unique qui amËne chex lesuns la chute de 1'/, chez les autres la chute de r,v ?— .\ noter dans le mémoire de M. Horluc des renseignements iné- dits sur le patois de Faux-la- Montagne (Creuse). P. ïi9'2ji, C. Kaitein. lUitoiredn mol u ijy/c' •. Cette histoire embrasse . BLOQUIER de Godefroy, 1 3 10 le grec i COMPTES RKNDUS t le latin considérés en eux-mêmes aussi bien que les lances il s'en faut de beaucoup qu'elle soii détiaiiive. La forme française la plus ancienne paraii ttte iditlU : c'en du moins cciie forme qu'emploie Vauquelinde la Fresnaye dans le titre d'un recueil para en 160S-M.K. pense que itlillie a été emprunta â l'italien idillio, mais comme il ne peut pas citer d'exemples aussi anciens du mot italien, il laisse le lecteur perplexe au SU jtt de la valeur de cette hypothèse '. M. K, ne connaît que Duei qui ait employé li forme idîlii (>6;9): cette forme est pourtant déjl dans la Secondt partit des Rechirchei ilalunnei ilfraiKois/s d'Antoine Oudin (1641). Ce qui est plus grave. c'est que M. K. fait la déclaration suivante : a Malgré maintes recherches, je R*ai pas réussi i constater par quelles personnes le terme iJylU était appliqué (sic) avant Boileau, Assurément ce théoricien s'appuie, ici comme partout, dans sa théorie, sur des observations tirées de la pratique des portes. Celle de Mk" DeshouUéres ne peut guère être considérée comme antérieure 1 Boileau, car aucune de ses Idylles n'est datée d'avant l'année 1674. » Il n'a donc pas entendu parler du recueil publié en 1647 P" Rampalle sous le titre de Stpt IdyllfS } C'est bien extraordinaire, car enfin, comment croire qu'il ait écrii son mémoire sans avoir lu l'article de Furetiére, ou que, ayant lu cet article, il n'y ait pas remarqué la phrase révélatrice : v Rampalle a fait d'excellens {lU) Idylles de la Nymphe Salmacis, d'Europe ravie, etc. •> ? Mais aussi c'est la faute à Boileau, qui a tué prématurément la renommée de l'auteur des Stpt Idyll/i : Ou ne lit guère plui Rimpilc cl Memirdicic Oue Mignon, du Souiuii. Corbia cl ti Moilierc'. P. 257-157, C. Latreille et L, Vîgnon, Lt! grammairlmi lyonnaît et U fmnçaii parlé à Lyon à la fin du xviji" siicie. Étude très approfondie d'an ouvrage d'Ëiienne Molard, disciple de Domerguc, para en 1791 sous le dtte de LyptHoiûiiiKS, con»dérablement augmenté depuis sous le titre de Oidiom' naire du mauvais langage (1797) et de Le Mauvaii langage corrigé (iSlo); elle apporte un enrichissement notable à nos connaissances en lait de lexi" cographie dialecule. Voici quelques observations de détail. P. 344, n. t,it n'y a pas à féliciter Breghot d'avoir « reconnu ■ le latin ani II s dans anilU : cctu éiymolc^ie est sûrement fausse (cf. les articles anille et S'ILLE du DicI, ; I. Cette hypothèse n'a en soi rien d'invraisemblable, car si les diciioRnairvs italiens n'ont enregistré idillio qu'au xviii* siècle (comme le constate M. K.), le mot est certainement plus ancien en italien. Non seulcnlent on le lit dans les Rime de Girolamo Preti, publiées à Venise en 1610 (la préface est datée de ** Bolof^ne, le îj mai 1618), p. éo, 61, 91, 91, etc., mais il a probableinctlt -J été employé par Marini dès 1601. I 1, idylle se trouve aussi dans le Discours du (vtmt bucolique de Colletct. ] para en i&)S, à propos précisément de Rampalle : ■ 11 a renouvelé U gloire 1 de Vidyllt. u Mélanges de eiiUraJ), — P. 347, le rappcDchemen de Ibnte au fond de la cheminée > ■ tiincellc» est bien risqua ; je ïîgna de la Creuse de brtUigiu avec le Taira la régio ferts à Ferdinand Brunûl 3 1 1 du lyonnais et foiiinien hrctagnt « pièce avec le poitevin hrcliagut ou brrtoyi e en passant l'existence dans le patois ; sens exactement que dans le patois de F. 146 et 249, la distinciioo entre les mots dialeciaun :haîques est souvent épineuse, et beaucoup de formes placées dans la dcuxiiimc section doivent être classée» dans la premifre. V.2i^)■1^2,M>t].}AMeu•aKt,lt!drrivéinivtrl^aiidems.n:ond. Il labialisation ne s'est à ce que le second de ces mots est tou- ar un exemple qu'il cite lui-même, mii-f- la posiiion atone de ia diphtongue ipond à l'anc. pron. onnu, dont la cause remonie probablement au latin vulgaire) : la diphiongue ai se labialise en foré- lien, mais non la simple voyelle u. — }. .tfii/rwi « enfants o; bien que mwinà soîl toujours précidii de l'anicle masc, plur., il représente le féminin 'man- sionata. C'est clair: mais j'ai peine! comprendre comment madinà, qui s'emploie exclusivement au masc. sing.eidésifinele vent d'est ou du matin, se rallache i la forme féniinine. — 4. Siourà, seià. Ces deux verbes s'emploient pour désigner l'action du vent qui chasse et disperse la neige en rafales. M. Ch. ramène le premier i scperare. le second à sec are : ce sont deux très belles étyniologies et qui me ravissent. — 5 Egramtyà « remuer » se rattacherait au même type que l'anc. fran;. gramoier « affliger a : c'est bien invraisemblable. P. 4I9-4^^, Fauste Ladotie, NeU sur Vtpentbise. Il s'agit de l'épenthése &ei, d dans les groupe; primitifs m'I, n'r. etc. D'expériences faites dans le laboratoire de M. l'abbé Rousselot, il résulte que ■■ c'est par un simple effet de mécanisme ariiculatoire que le ij et le A se dégagent de la consonne primi- rivc et prennent la place de la voyelle disparue ». P. 437-418, Félix Gaffiot, « C'tsI que e , Distingue le sens adversatif du sens causal ou explicatif, P. 4i9-4;2, Julien Luchaire, Quelques Jorma du diairtie sitnnois. Signale qtwlques détails qui ont échappé à M. Hirsch dans l'étude qui a paru dans les t. IX et X de h Zeilschr./i'ir roiii. Philol. ; p'ublie en outre trois textes sicnnois inédits des années 1)69, ijyi et 1573. P. 4JÎ-450. Th. Rosset, E féminin au xvii" sifck. — Mémoire appuyé sur des dépouillements consciencieux et qui atteste chez son auteur de la clarté d^LfiS les idées et un sentiment délicat des conditions dans lesquelles le langage se transforme. A. Th. Catalo^e de la bibliothèque du Husée Thomas Dobrée. Tome I", Maiiiiicriis, p;ir l'abbc G, Druvii.LE. Nantes, au Musée Dobrée, 1904. In-8", XVI-700 p;ige5. Feu Thomas Dobrée était un riche amateur de Nantes qui, eu 1854, légua i M ville natale ses riches collections de livres ( manuscrits el imprimés) et d'objets d'an. Ces collections étaient, jusqu'alors, demeurées à peu près inconnues. M. Dobrée ayant toute sa vie caché soigneusement sesacquisitions. ÎI4 COMPTES RENDUS La première indication prikise qu'on eut au sujet du sa bibliothèque fue donnée dans un article de la Rnme lUs previnca dt rOatsI, tn partie rcprodtd par la Bibliothè^iu dt rÉcoie dis chattes, LVl', 439-431. Quelques années pin tard, M. Delislc publia, dans \e. Journiil des Sacants (mars 1900, cf. KûmiiHig, XXIX, 3 1 5 ), à l'aide de quelques phologruphies qui lui avaieni élé adressé parle conservateur du Musée Dobrée et de notes prises par M"* Petlechet uni; notice di-taillée du plus important des mss. français de cette coilcction. Il recueil des sermons de saint Bernard qui ne fait pas double emploi a deux mss. des sermons franijais de saint Bernard, que l'on connaissait déjà H qui soin publiés '. Les mss. de la collection Dobrée ne sont pas nombreux : il y en a 26 en tout, dont plusieurs n'ont qu'unu faible importance. Et cepen- dant le caulogue a 700 pages. C'est que M. l'abbé Durvllle ji conçu son tra- vjil, non comme un catalogue proprement dit, nuis comme une suite de_ notices très détaillées. On n'y verrait pas d'inconvénient si cet notices élaïea rédigées avec la méthode et la mesure que compone une oeuvre d Malheureusement i! n'en est pas ainsi. Nous rencontrons i chaque digressions peu utiles et parfois d'assez mauvais goût . Alors même que l'xt teur reste dans son sujet, il s'exprime avec une prolixité intolérable. Ainsi ^ notice du ms. de la vetsion des sermons Siïm Bernard s'étend de la p 12; i ia page z6i, et coniient peu de cbose qui ne se trouve d^l daori l'article précité de M. Delisle. L'une des informations, nouvelles un seimon sur Marie Madeleine ijue renferme le même i cours de ce sermon est contée la légende du roi d'Aquiléc (en d' textes c'est un prince de Mancille) et de son pèlerinage en Terre : Cette Ugynde est très connue (voir Romania. XXIl, 166 ; XXX, %tyj % Hiil. lin. de la Fr. XXXII. 95). maison voudrait savoir à quelle fora de lu légende on a alTaire. Or M. l'abbé D. se (p. l}7) : ■ L'auteur y rapporte l'histoire du roi d'Aquilée, sa pèlerinage en Terre sainte et les choses extraordinaires qui l'accoropgt On retrouve ce récit plus lard, bien qu'avec des variantes, au XII dans Jacques de Voragine : mais notre manuscrit est le premier i le d C'est àla fois vague et inexact. M. l'abbé D. poursuit en disant : " Après a miracles, l'auteur en raconte d'autres, notamment celui de l'ëléva Madeleine par les anges et les circonstances miraculeuses de la mort et dt! S translation de son corps à Vergelai ». Vergeiai, c'est Véielai. La ira: de quelques passages de ce récit eût été plus utile que beaucoup d'ai lions qui avaient déji été faites par M. Delisle. Comme exemple de développements excessifs nous citerons la descriptia d'une bible latine du xiti' siècle, qui appartient 1 un type tnW commun. Cen description occupe les pages 167 à ]ii. D'autre part, M. l'abbé D. a u tendance i, vieillir les manuscrits. I.C no IX, livre d'heures attribué i la m 1. El non pas LIV, comme il est dit par ei 1. Voir Ronhinia, XVI, 604 ; XXV, hî- R. KALTEKBACHER, Das Ro moiiic du xiv« siècle, est plus probablt Il dcsoipdon, Ju xv=. En sonimi:, tni' une prÉparation insuffisante et qu'on man •• Paru et Vimne » 315 mcni, 3 en juger pat ccnains deuils de ■ail fait conscii:ni:ieusemcm. niais avei: poutrait, sans dommage, réduire de Der altrraDzOsische Roman « Paris et Vienne « , von D' Robert Kaltenhacher. Erbngtn, Jungc, 1904. In-S", 394 pages, ( Extrait des Romanisclit Foiicliungtii). Le roman de Parti tl Vitime est bien connu des bibliographes. Il y a longtemps qu'on en a énumiîré et décrit les nombreuses éditions ' et signalé les diverses traductions en espagnol, en catalan, en italien, en anglais, en Hamand. On avait reconnu la tendance politique de ce roman, peu original, abondant en lieux communs, mais cependant intéressant à plusieurs égards. On avait justement observé qu'il fournissait un jalon important pour l'histoire de la pénétration du français en Provence, puisqu'il avait reçu d'uti Marseil- lais (Pierre de la Cépède) la forme sous laquelle il nous est parvenu ; mais néanmoins Piirh tt Vitntie demeurait un livre Je bibliophile que les érudits ne pouvaient guère consulter que dans les bibliothèques publiques. L'édition de Tcrrebasse ', faite en i8îs d'après un bon manuscrit daté de 1459 (B. N. fr, 1479), n'a pas beaucoup contribué ùrendrc l'ouvrage facilement accessible, n'ayant été tirée qu'i 12} exemplaires. Une nouvelle édition était donc dési- rable, ce nous ne pouvons que savoir gré à M. Kaltenhacher de nous l'avoir donnée. 11 faut louer le nouvel auteur du soin qu'il a apporté à son travail. tl a collaiionné tous les manuscrits, et son texte se présente accompagné d'un COjneux appareil de variantes. Il nous donne, dans son introduction, une ana- lyse du poème, une bibliographie étendue des manuscrits, des éditions et des traductions ; il s'est attaché ù en établir les rapports; tia étudié la composition de l'œuvre et a consacré plusieurs pages a la lan^e du manuscrit pris pour base (B. N. fr. 1480). TouKfois on ne peut pas dire que cette édition soit entièrement satis- frUsanie : on n'y trouve pas tout ce qu'on désirerait y trouver, et en maint endroit on remarque des traces d'inexpérience. D'abord on regrette qu'il n'y oit ni index ni glossaire. Peut-être dira-t-on que le plan du recueil où l'édition a paru ne comportait pas cet utile accessoire ; ce n'en est pas moins une Ûcheuse lacune. Il y a des mots qui exigeaient une explication et qu'il eût été 1. Une douiaine au moins de 14S7 11 1 59a. 2. Je ne sais sur quel fondement l'éditeur qualihe M. de Terrebasse de Iribliothécaire de Grenoble. M. de Terrebasse (f 1871), que j'ai connu dans ma jeunesse, était un savant bibliophile dauphinois, qui fut député sous Louis- Phi lippe, mais n'occupa jamais aucun emploi. I ^K Loms- Phi lippe, mais r 3l6 COMPTES RENDUS commode de trouver rangés par ordre alphabétique. M. K. a expliqué (p. 43) le terme d'origine catalane paniscal^ mais là où elle se trouve, Tcxplication est comme perdue, et il y avait bien d'autres mots à relever, escampre^ par exemple ', qui est enregistré sans explication, par Godefroy, d'après des comptes du xv« et du xvie siècle qui paraissent concerner la ville de Lille. Il n'eût pas été non plus inutile — c'est du moins le louable usage de beaucoup d'éditeurs — de relever dans les inventaires des anciennes librairies les mentions des manuscrits de notre roman. Paris et Vienne figure dans l'in- ventaire des bijoux, etc., de la comtesse de Montpensier (1474), publié par M. de Boislisle {Annuaire-Bulletin de ki Soc. deThist. de France, 1880, p. 503), et, par suite % dans Tinventîtire (1507) de la bibliothèque du château d'Aigue- perse, sous le n» 79 ^ . II y en avait aussi un exemplaire dans la bibliothèque de Charlotte de Savoie, femme de Louis XI ♦, dans celle du duc de Savoie à Chambéry ( 1498) J, et sans doute en beaucoup d'autres. i L'ouvrage esr donné comme traduit du provençal. Nous ne savons rien sur \ le traducteur, Pierre de la Cypède, ou Cepede, qui dit avoir Commencé son tra- vail le 3 septembre 1432. Les pages 53-75 sont occupées par une étude — trop longue eu égard à ce qu'elle nous apprend d'intéressant — sur la langue du ms. suivi par l'éditeur. Elle débute par une assertion bien surprenante : « L'orthographe de ce ms. est, dans l'ensemble, phonétique. » C'est le contraire qui est la vérité. On ne peut raisonnablement appeler phonétique une graphie où abondent les lettres parasites. Dans la première page on trouve extraicle, traictier, heaulx, auUres^ escript, raconpter, etc. ; ailleurs empter pour hanter, contemps pour content ^ etc. Quant à l'établissement du texte, il est loin d'être satisfaisant. Les variantes de forme (qui dans la plupart des cas ne méritaient pas d'être relevées) sont inscrites parmi les variantes de mots et viennent ainsi encombrer une varia 1 . « Quant Paris fut venu en son hostel, il s'en alla en la ville a ung fevrc : si fist faire deux limes et dQun escampres bien taillans » (p. 268) — « Prenés », dist Paris, a les limes et les escampres que je fitz faire davant ycr, et vous en aies en la prison et déferrés touz les prisoniers » (p. 273). Les variantes donnent escrampres, escJxtmpreSy eschanpres. Il s'agit probablement d'une sorte de ciseau. L'explication est fournie par Carpentier (Du Cange, scalpellum ): « ital. scarpello, nostris esclmlpres, scalprum, \\}\^oci:^eau. Lit. remiss. an. 1448... unes tenailles^ une e^chalpreetdes limes pour soy desenferrer. » Cf.Diez, Et, IVôrt» II hy ESCOPLO. Littré rattache à e^clkiipre le fr. e'clxyppe, sorte de burin à lame creuse dont se servent les graveurs. 2. Voir sur l'histoire de cette collection. Remania, X, 445-6. 3. Cet inventaire est imprimé à la suite des Enseignements d* Anne de France à sa fille Suzanne de Bourbon p. p. Chazaud (Moulins, 1878). 4. Biblioth. de VEc. des chirtes, 6e série, I, 360. 5. P. V.ura, Ini'cntari dei castelli di Ciamheri, di Torino, e di Ponte d\4in (Torino, 1^X83), art. 249. V^oir, sur ces inventaires. Remania, XIII, 475-5. L.-H. LABANDE, Âfitoine de La Salle 317 inr/itf dfji compliquée par elle-même'. Enfin, bien souvent U faut chercher la bonne !ci;on dans cette uarij leclio. Pourquoi licrire la longnytr (77, 8), la lorgiioit (77, g) ? Il est clair qu'il faut couper Valougnjtr, l'alongaoîl. En appendice sont transcrits quelques extraits des versions catalane, castillane et italienne. P. M. I L.-H. Labandf. Antoine de La Salle, nouveaux documents sur sa vie et ses relations avec la maison d'Anjou . P.ins, Picard, 1904. In-S". 8u pp. (Kstr.iit df l.i Bibliolbèqiii: dt rjici'li Jn cinriei, année 1904, t. LXV). Wcmcr SûoERHjBLM. Notes sur Antoine de La Sale et ses oeuvres. Hcisingfors, 1904, ln-4°, 1^2 pp. (Extrait dus Acta SocUlatii Sdfntiariim Fainicx, I. XXXII, n" i ), Les publications relatives à Antoine de La Sale vont se multipliant. Après l'article de M. O. Grojean qui, en 1904, dans la Rtviu dt T Instriutioa publique ia Btlgiqiu, a r^umf fort bien, non sans y tnélcr des idées tris personnelles, tout ce qui avait f té écrit jusque-li sur cet écrivain, nous venons de voir paraître presque en même temps deux mémoires qui apportent d'importantes contributions i la connaissance de la vie et des Œuvres de l'auteur du Pitil Jean dt Sainiri. Le premier a paru dans la BihliolKque de VÈcoU des Charles (1904). M. Labandc ne se contente pas d'y préciser le râle d'Antoine de La Sale dans ses rapports avec la maison d'Anjou, d'après les écrits et les documents déjà connus : il utilise en plus une série de pièces inédiles, la plupart extraites des archives municipales d'Arles et des archives des Bouches-du-Khâne, qui Tcnouvellent partiellement sa biographie. C'en ain^que nous apprenons pour la première fois que, dis 1418, La S. était atuché au roi Louis III en qualité d'écuyer d'écurie. Grâce auK recherches de M. L., nous suivons le viguier d'Arles dans l'exercice de ses fonctions, de mai 1439 â mai 14)0 ; nous le voyons présider les séances municipales, veiller i h salubrité de la ville pen- dant une épidémie de peste, assurer sa défense contre une attaque possible des Caulans et donner un soin particulier aux écoles publiques. D'autre part son mariage n'éuit rien moins que certain jusqu'ici, malgré la découverte tlitï par M. Nève (cf. Rom., XXXIll, toB) d'un acte du 16 décembre I4j6, où 11 était facile de prendre pour une simple formule de style une allusion 1 b femme et au premier-né â venir d'A. de La Sale. Nous connaissons main- •«nant le nom de cette femme, que le rot René gratilîe d'une dot de mille 1 . Dans les cas où il est utile de noter les variantes de forme je suis d'avis que ces variantes doivent être groujiées en une série distincte de la série des variantes de mots. C'est du reste l'usage suivi en diverses éditions. 3l8 COMPTES RENDUS llorins : die s'appelait Lior.ne delà Seilana de BnisM, el 5gure dan5 plusieuni doL'umcnts, mais non pas dans le testament de son tnuri, autre pièce n vie, datée du jo mars 1458, à la veille de rexpidîtion de Naplcs. Le rôle mili- taire dv La Sale prend fin dès 1440. Chargé succcs^vemeni de l'instructïoa du duc de Calabre et des lîls du comie de Saini-Pol, il se consacre dëscr-* mais i ses travaux littéraires. Passé 1461, on ignore sa vie. Espérons que dC nouveaux documents aussi heureusement mis au jour que ceux de M. L_ compléteront cette lacune. Un moment, sur la loi de M. ScEderh[e1m, on a pu croire que La Sale ' encore en 1469. Mais dans le mémoire dont nous avons à nous occupef maintenant, M. S. est devenu moins aiîîmiaiif. La pièce sur laquelle i appuyait son dire oflrc des contradiction», et la date de 1469 semble bien devoir se changer en 1459, ou mieux en 1460. Le mémoire de M. S. d'c que la première ébauche d'un grand travail qu'il prépare depuis longtemps si le rAle littéraire d'A. de La Sale, et, que distrait par d'autres soins, i] se d cideù livret âla publicité avec un désintéressement qu'on ne saura.ii trop loueri Une première partie est consacrée à labic^raphiede La Sale, pour laquelle îlfl été fait usage de toutes les sources, y compris tes articles de M. Labande a surtout les œuvres de La Sale. Dans le reste de sa publication, M. S. passe e revue les différents ouvrages de son auteur, en laissant de cdté ceux dod l'attribulion lui est contestée. Li Salade, livre bizarre et disparate, destiné à l'éducation de Jea Calabre, de 1418 à Hja, est l'ceuvre qui a le plus paniculièrement attiri l'attention de M. Sa'derbjclm. Il s'en était déjà occupé à plusieurs reprises, notamment à propos d'un passage relatif au Paradis Je la Sibylli, se rattaichant à la légende du Tannhaûser (cf. Rom., XXVII, 304). Aujourd'hui, après eiJ avoir classé les manuscrits et les anciens imprimés, il en donne une araïyiâ mêlée d'asset longues citations, le compare à V Instruction d'un feune priait d Guillebert de Lannoy, qui semble avoir puisé aux mêmes sources, minutieusement les différents écrits qui ont pu inspirer l'auteur. Dans btJ des cas, malheureusement, ce gros travail n'aboutit pas i des coaclusîJ prtd.e., Li SalU, autre recueil pédagogique, dont M. Grojean prépare édition, est de 14;!. L'analyse de M. S. montre de quelle utilité peutl pour k biograpliie de La Sale cet ouvrage, mélange de souvenirs classiqf d'aventures personnelles et de plaintes satiriques contre son temps. M. S. n'a pas accordé au Pelil }tan de Sainiré, le chef-d'œuvre de L ( 1456), la même étude approfondie qu'aux autres oeuvres du mCinc a Il se contente d'en donner une analyse, de l'apprécier littérairement, d insister sur les sources, indique aux futurs travailleurs tout ce qu'ils J à faire pour en mener à bien une édition définitive. Une e\cellcatcl grapliic où l'on peut juger de l'accueil que le public .1 fait depuis le xvl à ce joli ronian, termine la notice. 320 COMPTES RENDUS laquelle nous ne saurions remonter. Tel n*est pas notre sentiment. La Sale en voulant reconforter M™« de Fresne, faisait œuvre non pas d'historien, mais de littérateur ; et nous savons d'après le Petit Jean de Saintré que lors- qu'il s'agissait de composer un roman, il en prenait fort à son aise avec les personnages, les dates, les. lieux et les faits. Ne pouvant rendre odieux les Français et sympathiques les Anglais, il intervertissait les rôles, et substituait le Prince Noir au duc d'Anjou (de toute façon du reste il n'aurait pas voulu prêter un caractère indigne à l'aïeul du roi René). S'adressant à une femme, il sentait le besoin de mettre en scène une autre femme qui pût entrer dans le cadre du récit historique : il inventait donc la dame du Chastel. Bien plus, pour rendre le rapprochement plus touchant, les otages mis à mort se trans- formaient en un seul, le fils de cette dame du Chastel qu'elle-même sacri- fiait à l'honneur de son mari. Lamentable situation, au spectacle de laquelle la douleur de la dame de Fresne devait se sentir diminuer ! On voit quel intérêt peuvent offrir les obser\'ations fournies par M. Sôderh- jelm. Nous faisons des vœux pour que, dans un avenir très prochain, ses « notes et impressions », — c'est ainsi que lui-même désigne son travail, — condensées et complétées, deviennent une étude définitive de l'œuNTe litté- raire d'Antoine de La Sale. Gaston Rayn.\ud. L^ Ancien Testament et la lang^ue française da moyen â,g^e (viii«-xve siècle). Étude sur le rôle de rélément biblique dans l'histoire de la langue, des origines à la fin du xv« siècle, par J. Trenel. Paris, L. Cerf, 1904. In-80, vi 1-670 pages. M. Trénel s'est proposé de discerner quelle a été l'influence de la Bible sur la langue française, ou plutôt — ainsi qu'il l'explique lui-même dans sa pré- face — s'étant vite aperçu qu'une étude de ce genre, embrassant toutes les f)ériodesde la langue, serait trop vaste, il s'est, de propos délibéré, confiné dans la période ancienne, celle qui s'arrête au seuil du xvie siècle. De plus, il a réduit son enquête à l'action spéciale de l' Ancien Testament , et a même laissé de côté les livres apocryphes : ce qu'il a cherché à déterminer en somme, ce sont donc les éléments hébraïques que peut contenir la langue française. Et peut-être a-t-il agi sagement en se limitant de la sorte : toutefois, il n'est pas toujours aisé de distinguer ce que nous devons à l'Ancien Testament et ce qui a été emprunté au Nouveau : M. T. Ta montré lui-même en multipliant à ce sujet des remarques et des notes qui, d'ailleurs, sont en général judi- cieuses. D'autre part, en s'arrctant à la fin du xv*; siècle, il n'a fait en un sens qu'amorcer un certain ordre de recherches, et n'a pu bien souvent atteindre que d'une façon très imparfaite la fusion de rélément biblique avec notre langue. Il a cherché .1 compenser ces dcfiiuts inhérents au sujet par des cons- tatations précises, — je ne dis pas toujours neuves, — ce dont il faut lui savoir j. TRENEL, V Ancien Testament et la langue française 321 gré, et somme toute nous ne pouvons demander à un auteur que de bien remplir le cadre qu'il s'est tracé. M, T. a étudié successîvtment les mois isoiiîs qui ont éiè empruntas à l'Ancien Testament ; puis les locutionset les métaphores — c'éuitde beaucoup la partie la plus complexe et la plus intéressante, — cl il a enfin essayé de voir quels ont été en français les prolongements de la syntaxe hébraïque, sua arriver du reste sur ce dernier point a rien qui soit bien neuf, ni qui ne soit connu d'avance. Le tout est présenté sous forme d'articles lexïcographiques asscï bien classés ; ces anicSes sont encadrés entre une conclusion vraiment un peu brève et une introduction plus développée, oii l'auteur a résumé surtout d'après lus lravau\ Je Samuel Bercer et de M. Bonn.-ird ', l'histoire de la dJlTusion des traductions de la Bible — bitroduction qui se trouve grossie par un premier classement des mots et des expressions, faisant un peu double emploi avec ce qui suit. D'une fa^on générale, M. T. dans son livre ne semble jamais avoir cherché â manager la place. Ceci dit, ecconime il serait assec difficile d'analyser ici par le menu une étude conçue sur ce plan, voici deux DU trois points qui me paraissent mériter d'attirer l'attcalion. D'abord il est incontestable que, pendant tout le moyen âge, ii y a eu une sorte de con- currence, de lutte entre ceux qui voulaient traduire la Bible à l'aide de mots propres et de locutions spéciales (déjù le Psautier il'Ox/frd et plus tard Guiart DcMnoulins poussent dans ce sens), et d'autre part ceux qui cherchaient à employer le " commun langage » pour rendre les mfmes idées, ce qui est 1res notable dans la Bible dite de saint Louis et même dans h PsaiilUr Lorrain: I Hjo-tij) (p. 5). Hcrman écrivait très peu après la mort du toi d'An- I ^etcrrc Henri 11 (i 189). 1! n'est pas évident que la traduction des livres des I njis KHt en anglo-normand (p. j), etc. Il est visible que l'auteur ne s'est L pu KDU au courant des travaux récents sur celte partie de notre histoire lËntadre. — P. M.] 322 COMPTES RENDUS d'une tendance alors générale, qui consistait à remplacer partout Tanden vocabulaire par des expressions d'emprunt, ù avoir, qu'il s'agît de l'antiquité classique ou de la Bible, un souci d'exactitude matérielle que n'avaient pas connu les âges précédents. Il eût donc été bon en un sens de rattacher ce cas spécial à une évolution tout autrement compréhensive, et c'est ce qui n'a pas été indiqué ici. — Un autre point capital — et c'est môme en cela que con- sistait l'intérêt de l'étude — était de montrer à quelle époque approximative les mots et les locutions bibliques se sont répandus dans l'usage commun, et pour ainsi dire « sécularisés » ; car c'est à partir de ce moment que les uns ou les autres font réellement partie de la langue et ne sont plus sentis comme une sorte d'élément étranger. Que ces expressions soient dans les traduaicos de la Bible, et surtout dans celles qui se piquent de fidélité au texte, il le faut bien jusqu'à un certain point, et la chose n'a rien d'étonnant : mais l'essentiel c'est de les retrouver dans la littérature profane, et de pouvoir constater ainsi leur degré de diffusion ù un moment donné. J'avoue donc que j*ai été un peu surpris et désappointé tout d'abord en lisant presque au début de l'Introduction de M. T. une phrase assez ambiguë (p. ii), où il est dit: « Ce serait un travail inutile et interminable que de rechercher leur trace dans les cinq premiers siècles de notre littérature. » En quoi donc ce travail serait-il « inutile » ? Qu'il soit long et difficile, c'est autre chose. Mais n'est-ce pas une recherche de ce genre que, par son titre, semble précisément nous promettre l'auteur ? Hn réalité il Ta bien faite, et dans une plus large mesure que ne le laissait entendre cette phrase malencontreuse. Il a suivi la trace des mots et des expressions bibliques d'abord dans une portion de la littérature profane du xii*^ siècle, à l'époque suivante chez Rustebeuf, Jean de Meung, Joinville, plus tard encore chez Eustache Deschamps, Christine de Pisan, Alain Chartier, Conuiiincs, chez bien d'autres enfin, et c'est là qu'était l'intérêt du sujet. Je ne dis pas qu'il ait tout consulté, — par exemple, sans pousser très loin l'en- quête, il eût pu s'apercevoir à propos de l'expression tié (Tune femme (p. 373) que ih)mc de femc ««•', ou de mère né, sont des formules fré^quentes dans notre ancienne épopée, — mais enfin il a apporté aux lexicographes de l'avenir un assez large contingent, et nous sommes bien aises de voir que la main de Dieu (p. 3 1 1) se retrouve chez Villehardouin, Deschamps, Chartier ; la verge de Dieu (p. 276) chez Ciiartier, Froissart, Conuiiines, et ainsi de suite. Peut-être n'était-il pas très utile d'insister sur des expressions d'une structure aussi simple que aimer Dieu ou craindre Dieu qui peuvent provenir des Livres saints évidemment, mais aussi avoir été créées par n'importe qui. Et il n'était pas indispensable non plus de donner de loiif^ucs listes de phrases où est employé le verbe adorer (p. 157 et 285). A vrai dire, les locutions très simples sont souvent celles qu'il importe le plus de buivrc à la piste, telles otnrir les yeux il (jiii'l ju'iiit, liouii'r i,n-Jii' dei\mt tjiwltjn'tni^ boire le calice jusqu à la lie : mais celles-là précisément, M. T. ne les a pas trouvées chez, des auteurs profanes a\ant la tin du xv> siècle, et on se demande parfois si ses recherches ont été assez étendues. .V plus forte raison n'y a-t-il pas rencontré des phrase^ plu* J. TRENEL, L'Ancien Testament et la langue française %2^ complètes, comme marclxr dans lii cr.tintt de Dieu, Dieu u béiii Fanivre de mes mains ; ni non plus tout ce qui a une teinie un peu plus marquée de poésie biblique, la l'allée Je larmes, un lit de douleur, le creuse! du malheur, uti Jrcni 1, te ailes des imls. Il faudrail Lt de la Réformation pour pensée française. On pourrait adresser quelques mei d'avoir semé dans son Introduction qui ont peu de sens. Il dit dis la première page qu'; pu avoir B recours au gaulois pour se faire entendre 1 wv siÈcle e mêler au cou reproches i M, T,, et par exemple expressions inconsidérées ou siècle le clergé a qoels textes s'appuie cette hypothèse ?ll ne faudrait pas non plus appeler (p. 2) la langue du ww siècle un ■ alliage de latin, de celtique, de germain u : ces expressions étaient excusables i l'époque où Fénelon écrivit sa Lettre à I tAcaJdmie. Pourquoi déclarer (p. j) '^ CanHItne Je sainte Eulalie le plus e français ? Que deviennent alors les Serments de 84Î ? D'une façon 1 générale, M. T., partant uniquement des textes oi\ il les relève, ne se préoc- cupe pas toujours asseï de l'époque i laquelle certains mots ont dû entrer dans l'usage ; leur forme cependant l'indique quelquefois. Ainsi, que la forme aortr apparaisse fréquemment en ancien français à côté de adorer, qui est plus I récent, cela prouve que le verbe adorare avait été introduit par les clercs méro. I vingicns, 3 une époque oh la dentale avait pris entre voyelles un son fricaiif \ qui devait amener son elTacement, cette remarque a été faite depuis long- temps, et cik a son importance pour situer les faits dans le temps. En . revanche, que signifie de considérer (p. 31 ) la forme menestier de X^Cantitine \ ^Eulalie con)me étant ■ à mi-chemin entre ministire et mestîer, l'un, des I dibuts du xiw siècle, l'autre, du x> s ? Ceci n'a vraiment pas de sens, à I moins qu'il v ait là une vue tout i fait erronée. On pourrait encore observer quelque hésitation, semble-l-il, ou quelque arbitraire dans la f b/çon dont sont classées et réparties les diverses expressions étudiées : ainsi, J )e ne saisis pas nettement pour quel motif des mots comme cendre, dormir, U_^dau, ne se trouvent pas dans la section réservée aux mots latins, mais ont n été reportés dans une autre section intitulée : u Acception biblique des mots 1 Est-ce que cinerem, donuire, Jiagellum, n'a\'aient pas déjà, dans le I texte de la Vulgate, les sens ligures que leur ont conservés plus tard les tra- l ducieurs français î Ce sont là de petits reproches : il y en a un qui est un peu rs grave, et qu'il &ut bien adresser en terminant i ce livre d'ailleurs esti- [ mable. M. T. a été iTaiment trop enclin i considérer comme un eiu-ichis- M pour la tangue française l'emploi plus ou moins obligé qu'ont fait nos 1 vieux traducteurs de certains mots absolument techniques, qu'ils viennent de l l'hébreu comme epbod, sabaoth, ou qu'ils soient d'origine grecque comme ; l'emploi aussi de certaines locutions telles que pains de propoùtion, MWr ^airain (cuve de métal où se purifiaient les prêtres). Est-ce que tout a s'est fondu et pouvait se fondre récllenicni .tu courant de la pensée fian- k (use ? Ces expressions le rencontrent évidemment dans les versions de la 324 COMPTES RENDUS Bible, mais elles n'avaient guère chance d'en sortir, car les langues dans ce cas s'enrichiraient à trop bon compte. Il eût donc suffi de les signaler, mais sans y insister autrement ; et il eût été bon encore d'être plus sobre dans Texposé des nombreuses allusions historiques et géographiques qui encombrent cer- taines pages de ce livre, et le font ressembler par endroits aux Flews histo- riques de Larousse. Il vaut mieux que cela, il atteste des recherches sérieuses et précises, comme le prouve la rédaaion de certains articles, par exemple ceux où sont étudiés les mots comme esprit, exaucer, merci, et bien d'autres. Aussi, malgré les critiques qu'on peut et qu'on doit adresser au travail de M. Tréncl, il n'est que juste de reconnaître son intérêt et son utilité : celte étude apporte une contribution consciencieuse à la lexicographie de landen français, elle sera consultée avec fruit et pourra ser\*ir de point de départ à ceux qui voudront un jour pousser plus loin cette investigation, et déterminer ce que doit à l'esprit biblique notre langue modeme ». E. BOURCIEZ. Quellenstudien zur g^alloromanischen Epik, von Franz Sl^te- GAST. Leipzig, 1904. In-8, 395 p. M.F. Settegast a groupé en ce livre quatre études intitulées : I. Garin le Lobe^ rain, la Chanson de Roland et la Hervarar Saga ; IL Eledus et Sercna ; III. Aigar et Maurin ; IV Generides. Ce qui en forme le lien, c'est l'idée que tous ces poèmes conservent le souvenir d'événements historiques compris entre l'année 376 (les Huns refoulent les Goths au delà du Danube) et l'année 568 (établis- sement de la domination lombarde en Italie). Pour démontrer cette thèse, tantôt M. Settegast propose des rapprochements entre ces poèmes « gallo-romans » et des légendes Scandinaves, grecques, indiennes, etc.; tantôt, s'attachant aux noms propres (noms de personnages. I . [Le principal défaut de ce livre, beaucoup trop volumineux, eu égard à ce qu'il renferme de vraiment utile, est qu'on ne voit pas exactement quel en est lobjet. Comme la Bible, en toutes ses parties, n'a été connue dans la IVance d'autrefois que par l'intermédiaire de la Vulgate latine, on ne comprend pas pourquoi l'auteur a laissé en dehors de son étude le Nouveau Testament et les panies de l'Ancien dont l'original n'est pas hébraïque. IHiis la façon dont sont étudiées les expressiotis bibliques ne prouve pas qu'elles se soient incorporées à la langue Irançaise. Pour chacune de ces expressions, M. T. donne d'abord, selon la Vulgate, le texte des passages où elle apparaît, puis la version de ces passages d'après diverses traductions anciennes. Est-ce que cela peut prouver que ces expressions sont véritablement entrées dans l'usage français ? Il n'v avait à citer que les textes, autres que les traductions, où ces expressions apparaissent avec un caractère visiblement français. Si M. T. avait limité ses citations aux exemples véritablement utiles, il .aurait diminué son livre de plus de moitié. — Pour d'autres critiques, voir le compte rendu publié par 1:. LiHi^lois dans Le Moyen A^c, 1904, p. 420 et suiv. — P. M.) M. Setie- (p, los) F. SETTEGAST, Qiiflliusltidien :^ur galloroinanisck-n Epîk 325 noms géographiques) que lui fournissent les textes litièiaires, il en cherche l'origine. Donnons quelques exemples de ces étymologies, S'étant persuadé que, dans te poème à'Aigar tl Mauriti, Algar est l'empereur Jusiinien, et ifaurio le géni^rul Bàlisaire, voici commcni M. Setiegast retrouve Jusiinien 4ians le nom Aigar ; «Justiiiien (p. 107) avait reçu de h populace de Byzance de r«i5«po(, e'est-i'dire ittif ; « de Gaidaros ou (après chute gallo- nmane de la désinence) de 'Gaïdar, on a pu facilement, par un déplaceraen' de consonnes (fait très fréquent dans le traitement des noms propres Airangers), tirer 'Daigar; puis on aura considéré le d initial de 'Daigar comme un reste de \i pnnlcute it ; de \i Aigar, forme influencée peut-être par le nom proven- çal AUitrl, par les noms français Acart, Agart, Egart ; ou encore par une réminiscence du nom du roi Edgar, qui se trouve dans la poésie mande. 1 Q^iant à Bélisaire, il s'appelle dans le poème, seloi e comte Maurin ; mais son nom a passé, par suite d'une comparse, nommé Bec de Sant Ylaire. En efTei, « Bilha, I pu facilement être modifié en * Bmiain, peut-être par assimibtion ^siÂiûf , ou, plus vraisemblablement, sous l'influence d'autres noms propres, tels que Basilides. Quant i transformer ' Bailairt en un Bec di Sanl Ylairt, c'était, pour un poète ou pour un remanieur habitué à traiter les tioms propres avec une liberté que favorisait son ignorance, une bagatelle (eint Xltinigteil), surtout si l'on admet qu'il trouvait Btsilaire dans une source supposons, en eflet. qu'il ait pris l'i de ce nom pour l'abri^viation de Saal = SaïKlum, et Sanl Ylairr pour un nom de lieu, il obtenait ainsi le plus bellement du monde un Btc 4t Sanl Ylairr. — Pareillement (p. 307), Fiera- bras pourrait éire l'allemand ^Vitr-arm (Quatre Bras). — De mfmc, la ville Ugendaire de Tubic (p. t;;)est Thébes. Tubie provient, par croisement, de ^ifi^i ■\- BoiuTia. BoioUa devint d'abord ' Bulia ; de U, par déplacement du j (d'après le nom Thebts), la forme Tu Wa. — Olivier, le com- de Roland (p. 7}), serait peut-être identique au héros d'une Jii^ii nor- dique nommée Ôrvar-Odd : des deux éléments de ce nom, l'épopée française que le premier (peut-être parce qu'on a pris OdJ pour le sufRxe diminuiif^of, qui convenait mal a l'un des douze pairs) ; restait ûrvar, que l'épopéemodifiaenla forme «si voisine • Olivier :lVest devenu I par disûmila- eic'csicn même temps un fait d'étymologie populaire, l'olivier étant frê lenidinslcschansons de geste : i teUeiemelgneiqueGuetiticlievalcheliu^une \itf balte, a Ce ne sont U que des échantillons des conjecturesdc M. Settegast. a, dans le livre, environ cent quatre-vingts étymologies de noms propres. loosnc les discuterons pas, et nous n'examinerons pas non plus lus ihfses auxquelles elles servent de base. Nous laissons au lecteur le soin d'ap- pricier la valeur de ces hypothèses '. t pas la premiéro fois que M. Settegast s'efforce de 326 COMPTES RENDUS Edward Porçbowicz, Studya do dzieJÔTV llteratury ârednio- TVieczneJ (Études sur Thistoire de la littérature du moyen âge) «. Lwôw (Léopol), librairie Winiarz, 1904. In-S», 85 pages. Sous ce titre général, Tauteur a réuni deux études tout à fait indépen- dantes. Dans la première, intitulée : Teorya iredmounec^na miloici dwomej (la théorie mèdià'ale de V amour courtois)^ il veut présenter « la fameuse théorie dans son ensemble, en parcourant les différents degrés et phases de son évo- lution », mais il ne le fait qu'en partie. Le développement de Tamour cour- tois chez les poètes italiens est étudié suffisamment (p. 23-52)^ mais la litté- rature provençale y est à peine touchée (p. 14-16), et celle du nord de la France y est uniquement représentée par le traité latin d* André le Chapelain (p. 17-20). — Cette question délicate et bien compliquée, pourquoi Tamour courtois a-t-il eu pour objet la femme mariée ? M. P. la résout d'une manière peu satisfaisante : la femme mariée sait que Tamour, « ha intelletto d'amore » (p. 21), c'est la « saggia donna » de Dante. Cette dernière remarque nous surprend d'autant plus chez lui qu'il constate lui-même « la transformation profonde du type de l'amante » dans la poésie italienne, où « la femme mariée a été remplacée par la jeune fille noble, ncbile pul^elletta ». On ne peut non plus se ranger à l'avis de M. P. quand il nie l'existence de l'élément platonicien dans la conception que se font de l'amour les poètes provençaux et français du xii^ siècle (p. 14). Quand Âimeric de Pegulhan nous dit de l'amour c< que vil fai pros e'I nesci gen e l'escars lare ' », quand l'autour inconnu de Partonopeus de Blois souligne son importance : Hnsi set amors enscgnier Cascun home de son mesticr : Ccvalicr de ccvalcric, Et clerc d'amender se clergie, etc., i n'y a-t-il pas là un lointain reflet de l'idée de Platon, dans le Banquet^ d'après laquelle l'amour ennoblit l'homme et la femme : ouoêlç oZxfo xaxô;, ôvtivz oÙx av a-jTo; fj "Ecoç ïvOeov ::oi7[«i6 npô; apcTr;v, o>70' oixoiov eIvi». tw zp{97o> 9ia:i 4. Pour Partonopeus de Blois, qui n'est qu'une adaptation habile du conte latin iïAmottret Fsychi\ on peut admettre un emprunt direct à Apulée. L'au- teur de VAue (for était, comme nous le savons, un partisan ardent de la circulation d'invraisemblables conjectures. Voir ce que dit G. Paris à propos d'un autre travail du mcnie écrivain, Roniiiniii^ XXIV, 306. 1. Un résiiniv: en français se trouve dans le Bulletin de F Académie des Scituci's iii' Cid.oiii', 1904, p. 101-112. 2. M. P. le cite lui-même (p. 15). 3. PiirtouojYu.^ de Bloi<, éd. Crapelet, t. I, v. 34 1 5 et suiv. 4. PhUoniscpeiA, Didot, t. I, p. 663. E. PORBBOwicz, Sludya do d:^iej6v Hteratiiry 327 iloarine néoptatonicionne ex c'est elle qui domine dans ses ouvragiis. Le po^me frant^ij, composé sous son influence, fait res;onir avec netteté le rcMe prOpondirant de l'amour qui encourage et ennoblît le chevalier ou le ( clerc* ', De plus Ptirimiopeus contient des passages vraiment remarquables dont on n'a pas [usqu'ici apprécié la valeur parce qu'on le place généralement après les ceuvrcs de Chrétien de Troycs '. Nous y trouvons aussi celte idée, exprimée i plusieurs reprises et développée plus tard par les poètes Italiens, que la femme est paniculiéremem chérie de Dieu 1. Reste A savoir par quel chemin et par quelles étapes celte conception incontestablement platonicienne de l'amour est arrivée à travers les siècles dat)s la poésie du Midi, car il est clair que les ouvrages de Platon n'om pas été connus directement du moyen âge. C'est ce qu'il fallait rechercher, dans un livre spécialement consacré A ce sujet, et, au lieu de s'étendre sur les élucubrations scolastiques d'André le Chapelain, le critique aurait dû, à mon avis, étudier de plus piés qu'il ne le fait, la littérature provençale et surtout la po&ie du Nord de France qu'il a complètement négligée. Dans la seconde étude intitulée : u Chrétien de Troyeset le roman d'actua- liiè au xi[= siècle * », M. P, conteste l'opinion du professeur W. Foerster qui voit eu Chrèricn un écrivain préoccupé surtout de combattre quelques idées immorales de son époque. Il lui oppose une hypothèse très séduisante, mats peu solidement appuyée. Le poète champenois est, d'après lui, un romancier ■ des mimes tendances que suivent aujourd'hui Bourget, Rod ou Marcel Prévost V (p. 8i)>. 11 va sans dire que le critique ne croit pas au rôle attribué par Chrétien, dans les premiers vers de la Charrrlte, à Marie de Champagne pour la raison que voici ; • Figurons-nous cette jeune femme belle, joueuse, ■priiuelle, corrompant un coureur du monde tel que Chrétien, homme de tt«nte â trente-cinq ans! " (p, 73). Ce sont lides opinions tout â fait person- nelles qu'on pourrait discuter ou même accepter i la condition que l'étude nous en apportât des preuves solides. Ce n'est pas le cas. Le livre de M. P. ooniientdes remarques plus ou moins ingénieuse;, maïs iri'p peu d'argu- ments. Le critique semble ne pas connaître encore l'arikie irès approfondi de M. van Hamel Intitulé «. Tristan et Cligès * • qui l'aurait pcut-éire rendu moins enclin i regarder ClirÉlïen comme ■ le partisan le plus zélé des thèo- 1. Voir larticle de M. Kawcîyùski ; ■ Ist .^puleius im gcwesen ? », p. 3-io. 2. Excepté toutefois M. Kawcivnskl qui, dans son éi (Cracovie. 1902), en fait remonter la date i. 1 1)}~37 ^' ' grande importance au point de vue de l'évolution de l'air î. Op. cil.. V. 709J-7116. 4. Btlltirysta Xll-go iciitu. Chrttien dt Tioyis. %. M. Bôurgcl serai! bien étonné de se voir attribue dancvs ■ gu',! -MM. Rod et Prévost. é. Komunta, t. XXXUI, p, 46;-89. Mittelaller bekannt 328 COMPTES RENDUS ries alors à la mode » notamment de l'amour illégitime. Quoi qu*on pense du poète champenois, il reste que parmi ses cinq ou six poèmes, il Q*y en a qu'un qui nous dépeigne un amour choquant et que c'est justement celui que le poète a laissé inachevé. Ses autres romans sont plutôt dirigés contre l'amour coupable, quelle que soit sa forme. Il ne faut pas, bien entendu, exagérer et faire de l'auteur de la Charrette un héraut de la morale religieuse. Tout ce que nous pouvons conclure de ses oeuvres, c'est qu'il se distinguait de son entourage quelque peu libertin par une morale per- sonnelle plus élevée et que son imagination se plaisait surtout à nous dépeindre des sentiments délicats, innocents, naturels. Telle est, par exemple* la peinture de l'amour dans Erec et dans la première partie de Cligès, véri- table chef-d'œuvre de psychologie. Non moins contestable me parait être ce que M. P. dit à propos de la colère d'Erec contre sa jeune femme : « Il soupçonne que ne l'aimant plus Enide veut se débarrasser de lui. C'est pourquoi le mari offensé la prend avec lui » (p. 59). Il n'est pas douteux que le héros n'ait connu les vrais senti- ments de sa jeune épouse. Autrement aurait-il demandé à ses parents ' de l'aimer et de la chérir en cas qu'il ne revînt pas » ? Dans Cligès le poète champenois ne veut pas « réhabiliter la femme adul- tère, mais trouver une solution pour le problème suivant : de quelle façon une femme peut-elle être l'épouse légitime d'un homme et l'amante d'un autre, sans s'exposer au triste rôle d'Iseut » (résumé français, p. 103). C'est précisément la, il me semble, l'opinion de M. Foerster, opinion que le critique voudrait combattre et que cependant il accepte dans son étude. D'autre part, M. P. se sent embarrassé par ce fait que dans les deux premiers ouvrages de Chrétien (^lirec et Cîigès) l'amour conjugal et légitime est célébré ; l'explica- tion qu'il en donne n'est rien moins que sérieuse. « C'est là pour faire osten- talion de ses paradoxes qu'il se propose de contredire aux dogmes professés à la cour de la comtesse et qu'il se fait fort de prouver que l'amour courtois peut être concilié avec le mariage » (résumé, p. 102). Je ne puis ici entrer dans une discussion plus détaillée. En terminant, je relèverai une légère inexactitude de détail. « Le lai de Marie de France (E/i- dtic) a été plus tard développé par Gautier » (p. 69). Le thème en était évi- demment connu avant la composition de Marie, puisque ses lais datent de I iSo et que llle et Galeron fut composé au plus tard avant 1 170 '. J. H. Reinhold. 1 . Cf. les vers 2725 et s., 3767 et s. 2. G. Paris le place en 11 57 (Manuel, 2*-' éd., p. 247); M. Foerster vers 1167; M. Wilmottc le rajeunit encore un peu (Jjnvlution du roman ff\tU' (i/n, p. 57). I L. wiESE, Die Lktier des Blojidel de Nesh 329 Die Lleder des Blondel de Nesle, krlttsche Ausgabe nach allen HandSChrIften, von D' Léo Wiesk. Dresdcn. 1904. ln-8 de XUV-ïlo pages {Gr»Usib.ift jAr lomaaiidx Lilenllur, vol. j). De toutes les éditions d'anciens textes lyriques données en ces derniers temps et dont plusieurs sont enceDentes, celle-ci me paraît l'une des meil- leures. Elle est à coup sûr la plus complète : en effet M. W. n'i pas exécuta seulement les reclicrches nciuellement considérées comme indispensables (sur le rapport des manuscrits entre eux, la langue et la versilïcation du poète, etc.) ' ■ il 1 fjii un louable effort pour expliquer le lexie dans ses moindres détails et surtout pour y faÎR' bien comprendre l'enchainement des Idées' ; cet enchaî- nement est si peu logique, les idées elles-mêmes sont si Hottantes et si ténues, que cette recherche présentait de véritables difficultés qui ont été ici le plus souvent résolues d'une façon trèf heureuse. Laissant de cdté l'introduction, sur laquelle je ne trouverais probablement rien d'imponaoi à dire, je me borne i examiner quelques détails du texte et de l'ÎDicrpréiation <. II, I j lirt j'iir ru mt ; l'omission du dernier mot, qui est dans les m doit *tre une faute typographique. — Les premiers vers de la s' (lï-6) me paraissent mal ponctués : il faut un point après I}, ui après 15 ; qut dans ce vers signifie ■ de telle sorte que ». III, 29 en citer d'un cors (leçon de (/seulement) donne un sens bien médiocre : je lirais avec la famille MTa tu cors ou cutr (m car ou cuer de H appuie celte leçon, excellente pour le sens), — 59 la leçon /«rurt non/u (U seul) csi très peu appuyée et les autres ne lu sont guère davantage ; nous avons sans doute itrophe IV virgule iioire de la fameuse l^nde en un chapiirL- uu'il eût pu, ce me semble, abriter un |>eu. Il en ressort très nettement que c est \i un simple thème de folk-lore, mais on ne comprend pu très picn pourquoi il s'est attaché au nom de Hlondcl. — M. W. n'a ^ téuui à identifier la strophe provençale citée dans le rom^n de M"< Lhéritier fvoy. Intral.. p. xxxvi). C'est un couplet de la chanson de Blacas, Lo hch Ams Utnps mi />/,i/; (éd. critique dans Zeilsch. f. rom. Pliil., XXItl, 140); eonime le montre la leçon fautive du v. 7 (11 bel trop affan sia}, cette strophe û été copiée sur le ms. / qui, dés lors, faisait partie de la Bibliothèque du Roi. 3. Qji'on me permette de rappeler que j'avais tenté le même travail i propos de quelques poésies françaises et provençales dans ma thèse latine De nosiratibus eic, p. 6i-S6. M, R, Berger, dansson édition des chansons d'Adam de la Haie, malgré l'abondance de ses notes " ex^éiiques » avait â peu près n^ligé le second point de vue. }. M. W. a eu parfaitenii-nt raison, A mon avis, de ne donner les variantes graphiques que du manuscrit reproduit et de se borner pour les autres aux variantes de sens: mais les premières n'ont pas toujours été très 'fidèlement indiquées : ainsi dans la pièce XX, 2-3 le manuscrit reproduit a bam, non hou fvoy. l'édition de la SocUlé des anciens lexlts); 26 ce manuscrit a (comme autre au reste) fuil ; le picatdisme loi est donc iniroduii psr l'éditeur, ce que 330 COMPTES RENDUS affaire à un passage très anciennement corrompu et qu'il faut désespérer de restituer. IV, 30 le mot a (donné seulement par une famille), ne pouvant représente'' ici que habet, fausse le sens. Je comprends : « Amour m'a donné plus de joie qu'à ma dame même, mais à celle-ci (ma dame est au datif) plus de beauté. » V, 57 BlondiauT^y qui Amours desfie. M. W. comprend « Blondel qui se met en état de guerre contre Amour, qui lui donne congé ». Mais ce sens serait en contradiction av^c toute la pièce. La comparaison avec XIV, 6 montre bien que qui est pour^t//; entendez : cr que Tamour traite en ennemi. » — 58 la pièce à laquelle il est fait allusion dans la note sur ce vers (Raynaud, 1599) a été aussi imprimée par M. Guy dans son Essai sur Adan de le Hale^ p. 582. VI, 25-6 la proposition est exclamative, non interrogative. IX, 40 le sens n'a pas été saisi. Ce n'est pas l'amant qui craint de devenir dangereux en perdant patience (un tel aveu serait inouï dans la lyrique cour- toise), c'<:st la dame qui peut être inexorable (sauvage) malgré la douceur de ses regards. — 41 je préférerais navroit à vauroit, parce que la liaison des idées serait plus étroite : « Celui qui n'aurait d'autre gage » (que les regards dont il vient d'être question). XI, 6-7 fine amour est au datit et les régimes directs de aie sont au vers suivant : if faut donc supprimer tout signe de ponctuation entre ces deux vers. — 29 la proposition est exclamative ; lire avec la deuxième famille qw au lieu de qn*a. Le poète souhaite que la générosité (Jranchise) de sa dame lui amène le bien « dont il attend le don ». XII, 43 esjoir, qui fausse la rime, est certainement à rejeter ; corr. espérer (?). XIII, 12 effacer les deux points, ce vers se rattachant étroitement au sui- vant. — Ne s'i ahandone est très clair ; / représente Amour et ahandoner a son sens ordinaire. — 25-6 l'explication n'explique rien, parce que le texte est inintelligible ; je corrigerais Et force et proier raùse, — Il eût fallu indiquer que cette pièce est incomplète : il manque au moins une strophe après la seconde ou la troisième. XV, 43 est mal compris : recovrer pris absolument a souvent, comme ici, le sens de « reprendre l'avantage, réussir ». XXI, 28 le second pour ne donne pas de sens ; lire de (avec MT) : « Je ne puis en détourner mes yeux, pour prière que je leur fasse de mieux dissimuler. » M. W. a énuméré (p. XLiii) les imitations de Blondel qui ont été signalées jusqu'ici. La plus curieuse est celle dont a été l'objet de la part de Gautier de Coinci la chanson VIII, qui paraît avoir joui d'une grande célébrité. Le rythme en a été reproduit aussi dans un jeu-parti entre Thibaut de Cham- pagne et Gui (n« 1097 ; éd Tarbé, p. 10 1); toutes les rimes à la vérité ne sont pas communes, mais cette forme est tellement rare que Timitation est très vraisemblable. — Le rythme du n» 111 (R. 483) est aussi reproduit par deux chansons pieuses (603 et 748); quoique les rimes ne soient pas idcn- GRANDGENT, Plxinology and inorpMogy of old provençal 351 riqun, l'imitation parait probable pour la raison qui vient déjà d'être alléguée. L'une de «s chansons est de Gautier de Coinci (éd. Poquet, p. ij); c'est sans doute à celle-là que se T^pponaîl uue allusion de M. Gràber que M. W. n'a pas réussi ^ s'expliquer. A. Jeanroy. An outUne of ttie phonolo^ and morpliology of old Provençal, l'y C. H. Ghanbgent, Boston, Heath, 190;. i'ut. 80, \.]t-i6;i p.ifîi^s (^Heai's Moderne L.iugu.ige Séries). Cet élégant petit volume, qui nous arrive d'Amérique, est le premier li\Te qui vise â exposer, avec une certaine ampleur, la phonétique et la mor- phologie de l'ancien provençal. Jusqu'ici les étudiants qui voulaient faire coniuissancc avec la langue des troubadours en étaient réduits aux esquisses qui accompagnent ies chrestomailiies ou manuels de Barisch et de MM. Appel cl CrescLni i, moins qu'ils n'eussent le courage d'extraire, soji des ouvrages de Dicz CI de M. Meyer-LQbke, consacrés à l'ensemble des langues romanes, soit du mémoire où M. Suchier a traité concurremment du français et du provençal, ce qui concerne spécialement cette dernière langue. Nous avions des grammaires de l'ancien français, nous n'avions pas de grammaire de l'ancien provençal*. M. G. a comblé en partie cette lacune et il a droit à OOIre reconnaissance. La phonétique et la morphologie d'une langue n'en coDitîtuent pas toute la grammaire : M. G. annonce qu'un de ses élèves prépare un livre sur b formation des mots en provençal et se justifie attisi de n'avoir pas traité de lui-même ce sujet ; il ne dit rien de la syntaxe, mais il ne serait pas étonnant de voir là aussi la vieille Europe devancée par le Nouveau Continent. M. G. était fort bien préparé pour la tâche qu'il a assumée ; il nous apprend qu'il a suivi, en i884'85, le cours de M. P. Mcyeri l'École des chartes et que depuis il n'a cessé de réunir des matériaux, soit en étudiant lui-même les textes pro^'ençaux, soit en mettant à profit les publications d'ensemble ou de détail faites dans ce domaine. San information est très étendue et il a sur plus d'un point des vues penonncllcs intéressantes. Son OutUite est claire- ment disposé et rendra certainement des services. Je m'autorise d'un désir qu'il exprime lui-même pour lui signaler ici quelques points sur lesquels ma manière de voir diffère de la sienne. P. î. il est inexact de dire que les vieux poètes .ippellent fréquemment leur I, Un AUprov. EUmentarbitch de M. Schultî-Gora est annoncé depuis 1901 dans la Samnilung rotiuin. EUmettUirbuclx inaugurée par M. Meyer-Lùbke, nuis il n'a pas encore paru, non plus que la Gmmauiiie provtii(aIe dcM. Ou- haneau. annoncée depuis 1895 {Ahii. du Midi. V, 140). — Pour Sire juste. il ElUI rappeler que l'introduction grammaticale mise par M. Cresctnï en télé de son Manuiïlftlo (àoni II vient de paraître une deuxième édition augmentée) il pas moins étendue que le Uvre de M. Grandgent, 332 COMPTES RENDUS langue îemosi : cette appellation est particulière aux auteurs catalans. — P. 1 2, difnercres ne vient pas de die Mercurï influencé par divenres die Venc- ris : une nouvelle forme MercorMercorisa pris la place, dans le latiii vul- gaire, de Mercurius Mercurii. — Ihid , l'explication de cobfitat par cupî- ditatem, avec changement de d en / n'est pas possible ; il faut partir d'un type *cupidictatem. — P. 16, l'explication de ades par ad id ipsum se heurte à une barrière infranchissable, même si Ton admet que Ve de aJes aurait été primitivement fermé et se serait ouvert par contamination de après n'est pas tout à fait exacte : le type latin est die do mi- nico prononcé en bloc et où Vo protonique a disparu en vertu de la loi de Darmesteter; les formes comme ditvienge dicmefige représentent 'did (o)- minico, tandis que dieumcnge semble remonter à *di(d)ominico. — Ihid., il n'y a aucune raison de recourir au français pour expliquer caresma : le mot provençal repose comme le mot français, sur le latin vulgaire •quarrësima qu'on peut supposer très ancien puisque quar- ranta pour quadraginta est attesté : cf. Kôrting, 7604. — P. 30, l'idée que Va est plus tenace que toute autre voyelle dans les proparoxytons ne me paraît pas justifiée par les faits, du moins en provençal : on a prononcé concur- remment, en latin vulgaire du sud de la Gaule, colapus et colpus, d'où les deux formes provençales concurrentes colh et colp ; mais l'on constate de même la concurrence de praeposi tus et de praepostus, d*où la forme provençale />/rfr(îfmmele (ranf,. actuel n' vk son de OH(> sarde iiltui faire sombre, avec modification du préfixe peu populaire oh- ; i. danirea,, ri/ndre clair, le rount.ûn était porté i créer un nouveau conlraitc, Incitrce, ;rvi4^^^ » PÉRIODIQUES J37 nmdre obscur, J'après Ici couples Jes-carc : iH-carc, des-chiJ : in-cbiJ, elc, aiuloguesau moins en apparence; — ), Umuri, fleur de farine : forme dissi- imiée de 'rJrnurd, apparentée aux lormes de l'Italie du nord rrmo}, etc. Pour ce dernier on a proposé les éiyniologies 're-molare (Mussa6a) et 'Tcmorarc (Lork : rimolo serait originairement 1c ion), mais le sens de luii ne se trouve pas en roumain et il faut donc adopter pour expliquer Umurd et rtmol le type *remola déverbal de 'reraoUrc; — 6, o tmpdiut entrelar- der, piniis, tunique chargée de graisse qui enveloppe les cliairs : les sens du tOMm.pani sont trËs variés, comme il arrive pour les dérivés romans de pcnna : plume, aile, nageoire, cil, coin, panne du marteau (cf. sur ces dcr- tiiersscns, l'article de M. d'Ovidio, Zi., XXVIII. 555 sqq.): à l'emploi col- lectif de penna se rattache le sens d'enveloppe de plume, de duvet, de nurièrc pelucheuse, ou d'enveloppe en général représenté par le roum. pànusd, enveloppe de l'épi de mats, pdnu^, panne des animaux et de porc en partîcu- dérivés a du appartenir en roumain au simple X ses deux sens de a cmplumer 0 et a enirelar- ;i une série de représentants d'éléments latins 'panucula, tumeur, >■ :liolum > Transylv. et faitJ, d'où le verbe tm/Hli der . : - 7, M. P. réoi non encore signalés en , p^nucFet pesti Bukow. pàiM grand-pire ; pi oile, linceul; pappus >- mac. -roum. pap, vieillard, liuniet pccunia > mac.-roura. pecuTu, pecuna, éco- 1 > Bihar pdrîngiJ, perche; spaiium cotiservé dans le composé rJipal, intervalle, répit, lu forme commune du roumain riUpas s'explique dés lors non plus comme un composé de poi, mais comme une assimilation i pis de rdspaf que ne défendait pas le simple ' ipaj ; polenta > mae.-roum. puiinld, mets comJtlun, ce qui expliquerait le mot pun'iiM appliqué aux Turcs, c.-à-d. mangeur de mets communs ou plutôt de mets impurs, et en particulier mangeur de viande pendant le carême; — 8, rln4, âaoc : M. P. montre que ce mot conservé dans des expressions telles que a itJta, a ila Inir' 0 riad, £tre couché sur le flanc, ne désigne jamais, comme l'indique Cihac, une peau de mouton ci n'a rien de commun avec le slave runa, c'est simplement le latin *rena de ren; ^ 9. u tgârîa, gratter : <"excariare; — 10, M. P. essaye ici de dégager une loi de la phoné- tique roumaine qui lendraii compte des paciiculaniés de quelques mots dlfli- ùlcs comme loamtiù ou le participe /oiI ; voici quelle pourrait être la formule de ctttc loi : à une époque ancienne, antérieure à la chute de b interx'oca- liquc, un II rouiiuin tonique en hiatus avec un i (il s'agit ici d'hiatus réel, dans un groupe comme ciiib par exemple et non de simple succession comçie dans /ifcu-ju) est devenu a, le / a persi:ité devant consonne simple, est tombé devant un groupe; ainsi s'expliquerait loaninà < *a(u)tumnia par le degré * (fijlui'ana, doi < duï, roib < rubeu, Coif<, cufea et aussi ^1/ pour lequel M. P. suppose un type * fuisiu, enfin piewpà qui représenterait un (pel- Ii>) 'phippea c.-i-d. un dérivé, avec métathése de I du lat. pupula. 338 PÉRIODIQUES Chemin faisant, M. P. indique que le groupe ri du latin a pu donner en roumain aussi bien jr que r/, ce qui rendrait compte de moare (à côté de nmrà)<^ mu ri a, de haerày cordon (de couleur) < varia et de oz^, que- nouille < *carium (de càrere). — P. 691, H. Tiktin, D/> Biîdung des rumàitischn Komiitionalis. M. Weigand avait proposé pour expliquer la for- mation du conditionnel roumain làudare-aflj -aï (à côté de ajîy al làudd) une hypothèse qui à beaucoup avait paru satisfaisante : il ne fallait pas décompo- ser îâudare-asi en îdudarf, infinitif non apocope et asi, forme, d*ailieurs obscure, mais se rattachant à a ai^eOy mais en làuda, infinitif normalement apocope, et rea^i pour vrea^l, c*cst-k-dirQ Timparfait dé a vrea volcbam, avec une modification de la désinence qui restait à expliquer; quant à 05 de aslàudOy c'était une réduction de (v)reasï (Jahresb., III, 139 sqq ). L'hypo- thèse de M. Weigand se fondait sur la difficulté d'admettre la persistance, dans cette seule combinaison du conditionnel^ de Tinfinitif plein Idudare et sur l'existence dans le roumain de l'Istrie et du Banat des formes r(^ et même vr(^ pour l'auxiliaire du conditionnel {v)r{^ avca correspondant au daco- roumain a^ avea. J'ai cru nécessaire ce très sommaire exposé pour faire com- prendre la portée du travail de M. Tiktin. Pour celui-ci : 1° la persistance de l'infinitif non apocope dans le seul conditionnel n'a rien qui doive surprendre, puisque là seulement il se trouvait suivi d'un affixe à initiale vocalique : Idudare-a^ se maintient tandis que htudare'i'oïu passe à Iduda-voiu et plus tard seulement à làtida-oly etc. ; 2° que vrcas ait pu être réduit à fl^, M. Weigand ne Ta pas montré bien clairement, mais en dehors de toute considération de forme, M. T. tient le fait pour historiquement impossible : en effet les plus anciens textes roumains présentent côte à côte vrea làuda et ii^ làuda, c'est-à- diro qu'ils connaîtraient à la fois la forme la plus ancienne et le dernier résul- tat de tout le développement supposé par M. Weigand, ce qui est assez invrai- semblable ; mais, si a^ est indépendant do vrea et se rattache à a aveOy la coexistence des deux constructions est beaucoup plus naturelle et même elle a pour analogue la double construaion du futur, làuda voiu et am sa lawi* 30 Les formes de l'Istrie et du Banat peuvent s'expliquer tout autrement que comme des archaïsmes ; elles peuvent être le résultat d'un compromis entre les deux auxiliaires vrea et a^, c'était là une façon d'en finir avec la coexis- tence de deux séries ; dans d'autres régions du domaine roumain, on a simplement renoncé à l'une d'elles; 40 L'altération de vrea en %'rea^i s'expli- quait d'après M. Weigand par la soudure à l'auxiliaire de la particule /i << sic, phénomène dont on pourrait constater la genèse dans une forme du Codice l'orotie(eatî^ vrearea^i eu ; mais cette forme ne prouve rien, -^/ n*y fonctionne pas avec la valeur de sic et d'autres exemples du même texte montrent seulement que le conditionnel en -{/ y est normal. Peut-être d'ail- leurs l'explication de M. Weigand pour cette terminaison est-elle bonne, mais elle reste sans preuves, elle peut d'ailleurs servir aussi bien pour a^ que pour vreay, mais on pourrait encore songer à une influence de la tcmiinaison du partait fort, Hf pcrs. sg., duj < duxi, destinée à distinguer, comme le PÉRIODIQUES >i souvent, [a i^periionnc du singulier de la y. En efTeicei auxiliaire df, a(r)i, ar(i), etc., peut représenier haberem ou habuerïm, qui eusscni ^alemcm abouti i ar* à la i" ei à la )• personne. Cet impor- tant article débute par des remarques sur h part à attribuer respectivement aux faits dialectaux et aux iihnoignages des textes anciens dans l'étude de lu linguistique roumaine, Elles paraissent fort sage;, puisqu'elles tendent i ne pas laiSKr prendre pour archaïsme ce qui peut être formation dialectale néo- logique. J'ai dû laisser de cAté pour résumer la thèse de M. Tiktîn une page sur l'ancien conditionne! roumain en -rr ( ^= fumr antérieur ou subjonctif parfait du latin), que je tiens cependant à signaler pour les exemples et les indications utiles qu'elles apporte. — P. 70^, Hugues Vaga- nay, Lt Vocabulairt framaù du XVI' siltU, suite : E-Ly. — Recueil d'exemples, sans explication. Mélanges, P. 7Î7. H. Schuchardt, Zu ttU. îiXi, favilia, pompholyx im Ronmimcbtn (cf. Zi., XXVIII, IJ9 sqq., et Romania, XXXIII, 444). Je classe alphabétiquement les principaux types romans dont s'occupe ici M. Schuchardt ; fr. balivtrnt, brûler, engad. chalai'ema, ftanç. sud enliistrna, tstuitrna, acaliurgna, vaud. tsptiiva, franco-ital. aprluc, cat, espurna, ital. Jah'ivica, fr. dial. faUnitsche, a. b. falivorhi, \xi\, fandonh, roum. fandosi, it. fdiifoh, fano, Javaltim, a. fr., ftuline, fr. flammicht, frioul. fiand^nt, ital. foltna, lucq. /on/ofciia, a. fr. ptndotse. — P. 741, H. Schuchardt, Kleiiu tfaeh- l^f, r" i^l- Berccyntia im Romaniichen, ;u loi, cisierna im Roman., \a obtritaL ■ croit », ^u ital. n aisoU'ere », -ti sfyan. «faraute •, {u arab. fir, ^u ffcjtum : fttacum, ^uostilal. n higtia ■. COMPfEs RfcNDtJS. — P. 741, G. Thurau, Der Refrain in drr fraiiiôUscbea Chanson (H. Springer). — P. 744, A. Ji^anroy. L. Brandin et P. Aubry. Lait et dtscorti françois du XIll' sikie (H. Springer). — P. 748, GiçrnaU ttorko délia Leiltralura italùina, XLIV. 1-2 (B. Wiese). — P. 751. Livres nouveaux (Ph. Aug. Becker). — Errata. M. RoaiJES. RoMANiscHB FoRscHUNGKN, t. XV (i90[-i904). —P. I, R. Dities, Uther Jtn Gebrauch des Infinilivs im AlIpravtn^aHiclxn, Courte étude descriptive fondée sur les chrestomathies de Bartsch et d'Appel, Bertran de Born, Fla- menca, les ttrmons publiés par Amiiiage, la Cbamo» de la croisiule contre les Alb^eois, — P. 41, Die Vibtrseljun^ der Dislîclien dis Pstudo-Caton van Jean de Paris, \um trsttn Mal txrausgtgebtn von J. Ulrich. D'apriï les tnis. de la Bibliothèque nationale el de la Vaiicane. — P. 70, J. Ulrich, Der Calo Jean Leievre's ; édité pour la première lois d'après le ms. de Turin avec les variantes des msi. 47} de Berne, 1 i6j de la Bibliothèque nationale, Canonici mise, 178 d'Oxford, — P. 107, J. Ulrich, De, Cato des Adam de Suel ; édité pour la première fois : la base du texte est le ms. %2% de Dijon, com- plété par le ms, î54 de Berne, avec variantes des rass. Arsenal jaui. 340 PERIODIQUES Bruxdks 9411, etc., M. Ulricli n'a pas <:□ elTei préieadu nous donner une I édition critique '. La version du Ciilon d'Adam de Suel conteaue dans le ' ms. de Tours 9:7 (cat. Dorangc), f"" 105-204, que j'ai copiée, se rapproche beaucoup plus de celle des russ. de Berne ei de l'Atsennl, de celui-d surtout, que de la version du nis. de Dijon ; elle me paraît d'ailleurs pouvoir contri- buer utilemcQi !i un classement de la fainiUe Berne- Bruxelles- Arsenal ; clic est malheureusement incomplète, et de plus il y a une Interversion de feuil- teis; en voici le contenu : v. 39i-;So, v. 7;-ii8, v. ;8i-832. — P. 141, J. Ulrich, Ztuei FragmtHte von /')nnu(suitectfin), ^ P. izo-115, M. Bréal, Aiu- lures verbales. Un des cas examinés est le normand h.tsse « lîlle i>, où l'auteur voit ie même ihèmc que dans bacheUtr (ce qui ne se peut accepter) et dans l'anc. franç.fcj/in'kCcc qui est sûr); fraiif contraction de £iuii< ne peut venir du lat.vulg. bassus. — P. 116-119, Th.Reînach, Boucher. 1! n'yapaslieud'ia- sisier sur l'opinion exprimée par l'auteur et d'après laquelle boudm te ratu- 4 4 1. Pour les années antérieures, voy. Romania, XXIIl. aS). PÉRIODiaUES 343 cherait au lat. bu eu la « génisse », car il a reconnu depuis que l'inscription sur laquelle il s'appuyait avait été mal lue. — P. 268-284, M. Bréal. Les com- mencements du verbe. Reproduction d'un article de la Reinte de Paris ; plusieurs remarques intéressent indirectement le français. — P. 354-362, M. Bréal, Éiymologies. Notice sur gula ^ugusiï, goulaoust; cf. RomaniUy XXIX, 467. TomeXll, 1903. — P. i-ii, M. EréAf Etymologies. Asignaler lesnotes inti- tulées : les douze étymqlogies du verbe aller (se rallie à ambulare déformé par les soldats romains^, et Crqulebarhe (nom d'un quartier de Paris, où le premier élément, distinct du franc, crouler « agiter », serait identique au wallon croler « friser » d'origine germanique). — P. 73-82, M. Bréal, JÉ'/ywo/o- gies : franc, rente (influence de vente)*, franc, tôt (appuie l'étymologie tostus de considérations sémantiques intéressantes) : ital. a/u/ar^ (signale l'étymolo- gie ^antedare de M. De Gregorio). — P. 249-251, Ant. Thomas, Ane. franc, nuitret Explique ce mot, dont les exemples sont rares et dont le sens est « chouette », par le type lat. vulg. *noctula, qui est aussi à la base de Tital. nottola, du prov. mod. nichoulo^ etc. ; cf. Kouv, essais, p. 300. — P- 252-313, 432-468, Ernault, Etudes d'étymologie bretonne, A. Th. BOLLETIN DE LA SOCIÉTÉ LIÉGEOISE DE LITTÉRATURE WALLONNE, t. XUI 1903. — P. 483-490, J. Feller, Projet de dictionnaire général de la langue wallonne. C'est l'avertissement placé en tête de la brochure dont nous avons rendu compte, ci-dessus, p. 174. — P. 493-548, J. Haust, Voabulaire du dia- lecte de Stavelot. Recueil bien conçu, dont les articles sont très concis, mais toujours mis en rapport avec les dictionnaires de Forir, de Grandgagnage et de Villey. CHRONIQUE Nous avons appris trop tard pour en faire mention dans notre précédent fascicule le décès du professeur Giusto Grion, né à Trieste en 1827, décédé à Cividalc de Frioul le 14 novembre 1904. Au cours de sa longue existence cet érudit, dont la carrière officielle se passa tout entière dans l'en» seignement secondaire, toucha à des sujets très variés, tout en manifestant une prédilection particulière pour les littératures du moyen âge. Il apporta à leur étude plus d'érudition que de critique. Il fut l'un des premiers collabora- teurs du Jahrbuchf. rofnanisclx u. engUsche Literatur de F. Wolf et Ad. Ebert, où il publia des revues de la littérature contemporaine de Tltalieen 1858 (t. I.) et 1859 (t. II). Il inséra dans le même recueil quelques travaux originaux en allemand {FAn motto confetto des veroneser Dichter Frtwcesco di Vano'^:;p^ t. V ; — Ein SprucJjgedicbt Lapo Far huila' s degli Uherti, t. X. ) Entre ses travaux nous citerons sa dissertation sur Ciullo d'AIcamo (1858), maintenant bien dépassée, et qui, dès sa publication, fut Tobjet de justes critiques de la par> de M. Mussafia(7a/;rfr./. rom. a, engl. LU., I, 112); son édition du traité ZVZfif rime vûlgari d'Ant. da Tempo (1869), l'une de ses plus utiles publications, pourtant bien imparfaite (cf. Mussafia, môme recueil, XI, 596) ; / nobili fatti di AlesSiindro tnagno, rcmian^o storico iradotto daî francese nel huon secolo (1872), traduction italienne faite, non pas, comme le dit le titre, sur le fran- çais, mais sur le latin de VHistoria de preliis. Il est aussi au nombre de ceux qui divaguèrent (avec Schefier-Boichorst et autres) sur Dino Compagni. Grion était paradoxal sans le savoir' : tous ses travaux sont à refaire. Mais il faut lui savoir gr*} d'avoir public autrefois, nicmc médiocrement, quelques textes intéressants. — P. M. — M. Marcel Schwob, littérateur et érudii, est décédé le 26 février dernier, après une courte maladie, à Tâge de trente-neuf ans. Sa santé était d'ailleurs chancelante depuis quelques années, et plus d'une fois il s'était vu obligé I. Voir Remania, I, 396-7, la critique d'une de ses dissertations. CHRONIQUE 345 d'interrompre ses travaux pendant un temps plus ou moins long pour prendre repos nécessaire. Il avait publié des nouvelles, des œuvres de thiiiie. des inductions de l'anglais que nous n'avons pas i apprécier. Mais nous devons rappeler ses travaux sur la littérature du xv" wècle, spécialement stir Villon, le milieu où il vécut et le pctitgroupe littéraire auquel il appar- tenait'. Dans ce domaine restreint et déjà exploré par des érudîis de mérite, lit de véritables découvertes, qu'il communiquait libéralement avant d'en ■vtrirliré profit pour lui-même. G. Paris, en son Villon (Paris, 1901, p, 1695,3 les obligations qu'il avait envers lui. L'une de ses plus intéressantes publicaiions est celle qu'il (n ea tSgi, dans les M/moiits dt ta SotUU de lin- guiitiiftie lit Paris {t. Vil), sur le jai^on des CojwiVtorii, d'après un document 14;;. Il s'était occupe aussi de l'ai^ot français et de son histoire (voir ttmHUHia. XIX, 494. XXlll. i8s, 187). Nos lecteurs n'ont pas oublié tes noies ; Grand Tfitamtal qu'il publia dans la Romania (XXX, Î90-3) il la suite article de G. Paris. Il nous avait promis — ei nous avons annoncé sur la •ieii as Villmiuina. décembre dernier mes mains dés les lit itérativement, e fut jamais t^ïgé, mais on en a les 'il utilisait pour un cours sur ences sociales (rue de la Sorbonne). papiers auront été classés, de lirei couverture de la Romania depuis trois Pressé de tenir sa promesse, il m'assu lenccnient de lévrier, que c premiers jours de mars. L'article ni éléments en forme de ni Villon et son époque, à l'École des se! Peut-être sera-i-il possible, quand ses ^elque parti de ces éléments. — P. M. — N01U avons annoncé précédemment (XXXI II, 137) la publication d'une KHîographle des écrits de G, Paris. Elle vient de paraître sous les auspices le la s Société amicale G. Paris n : Bibiiop-a^hie lits Irinviii dt Caslon Paris, publiée par Joseph Bëdier et Mario RoauEs (Paris, 1905, vi-201). Elle 'csi pas aussi étendue que la bibliographie des travaux d'A. de Montai- Ion (i89i)ou celle plus récente des travaux de M. L. Delisle ; mais on ne «'en plaindra pas. Il eût été difEcile, souvent impassible, d'y faire entrer les innombrables pcilics notices que G. Paris a Insérées dans les chroniques de la Remania, ci dont la plupart ne sont pas signées ; on les retrouvera d'ail- Jeurs facilement â l'aide de la table de la Romatiia qui ne tardera pas i inraitrc. Sous son mince volume cette bibliographie rendra les plus grands services, non seulement à ceux qui voudront se rendre compte de l'activité l'homme éminent dont nous r^rvttoiis h perte, mais encore à tous ceux s'intéressent aux études romanes. — Le II février dernier, M. Bienvenu-Martin, ministre de l'Instruction |wblique, a (ait signer par le président de la République un décret aux termes ' M. Henri Marcel est nommé administrateur de U Bibliothèque natio- A-obs' était intéressé i. d'autres parties de la littérature du moyen âge. il fît une communication Ji l'Académie des inscriptions sur Serlon n ( Compta nndiis, 189S, p. )oS;, 346 CHRONIQUE iialc en rem placement de M. L. Delisle mis d'office à la retraite. M. Marcel est un fonctionnaire à compétence variée qui fut successivement chef du cabinet de M. Hanotaux, au ministère des Affaires étrangères, chargé d'affaires de France à Stockholm, conseiller d'État, et en dernier lieu, directeur des Beaux- Arts. En quittant la Bibliothèque nationale, où il était entré en 1852, et qu*il dirigeait depuis 1873, M. Delisle a donné à cet établissement une notable partie de sa bibliothèque (plus de 20.000 volumes). — M. Jules Bertoni, dont nous avons mainte fois signalé les travaux à l'attention de nos lecteurs, vient d'être nommé professeur extraordinaire à rUniversité de Fribourg (Suisse). — Le 1 5 février dernier, M. Muss;)fia accomplissait sa soixante-dixiêmet année. Ayant pris depuis peu sa retraite comme professeur à TUniversité de Vienne, Tèminent romaniste était à Florence, et c'est dans cette ville que lui a été présenté, à jour nommé, le volume collectif dont nous avons annoncé la préparation {Romania, XXXIl, 635). Nous rendrons compte prochaine- ment de ce volume, édité par la librairie Max Niemeyer, de Halle. — De son côté M. Schuchardt a fait hommage à M. Mussafia d'un opuscule grand in-fol. (format bien peu commode) intitulé : Hu^o Sclmclhirdt an Aàoïf Mussjfia (Graz, im frùhjâhr 1905), 40 pages. C'est une dissertation, fort cru- dite, et accompagnée de figures, sur le nom et la forme de divers objets de ménage. — Le rapport présenté au nom de IWcadémie française « sur le projet de la Commission chargée de proposer la simplification de l'orthographe » ( Paris, Didot, 1905, in-40) a été distribué à la fin de mars '. Il justifie, et au delà ! les prévisions que nous exprimions dans notre précédent fascicule (p. 161). L'Académie repousse « le principe même sur lequel s'appuie la commission... rapprocher le plus possible l'orthographe de la phonétique ', la parole écrite de la parole parlée ». Il va sans dire que la Commission n'a jamais eu l'idée qui lui est ici prêtée : son rapporteur a dit simplement que, dans les cas où divers modes ont été employés pour la représentation d'un son, la Commission s'est etTorcée de choisir le plus simple et le plus clair de ces modes, et d'en fjire l'application la plus générale possible. Tel est le principe formulé au début du rapport de la Commission ministérielle. — L'.\cadémie défend énergiquement les lettres dites étymologiques : elle tient aux /> de Utnps et de corps^ au d de w/c/, etc. Elle convient toutefois qu'en cherchant .linsi a « rapprocher la forme des mots français de celle des mots anciens (=: latins^ d'où ils sont dérivés, » nos ancêtres n'ont pas toujours été bien inspire'^ :« Qu'on l'ait fait, à telle époque, d'une manière souvent très maladroite, cela est démontré. Mais, » ajoute-elle I. Kc:mpr::uj d.iri^lc Trmps du !«■' avril, où on a sagement corrigé la faute contre ia rc::ic Jcs participes qui s'observe au début de l'édition originale : •' L'Acadv^iiiic !ra:)çaisc. . . s'est iJ/'t''c' aux rèsoiutionN suivantes. » 2.1.^ rapport^Lir e:r.p!oie ici " phonétique » en un sens nouveau, celui de :■ pror.OTisiiaîioîi '». 347 I-ce une raison pour abandonner ii on supprime ces lettres adven- 'd (d'oiseau avec ni conjonction), ; lacs, si on lui cnlâve son e, avec n peu compliquée t CHRONiaUE aussitôt, avec unelogiquu toute spéciale, « esi-c celte manière île (aire ii>(p. 4). D'ailleurs, s tices, on ne s'encendia plus : on confondra m turpt, privé de son p avec ears, plur l'adj. las, etc. (p. 9;). Voici la coni tion, qui lerraine les préliminaires du rapport académique : « L'Académie reconnaTt du reste qu'il y a des simplifications désirables et qui sont pos- sibles i apporter dans l'orthographe française (iiV). En conséquence, De iC liani par aucun de ces principes généraux et impérieux qui sont si gênants quand on en arrive à l'application ; considérant même qu'il lui est presque inlurdit d'en avoir, puist(u'clle est avant tout greffier de l'usage; voulant donc âtre respectueuse de l'usage établi et ne le guider, ce qui est aussi son rùle, que très doucement et discrètement; croyant qu'il est bon, (/ pour ne (HU rompre la suUt àr VhiUmn (lll), et même pour ne pas rendre plus difficile aux étrangers qui savent k latin l 'intelligence de la langue française, de respecter l'orthographe Étymologique 11 où elle est ei quand elle est éty- mologique réellement ■ ; tenant compte des réclamations très légitimes des artistes liiiétaires concernant la physionomie des mots . . . , l'Académie, du Rapporx de la Commission chargée de préparer la simplification de l'ortho- graphe,! rejeté ei accepté cequi suit." Inutile d'entrer dans le détail de ce que l'Académie accepte ou rejette : il serait trop absutdcde changer cW«Wc en (tW/c, sous prétexte qu'il n'y a qu'une / dans %ca,]a, quand on conserve la double / à UlU, quilU, où le latin, croyons-nous, n'a aussi qu'une seule /. Il est pos- sible que les propositions de la Commission minlsiérielle restent lettre monc, cela dépendra du Conseil supérieur de l'instructinn publique et du Ministre —mais assurément il ne sera tenu aucun compte des propositions icadéniiques. — P. M. — Vient de paraître ; Pour la simplifioilion de tiolrt orthographt, mémoire (Bit'i du Kapjfrl nir Us travaux de la Commiaioa chargée de préparer la simpïi- ficatien de Foriliog^raplie française, par Paul Meyer (Paris, Delagrave, 1905),^ Le mémoire intitulé 0 Pour la simplification de notre orthographe u a d'abord été publié dans la Rtr-ue pédagogique du i s février. — Le prix fondé à l'Académie des inscriptions p.ir le marquis de La Grange vient d'être décerné i M. E. Roy, professeur i la Faculté des lettres de Dijon, pour son ou\Tage intitulé : Le mystère de la Passimi en France du ipialor^iimr siètUau sei^Hme ; élude sur Us sources el le classenunl des mysC/res de la Passion (Paris, Champion, s.d. [ 1904] ). t. Notons que l'Académie persiste à maintenir teû/i, croyant assurément oue ce mot vient de Itatidiis (p. i}}. On voit au'elle n'a pas fait de progrés depuis le temps où elle a introduit a l'article apitérèu, dans la dernière édition (1878) de son dictionnaire, cette admirable explication : n L'aphérèse est d'un grand usage dans les étymologïes : c'est ainsi que : de gibhosus nous avons fait bossu. <• Cf. le; articles èptnlhlst fiproilh^ie qui ne sont pas moins drûlcs. 348 CHRONiaUE — Nous avons, à plus d'une reprise (voir notiimmenl Roiiiaiiia, XXXI, 471 et XXXIIl, 308) appelé l'atieniioLi de noi lecteurs sur les travaux de la Commission qui s'occupe de réunir les élÉmenis d'un vaste glossaii patois de \a Suisse romande. L'oeuvre progresse, sinon rapidement, le champ des recherches s'(Iargil il mesure qu'on avance ^ du tnoins liëremcnt et méthodiquement. Le sixième rapport annuel (année 1904) via de par^tre ; il nous renseigne sur l'état d'avancement des cartes qui doivent constituer l'Atlas !inguisti(]ue de la Suisse romande ; sur une enquête nou- vellement instituée (elle esiconduitepar M. H. Muret, de Genève) concernant les noms de lieuï de la Suisse romande ; sur les matériaux recueillis à l'aide de quiKtionnaires — et â cette occasion on nous donne la liste des noni' brcux correspondants qui prêtent leur concours i la Commission — sur des enquêtes particulières entreprises par divers collaborateurs; sur les dépouît lenients de manuscrits et d'imprimés. MM. Gauchat, Jeanjaquel el les principaux ouvriers de cette grande ceuvre. ont tout combiné de iaça ne laisser inexplorée aucune partie romane des cantons de Berne, de Kc^ chltel. de Fribourg, de Genève, de Vaud, du Valais. En même temps 1 poursuit la publication du BulUtiit du ghisaire dts patois de la Suùst ri Nous remarquons, dans la troisième ann^ (1904), un recueil bien annoté '1| proverbes patois recueillis à Lens (Valais); un mémoire de M. Gauchat fi • les limites dialectales dans la Suisse romande », avec carte : un conte i loup et du renard, sur lequel il v a lieu de faire quelques remarques. I renard conduit le loup à la pêche : il l'engage â laisser tremper sa queue d l'eau, pour que les poissons viennent y mordre. Mats l'eau ^èle (c'était 4 hi\'er), et le loup, croyant ramener un poisson, retire sa queue tout éeop Pour le consoler, le renard l'engage A entrer par un soupirail dans une c où il y a du porc salé tout fraîchement préparé. Le loup, s passe par le soupirail dont l'ouvenure était un peu juste pour Ii  manger avidement. Puis il \-eut sortir, mats, tandis que le renard | sans peine, le loup, trop chargé de nourriture, ne peut s'échapper, et b les maîtres de la maison l'assomment. Il y a 11 deux contes as» ment soudés, et qui tous deux remontent au moven âge. I trouve dans une des branches du Roman de Renart (voit Conlts de Bt^on, p. 249), le second est connu par des rédactions h reparaît aussi dans le Roman de Renarl (voir Cififri de B- » aboré avec M. de Wailly aux tomes XXII (1865) et XXXIII (1875). Si "^^^^ «-:». 5 annonçons ici le I, XXIV, l'un des plus intéressants de la colleaion ^^■- ^ l'importance et la nouveauté des documents, tous à peu prés inédits qu'il ^^'^-»-* *erme, c'eiit parce qu'il contient la chronique française dite de l'Ano- ^ • Oiwrt'aî/oMi ed esperienit su! ricup ' L ■"*»*»«/« dtlla Bibt. Hflî. di TorÎHO (; <*^^^^^cnianc l'aspect d'un ms. réduit i l'état de •jj**^"* eiapràs le traitement auquel ils ont été soumis), dans les Memorie délia sul rislauro dei eodici dannegiati iques liflets ^ttadtmia délie science di Torino, série 2", t. LIV (1904), pp. 42;-4;8. *- Rilajiane dei lavort inlrapresi al Laboratorio di maltria mèdicaptr il ricu- rf? • rislauro dti eodià apparUnenli alla BibliclKa di Tariiio, dans les Alli ••«11*» H.Actademiadtlle science diTori»o,XXS.J\(i^4), 1070-1078. i- Petit de Julleviilc, Hisl. de la langue et de la litl/ralure fr., I, J70, no»*: î. 4. Les pages 14* à 385* sont occupées par uû très important mémoire de ^l- Deliilë, suivi de nombreuses pièces justificatives, sur la chronologie des b#Ulis ei des sénéehiux royaux depuis les origines jusqu'à l'avènement de pMppede Valois. î. On sait que le Recueil se continue en format in-4'', chaque volume con- I^Ûuitdes documents homogènes. Plusieurs de ces volumes ont paru, conte- des comptes royaux, des pouillès, des obiiuaires. 350 CHRONiaUE nyme de Bcthune, dont nous avons signalé la découverte il y a une quin- zaine d'années (XX, 372), et à laquelle M. Delisle a consacré un savant article dans V Histoire littéraire y XXXII, 219 et suiv. — P. M. TIx University of Paris in tljt sermons of thc thirieenth century^ by Ch. H. Has- kins, 1904. In-80, 27 pages (Extrait de V American historical Review), — Monographie très bien faite, dont l'objet est de décrire, principalement d'après les sermons du temps^ la vie universitaire à Paris pendant le xiiic siècle. M. Haskins a pris naturellement pour guides les travaux d'Hauréau, qu'il cite à chaque page, et de Lecoy de la Marche ; mais il ne s'est pas contenté des extraits de manuscrits qui ont été imprimés : il a lui-même fait des recherches dans les bibliothèques de France et d'Angle- terre et cite des textes inédits. Les sermonnaires mettent surtout en relief les côtés blâmables de la vie des étudiants, de sorte que le tableau habilement tracé par l'auteur est peut-être un peu trop défavorable. Il n'eût pas été inutile, d'autre part, de donner quelques indications sur la méthode d'en- seignement usitée dans l'Université ; c'est une matière sur laquelle il eût trouvé un guide sûr dans les publications de Ch. Thurot; mais peut-être a-t-il pensé que le sujet méritait d'être traité à part. P. 1 3 est cité, d'après un sermon signalé par Hauréau, la pièce de Thibaut d'Amiens, J*ai un cuer trop lait. Nous avons une douzaine de copies de cette pièce, qui a été imprimée. Voir Bulletin de la Société des anciens textes^ 1901, p. 73. — P. M. J. Ca-MUS, Les premiers autographs de la maison de Savoie. Turin, 1904. Gr. in-80, 1 3 pages, avec planche en phototypie (Extrait de la Misceîlanea di storia italianOy série III, tome XI). — Recueil de pièces autographes (dont plusieurs lettres missives) tirées des Archives d'État, à Turin, et formant un utile supplément aux Autografi dei princiùi soirani délia casa Savoia de P. Vayra (1875, in-4»). Sprache undHeimat des Baldttiu von Sehoiugy eine Reimuntersuchung, von H. Breuer. Bonn, i904.In-8o, 42 pages (dissertation de Bonn). — Travailqui parait fait consciencieusement, mais qui, naturellement, ne donne pas de résultats bien importants. L'auteur assigne la composition du poème de Baudouin de Sebourg à la région de Valenciennes. « Cortoisand vilain ». A Study ofthc distinctions madc bctween thcni by the French and Provcnv;al pocts ofthc I2»'>, ly^^ and 14»*' centuries, by Stan- ley Léman Galpin. Nc\vhavcn(Conn.). Ryder priming house, 1905. In-S®, 104 pages. — M. Galpin a lu beaucoup de poèmes du moyen âge, princi- palement du xii*: siècle et du xiiie (car, pour le xivc siècle, ses dépouille- ments soin bien InsutFisants); et il les a classés en une série de vingt cha- piircN, dans vili.ivjun desquels le « courtois » est oppose au vilain, pour montrer qu'ils soin en quelque sorte l'antithèse l'un de l'autre. Ainsi, ch. m : « Le jourlo:> a des manières polies: le vilain a des manières grossières. Suivent CHRONiaUE 351 deux séries d'exemples, Tune pour le courtois, Tautre pour le vilain. Ch. IV : « Le courtois est gracieux et courtois dans son langage, le vilain est grossier dans son langage. » Et ainsi de suite. Il n'y a là, comme on voit, rien qui renverse les idées reçues. On ne voit pas pourquoi l'auteur n'a pas utilisé les textes en prose et les proverbes. 11 y a dans Leroux de Lincy (2« éd., n, 104-7) ^^^ ^c^Jc série, bien qu'incomplète, de proverbes sur les vilains. Il eût peut-être été à propos de signaler dans le chapitre d'intro- duction quelques-uns des travaux modernes où le même sujet est étudié, par ex. La satira contra il vilhiuo de D. Merlini (cf. Romania^ XXIV, 142) où beaucoup de textes français sont cités. L'avantage principal du sujet traité par M. Galpin est d'obliger l'auteur à lire beaucoup d'ancien français, et c'est là incontestablement un exercice profitable. — P. M. Eineiveitere Handschrift der la t. Veherset^ung des Codi, von Hermann Fitting. Halle, 1905. In-40, 14 pages et un fac-similé (en tète de Bekannlmachung . der Ergehnissc der ahademischen Preisheuerbung v, /. 1^04, etc.). — L'auteur > étudie le manuscrit de Leyde, que j'ai signalé naguère à son attention ' (^Ann. du Midi, XIV, 121), et en détermine les rapports avec les deux autres manuscrits jusqu'ici connus (un à Tortosaet un àAlbi). En résumé, il admet que l'auteur de la traduction (Riccardo Pisano) a donné deux éditions de son œuvre : la première (Tortosa)à l'usage de ses compatriotes d'Italie, la seconde (Albi et Leyde) à l'usage des Provençaux qui préfé- raient le latin à la langue vulgaire. Le manuscrit de Leyde, sur papier, est plus récent de beaucoup que celui d'Albi : il offre un texte générale- ment plus concis. — A. Th. J. Anglade, Deux Trotûjadours narbonnais : Guillem Fahre, Bernard Alan- han, Narbonne, impr. Gaillard, 1905. In-S», 36 pages. — Les deux trou- badours auxquels est consacrée cette étude occupent une place modeste dans la littérature provençale ; nous ne possédons en effet que deux pièces du premier et une seule du second. M. A. publie, traduit en français et commente avec soin ces trois poésies. Il connaît à fond les archives de Narbonne qui lui ont fourni d'intéressants documents sur la carrière poli- tique de Guillem Fabre et sur celle d'un homonyme dont l'existence embrouille un peu la biographie du troubadour, mais qui sont muettes en ce qui concerne Bernard Alanhan. Chemin faisant, il republic, traduit et commente un sirventés de Bertran Carbonel adressé à Jean Fabre, frère de Guillem, et une cobUi d'Uc de Saint-Cire relative à Guillem Fabre. Voici quelques menues obser\'ations. P. 21, Thémistiche fautifs mo/^ de galgara- via doit être corrigé en : e niot^ d'algaravia ; ce mot algaravia est emprunté â l'espagnol algarabia^ qui désigne proprement la langue arabe (parlée dans l'Algarve). — P. 25, le v. 20 est, par suite d'une faute typogra - phiquc, rattaché à une strophe à laquelle il n'appartient pas. — P. 25, M. A. me paraît avoir tort de se refuser à voir le subj. du verbe yssaussar dans le V. 13, où il découpe yssau^ en ys (pour es) et saus = sa 1 vu s. — 3S2 CHRONiaUE p. 34-35, longue note sur iivayssa, à propos d'un vers de B. Alanhan dont je me suis occupé récemment dans mes Kotti'. Essais, p. 232 ; M. A. n'a pas connu ce que j'ai écrit à ce sujet, et je dois dire que ma conjecture, qui consiste à lire davayssa « prune sauvage », aurait besoin d'être plus solidement appuyée. En tout cas, le sens « amandier », proposé par M. Chabaneau, ne repose sur rien. — A. Th. Lts Lamentatiofis de Matheolus et le Livre de Lusse dejefun le Fèvre de Res- sotis (poèmes français du XI V^ siècle). Édition critique, accompagnée de l'original latin des Lamentations y d'après Tunique manuscrit d'Utrecht, d'une introduction, de notes et de deux glossaires, par A.-G. Van Hamel. Tome deuxième. Texte du Livre de Leesse, Introduction et notes. Paris, Bouillon, 1905. In 80, xxvii à ccxxvi, 266 p. (96* fascicule de la Bibliothèque de VEcole des Hautes-Etudes), — Le tome premier de cette importante publication date de 1 892 ; il contenait le texte latin des Lamentations et la traduction en vers français de Jean le Fèvre, avec une notice sur les mss. utilisés. Le tome II, qui parait aujourd'hui et mérit les mêmes éloges que le précédent (voy. Romatiia, XXII, 334), complè la notice des mss. et des imprimés, donne le texte du Lhre de Leest plus connu sous le nom de Rebours de Matheolus, nous donne enfin « copieuses notes sur les deux ouvrages et une introduction où sont nées, entre autres intéressantes questions, celle des sources de Matheo Cette question est des plus complexes, et si M. Van Hamel, ma sa documentation et sa critique, ne l'a pas toujours résolue d façon certaine, c'est que les éléments d'information manquent et nous n'avons pas à notre disposition tous les chaînons qui ratta^^ à l'auteur des Lamentations les œuvres originales qu'il n'a connue^^ par des intermédiaires. Souhaitons que le tome III, qui renf(^: les index et les deux glossaires, ne se fasse pas trop longtemps atc — G. Raynaud. Errata. — P. 98, la note 4 se réfère, non à l'endroit indiqué par \ mais à la ligne 2 de la page suivante. — P. 155,1. 15, àrit, lire ^c^£g^ PPc/, Le Propriétaire-Gérant, Vc E. BOUILLq;^ MACOS, PKOTAT FRliKES, IMPRJMBURS LE NOMINATIF PLURIEL ASYMÉTRIQUE DES SUBSTANTIFS MASCULINS EN ANCIEN PROVENÇAL En règle générale, la forme du nominatif pluriel des substan- tifs masculins est identique à la forme de l'accusatif singulier en ancien provençal comme en ancien français. Mais tandis que l'ancien français ne comporte aucune exception, certains textes provençaux oflfrent des traces plus ou moins profondes d'un è^at morphologique diflférent sur lequel il me paraît utile d'atti- rer l'attention. Cette particularité de la déclinaison provençale n'est indiquée ïïî dans la grammaire de Diez ni dans le mémoire de M^. Suchier qui fait partie du Grundriss de M. Grceber et qui ^ été traduit en français sous ce titre : Le français et le pro- ^^^nç€tl (Paris, 189 1), ni dans le Mantialetto provençale àcM. Cres- cmi, dont la 2* édition vient de paraître. M. Meyer-Lùbke y fait une allusion rapide, dans le tomel de sa Grammaire des langues ^ornurtes^ § 3^1 : à propos du sort de l'f latin final, il cité le pluriel am^l du poème de Boèce. Mais lorsque, dans le tome II, ^1 arrive à la morphologie, il est pris de scrupules et il se ^enaande si réellement le provençal doit être admis au nombre ues langues qui connaissent la « formanon interne du pluriel » pour les substantifs. Voici en effet ce qu'il écrit, § 44 : « Dans ancienne version provençale de Boèce, on rencontre au':^l^ temple remarquable par son isolement et aussi par l'inflexion que ç aurait ici subie; mais peut-être sommes-nous en présence ^lïe simple faute de graphie. » ^-^*^ retrouve cette hésitation dans l'esquisse morphologique " ^ Ad. Appel a mise en tète de sa Praven;^alische Chresiomathie , 'i 354 A- THOMAS p. VIII ; après avoir parlé de l'influence de Vi sur les nominatifs pluriels des pronoms et des adjectifs, il ajoute : « Dans les sub- stantifs, flw:j/7 de Boèce (à côté de au:(ello) est peut-être une forme analogue de nominatif pluriel. » M. Grandgent montre plus de décision, et j'ai plaisir à citer ce qu'il dit, soit dans la partie phonétique soit dans la partie morphologique de son Outline of old Provençal : « E fermé se change en i quand il y a un î dans la finale latine : eccilli > cilhy etc. Mais dans les nominatifs pluriels des noms et des adjectifs masculins ce changement est empêché par l'analogie du singulier et de l'accusatif pluriel : mïssï > mes, plënî > plen. Nous trouvons cependant cabil . 1. Découvert Cl publia par M. J. Li-ili: df Vasconccllos, Romania, XXXI. 177 « s a. Bartsch, CInesl., 4' t'J., col. 24} ; Appel, Piw. Chresl., n" 46. 358 A. THOMAS 4. — Dans lems. d'Oxford de Girard de Roussillon il y a trois fois ûlw;^// (vv. 2702, 3366 et 5878, éd. Foerster) et une fois dan:^eil(w. 5736) au nom. p^ur. ; mais comme ces exemples sont à la rime et que l'auteur altère arbitrairement certaines dési- nences en vue de la rime, on ne peut faire fond sur eux '. En revanche, une attention particulière est due au dernier mot du V. 4279 : E scrunt i sui conte e sui abhaich. Le ms. de Londres écrit abait, celui de Paris abah. Bien que M. Paul Meyer incline vers l'opinion de Diez qui voit dans abbaich une faute pour *ambaich < ambactus *, j'avoue que je suis porté à y voir le nom. plur. de abat « abbé », tout en lais- sant le lecteur libre de décider si l'auteur de Girart de Roussillon connaissait réellement les nominatifs pluriels palatalisés ou s'il a transformé abat en abaich sans autre arricre-pensée que le besoin de rimer exactement ^ En tout cas, le scribe du manu- scrit de Paris fait quelque usage, pour son propre compte, des formes palatalisées d'adjectifs et de participes passés * : chargah (éd. F. Michel, p. 94), enialah (p. 18), ftiarih (jp. 283, deux exemples), obrah(p. 6). Il en revêt même, au moins une fois, un substantif : Alaviatib van cridan lor quiriès (p. 164). 5 . — Le poème de Daurel et Béton fournit aussi son petit tri- but ; on y trouve un adjectif et un substantif masculirTs avec nominatif pluriel palatalisé : Car tal plah vos vol far don tuh seret manenh (v. 44). Que mieu efanh trachor no sia apelatz (v. 630). 1 . Il emploie par exemple à l'ace, sing. non seulement don^eil (w. 7061 et 8196; cf. 3619 et 7580 où le scribe écrit don^el), mais eil(y. 5729). Quant à Ciihi'il, qui se présente aussi bien au singulier qu'au pluriel, voire sous lafonnc clybil (v. 5368), ci'hil (v. 2717), il ne faut pas oublier que lexistcnce d'un type latin vul:,Mire *capillium est plus que vraisemblable. 2. Girart de Roussillon^ p. 138, n. i. 5. Je note que dans la Régula suncti lUnedicli on trouve au pluriel Ihi abat 3 3^^; mais cela n'exclut pas la possibilité d'une forme palatalisée. j. Concurremment avec les formes ordinaires. I LE NOMINATIF PLURIEL EN PROVENÇAL 3 Î9 L'éditeur, M. P. Meyer, considère avec raison ce dernier vers comme fautif et il propose dubitativement de le corriger ainsi pour le ramener il la mesure décasyllabique ; Traclier non sîa mos efans apt'lati. Mais il oublie que seul le pluriel viieu efanh convient ^ l'al- lure du discours où ce vers est enchâssé. Ermenjart, que son frère Charlemagne veut contraindre à épouser le traître Gui qu'elle soupçonne, non sans cause, d'avoir assassiné traîtreu- sement son mari, s'écrie finalement : « Frère, donnex-moi un [simple] chevalier, [et] que mes enfants [les enfants que j'aurai de lui] ne soient pas appelés traîtres ! » Le scribe a écrit sia au lieu de sio. Peu importe, à notre point de vue, que le vers dodécasyllabique remonte à un remanieur : celui qui l'a écrit employait intentionnellement efaiib comme un nominatif plu- riel '. 6. — Le chansonnier Vatican 52;i2(A de Bartsch), publié intégralement par MM. Pakscher et De Lollîs dans le t. III des SUtdj difiîologia romûw;;n, fait un emploi constant, mais stric- tement limité, du nom. plur. à désinence palatalisée : il l'ap- plique i l'adiectif hd et au substantif au:^el, comme les exemptes suivants en feront foi : I . Peire n'ALVERNGB. Bclla m'es b Hors d'oi^uilcn Quand lu^ dcl fin jor b douisor Que fam Xauitil novellamen. î- Peire d'Alvernge. Qsn Yau^cil son de chantar nec. 69. Marcabrdns. Et 2b lo comcns d'un chantier Que fam l\iu^r'll pcr alcgrar. 7Î. M\RCAiiRtJN&. Vai^iiU, q'us non brjî ni crida Sotï foilla ni per vcrdor Car l'esiîu a bella aizida Mesclon lor joia certana. So. Marcabruns. E Vaii^eill per lo temps escur Boisson de lor votz lo i6j. Pons de Capdi;oill. Vostre beiU huoill, vostra rica colora, Z06. Gadcelhs FAiDrrz. E pero li ^fV/jeniblan. I , M. Chabaneau recommande la correction de sia en sia, mais il considère mattmh a ifaah cùmmt des cas degraphicgasconne enonfc {nli au lieu dL-ii). gnphic dont il voit un autre exemple dans vfnh du v. 18 {Jiev. des laitguti romanes. XX, Ï49. n. i). Je ne p.irtage pas sa manière de voir;d'aillcurs, au V. 18. il faut considérer vrth non comme un indicatif, mais comme un subj. priscm.cl imprimer wnft', pour iriiftii, ainsi que l'indique M. P. Meyer à l'er- lau. 360 A. THOMAS ' I 208. Gaucelms Faiditz. Qeil heilî stmiblan mifant morir. 225. Gaucklms Faiditz. Richas armas ni heil tôrnei espes Ni richas coitz ni hetll don aut ni gran... Puois re noi val beill dich ni faich prezan. 226. Gaucelms Faiditz. Qeil au^eilî chantador S'en alegront pels plais. 232. Gaucelms Faiditz. Be m'ant trahit s\t\heill huoil amoros. 254. Bernartz de Ventedorn. Pos Van^eiîl chanton al lor for. 260. Bernartz de Vextedorn. E si nois trai enan Amers e beil semblan. 264. Bernartz de Ventedorn. Li sieu ^f/7/huoill tanben Testan. 285. Peire ViDALS. Et agradom Vau^eiî qan chanton piu. 348. Daurde de Pradas. Q.eil heill scmblan cil doutz sospir Non son mcssatge de fadia. 374. GuiLi.EMS DE Saint Leidier. Aissi cum es bcUa cill de cui chan E bcls sos noms, sa terra e siei chastel E heill sici dich, siei faich e siei semblan. 384. Naimerics de Piguillan. Qeil heill semblan plazen eil mot cortes. 407. Naimkrics de Piguillan. Lan quan cliantonli au^eiî en primicr. 431. Peirols. Bcm trahiron siei heill huoill. 438. Peirols. Eil heil semblan que gcs non eron ver. 467. Kakmbautz de Vaqueiras. Vostre heill huoill galiador. 494. Peirk Raimons de Tolosa lo vieills. deil heill huoill truan Qpe tôt mon cor m'an Emblat. Je note en outre deux exemples isolés de la même flexion appliquée aux substantifs caval et sen : 99. Arnau TZ Daniel. Que per vos son estraich cavail e marc. 334. Nue Bruneiv.. Qu'ieu vi d*amor qeil ris eis eil joc eil sein ', Coblas c mot, cordas, anel e gan Solion pagar los amadors un an. 7. Le Carlulaire des Templiers de Faour, publié en 1894 par MM. Portai et Cabié ÇArch, hisL de V Albigeois ^ fasc. i), emploie deux fois le nom. plur. efang (à côté de efanty effant. I . La graphie n'engage que le scribe, car toutes les rimes sont en '-en avec ;/ non mouillée. M. Appel, éditeur de ce troubadour (Der Trohiidor Uc Bru^ tiec oder Brunenc, dans les Ahhmdlungen en l'honneur de Tobler, 189$, p. 78), déclare que 5c';/ est pour seuh (c'est-à-dire, si je comprends bien, le lat. si^iuHii). ce qui nie paraît inacceptable. J'y verrais plutôt un substantif 5^11 (^x)ur ic//), correspondant à l'italien ceuno < cinnus, bien que Ton n*ait bign.îlé jusqu'ici que le verbe ccnuar en provençal. Cf. ces vers du Brut de Wace : As ;^as, .is ris, as ifmmen^ \'x ;\s salus et as prcscns Se senti bien li qu«ms et sot (lue li rois sa moillier amot. (i^ 65, Li Curne, dansCiodef. s. %•<> cenementJ) I LE NOMINATIF l'LURlEL EN PROVENÇAL j6l beaucoup plus fréquent ') : ces deux exemples se trouvent dans la même charte, n° lo^, de l'an 1 192 : « En Bertranz de Mon- tagut e sei efang, en D;iuzatz et seî cfant. . . en Ademarz de MonteilK e sei efang. •> Deux fois aussi on y lit le nom. plur. jfBi«w^ (concurremment avec ^ii/re«( '), dans la charte n" 4 s (l 1 80) : V E d'aisso devo esser guireng a la maîo de toz homes », et dans la charte n" 112 (1 199) : « E serem lorne bofHi'ffMf tota hora de totz homes. » 8. — M. Paul Meyer me signale la même forme guirmg dans une chane de 1196 dont l'École des Chartes possède te fac- similé (anc. fonds 136): " devo esser guireng d'aco '. » A côté des textes provençaux proprement dits il faut aussi faire une petite place aux textes de la région lyonnaise. Dans l'étude approfondie que M. Philipou a consacrée h la morphologie du dialecte lyonnais aux xni' et \iv' siècles ', le phénomène qui nous occupe n'est p.is sii^nalé. Pourtant il se manifeste clairement dans un document publié en partie par M. Philipon lui-même : je veux parler du terrier de Rochefort, dont un extrait occupe les pages 5 82-584 du tome XIII delà Romania,sx dont voici trois articles où se trouve la même forme caractéristique : i . Item li tfaynl P. de l'Olmo, 1 d. pcr la vinî justa la vioi Johan Jaserant. 14. Ly tnfayiil Johan de Bulom, per lor curtyl ei per la vyni qui esi entre les vines Jolian Ch.ipel, ,V. d. (on et dimi galina et .s. d. viaral. IS- Iwm ly efiiyiit P. Pupon et Mvchalet Pupon, per la mayson et per la verïheyri justa lo poys al Forneuï, .'iij, d. forz. Ccne forme efaynl ou enfaynl n'a pas complètement éch.ippé .1 M- Philipon qui l'a relevée, mais en se déclarant incapable d'en rendre raison, à l'anlcle 25 de son étude sur la phonétique lyonnaise au xiv= siècle *. C'est un nom. plur. en parfait accord avec cfarth qu'emploient la Régula sarurtï Bentdiclt et le Sidrac. I. Chartes n» ai, 18, .jj, 69. 81, 103, 106. î. Charles n"» 16, 19, 4i,îi,eti;. ). L'original est aux Arirh.Nai., J ]i;,n° };(noiîcc),dans "TioAa.Layetla Ju 7V/nw dts Cbariri, n° 4^7, 1. I, p. 188); l'acie est écrit près de Villcniur (Taim] par un soribi- qui se nomme en latin Guillelnius. Je remarque que si ce scribe ierii au nom. plur. fJ'iVr-n^ fnpagag.W emploie trois fois effani ('l-inl), ei non tffang. 4. Romania, \XX, ii). 5. Ro«ia»i.i, XIII, i}i. 362 A. THOMAS M. Paul Meyer a signalé lexistence d'une autre forme de nominatif pluriel masculin dans les textes provençaux, particu- lièrement dans le Nouveau Testament de Lyon, publié en repro- duction photolithographique par M. Clédat (Paris, Leroux, 1888) : la consonne finale du radical ne se palataljse pas, mais elle est suivie d'un 1, comme en italien. De là des formes d'ad- jectifs et de participes passés telles que cossirosi, issidiy malt y pagadi \ Ce système se trouve aussi appliqué aux substantifs, quoique assez rarement, dans le Nouveau Testament de Lyon. Voici quelques exemples qui le prouvent, d'après la pagination de l'édition de M. Clédat * : Li mei frairi moût amadi 302^ (et pasùm^ concurremment avec la forme classique fraire, ou avec l'accusatif /rt7iV« en fonction de vocatif). No vulhatz esser fait plusor maestri 304*». Eli meteissi ûo servi de corumpcio 318^. Des que W pat ri dormiro 319*. O mci filfjfti 321» (eipassinty toutes les fois que le texte latin afilioti). Eu escrivi a vos, jcn'enomi^ quar forti esz 322*. Quesiam nomnadiyi//;t de Deu 323». No sabetz que li vostre corssi so membres de Crist ? 360». Si li mort i no resucito 374*. Si d^' tôt en tôt li morti no resucito 374**. E corssi celestial c corssi terrenal 375*. Li morti resucitaran no corumpudi 376*. Servi, obczetz als senhors carnals... Aissi co servi de Crist 410*». On s'attendrait à trouver dans le Nouveau Testament àt Lyon, 1. Romania, XIV, 291-2. 2. Je ne prends aucune citation dans le Rituel qui termine le manuscrit, car la langue de ce document n'est pas la même que celle du Nouveau Testatnent, — Voici l'indication de quelques exemples isolés de provenance diverse : corsi, 1178, franchises deVillemur (Tarn), dans Teulet, Lflyf//« du Trésor des Chartes, I, 120, reprod. par Rirtsch, C/;/r5/., 3« éd. col. 98 ; /rjirrt (pour frairi), 1284, acte do vente passé à Castelnau-de-Levis (Tarn), dans Cabié et yix/xwi, Cartulaire des Alamin, p. 115; homi, 1196, fac-similé de l'Hcole des (Humes cité ci-dessus; mai, 1184 et 11 85, actes n»» 81 et 91 du Ciirtul. de Wimr, pp. 66 et 76 : oitati^ui, vers 1 105, Montpellier, dans IJher instr. metn., iw 6|, p. 112; prohmii, 1246, libertés de Puybegon (Tarn), dans Cabié et M.i/cns, Cartul. des AUimin, p. 70; wtiiori, 1256, charte citée par M. P. Meycr ( /^. ■;;/.! '//j, XIII, 2g i) et rédigée, non dans Tarrondissemcnt de RoJe/, nuis a C.xXw rfarn), d'après Romania, XVIII, 425, note 4. LE NOMINATIF PLURIEL EN PROVENÇAL j6j qui, pour !es pronoms, emploie concurremment les nominatifs pluriels eli, aqueli, aquiU, aqiiesti, iiieui, loti, d'une part, et cilh, tnci, tiiit, de l'autre, de nombreux exemples de formes pabtali- sées pour les adjectifs ou pour les substantifs. Il n'en est rien : une étude assez minutieuse ne m'a fait découvrir qu'une forme palatalisée, page 331'', laquelle appariicni !i un participe présent : Qjiar di^fHg • se esser savis, so faiti fol. En publiant les notes qui précèdent je me suis proposé de faire mieux connaître la déclinaison du substantif en ancien provençal; mais il est évident que cette étude empirique de morphologie descriptive en appelle une autre d'un caractère plus relevé et d'une exécution plus difficile. Exposer les faits ne suffit pas à la science ; il faut tacher de les expliquer. Si pour la clarté de l'exposition i! est commode d'isoler le substantif des autres parties du discours, pour faire une œuvre scientifique achevée il faudrait embrasser les divers phénomènes observés jusqu'ici dans la déclinaison du pronom, de l'adjectif et du par- ticipe au nominatif pluriel, non seulement en provençal mais aussi en français. Il y a li une question extriïmement intéressante, qui chevauche sur la phonétique et sur la mor- phologie, mais dont je dois me borner aujourd'hui à indi- quer le cadre à qui voudra en entreprendre l'étude appro- fondie. Elle peut se formuler en ces termes ; du rôle de \'i des nominatifs pluriels latins dans la déclinaison des parlera romans de la Gaule '. A. Thomas. 1. Le ms. porto /'{"'g, mais h correction est sûre, car ce passage traduit saini Paul, Ep. aux Roiiiaim, I, 32 : « diemlti enim se esie sapicnies, siulti 9. Naiurellcment, il faudra lenîr <:oniptc des idées exprimées par les philologues que )'m cités et par d'autres, même quand ils n'envisageni pas la question dans son en5emHc:cf, Meyi'r-Lûbkf, Gramm,. 11,5 î6- NOTICE SUR QUELQUES FEUILLETS RETROUVÉS D'UN MANUSCRIT FRANÇAIS DE LA BIBLIOTHÈQUE DE DIJON Le ms. 523 (298) de la Bibliothèque municipale de Dijon a été l'objet d'une étude détaillée de G. Paris, aux pages 44-49 du tome P*^ (1873) ^" Bulletin de la Sociétédes anciens textes français ; une autre notice en a été publiée depuis dans le Catalogue géné- ral des manuscrits des Bibliothèques publiques de France^ départe- ments, tome V (1889), p. 128-129. C'est un recueil d^anciennes poésies françaises, transcrites à Paris, dans la seconde moitié du xiv^ siècle, qui comptait deux cent cinquante-huit feuillets, avant qu'une main criminelle l'eût lacéré, il y a un siècle et plus peut-être*, en arrachant trente-sept feuillets et coupant à différents endroits du volume vingt-six petites miniatures. Les lacérations qu'a subies ce recueil peuvent être Ëicilement constatées ; d'un côté, grâce à une ancienne foliotation en chiffres romains, tracés à l'encre rouge, que le copiste a pris soin d'in- scrire au milieu de la marge supérieure du recto de chaque feuil- let. Il est à remarquer que cette foliotation se réfère en même temps au verso du feuillet précédent, qui se trouve en regard lorsque le livre est ouvert. D'un autre côté, une table très détail- lée des pièces contenues dans ce recueil, copiée sur deux feuil- lets préliminaires, avec renvois aux folios du manuscrit, permet encore de préciser le contenu des pages lacérées. 1 . Les lacérations subies par ce manuscrit sont sommairement constatées déjà dans le catalogue des manuscrits de Dijon rédigé en 1802 par Pabbè Boullemier. D'un autre côté la reliure ancienne, recouverte en veau noir gau- fré et fortement restaurée» ne laisse voir à l'intérieur du volume aucune trace d'arrachement de feuillets. LE MANUSCRIT FRANÇAIS 523 DE DIJON 365 Originairement le volume se composait de deux feuillets non cotés, pour la table, .quatre feuillets préliminaires, cotés j, b, c,d, et deux cent cinquante-deux feuillets, cotés en chiffres romains j à ij^lij. Pour donner un aperçu de la composition de ce recueil, il suffira de reproduire ici les titres de chacun des articles de la table, sans entrer dans le détail qu'elle donne des chapitres de chaque traité. Pour faciliter les rapprochements de cette notice avec celle de G. Paris, dont elle est le complément, on joindra entre parenthèses l'indication des n""' assignés par G. Paris à chaque article. Ce sont les devises et les rubriches de ce livre ou quel a pluseurs roumans, si comme il sont intitulé cy dedans. 1 . Premièrement le roumans de la Rose \Jol. a]. • •.••.•••••••.....• • ........a. 2. Après est Prosa mulierum. — 3. Evangelium earumdem cviij. (6 0- Après est le Testament maistre Jehan de Meun, qui fîst le roumans de la Rose, qui parle de contemplacion de vie cix. > (7). Après est Chaton en françois, qui est de moralitez cxx. (8). Après est le Reclus de Morliens, qui parle d'enseignemens et de chas- tiens de vie ' cxxiij. 8 (9). Oroison de Nostrc Dame J cxxxix. (9). Après est le roumans de Charité, que fîst cellui qui fîst le précèdent, qui parle a touz les estaz cxl. 10. Après est Fauvel, qui parle sur le gouvernement du siècle., clv 11 (10). Après est le brief maistre Jehan de Meun, qui fîst le roumans de la Rose ♦ clxj. 12 (12). Après est rAdvocacic Xostrc Dame clxiij. • 13. Après est Doctrinal, ou il y a pluseurs bons enseignemens de vie honcste $ clxxx'j. 1 . La table omet un motet latin et français (O bicornix) et une pièce tau- togramme latine publiés par G. Paris sous les n<» 4 et 5. 2. Ms. H' de l'édition due à M. Van Hamel(I, xxix). 3. Ce sont les strophes ccLix à cclxxiii du Miserere, 4. C'est le Codicille de G. de Meung. 5. Manque dans la description de G. Paris. 366 H. OMONT 14 (i 3). Après est la Passion Nostre Seigneur' clxxvij. 1 5 . Après est Purgatoire * clxxxiiij. 16 (14). Après est le Jeu des eschaz moralisé clxxxviij. 17 (15). Après sont les Epistres Pierre Abaielart et de Heloyse, qui fu s*aniie et puis sa ferae, et sont en latin ^^^^• 18 (16). Après est Boesce de Consolacion, qui est divisez en .v. livres, et tracte de consolation de philosophie ; le premier livre tracte des com- plaintes Boece.. ijcxxx. Les feuillets lacérés et arrachés dans ce manuscrit, au nombre de trente-sept (et non vingt-sept comme Ta dit G. Paris), por- taient les cotes suivantes de l'ancienne foliotation :dy cxlvj, clv, clxxv, clxxvj, clxxxiiij à clxxxvij, ij^iiij à ij^xxix, ij*=xxxjetij^xxxij. Tous ces feuillets ne sont point perdus; le sort de douze d'entre eux est actuellement connu et il est permis d'espérer que mâj^- similé de l'un d'eux, joint à la présente notice, permettiS^e retrouver quelques-uns au moins des vingt-cinq dont le sort est encore inconnu. Il y a quelques mois, un amateur parisien, M. Adrien Dupont, voulut bien me communiquer un feuillet de manuscrit, qu'il venait de découvrir chez un brocanteur. Ce feuillet, orné d'une belle miniature à mi-page, contenait le début du roman de Fauvel; les exemplaires de ce poème ne sont pas très nombreux ' et je n'eus pas de peine à reconnaître que le feuillet provenait du manuscrit de Dijon, où son absence avait été signalée, au début du poème, dans les deux notices citées plus haut. M. A. Dupont n'a pas voulu conserver plus long- temps ce feuillet, dont l'origine et l'enlèvement étaient ainsi reconnus; il l'a généreusement offert à la ville de Dijon et le 1 . C'est la version de l'Évangile de Nicodème qui se trouve encore dans^ le ms. B. N. fr. 1850, fol. 77. 2. Manque dans la description de G. Paris. C'est le Purgatoire Sain t Patris; voir plus loin. 5. Voir Histoire littéraire de la France, t. XXXII, p. 117 (art. dtr G. Paris). 368 H. OMONT (Fol. 161.) « Explicit iste liber, qui fuit inceptus, mediatus et sic adimple- tus Parisius, et ctiam sic fînitus in vico Boni Putei, prope portam Sancti Vie- toris, circa nativitatem Domini, anno ejusdem M» CCCo LV». » (Fol. 252.) « Cy finent les livres de Boesce « Que j'ay escript a grant angoesce. Parisius, in domo domini episcopi Ambianensis ', anno M» CGC» LXIIo» mense septembri. » L'un des feuillets aujourd'hui conservés à Paris porte une troisième souscription, qui donne le nom du copiste Mathias du Rivau, avec une troisième date, 1361 : (Fol. 229 \'o.) « Expliciunt Epistole Pétri Abaielardi et Heloyse, primitus ejus amice, postniodum uxoris, scripte Parisius per me Mathiam Rivalli, in domo episcopi Ambianensis, anno Domini miilesimo CCCo LX» primo, mense decembri. » Mathias du Rivau était un habile calligraphe, comme on en peut juger par le manuscrit de Dijon ; mais ce n'est pas le seul spécimen que l'on possède de son talent. Il y avait dans les col-' lections du duc Jean de Berry un autre manuscrit copié éga- lement par lui à Paris; c'est un bel exemplaire de l'une de ces compilations d'histoire ancienne jusqu'à Jules César, qui ont eu tant de vogue du xiii* au xv« siècle, et qui, après être passé dans les collections du duc de Nemours, Jacques d'Armagnac, et du duc de Bourbon, Pierre II, porte aujourd'hui le n** 246 des manuscrits du fonds français de la Bibliothèque nationale*. Mathias du Rivau, dans la souscription qui termine ce manuscrit, nous apprend qu'il était poitevin ^ qu'il habitait alors dans la Cité, rue neuve Notre-Dame, et qu'il employa plus de six mois à le transcrire, du i"' octobre 1364 au 12 avril 1365 : (Fol. 306 vo.) « Hic liber fuit scriptus pcr Mathiam Rivalli, clericum Picta- venbis diocesis, a festo sancti Remigii, quod fuit anno Domini Mo CGC® 1. Jean de Chcrchemont, évoque d*Amiens (1325-1373), était d'une famille poitevine (Gitllw chrislianay X, 11 92-1 193). 2. Voir P. Paris, Les manuscrits françois de la BihUotJk'qM du roi, t. II, p. 259-260, et P. Mcycr, I^s premières compilations françaises dt histoire ancienne^ dans la Rontiiuia, t. XIV (1885), p. 50. 5. Conmic Tévcque d'Amiens, Jean de Chcrchemont, mentionne dans deux souscriptions précédemment citées. LE MANUSCRIT FRANÇAIS 525 DE DIJON 369 LXIIIIo ; usque ad Pascha iode sequens et infra ; in Civitate, et in vico novo Béate Marie, Parisius. » Voici maintenant le détail du contenu des dix feuillets retrouvés du manuscrit 525 (298) de Dijon. Il sera suivi de quelques notes qui permettront de retrouver peut-être un jour les autres feuillets lacérés et quelques-unes des miniatures découpées à différents endroits du volume. I FEUILLETS RETROUVÉS DU MS. DE DIJON 1° — (Feuillet d.) Roman de la Rose (Vers 544-743 de l'édit. Fr. Michel.) Poliz ert et souef au tast. La gorge avoit autreci blanche Com est la noif dessus la branche. Ainz se savoit bien debrisier, Ferir du pie et envoisier. Elle estoit touz jours coustumiere. 20 — (Feuillet clv.) ESTRILLE FaUVEL [Miniature.] De Fauvel que tant voy torchier Doucement, sanz luy escorchier, Suy entrez en melencolie, Pour ce qu'est beste si polie. Se ce livre voulons entendre, Des or mais nous convient descendre A Fauvel proprement descrire Ht par diffînicion dire... 30 — (Feuillets dxxv et clxxvj.) AnvocAOE Notre-Dame Comme Dieux donna sentence difinilive pour Fumain lignage contre le dcahk. Jhesucrist fist faire silence, Que nul n'y puist mètre achoison. Pour mieulx entendre la sentence, 24 10 « Or oez, dist il, nous dison lia, XXXIV 24 370 Par sentence difinitive, Combien que Sathan en estrive Et que il se pende et enrage, Que touz ceulx de Tumain lignage Qui auront par devocion Rcpentence et confession Et en contriction niorront H. OMONT Le chief en chantèrent et distrent, Et tout le rémanent apristrent A ceulz qui en char et en os Estoient ; bien vanter m'en os, Qr ce fu a m'entencion, Par sainte revelacion. 2460 L'anthienc est en la fin dévote, Qjj'a Nostre Dame chante et note Devers nous sanz fin demorront [2420 L'Eglise par devocion : Nul n*i ait qui plus s'en debate ; « Ma dame, merci te crion. Moult a bien plaide Tadvocate, La virge Marie, ma mère. » Le saint Espcrit et le Pcre Distrent adonc tout hautement : Qui sommes filz d'Eve exilleux En ce faux monde périlleux ; En gémissant et en plourant Souspirons a loy en ourant. « Se Dieux le Filz veult proprement O dame, que tu nous confernies Sa mère et home soustenir. En ce faux monde plain de lermcs. Qui porroit encontre venir? [2470 Nul ne porroit honie entreprendre O douce nostre advocate, Plus qu'il l'eust pris a défendre, 2430 Tu n'ez, ne ne puez estre mathe. Et la Virge est de tel mérite Mais tu mates bien les deablcs, Qu'elle ne doit estre escondite Vers nous tes douz yeux piteables Combien que la chose soit grande, Tome, qui tant sont gracieux, Meismement quant droit demande. » Et Jhesu ton filz glorieux. A tant fina la question, Et fu a grant confusion Le deable tout jus abatu, Qui pour néant s'est dcbatu. Et cculz qui es cielx demourerent Si trcsgrant joye démenèrent 2440 Qu'onques tele ne fu en vie, Ne jamais tele n'ert ouye. Pour la sentence qu'il ouirent. Ceste anthiene adonques feirent. Que sainte liiglise en recorde : « Royne de miséricorde, Qj-ii au monde as hui tant valu, Chascun de nous te rent salu, Nostre douceur et nostre vie» En qui touz jours ton confort as. Le saint fruit qu'en ton corps portas, Douz, deliaable, d'amour digne,. Piteux, gracieux et bénigne, Nous monstre, douce virge monde, Apres l'exil de ce faux monde. 2480 O piteable et glorieuse, O débonnaire, gracieuse, O très douce Virge Marie, Enten cil qui de cuer te prie. • Ainsi l'anthiene defina, Qui bon chief et bonne fin a. En quoy sainte Eglise recorde ' Le bien et la miséricorde, Le povoir et la plaiderie Nostre espcrance et nosireamie, 2450 De la douce virge Marie, 2490 Roync de très j;r.int value» lu c'est quanque en mon livre a, Chascun de rcchict te salue. *> Qui de Sathan nous délivra. i:n paradis, ce dcviM)ic[nlt Pour cela, que vauh le celer? Les sains qui l'anthienc chantoient ; Doit on ce livre appeller LE MANUSCRIT FRANÇAIS 525 DE DIJON 37 1 L'Advocacie Nostre Dame, Qu*a touznozbesoings noussequeure. Car elle defent corps et ame [2500 De celiui qui la veult amer . « /* . , Amen. Et a son besoing réclamer. SI li prions donc sanz demeure Explicit TAdvocacie Nostre Dame ^ « Doctrinal. Or escoutez, seigneurs, que Dieux vous beneîe I S'orrez bons moz nouveaux qui sont sans vilennie : Ce est de Doctrinal, qui enseigne et chastie Le siècle, qu'il se gart d'orgueil et de folie. Ce Doctrinal doit on savoir et retenir. Car de ce qu'il enseigne ne puet nul mal venir, Et si en puet on bien paradis deservir Et avoir la grant joye qui dure sanz faillir. Cy fenist Doctrinal*. 40 — (Fol. clxxxiiii - dxxxvij.) Purgatoire [db S, Patrice]. Au temps le roy Estevenons, qui fu roy d'Angleterre, avint que un chevalier, qui avoit nom Oriant, se vint confesser a l'evesque en l'cveschié duquel le purgatoire saint Patrice estoit. Quant li evesques ot ouy sa confes- »on, si le commença moult a blasmerpour ses péchiez, et si li dist .qu'il avoit moult couroucié nostre Seigneur. Le chevalier en fu moult dolent, si se pour- pensa comment il porroit fa^c digne pénitence pour ses péchiez. Ainsi comme li evesques li voult enchargier sa pénitence, selon ce qu'il veoit que li pechié le requeroient, li chevalier li dist : Je prendray or la plus grief péni- tence de toutes les autres, car je cntreray ou purgatoire saint Patrice ... — . . . L'entrée de purgatoire c'est une fosse qui est en Illande, en l'eveschié de Ybemie, en une prieurté qui a nom Reglis. Explicit Purgatorium K 1. Cf. UAdvocacie Notre-Dame, imprimée, d'après le ms. d'Évreux, par A. de Monuiglon et publiée par M. G. Raynaud (Paris, Académie des biblio- philes, 1869-1896, pet. in-S*»). Ces derniers vers présentent un certain nombre de variantes avec l'édition. 2. Manuscrit à joindre à ceux qui ont été indiqués dans la Romania, VI, 21; XVI, 60. 3. Le verso du feuillet CLXXXvij a été laissé en blanc. — Pour d'autres mss. du Purgatoire, voir Romania, XVII, 382. $72 H. OMONT 40 — (Fol. ij«xxviij-ij«xxix.) [Pétri Ab.elardi et Helois.e epistol^.] . . . celibi se vite dicarent. Utide Jeronimus in epistola ad Galatbas libro iijo : Quid nos, itiquity oportet faccre, in quorum condempnacioneni habet et vino univiras et vesca univirgines, et alia ydola continentes. Univiras autem et virgines dicit quasi monachas que viros noverant et monachas vir- gines, monos enim unum, unde monachus, id est solitarius. . . — (Fol. ccxxix.) Epistola fnagistri Pétri Abaielardi concîudetido pariter de supradictis, Peticionis tue parte jam aliqua prout potuimus absoluta, superest, Domino annuante, de illa que restât parte . . . quod ut possimus, sicut volumus, ves- tris orationibus impetremus. Valete in Christo, sponse Christi ». ExpUciunt EpistoU Pétri AhaieUirdi et Heîoysç, primitus ejus amice, postmo- dum uxorisy scripte Parisius per nu Mathiam RivaUiy in donio episcopi Ambia- nensiSy antio Domini millesimo CCCo LX^ primo, ttunsedecembri. 50 — (Fol. ij«xxxj-ijc xxxij,) [Consolation de] Boece. Paeur de corps, fausse espérance Cilz qui convoiste en a doubtance De chose ou il n'a povoir Liez est si Testuet cheoir. Philosophie, Senz tu, s'en entre il point en ton cuer ou ez tu, comme H asnes a la hcrpe pour quoy pleures, pour quoy lernioies, di le, n*en celer rien. QjLii veult la garison du mire. Il H convient son mal a dire. Boesce dit les catises de sa maladie. Adonc je pris cuer et dis : Convient il rien manifester, ne voit chascun appertement comme fortune . . . Lî cuers est pris et mal menez Comme avuglez et encheannez. Cv s'ensuit le ij^ livre, qui demonstre en gênerai les clxues temporelles estre transitoires et que eu icelles n\i aucun bien parfet. » I. Mitinc, Piitrol. lat., t. CLXXVIII, col. 251, 1. lo-col. 258, I. 9. I.c (Mtjh\'iic '^'l'iiùdl des nianu Le viij' chapitre, comme son livre fu ars. Comme il fu ramené a son abbaie, et comme les moines furent csmcu contre lui; a tel seing f . Et l^.itus. Le a.' chapitre, comme il fu accusé envers son abb£. Comme il s'en fui de nuit, puis fist sa pais. Tune ego 4^ Comme il fonda premièrement l'abbaie du Paraclet. Ego iUVjOt H Le V chapitre, comme ses premiers ennemis le difamoient unt, qu'il 1 convint qu'il s'en fuisi. Le x\< clupitre, comme il fu abbé d'une abbaie en Breiaîngnc. Comme il fisi Heloyse abbeesse du Paraclii, AccidU. ■£ Le m\' chapitre, comme il conversa en ladicce abbaie avec Heloyse. Comme il s'en reiorna a son abbaie et comme ses moines le vouldre Comme Heloyse li escript ses doleurs _ ij* xij. Comme il rescript a Heloyse, en li confortant et que elle weille prier pour lui, , ijcxiij. Comme Heloyse rescrip a P. Abaielart plus doloreusement que devant, et récite partie de la vie ^u'il avoient tenue t}mme et à toute femme de danser le chapelet. En entendant c^ jugement, l'amant tombe pSmé, et le poète, revenu de sa « fantasie », conseille aux vaillants cœurs amoureux de méditer le- cas du pauvre banni et de ne pas oublier que Malebouche et Oanger ont « Amours en gouvernement ». h: Jugtmmt du poire irhUamaut banny tst sans nom d'auteur 378 A. PIAGET dans les manuscriis qui nous l'ont conservé, et sans allusion qui permette de le dater exactement. Il a inspiré deux autres I poèmes également anonymes : les Erreurs du Jugement de l'amant banny et Y Amant rendu cordelicr à l'Oheri-ance d'Atnours. Dans le Jugemenl du pmre trîsle aman! hanny, le code amoureux est appelé la Clémentine d'Amours, selon les Cons- titutions de Clément V, ou la Pragmatique d'Amours. Faut-il l voir dans cette dernière expression une allusion à la Pragmatique Sanction de Bourges? D'autre part, la mention du droit de la porte Baudet nous autorise-t-e!le .\ dire que \t Jugement du povrr triste amant hanny a été écrit à Paris ou du moins par un pari- sien ? Je ne le pense pas. Le droit de la porte Baudet (ou Bau- doyer) était assez fameux' pour qu'on ail pu le citer ailleurs qu'à Paris, Je publie le Jugement du povre triste amant hanny d'après trois manuscrits: leVat. Reg. 1363(^4) qui est le plus complet et qui présente un texte excellent, le Bibl. nal. fr. 1661 (B), qui est presque toujours d'accord avec le précédent, et l'Arsenal 3523 (C) dont le texte est très souvent remanié et fautif. Il était inu- tile de surcharger les variantes en reproduisant les leçons de Vat. Reg. 1720 (D). Ce manuscrit présente les mêmes lacunes que C (omission des vers 197 et 1189 et des strophes 8s, 86, 87, 88), les mêmes leçons et les mêmes fautes. Voici quelques exemples ; TEXTE CORRECT C D , . .aler mer Q)ii chascun . . ■ ...en partie Aucuns soni r. , . .. ,ne doivent 9î î Povres amans font bastelU-r, . . .baiaillier 9Sî Murdrir et faire ire&passer, Maïmenîr. , . 1232 Au siuh du baing dueil angnisseux, Au salui du povrc Unguculx' 1 sot Ne déçoive ou trop aplanist Ne doctrine ou tout t îlj Ains leurs hoirs et ceulx qu'en ystront, A. 1. aieurs (D aiers ') [et ceulx qui en verront.- So Et nous dfrions ailleurs tirer, 2)1 Q.ui Oiigrin si t ^sioit nommé, 7'5 776 Sa grâce ores eu: Comme le plus «imparte, mauvais du monde. 8.9 821 Mais pourtant m !it regars et ris, : donnent ou lolknt, ■ir E. Picot, RecMil général ,its lollifs, I, 80. a corrigé, en interligne, Unpitiix en langoiirei a corrigé, en interligne, aim en hoiers. LA BELLE DAME SANS MERCI 379 Le jugement du povre triste amant banny. 1 Entre chien et leu/sur le tart, Qu'on va les marjolaines qfuerre^ Ainsy que j'estoie a Tesquart 4 Pour quelque bien d'amburs a- [guerre, Vint ung grant escler de tonnerre Passer sy tresprèz de mes yeul\ Qu'a la ranverse cheus a terre, 8 N'oncques ne cuiday mourir fmyeulx. 2 Du cop je feuz tout assommé, Sans pié ne main pouoir -tirer, Moitié transy, moitié pasmé, 12 Rire n'eusse scey ne plourer, Ains peine et tourment endurer Me convint lors sy largement Que perdi, a brief déclarer, i6 Tout mon sens et entendement. 3 Sy me sembla et fut advis Qji'en une région nouvelle Fuz lors transportez et ravis 20 Par manière je ne sçay quelle. Et qu'arrivay en la plus* belle Cité qu'on pourroit souhaiter. Oncques homme n% vit pareille, 24 Je m'en oseroie bien vanter. 4 Triste et doulent la cHeminé En pensant a mes biens passés Et au romarin vert donné' 28 Dont j'avoie mains maulx amas- [sez. Sy me souvint des trespassés, Et lors recommença mon deul. Plus n'en parleray, cest assez. 32 Souvent en ay la larme a l'ueil. 5 Lors en ceste cité plaisant Courus comme tout esgaré, Tellement qu'arrivay devant 36 Ung grant palais bien reparé. De tours et de murs emparé, ' A Cy après commence le iugement du poure amoureux banny, B Cy commance le iugement du paouure, C Cy commence — 4 B Pour aucun — 5 C escler et tonnarre — ^ A Que la — 8 C cuidoy — 9 BC Du cop fus trestout assommé — 10 BC Sans pouoir pie ne mains (C main) leuer — : 19 C Fut — 2iBala — 22 C Gte que on peut demander — 23 B Ne oncques homme ne uit telle — :^S ^ et manque; C chemiriay — 27 C uert de may — 30 B commença — 33 BC En ceste cite plus auant — 34 B couru. I. 2. Vous jectoit l'en point marjolaines Quand on les venoit arouser ? {Amant rendu cordelier^ v. 413.) Je laisse aux amoureux ardans De nuyt estre aux huys actandans Qu'on mette en sauf les marjolaines. (Testament de T amant trespassé de deuil ^ Arsenal 3S23, p. 554.) Damp Prieur a son gré flst faire Ung chappeau de rou marin vert. {Amant rendu cor délier^ v. 179 s-) 38o A. PIAGET Compilé d'un hautain ouvraige. Le portail estoit tout doré. 40 Que diroie je? Brief, c*estoit [raige I 6 Sy m'aprouchay prèz de la porte Pour savoir quel manoir c'estoit, Ou je rencontray pour ma sorte 44 Un povre amant qui lamentoit Et trcsfort se desconfortoit, En souspirant jusques aux plours, Qui me dist que ce lieu estoit 48 Apellé le palais d*Amours. 7 Le gallant portoit blans bolievres Et estoit tout anyenty ; Bien senibloit avoir eu les fièvres, 52 Tant estoit maigre et amorty. Ce jour de noir se revety, Aussi verd luv estoit contraire. Et congneuz dès lors son parti 56 A veoir sa bote faulve noire '. 8 Sy dis a moy mesmes qu'iroie Partout leans ou il entreroit, Et que la veue point n'en per- [droie 60 Jusques atant qu'il partiroit, Pour veoir comment besongnc- (roit Touchant le fait de sa querelle, Affin de ce qui s*en feroit 64 J'en peusse raporter nouvelle. 9 Nous deux vinsmes au pont levis Entre le dongon et la court. Ou oncques plus beau lieu ne vis. 68 II y a rivière qui court Aux fossez portant nuit et jour Pierres précieuses eslitez, Et lec au bois tout a l'entour 72 Croissent rosez et margueritez. 10 D'un des coustez de la rivière Droitcment dont le soleil part Et ou tout le jour il esclere 76 A voit ung grant bois moût gail- [lait Ou la croist le romarin vart; Nous y cuidasmes esgarer. Car droit cheminions celle pan, 80 Et nous devions ailleurs tirer. 11 Aprèz, montasmes es grans salles De ce palais moult spacieulx : Il y avoit tapis de parles 84 Broudez de rubis precieulx. Puis, pour hault bien delicieulx, Estoient escripz a grant largesse Virlais et rondeaux gracieux 38 B Compassé — 40 C dirai ge — 44 B homme — 45 B ce — 46 fi es plours — 49 C blances leures — 50 C trestout amorti — 51 C eu manqua — S2 C palle et cndurcy — 55 B ce — 54 B Aussy blanc, C noir — 35 C de lors 58 C ou il entroit — 59 C ne — 60 B quil, C que — 62 C la — 64 C puisse - 65 B uenismes, C uismes — 68 C Car il y a — 69 ^ Les fossez portent - 7 1 B Illec, C Et lez — 72 C Croissoient — 74 B le manque — 75 /^ El manque — 77 B la manque — 79 BC ceste — 80 B ailleurs aller. Caler tuer 85 BCOuil auoit — 8$ C haulz biens — 87 B Virelaiz rondeaux gracieux, C Uireiay et rondeaux ioieulx. I. Car ilz pcucnt porter a toute heure Pourpoint vert et la bote fauve. (^Amant rendu coriielier^ v. 491.) K Des fais d'amours et de noblesse. 1 11 y avoit grant bruit de gens Qu'onoyoit pourmenctci braire, Mais nous fumes %y dilllgcns 2 Qu'emrasmes jusques au pietoirc Ou vitmts tenir l'auditoire Par Amours et se» conseîlliers : Sages esioieat, comme on peut 6 Pour jugivr procéz a milliers. 3 Aussy tost ^ue le président Fut levé, le povre amoureulx A SCS pïez vint les bras tendant 0 Soy getter comme langoureulx. Criant : n Sire, ce malleureulx « Plaise vous de faire guérir " Et ouïr son grief douloureulx, 4 " Ou il est taillé de rçourir. » ( Le président le regarda Et print sa supplication. Ce fait, aprùi lui demanda * S'il avoit information Ou quelque vraye presumption Contre Mallebouche et Dangier. Sur l'abus et exlortion i De quoy il les vouloit chargier. 1 o Hj, monseigneur, quant vous Dist il. Jen [très 38r 6 .. Que j'ay cause de doleance, B Car Ht ont dcfTaii l'aliance <> Q^e j'amoie sur tout chiere- M El encor usent de vengeance, 3 n Par quoy me fault asseure- B Quant le président l'eut o_v Il lui dist par un doulx parler : B .\my, ne'soi^ esbahy, i ■ Vous vous en pouez bien aller. « Demain je feray appeller Il Voz partiez sellon mon office i oulce, joyeuse et advenante, « Pour cest amant desconforté « Digne d'un peuple gouverner « Segret, loial, de bon affaire, « Par sa grant manière prudente 156 Et en grâce d'icelle mis 236 <( Dont l'ont privé honteusement, Ï91 C coupable — 192 Cprouision — 193 C le triste — 195 5 le — 196 C I>c celle enqui fait malle bouche — 197 ^ qui fait, C manque — 198 C ait — ao2 A uenir ne aler, C aller ne uenir — 205 B Plus nen, C Plus ny — 106 C Ne se y uoir — 207 B Ains se uault mieulx tost reculer, C Ains uault 0"^u Ixsoy — 208 5 Tire toy — 212 ^ on y regarde — 213^ ceste absiradc, ^ c^ate estrade, C teste absurde — 21$ B a manque y C sa uie en uie — 218 ^ at>mas, Ç griefz et privation — 222 C Ce amant — 233 B Et oultre — 235 9mtaigloH, IX, 138) : Mais en femme qui va pleurant, Gare derrière, Moreau rue ! 384 A, PIAGET • i Quant les gens d'Amours eu- [rent fait Et plaidé a voile singlant, Le povre amant devint défait Comme la fcuulle e ibC .460 S Auini quon. C Amant quon en uausist bailles — 461 B Garde > vioieni — 46) C Mais lui ne — 46; S follets, C sotielletes ^ 466 C Rcm- *^l>-« — 467 C qui ont — 468 C Dont ncn — 472 B doit on — 47} C cassez - 474 BC qui bien a coup ny pouruoira — 479 C on en — 481 fl de sa — -*Sa C le droit — 485 B soit a feste, C soit a fesie ou a — 489 A racnestreli ~ 490 C qui ne la louent ne commencetit — 491 C De quel estât ou pouoir *4uîli — 49J B que a dancer, C que a la dance ne se aiuisent — 495 C nul* PÏUS ne sabuseiit — 496 B le, C uray — 499 C Requiers que il crie — 502 *^ Telle que baiUieroQUOudra — 504 B y aduiscra — 506 C a raulle — S"? ^^ deitiy deffait — 508 B Et palle comme. 390 A. PIAGET Et Dieu scet en quelz piteux ter- A le rcvanchîer s'apresta, [mes ! Et en grant signe d*amitié Brief, l'en veiz, sans faire sem- 516 Le hucha et reconforta. [blant, Qu'il dist, ne sçay , mais rennorta 5 T2 Plourer des yeulx a chauldesler- QjjMI ne se print a esbahir, [mes. Puis vaillanment son fait porta 65 Après son advocat Pitié ^20 Comme cy aprèz pourrez ouyr, LxL replicqne de V amant faicîe par Pitié son advocat, ainsi quil s\ensuit (a) ; 66 « Or, messeigneurs, pour ma re- « Ou font mal jusques a langueur, [plique « Mal euvrent ceulx qui les asser- « Et fonder mon intencion, [vent « Vous savez, par la Pragmatique 556 «Et leur tiennent sy grant ri- 524 « D'Amours qu'en toute élection, [gueur. « A cours sans intcrrupcion, «« r\ * * ^ - • -^ 1 ^ ^ 68 « Or ccst amant pour qui je parle « Amans sont a favoriser. , g; ^ ^^ nominacion « Ne s'il n y a grant presumption ,, D'Amours et grâce especialle $28 « On ne les doit point despriser. , c j \ ^ c ^••^ ' r r 5.^0 « Fondée sur la perfection 67 « Sont ceulx qui ont bien haut C si! ne prcscrueni — 324 /^ Ou seroicnt mats, C II seront mal iusqucs en )3) C afferment — 556 HC Ou leur - 557 C ce amant — 538 A eue, (l Sans nomination d'Amours - 539 (- ne - $42 A moult manque - 5 p, (.' Ainssv dont par priuation - - 544 H doit manque — 546 B sa grâce — 547 li ains tout son, C Ains toute son intente pure — 548 C Cest. LA BELLE DAME SA^S MERCI 391 « Qu'on lui veuille son droit « Encores tant n*en chaulsist pas, [garder « Mais nennin, tousjours gracieux « Comme au plus estrange d*Al* 572 « Faisant par jeu en ung repas [maingne. « Autant de saulx, de tours, de « Justice y doit bien regarder. [pas 552 a Je le dy, affin qu'en souvien- « Qu'on eust voullu, sans mal [gne. [aucun. 70 « U a servi et devoir fait , " !'°° "e/»"}»!'- «^ vouloit pas. « En ce que possible a esté, ^76 « R.en n avo.t qu. ne fust com- a Sans aux dames avoir meffait, [mun. $$6 «Ainss'y est tousjours bien porté. 73 « Mais par autre moien grevé « Par quoy, de l'avoir débouté « A esté bien évidemment, « Et remis a son pain querant, « Car en sa vie ne fut trouvé « Je dy que c'est mal exploitté 580 « En une faute seullement. 560 « Et qu'il y a grief apparant. ' « Ceulx qui ont fait le partement mM n \^ 1 ♦ * •* » -1 « Si le venoient mesmes quérir, 71 « Oultrageulx nestoit norguil- ^, . , , , , . , , r, « Mais le bond lui ont lourde- • ^ * fment a Ainçois, pourachascuneplaire, ^ r. ..,. . .. .^" c» .X u CI 584 « Baillé, dont il ne peut guenr'. a S est réputé humble en tous ' ^ * r 0 [lieux. 74 « S'il eust fait cas d'estre hay 564 « En voulant a toutes complaire « Ou que l'en l'eust voullu re- « Son cuer estoit sy débonnaire [prendre, « Qu'on ne l'en eust peu retenir. « ^i falloit il qu'il fut oy, « Et ainsi doncques, pour bien 588 « Mais l'en ne vouloit pas l'atcn- [ faire t^re ; 568 « On a eu tort de le bannir. ' « ^^"^ souffissoit de lui deflfendre « En effect I aler et venir. 72 « S'il eust esté presumptïeux « Ainssy, a bien le cas entendre, SSZA afin quil — SS4 B lui a — 555 BC vers les dames — 560 C Et que il a — 562 A complaire, BC chascun complaire — 566 C quon ne leust eu peu — 567 C Et aussy — 570 C lessaussisse pas — 571 ^ Mais ne mal — 572 B Passant ung iour a ung repas, C Faisant par ung ieu — 573 Bel de pas, C de faux tours et de pas — 574 C sans viatique — 577 C par auant — 578 C entièrement — 581 BC département — 582 ^ Silz, C Le verroient mesmes guérir — 585 C Se ores eut — 588 fi Mais on ne le veult pas en- tendre, C len ne le uoulloit pas entendre. — 589 fisouffiroit, C de le. I. Doux yeux qui donnent et retiennent Et sy baillent bont et volée. (^Amattt rendu cordeliefy v. 15 u.) 3^2 A. PIAGET 592 « Cela ne se peut soustenir. « N*autres qu^eux les peuent de- 75 « Siques doncques sa doleancc iP^rti''» « A esté bien justement prinse, ^ 16 « Et pour ce fault quilz en rcs- _ . ^ ,, - ^ pondent. « Car refus y a d alegeance. 596 « Grief devant grief aprèz l'em- 78 « Point ne seront hors de procèz, [prinse, « Car je dy, soubz correction, « Abus, desdaing et entreprinse, « Qu'ilz ont commis trop grans « Tournant a trop grant preju- (excéz, [dice. 620 (c Abus, fraude, déception, « Sy chiet bien doncques que re- « Dol, mehaing, machination, [prinse « Et sy grant cas gu'on porroit 600 « Et corrigée soit par justice. [dire. _« ^ . . . « Par quoy faut la puimition 76 « Or vous voies que neantmoins . 01 1. -^ »# Il i_ I 024 « Sur eulx et non autres eshre. « Dangier et aussy Mallebouche « Sy n'en font compte ne plus ne Î9 « Et se ce lieu doresnavant [moins « Avoit qu'on en demourast quit- 604 « Que s'eussent tué une mouche. [te, « Ainçois en plaidant par reprou- « Mieulx vaudroit renoncer avant [che 628 « A toute amoureuse poursuyte ; « Ont blasmé l'amant en partie, « Car quant l'en l'aroit bien con- « Et puisaffin qu'on ne leur tou- ^^^ ^^^ f^j^ ^^ cavalier « Ains, tousjours mal interpre- ^^ q^^^^ ^.ji ^y ^^^^^^ ^^ maison, [tant, j^ £j jç gjj langue estinceller 700 « A dit que l'amant amuser ^^8 « Telle fois qu'il n'en est saison. « Vouloit Amours et abuser « Soubz umbre de belles cou- ^2 « Ne quant a moy ne puis enten- [leurs, ^ [^ « Combien que de telz tours user <^ Qu'en la d'Amours noble mai- 704 « N'ait acoustumé cy n'ailleurs. [son, ^^ ^ , , « Ou l'en vient pour honneur ap- 89 « Ce n est pas abus de se plain- r ._ [dre [prendre, 684 B douleur efiace — 686 B Dommaige sera — 688 B Ne pourroit on trouuer enuer dame — 87 C manque — 695 5 Que sil auoit tous biens — 88 C manque — 707 A dautres, C Mais pour ung penser douleur faindre — 710 C entreblesser — 71 1 5 diuision — 714 BC la moiitie — 715 C en partie — 717 BC II n'y a cueur — 718 B De lui faire, C De le uoir — 719 B de tous points — 720 B Ne na que — 723 B A ce droit il a, C Et a ce droit — 724 C qua droit — 726 C Les gens — 728 C qui — 730 A Qpant, B Que en Admours la, C Que en la damours — 731 C pour le bien. LA BELLE DAME SANS MERCI 395 732 « La Justice et dame Raison « Seufirent user de desraison « Et faire a leur veue tel outrai- 756 [ge. t Qui en abatroit la cloison, 736 « Pas n*y avroit trop grant dom- [maige. 74^ 9^ 93 « Elle ne sert que de mesdire « Et blasmer a tort et travers, « L'un defiaire, Tautre destruire, y^o « Par son faux langaige pervers, a De verte dire le revers «c Et Dieu scet quelz paroUes [drues, «c Autant lui sont bons et divers. ^5^ Elle a toutes ses hontes bues. 760 96 75 Aprèz dient qu*ont servi tous [deux Bien Amours de cuer et de [corps, Or, de vray, se ne fussent eulx Et leurs grans assaulx et effors, 7^^ Il V a cent mile amoureux mors Qui fussent ancores sur terre, gy Et les devroit l'en bouter hors, Car ilz font a tous trop grant guerre. Aprèz dient qu'ilz ne sont te- [nus 772 Riens faire pour dons ne prie- [rcs : « Bien moustrent dont ilz sont [venus a Et qu*ilz sont nourriz en ja- [chieres. « Las ! de laissier n'eust cousté [guieres « Cest amant parler a sa dame, « Mais pour bien estranges ma- [nieres « Hz Ten ont privé comme infa- [me. « Pour bien mal ilz lui ont rendu, « Puis encores pour Tassonner « Ont soubz ung langaige perdu « Dit qu'on ne devoit point don- [ner « Les biens d'Amours pour gar- [çonner, « En quoy faillent ou trop s'a- [vancent. « Car oncques si n'y volt pener « Ne ne pensoit la ou ilz pen- [sent. « Fait estoit a la bonne foy « Ne n'y aloit que la plaine en- ivre, « Sans mal songier, comme je [croy, « L'expérience bien le preuve. « Car en son fait faulte on ne [trcuve. qu qa B 76. lacr ct^ C B et noble Raison — 734 A a leur ung, C a leur uenue — 735 ^ Las Las qui en bateroit la, C cloison manque — 736 BC 11 n'y aroit pas — 741 C Et de uerite — 742 C quelles — 74} B Autant lui font bons ^apftrs — 745 C Aprez Dieu — 747 B Et de — 748 B Ou leurs — 749 amans — 752 C trop manque — 754 C pour Dieu — 756 C en tachiercs Ledelaissier — 758 C Ce amant — 759 /?C par — 760 C Hz en ont ilz manque^ B mal on lui a, C Pour bien mal lui ont — 762 A pour cr, B pour lestonner, C assonner manque — 763 /^ Ont dessoubz ung « perdu — 767 B il ny voult pencer, C ne sy vault — 769 B a bonne, itsestoit — 770 C qua la — 773 BC Las en son fait. 396 A. PIAGET « En lui tout honneur si habon- « Et n'est qu'ung superflu lan- [de, [gaigc, a Et si veez qu*on le repreuve « Car seul Amours par prccmî- 776 « Comme le plus mauvais du [nencc [monde. 796 « Ce droit se tient en appanaîge. ûft u , • j- .1 1 1 • . « Dames ne sont point en scr- 98 « Halnennm, dientilz.ilseplamt ^ r ._ I vaigc, a Trop a cop et de saine teste. . . 1. r u^ i-u..— a - V. . , « Ams ont huy franche liberté « Or bien lustement s en com- _^ r . 1 .-:— . ' « Pour en faire a leur avanuige ,- . „ r , j ^*"^' 800 a Ce qui vient a leur voulenié. 780 « Veu qu on 1 a forciez de reques- ^ [te 101 « Ne n*y a Dangier que congnois- « Sans Toïr ne sans faire enques- \S^% [te. « Ne n'y peut riens nuyre ou ai- « Ainssy cause a de s'escrier, [dicr ; « Car puis qu'on le bat ou tem- « De Totroy ou reflfuz n'est mais- [peste \xx^. 784 « Au moins ne peut il que crier. 804 « Bien a la cherge de guider -Mi T-k • j- »i -1 . ■ L'ueil des dames et regarder 99 « Dangier dit qu il a pnvilaige c,»m u • _, ^ . %. «Silsoubzntungpoytropavanl, « D accepter ou de reffuser, ,, . , ?/ , ._ ^, . *, * , « Mais autre droit y demander « Mais c est contre tout bon « « vt» . 1 808 « N y peut ne passer plus avant. [usaige, ^ ^ i— r 788 « N'en ma vie je n'en vis user. 102 « Encor se en cela excède « Aussy pourroit en ce abuser « P^^r dons ou par corruption, « Des biens d'Amours trop large- « Amours, a qui pour le remède [ment, 812 « Appartient lacorreaion, « Ne plus ne faudroit s'amuser, « En P^ut faire pugnition, 792 9 li Encores, C Encore — 81 1 C la remède — 816 B Tous les iours . 398 A. PIAGET • 109 «"« "» >«»"'"» [nebreuses, „„ ^ . [propos I j. J...1 _!.:_. j':~ 884 « Et se prent le cuer a frémir. « Langueur de deul plaine d im- ^ ., , . , [pacience, " ^ sommeil se fait de gemir rr> ' /• ce Et la sueur de grosses lermes. « Tourment sans fin et pâmes sy „^ . 5»^/»-%.» icmuc^, [crueuses " convient trembler et tre- 872 « Que s'une fine, Tautre com- . t™'^ r^«^^« 000 « Au réveil qui sont bien durs [mence. ^ [termes. 110 « Ne l'en ne scet s'est nuit ou [jour, ^^^ " Or pensez tant que la nuit dure « S'il fait beau temps, pleut ou « Q-u'en a beau loisir de tourner [dégoûte; " ^^ 9"^ ^^ draps et couvenure « Autant est mynuyt que my ^9^ « ^' «'0°^ g^rde de séjourner. [jour, " Teste et pies verriez démener, 876 « Ne plus Fung que l'autre ne « Claquer dens, tenser a son [couste, [ombre «. « L'en court, l'en affuit, l'en es- « Resver, crier et jargonner, [coûte, ^9^ ^ ^^ ^'^^ seuffre du mal sans « Adès l'en a froit, adès chault, [nombre. « L'en a des yeulx mais ne voient 413 „ Ceulx qui ont tel mousche en feo"î<^» [roreUle 868 C Raigc tranchant joicz très douloureuses — 87 1 C Comment sans fin et paines sy crcmeusez — 872 B recommence, C Que se lune fine lautre sy recommence (Z^i vfrs 86^ à 8yi sont dêcasylliihiques) — 883 B Si ccst, C Ne ncn ne scct cest — 877 B reffuit, C reffait Icn racompte — 878 C Adcs on estoit et ades — r 879 B bcaulx yeulx, C mais len ne uoit — 880 B boire men- gier iieii — 882 H a miiitque^ C On se met au lit — 885 C le fait de ganir — 888 C trouves — 889 C pensscr — 890 A Len a, B On a, C de toumoir — 891 A ou — 892 C sesiouir — 893 /? uerrez — 894 B Cliquer, C Saquier dans tenter — 896 C de — 897 B tel puce, C Ceulx qui tes mousches. I . A mon umbre allove conibatant. CAvuiut rendu cordelier^ v. 645.) Ilec de froit claquer des dens. Çrestament de V amant trespassè de deuil y Arsenal 3523, p. 554.) LA BELLE DAME SANS MERCI 399 « Sy ont bon mestîer de confort, 115 « Las I sont bien fièvres ennuieu. « Ne ne ùlui point qu'on les [ses, • [esveilie, « Plaines de deul et desplaisance. 900 flc Car ilz ne dorment pas trop « Aucuns si les tiennent joieuses [fort. 916 « Qui n*enont veu Texperiance. « Et, brief, leur plus grant res- « L'entrée d'elles vient de plai- [confort [sancc « De celle fièvre traversai ne ' « Et est aussi douce que soie. « Si est de souhaitier la mort « Mais l'issue fine en penitance 904 « Pour estre délivré de paine. 920 « Nul ne le scet qui ne l'essaie . 114 « Au mal n'a secours qui convei- 116 « Maintenant respondre me faut [gne « Ad ce qu'ont dit les gens d'A- « Sy non pourmener et veiller [mours, « Faire des chasteaux en Espai- « Et me semble qu'ilz ont bien [gne * [hault 908 « Potz de romarin res veiller J, 924 « Eslevé leur timbre et clamours, a Fantasier et traveiller, « En disant que servi tousjours « Tellement qu'on songe la belle, « Ont bien Malebouche et Dan- a Puis lors baiser son oreiller [gi^r, 912 « Et racoler pour l'amour d'elle. « Gu: la verte, est au rebours, 899 C que len — 900 C Qpe len ne dort pas sy tresfort — 902 B A ceste, C A este fieure trouuer saine — 903 C Cest de souhaitier sa — 905 C qui uiengne — 906 C ualler — 907 C de — 908 B eueiller, C romarin esplucier — 91 1 5 baisiez — 91^ A fieure, B Ce sont fieures bien ennuyeuses, C Helas ce sont fîeures enuyeuses — 9i4Cetde — 915 Ctroeuuent — 916 C QjLii nont point ueu — 917 B déliée, C délie — 918 BC es manque — 924 B leur teune, C thieume — 927 5 Car manqtu. 1. Car de la viennent les assés De double fièvre traversaine. (^Amant rendu cordelier, v. 700.) 2. Et tençoye a mon orillier Et faisoye chasteaulx en Espaigne. (^Amant rendu cordelier^ v. 822.) Je laisse aux vivans d'amourctcs Qui marchent dessus espinetes Faire des chasteaulx en Espaigne. (Testament de V amant trespasse de deuils p. 538.) 3. Tabourins, herpès, menestriers Pour esveiller les esglantiers. (Amant rendu cor délier^ v. 749.) 460 A. PtAGÈt 928 « Qui Tozeroit dire et jugier. 948 « Q.u'ilz ont auctorité et port MMm rx t 1 L- . • « D*user de refFuz ou confort, 117 « Des bons le bien tousiours se ^ ... r 6 C qui uerront — 960 C Qui est — 964 B lu trop — 966 B droit et raison — 967 Tel abus de souffrir — 969 B les manque. LA BELLE DAME SANS MERCI 4OI « Quant ilz ont eu paine et tra- « Ce dient ilz, qui l'amant char- [vaulx [ge. 972 « Et fait leur devoir bonnement, « Or en lui n'a presumpcion « Les chartiers les choient dou- 99^ « De mauvaisté ne d'autre char- [cement, [ge. « Sans les molester ne frapper, « Honneur tout du long l'en des- « Et puis, pour leur soulaige- [charge. [ment, « Elle est faite par gens testus, 976 « Si les font couchier et soupper. « Suspectz, plains de mauvaiz 123 « Mais quant aux povres amou- ^ , . ' Freulx ^^^^^ " ^^^y "^ ^^"*^ P^^ ^^^^^ «Qui ont emploie cuer et corps [lestuz. « Pour estre es biens d'Amours 426 « Or ilz parlent du chappellet [eureulx „ £^ ^^ voulant tort mespriser, 980 « Et avoir des dons et deppors „ ^jj^ns ^^^ le j^.^, ^^^ ^^^j^ « L'en les boutera doncques hors, n^^ a Pour mieulx les achever de ^^^ ^ d^j^ j^ dance est a despriser. [pamdre, ^^ L'en la peut blâmer ou priser, « Puis encores, quant seront « L'amant n'y contredit n'accep- [mors, |-^e . 984 « L'en ne s'en osera point plain- „ S'aucuns y veulent mal user! [dre. jqq3 ^^ ^*q^ prengnent a ceuU qui 124 « Ainsy ilz seront de plus pire [l*o°t faicte. « Qjie bestes de condicion j «« /^ u* ^a .. » 7r ,. , 127 « Combien qu avant quoncques « Car en heu de repos martire, rf t la tout pasnie courroucic, C et couce — 1533 C Les soupirs — 1334 /K'ii 'oultre, C pcrsoit tout en oultre — 155) C Et eut mauuais — X536C C Tant quil — 1337 5 fut la, C fut laniant cbaiiny — 1342 C Froit cstre — 1343 BYa brief conuint desserrez, C Et lui faillit — n44 RC de couteaux — 169 B mauquc — 1 345 C tant ituuquc - i > 17 C Lcn — 13$! C Xe a grant paine dire ic lose — 1352 C Cjxx ianiais on ne le croira — 1556 fî Sont les biens damours tous ytculx, C Hc luanquc — i3 5rte « une confirmation indirecte maisquiest peut-être considérable, d Cette confirmation, c'est la comparaison, surlaquelle nous reviendrons, de la langue des Arrfts d'Amours et de V Amant remiu cordelier. Comme Lenglet-Dufresnoy, M. de Montaiglon trouve probable que ÏAmani remiu forddier a été composé par Martial d'Au- vergne avant les Arrêts- « Le vers était, au xv* siècle, plus honoré et plus littéraire que la prose, et l'auteur, en possession de son idée-mère a très bien pu commencer, pour voir comment il l'exprimerait, par écrire en vers un de ses chapitres futurs. Il aurait ensuite reculé, non devant la difficulté, maïs devant le temps; la chose, étant bien venue, exigeait parli même que les autres chapitres fussent traités dans la même proportion. La prose était à la fois plus courte, plus facilement, surtout plus rapidement maniable et, comme résultat, plus accessible peut- être au public; l'exemple des Quiii;;^ Joyes a du être pour quelque chose dans le parti qu'il a pris. Mais comment ne pas tenir compte de l'Amant rendu cordelkr et comment le sacrifier complètement? Il l'a repris, résumé et modifié... » Et M. de Montaiglon ajoute à tout cela « une raison nouvelle o, « c'est que les deux ouvrages ont été imprimés du vivant de Martial , d'Auvergne et que V Amant a été imprimé le premier, Comn Il des Arrlti d'Amours, Amsierd.im, ij}!, p. xxivJ tA BELLE DAUE SANS MERCI il est l'auteur incontestable des Arresli, ce serait aloi 419 lui qui 1 serait aurait volé {'Amant et en aurait pris l'idée-mcre; presque un copiste, et les imitateurs, quand ils sont sins, gâtent plutôt qu'ils ne créent. L'invention est la même dans les deux cas; l'esprit et le talent y sont égaux; il y a donc lieu de penser que les deux ouvrages sont de Martial d'Au- vergne ». Le point de vue de Lenglet-Dufresnoy, appuyé tt développé parM.dcMomaiglon, aétégénéralement adopté. M. W. Sôder- lijelni, qui connaît si bien la littérature du SV siècle et qui a le sens lîttérairt si aiguisé, estime que M. de Montaiglon aurait pu être plus catégorique. On peut prétendre sans hésita- tion, dit M. Soderjelm, que VA tuant rendu cordelier est de Martial d'Auvergne ; les concordances de langue et de style relevées par M. de Montaiglon entre le poème et les Arn'ts d'Amours dissipent les derniers doutes '. La démonstration faite par M. de Montaiglon et par M. Soderliielm paraissait convaincante à G- Paris", qui, dans son Meiiiaeml frctich Lilerature^, ne met pas en doute que {'Amant rendu cordelier ne soit de Maniai d'Auvergne, Le raisonnement de Lenglét-Dufresnoy, de Montaiglon et de M. Sôderhjelm, est sans doute très ingénieux, mais à coup sur bien peu solide. Constatons d'abord que les sept manuscrits de l'Amant rendu cordelUr sont tous anonymes et qu'aucune édition du xvi= siècle n'attribue ce poème à Martial d'Auveigne. Claude Fauchet, La Croix du Maine, Guillaume Colletet sont muets sur ce point. Le principal argument repose donc sur VArril îqcxvij'. Mar- tial d'Auvergne s'est approprié le sujet de \' Amant rendu corde- lUr, l'a remanié de fai^on à le faire entrer dans le cadre de son ouvmge, c'est-à-dire lui a donné la forme d'un compte rendu de procès et d'action en justice. On en a conclu que Martial d'Auvergne était l'auteur du poème puisqu'il était celuides.^rr^/î I. Anttchningar om Martial tTAiivii^nt och lniiii KârlthJi)""! Vf. SMcrhielm, Helsingfors, tSMg. î. Voir Romanùi, XVUI, p. s 12. ). LoDiion, 190), p. 145. 430 A. PIAGET ^Amours. S'il me plaisait de dire tout juste le contraire : que Martial étant l'auteur des Arrêts d'Anwurs ne peut être celui de l'Amant rendu cordelier dont il emprunte le sujet, je ne vois pas trop ce qu'on pourrait objecter. Est-il plus naturel de voir un auteur se copier lui-même, que de le voir emprunter une idie à un poème qu'il a lu et qu'il a trouvé piquant? M. de Mon- laiglon ne peut croire que Martial ait « volé VAmant s. Mais pourquoi pas ? Les auteurs du moyen âge, on l'a remarqué cent fois, prenaient leur bien où ils le trouvaient. On lit dans l'ou- vrage de Martial d'Auvergne un arrêt qui peut passer, en partie du moins, pour le résumé de la BtUe dame sans iiterei : Le XXV' Arresl. Un aiiiouretix, te Procureur d'Amours jaîncl ava luy, se complaittft des'amye, qtie combien qu'il Vayt longuement ser- vie, ce qu'elle avait bien congneu, néanmoins ne l'a votilu aymer. Irai-je en conclure que la Belle dame sans merci a pour auteur Maniai d'Auvergne ? Ce jeune procureur au Parlement avait lu le poème intitulé : La confession et testament de ramartl Ires- passé de deuil. Il en a tiré le XXXIV' Arrêt : Procès entre deux héritiers ayons droict d'un amant tressasse de deuil a cause de la mort de s'amye, et ta mort d'autre [>arl, en cas if excès. Ne serait-il pas abusif de dire, que Martial d Auvergne est l'auteur de la Confession et testament de l'amant trespassé de dueit ? La comparaison de la langue des Arr/ls d'Amours .avec celle de r Amant rendu cordelier fournit-elle un argument décisifi Appone-t-elle, comme le croyait M. de Moni.iiglon, comme croit M. Soderhjelm, une a confirmation considérable " à l'I potliêse de La Monnoye et de Leiiglet-Dufresnoy ? On s'état de trouver dans l'un et l'autre ouvrage les mêmes expressions et les mêmes locutions. Mais n'est-il pas naturel que Martial d'Auvergne, qui écrivait un ouvrage galant, et qui connaissait fort bien la littérature amoureuse du temps de sa jeunesse, ait adopté certaines expressions et certaines formules en usage dans la poésie dont il s'inspirait, dont il se moquait agréablement ? N'e-st-il pas naturel que résumant 1' Amant rendu cordeliery il en ait reproduit le langage amoureux? Toutes les expressions d'ailleurs que M. de Moniaiglon reproduit comme des mi singuliers et curieux, comme des locutions « aussi rares spirituelles .., telles que regarder m bault les gouttières, leirr les avoines, se vestir de dttcH, un cceur empris ta chemise, au clmpelet, pourpoint ivrt et hottes fauves, vartet diuuncberet, «c. celle fessions es moi^^ ires q4^H ,&oui^M ',dan^ Tfl. etc. " LA BELLE DAME S.1NS MERCI 42 1 soni courantes dans les œuvres d'un certain groupe de poètes nmoureux et gibnts du milieu du xv' siècle. M. de Moniaiglon les a vainement cherchées chez Crétin, Molinet, Gringore, Jean le Maire. Je le crois volontiers. S'il avait lu les poèmes auxquels se rattache VAwartl rendu cordelter, il les aurai: toutes retrouvées. Pour compléter la démonstration, il eût été nécessaire de comparer la langue de V'Ainant rendu cordditr avec celle des ouvrages en vers de Martial d'Auvergne, les VigilUs de Charles VII et les Offices de la Vierge. Des sujets si différents demandaient peut-être des vocabulaires spéciaux. Je l'accorde, encore qu'il y ait dans les VigiUes des parties consacrées à l'éloge de l'amour et de la vie amoureuse. Non seulement le vocabulaire n'est pas le même, mais la phrase, mais la façon de dire et de penser ne sont pas les mêmes. On dira peut-être qu'entre temps Maniai d'Auvergne, guéri d'un accès de fièvre chaude, s'était converti, que l'Amant rendu cordelter est une œuvre de jeunesse, tandis que les VigiUes de Charles VII tl les Offices de la Vierge sont des œuvres graves d'un grave procu- reur. Ici, j'en appelle i la biographie même de Martial et à la chronologie de ses œuvres. Né vers 1430 ', Martial d'Auvei^ne, encore 11 escalier u ou peut-être- déjà procureur au Parlement, composa la joyeuse série des Arrêts d'Anwurs, comme quelques années plus tard, un autre basochien, le jeune Guillaume Coquillart, candidat au grade de licencié en droit canon, futur chanoine de Reims, écrira les Droits nouveaux. Le 24 juin 1466, Martial eut l'infor- tune de perdre « son bon entendement " et de se jeter par la fenêtre de sa chambre dans la rue. Il se cassa une jambe et fut en danger de mort. Revenu à la raison et à la santé, mais pro- fondément impressionné, Martial désavoua les « livres d'amours 1. Dans le lome I« des PoèUs fratifais de Crépet, paru en 1887, M. de MoBtaiglon plji;a« la naiswflce de Maniai d'Auvergne en 1410; dans la pré- face de l'cMUioii de l'Jmanf raulu corâtUir, qui porte la date de 1881, mais qui ne fut publiée qu'en 188B, le savant éditeur fait naître Martial « vers ou avant 1440 ». La date de i4;o concorde mieux avec ce que nous savons de ce poitc, nommé procureur en Parlement vers 1458, jeune encore en 1466, commençant A » décliner a eti 148}, mort " scnio confectus u le 13 mai IS08. 422 A. PIAGET et de vanité » qu'il avait composés dans sa jeunesse et renonça à toute frivolité mondaine. Il écrivit encore, mais des ouvrages sérieux. Son premier ouvrage en vers, il nous l'apprend lui- même, est le poème des Vigilles de Charles VII : O vous, Messeigneurs, qui verrez Ces Vigilles et les lirez, Ne prenez pas garde a l'acteur, Car grans faultes y trouverez ; Mais, s'il vous plaist, l'excuserez, Veu qu'il est ung nouvel faaeur. De quand date cet ouvrage ? On lit au fol 72 v° du manu- scrit de la Bibl. nat. fr. 5054 une allusion au défunt évêquc de Paris, Guillaume Chartier, mort en 1472. D'autre part, le fol. 263 renferme une miniature représentant Martial d'Au- vergne offrant à genoux son œuvre à Charles VIII, avec l'expli- cit suivant : « Expliciunt les Vigilles de la mort du feu roy Charles septiesme, a neuf pseaulmes et a neuf leçons, achevées a Challiau près Paris, la Vigille Saint Michel mil quatre cens quatre vingtz quatre. Excusez l'acteur qui est nouveau. Martial de Paris. » Cette date de 1484 est probablement celle, non de l'achèvement des VigilleSy mais de la mise au point dernière après la mort de Louis XI et de la confection du beau manu- scrit 5054 qui fut offert à Charles VHP. En 1484, *en eflPet, Martial d'Auvergne n'était plus « un nouvel facteur ». Une année au moins avant cette date, il avait terminé les Offices de la FiergCy œuvre qui fut écrite du vivant de Louis XL Martial y invoque la Sainte Vierge pour « l'excellent roy Loys » : Oultre, pour nostre excellent roy, Loys, très vaillant roy de France, Et trcstous ceulx de son arrov, Vous plaise guarder de grevance Et luy donner cuer et puissance D'avoir tousjours victoire bonne, Et a ceulx de son alliance QjLii ont bon zel a la couronne ^ * 1. Le ms. $05 du Musée Condca le même cxplicit et la même date. 2. Tout ce passage a été remanié dans les éditions qui ont remplacé Louis XI par Qiarles VIIL LA BELLE DAME SASS MERCI 423 Les Ofjices de la Vierge sont donc antérieurs au 30 août 1483, ils ne doivent pas l'être de beaucoup. Martial nous y apprend en effet qu'il commence à « décliner u : Tant plus l'en vit et tant plus l'en veult vivre, Mail c'est le fort Ji: bonnu fin ensuy\Te. ■ Je deviens vieuk et me vov décliner, Sicquc ne puis le temps passi poursuyvre, Ne lez vertus des devansiers consuyvre. 11 faull mourir et une folz liner. Où placer dans l'œuvre de Martial d'Auvergne \' Amant rendu corâtUei} Le poème csi-il une œuvre de jeunesse, écrite vers 145 s ou 1460? Mais alors le dernier vers des Vigilles où Martial se traite de « nouvel facteur •> et où il réclame l'indulgence du public, devient incompréhensible, VAtiiant rendu corddier témoigne de plus de talent et d'expérience poétique que les Vigilles de Otaries VU dont le style est prosaïque, la versifica- tion pénible et qui semblent bien être un début dans la poésie '. Si nous plaçons V Amant rendu cordelier après les Vigilles, c'est-à- dire vers 1485, nous tombons dans d'autresdifficultés encore plus inextricables. Nous faisons de ce petit poème galant une oeuvre de la vieillesse de Martial d'Auvergne, ce qui est une impossi- bilité. A partir de son accident du 24 juin 1466, Martial ne composa plus de " livres d'amours et de vanité n. Or VAniant rendu cordelier ne peut pas précisément passer pour un ouvrage d'édification. Ce poème d'ailleurs, considéré en lui-même, ne peut être ramené à une date aussi récente que 148;. Il faudrait le placer plutôt vers 1440. Claude Fauchet qui possédait un exemplaire de Y Amant rendu cordelier, avait écrit dans son volume la petite note suivante : « Ce livre sent le style du règne des rois Charles VI et VII que l'on portoit chaperons et cornettes. L'au- teur m'est inconnu '. n Claude Fauchet n'avait pas tort. I. On voit, pur exemple, i^ue Maniai d'Auver^e a admis, dans plusieurs cas, l'hiatus de \'t Rnal des polysyllabes devant un mot commençant par une v^oydle (Romanio, XXVII, p. 600), On ne trouve rien de semblable dans ^'^manl rtnJii (onldier. I. Biblialltiqius fran(oisfs de t.j Croix du Maine et Du Verdicr, Ëdit. R^o- ley de Juvî^ny, I. 111, p. 188. 424 A, PIAGET On trouve ['Amant rendu cordelUr mentionné dans la Cottf^ son et h testament de l'amant trespassé de dueil. Ce poème, assez curieux et non sans intérêl, nous a élà 0 serve parcinq manuscrits: Arsenal i$2}ei Reg.Vat. lî^j^iy: 1723, 1728. Il sort du petit cercle littéraire dont Pierre de K teville, le Prince d'Amours de la Cour amoureuse, était l'ame" J'ai cru pouvoir rattacher A ce groupe le Parlement tTAmoiiTs de Baudet Herenc, la Dame ïeafe, la Crw/Zc/m/nw d'Achille Caulicr; c'est, sauf erreur, au même milieu que se rattachent le Jugement du poire triste amant hanny et \' Amant rendu cordeîier. On pourrait même croire que Pierre de Hauteville lui-même est l'auteur du Testament de ramant irespassé àe deuil. Du moins on trouve entre ce poème et le testament réel du Prince d'Amours une analogie qui n'est certainement pas accidentelle. Pierre de Hauteville avait légué à ses confrères de la Verde priori de Tournai quatre livres tournois, pour une fois, « par condi- tion que, au jour qu'il?, tes auront receues ou les voiront rece- voir, ou au plus long dedcns .vu, jours après, ils feront dire, par eulxgens d'église ou par autres, une messe de Requiem pour l'amc de moi, a diaque et soudiaque, a l'heure de huit heures et non plus matin. Et seront tous les confrcrei tenus de y estre et offrir a l'offrande, s'ils sont en santé et en ladite ville. Et aussi chacun ara d'icculx confrères sur la teste ou entour le col un gracieux chapelet de pervenches ou d'autre telle verdure et florettes qu'il lui plaira; et puis yront disner ensemble en recrca- lion et boire ycellcs quatre livres dessusdites ' . » Pierre de Hau- teville avait légué de même soixante sols à ses compagnons du Cbafxl vert de Tournai, à charge pour eux de faire dire messe et vigiles, et d'avoir pendant la cérémonie un chapelet vert sur la tète. La couleur verte qui, comme disait Charles d'Orléans, est la H livrée des amoureux », et spécialement les chapelets de per\'enches, jouaient, comme on voit, un rôle considérable dans les joyeuses compagnies dont Pierre de Hauteville ëtait membre. Dans le Testament de ramant trtspassé de deuil, on trouve la môme préoccupation de la couleur vene et du chapeau I. Voir un article de M. A. de la Grange, îniiiuliï Fiarrt lU Hnulnitlr r. us Ustamtntt. dans les Amaki dt TAatdhnii farch^olegit dt &Vf| l. XLVI(4»sirie, \. V]), .\nvers, 1890, p. »!■}). LA BELLE DAME SANS MERCI 425 de pervenche. L'amoureux ordonne « qu'on face en son enter- rement tout autrement que l'en a accoustumé » : Premier, vueil que ceulx qui seront Au convoy du corps si auront Dessus la teste ou sur leur manche, Lequel des deux mieulx ilz vouldront, A Taler et quant revendront, Chascun ung chapeau de pervenche. Après ceulx qui les deulz menront Ce jour de vert se vestiront Et avront chapeaulx a comète De beau velour noir qu*ilz mectront. Oultre vueil que ceulx qui porteront Le corps soient vestus de brunete. En lieu de feurre, on gectera De l'erbe vert et sèmera Devant nostre huis et en Teglise ; Pareillement l'en y tendra De rouge et de verd, qui en aura, Car ainsi l'ordonne et devise. Avant de mourir, l'amant, qui pense à tout, donne « la façon de ses armes » : L'escu sera de noir bastv Sur ung champ bleu tout amorti, Dedens lequel entre deux. M M. Y aura ung cuer my parti De dueil et de douleur sorti. Et le champ tout semé de lermes. Ces deux M représentent les initiales du nom de l'amant trespassé de dueil et de celui de sa dame. Pierre de Hauteville, comme son père, était « prince de la monnaie » de Tournai et était généralement appelé Pierre le Mannier. Sa maîtresse s'ap- pelait Jeanne Mouton : il en eut un bâtard qui fut prince du puy de Lille en 1449. Faut-il voir dans les initiales de Mannier et de Mouton l'origine des deux M de Técu de l'amant tres- passé de deuil ? Il est possible qu'il y ait Li une simple coïnci- dence, et je n'insiste pas. Quoi qu'il en soit, Pierre de Hauteville, en sa qualité de Prince d'Amour et de par les statuts mêmes de la société qu'il prési- 426 A. PIAGET dait, devait faire profession non seulement de galanterie amoa* reuse mais aussi de poésie '. Il eut à Paris même un certain lustre au moment de la vogue de la Cour amoureuse. Lorsque cette grande machine cessa de fonctionner, l'influence du Prince d'amour se localisa dans certains cercles littéraires du nord de la France ; c'est de là d'ailleurs, de Tournai même et des environs, que provenait la bonne moitié des membres de la G)ur amou- reuse. Où sont les poésies que Pierre de Hauteville a dû certai- nement composer pour la Cour amoureuse, pour la Verde Prioré ou pour le Chapel Vert ? Paraîtra-t-il excessif de lui attribuer, au moins jusqu'à plus ample informé, le Testament de ramant trespassé de deuil, qui serait ainsi antérieur à 1447, date de la mort de Pierre le Mannier ? L'auteur de ce poème, quel qu'il s'oit, connaissait VAmant rendu cordelier auquel il a fait plusieurs emprunts. Je ne veux pas publier ici, pour ne pas allonger, la série des « lais » faits par l'Amant avant de trépasser de deuil : en une trentaine de strophes, c*est un défilé de toutes les catégories possibles d'amou- reux : les amoureux « courcez et doloreux », les « ardans >», les « souffreteux », les a versbois », les transis, les amoureux de vil- lage, les « varletz dimancheretz » appelés ce danceretz », les» ves- tus courts' »,les doux et glorieux, les amoureux qui entrent « en fièvres tremblant », qui écoutent « lever les avaines », qui sont en quête de marjolaines, qui rient « atout par eux aux anges », qui (c marchent dessus espinetes », qui font des châteaux en Espagne, qui vont baiser « la cliqueté de l'huys de leur dame », 1 . Guillebert de Metz nous apprend que le Prince d'Amours « tenoit avec lui musiciens et galans qui toutes manières de chançons, balades, rondeaux, virelais, et autres dictiés amoureux, savoient faire et chanter. » Desctiptkm de Paris au AT* siècle, édit. Le Roux de Lincy, p. 85. 2. Martin Le Franc, dans le Champion des darnes^ fait allusion à cène caté- gorie d'amoureux : Vous soliez robes porter Jusques a b jambe demye, Ores les faictes escouner Sur les genouix, ne faictes mve ? En tant que, se le vent frcniyc. On pœut veoir vos petis draps. . . On voit que cette mode commençait ou plutôt recommençait à fleurir vers 1441. LA BELLE DAME SANS MERCI 427 qui portent un cœur « emprès la chemise » et « bote faulve », qui se ceignent d'une corde et couchent entre deux gouttières, qui « baillent Teaue des benoistiers », qui « mangent le cru- cefix », etc. La plupart des locutions singulières et curieuses de Y Autant rendu cordelier^ auxquelles M. de Montaiglon trouvait tant de saveur, se retrouvent dans le Testament de Pâmant très- passé de deuil. Ce curieux poème se termine par un Inventaire des biens demoureTi du decè^ de Vannant trespassé de deuil ' . L'idée est assez amusante, mais développée outre mesure. Le commissaire-pri- seur. Pitié, passe en revue tous les biens laissés par le défunt et parcourt toute la maison depuis la cave où Ton découvre deux tonneaux" vides, quatre « pompons » et une rave, six fromages, six muids de « vin de plat », deux de verjus et un de vinaigre rosat, jusqu'à la « chambre verte de plaisance » où se trouvent les meubles, les vêtements, les instruments de musique et les livres. Voici en quoi consistait la bibliothèque de l'Amant tré- passé de deuil : Item sur un faitiz pulpitre Estoit tendue sa librarie, Dont la couverture et le liltre Estoit fait d'or sans moquerie. La fut trouvé ung cartulat En françois rond sans quelque gloze, Le livre Lancelotdu Lac Et ung vielz Rommant de la Rose. Ung caier noté de leçons Ek basses dances nouveletes, Et ung autre plein de chançons De pastoureaux et bergeretes. Le Liire des joies et douleurs Du jeune amoureux sans soucy, La Belle dame sans merc\ Et aussi VOspital d'Amours, Passe temps Michault y estoit, L* Amoureux rendu cordelier^ Et d'autres livres ung millier Ou le defunct si s*esbatoit. I. Kellcr, Ronwart, p. 180-182, a publié le début de cet Im>entaire. 428 A. PIAGET Je ne sais quel est le Livre des joies et doulours du jeune anum- reux sans soucy. Les autres poèmes sont pour le moins anté- rieurs à 1441 : la Belle dame, sans nurci date de 1424 ; en 1440, Pierre Châtelain composait un Contre passe-temps Michault; en 1441, Martin Le Franc citait ï Hôpital d'amours. Il est probable, sinon certain, que Y Amant rendu cordelier date de la même époque. Arthur Piaget, {A suivre,) FRAGMENTS DE MANUSCRITS FRANÇAIS - FRAGMENT DE GARIN LU LORRAIN J'ai trouvé dans les papiers de Gaston Paris un feuillet pro- venant d'un manuscrit dépecé des Lorraim. L'écriture est de la fin du XIII' siècle. Il y a quarante vers ù la colonne, soit en tout cent soixante vers, j'ignore absolument d'où vient ce feuillet : tout ce que je sais c'est qu'il a servi de couverture à un registre de baptêmes, comme l'indique une note du xvil» siècle écrite sur la marge, mais dans quelle paroisse, je ne sau- rais dire. Cela n'a du reste aucune importance. Je le déposerai à la Bibliothèque nationale où on le fera entrer dans quelque recueil de mélanges. En attendant, je crois utile de le publier, et mtïme d'en donner un fac-similé partiel (le haut du recto). Peut-être existe-t-il quelque part d'autres morceaux du même livre : le fac-similé facilitera l'identification. Ces cent soixante vers correspondent aux vers 3221-3373 de Im Mort de Garin d'Edélesiand Du Méril (Paris, 1846, pp. 1 j r- 8). Je suis â peu près sûr qu'il ne s'y rencontre aucune leçon de quelque valeur qui ne se trouve déjà dans tel ou tel des nombreux mss. qu'on possède de Garin — ce qui ne se peut vérifier avec l'édition de Du. Méril, où le texte est constitué de la façon la plus arbitraire et où les variantes ne sont pas publiées, mais ce que j'aurais pu établir sans peine à l'aide des ressources de nos bibliothèques de Paris. Je n'ai pas jugé à pro- pos, toutefois, de relever en note les variantes des manuscrits, comme je l'ai fait autrefois! propos d'autres fragnientssur lesquels j'ai eu â faire des rapports au Comité des travaux historiques. Actuellement les études sur Garin sont beaucoup plus avancées que jadis. M. Stengel publiera prochainement une édition de ce vaste el intéressant poème, et il indiquera sans peine, et avec \ 430 p. MEYER plus de précision que ce que je pourrais faire, la famille à laquelle appartient le fragment dont je vais donner la tran- scription. Ce fragment ne présente pas de caractères linguistiques bien marqués : c'est le français commun du centre de la France. Quelques détails cependant peuvent être relevés; Vs tombe très souvent avant une consonne : potets i, fûtes 7, 151 ' ; 17 finale se vocalise, même devenue une voyelle dans chevauy 21, 46-7, 72, 160; le groupe qu se réduit régulièrement à ^ (ainsi yï 5, 3 1, ?^ 25, 35, 41, qant loiyqel 19, adonqes 59, etc.), fait de pure gra- phie dont on a d'assez nombreux exemples dans des manuscrits exécutés dans la France centrale \ Remarquons encore que ratnpi ^^y ronpij^, rompent 80, sont écrits en toutes lettres : de même con 6, 57, com 85. Aux vers 88 et 136 il y a clairement /ttiiç' ; ailleurs il est difficile de se décider entre yÎM;j txftii:^. Del linage est Fromont le potcîs ; Sor une roche durement Tabati ; Le cou desnoe, si est brisiez par mi ; Li cors s*esient ei l'ame s'en parti. 5 B. chevauche, qi mort trova son fil ; Il le regretc con ja porrez oîr : « Tant mare i fûtes ! franc chevalier gentil ; « Or puis je dire malement sui bailli : « Abatu m'ont mou chastel de Nesil, 10 « Et je vos voi a la terre gésir. « Certes, ma vie pris je ore petit, « Ne moi ne chaut qcl part doie ganchir. » ]:nz cnz (jic) Testor par mautalent se mist Et ficrt Beraut qi fu nez de Poissi : 1. Cf. pour la date de ce phénomène Raoul de Cambrai, p. Ixxxviij ; Roma- ttiUy XV, 616, XVIII, 572, XIX, 459. Le phénomène est constant dansTancicn glossaire iiébrcu-français publié par M. Xcubauer, Roman. 5/fa/., I. 2. Ce fait e^t très fréquent dans les manuscrits français exécutes en Italie. J'ai eu tort de dire qu'il était rare en France {Riioul de Cambrai, p. Ixxxiij). II est habituel dans les fragments de Girurt de r/V;/;/^ publiés plus loin. 3. On sait que cette noution est ordinaire dans les textes français écrits en Angleterre, mais il y en a bien des exemples dans des manuscrits propre- ment français. FRAGMENT DE GARIS LE LORRAIS 43 1 1 5 Senglant en ot la poitrine et le piz ; De Godefroi en a la teste pris. Qi donc veîst Beraart au brant ferir ! A haute voiz a escrié : ^ Nesil ! » Dist Tun a l'autre : « Q^l chevalier a ci ! j> 20 Devant lui garde, s'a .j. espié choisi ; De son chevau s'abessa, si le prist Et vet ferir de Mont d' Ausoîs Terri ; Idl fu oncles au Lohorenc Garin. L'auberc li trenche sor le pellçon gris 25 Si qe la pane del cuer li ront par mi. Il chiet a terre et crie : « Diex, merci ! » Garin le voit, a poi n'enrage vis : Le destrier broche des espérons d'or fin, Brandist la hante de l'espié poitevin ; 30 Dont U remenbre de Huon le meschin, Le riche conte qi tenoit Gimbrcsin Qp dant Bernart par traîson ocist : « Sainte Marie I » ce dit li dus Ga., « Ja voi je ci mon mortel anemi, 35 « Le plus félon qe deables feîst, « Qi devant moi m'a ci mon oncle ocis ; « En traîson vers Huon entreprise « Se einsi me eschape je me prise petit : « Ou je morré ou li covient morir ; 40 « Or me comant au roi de paradis. « Ahi ! Rigaut, biax niés, qe n'es or ci ? » (b) De son fin cuer ala Bernart ferir : Toute sa force par bon corage i niist ; L'escu li trenche, le haubert li rompi ; 45 Parmi les flans li a son espié mis, Del bon chevau a terre l'abati ; Entre les piez de son chevau le mist ; Par deseur lui en passèrent bien .M. S'il ot engoisse, li covient a sofrir. 50 Moines l'en portent ; sor .j. cscu l'ont mis, Jusqe a Saint Vane en l'endoistrc l'ont mis Dont il fu moine, mes li gloz s'en issi. Li moine doutefntj q'il en doie morir ; Moine l'ont fet, les dras li font vestîr ; 55 Après entendent le vassal a guérir. Or redevons a l'estor revenir : Dex ! con le fet li alemant Orris ! èilriliiiii^iliillliili 'i'Il* î 1 l'Use il s 1 «2.11 ?| Pk^tTS âER^'E **s?T^v E<|ï ^ 9 a •^JESl «llllaiyiliflgl'll'tlll FRAGMENT DE GARIN LE LORRAIN 433 Des genz Fro. nos a a terre mis. Adonqes point li aguèz Frod' 60 Tant durement qe rien ne pot sofrir ; Dejoste lui Guill. de Monclin. La veîssiez tant roit espié forbi, Tant blanc hauberc derompre et départir, Tante baniere contre terre flatir 65 Et tant vassal a angoisse morir ! Sor le conroi li * Borgoinz Auberi Les ont arrière contre terre flati. Lohorenc poignent qi furent plus de .m. Et Borguegnon qi sont chevalier fin ; 70 Sor les conroiz les ont arrière mis. Adonqes point Tevesque Lancelin ; Bien fu armez et sor . j . chevau sist : Poinçon de Mcz nos a par terre mis De la mesniée Girbert le fîuz Ga. 75 Girbert le voit, a poi n'enrage vis : (c Par Dieu I fox clers, ne la porrez guérir. » Grant cop li done sor Tescu qe il tint, Desoz la boucle li fet fendre et croissir. Fort fu Tauberc, qe maille n'en ronpi ; 80 Li estrier rompent, ne se porent tenir, Si qe Tescu li fet el cors flatir ; (c) Del bon destrier a terre Tabati. Gerin li preuz nos abat Frod', Et Hemaudin vet ferir Baud', 85 Nez fu d'Amiens, si com la chançon dit ; Mort le trébuche del cheval o il sist. A la rescousse l'evesqe Lancelin Et a son fuiz l'orgueiliox Frod' Il * est venuz Fro. le viel antis. 90 La veîssiez cez chevaliers venir ; Et Fro. point qi malement le flst : Girart del Liège nos a le jor ocis. Li quens Guill., l'orgueiliox de Monclin, Râla joster a l'alemant Orri; 95 N'ot point d'escu, a descovert l'a pris. Chaut fu le fer ; ne pot l'acier soufrir : Tout li detrenche et l'eschine et le piz. I>ex ! qel douleur de chevalier de pris, I . Corr. le. — 2. Corr. /. iM, XXXIV 28 434 P- MEYER Et qel damage au Lohorenc Ga. ! ' 100 Ci a perdu .ij. de ses bons amis Qi li aidèrent sa guerre a meintenir. Qant la novele est venue a Ga., Engoisse ot grant ; il ne se pot tenir : .iij. foiz se pasme sor le destrier de pris. los Qant Ten redresce H. qi Moçon tint ; Il li escrie : « Franc duc, qe fes tu ci ? « A Tester est l'enfant Girbert ton fiz « Et ti ne[ve]u Hemaudet et Gerin. » Moût se desroie Guill. de MoncUn : 1 10 II a monté Tcvesqe Lanceliii Et son neveu Torgueillox Frod\ Auberi broche ; vet ferir Roceiin ; Parmi le cors li met Tespié bruni. De la seror Fro. estoit icil ; 1 1 5 Mort le trébuche del bon destrier de pris. Thomas de Fere lor a ocis Garin. Granz fu la noise et li criz est levé ; Tomas de Fere a Ga. mort gité. Girart li preuz au corage aduré 120 A Clarenbaut de Vanduel encontre : Grant coup H done del brant d^acier letré, (d) Qe le braz destre li a par mi coupé. Fuiant s'en torne qant il fu eschapé. Parmi les portes entrèrent li navré 125 Dont meint bocl ot hors de cors gité. Bien i parut qe Garin fu iré ; Si anemi nel truevent pas privé, Meint en ocist et meint en a navré. L'enfant Girbert ne fu mie emprunté 1 30 II ne Gerin ne Hernaut le séné, Meint blanc hauberc i ot le jor fausé Et meint vert hiaume fret et esqartelé. Li un fiert l'autre par bone volenté ; De meint prodome fu le jor esgardé. 135 Cil qes conoist les a l'autre mostré ; Cilz furent fuiz au prodome honoré Au quens Be. q'el bois fu mon giic, Dont tcx damages et tex en/, est levez James nul jor ne sera recouvrez. 140 Gran/ fu li chaples et la mortalitez ; FRAGMENT DE GARJN LE LORRAIN 435 Li Alemant sont dolent et iré De lor scignor qe il ont mort trové Mort et senglant, gisant en mi le pré. Girart del Liège a le Borgoinz trové, 145 Sor son cousin est Auberi pasmé. « Las I » dist li dus, « corne avons mal erré ! » Ce comença par grant maleùrté Dont meint prodome sont mon et afolé Et meint chastel abatu et robe. 150 Dus Auberis regrete son cousin : « Tant mar i fûtes, franc chevalier gentil ! « Qi vos a mort il n'est pas mes amis, w Senglant li bese et la bouche et le vis. Uns escuiers (sic) apele, si li dist : 155 « Prenz tost cez morz que tu voiz ci gcsir, « A une part les porte, biax amis. « Et vet a l'autre qi a a non Orris. « Tout coste a coste les me metez gésir « Tant qc Testor soit senprcs departiz. » 160 II -est montez sor .j. chevau de pris. IL — FRAGMENTS DE GIRBERT DE METZ I. — Fragment de Troyes. Les vers de Girbert de Met:;^ dont on trouvera le texte ci-après semblent avoir échappé à l'attention de tous ceux qui se sont occupés de ce poème \ Ce n'est pourtant pas faute d'avoir été 1. Ceci n'est plus exact. La présente notice était imprimée lorsque M. Stengel m'a fait savoir qu'il avait identifie ces vers dès 1881, dans le LiUraturhlatt f. genn, u. rotn. Philologie, col. 421; que, déplus ils avaient été publiés en 1886, par M. Heuser, en appendice à un mémoire de M. K. Kriiger sur (in ms. des Lorrains {Aiisg. u. Ahhaudl. aus d, Gehiete d. Romaiiischn Philologie^ n<» LXII, p. 88). M. Heuser s'est assez bien tiré des difficultés de lecture que présentaient les deux colonnes du recto {AB) ; c'est par un hasard quelconque qu'il a oublié les trois premiers vers de la col. C. Je laisse subsister ma notice, d'abord parce qu'elle est plus com- plète que celle dont je dois l'indication à M. Stengel, ensuite parce qu'elle me fournit un utile élément de comparaison avec le fragment de Brasenosc (Oxford) dont il va être question. 436 p. MEYER signalés à mainte reprise, mais il est vrai qu'ils l'ont été sous une dénomination inexacte. Ces vers sont écrits sur un feuillet mutilé (il n'en reste que la partie supérieure) qui est fixé, comme une garde à la fin d'un bréviaire de Cîteaux (xv* siècle), conservé à la Bibliothèque de Troyes sous le n° 2057. Le cata- logue imprimé en 1855 (Catal, général, in-4*', p. 837) les men- tionne comme suit : Sur les gardes, qui sont en parchemin se trouvent quelques fragments d'un roman de Girart de Roussillon : GMrai soreus por lor terres saisir; [Ne] les garra trestot ors que Dex fist Que je nés face de maie mort morir, Dist Girars, Sire, il lor sera ben dit : Nel laisseroie por lot For que Dex fist. La transcription n'est pas très exacte, comme on le verra tout à l'heure. Averti par la notice du catalogue^ Mignard, de Dijon, qui devait publier, en 1858, le Girart de Rotissillan du xiv^ siècle, envoya une notice sur ce fragment au Comité de la langue de l'histoire et des arts de la France (qui est devenu depuis le Comité des travaux historiques). Sa communication est mentionnée à la séance du 11 février 1856 \ Elle fut ren- voyée à Texamen de Fr. Guessard, mon ancien maître. Il n'était pas facile, à cette époque, d'identifier un court fragment de chanson de geste; Guessard admit sans vérification qu'il s'agissait en effet d'un fragment de Girart de Roussillon, mais il ne crut pas devoir proposer l'insertion au Bulletin du Comité de la note de Mignard, faisant remarquer que le fait signalé était déjà consigné dans le catalogue imprimé \ En 1856, Fr. Michel, dans son édition de Girartde Roussillon (Bibliothèque elzévirienne), signale le même fragment, en ces termes (p. xiij, note) : Hnfin, nous venons d'apprendre de M. Mignard . . . qu'il a trouvé à la Bibliothèque publique de la ville de Troyes des fragments d'un pt)cmc français relatif à ce héros (Girart de Roussillon), employés comme gardes 1. BulL'lin du Coiiiili'j t. 111 (i«S5 5-1856;, Paris, linpr. impériale, 1857, p. 162. 2. HiiUctin précité, p. 211. FRAGMENTS DE GIRBERT DE METZ 437 dans un bréviaire du xve siècle. Ce dernier volume étant de format in-32, pour y ramener celui du roman, qui parait avoir été in-40, on a écourté le parchemin d*une telle manière qu'il n*est guère possible d*y lire autre chose que ces vers : Par la main dextre le dit Girart la tint. Ainsi dois ' rois son royaume tenir. Fr. Michel était mal renseigné. Il n'avait pas eu l'idée de recourir au catalogue imprimé, et Mignard ne lui avait pas communiqué tout ce qu'il avait lu du fragment. Ce dernier réservait ce qu'il avait pu en déchiffrer pour la préface de son édition du poème du xiv* siècle, où il publia, peu correcte- ment, seize vers pris en deux endroits du feuillet de garde », disant que « rajuster les vers était presque aussi difficile que de réunir les feuilles éparses de la sibylle ». Ce qui paraissait si difficile à Mignard est maintenant devenu facile, depuis que M. Stengel a publié, en 1874, '^ partie de la chanson de Girbert de Metz à laquelle appartiennent nos frag- ments '. Deux ou trois ans après cette publication, me trouvant pour quelques jours à Troyes, je copiai les vers du fragment de feuillet relié à la fin du ms. 2057. Je ne me suis pas pressé, comme on le voit, de les publier. Si je les publie aujourd'hui, ce n'est pas que je leur attribue beaucoup d'importance, c'est parce que j'avais dans mes papiers quelques extraits d'un autre fragment de Girbert qui forme la garde d'un livre appartenant au Collège de Brasenose, à Oxford, et il se trouve que ce nouveau fragment coïncide partiellement avec de celui Troyes. Il m'a paru utile, en vue d'une édition que M. Stengel nous donnera un jour, de faire connaître ces deux débris de 1. Faute d'impression pour doit. Mais je ne trouve pas ce vers dans nos fragments. Ce qui est surprenant c'est qu'il se trouve réellement — mais plus loin — dans Girbert ; voir ci-après le fragment d'Oxford, v. 44. Y avait-il jadis un autre fragment du même poème dans le ms. de Troyes ? Ou est-ce le dernier vers qui a été mal lu ? 2. Le roniiw en vers de trèf excellent, puissant et noble 1)omme Girart de Ros- silkm, Paris et Dijon, 1858. P. xiv, note. 3. Romanische Studiefi, I, 441 et suiv. 438 p. NfEYER manuscrits dépecés dont il existe peut-être ailleurs d'autres morceaux. Le fragment de Girbert, dont je vais transcrire le texte, est la partie supérieure d'un feuillet à deux colonnes par pages, et réglé à 38 vers par colonne. Toute la partie inférieure du feuil- let (un peu plus de la moitié) manque. Il ne reste plus de chaque colonne que seize vers. De plus, la marge intérieure a été rognée, de sorte qu'il manque quelques lettres, faciles i restituer, au commencement de plusieurs des vers de la première colonne. Je désigne, dans la transcription qui suit, les quatre colonnes (ou plutôt fragments de colonnes), par les lettres A BC D, L'écriture appartient à la fin du xiii* siècle. Le texte se rapproche sensiblement de celui des manuscrits Bibl. nat. fr. 1582 et 19161, que M. Stengel désigne parles lettres F G. J'indiquerai en note, les ressemblances les plus caractéris- tiques. Je restitue en italiques les lettres qui manquent par suite de la mutilation du feuillet. Je donne le fac-similé de la première colonne du verso (C). Le cliché est fort mal venu, ce qui était du reste à prévoir, étant donné l'état de l'original qui est très recroquevillé et ne pou- vait être convenablement étendu parce que le recto est recou- vert d'une feuille de papier végétal qui n'a pas été appliquée avec tout le soin désirable. Si imparfait que soit cj fac-similé, il suffira cependant à faire un utile rapprochement si on vient à retrouver quelque autre fragment du même manuscrit. A (Rom. Shul.y I, 494) « Ne doutïe[n]s nul home qui fust vis. « Las ! moi dolant ! or somes départi. » Toi maintenam Tont fet ensevelir, En .']. bière ens el mosiier gésir. 5 Clers et prevoires i 01 ' ; ATi ot celui son sautier ne tenisi, /:/ prient Deu qui » de lui ait merci. A VenJemainy ains que passast mitli. 1. La fin du vers, d'après les leçons données par M. Stengel, serait .\7 (ou /x), ettqui (ou i(jui) ou quarante sis. 2. L'abréviation donne qui et non que. FRAGMENTS DE GIRBERT DE METZ 439 L*ont enterré au mostier S. Sevrin. 10 Aïnz qu'il venissent ariere au Piais^/5, Lot a Ri. .iij. chevaliers ocis, Cosins germai [n]s Fro. le posteïs : Uuns fu de Troies et l'autres de Paris Et Tautres fu dou chastel de Crespi. 15 Molt fu dolans Ri. et esmarris, Morant regrete com ja porrez oïr. 4 C'est à peu près la leçon d'FG. Il y a ensuite un vers de plus dans les autres mss. — 12-13 Ces deux vers qui se trouvent dans FG^ manquent ailleurs. B {Rom. Sttul,^ I, 496) « De toutez pars descroissent nostre ami. « Las ! » dist G., « que porrai devenir, « Quant n'ai chastel en icelui paîs « Par cui je puisse grever mez anemis ? 5 — Si avez, sire «, H mèz H respondi. « Rigaus vos mande et ces pères Hervix « Qu'il vos rendront cuite le Plaiseîs. « Bien est garnis et de pain et de vin, « De char salée por chevaliers servir. 10 « Des qu'a .vij. ans, ne vos en quier mentir, « Avrez viande, mal grez en aient il. » Dist la roïne : v C'est chastiax bien garniz. » — En non Deu, dame, » li dus G. a dit y *< Grant pechié fait l'emperrr^ Pépins 1 5 « j2ue ne me rant Gironville a tenir, « Le bon chastel que mez ancestres tint. I = FG. — 3 — F. - 5 = FG. — 1 3 = re. C {Rom. Stud,y I, 497-8) « N'en nule terre, si com je l'ai apris. » Par la main destrc li dus G. la tint. Atant ez vos l'enfant R. ou vint ; .1. esprevier la roïne tendi ; 440 P- MEYER 5 II fu molt biaus, et la dame Ta pris, Par grant chierté desor son poig Ta mis. Devant le roi la franche dame vint. Li rois la voit, a raisson l'en a mis : « Cis espreviers, ma dame, ou fu il pris ? lo — Sire i, fait ele, « ne vos en quier mentir : « H. mes niés, mes drus et mes amis, a Le m*aporta, la soie grans mercis. « Or le prenés, enpererez gentis ; « Par grant amor le faites recoillir. 15 — Moût ditez bien, dame », se dist Pépins ; «r QjLii lie refuse ne doit terre tenir. i =z FG; ce vers manque dans les autres mss. — 7 = FG — 11 = FG 12 = HP. D (Rom, Stud,y I, 499-500) « Moût volemiers, dame », se dist Pepim. Devant lui garde, si vit Gerart ittiir, .1. chevalier qui fu nez de Senlis ; Et dist li rois : « Venez avant, amis. 5 « Vos en irez a Bordeles la dt ; n Dites Fro. de Lens, le posteîs, « Qjje jel semon de droit en mon paîs, « Viegne a Paris ou a Loon la cit. « Cil le refuse et il n*i voelt venir 10 « Desfîez le maintenant de par mi, « Et si li ditez, tôt voiant cez amis, « G*irai sor eus por lor terres saissir; « iVe lez garra trestot Tors que Dex fist ] « Li premiers hom qi einz en fust chasés 25 « Mes aives fu, d^nt Bueves li bar/vj, « Plus de .c. anz tint qite ccst resw^ ; 7 qui ou qi, le mot est ahrc^è. Il faut comprnulre cui ; cf. v. 81 — 9 aquis {sic) — 12 C'est la formalité de /'harmiscara ; voir Raoul de Cambrai^ p. xxxij-xxxiij — ly II y a en plus, dans B, au lommencement de la laisse : Dist Olivier li prouz et li scneiz — 22 Ce vers manque dans B. FRAGMENTS DE GIRART DE VIESNE 45 I « Ainz rois de France ne Ten mostra fierté. « Or m*est avis qe gran/ tort en ave's [1200] « Qant vos mon oncle volés deseriter. 30 « Péchiez feroiz se le désert te:;^. « Mes, par Tapostre c'om qien euoiron pré, (v*») « La dedenz Rome o il est aoré, « Einz qe soiez en Viane ostelez [1205] « Ne q'aiez prise la mestre fermeté, 35 « Serai a nage parmi la mer passez « A .j. mien oncle qi est rois coronez; l En la grant ille dessoz Viane, el gué , 120 Por fere la bataille. P. S. — Les pages qui précèdent étaient encore en épreuves lorsque j'ai eu la possibilité d'examiner les trois mss. du Musée britannique (ci-dessus, p. 444) et de les collationner avec les fragments de Vesoul. Il est résulté de cette comparaison (ce qui coïncide avec les conclusions présentées par M. Schulddans la dissertation mentionnée plus haut) que ces trois mss. forment, pour les parties que j'ai eu à examiner ', un pre- mier groupe clairement distinct du second groupe formé par les deux mss. de Paris. C'est au premier groupe que se rat- tachent les fragments de Vesoul. Ainsi les vers omis par les mss. de Paris (voir pp. 447-8, notes des vers 18, 23, 34-3, 45) se trouvent dans les mss. du Musée tout comme dans nos fragments. Des trois mss. celui qui m'a paru se rapprocher le plus des fragments est le ms. 20. B. xix, bien qu'il omette, 117 Ms. pnez; B qui iert prous et seneiz — 118 qant il doit être corrif^è en q'andui. I. Le ms. Harl. 1321 présente une lacune de plusieurs feuillets entre les ff. 26 et 27 ; par suite la comparaison de ce ms. avec les tf. 3 et 4 de Vesoul est impossible. FRAGMENT DE RENART 455 comme le ms. fr. 1448, le vers 66 (feuillet 4, p. 4S3). Au premier feuillet, v. 31, la leçon qi inout estent lassé, bien peu satisfaisante, est aussi celle de 20. D. xi (fol. 48 v*' c) et du ms. Harleien (fol. 18 r), mais dans 20 B. xix il y a (fol. i^d) qui to:(^ fii tresne:;^. Il y a une remarque curieuse à faire sur le V. 45 du feuillet i. Ce vers {Entre le Rosne et le Rin qui est lé) manque dans les deux mss. de Paris. Dans ceux de Londres il est remplacé par celui-ci : Harl. 1)21 : De Qarantin jusqu'à mont Jenevez. Roy. 20. B. xix : Dès Carantin juque au monz Jenevez. Roy. 20. D. xi : Dès Carentin jusqu'al mont Josoé. Le ms. 20. D. xi, le plus récent de tous (il ne paraît guère antérieur au milieu du xiv*^ siècle) n'a pas grande autorité. La leçon Josoé qu'il donne seul est sûrement à rejeter. Quant au wont Jeneve:^^ c'est sans doute le mont Genèvre, passage très fréquenté des Alpes entre Briançon et Cézane. Mais Carantin} D'après le contexte il s'agirait de l'extrémité opposée de la péninsule. Il ne serait peut-être pas téméraire de proposer Tarentin, — Le vers omis et rétabli en note après le v. 36 (feuillet 3, p. 451) se présente sous cette forme : Cest Afloaires qui moût a de fierte^^ (20. B. xix, fol. 23*=; 20. D. xi, fol. 53 v<> <=). IV. — FRAGMENT DE LA BRANCHE XI DE RENART M. Marc Sache, archiviste de Maine-et-Loire, m'a communi- qué un feuillet double en parchemin, ayant servi de couverture à un registre ^ L'écriture peut être attribuée au commencement du xv*' siècle. Il y a deux colonnes par page, et chaque colonne renferme 35 vers. L'écriture est, par places, très usée et à peine lisible. C'est un fragment de la XP branche de Renarty selon l'édition de M. Ernest Martin. Les deux premières pages cor- respondent aux vers 2565 à 2703 de cette édition, les deux I . On lit sur ce feuillet les deux notes suivantes : « Messire Usèbe de Villiers, prêtre, curé du Guedenian en 1630 et suivantes » — « Mariages et bap- têmes, 1629 jusqu'en 1641 ». — - D*où il suit quMl recouvrait jadis un registre do la paroisse de (ou du) Guédêniau, Maine-et-Loire, canton de Baugé. 456 p. MEYER autres aux vers 2994-3135. On voit que ce qui manque entre les deux parties du feuillet équivaut à un feuillet double. Nous possédons de cette branche de Renart un assez grand nombre de copies '. Le feuillet trouvé par M. Sache ne peut donc avoir qu'une importance minime pour l'établissement du texte. Son principal intérêt est de nous montrer que les contes de Renart trouvaient encore des lecteurs deux siècles après leur composition. J'en transcrirai deux extraits pris dans la partie la mieux conservée, pour donner le moyen de classer le manuscrit auquel appartient le fragment \ Je joins l'indi- cation des chiffres de l'édition Martin. I Mais moult est a Ren. petit ^ « .... ,r . De tout ce que le roy a dit ; [2680] Quant Ren. oit parler Bruyant, (/.ir) ^,^^ ^^^^^j^ ^^^ ^^^ ^^^^^^ Si lui respondit en riant : Descendiiz en sont au perron « Bruyant », fait il, « a ceste foiz Et puis sont montez ou palais. « Vous quicte, mais prometroiz Ains si grant joye ne fut mais « Prison a tenir ou chastel. [2261] Comme la royne leur fait. [268$] — Sire », fait il, « ce m'est moult bel. Puis leur demande que ont fait. « Je le feray comme vous dites, « Bien », fait Ren., « la merci Dé! « Mais que je soye de la mort quictes. « Brun l'ours avons ci amené « Ycy comme vous plaist Toctroy. » « En prison, et Bruyant le thaur. Atant remontent sans delay [2666] « N'en prandroye ne argent ne or, Come ceulx qui moult estoit tart. « Or ne avoir ne ranson, [26911 A yunt le chaples départ. (d) « Mais ça dedans le garderon, Bien Ta fait Ren. a cel corps : « Car de ce suy assez fins En prison enmayne Brun Tours [2670] « Que, se ung de nous estoit prins. Et Bruyant le thaur autresy. « Par ung d*eulx le rarïon. [2695I Ou chastel sont entrez ainsi — Foy que je doy sainct Symeon Touz ensemble [lié] et joyans. « Vous en avez moult bien parlé. » Le roy fut triste et dolens A yce mot Ta accolé, Et corocié de ses barons. [2675] Et Mallebranche et Percehaye Forment prie Dieu et ses nons A touz les autres a fait joye. [2700] Et dit que d'ilec ne partira Juc*a tant que prisl'avra; Grand joye font par le paies ; 2669 Naturellement il faut lire cors (cours) — 2693-4 Corr.fis-pris. 1. Voy. l'édition Martin, t. III, p. 368. 2. La comparaison avec les variantes relevées p.ir M. Martin fait ressortir de grandes ressemblances avec les mss. CM. FRAGMENT DE RENART 437 Toutes et touz \tz et sonnez Et puis leur mist ou coul la hart . Chantoient, si corn me semble. « Seigneurs », se leur a dit Renart, « Venuz estes a vostre jour. [3021] « Priez le roy vostre seigneur « Qu*il me rende mon fils Rouvel, « Ou, foy que je doy saint Marcel, a S*ilz ne vous rendent Rovel bien « Tantost serez touz deux penduz ». [tost, (/. 2) Et quant il ont ce entenduz, [3026] Que vous ferez pendre Brun Tours Chescun eut paour de soy. « Et Bruyant, ja n'avront secours. Maintenant s*escrient au roy : — Dame » fait il, « bien avez dit ; « Sire, pour Dieu et pour son nom, [2997] * ^o^s Sûmes mors sans rançon « Je meïsme, se Dieu m'ayd, « Se vous n'avez de nous mercy. » « L'iray a ceulx de Tost crier. » Le roy les barons entendy, [3032] Ataht vait sur le mur ester (3000] ^ voit quMlz ont les yeulx bandez. Et s'escrie, que bien Foyt on : Ses barons en a appelez : « Entensça, Noble le lyon, « Barons », fait il, « que conseillez : « Tu as en prison mon enfant « J^ les verrez tantost lyez, [3036] « Et je ay et Brun et Bruyant, [3004] « Se nous Rouvel ne luy rendons. « Et fay lequel que tu vouldras : — Sire », se dient les barons, « Ou tu Rouvel mon filz rendras « Faictes Rouvel cy amener, « Ou tu verras tost sans demour « Et se luy faiaes fiancer [3040J « Pendre la amont a la tour [3008J « Que Brun Tours et seigneur Bruyant « Brun Tours et o soy Bruyant. « Vous amerra tout maintenant — Renart », fait le roy, « c*est néant, « Tout ainsi comme ilz furent pris, « Qjie jamais Rouvel ne verras. « Armez sur leurs destriers de pris. « Or i perra que tu feras. » [3012] — Vous dictes bien », se dit le rois ». Quant il a Noble entendu. Lors les fait venir demanois [3046] A poy qu'il n'a son sens perdu. Par davant luy, sans atargier, Aux prisonniers en vient errant , Et le fait plevir et fiancer Lyerles fist tout maintenant, [3016] Si tost comme céans sera, I^iis les fist en la tour mener. Les prisonniers deliverra. (3050) Et leur a fait les yeulx bander, Paul Meyer. MÉLANGES ANC. FRANC. BFSUCHIER Tristran vit le nain hesuclner Et la farine esparpellier. (Béroul, Tristran^ éd. Muret, v. 707-8.) M. Muret traduit ce mot « inconnu » par « être affairé ? », et propose de « restituer... la forme correcte hesochier ». Il est tenté « d'y reconnaître une acception figurée du français ancien et dialectal hesocher = piocher; cf. A. Thomas, -R(V/i.,XXV, 442, ou Essais de philologie française^ pp. 251 ss. ». Telle qu'elle est ici, la forme hesuchier est identiquement le boulonnais hésuquer « s'occuper à des riens, faire peu d'ou- vrage » dans Haigneré, I^ patois hmlonnais^ vocabulaire. Cf. le saint-polois bar:;uijner (E. Edmont), le normand busoqucr (E. du Méril, C. Maze, etc. '). J. DF.ROCaUIGNY. FRANC. ÈLAKGUHR. ÈLANGUEUR Godefroy a recueilli deux exemples du participe passe eslan- gué, tous deux du xvr" siècle^; s'il les a imprimés à leur ordre alphabétique dans son Dictionnaire de V ancienne langue française 1. [H. Moisy a déjà rapproché le norni. busoqucr de Tanc. franc, hesuchier^ dont il connaissait Tunique exemple (de Guillaume Guiart) cité dans Ciode- tVoy; mais le sens n'est pas le même, quoi qu'en dise Moisy qui» dans l'exemple en question, a coupé le régime direct de hesuchier pour lairc de ce mot un verbe iniransitif à l'imitation du norm. hus{\fucr. — A. Th.] 2. .\ côté de cilani^'Ui' il a un article <'.\ /.///«,'//: qui repose uniquement sur ce vers de L. P.ipon, I\istor., II, 1, éd. 1837 : De Pro«»ne ou de s.i Muur i'a /liiiii;iut\ malgré Tobjeciii^n qu'on pourrait tirer de l.i mesure du vers. FRANC. ÉLANGUER. ÉLANGUEUR 459 et non dans son Complémenty c'est qu'il croit que la langue actuelle ne possède pas le verbe //a«^«(*r « priver de la langue ». Il a tort; mais la façon mécanique dont les dictionnaires publiés jusqu'ici ont constitué notre lexique lui donne une apparence de raison. Je ne connais aucun recueil qui enregistre à son ordre alphabé- tique le verbe élanguery mais je trouve partout — au moins dans les dictionnaires aux vastes proportions qui se piquent d'être complets — le substantif masculin élangueur, comme appartenant à la langue des pêcheurs de morue. Voici, par exemple, l'article que lui consacre Littré : Élangueur, s. m. Terme de pèche. Instrument auquel on attache par la tète les morues qu'on vient de pécher. — Eiym, É pour es. . ., préfixe, et langue, soit qu'on ôte véritablement la langue du poisson, soit que l'instru- ment la froisse ou passe à sa place. En recourant au Traité des Pesches^ de Duhamel du Monceau, dont la publication a commencé en 1769, on se rend bien compte du rôle de Vélangueur et de la raison qui l'a fait ainsi nommer. Voici ce qu'on y lit, seconde partie, section I, p. 61 : Derrière les pécheurs, tant du bel que de la gallerie, il y a encore une lisse où ils accrochent par le derrière de la tète la Morue qu'ils viennent de prendre en la piquant à l'instrument nommé Eîangtwur, L (pi. VII, fig. i), qui est auprès de la manette où ils mettent les langues, et la Morue reste attachée à ce petit instrument la bouche ouverte, comme on le voit au piquoir D, pi. X, fig. I, jusqu'à ce que le pécheur ait détaché la langue. — Cf. p. 56 : petit instrument nommé Elangueur ou à Granville Digiiet : c'est un morceau de fer long de sept à huit pouces, pointu par les deux bouts... Il est évident à priori que le substantif élangueur suppose l'existence du verbe élanguer. Il est singulier que Duhamel du Monceau ne se serve pas de ce verbe dans le chapitre qu'il a intitulé : Manière de détacher les langues (p. 65), et plus singu- lier encore qu'il ne Tait pas enregistré dans son glossaire; mais si l'on parcourt ce glossaire, on verra qu'il l'emploie tout natu- rellement dans la définition du mot échaffaud, qui est ainsi conçue (p. 163) : « Echaffaud, est un établissement qu'on fait au bord de la mer pour décoller, trancher, élanguer et saler la morue sèche '. » A. Th. I. Duhamel du Monceau a été abrégé par Baudrillart, Dict, des {nrljes (1827), qui reproduit la définition en écrivant sagement àhafaud avec une 460 MÉLANGES FRANC. DIALECTAL FENEROTET Littré a un article ainsi conçu : « Fènerotet, s. m. Nom vulgaire d'un oiseau, la sylviefiiiSy dite aussi bœuf, chaufour et pouillot '. » L'étymologie manque. D'autre part, le Nouveau Larousse illustré enregistre un sens tout différent : « Fènerotet, n. m. Nom vulgaire de la menthe pouliot. » Les deux sens sont réunis dans Sachs-Villate, avec l'indication qu'on a affaire à un mot bourguignon : « Fènerotet i . Polei. 2. Grosser Weidenzeisig(sylvia fîtis). » Le Dictionnaire des sciences naturelles y publié en 1820, a deux articles, dus à des collaborateurs différents : « Fènerotet (Bot.) nom du pouliot, mentha pulegiutn, dans la Bourgogne. J. (= Antoine-Laurent de Jussieu). — Fènerotet (Omith.), un des noms vulgaires du pouillot ou chantre, motacilla trocbiluSy Linn. Ch. D. (= Ch. Dumont) ». Nemnich (1799) ne connaît fènerotet que comme nom vul- gaire du Motacilla trochilus en Bourgogne *. Il est tout à fait certain que le mot fènerotet désigne un oiseau, le pouillot, et non une plante, le pouliot ^ Il n'y aurait qu'à stigmatiser une fois de plus l'étourderie de certains de nos lexicographes *, si le mot fènerotet y dans son véritable sens, ne valait la peine qu'on examine sa formation. seule/ (p. 148); on retrouve la môme définition dans le Dû:/, de Technologie de M. de Chesnel, tome 28 de V Encyclopédie theologique de Mignc (1857), et probablement ailleurs. 1 . Remarquons en passant que Littré n'a pas enregistre, aux articles bœuf et CHAUFOUR, le sens de « pouillot ». D'après Rolland, Faune pop. ^ II, 286, hceuf est de la Lorraine et chaufour de la Sologne. 2. Cf. Heymann, Fran:;^. Dialektwôrter (1903), p. 74. 3. Le mot est particulièrement usité dans la Côte-d*Or (Rolland, Faune pop,, II, 286); le Dict. des Se. ttat., à Tarticlc becs-fins (tome IV, p, 257) donne finérotot, ce qui est plus conforme à la phonétique bourguignonne. 4. Littré a vu juste ; malheureusement il est tombé dans une erreur ana- logue en donnant /n'/iV/W, autre nom du pouillot, comme un des noms vul- gaires du pouliot, et le Nouvedu Larousse illustre lui a emboîté le pas. Ducliesne, dans son Rcp, ^« /)/w;//« (1836) inscrit dù']Ci fim-roUt cl frr't il let dans son article pulef^ium (p. Sj). FRANC. RASCUNE 46 I M. Rolland a justement remarqué *quQ fenerotet offre un rap- port frappant avec hay-bird « oiseau des foins », nom que le pouillot porte en Irlande '. Fenerotet est un diminutif de ^fene- rot qui correspond au type *fenaricius () /^/ et déclare que ce nom du pouillot est en usage « en Bourgogne et dans le midi ». 462 MÉLANGES du suffixe que Ton trouve dans Tanc. franc, vieillutie « vieil- lesse ». M. Foerster a combattu Diez * et est demeuré maître du terrain, à ce qu'il semble : il croit à une dissimilation pho- nétique de r-r en r-n qui aurait transformé rancureen rancune^. J'estime qu'il faut en revenir à l'opinion de Diez, et pour deux raisons : 1° l'invraisemblance de la dissimilation àerancure en rancune, dissimilation dont on ne saurait citer aucun exemple produit dans les mêmes conditions phonétiques, bien que ces conditions se présentent fréquemment (cf. les mots comme raclure, rainure, ramure, râpure, rature, rayure, réglure, rinçure, roture, etc. 3); 2° l'existence dans la banlieue du Havre de la forme rancuine (prononcée ramun-me) signalée récemment dans le livre postume de l'abbé C. Maze *. Quelques exemples du suffixe -une, représentant phonétique du latin -udine, ont été groupés par M. Foerster lui-même dans une note sur le vers 647 de la Charrette; j'ai ajouté à sa liste un mot non encore signalé (jervofie « servitude », pour servune\ dans mes Mélanges d'étymologie française, p. 140. Je relève aujourd'hui sembletune « ressemblance », écrit quatre fois son-- bletune et une fois sonbletonc dans le Glossaire hébreu-français que viennent de publier MM. Lambert et Brandin ; Godefroy enre- gistre déjà ce mot d'après un extrait donné par A. Darmeste- ter du ms. de Turin A iv 13 {Reliq. scientif, I, 136, n® 135). Assurément il est surprenant qu'un suffixe d'un usage aussi restreint soit venu se greffer sur le radical de rancor et de ramure pour produire la forme rancune-, je ne vois pas la cause, mais l'effet me paraît difficile à contester. A. Th. 1. Zeitschr. f. row. Pbil., V, 98. 2. Son opinion a été adoptée notamment par Scheler, par M. G. Cohn {Sujjixxudndîuugcn, p. 177) et par le Dict . gênerai \ Littré voit dans rancune un suffixe latin - u n a (?) , Brachet parle vaguement d*une altération de ramure en rancune. 3. M.Grammont, dans sa thèse sur la dissimilation consonantique, n'a pas étudie le cas de rancune. 4. l'JiiJc >m II Ltn-;ai;e lic la hanliiuc du Havre (Parib, Rouen et Le Havre 1905), p. 196; l'auteur écrit rancuninie. MÉLANGES 463 ANC. FRANC. RENFORMEK ;¥RA}^Ç. MOD. KHNFOKMIK L*anc. français possède le verbe renforniery dont Godefroy ne cite que trois exemples. L'un vient du Roman de la Rose, où , le verbe est conjugué pronominalement et signifie « changer de forme »; les deux autres, empruntés aux mystères de la Passion et des Actes des Apôtres des frères Greban, offrent le sens transitif de « remettre sur la forme )>. La langue technique actuelle possède le verbe renformir et le suhsiantif renfonnis y auxquels Furetière consacre des définitions ainsi conçues dans son Dictionnaire universel publié en 1690 : Renformis. subst. ni. Terme de Maçonnerie. Enduit ou crespis qu'on fait sur une vieille muraille et beaucoup endonmiagée. On taxe quelquefois le renformis à trois pour une, ou sept pour deux : ce que les Experts appellent mediotter. Renformir. verb. aci. Rétablir une muraille bien endommagée, par un gros enduit fort épais en quelques endroits. Au lieu de tirer renformis de renformir y comme le fait Littré, j'ai proposéde rattacher ce substantif à l'ancien verbe renformer *; c'est là une hypothèse qui attend pour devenir une certitude que Ton produise des exemples de Tancien verbe renformer employé comme terme de maçonnerie. Or ces exemples, le hasard d'une recherche à la Bibliothèque Nationale vient de me les fournir. Je crois utile de les publier, car, bien que mon èty- mologie ne soit pas précisément « vieille » ni « beaucoup endommagée )),ce « renformis » ne pourra que lui faire du bien. Partie de oeuvres faites tant ou chastel d'Arqués,- en la cohue, que es prisons du dit lieu a compter au terme de la Saint Michiel l'an milcccLXXViij. Machonnerie. A Jehan Davout et Robin Le Machon, mâchons,... pour avoir renffourmd .1. enchappement * qui est sur l'uisserie de la voûte de derrière séant ou lieu des dictes prisons et de laquele voûte l'en fait prisons quant l'en veult, lequel cnchappement est empiré par le temps qu'il fist en y ver... A iceulz Davout et Robin, pour leur paine d'avoir rcufourmé et refait .xxj«. toise de mur ou dit chastel par dehors devers les greniers... A iceulz, pour leur paine d'avoir fait ou dit chastel une perque de mur car- rée,... et aussi avoir renfourmè .11. toises de mur sur les vielx murs... (Bibl. Nat., franc. 25944, pièce n" 48, original sur parchemin pro- venant de la Chambre des Comptes.) A. Th. 1. Voir \c Dict. ifi'm'niî et mes Mi'lunges il' t't y mol. franc, y p. 126. 2. Godefroy a plusieurs exemples de ce mot, qu'il avait d'abord traduit par « empâtement » (imprimé i'inpdtcinent)\ dans l'errata du tome III, p. 793, il s'est justement ravisé et il définit euchapcmmt par « revêtement, couverture, la chape qui couvre une maison, une tour ». COMPTES RENDUS Die altft*anzôsische Prosaûbersetzung von Brendans Meerfahrt, nach der Pariser Hdschr. Nat.-Bibl. fr. 1555, von neuem, mit Einleitung, lat. und altfrz. Parallcl-Texten, Anmerkungen und Glossar, hgg. von Prof. D^ Cari Wahlund, Upsala, 1900», Almquist und Wiksclls Bokir>'ckeri-aklieboîag. In-S», xc-334 p. C'est par suite d*un oubli, dont nous battons humblement notre coulpe, que cet ouvrage n a pas été annoncé en son temps dans la Romania, Il se recommande, comme tous les écrits du même savant, par l'étendue de l'in- formation et le soin minutieux apporté à tous les détails. Il comprend : 10 une longue introduction où l'auteur étudie successivement la vie de saint Brendan, sa légende latine, les deux versions françaises en prose de cette légende, un fragment islandais qui paraît avoir le même original que l'une des verrions françaises, celle que renferme le ms. B. N. fr. 1553; ^^^ étude sur la langue de cette version française et sur son rapport avec Toriginal latin suivi parle traduc- teur et, enfin, sous le titre de Breudattiatuiy une série d'indications bibliogra- phiques ; 20 (pp. i-ioi), le texte de la première version française en prose (ms. B. N. fr. 1553), imprimé en regard d'un texte latin établi d'après divers mss. en vue de représenter loriginal de cette version ; 30 l'autre version française publiée d'après le ms. 17 16 de l'Arsenal, avec, en regard, le texte latin du ms. B. N. lat. 1 5076 (pp. 102-201)' ; 40 un fragment de la même ver- sion, reproduit en fac-similé phototypique d'après un ms. de Besançoo 1. Le titre porte w 1900 », mais sur la couverture on lit • ausgegeben am 12 Dezember 1901 ». 2. 11 n'est peut-être pas inutile de noter ici que le Musée britannique a récemment acquis un ms. provenant de Saint-Maximin de Trêves, qui peut passer pour l'un des plus anciens qu'on possède de la légende latine, puisqu'il est du xie siècle. C'est le ms. Add. 36756. J'en ai collationné quelques pages sur l'édition du ms. B. N. lat. 15076 donnée par M. W., sans trouver de différences importantes. c. WAHLUND, Brendans Meerfahrt 463 (pp. 205-223); 50 des notes (pp. 227-258); 6° un glossaire complet de la version du ms. 1553 '. Toutes les questions que soulèvent les deux versions publiées sont étu- diées avec compétence et connaissance complète de tout ce qui a été écrit sur le sujet. Tout ce qu'on pourrait reprocher à Tauteur, c'est de nous donner un peu plus que le nécessaire, et c'est en somme, l'excès d'une qualité. Certains déve- loppements paraissent excessifs; certaines notes sont superflues ou trop longues». Revenons sur quelques points. La version que nous a conservée le ms. B N. fr. 1553 avait été publiée par Jubinal en 1834. Que cette édition soit souvent fautive, on ne s'en étonnera pas. Mais était-il bien utile d'impri- mer en note les mauvaises lectures du premier éditeur? Notons que chacune de ces fausses variantes occupe une ligne. C'est de la place perdue î. Pour cette version et pour l'autre, M. W. nous donne la reproduction matériellement exacte du ms., avec sa ponctuation, avec l'emploi irrégulier des capitales (ainsi, p. 35, il imprime « cha et La »). C'est attribuer de l'importance à des minuties qui n'en ont aucune. Je ne dis pas que ce système doive être proscrit en tous les cas ; mais, dans le cas présent, il n'y avait pas lieu de l'appliquer. Notons que lorsqu'on vise à ce genre d'exactitude, il faut suivre l'original en tout. Or M. W. fait usage de l'apostrophe. C'est illogique. La seconde version française se trouve dans un grand nombre de manuscrits. M. W. s'est attaché à dresser une liste aussi complète que possible de ces copies, et, pour y parvenir, il ne s'est pas contenté de dépouiller soigneusement les notices que j'ai publiées d'un grand nombre de légendiers français : il s'est livré à des recherches personnelles, et a trouvé quelques manuscrits dont , lorsqu'il a publié son livre, je n'avais pas encore eu l'occasion de parler. Tou- tefois sa liste (pp. xxxvi et suiv.) n*est pas encore complète et, pour deux articles, elle doit subir des retranchements. Pour les mss. B. N. fr. 183 et 185, il a échappé à M. W. que j'en avais donné une analyse détaillée à la fin démon mémoire sur Trois légendiers français attribués à Jean Beîet, cité par lui- même à la note / de la p. xxxvi. Le ms. B. N. fr. 203 30, étant une traduction de la Légende dorée (cela est dit dans le Catalogue imprimé), n'a aucun droit à figurer sur la liste. Retranchons aussi le ms. du séminaire du Puy, qui renferme la même version de la Légende dorée ; cela est dit dans la note de 1. Il faut ajouter que, dans h Zeitschr, f, rotn. Phiî.y XXVII, $10-2, M. Wahlund a complété, sur certains points, son introduction et sesnotes. 2. Par ex., en ce qui concerne les occupations des moines, il était peu utile de citer le témoignage de M. Huysmans (p. 246). 3. Il faut ajouter que les appels de notes sont indiqués par un système fort compliqué d étoiles (simples, doubles, triples) et dt: daggers, qui est (ou, plus exactement qui a été) généralement usité en Angleterre, mais auquel on tend à renoncer, car il est peu commode et tient beaucoup de place. itéMMM xxxir 30 466 COMPTES RENDUS la Komania (XXIX, 473) à laquelle M. W. renvoie '. Il faut, d'autre part, ajouter à la liste les mss. dont l'indication suit (et que M. W. ne pouvait guère connaître) : Bruxelles, Bibl. roy. 9225, art. 43 {Romania^ XXXIV, 38-9)*. Chantilly, Musée Condé, 456 J. Oxford, Queen's Coll. 305, art. 73 {Kottmnia, XXXIV, 228). Paris. B. N. nouv. acq. fr. 10128, fol. 186 ♦. Ces quatre' manuscrits n'auraient d'ailleurs fourni aucune leçon qui ne se trouve dans les copies utilisées par M. Wahlund. Lorsque je dis « utilisées », il faut s*entendre. M. W., s'étant borné à une reproduction matérielle dePun des manuscrits (celui de la Mazarine), n'a pas fait servir les autres à la consti- tution du texte. C'est à ce point que la lettre ornée par laquelle commence, dans le ms. de la Mazarine, le texte de Brendan ayant été coupée, avec quelques bouts de lignes, M. W. nous donne (p. 103) un texte qui commence ainsi : nion... tir... Bran... qui ttioult... délit euse a oir a cors et a ame.,. ei il est voirs qu'il fti tte^. Il lui eût été bien facile de rétablir, au moins en note, la leçon complète, que je donne ici d'après lems. nouv. acq. fr. ici 28 : « En la vie de Monseingneur saint Brandain, qui moût est deliteuse a oir a cors et a ame, trovons escrit qu'il fu nez... » M. W. a cependant fait un certain usage des copies qu'il a eues à sa portée. D'abord il donne, je n'ai pas bien compris d'après quel système, un certain nombre de variantes ; et, de plus, il présente, aux pp. XXXVIII à XXXIX quelques remarques intéressantes sur les rapports - de certains manuscrits. Mais il n'entrait pas dans son plan de pousser bien loin CQS comparaisons, et d'ailleurs il n'avait pas les éléments nécessaires poui — le faire J. Quant au fragment de Besançon, que M. W. a reproduit en fac-similé» je ne vois pas en quoi il méritait cet honneur exceptionnel. Reconnaissons toutefois que cette reproduction pourra servir à l'enseignement de la paléo— graphie dans les universités. On a vu plus haut que M. W. avait fait une longue série de notes sur la première version (B. N. fr. 1553). L'érudition qu'il déploie est abondante et en général assez sûre. Çà et là pourtant on pourrait trouver matière à contes- tation. P. 227, M. W. rattache à Brendan les noms propres Brenton, BrM- doHf Brandeiiy Brentano. Est-ce bien sûr? On assigne une autre origine à Bren- 1. Voir d'ailleurs Romania, WWW, ^. 2. Ce ms. forme groupe avec les trois légondicrs attribués à Jean Belet. 3. Forme groupe avec le ms. de Chcltcnham et avec celui de la Ma7arine. 4. l-orinc «groupe avec le ms. 10326 de Bruxelles. 5. J'ai t'ait, coinnvj on Ta vu plus haur (p 217). un classemeni partiel des anciens lé^cndicrs français. Ceu\ que j'ai laissés en dehors de ce classenieni se rattachent ordinairement à deux ou trois groupes ditférents. E. ROY, Mystère Je la Passioti 467 tanoK — P. 246, Texpression « l'autre an » est mal expliquée, elle équivaut ici à « Tannée suivante ». — P. 257, il" n'était peut-être pas bien utile d'écrire une note sur saint Paul l'ermite, mais, si on le jugeait à propos, il eût fallu citer la vie écrite par saint Jérôme de préférence à la Légende dorée. La publication de M. Wahlund pèche quelque peu par le défaut de symé- trie. Il y a un glossaire et des notes pour la première version : il n'y a rien de pareil pour la seconde. Ce qui n'empêche que l'ouvrage pris, dans son ensemble, est utile et digne d'éloges. P. M. Le Mystère de la Passion en France du XIV^' au XVP siècle. Étude sur les sources et le classement des mystères de la Passion, accompagnée de textes inédits, par Kmile Roy, professeur à l'Uni- versité de Dijon. Dijon, Damidot frères, Nourry, Félix Rey, Venot; Paris, H. Champion, A. Rousseau. In-S», viii-123* et ^12 p. (Extrait de la Revue bourguignonne publiée par l'Université de Dijon. 1903. T. XIII, n<» 3 et 4; 1904. T. XIV, n°^ 3 et 4). Les travaux de l'érudition française ont été jugés quelquefois trop simples et trop superficiels. Ce reproche ne peut certainement pas être fait à ceux de M. Emile Roy, dont la complexité savante et méticuleuse n'a rien- à envier aux mérites ni peut-être aux défauts, volontiers considérés, à tort ou à droit, comme l'apanage de la science germanique. On remarque tout d'abord ce caractère dans la disposition même, un peu étrange, et la double pagination du volume dont il s^agit, et dont la première se distingue de l'autre par un astérisque. L'utilité de cette complication n'est pas évidente. Elle a été motivée sans doute par les circonstances de la publication première dans la Revue bourguignonne. Dans les précédents travaux de M. É. Roy sur notre littérature dramatique du moyen âge, la complexité scrupuleuse de sa méthode, jointe à un pen- chant non moins remarquable pour la hardiesse un peu téméraire des con- îe<:tures, avait induit l'auteur à dépenser une somme énorme d'érudition, utile d'ailleurs par elle-même, pour aboutira des conclusions plutôt erronées. Cette fois, au contraire, éclairé par l'expérience et par les observations de la critique, M. Roy a obtenu par ses investigations des résultats fort importants et, toute réserve faite des points discutables, jeté une vive et durable lumière sur la question assez obscure, difficile et délicate des sources et du classement des mystères de la Passion, Pour la généalogie même des textes dramatiques et leur dépendance les I. Voir Pott, Die Personen und Familiennanien (185}), p. 336. 468 COMPTES RENDUS uns des autres, les observations de M. Roy sont de celles dont il faudra désor- mais tenir le plus grand compte, alors même que Ton ne se rangerait pas toujours entièrement à son avis. Nous ne croyons pas, pour notre part, que la Passion de Semur soit une imitation de la Passion du manuscrit de la Biblio- thèque Sainte-Geneviève, mais bien que Tune et Tautre dérivent d'une source commune. Considérée dans son ensemble, il nous paraît excessif de voir dans la Passion d'Auvergne, d'ailleurs rédigée en fraiçais, un texte de transition entre la Passion du ms. Didot et les mystères rouergats. L'étude spéciale, consacrée par M. Roy à chacun des textes qu'il a exami- nés en vue du classement qu'il en voulait faire, est généralement excellente, riche de renseignements et d'indications nouvelles. Telles sont entre autres les analyses critiques de la Passion d'Autun, objet ici d'un travail très judi- cieux de reconstitution, de la Passion de Semur, dont le texte est pour la pre- mière fois intégralement publié d'après le manuscrit 904 du fonds français à la Bibliothèque nationale, et de la Passion d'Auvergne. Les textes inédits ou peu connus dont l'étude de M. Roy est accompagnée ne seront pas un de ses moindres titres à la reconnaissance des érudits. Nous signalerons, à ce propos (p. 302), un curieux petit fragment relatif i la scène bien connue du Procès de Paradis, Ce fragment, relevé dans le manuscrit 934 des Nouvelles acquisitions françaises à la B. N., a dû faire partie soit d'un mystère du Vieux Testament, soit d'un mystère cyclique. Seulement, M. Roy a été victime de h mauvaise disposition donnée à ce fragment dans le manuscrit, où le feuillet qui le renferme a été inséré à Penvers, le verso à la place du recto, et réciproquement. L'édition, comme le manuscrit, a donc, pour ainsi dire, besoin d'être retournée. Il faut commencer par a En leur maulvaistié bastissent » et finir par '< Lauda, Jherusolem, Dominum ... Lauda Deum tuum ». Les textes publiés par M. Roy sont empruntés non seulement à la littéra- ture dramatique proprement dite, mais aussi aux sources narratives et paré- nétiques où elle a puisé, et qui forment un si vaste courant dans la littérature religieuse du moyen âge. L'étude de ces sources, ainsi que des sources théo- logiques, de la part qui leur revient dans les mystères de la Passion et des renseignements à en tirer pour le classement et l'appréciation de ces mvstcrô, est une partie capitale et, autant que nous en avons pu juger, extrêmement méritoire de l'ouvrage de M. Roy. Nous ne croyons pas exagérer en disant que cet ouvrage est l'un des plus remarquables qui aient paru en ces der- niers temps dans l'ordre des études auxquelles il se rapporte. Il est donc tout à fait digne de la haute récompense (prix La Grange) qui lui a été attribuée par l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Marins Sepet. j \ u. LEVi, / monumenti del dialetto di Lido Ma:(pr 469 Notes on celtiC Studies, by Ivor B. John, dans les Tramactiofis oj the Gttild 0/ Graduâtes qf Ihe Univers ity of W aies for the year 190), Cardiff, 1904, p. 9-17. M. Ivor B. John analyse dans ce mémoire un texte gallois, jusqu'ici inconnu, qui raconte, en prose mêlée de vers, un épisode des aventures de Tristan et d'Iseut. Ce récit se trouve dans deux manuscrits, l'un du xv« siècle, l'autre du xviic, conservés dans la Free Lihrary à CardifF. Tristan ab Trallwch et Iseult, accompagnés par un valet et une servante, celle-ci nom- mée Golwg Hafddydd (summerday aspect), se sont enfuis à « Koed Kylyd- don » (the wood of Scotland). Mark, Arthur et leurs hommes enveloppent la for^t ; mais personne n'ose combattre Tristan, par crainte d'un privilège magique qui est le sien : quiconque le blesse ou est blessé par lui meurt. Suivent des incidents très obscurs (^peut-être dans l'original, en tout cas dans le résumé.de M. Ivor B. John), où interviennent Kai et Gwalchmai. On croit comprendre pourtant que, renonçant à s'emparer des fugitifs par la force, Arthur et Mark envoient vers eux des ménestrels pour enchanter Tristan par la puissance de la musique, et que ce stratagème échoue. Finalement Tristan se réconcilie (on ne ^ait pourquoi) avec Arthur et remet entre ses mains le sort dlseult. Arthur décide qu'elle appartiendra tour à tour aux deux rivaux, à l'un tant que les arbres auront des feuilles, à l'autre tant que les arbres seront sans feuilles ; c'est le mari qui choisira la période qu'il préfère. Mark choisit le temps où les arbres sont sans feuilles. Quand Iseult l'apprend, elle chante joyeusement : « Ainsi j'appartiendrai entièrement à Tristan, car le houx, le lierre et l'if gardent leurs feuilles toute l'année. » — On ne con- naissait jusqu'ici, sur la légende de Tristan, aucun texte gallois aussi déve- loppé. Divers indices, par exemple le surnom de la servante d'Iseult, font douter, à première vue, qu'il soit fort ancien. Surtout, les noms dé Tristan et é^ Iseult (si du moins M. Ivor B. John les a transcrits fidèlement) ne peuvent venir, directement ou indirectement, que des poèmes français. M. Ivor B. John ne dit pas s'il se propose d'étudier plus à fond ce texte, peut-être important ; nous souhaitons vivement qu'il soit bientôt publié. J. BÉDIER. Ugo Levi, I monumenti del dialetto di Lido Mazor. Venezia, Visentini, 1904. Gr. in- 80, 80 pages. L'Autore continua i suoi studii sui dialetti antichi dell' estuario veneto. Ai « Monumenti più antichi del dialetto di Chioggia » (Venezia, i90i)fanno ora seguito quelli di Lido Maggiore. Sono processi verbali spettanti al 1312- 19, di cui ci furono conservati gli originali. Son per lo più risse fra barcajuol e donnicciuole ; dispute di mio e tuo, per il prezzo d'una taverna, per certi denari che l'uno dice aver pagati e l'altro sostiene non aver ricevuti ; tre 470 COMPTES RENDUS ladri di pesce, cîascuno dei quali si studia riversare la colpa suglî altri ; e cosi via. Chi mise in carta le deposizioni sembra aver riprodotto fedelmente quanto udiva. L*interrogato parla quasi sempre in prima persona, c (corne ii popolo suolc) riferisce spesso le parole degP interlocutori : « lo dissi, Ed egli, Ed io... » Ne risulta una série di scenette vive, spigliate, piene di natura- lezza; le hariife cb:o{ole più secoli prima del Goldoni. Air interesse pcr la storia del costume s'a^giugne quello linguistico. La parlata.si stacca dall* use délia città in grado suporiore a queila di Chioggia. Grazie alla fedelta délia riproduzione, non snno molle le oscillazioni di fonemi e di forme; poche le infîltrazioni leiterarie, e queste dovute al protocollista, che in fondo di poco si sarà sollevato al disopra degP interrogati. Il movimento drammatico fa si che in fatto di forme verbali queste poche pagine offrono messe, più abbondante che moite altrc scritture di gran lunga più estese. L'autore ha condotto la sua cdizior.e molto assennatamente e la corredb di utili illustra- zioni. Egli ebbe il gentile pensiero di dedicarlo* a me, consîdcro dover mio contribuire ne io saprei modo migliorc di esprimergli la mia riconosccnza che Tnssociarmi al suo lavoro, rendendo alquanto più précise talune délie sue osservazioni e facendo poche aggiunte. § I . La metafonesi concerne non e, o in générale, ma e^ o chiusi o stretti che si vogliano dire. § 4. « / in ^ in posizione : hnpui^ spense, X'etiço, comaiço^ destrenfer, consejo. 0 S'intende che si traita sempre di / brève ; e poichè î > ^ è fenomt générale, risalente a remota etâ, giovava aggiungere : « anche /f , ove dinai» a certi nessi consonantici il toscano conserva (o ripristina) Tf . » E si dica K stesso al S 5, « u (1. ft) in 0 in posizione : conçer, ponta ». § 6. « / conser\-ata : dite, tmiistrCy siiUi » ; S 7 " " conscrvata : produte^ ^-^ *< aîtrUy multo ». Più esatiamenie : /, ti. 5 12. Trattando del dileguo délie vocali atone finali, giova distinguere ' î casi in cui procède una sola consonanie semplice o (molto più di rado" ^mz)) geminata da quellî in cui la vocale si dilegua dietro un nesso di consonanti L'uliimo caso si risirigne a -tro -ire, che danno-/^r ; solo la prima farmol=:: è indubbia; nclla seconda si potrebbe ammettere mctatesi. Ed invero TA. che registra iiiiter, enter, mahter Jove traita di -a, non fa cenno per -[i»] <■. -menter z= -tnentre — -mente negli awerbii. — v Dileguo di-odopo -/ (f) » Si riuniscono qui, inirammezzando gli uni agli aliri, esempii quali m^y, for ' Wi/y, voj e presi (prezzo), savi, dmcordi^ ecc. È indispensabile distinguere ^^ » i primi eliJono V-o dopo consonanie, e sono voci popolari; nei second'* ««^ ■» semisdruccioli, V-o si elide iopo vocale; e le voci spettatio allô strato dotii nale. — Fra gli esempii di -e dileguatosi dopo s (ss) si registrano forme ver- bali di perfctto e di impcrf. soggiunt., le più di 5» persona, parecchie di i •- Ora non v*ha dubblo alcuno che nelF imp. sog. la i* pers. csca, corne io latino, in -<•, co<\ che il distinguere e voles da el voles pu6 parère inutile; nru quanto alla i ' del perfetlo forte le forme, spensi, viti, avi d costringono a muoverc, rispct:o 1' près, e iras y-j^ Ja -si. Questi esempii andavano M. U. LEVî, / tnofiutnenti del dialetto di Lido Ma:(pr 471 c|uindi recati alla rubrica « dileguo di -/ dopo 5', » che ora manca. Data I*i]scita in -/ per la 1* persona, leggeremo 27» 60 non an crerauey ma an crerau'e^ con renclisi del soggctto, di cui qui appresso al $ 92. Del pari 14'' 14 in.on et cosi trase le tnan^ ma tras e. 5 iS. Eflfetto di consonante labiale si ravvisa corne su vocale che précède -^worna^rnir ecc. — cosi su quellache segue in mo m agi s. S 22. Di -* in -o si recano due série di esempii, maschili di 3* (fanto, sango ^cc. e 5« di perfetlo forte (yito, avo.) — La prima ricorrc poi di nuovo ^•-1 S 55 « nel sing. masch. dei sostant. e nel masch. e femm degli aggett. 6 SkOStituita air e la terminazione 0, j > . Si ammette quindi prima un fénomeno mctico, poi uno morfologico. Mancando esempii conchiusivi di -« >• -0 — "«mminili di 3*, infiniti, indcclinabili — , non esiterei a scorgere m/atito :c. rautamento di dcclinazione, chieJcndo se per avvcntura anche avo ecc. vson si debbano ad alcuna analogia morfologica. S 23. Tra gl' indcclinabili in -a non si doveva dimenticare maja m agi s. 5 25» « // in/ (t) : paja scavïata, tojo, ptando. » Meglio lener distinti gli esempii non al tutto conformi. Ne è esatîo dire che // dia 1. Preferiremo : ^«1 j >• j, che siquando précéda 1 si confonde con esso. » § 28. Dileguo di c intervocalico : oltre, plaidoy voiJàj esempii sut generis ^•^ ki' > -^f I- > -^ji' > -^0, si regisîra dies^ che non in via fonetica, ma solo 'per analogica formazione risponde a dikesse. 5 S9- « Articolo. Per il masch. sing. la forma îo si alterna con el anche Xïei composti »>, con che s'intende dire dopo le preposizioni. Ora il vero si è <:hc, quai soggetto ed oggetto diretto (accusatiyo), Tunica forma è/o. Nume- Tosissimi gli esempi ; non una sola eccezione. L'enclitica non ha luogo mai plur. vui e vu ; in forma enclitica vu ; ai rado h. > Quest' ultima farma, che sarcbbe intéressante, quai esempîo del gaveu, dùtu venexiano, nul nastro cesto non ricorre ; è ben veto che l'A. stampa mil^u-u, ma qui, s'imende, abbiamo voU-vu. — n di j» pers, âng. : eti, el, »*», Dubito dcir esisieniia di «* ; su «' navra-nu si veda qui appreiso al $ 9; ; in na lo tocM il coù li mis' -t' le man en cavo, nulla osia a leggere mise, oon V-t conservata, corne alirove nella y di perfello fonc. S 91. Tratundo dei prouomi, si di« fréquente l'uso di ii piconasrica. Ma in £/ a quesle parole si entra Nicdi, e H n vegni lofante, r là si tvti AïftrUai nOD esiccremo a riconoscere la particdia sic (quindi, seconda t'uso &olîto : li), cosl cara al fcancese ed ail' italiano di quel tempi. Nel quarto- est m pio diato £ 'Nicclà ii se tnenaiM Ji li leini non v'ha Jubbîo alcuno che si tratra di 92, u I pronom! personali di caso nomin, sono spcsso endiiici ». Si chiede ad libitum a dieiro akuna norma. La norma c'è, ed t la stessa che nel franc, antico. Qpando in una proposmonc principale il verba é preceduto lUU* oggetto o da aliro avvertnale, i! snggetio pronominale (a non dit qui che S esso) si pospone al verbo, assuniendo la forma enirlïtica. Q^ïtidî n' m Jtf xi) e et xi; ne dej-t' ; el i ntt la spensi (spinii) e el coji mi fo ipetis'-^. Ahri csempii ; e cosl er'-f', mo tanlo audi-r', nncé acusarô-e'; e ont /osemo-w» (fummo), el ne i vegnii ptr (vgar, an portù-l slo bon lioon (ma ei porto), e eoii serà-1 la /rnestra et coii ea^i-U tn concordto (caddero d'accordo). E qui spetuno altresl agngra no nu partiroje, an pur satiroje, ove o-jé ê il pronome, o — che mi par meglio^ abbiamo una t* di futuro in -01, conuminaiione di -«ed -4/. Pare eccezione, e non è, el en qiiesta e' li mnm(ai, en qiiela e' li menai; coUli locuiioni avverbiali stanno corne da sË. Nella stessa guisa il Franc aai. avrebbc deito : A ce mût Je li dis. 9i, K II pronome personaie dativo précède l'imperatlvo ■; 94. a AI perfetio o obliquo; e cosk pure il riflcisivo. 1 lel solo daiLVo, ma altresl dell' aaxu- : délie forme atone) ; a" che il pro- )n solo al perfeiio, ma a quatsiasi fotsM ;run moiivo di regisirare a parte il rifles- un personale obliquo. Voleva poi essere di proclicica od enclitica, Ë quella che d' nichi francesi, proveniali ecc., c ch'io o brève studio, inseriio neila Misccllanta Caii-Canetlo. Qjiando la proposizione principale comincia col verbo, scn>- plice 0 preceduio dalle particelle e, mai, endisi; quando incocnincia con aitn voce, p. es. ~pcr indicare i casi piùfrequenti~con il soggeiioo laparticcIU tiegativa, proclisi : Dïssemi : ventu t dissemi ; non emifeisà, mu diiumi e £i mi disse, non mi d. Non alirimenci nell' imperaiivo : Dilemi; vtniU gair diteini; non negale, ma dilemi.e : Or mi dite. (La lingua raodema rcse gene- : il pronome personale di Si noii anzi tuito : 1° che si sativo (ed in ambeduc i casi nome obliquo atono si pospone finira de! verbo ; 3' clie non c'È sivo, non essendo anch'esso cl: ricordati la norma che regola l'i scorge osservaia in tutti i testi rispeiio agi' iialiani esposi ' u. LEVi, / monumenti del dialetto di Lido Ma:^or 473 raie neirindicativo la proclisi, nell' imperativo di 2* persona Tenclisi ; Timpe- rativo di 3*, che invero è un soggiuntivo, va con l'indicativo. Noi diciamo dair un lato : Mi disse e mi dica, dall* altro or dimmi.) Aile norme medievali si attiene scrupolosamente il nostro testo, salvo che — corne già in franc, antico ed in italiano — nelle proposizioni interrogative incomincia a far capolino Tuso raoderno. Bastino pochi esempii. Indic. : Comanda*'li ; Iras locortely de*-îi soto hraço — Pero me mena de un roncon et de^-me.e* lituW e dé-li ma, é* branchai .,, e si' H dei ; Imper, : Andà-ne, ma mo'me dit. Si sarebbe detto e' branchai e de* li, ma basta un s\ dinanzi al verbo perche sottentri la proclisi : e s\ U dei. Con la scorta di queste osservazioni è dato modificare qua e là la distinctio verborum, prescelta dall' A. 2^ 35 et e* naurà-me la goneîa et i naurà-îi la g. Se e\ come ammeite TA., stesse per eli o ely Tendisi non avrebbe ragione di essere ; va letto enavrame, con che si eliminano due degli esempii di e* = el\ V. qui sopra al § 61. L'A. ifova es. di w/^ = inde in et quando ven-de la doman ; anche qui mancano le condizioni di Tenclisi ; si traita del de (più fréquente è da) temporale, y 4 l'A. propone un' cmendazione, che non ci è dato accettare ; egli stampa : Çan d'Autin (îf) domandà-li xvj dr., con che s'avrebbe un' enclisi non giustificabile ; si conservi il primo li e al secondo si dia il suo valore di articolo. Si sarebbe potuto raccogliere un manipolo di movenze sintattiche non prive d'intéressé. Ricordo fra altre : e in principio di proposizioni principali precedute da una temporale o da gerundio : quando fo la doman, et e dis ; et cum nufosem al pont, e nu trovasem (trovammo); stando cosi et e* audii; chi me des una gautada, e* li doravi una cortelada ; stando co h me* cortel en man, che tajava ; e* non so che no ve caço (caccio); da-me la engestara, se no chetefarà mal ; Domandà se Maria... ge mis man, dis : No, che (ch* e* ?) vedes ; viti li prediti menarse..., mo che credes ch* eli se tocas, no e altro ve che sapa que elfe, no so. Nel glossario o nella lista degl' indeclinabili andava ricordato mis man ad une speuto e dis : en pe* che te pas, che forse non a tutti i lettori sarà chiaro. En pe* (più spesso a pe*) significa « vicino, appresso » ; quindi « manca poco che non ti trapassi, per poco nom ti trapasso ». Entivar è spiegato « cogliere nel punto » : 2*^ 8 ^/ li vit un cortel en man et entivà ; el leva lo rem et vos-ne dar ço (giù) per la testa, et e* entivai co la me\ si ch'el no me/e* mal. Qpi il verbo sembra avère significato aliquanto diverso dair attuale « cogliere nel punto » ; nel primo luogo uno brandisce il col- tello, lo vibra contro l'avversario, ma non colpisce; nel secondo altri alza il remo e se ne fa riparo. A. MUSSAHA. 474 COMPTES RENDUS L'origine des Ossalois, par Jean Passy, ouvrage re\'u, complété et préparé pour la publication par Paul Passy... Paris, Bouillon, 1904. In-S® de xvi-260 pages, accompagné de 6 cartes (forme le fasc. 152 delà Bibliothèque de F Ecole des Hautes Études). M. Paul Passy a rendu un grand service aux études romanes en mettant en état de voir le jour la thèse soutenue à l'École des Chartes par son frère Jean, en 1892, sur l'origine des Ossalois '. Il explique minutieusement dans l'avant-propos comment s'est fait le volume qu'il vient de publier et quelle est la part qu'il y a prise personnellement. Il est regrettable certes que M. P. Passy n*ait pas trouvé, comme il l'aurait désiré, « quelque jeune roma- niste qui aurait pu reprendre et achever les recherches commencées » , mais ses études p>crsonnelles ne sont pas assez étrangères à la philologie romane pour qu'on puisse dire que les papiers de J«an Passy sont tombés en de mauvaises mains ^ Non seulement M. Paul Passy s'était souvent entretenu avec son frère de cette thèse « moins grande par les résultats positifs de l'enquête entreprise que par la méthode scientifique employée », mais il a travaillé sur place en Béam, à la fin de l'été et pendant l'automne de 1898, et il a pu reconstituer, voire compléter la plupart des cartes dialectologiques de Jean Passy dont la perte, quoique inexpliquée, parait malheureusement trop certaine. Tout autre eût difficilement fait plus et mieux; lui seul, en tout cas, pouvait écrire la si touchante « Notice sur l'auteur » qui occupe les pages xi-xvi et que ceux mêmes qui n'ont pas connu personnellement Jean Passy ne liront pas sans émotion. Jean Passy formule ainsi (p. 9) ses conclusions essentielles, au nombre de trois î : i^ La vallée d'Ossau était occupée à l'origine par une population dont le patois possédait tous les traits caractéristiques des parlers montagnards de l'Hst et de l'Ouest; 1. Jean Passy 6. 1. 3, Ciirte tto 2 : lire ritftrw'i: ib.. 1. 56, Rittiprcoou : li e A';V///r/;'(7; ; p. 37, 1. .4, seul: lire sri'le: p. 51, 1. dcrn.. I;iitn : lire l^nrti: p 97, ). 9, Jlbuwissis : lire Alhn- Ciisis: p. 129, 1. 27, Ihiuu^H'rs lire //.Vi/z/^M '5 : p. n6, 1. 1 5, etc., Reytnond : lire A'j\w.i/.' / ; p. 1)1, 1. 6, \iciiiSSo< : iirc /'/(«/ôm'.s : i^., 1. 12, /-////;'c'i'r : lire /..//;.,.;,: ii\, 1 12, di! iinillj! : liie 'niUiti.ilhit \ p. 152, 1. 24, »i\<^/ii-/;, ivi:,r : lire ..■//«•/;, iiii;rl;: p. i 5.1, 1. ig et p. i)), 1. i, 3, iS, 21, 52, */"./;- iiil : lire /■". .■./.'/; p. \ )l , note 2, /.■ r.// : lire l.e^nn : p 157, I. 23, (rontiaux : lire (i.'riiuN.i : \\ I )N, |. 20 el note 2, /;./. Mrx t : lire If. Mey(r-Lû!'ke. — Dans 1.1 c.ine 1 le i.oni (:^r\t biii ni -Coù'/ \ dt it cire lu .S./.w//»'-(,'i1m»«,w<-. 3. On iroiivera p. 143 une énuméraiion plus détaillée ou Jean Passy groupe sous le titre de c conclusion » sept faits qui résument tout son travail. j. PASSY, L origine des Ossalois 47s 20 A une époque ancienne, cette population a été remplacée, sauf dans trois villages, par une émigration venue de la plaine ; 30 Cette population avait quitté Beneharnum lors de la destruction de la ville par les Normands, au ix« siècle. Ainsi Tétude comparative du patois actuel de la vallée d'Ossau et des patois voisins a suffi, semble-t-il, pour projeter des rayons lumineux dans les profondeurs de la nuit médiévale ; Jean Pa^sy a suppléé, par toutes les res- sources d*un esprit à la fois observateur et logicien, au silence des textes. Je suiseffravé, je l'avoue, de l'assurance avec laquelle Fauteur présente ses con- clusions comme « bien démontrées », mais j'admire très sincèrement la vigueur avec laquelle il a poussé sa pointe, et l'habileté avec laquelle il a groupé les fiiits linguistiques observés par lui pour frapper l'esprit du lecteur et l'amener à admettre, au moins comme vraisemblables, les conjectures si graves qu'il en a tirées. Voici les faits. Sur le versant nord des Pyrénées et dans la plaine subjacente, depuis le pays Basque jusque sur les bords du Salât, la forme de l'article défini est et ets au masculin, era crus au féminin, tandis qu'ailleurs on ne connaît que h la au masculin, la his au féminin ». Jean Passy appelle patois de la montagne celui qui emploie ^', patois de la plaine celui qui emploie h. Or la vallée d'Ossau, qui géographiquement appartient à la montagne, se rattache linguistiquement (sauf les trois communes de Castet, Izeste et Arudy) à la plaine : il y a solution de continuité entre la vallée d'Aspe et la vallée d'Azun, qui Tune et l'autre appartiennent au domaine de W, tandis qu'Ossau est du domaine de îo. L*état actuel peut-il être considéré comme primitif, c'est-à-dire comme dû à un développement lo:al ininterrompu du latin vulgaire introduit dans cette vallée par la conquête romaine? Les trois communes réfractaires de Castet, d'Izeste et d' Arudy qui sont, pour ainsi dire, à l'embouchure d'Ossau, et qui, en contact avec la vallée d'Aspe, à 1 ouest, atteignent presque la vallée d'Azun, ù. l'est, ne sont-elles pas des témoins d'une époque où la continuité linguis- tique existait entre toutes les vallées? A la première question, Jean Passy répond : non; à la seconde : si. Il c/onne ensuite des raisons pour repousser l'hypothèse d*une invasion de forme et se trouve amené à conclure qu'il y a eu une invasion de population. Quant au point de départ de cette invasion, que l'auteur place au ix* siècle à Benehar- t^'^rn (aujourd'hui Lescar) au nord-ouest de Pau, j'avoue qu'il reste pour "^^^i ^extrêmement hypothétique et dans l'espace et dans le temps. J'en arrive "^'^"ï^: à me demander si la théorie de la « continuité linguistique » n'est iî> u 11 leurre, quelque chose comme l'horreur du vide at ribué à la Nature '*' ^ ^^s physiciens de jadis. Il est indéniable que nous trouvons juxtaposés sur I . Je néglige les variantes, bien entendu. 476 COMPTES RENDUS certains points de l'espace des patois qui disent et et des patois qui disent h^ sans que nous puissions rendre compte, ni par Thistoire, ni par la géographie, des raisons qui font que la juxtaposition existe à ces points précis plutôt qu'à d'autres. Pourquoi, si la juxtaposition proprement dite se complique d'un enchevêtrement partiel, faire appel à des hypothèses secondaires, lorsque nous renonçons à toute hypothèse primitive pour expliquer la juxtaposition elle- même ? Je me plais à rendre hommage au vigoureux effort qu*a fait Jean Passy pour appuyer sa thèse de considérations à la fois historiques et linguistiques, mais je crains qu'il se soit fait illusion sur la puissance du levier avec lequel il a cherché à soulever le lourd couvercle qui nous dérobe le passé. En tout cas, la tentative était belle, et elle nous a valu, non seulement sur la vallée d'Ossau et les vallées voisines, mais sur tout le sud-ouest de la France une riche mois- son d'observations linguistiques qui fait de VOrigine des Ossahis une œuvre de marque dans le champ des études dialectologiqucs. A côté des formes de l'article, un certain nombre d'autres faits linguistiques ou de mots curieux ont été l'objet de recherches plus ou moins étendues au point de vue de leur répartition géographique ou de leur développement chronologique. Il est clair que quand on voit marcher, d'un côté Ossau et la Plaine, de l'autre Aspe, les trois villages (Castet, Izeste et Arudy) et Azun, la thèse de Jean Passy apparaît comme une conclusion légitime des faits; mais il faut reconnaître que si dans beaucoup de cas les choses se présentent comme il vient d'être dit, il n'en est pas toujours ainsi. D'ailleurs l'auteur sait s' intéresser aux faits en eux-mêmes indépendamment des conclusions qu'on peut en tirer au point de vue de sa thèse : il semble les avoir bien observés, et l'interprétation qu'il en propose est presque toujours satisfaisante. Il suffira d'indiquer quelques-uns des points qu'il a étudiés : / mouillée suivie d'5 ;/ primaire et secondaire; désinence latine -cUum *; a posttonique; d intervocalique ' ; représentants actuels des types latins fenestra, hominem, butyrum, *ranucula, ovicula et *ovucula, sex; conjugaison de a venir » et « tenir »; parfait de la première conjugaison, etc., etc. Sous ces titres il n'y a parfois que des notes de quelques lignes, mais la plus courte a son prix et témoigne toujours de l'attention et du discernement de Jean Passy. En ravivant sa mémoire, le livre qu'on vient de publier redouble les 1. Les efforts de Jean Passy pour relier les formes gasconnes en et aux formes en ec et les unes et les autres au type latin n'ont pas été très heureux ; M. Paul Passy a rejeté en appendice la théorie de son frère et l'a remplacée f)nr un exposé personnel de la question où, à côté do rapprochements avec es dialectes siciliens (depuis longtemps indiqués par M. Foerster et par d'autres), il invoque ce qui se passe en Lorraine et en l'rancbe-Comté. 2. Ou inti'ri\\-iiJ, comme dit l'auteur, ce que je n'aime ^ucre. J'aime moins encore rivaliser au sens de « rendre plus sonore » (p. 59), d'autant moins que cela oblige M. Passy à dire voyelliscr, qui n'est pas beau, au sens où un chacun dit vodiliser. j. PASSY, V origine des Ossalois 477 regrets unanimes qu'avait causés sa mort prématurée et laisse Timpression que le vide causé par sa disparition dans le domaine de nos études sera dif- ficilement comblé ' . A. Th. I. Sauf les nombreuses fautes d'impression signalées plus haut, il y a bien peu de chose à reprendre dans le détail. P. 51, la Cansoti Je la Bertat est citée en tète d'une série de textes du xiiic siècle où l'on trouve quelques exemples de l'article el : il aurait fallu rappeler que cette misérable rapsodie, consacrée aux exploits de Dugucsclin en Espagne, a été fabriquée au xviie siècle (cf. le mémoire de M. Roschach dans la Reime des Pyrénées^ année 1890, pp. $6-73 et 287-384). — P. 68, le type latin correspondant d l'Aspois haich (comme k l esp. bajo, d'ailleurs) est *bassium, non bassum. — Ibid.y il est inexact de dire que « />, /, ^ intervocaux se sont vocalises partout sauf en Aspe et Barétons » : le / de vite 11 us se retrouve presque partout en Béarn et ailleurs, notamment dans les traductions de la parabole de l'En- fant proiigue publiées par Jean Passy lui-même, p. 27 et s.; cf. bito < vita à Pau et à Nay (ibûL. p. 28 et 29),' betoure < betulla à Lys et à Sainte- v Colomme (d'après Lespy et Raymond), etc. ; d'ailleurs la question de savoir s'il s'agit du maintien des sons primitifs ou d'une nouvelle évolution des sonores en sourdes aurait due être examinée. — P. 117, il n'y a pas de rapport étymologique entre Lisseube et Lasseub^iat : le premier seul vient de silva; le second, altération récente de Lassaubelat, remonte à salvitatem. — P. 1 56, l'auteur explique le changement d'/ en r dans sonrelh et Hri par l'influence de r/ qui suivait 1'/ en latin; passe pour //>/ (cf. miria < milia), mais le changement de 1'/ en r dans sonrelh est dû exclusivement à la présence d'une autre / dans le mot : c'est unphénoml'ne de dissimilation. i PÊRIODiaUES Zeitschrift Fi'R RoMANiscHE Philologik, XXIX (l90>), I. — p. I, W. Foerster, Der Pfiu^ in Frankreich imd Vers 2i)6 in Karl des Grossen Wallfdhrt nach Jenisaleui. Aux vers 296-297 du Pl'hrinage, le poète nous montre Hugues le Fort en train de labourer : Une verge d*or fin tint li rcis en sa main, Si a conduit son aret tant adrccienicnt, Si fait dreite sa rci[c] cum[e] ligne qui tcnt. Qu'est-ce que aret, qui n'est pas attesté ailleurs ? Si on ne doit pas le con- server dans le texte, faut-il lui substituer, comme on Ta fait, arere? G. Paris conservait art*/ en lui donnant le sens de « labourage »; M. Focrster pense que iirtl < ara tu m ne pourrait signifier que « champ labouré », il avait déjà proposé de lire i/rtT, substantif verbal = labourage, il suggère encore une autre correction : Si a conduit s'aiée^ c'est-à-dire « son sillon », ou plu- tôt son « trait de charrue ». Mais il tient surtout à montrer que arere est impossible, et il se fonde pour cela sur une étude très neuve de la répartition géographique de arerc et de charrue d'après Y Atlas linguistique de la France. Il résulte de cet examen que le mot charrue s'est superposé et a tîni par se sub- stituer à arere, parce qu'il désignait un instrument nouveau et plus compliqué (en particulier la charrue a un avant-train qui manque à Varere). Par juiie : 1° arere et charrue ne peuvent pas s'appliquer au même objet ; or aux vers 283, 299, 317, 320 du Pihrinage il est question de la charrue de Hugues le Fort ; 2° il va de soi que l'empereur de Constantinople ne saurait avoir que l'instru- ment le plus perfectionné, donc pas d'arere, — cet argument ne me paraî- trait pas très décisif, le poète ayant pu attacher, moins d'importance à la manière dont était construit l'instrument de labour qu'au métal précieux dont il était fait; — 30 on nous dit que la charrue a des roës, c'est donc bien une charrue à avant-train. En outre, l'on ne saurait objecter que le poète a bien pu désigner le même objet, tantôt par son nom exact et tantôt par un équivalent mémo très imparfait, car, tout au contraire, quand la même situation ou le même objet reparaît en divers endroits de son récit, il a cou- tume de les exprimer toujours par des phrases ou des mots identiques. Ainsi pÈRioDiauES 479 arere doit être définitivement écarté de notre texte. J'ai laissé de côté dans cet exposé sommaire toute une partie de l'article de M. Foerster où il étudie la plupart des types divers que nous présente la carte charrue de Y Allas liugHistiqite\ cette étude a reçu quelques compléments aux pages 232 et 384 (fascic. 2 et 3) du même volume de la Zeilschrifl et M. Foerster a joint à son article un index des mots étudiés. L'on ne peut que partager les espé- rances que V Atlas fait concevoir à M. Foerster pour les progrès de la linguis- tique et de la philologie. — P. 19, Lucien Foulet, Maru de France et Us lais bretons, [Travail très original et d'une grande portée.. La thèse est que les auteurs des lais anonymes sont tous des imitateurs ou des plagiaires de Marie de France ; par suite, s'il est vrai qu'ils tiennent de Marie, et d'elle seule, tout ce qu'ils débitent en leurs prologues sur les contes des « anciens Bretons », les critiques ont tort, dans leurs enquêtes sur les origines celtiques de la matière de Bretagne, de faire état de ces renseignements de seconde main , ils devront désormais en faire uble rase. M. F. découvre, en effet, dans les lais anonymes des emprunts nombreux et certains à Marie, et plus on contrôle les rapprochements par lui proposés, plus on admire sa pénétra- tion et son esprit de finesse. Il a cause gagnée, semble-t-il, pour un certain nombre de lais : pour Graelent, où sont combinés trois lais de Marie, Lanialy ElidtiCj Guingiimor; pour Melion, simple réplique de Bisdavrety agrémentée de réminiscences du Brut de Wace ; pour Doon, qui est visiblement imité de Milan, sans préjudice d'emprunts accessoires à Guiiiemar\ pour d'autres lais encore, sans doute; mais les faits si ingénieusement groupés par M. F. se prêtent p.irfois à une autre interprétation que la sienne. Si l'on considère Le Désiré y par ex., les thèmes féeriques que développe le poète, les personnages qu'il introduit sont banals dans les tomans du cycle arthurien ; il n'est pas prouvé pourtant qu'il ait exploité Marie de France. Ou, si l'on préfère un autre exemple, le lai de VEspinc offre un cas singulier : on y retrouve épars une vingtaine de vers de Marie, à peu près tel quels. Ex. : V. 6-8 : Les estoires en trai avant Que encor sont a Carlion En^ el mostier saint Aaron ; cf. Yonec, v. 473-4 : A lafcstr saint Aaron Quon cehhrot a Karlion... — V. 95- 6 : Et vait avant, Si's a trove^ El lit gisant entracole^ ; cf. Equitan, v. 296-7 : Lt rei et sa femme a troih^ El lit gisant enlracole:^. Sur quoi M. F. traite l'au- teur de « plagiaire médiocre et inintelligent ». Mais on constate qu'il ne « plagie » ni les données principales de sa fiction, ni des situations de détail (quoi qu'en dise M. F.), ni des dialogues, ni des descriptions : rien que des bouts de phrase insignifiants. Il vole — je ne retiens que les rapprochements sûrs — 2 vers à Equitan^ 2 ou 3 vers à Guigeniar, 2 vers à Milun, 4 à Lanvaly 2 à Bisdavrct, 4 à Yonec, 15 ou 20 vers en tout contre 480 qui sont bien à lui. Etrange travail, en vérité, et sans analogue, je pense, dans l'histoire des lettres, car ces plagiats si compliques lui étaient parfaitement inutiles. L'explication la plus simple ne serait-elle pas que le lai de VEspinc est de Marie de France elle-même ? Elle aurait simplement, comme il lui 480 PÈRIODiaUES arrive souvent dans ses lais et comme il arrive à presque tous les écrivains en vers, repris dans r£5/)/*/i« quelques tours de langage employés par elle ailleurs, quelques rimes qui lui étaient familières. G. Paris avait déjà proposé {Rom,, XXII, 610) des raisons d'attribuer le lai de VEsphie à Marie de France, et je n'y vois qu'une difficulté, exprimée par plusieurs critiques, à savoir que ce poème serait « indigne du talent de Marie» : comme si elle n*était pas l'au- teur du Chaitivel^tf qui pis est, d'Equitanl Peut-être aussi M. F. écart'^t-il trop facilement le lai de Tyâorel de son enquête. Mais nous ne saurions entre- prendre ici ces discussions; il suffit que ces quelques lignes laissent entrevoir au lecteur l'intérêt du travail remarquable de M. F. et son importance. — T. BÉDiER.] — P. 57, K. Jaberg, Péjorative Bedeutungseniwicklung im Fran:^osisc1}en (suite). — P. 72, H. Vaganay, Le Vocabulaire français du XK/e sikle {smtt : Machineiir-Prasine). — Comptes rendus. — P. los, Obras de Lope de Vega, IX ; X, i (A. Restori). XXIX, 2. — P. 129, O. Dittrich, Ueher IVortinsammensetiung, aufGrund dcT nenfranxpsischen Schrijtsprache (suite de l'étude commencée aux tomes XXII-XXIV de la Zeitscbrift; à suivre). — P. 177, H. Vaganay, Le Vocabu- laire français du XVh sikh (suite et fin : Préceptrice- Zi^anietts). MÉLANGKS. — P. 214, G. Bertoni, Per il volgare di Modifia del sec. XIV, M. B. publie, en relevant les phénomènes linguistiques les plus importants, un acte notarié de 1327, qui est le plus ancien texte connu du parler wil- gaire de Modène. — P. 218, H.Schuchardt, Zu span. « ttiadroilo». M. Sch., revenant sur l'explication qu'il avait antérieurement proposée :*arbitroneus > *bedrono >> mi'drono sous l'influence de m^drar (^Zeitscbrift y XXVIII, 19} ; cf. Romania^ XXXIII, 4|>), pense que le changement du b- en m- f>ourrait être dû à Tinfluence de quelqu'un des noms de la fraise qui ont m- initiale (les noms de la fraise et de l'arbousier étant en rapport étroit) ; il étudie un grand nombre de dénominations de la fraise, de la framboise et d'autres fruits analogues, et présente des remarques indépendantes de celles de M. Horning (cf. Romania, XXXIV, ij)). — P. 224, H. Schuchardt, Rum. agàun », Hornis, Observations sur les étymologies if Jii« <*cavonc (Candrea-Hecht, Roinania, XXXI, 312 et Puçcariu, Zeitscbrift, XXVIII, 618) etgihm < gârgàitn < * gJr(d)grnn -\- *gdrâun < •carabrone et • cara- bone, c'est-à direcrabronc sous l'influence de scarabaeus et de* tabone (Schuchardt, Zeitscbrift, XXVI, 588). — P. 225, H. Schuchardl, Pari, « colaga ». Remarque sur la métathésc cloaca-colaca; — Bellun. « siiiç », Scbnecke. Observations sur l'étymologie scuç < clausum (Salvioni, ZW/- scbrifty XXII, 477). — P. 226, H. Schuchardt, Ibero-ronianisches. Observa- tions sur deux points du mémoire de W. Meyer-Lûbke, Die altportugiesischen Personeimamen germaniscben Ursprungs, et sur les rapprochements proposes entre le corse sacca-pitnmto, « chauve-souris », et le basque sagu « souris », le corse /Jv*i/;w, surdi: i^iJ gant, « chien » et le basque ^akur, de même signifi- cation. — P. 227, J. Ulrich, Fr. « W:l<;, ne trAitint que du vers niodemL-, n'est pas de notre rason. — P. z G. Bertoni, NoIenlU froitn^.ili, IV. // « fljhel a di Aimtii de Pegulth SonUl. Piice asseï mûdiotrement publit-e par Galvani (Ojjfrwi^îwi/ ti ^siti de' Tim.'alorî, p. z)o), selon le cliansoniiler de Modine, ci d^ M. B. donne, d'apris le mime manuscrit, un texte plus corrccl du monde avec ijui je voudrais entrer en polémique. Sur un pcwnt je tiens 1 donner une explication. M. F. diiprécie, autant qu'il est en lui, la valeur des deux articles que j'ai publiés en iSb4, dans la Corrtipoudame liltfrairt sur les Papiri d'Arborés. Son opinion, bien entendu, m'est indifierente, et on aussi que je n'attache pas grande importance à ce que j'ai écrit il v > quan ans et plus. Mais pounant u y avait un certain mérite ea 1S64, à dévoila- (« l'ai fait avec vigueur) une colossale mystification, contre laquelle, it nu naissance du moins, personne ne s'était élevé *. Sans doute ma détnot tion (car c'en était une) n'entrait pas dans les détails, comme fit piti: l'Académie de Berlin, qui réussit â resserrer entre des limites étroites la fection de ces faux, mais cela suffisait amplement à prouver qu'cm était présence de faux et de faux récents. Il faut aussi ne pas oublier que je pas à ma disposition les Pergameni di Arborta (Cagnari, 186} et annéi-s %uiv., m-4''), que les étonnants fac-similés insérés dans cette publication, et dont je n'aurais pas tnanaué de faire bon usage, n'avaient pas encore paru (il- dans la sixième livraison, 1865). Je ne connaissab les Pergatueue qt seconde mam. par le livre d'Auguste Boullier, Le Dialecte et les ehaUs ^ laires de la Sardaigne, qui venait de paraître ;et si je me suis empressé d'cS] primer mon opinion, c'est que je voyais, autour de moi, les personnes c pétentes hésiter à prendre un parti. t*lus tard, lorsque j'eus réussi i me , curer la publication de P. Martini, l'ensemble me parut d'une si évidente absurdité que je n'eus pas un instant la pensée de reprendre la discussion. Est voiià assez et môme trop sur cette question, qui n'a plus d'autre îtitérct majn- lenant que de fournir quelques données utiles à l'histoire de la critique au xis= siècle. — P. M.l " Je n'ai su que plus tard, par une des brochures de P. Martini, que de» doutes avaient été exprimés par Cibrario et par Promis. I. Je suis obligé de faire remarquer que sur la cau< 1901, il y a d'abord b'mt Fil (sur les deux premiers cahiers), pui (sur les derniers cahiers). C'est en effet t. V qui est exah. Il s'àaii 4 partir du t. Il de la cinquième série, une erreur que j'ai relevée en son ti («o™.,XXXI, ijo). ; des cahiers J55/m), la leçon correcte est (jin's te (qui se lient). Je ne sais s'il y a lieu de restituer un ^ en des participes en fonction de sujet pluriel : e so estât i ri'ijiieregut[^]y ero obli^a[^] (p. 351), «'/ l'fi dutre manieira molestat[^] I. 11 V a dans ces textes beaucoup d'imparlaiis ci de conditionnels en -tau. J'avais signalé cette particularité, mais sans donner de renseignements suffi- sants, dans la Koniania^ IX, 211. PÈRIODiaUES 483 (p. 356), aqtuls queson acusat[x]{^, 362),^ que sioati5it[i\(jp. 363), etc.*. P. 358, l'éditeur propose de corriger /?^alili ; ho conie un \-clo dinanzi agli occhi. Ë ■ una vera disperazîone raissiïtero a] successive abbassamento di tuile k I Tacoltâ 5siche. Fer fortuna le sulTerenze m'hanno reso rtlosofo, ed io, « sapendo bene àb che mi aspetia, mi tengo preprato, ed c^ni giornata che t passo almeno ttiediocramctiie, la considero como guadagnata. a Cette tsîgTMtion philosophique, i! la garda jusqu'à son dernier jour, et ceux qui mt été les témoins altristés de ses souffrances admiraient le courage avec lequel il les supportait. Depuis le commencement de la maladie, !t peine igt -cinq ans, il dut réserver à s» devoirs professionnels la plus grande ■nie des hcuresqu'il pouvait encore consacrer à l'étude. Il lui devint impos- sible d'entrepiendre aucun imvail de longue haleine. Il renonçai peu pris com- ^éietneni aux voyages et h ces fouilles dans les manuscrits qui avaient pour xt esprit, toujours en quéic de découvertes, un attrait particulier. Il nercvint us i Paris, et ce lui fut un crêve-ct Sages, sur le le^no délia croce, sur la vision de Tondal, sur la légende de sainte Catherine, sur les miracles de la Vierge, donnent l'idée de ce qu'il aurait pu faire dans ce domaine si Tétat de sa santé ne lui avait rendu particulièrement pénible l'étude de questions qui exigent des recherches infinies dans les bibliothèques. Aussi, dans ces dernières années, appliquait-il de préférence ce qui lui res- tait de forces à des travaux qui peuvent se faire avec peu de livres. Il s'était donné pour tâche de lire attentivement les éditions nouvelles de textes inédits (principalement de textes français) et il publiait, en une série de fascicules inti- tulés Zur Kriiik utui Interprétation romaniscJjer Texte (dans les comptes rendus de l'Académie de Vienne), les corrections verbales ou les interprétations nou- velles que lui suggérait sa grande expérience de la paléographie et de la philologie. Il avait dû renoncer à bien des projets formés autrefois. En 186}, dans ses Beitràge \ur Geschichte der romaniscf)en Spradjett^ il avait appelé l'at- tention sur un curieux opuscule en prose française composé au xiii« siéde par un Italien, et qui est — pour une partie — traduit du célèbre traité d*André le Chapelain. A laBn de l'année 1885, il nous en proposa la publication pour la Romania, et nous en avions commencé l'impression (j'en ai gardé les épreuves), lorsqu'il se désista en faveur d'un collègue qui, du reste, semble aussi avoir abandonné l'idée de cette publication. Mussafta tenait davantage à publier V Entrée d*Espagtie, dont il avait autrefois pris une copie complète. Peu après la fondation de la Société des anciens textes il nous en proposa la publication. Puis, craignant de ne pouvoir à lui seul, dans son état de santé, conduire à bonne fin l'impression de ce long poème, il s^assoda avec M. Ant. Thomas, et finalement il renonça à toute participation à cette édition dont M. Thomas resta seul chargé. Comme tous les vrais savants qui savent combien leur science est limitée au prix de ce qu'il leur reste à apprendre, Mussatîa était profondément et sincère- ment modeste. Persop.ne ne fut plus exempt de prétentions, plus prorapt à incliner son opinion devant celle d'autrui. Sa correspondance contient des traits qui peignent son caractère où dominaient la simplicité et la bienveil- lance. Au mois d'octobre 1874, après avoir lu cenains articles linguistiques de la Remania qui lui avaient paru çà et là un peu obscurs et de forme « fspida », il m'écrivait : « ... ma dipenderà da me, che fin qui studiai la 490 CHROKiaUE volume est achevé) et le tome II du Tristan de Thomas, édité par M. Bédîer. Elle a en ce moment sous presse cinq volumes, dont les plus avancés sont le Montage Guilhiumey le t. II du Rotnan de Troie et le t. I de VEntrà J* Espagne. — Nous lisons dans les Cronache délia civiliàelleno^reca de mai 1905 (p. 16) Tannonce d*une exposition dialeaale qui va avoir lieu à Macerata. On se pro- pose d*y réunir des spécimens variés, soit imprimés, soit manuscrits, des dia- leaes de la marche d*Anc6ne. On sait qu'une colleaion du même genre, pour la région gasconne, fut formée il y a quelques années à Bordeaux (Romaniay XXIV, 483) Au lieu qu*à Bordeaux on avait choisi comme texte à traduire la parabole de Tenfant prodigue, à Macerata on propose comme spécimen la traduction de la courte nouvelle du roi de Chypre {Decameron^ I, 9) comme Pavaient fait il y a trente ans Papanti et, au xvie siècle, Salviati* Seulement, au lieu du texte même de Boccace, on fournit, comme original des traductions à faire, un remaniement que Ton suppose probablement |dus aisé à traduire en langue populaire. C'est du reste le meilleur moyen d'éviter un fâcheux contresens que nous avons relevé jadis (/^omafita, V, 499, note i) dans un bon nombre des versions publiées par Papanti. — M. J. Camus vient de publier dans le journii VArte (huitième année, fascicule IV) une notice sur un des plus beaux manuscrits de la Bibliothèque de Turin, malheureusement en grande partie détruit par l'incendie. C'est la traduction d'Appien faite par Claude de Seyssel, alors évéque de Marseille, entre 1 5 1 1 et 1 5 1 5 . L'exemplaire de Turin contient (ou plutôt contenait) deux très belles miniatures, oeuvres de Jean Bourdicbon, que M. Camus a pu faire reproduire d'après des photographies prises peu de mois avant l'inoen- die, par M. Emile Châtelain. L'une d'elles représente le traduaeur offrant son œuvre à Louis XII. M. Camus fait remarquer que Bourdichon s'est inspiré des célèbres heures d'Anne de Bretagne. — Au mois d'octobre prochain la librairie Hachette mettra en vente la troisième édition de La littérature française au moyen dge de G. Paris Cette édition est précédée de l'avertissement suivant : Cette troisième édition a été préparée d*après un exemplaire sur lequel G. Pirts avait fait d: nombreuses corrections et additions. M. J. Bédier a pris U peine àt transporter les unes et les autres sur l'exemplaire qui a servi à U réimpression, et a revu soigneusement, avec moi. les épreuves. Les notes bibliographiques qui terminent Touvragc n'avaient reçu de G. Paris que quelques additions ou retouches. Cette par- tie a dû être profondement remaniée, en tenant compte des éditions et des travaux cri- tiques parus depuis 1889. date à laquelle s'arrête la bibliographie de la seconde édition. Pour accomplir ce remaniement, qui dans bien des cas équivalait i une refonte, je ne me suis pas astreint au système suivi dans les deux premières éditions. On sait que G. Paris se bornait, la plupart du temps, pour chaque auteur ou écrit, i renvoyer au dernier travail paru, alors même que ce travail n'était t^u'un simple compte rendu, une simple annonce. Je n'ai pas cru devoir suivre cette méthode, qui avait été générale- ment désapprouvée et à laquelle (1. Paris avait, dans les derniers temps, l'intention de renoncer. Là où j'ai eu à modifier les notes, pour les remettre au courant. j*ai rcnvo\-é à la dernière édition de chaque ouvrage, y joignant la mention de quelque compte CHRONIQUE 49 1 rendu, lorsque, ce qui est fréquemment le cas, ce compte rendu renferme des fait nouveaux ou des rectifications de quelque importance. Il résulte de ces explications que le texte même est d'un bout à Tautre celui de G. Paris, mais que je suis, dans une assez grande mesure, responsable des notes bibliographiques. — Paul Mëyer. — Nous avons annoncé Tan dernier (XXXIII, 137) qu'une reproduction de V Histoire poétiqtu de Charlemagtie y accompagnée de notes nouvelles, serait publiée par la librairie Bouillon. Cette édition est maintenant terminée et sera prochainement mise en vente Les notes ajoutées occupent les pages 5 1 5 à 548. Elles ont double origine. Les unes sont Tœuvre de G. Paris lui- môme, qui, à diverses époques, les avait écrites sur un exemplaire interfo- lié de son livre, les autres, placées entre crochets, sont de moi. Elles con- sistent principalement en indications bibliographiques. Il a fallu citer les nouvelles éditions des ouvrages, anciens ou modernes, utilisés par Tauteur, les travaux critiques qui complètent les recherches de G. Paris ou modifient ses conclusions. Par-dessus tout, je me suis attaché à relever dans les écrits de G. Paris tout ce qui se rapporte aux diverses questions étudiées dans V Histoire poétique. Je me suis abstenu de toute discussion, me bornant au rôle de simple rapporteur. Enfin, j*ai fait, pour cette édition, une table alpha- bétique des matières qui, bien qu'un peu sommaire, ne laissera pas de facili- ter Tusage du livre qui, il y a quarante ans, a placé son auteur au premier rang de< historiens des littératures. — P. M. — Notre collaborateur M. Raymond Weeks, professeur à l'université de Missouri, qui vient de passer une année en France, se propose de publier prochainement une édition de Guibert d'Andrenas. — On nous annonce l'apparition d'un nouveau périodique : The Modem Langtmge Revieu\ revue trimestrielle consacrée à l'étude de la littérature et de la philologie du moyen âge et des temps modernes. Il a comme rédac- teur en chef M. John G. Robertson, professeur de langue et littérature alle- mandes à l'Université de Londres, assisté d'un comité de lecture composé de MM. Bradley, Brandin, Braunholtz, Breul, Dordlen, Fiedler, Fitzmaurice- Kelly, Greg, Herford, Ker, Kuno Meyer, Morfill, Napier, Priebsch, Skeat, P. Toynbee. Les numéros paraîtront en octobre, janvier, avril et mai. — M. Frank Mac Clean, décédé Tan dernier, possédait une belle collec- tion d'objets d'art, de manuscrits et d'anciens livres imprimés qu'il a léguée au Fitzwilliam Muséum, de Cambridge. Un inventaire des manuscrits de cette collection, formant 200 articles, a été publié récemment par le directeur du Musée, M. Montague Rhodes James, dans son rapport annuel sur les acquisitions de l'année 1904 \ Bon nombre de ces manuscrits viennent des collections Ashburnham (Barrois et Appendix) et Phillipps. Quelques-uns I . Animal Report of the Fitzwilliam Muséum syndicate for the year ending deceniber'31, 1904. Cambridge, University Press. In-40, 20 pages. 492 CHRONiaUE (n«^. — P. 126, une mauvaise ponctuation rend obscur le passage d'un aveu de 1 529 où il est question du droit du seigneur de Saint-Benoît sur chaque marsouin pris dans le Lav '■> I. Par erreur j'ai imprimé Mac Lean. * CHRONIQUE 493 il faut lire ; « Deux pieds etnprès le cagouet et demy pied devers la quehe en sus, nen (= non) preconté le baloys de la quehe. » — A. Th. M. G. Bartoli, Un po di sardo. Trieste, tip. G. Caprin. 1905. In-40, pp. 129-136 (extrait de VArcljeografoTriestino^ 3« série, t. I). — L'auteur, dont nous avons signalé en leur temps les travaux sur le dalmate et sur le roumain de Tlstrie (XXX, 451 ; XXXI, 478), examine en premier lieu diverses questions qui ne comportent pas toutes une réponse bien précise. Le sarde est-il une langue ou un dialecte? — La solution, comme il le reconnaît, dépend de la conception qu'on se sera formée des mots a langue» et « dialecte»; il s'agit d'une définition de mot plutôt que d'une définition de chose. — « Quelle est la place qui appartient au sarde dans la famille néo-latine ? Où se parle le sarde ? » Pour cette derniér-e encore, il s^agit de savoir si on relie le langage du nord de la Sardaigne (et de la Corse) à celui du centre et du sud. Mais l'objet principal de ce mémoire est de rectifier et de compléter un travail antérieur de M. Subak, Aproposito d'un antico testo sardo, publié dans*le programme d'une école de Trieste. Le nouvel écrit de M. Bartoli devra être consulté par tous ceux qui s'intéressent aux parlers de la Sardaigne. Giulio Subak, Noterelle sarde. Trieste, tip. G. Caprin, 1905. In-40, 27 p. (extrait de V Arclyeografo Triestino, 3« série, t. II). — Ces notes, qui sont d'un philologue exercé et compétent, se présentent comme supplément à la publication mentionnée dans la notice qui précède. Il y est tenu compte des observations de M. Bartoli. On y remarquera (pp. 16- 25) une série d'additions à divers points du mémoire de M. Meyer-Lûbke sur l'ancien logudorien (Romania^ XXXII, 349). AmosPARDUCCi, Gli Sludi proven:;^ali del Marchese Cesare Lucchesini. Perugia, tip. cooperativa, 1905. In-S®, 31 pages (Nozze Manzoni-Laurenzi). — Le marquis C. Lucchesini (i 756-1832), s'intéressait à la littérature proven- çale, qu'il parait avoir surtout étudiée dans les livres imprimés. Ses manu- scrits diligemment dépouillés dans la présente notice, sont conservés à Lucques. Ils ne sauraient, naturellement, rien nous apprendre que nous ne sachions d'ailleurs. Agidc FiMiiiOLi, Fonftica pu rmigiana riordinataed accresciuta délie note mor- fologiche per cura di Antonio Boselli. Torino, tipogr. Salesiana, 1904. In-80, 84 p. et une carte. — Une partie de ce mémoire fut présentée, en 1893, comme thèse à l'Académie de Milan, et reçut l'approbation des juges, notamment de M. Ascoli. Enlevé par une mort prématurée, le jeune auteur ne put compléter son travail. M. Boselli s'est chargé de le mettre en état de paraître ; son travail a consisté principalement à donner au mémoire la disposition adoptée dans les écrits du même genre qui ont paru dans VArchivio glottoîooico, à y joindre çà et là des notes placées entre crochets, et à le compléter (pp. 73 et suiv.) par des remarques sur la morphologie. Tel qu'il se présente, l'ouvrage est intéressant et méritait certainement de voir le jour. 494 CHRONIdUE Littérature espagnole, par J. Fitzmaurice-Kelly, traduction de Hemy D. Davray. Paris, Colin, 1904. Pet. in-80, xv-499 pages (fait partie de b collection intitulée Histoires des littératures). — Cet abrégé de Thistoire d< la littérature espagnole, publié d'abord en 1898, a été traduit en espagnol et nous espérons qu'il aura en France le succès qu'il a obtenu dans les pa}': de langue anglaise et de langue espagnole. C'est un ouvrage bien compo5< et dont Tauteur est, du moins pour la période classique, au courant de derniers travaux sur la matière. Les notes bibliographiques, qui occupcn les pp. 435 à 481, sont exactes et suffisamment complètes. L'auteur, e on ne peut que l'approuver, y signale les comptes rendus les plus impor- tants qui ont paru sur les récentes publications. Nous devons dire tou* tefois, que la partie du moyen âge, qui seule est de la compétence de h Rottmnid, laisse souvent à désirer. Les questions ne sont pas toujours biei présentées et on voit que l'auteur n'est pas maître de son sujet. Qp( signifie cette phrase (p. 39) : « Plus tard Heniaut de Belaunde imite quelques épisodes du Poem^de Ferttan Goii^alei }» Tout ce qui concerm les débuts de la littérature, et notamment les rapports littéraires de TEs- pagncavec la France, nous a paru assez faible. Die Auffassting der Jtingfrau Maria in der ail/raH:^osischen Litteralur.,, vot H. Becker. Gôttingen, Vandenhoeck u. Ruprecht, 1905. In-8<*, 93 pages (dissertation de Goettingue). — Travail médiocre, plutôt mécanique qu^in* tcUectuel (comme du reste tant d'autres thèses I), qui toutefois n'est pa* complètement inutile. L'auteur a dépouillé avec soin la plupart des poésie françaises relatives à la Vierge qui ont été publiées, et a rangé ses fiches sou! un certain nombre de chefs. Ainsi, dans le troisième chapitre, il relève les qualifications diverses données à la mère du Sauveur (Mère Dieu, Mère au Sauveor... Roiaiis palais^ etc., etc.). Le classement n'est pas très bien fait; cette liste peut toutefois servir d'aide-mémoire. Seulement, l'intérêt en eùl été singulièrement accru si l'auteur avait eu l'idée de comparer les qualifica- tions françaises avec celles qu'on trouve, en grande abondance, dans les poésies latines. Il n'c>t pas indifférent en effet de déterminer quelle a été, dans ce genre, la part d'originalité des écrivains français. L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin, par M. Roger. Paris, A. Picard, 1905. In-8, xviij-459 pages (Thèse pour le doctorat es lettres). — Dans cet ouvnige, l'auteur a eu spécialement en vue la destinée des études en Gaule à l'époque indiquée, mais il faut ajouter qu'il a étt amené, par la nécessité d'éclairer divers côtés du sujet principal, à consa- crer plusieurs chapitres et non des moins inicrcssauts, aux écoles de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, qu'il a mC'mc traité en passant de l'état des lettres en Italie au temps de saint Benoit et de Cassiodore. \ous ne pouvons rendre un compte détaillé d'un livre qui, malgré son importance pour la connaissance de la culture littéraire Jans l'ancien moven âge, n'a que peu de points de contact avec les éludes que nous poursuivons ici; nous devons du moins le signaler comme une ceuvre vraiment considé- CHRONIQUE 495 rablc, aussi remarquable par l'étendue de rérudiiion proprement dite que par la critique avec laquelle les témoignages sont examinés et appréciés. Ces témoignages, bien entendu, ne sont pas nouveaux. Les questions que re- prend M. Roger ont été maintes foi> posées avant lui, et résolues dans un sens ou dans un autre, mais trop souvent ceux qui ont tenté de nous faire connaître Tétat des lettres aux temps barbares et la direction donnée aux études par Tautorité ecclésiastique se sont laissé influencer par des idées préconçues, selon qu'ils étaient favorables ou hostiles à l'Église. M. R. se montre d*une impartialité absolue et fait toujours preuve d'une louable prudence. Il dis- tingue, mieux qu'on ne l'avait fait jusqu'ici, les époques et les milieux, et prend soin de ne jamais dépasser, dans ses conclusions, les données de ses textes. Je ne puis pas dire que je serais absolument d'accord avec lui sur tous les points, et par exemple mes idées sur la latinité de Grégoire de Tours ne sont pas tout à fait les siennes, mais il ne s'agit que de nuances, et en somme il faut reconnaître que même sur des sujets maintes fois étu- diés (par exemple sur le grammairien Virgilius), M. Roger a su exprimer des idées nouvelles. — P. M. Paolo d'Ancona, Gli affreschl del casitllodi Manta, nelSaJunese, Roma, 1905. Gr. in-4®, 31 p. (Extrait de UArU d'Ad. Venturi, t. VIII). — Cette publi- cation, due au Bis d'un de nos meilleurs amis et plus anciens collaborateurs, se rattache aux études que poursuit la Romania en ce qu'elle fournit un nouveau témoignage de la pénétration de la littérature et de l'art de la France en Piémont. Les peintures étudiées par M. P. d'Ancona, et repro- duites en simili-gravure dans le présent mémoire, représentent des person- nages et des scènes tirés des romans de chevalerie, et notamment du 0)e- valicr errant de Thomas III de Saluces ; on y voit aussi une curieuse repré- sentation de la Fontaine de Jouvence, accompagnée de distiques français en vers de huit syllabes. Toute cette ornementation paraît avoir été faite entre 141 1 et 1430. Le mémoire de M. P. d'A. est riche en rapproche- ments avec d'autres monuments artistiques du même genre et en informa- tions qui prouvent une connaissance très approfondie, non seulement de l'histoire de l'art, mais aussi de l'histoire de la littérature romanesque. Altfraniôsische Sprichwôrter und Senten^en ans den Jxfischen Kunstepen ûher antike Sageustoffe und ans ànigen didaktischen Dichtungen nebst einer UnUr- sucimngen hher Spricirwortervarianten von Fritz ScHEPP. Borna-Leip- zig, R. Noske, 1905. In-8<», 77 pages (Dissertation de Greifswald). — La conception et l'exécution de ce travail laissent à désirer. Pour le premier point l'auteur est excusable : on sait qu'en Allemagne les aspirants au doctorat traitent les sujets qui leur sont indiqués par leurs professeurs. Il n'en est pas moins vrai qu'un dépouillement de textes choisis arbitraire- ment et n'ayant aucune coiinexité les uns avec les autres, n'avait pas de rai- son d'être. Le dépouillement des textes n'est pas satisfaisant. On nous cite comme deux sources différentes V Alexandriade publiée par Le Court de la Villethassetz et Talbot, et le Roman ^Alexandre publié par Michelant. Il 49 6 CHRONIQUE est pourtant bien connu que la première de ces publications (1861) n' qu'un recueil d'extraits pris dans la seconde et accompagnés de notes sans valeur. Pour VHistoire de Guilhiume le Maréchal, l'auteur n*a utilisé que les quelques morceaux imprimés dans la Roniauia, et se contente de dire qu'il n'a pas vu l'édition complète. Pourtant les publications de la Société de l'histoire de France se trouvent dans toutes les grandes bibliothèques. Les observations qui font suite au recueil ont bien peu de portée et sont souvent erronées, comme là où l'auteur voit des allitérations dans des proverbes où il n'y en a pas trace. Il n'y a pas lieu de s'étendre davan- tage sur ce travail peu réussi. G. Bertoni, Cauionette musicali francesi e spagnuole alla corU (Ttste, Modena, 1905. Pet. in-80, 13 pages (Nozze Modena-Diena). — Quelques pièces tirées de deux mss. de la Bibliothèque d'Esté, du xvf siècle. L'un de ces mss. était déjà connu par diverses publications, entre autres par les Notices de M. Camus sur les mss. de Modène; le second (D 614) paraît être signalé ici pour la première fois. M. B. en donne la table. Il y a reconnu trois pièces de Ronsard. Grundriss der romanischfu Philologie... hgg. von G. GrÔBER. T. I, 2* et 3«livr. (pp. 257-768), zweite verbesserte und vermehrte Auflage. Strassburg, K. Trùbner, 1904. — Cette seconde édition du t. I (cf. Rom. XXXIII, 462 progresse avec rapidité. On se rendra compte de la mesure dans laquelle elle est augmentée par ce seul fait que la p. 768, qui termine la troisième livraison, correspond à la p. 695 de la première édition. Rectificatiok. — A propos du distique latin imprimé ci-dessus, p. 187, M. F. Novati veut bien suppléer à l'ignorance dont j'ai consigné l'aveu dans la note i et m'cnvoyer un savant commentaire, qu'on me permettra de reproduire dans sa forme italienne : <« II distico non mi pare punto guasto. Esso dice cosi : « O pagina, tu avresti dovuto ripulire un c... sporco, poscià insudicciare il mcnto (il viso) di colui chc ti manda. » Temerare per maculate si trova : è un passaggio, del resto, assai ox'vio. Nell* insieme abbiamo una dimostrazionc di sprezzo per una lettcra, un componimento délia natura di quelle chc Catullo chiamava cacatae cljartae. » — Du Cange ne connaît pas tenierarc au sens requis ; mais on sait combien il est insuffisant pour l'intelli- gcncc de la littérature médiévale. — A. Th. Le Propriétaire-Gérant, V^ E. BOUILLON. MACOS, PROTAT FKÉKES, IMPRIMKURS POÉSIES DU TROUBADOUR GAVAUDAN Quand il s'agît d'un texte aussi obscur que les poésies de Gavaudan, il ne saurait être question d'en élucider d'emblée toutes les difficultés. Je n'y ai pas prétendu et donne comme purement provisoire cette édition, que la critique réussira sans doute à améliorer et qui aura du moins l'utilité de faire con- naître exactement et complètement la leçon des manuscrits ^ Je crois donc pouvoir me borner à la faire précéder des observations les plus essentielles, présentées sous la forme la plus concise -. Nous ne savons du troubadour que ce que lui-mcme nous en apprend * ; son nom, emprunté probablement à son pays 1. Je n'ai pas cru devoir relever toutes leb fautes de lecture de Mahn, qui sont nombreuses. On remarquera que pour les pièces VI, VII, X, j'ai renoncé à donner un texte critique, me bornant à reproduire les duux mss., le nieil- l<£ur dans le texte, Tautre en note. 2. Toutes les notices sur Gavaudan sont, quelques-unes volontairement, fort incomplètes. Millot (Histoife ïittn\iirt' des troiilKi Jours, I, 154-60) est, à Son ordinaire, judicieux et superficiel ; il analyse et traduit partiellement c^tiatre pièces (mes n»** II, III, V, IX). L'article de Ginguenè (1820) dans 1* Histoire littéraire (XV, 445-6) est un pile décalque du précédent. Fauriel ÇJHistoire de la poésie prm'ettçale, II, 154-6). Die/. {I^hen und IVerke, 2^ éd., C-423-S) et Mild y Fontanals (Delos TrovaJores, etc., irc éd., p. 1 27-30) s'oc- crtipcnt exclusivement de la chanson de croisade. M. Chabaneau (Bii^'riipbies •i^s TroubttdourSf p. 144) fliit commencer la carrière de Gavaudan en 1195 et la prolonge jusqu'en 121 5. j. Pas plus que M. Chabaneau je ne saurais dire d*où provient la qualiti- «cation de « le Vieux » que presque tous les critiques, depuis Millot, ont uccolce à son nom. Peut-être, comme le pense M. Springer (IXis iiJtpr. Jcnha se /? — 8 et e. C. — 12 que nos C; scnhorieu luch/f — 14 gaugC; gauch que tort adira/?. 17 quel duc... no rebbnc (?) R\ nous] no CR — 18 mortz c uencutz R — 19 lot laur C — 20 dai] dig C ; cauciz dat (dar?) R\ er] es C — 22 a. f. prezic massai licura R — 24 selh qcus R ; mantas ni sanc C — 25 cal* qus parles R — 27 caualiers C, cauaycrs R — 28 cad avol moneda es u. /? — 29 b.iyssares C — 30 pel] pol (?)/?. POÉSIES DU TROUBADOUR GAVAUDAN 503 Denan Terguelh s^empalanca VI Non puesc mai, a Dieu me co- 32 Cossius torn en vostre banc. [man. Silh qu'eron ja de pretz avug V Folhs es qui sa semens'espan Enqueron cum Pretz an bayssan, En, loc don non espéra frug, ^ Quar son per vilan mentaugug. E cujon passar galian Crezatz, si tarda, no manca 36 Sel qu'an per Marcian* adug. Pena a selhs que Dieus adira : Tôt lo mon nol val [gfs blattca] Lay cum selh que ca de planca Quis part(z) ni a rey res tira 48 Caira el brac, no cug manc. De sa senhoria franca 40 Ni fa sers selhs qu'eron franc. yil Ja Dieus nom sal s'ieu o plane. I. Nous sommes arrivés à la nuit la plus longue et au jour le plus court de Tannée, et le soleil, qui éclaire le monde, se tient immobile, de façon à ne plus baisser ni fuir ; puisque le firmament s'arrête et que les astres recom- mencent leur tour, il est bien juste que le parti boiteux abaisse et réprime son orgueil. II. II n'est(ce parti) ni juste nisans perfidie. Que nul ne croie et ne s'imagine avoir sans trouble une telle paix, nul de ceux qui luttent avec un si puissant seigneur: sur un pont brisé, sur une planche firagile passe la joie qui setrans- Forme en douleur. Et vous, sotte gent blanche, vous ferez rouge ce qui est blanc. III. Le duc, qui est aussi comte et marquis, ne s'abaisse pas devant vous, lui par qui vous serez vaincus et tués; tout l'or que vous avez répandu ne v^ous vaudra pas un gland. — Non, je ne serai pas déçu. Celui qui ferme et endurcit son cœur par de faux discours amoncelle [sur lui] la colère : il eût VYiieux valu pour lui qu'il se brisât la hanche, celui dont je vous parle : c'est I>our votre malheur que vous l'avez vu. IV. Quoi que vous disiez (?) je vous dis, moi, et vous atteste que mieux '^''CDUS eût valu être nus. Chevaliers, qu'il vous souvienne de Roland ; [comme ^ ^m] vous êtes vendus pour une vile monnaie. Mais vous serez abaissés d'un ^^^âut siège sur un [humble] banc par le comte en qui valeur se mire. Devant '^^otre orgueil il se barricade [et songe] comment il vous fera rasseoir sur '^^otre banc. 31 deuan R — 32 cossieus R. — 33 semensaspan C — 34 non manque — 35 gualian R — 36 martian R — 37-8 Ces deux vers se présentent dans sous utte forme tronquée : res no ual qui a rcy res tira ; le texte de R est Mjficilement lisible ; on devine quelque cljose comme nol ual quis partz (pu pariz) 'i — 40 ni] yns (?) /?; fa] fan CR ; selbs] silh C/?. — 42 selh CR ; pretz] R ; de même 43 — 44 per uilas mantengug R — 46 adzira R — 47 lai ^o sel /? — 48 caira] peu lisible dans R — 49 dieu R. 306 A. JEANROY V. Bien fou celui qui répand sa semence sur un terrain où il ne peut espé- rer de fruit ...Le monde entier ne lui vaudra pas un blanc (?)â celui qui part (?) ou enlève à un roi quelque chose de son pouvoir légitime et fait esclaves ceux qui étaient libres. VI. Je ne puis en dire davantage et me recommande à Dieu. Ceux qui brillaient jadis par la valeur demandent comment il se fait que la valeur aille diminuant, comment ils sont tenus pour vilains. Croyez que, si le châtiment tarde, il ne peut manquer de frapper ceux que Dieu hait : comme celui qui tombe d'une planche, ils tomberont dans la fange, ils nV failliront point, fen suis persuadé. VII. Et que Dieu ne me sauve point si je plains leur sort. NOTES 1-8. Nous sommes à Téquinoxe d'hiver, époque où le soleil semble, pen- dant quelques jours, immobile à l'horizon ; le firmament paraît donc a s*ar- rêter » ; ainsi font les constellations (5fn^ au sens coUeaiQ ^vant de reprendre leur cours annuel. L'idée générale est que le parti des bons va reprendre le dessus, comme le soleil qui remonte après avoir graduellement baissé. ia-i2. Il semble, d'après ces vers, que le parti sympathique au poète soit alors au plus bas : c'est pour cela que, semblable au soleil, il va remonter : aussi ses adversaires (je rattache le que du v. 12 a non du v. 10) ne doivent- ils pas croire à la solidité de la paix qu'ils viennent d'imposer au « noble seigneur » que chante le poète. 1 3 . Les mots planche et pont sont souvent réunis, sans doute à cause de l'allitération, et paraissent, dans bien des locutions, absolument synonjrmes: voy., outre les ex. réunis par Raynouard (IV, 573), P. Meyer, Chanson delà Croisade y 9124, Romania, XI, 578 et Bédier, le Roman de Tristan , I, p. 15J, dern. ligne. 15-16. Peut-être : « vous teindrez de votre sang vos armures. » 20-4. Ma traduction est très hypothétique. La phrase serait plus naturelle et se déroulerait mieux — et le sens serait mieux d'accord avec l'interpréta- tion que j'ai proposée — en rattachant non er desseubug au v. 21 : le sens serait : « il ne sera pas trompé celui qui ferme son cœur [aux prédications perfides] et ceux qui les font [ces prédications] amassent [sur eux] la colère. » Massa ne doit pas se rattacher à massar, « battre » (Ray. IV, 166) mats être une autre forme de amassar ; vis (v. 24) est pour î*i7^. 29. Il est difficile de voir pourquoi hanca représente ici un objet plus petit que hanc\ les formes féminines sont ordinairement augmentatives. 30. La forme coms au cas régime se trouve, de même que comte au cas sujet (voy. P. Meyer, Chanson de la Croisade ^ II, p. cxiv, n. 7 et Levj' dans Restée des lang, rom. XXV, 203). POÉSIES DU TROUBADOUR GAVAUDAN $0J 31. Je traduis empdancar d'après le contexte et le sens de palanca « planche ». Je ne vois pas d'où vient la traduction de Rochegude « briser, froisser, éreinter ». Pour ce mot, cf. VIII, 71. 35-6. Le sens de ces deux vers m'échappe complètement. [Galiatiy écrit avec raison gualian par R, ne peut être que le gérondif du verbe gualiar, comme l'indique la rime, qui ne peut admettre l'w caduque — A. Th.] 37. Je ne vois pas d'autre mot possible que bîanca qui, au sens de « petite monnaie », manque â Raynouard, mais est donné par Levy. 38. Quis party donné seulement par le plus mauvais des mss. n'est nulle- ment assuré. On attendrait ici non l'idée de séparation, mais celle de révolte. 42. Erott avug est synonyme de eron (ou avion) estât. Aux exemples cités par Raynouard (II, 157) on peut ajouter Sordel, Ensenh., v. ni (cf. note de De Lollis, p. 297; références), G. Riquier, LU, v. 8, etc. ; 5« ^^«^5, 813 (cf. note de Bartsch) ; Mysthe de 5* Pons^ 2294, 2296, 2799 ; Myst. de 5« Andréa 1625, etc. — Esier de preti nous offre le môme emploi de de que esser de f>ro€\a^ d*ardimen dans Guillaume IX (Pw de chantar^ v. 25), où de marque là propriété : cf. Appel, Chrest.y 2* éd , p. 234. • II Mss. : C 318 r*»; /?98 ro. — Éd. : Raynouard, Choix^ III, 167 (Q. — Graphie de C. I Crezens, fis, verays e entiers Per qu'ay ira, dois e pantais. Fuy vas mi dons tostemps, scnhor, Mortz, cum pogues mi donsaussir, Et ilh portavam tan d'onor Que totz lo mons degra jauzir 4 Qu'anc un jorn son joy no m'es- 1 6 Sas beuiatz el joy remirar ? [trays. Desaventura, allas ! lom trays, "ï Dona, per vos mos deziriers Que sap tôt lo mon escarnir : M'aportava de joy sabor ; Falsa mortz, quens a faitz partir Ara nom val joys nim soccor, 8 Mi e mi dons : Dieus lieys ampar ! 20 Qu'iram met al cor tan gran fays Quan suy em pcs, cazer mi lays, II Mielhs fora qu'ieu mûris premiers £ nom puesc nafrar ni delir ! Que ses joy visques ab dolor, Dona, mais volgr' ab vos mûrir Que perdud' ay la bellazor 2 \ Ab joy qu'ab ira forsenar. 1 2 Dona qu'anc fos ni er ja mais : I fis e ueray R — 2 fuy] soi /? — 5 des. lo lam t. C; de sa uenturabsa lom ^Tsiis R — 6 lo] le /? — 7 a manque — 10 visques] viure C — 11 perdut ey... ^>ela2or R — 12 iamay R — 13 ay manque R; dol. R — 14 q. tôt le /? — 16 ^sibcuut e ioys R ; ioy] ioys C — 19 joys] ioy C ; ni secor /? — 21 suy] soi ; ^ïii] me R — 23 uolgrap C. 508 A. JEANROY IV Tant estranhs es mos cossiriers Nuech e jorn plane, sospire plor, Caitius, desheretatz d*amor» 28 Ses joy, dolens, que d'iram pays, E par ben al front et al cays : Jov'e saur vielh encanezir, Cazer, levar e trassalhir 32 Me fay ira [e] vieus mortz anar. V Ja mays no serai prezentiers, Que perd ut ey pretz e valor ; Estar ses joy a deshonor, 36 Ja Dombredieus viure nom lays ! QjLiec jorn afenisc et abais, Qu*ira nom pot del cor yssir ; Q.uan pes de joy per esbaudir 40 Tôt lo sen perc e desampar. VI Totz autres joys m*es encom- [briers, Tant ai lo cor plen de tristor ; Perdud'ai vergonha e paor : 44 Ybres, auras vau, ybriays. Ja Dieus nom do per qu'ieu en- ;rais, Nîm lays mays ad amor servir; Mais vuelh mon cor pessan ble- [zir : 48 Tos temps serai tortre ses par. VII Dompna, grans joys, gransale- [gricis Vos met* el renc de! ce! aussor Ab los angils que fan lauzor, 52 Aissi cum sanhs Johans retrais, Qu'anc fais lauzengiers, brus ni [says. Non poc un sol de vos mal dir. Ni eu no sabria yssemir 56 Los vostres bos ayps ni comur. VIII Jhesus vos fass'al sieu servir El clar paradis resplandir 59 Entre las verjes coronar. IX Quar Gavaudas no pot fenir Lo planch nil dol quel fa martir, 62 Ja mais res nol pot cononar. I. Confiant, fidèle; sincère, irréprochable : tel j'ai toujours été envers ma dame, seigneurs. Elle, de son côté, me portait unt d'honneur que pas un seul jour elle ne m'a dérobé sa joie (sa conversation). Le sort, hélas, me l'a enlevée (cette joie), le mauv.'^is sort qui se fait un jouet du monde entier ; [c'est la] perfide mort qui nous a séparés, ma dame et moi ; que Dieu la protège ! II. Mieux m'eût valu mourir que vivre sans joie, en douleur : car j'ai perdu la dame la plus belle qui fût ni sera jamais : voilà pourquoi j'ai tristesse, deuil et mélancolie. Mort, comment as-tu pu tuer ma dame, elle dont la beauté eût dû réjouir le monde entier, dont le monde eût dû admirer la joie (le mérite)? 25 esirah R — 27 caitieus dezer... — 29 e part R — 32 uiu C — 33mui... prezentier R — 35 estar] corr. cstan ? — 56 uieure R — 40 ej em C — 41 encombricr /? - 43 pcrdut ay R — 44 ibris... uauc R — 46 amor] honor C — 49 dona R — 50 el] al C — 51 angels R — $2 sans ioans R — 55 lauzen- gier R — 56 aibs R — 57-9 manquent C — 60-2 matiquent R, POÉSIES DU TROUBADOUR GAVAUDAN 509 III. Dame, le désir de vous qui me possédait m'apportait une saveur de joie. Maintenant joie est impuissante à me secourir ; tristesse me met au cœur un si pesant fardeau que» quand je suis debout, je me laisse tomber ; et je ne puis [pourtant] me blesser ni me détruire ! Dame, que ne suis- je mort avec vous, en pleine joie, plutôt que de vivre, afTolé par la douleur 1 IV. Si amèrcs sont mes pensées que nuit et jour je me lamente, soupire et pleure ; misérable, déshérité d*amour, sans joie, dolent, je me repais de tris- tesse. Il y parait bien à mon front et à mes joues : [hier] jeune et blond, la douleur me fait blanchir et vieillir, elle me fait me lever, retomber, tressail- lir, et aller, mort et vivant à la fois. V. Jamais plus je ne serai galant, car j'ai perdu prix et valeur. Que Dieu ne permette pas que je vive [ainsi], sans joie, sans honneur. Chaque jour je ciédine et approche de ma fin ; douleur ne peut abandonner mon âme ; lus il ne me laisse servir Amour : j'aime mieux torturer mon cœur dans le souci, car désormais je serai toujours une tourterelle privée de sa com- pagne. VII. Dame, qu'avec grande joie, grande allégresse vous soyez placée dans les hauteurs du ciel, avec les anges qui, comme saint Jean nous le rapporte, chantent la gloire de Dieu ; car jamais médisant, brun ou gris, n'a pu tenir sur votre compte un mauvais propos ; et moi jamais je ne saurais apprécier ^os mérites ni les célébrer dignement. VII. Que Jésus fasse, à son service, resplendir votre âme dans son clair paradis , qu'il vous couronne parmi les vierges. IX. Gavaudan ne peut cesser sa plainte, car il ne finira pas, le deuil qui fait de lui un martyr : jamais plus rien ne pourra le consoler. NOTES 14. Il faudrait régulièrement ^/t^/5/, ou du moins poguis, le / final étant sujet à tomber à la 2^ p. s. du pi. (voy. Philippson, Der Mœnch von Montau- don, note sur XII, 6 et Appel, Chrest.^ 2« éd., p. xxiv, col. i). 2 $-6. Sur la suppression de la conjonction que, voy. Diez, Gramm,, trad. fr., III, 339. 35-6. Cf. un souhait analogue dans B. de Veniadour, No« es tneravelha, str. 2 (Rayn., CIjoiXy 111,44). 40. Perc (le c est très lisible) pour pert, comme parc pour part ; sur ces 510 A. JEANROY formes analogiques, voy. Crescini, ManuaUtto, 2« éd., p. 149, n. 2. Cf. plus loin, note à VI, i. 44. Cet exemple de auran n'est relevé ni dans Raynouard ni dans Levy. $3. a Brun ou gris », c'est-à-dire • jeune ou vieux ». Ces sortes de chevilles sont du reste fréquentes chez les troubadours. Cf. brun ni bag (Pcire Vidal, Batis Jésus, v, 15), brus e bais (Peire d'Auvergne, Al tkssebrar, v. 36), et plus loin, IV, 32, IX, 12. 57. L'infinitif f^n'/r est ici synonyme du substantif i^vi^i. III Mss. : C 319 ro, /? 98 vo. — Ed. : Rochcgude,Pa/'n. occ, p. 43 (CR) ; Cres- cini, Man. prov.y 2^ éd., p. 299. — Graphie de C. I Oezamparatz, ses companho, £ d'amor luenh del tôt é blos, 3 Cavalgava per un cambo Marritz e tristz e cossiros Lonc un bruelh, tro joys mi re- [tenc 6 D'una pastoressa que vi, Per qu'es mos joys renovellatz Qpan mi remembre sas beutatz 9 Qij'anc pucyssas d'autra nom so- [venc. II Tost dissendei sobrel sablo, E vinc vas lievs de sauiz covtos. 1 2 Elham ders un pauc îo mémo Ab un dos ris ferm amoros, £m dis : « Scnhcr, cossius avcnc 1 5 Queus trastomassetz sai vas mi ? Quous etz tan de mi adautatz ? Qu'ieu no say ques es amistatz, 18 Per quem luenh de vos e m'es- [trenc. III — Toza, joys mi dona razo Per qu'ieu suy sa vengutz a vos i 2 1 duan me mostretz vostra faisso Sobre totz jauzens fuy joyos ; Per que mon cor fortz e destrenc 24 Al vostr' amor, vas cuy m'acli ; E sia volgutz et anvitz Lo mieus joys el vostre, sius plau, 27 Que ja mais no rompa ni trcnc. IV — Senher, si m'amistat vos do, Yeu aurey nom Na Maiafos, 30 Qu'ieu n'esper melhor guizardo D'autre, que cug qu'en breu m*es- IPQs. 1 Dcsemparatz H — 2 c d'amors R ; 1. iratz e b. C — 4 iratz e del tôt cos- siros R — 5 me R - 6 pastorela R — 8 rcmcmbran C - 9 pucys C, pueis R — II Icy R — 12 lo] li C ; li moto R — 14 c manque CR ; me d , . . cos- siu C ; cossi uosR — 1 5 q. trastorncssciz say /? — 16 azautaiz R — 19 ici /? — 20 ^o\ R — 21 mosirct v. fiiiso R — 23 mos C ; cors CR — 25 amaz C — 26 micu R — 27 iamay R. —30 guiardo R — 5 1 d. quicu c. q. b. et cspos R. POÉSIES DU TROUBADOUR GAVAUDAN Dar vos ai â! est cairelh que tenc ; yil — Amiga, ab autr' ochaizo Sii } 3 E tomatz en vostre cami, Qu'sb autras vos etz ensajatz, Per semblan, don etz galiatz, 36 Falsas, que fan rie joy sebenc. Mi tomatz mon joy sus dejos 57 Que ja non er ni anc no fo Qu*amors no sia bon'als bos : Per qu'ieude ben amar nomfcnc, 60 Quem don*al cor joy clar e fi De vos, e prcc merce m*ajatz, Om metrey, si m'o alongatz, 63 Hermitas el pueg de Messenc. V — Amiga, nous die oc ni no De las falsas ab cor ginhos, 59 Tan me platz de vos em sap bo Que lotz mais, da irr, m'en es Ipros j Yjjj — Senher, ja prezic ni sermo En quai queus vulhatz vos, o ^^^ ^^^ ^^j ^^^^^ ^^^ ^^3 . Iprenc, ^^ gj \xiti\ amicx, amigaus «o ; 42 Que ieu vos plevisc eus afi Que vostres suy endomenjatz ; E faitz de mi so queus vulhatz, 45 Neys lo cor traire ab un brenc. VI — Senher, qui messonjas a pro A sseniblan de ver non es tos ; 48 La saviez* a Salamo Aondera, s*amors no fos, Qpe mur e forsa e palenc 51 Fe de sen, et un franh bassi Nol valc, quan fo apoderatz ; E pus elh ne fo enganatz, 54 Guardatz en vos so qu'ieu no [prcnc. Quar tan n'etz lecx et enveyos, Yeu gieti foras et espenc 69 De mon brau cor erguelh comgi. Tôt aissi cum vos desiratz Er mos joys al vostre privatz, 72 Qjie ses joy no valh un arenc. IX — Amiga, ab tant ey assaiz : Per mil vetz s*es mos joys doblatz 75 Qjuar en la vostr* amor atenc. X — Senher, c vos non o digatz. Si tôt dur cor adomesjatz, 78 Als parliers, gola de las tenc. I. Désemparé, sans compagnon, complètement éloigné et privé d'amour, je chevauchais par une plaine, marri, triste et pensif, le long d'un bois, quand je fus arrêté par l'agréable vue d'une pastoure que j'aperçus, telle que ma joie se renouvelle quand je me rappelle sa beauté : [elle était si belle que] aussitôt il ne me souvint plus d'aucune autre. 32 ai| ei K\ (T manque CR — 34 quen badas uos es essarratz R — 3$ don es gualiatz R — 38 cor] cors R — 39 t. mi /? — 40 dauers C ; deuers R — 43 endomneyatz R — 47 a semblan R — 48 salamos CR — 53 fon R — 54 gardas C ; no] ne CR — 55 amigua R — 56 tomas mi ioi desus deius R — 57 anc) id R — 58 bonals] bona) C — 60 cor joy] ioy cor R — 62 om] tm R — 63 de messenc] demseno R — 66 etz] es CR — 67 n'etz] nés R; et] ni R — 6S espec CR — 70 vos] o R — 74 ioi /? — 75 en] e /f — 77 tôt) tan R. 512 A. JEANROY II. Vite je descendis sur le sable et m'approchai d'elle à pas pressés. Elle leva un peu le menton et avec un doux rire vraiment amoureux, me dit : « Sire, comment advient-il que vous vous détourniez vers moi ? Com- ment vous êtes- vous épris de moi à ce point ? — car je ne sais ce que c'est qu'amitié, et c'est pourquoi je m'éloigne et me refuse à vous. III. — Fillette, c'est joie qui me fournit le motif pour lequel je suis ici venu à vous : quand vous m'avez montré votre visage, plus que quiconque je devins joyeux et gai ; et c'est pourquoi je force et contrains mon coeur à vous aimer, et m'y applique [de toutes mes forces] ; je vous supplie d'accepter, de vouloir ma joie et la vôtre, s'il vous plaît, de sorte que jamais elle ne finisse ni ne soit brisée. IV. — Sire, si je vous donne mon amitié, je prendrai le nom de « Dame à la malheure », car j'espère une meilleure récompense d'un autre qui, je l'espère, m'épousera bientôt. Je vais vous donner de ce dard que je tiens; passez donc votre chemin, car, on le voit, vous vous êtes essayé avec d'autres, qui vous ont trompé, avec d'autres perfides, qui rendent méprisable le plus noble amour(?). V. — Amie, je ne vous dis ni oui ni non au sujet de ces perfides au cœur déloyal ; je me suis si bien épris de vous et cette poursuite m'est si chère . que tout mal qui m'en viendra me sera profit : quoique vous ordonniez, je m'y soumets, car je vous affirme et je proteste que je suis votre homme et votre serviteur ; vous pouvez faire de moi ce que vous voulez, même m'ar- racher le cœur avec un croc. VI. — Sire, il n'est pas sot, celui qui sait forger des mensonges auxquek il donne F apparence de la vérité ; sans l'amour, la sagesse de Salomon eût été suffisante, [de S.| qui de son entendement avait fait muraille, forteresse et palissade ; mais elle ne lui servit pas plus qu'un pot cassé, quand il eut été maîtrisé [par l'amour] ; il n'en fut que plus complètement trompé : gardez donc pour vous ce que je refuse de prendre. VII. — Amie, c'est U un nouveau prétexte pour mettre ma joie sens dessus dessous ; jamais il ne fut et ne sera possible qu'amour ne soit pour les bons une bonne chose : c'est pourquoi je ne renonce pas à l'amour qui me donne au cœur, à cause de vous, joie pure et noble, et je vous prie d'avoir merci de moi, ou [autrement], si vous me faites languir, je me ferai ermite sur le pui de Mezenc. VIII. — Sire, qu'il n'y ait plus entre nous discours ni contestation : si vous m'êtes ami, je vous suis amie , puisque vous en êtes si gourmand et désireux, je jette loin de moi et chasse de mon cœur farouche orgueil... Comme vous le désirez, ma joie et la vôtre s'associeront, car san joie, je ne vaux pas un hareng. IX. — Amie, ce que vous me dites me suffit : ma joie s'est mille fois doublée, puisque je puis me consacrer à votre amour. X. — Seigneur, ne dites point cela, bien que vous ayez réussi à dompter un ccvur rebelle POàsiES DU TROUBADOUR GAVAUDAN 513 NOTES 20. Sa pour sai (voy. Appel, Chrest., Gloss.) ; cf. la pour lai, 23. Destrenc pour destretth; de même plus bas prmc pour pren (41/54), fenc pour fenh (59), espetic pour espenh (68), a/^w^: pour atenh (68). Sur ces formes voy. Crescini, Manualetto, 2«éd., p. 142. 29. Malafos, Ce nom propre n*est qu'une exclamation, où mala est adverbe ; cf. dans Marcabru, A lafotUana^ v. 26, et Rayn., IV, 127. 33. Il est indispensable de suppléer de avant «/;pour cet emploi en fr. voy. Littré, donner^ 40. 36. M. Crescini identifie sehenc avec le mod. cehen^ « gros bouton, furoncle » (Mistral, 5. i^); on pourrait y voir plutôt, car sehenc paraît ici adjectif, un dérivé de ceha^ « oignon », dans le sens de « de nulle valeur ». 40. Peut-être pourrait on conserver, comme le fait Crescini, le davers de C (da ver + s adverbiale) : da = de a. 45. Brenc ou plus souvent benc « pointe d'épine, aspérité, croc » (Mistral); ce n'est donc pas une altération de bran^ « épée » (non branc), comme l'ont cru Mahn et Crescini (voy. Levy, I, 138). 47-8. Sans doute : « Vous êtes fort habile ; mais Salomon [qui l'était encore plus que vous], fut déçu par l'amour; prenez donc garde à vous. » 63. Le mont Mézenc, sur la limite des départements de la Haute-Loire et de TArdèche. 68. Espenc de espenher, ex-spingere. 69. M. Crescini, qui voyait d'abord dans conigi^ comme Raynouard, le prés. ind. d'un comgiary « congédier a, est disposé aujourd'hui à y voir un « présent analogique formé sur l'infinitif congeer ». Mais ce prés. ind. ne saurait être congi, le thème n'ayant pas 1 long. M. Levy veut y voir un adj. Cînconnu) en -inum. Je crois que nous avons affaire à la hc p. $. pr. ind., itérée pour la rime, de comgetar (Levy, congetar) ou congitar (gitar est la forme la plus usuelle) ; l'altération consisterait simplement dans la suppres- sion du / final. Lire e de m, c, e. c. (?) 78. Lastenc est encore un mot complètement inconnu. M. P. Meyer (JRoma- ^^idy XXIV, 135) propose mastenc, « gueule de mâtin » ; mais ce mot non {>lus ne s'est pas rencontré ailleurs. Pourquoi pas las ietiCy « je les tiens ? » médisants sont tout heureux à la pensée qu'ils ont pris les femmes en lute et peuvent les déchirer à belles dents. IV ' Mss. : C 320 ro, R 99 r©. — Éd. Raynouard, Choix, V, 164 (v. 1-3, 0-3). — Graphie de C. I Eu non suy pars als autres trobadors. Ans suy trop durs a sselh quem ten per fraire ; 3 E mos trobars es blasnies e lauzors ; Ramamia, XJOUy, 33 514 A. JEANROY Enueitz, plazers fas als savis retraire , Et als nescis dir que suy certz ; 6 Per que mos vers deu mais valer, Qu'entre mil non cug n'aya detz due del tôt puescon retener 9 So que mos sens ampara. II Mos sens es clars als bos entendedors» Trop es escurs a selh que no sap gaire, 1 2 Per que eu jars lai on no val valors Non es sabers ni sens, a mo vejaire : Qu*eu vey e sey selhs qu'eutendetz : 1 5 Quecx cujatz bon* amig' a ver ; Sol so qu'en veyretz ne crezetz, due cujars fal savi cazer, 18 Si sens non lo déclara. III Ja mais nom gars, si aras nom secors Sens ni agurs, del crim don aug lo braire ; 2 1 Aigua ni mars ni fuecx non es paors, Ni rcteners laironcssis al laire, Contrais engans fenhs e cubertz 24 De las falsas fenchas, ses ver, du'ades portols lasses ubertz, Ab quens prendon mati e ser 27 El jorn, qu'us no ss'en gara. IV Larcx et avars, los pus autz els menors, Vey mal segurs d'amor don son amaire. )o Q}X3Lr SOS mesclars es de motas colors, Cubertz don ja us non repaire Fa als pus parliers et als quetz, Dans R Us deux premiers couplets sont a peu près effacés ; voici ce que fy ai déchiffré à grand* peine avec le secours de M. J. Bédier. 1 . . . e mos trobars es blasmes e lauzors cnueitz plazers. fai (?) als sauis. . . als. . . son scrtz (au cetiz) per que mos uers. . . que- mos sens ampara. — II. Mos. . . clars als bos cniendedors. c trop. . . a sel que no sap gaire. per que. . . la (?) o no ual ualors, non es sabe ni sens a mo. . . aire, quieu ueye. . . sel quentendetz . . . ueirclz ne crezetz . . , déclara. -^ Pour cette pièce je donne toutes les var. même graphiques ; les leçons dont V origine n'est pas indiquée sont celles de R. 5 que] que C\ manque R — 21 auch — 22 laironesis — 2} enguans — 25 cadcs ; hubcrtz — 27 eus no sen guara — 28 lo pus larcx el m. C — 29 ueg m. s. damors don soi — 50 car; motas] totas — 31c. tenhs es C, lenhcrs R. POÉSIES DU TROUBADOUR GAVAUDAN 515 33 Tro n'a avut a son lezer So que no vuelh e que voletz ; Del belh semblan quem fe parer 36 ^ Non es pueys trop avara. V Pauc val amars cuy escompren Amors, Ni SOS aturs ni Thonor de son paire ; 39 Desheretars es conortz e sabors Trol falh Tavers, que s'en cuja estraire ; Ben gieta en mar el; dezertz 42 Sa semensa, — don frug no sper ! — Lo pus cortes elh mielhs apertz, Qpan lo toma e non caler 45 Fais' amistat amara. VI Vils es e cars, e muda trops senhors Lo cons tafurs, desliab enganaire ; 48 Ane lunhs azars ab datz galiadors Ni lunhs poders no saup tant d'aver traire Quo fa aquelh per cuy falh Pretz, 5 1 Qui cre lieys que l'a en poder. Amors, per que vos no vezetz L'engan qu'elhas nos fan vezer 54 Quan s'an pencha lur cara ? VII Nom dezampars joys de totz los melhors, Quel pus autz murs pert son pretz ab un caire ; 57 Quar dompneyars falh als fis amadors, Pauc val temers, que mais n'a us trichaire. Donas, per semblan, tort n'avetz : 60 Lonc temps a degra remaner La foldatz que vos mantenetz, Que'ls pus ricx faitz per folhs tener, 63 Quar joys los dezampara. VIII Joys et Amors, per que fugetz Aselh en cuy deuratz caber ? 66 May amatz aver, so dizetz. , 35 bel — 37 cui — 38 ni lonor — 39 deseretars sol conortz cl sabors — 40 tro — 42 ben a semnat en dezertz — 43 semensa (sa manque) don fruch non csper — 43 elh] el — 44 can... en n. chaler— 48 nulhs... gualiadors — 50 co fay aquest — 51 quin... podeir — 53 après lengan, h copiste avait écrit les mots per cui falh pretz quelas qu'il a barrés ensuite — 54 can. . . lor . — 55 iois — 56 quels p. a. m. de prez tom ad .1. caire — 57 car domneiars — 58 us] uil C — 60 loncx C; ha — 61 foldat C — 62 fol — 64 mois. 5l6 A. JEANROY Que Espanhols no fa « corner » Ni Abraam no fes Sarra. IX 69 Drut e marit, ben conoyssetz S'eus ditz so que vos no sabetz. 72 Ja no lin devetz pieitz voler, Tart o sabretz sempr*ara. I. Je ne suis pas un [bon] compagnon pour les autres troubadours ; je suis au contraire trop dur à ^elui qui me considère comme son frère. Dans mes œuvres il y a blâmes et louanges ; je fournis aux sages de quoi plaire aux uns et choquer les autres, et je fais dire aux sots que je suis... Aussi mon « vers » doit-il être estimé davantage ; car entre mille je ne pense pas qu'il y en ait dix qui puissent embrasser complètement tout ce que réunit ma sagesse. II. Ma sagesse est claire aux bons entendeurs, elle est très obscure à celui qui ne sait guère. La vaine opinion, là où valeur ne vaut point, est bien différente, à mon avis, de l'intelligence et de la science. Je le vois par l'exemple de ceux que vous entendez : tous, vous croyez avoir une amie loyale : croyez d'elle seulement ce que vous voyez, car l'opinion fait choir [même] le sage, si sagesse ne Téclaire pas. III. Jamais je ne me garantirai, si sagesse ou chance ne me protègent pas, de l'égarement au sujet duquel j'entends tant de plaintes. Ni Teau, ni la mer, ni le feu ne sont des périls à redouter, en comparaison des perfidies feintes et couvertes — il est plus facile d'interdire le vol au voleur que de s'en garantir — de ces femmes fausses, félonnes, ennemies de toute vérité, qui toujours tiennent ouverts (prêts) les filets avec lesquels elles nous prennent matin et soir, aussi bien qu'en plein jour, si on ne sait pas s'en garantir. IV. [Les plus] généreux et [les plus] chiches, les plus grands et les moindres, tous, je le vois, sont peu à l'abri des coups d'Amour, dont ils sont amoureux ; le breuvage qu'il nous verse est de maintes couleurs. Aux plus bavards et aux plus silencieux il fait des . . . couverts, dont nul ne revient, jusqu'à cequ'il a eu d'eux, à son plaisir, ce que je ne veux pas et ce que vous voulez ; du beau semblant qu'il m'a montré il n'est pas ensuite trop avare. V. Il compte pour peu de chose les pires amertumes, celui qu'Amour enflamme, pour peu de chose ses [anciens] attachements et l'honneur de son père ; ruiner son héritage lui est consolation et joie, jusqu'à ce que ses biens lui fassent défaut et qu'il tente de s'en délivrer. Il enfouit dans la mer et les déserts sa semence, — qu'il n'en espère aucun fruit ! — le plus courtois, le plus habile [lui-même], quand Amour faux et amer le met en oubli. 67 fa] fai — 68 les) fe C — 69 conoisetz — 71 sieus die. POÉSIES DU TROUBADOUR CAVAUDAN SI? VI... Amour, pourquoi ne voyei-vous pas les perfidies qu'elles nous font voir quand elles ont peîni leur visage? VU. Qu'elle ne m'abandonne poini, la joie de lous les meilleurs I Le mur le plus solide peut perdre toute sa force par le défaut d'une seule pierre; De tous leurs soins les plus loyaux amants ne tirent aucun profil; rieo ne leur sert de servir avec crainte, car un perfide obtient plus qu'eux. Daraes, en vérité, vous avez tort : il y a longtemps que vous eussiez dû renoncer i la folie que vous maintenez, vous qui faites tenir pour insensés les plus nobles, car joie les abandonne. VIII. Joie et Amour, pourquoi fuyei-vous celui auprès de qui vous devriez demeurer? C'est que vous aime/ mieux, dites-vous, les riciiessvs, qu'un Espagnol la nourriture, ou qu'Abraham n'aima Sara. IX. Amants et maris, vous savez parfaitement ; et si vous ne saviet point ce qu'il vous dit, vous ne devez pas lui en vouloir, car, l'apprc- is le saurez encore trop lard, Il y a certainement des lacunes dans cette pièce, mais leur place et leur étendue sont difficiles à déterminer. Il me parait évident qu'aux vers $-7 de chaque strophe, il y a itltemance entre erlj, tl^, les strophes paires offrant des rimei en erli, les impaires en tl^, ou inversement. Les strophes VI et VII ayant toutes deux el^, il est clair qu'elles devaient être séparées par une strophe en erl^ ; de l'une â l'autre le sens est assez peu suivi pour qu'on puisse admettre cette lacune. Mais la question est moins claire en ce qui concerne le début de la pièce. La fin de la strophe I, et la strophe II ayant e(j, il faut aussi admettre une lacune; mais où la placer? On supposerait volontiers qu'il est tombé entre les v. î et 6 la fin d'une strophe (4 vers) et le début d'une autre (s vers); il n'est pas vraisemblable en effet que le poète ait asso- cié dans la même strophe rr/j et el:;, comme pour annoncer l'alternance qui allait suivre ; la première aurait, dans cette hypothèse, été en erl^, la deuxième en tl^ ; mais la seconde étant aussi en tlf, il faudrait encore supposer entre les V. 9-10 actuels une lacune d'une strophe; or le sens de tout ce début est trop bien lié pour que toutes ces lacunes soient vraisemblables. La solu- tion la plus simple consiste donc i supposer que la première était en etj, comme nous y invite au reste ledtl^ du v. 7, qu'il est impossible de rempla- cer et A tenter de corriger le (cri^ du v. j qui au reste ne donne pas de sens (voy. la note sur ce vers). Dans cette hypothèse, il manquerait, entre I et II, toute une strophe, où le poOtc développait la théorie du tiniar dus et insistait sur ses propres mérites ; on sait que tes développements littéraires et l'éloge du poète par lui-même sont dans les habitudes des plus anciens trou- badours (voy. sur le dernier point Zenker, Pfirr d'Alvtrnhe, p. 5g ss.). . égal » t compagnon » . JEAN ROY Cl pair, camarade u u Dur j ■à-d. . sévère, impitoyable n, |ou encoi lïC qui terminek vers désigne les a • difficile* , infrèrcs • inj«1 entendre* (})]; la péripht l'auteur. ), On pourrait prendrez pour la conjonction, mos Irobars pour un a singulier, et entendre « et mes vers sont ". 4. Je prends fas au sens de fario : « je fais rapporter aoit sages [qui réciieni mes œuvres] des choses déplaisantes ou agréables x ; on pourrait prendre aussi enutiti, plajiri, pour deux substantifs sujets et interpréter n ]t fiis croire aux sages que triufili en l'Ilot r s u. J. Ctrij^ est impossible pour la forme ei le sens. Peut-être fe/j (Ikius) faut un t ouvert), dans le sens de <• plaisant, badin s, il. Allusion au provtrbe qui oppose, sous des formes diverses, aiiditr A satwV; cf. Rom., XV, 199; XXVIII, î6i et Ann. da Midi, XV, 314. 14. ValoTi doit être pris au sens intellectuel : a là où Icsqualitésdc rintdli- gcnce ne se trouveoi pas ». I S- Peut-être faut-il corriger quic, cas sujet du pluriel. 19-10. Le sens de ces deux vers est très douteux ; les formes /uri, j^wr» (et plus bas lU^amptirs, v. 55) sont bien embarrassâmes ; gari ne peut guttt être qu'une I" p. s. du prés, ind. et il faut garl ; au lieu de wcwi (}• p.) il faut secor ; pour dtjampats (;< p, s. subj.) il faut Jqampar. On pourrait à U rigueur supposer un type *wart-îarc, mais il faudrait/or/^ qui ne rtmerah plus. Le plus simple est de voir là des formes analogiques (sur parlio <^r(^, parcco > /wr/^), au reste fautives, amenées ici par Ij rïtnc, 1 moins encore d'y voir des 2" pers. subj., en considérant comme des vocatifs les substantifs des propositions où elles eotrcnl. 31-4. Levers 22 s'intercale bi>arremeni dans une phrase qui sins lut, serait assez claire (si paors veut bien dire ■ objet de crainte *) ; je ne vois pas d'autre sens possible que celui que j'indique. 19. Amaîrt au c. s. pluriel s'explique aisément, si on admet que dès cène époque, amaîre et amaJor étaient traités comme deux mots ditlétents. — Interpréter lOB par su m serait en contradiction avec le sens général. )0. Maclar doit avoir,comme le latin misctrt. le sens de o verîer àbmre •; cf. iial. mJscere; de là l'interprétai ion proposée; « elle vous en Cait vent de toutes les couleurs », comme dit le vulgaire. }i. H faut un mot de deux syllabes en -rrs {i fermé), ayant le sens dc u chemin, forêt, dédale • Q). Je n'en vois aucun remplissant ces coniiîtioiu. ]1, Cette périphrase désigne simplement la totalité des hommes ; d. plut haut, II, 5). Qiitli rime ici en «ouvert, comme dansArnaui Daniel, X.'sar' amara, 56 a Peîre Rogier, Per Jar, ï8. {{-6. La suite des idées m'échappe ; on attendrait plutAt celI(^her, Na Eva trespasset Per que la nuech cossir e velh : ^' mandamens que ténia, Anc pueys, pus de vos me parti, ^ 1"' "^^ ^°* "'« <^^ 52 Aitan se muza en bavet. » I. L'autre jour, au matin, je passais sur la cime [d'un coteau] ; je vis, au pied d'une aubépine, aux premiers rayons du soleil, une jeune fîUe qui me parut ressembler à celle que j'avais coutume de voir. Je me détournai de mon chemin [pour aller] vers elle, et elle, en souriant, me salua. II. Tout joyeux je descendis de mon cheval sur le gravier ; elle me prit par la main et me fît asseoir près d'elle à l'ombre d'un tilleul, et ne me fit aucune question. Je ne sais si elle me connaissait... Elle? Certes oui, car — pourquoi vous mentirais-je ? — elle me baisa les yeux et le visage. III. Peu s'en fallut que de plaisir je ne m'endormisse quand ses cheveux me louchèrent. « Belle, fis-je, comment êtes-vous ici? Je crois que c'est Dieu même qui m'a préparé cette rencontre. — Messire, oui, c'est lui qui nous a réunis ; je ne veux et ne désirais rien autre, et si cela vous plaît, elle me plairait, à moi, la chose au sujet de laquelle on m'a le plus répriman- dée. IV. — Amie, si je devine juste, j'aurais tort de me plaindre. Puisque vous êtes si familière avec moi, je vous révélerai un secret ; Amour m'a enlevé ce 20 dombredieus R ; crey que — mo parelh C — 22 calres... querria R. 2) amigua R — 26 mays matu^ue R — 27 mas t. p. es /? — 30 q. mot R — 33 suy C, sei /? — 35 anc] an C — 36 miey huelh no prczeron R ; sonelh CR — 40 estera R — 41 ami CR; per trastoi bon desti C — 44 dous manque R — 48 e ia amors e mi nostrct C — 49 na seua R — 50 lo m. C — 52 muzen bauet C. POÉSIES DU TROUBADOUR GAVAUDAN 52I paraît signifier ici Domerga ne s'adoucisse et se nettoie (se ralfine) ; car je lui fais un tel obstacle de mal que Tromperie pourra l'écraser, le fouler aux pieds?. III. Je répands ma sagesse en biendes lieux oii je perds ma réprimande ; et si je la hausse et In dresse avec prières, Mauvaiseté la met bas dans le gouffre, !^ fait tournoyer et l'engoutTre; je ne veux plus qu'elle se hausse ni se dresse, mais je veux que l'iiomme perde Prix et Joie. Puisque sa nuée (son obscurité) envahit le monde entier, je crois qu'elle doit se dissiper. IV. De grande prison je délivre moncceur; c'est pourquoi je m'efforce, (ne lourne et reviens vers cette joie que je veux et cherche par-dessus tout. Elle ne veut, cette joie, ni château, ni cité ni bourg, ni le choc de dame Borga ; mais elle veut à celui qui la cherche tel mal dont il se trouve pis ; il laisse bien la clarté pour l'ombre, celuih |dis-je| qui se précipite (se liche) vers son dommage. Sj aponga — $4 per quen portaran m. cargua — 56 naiura — jS drech ■ — fo laiga n. clergua — 61 merga — 63 q. i. q. que I. argua — 68 éd. 70 mania — 71 passargua. 524 A. JEANROV V VI. C'est pourquoi il portera un plus lourd fardeau, celui qui jamais ■ connui la douleur; qu'il ne croie point que ceci [cette loi| puîsi gressè ni Éhréché, i savoîrque l'orgueil des riches ne les encombre (?) point, car le mal brise et encombre (étouffe) le bien, ei la foi se brise eti'rtrichc: ceux chez qui il devrait y avoir disette en ont enlevii loui ce qu'auinii y apporte, et ils porteront une plus lourde charge. VU. Quoique je m'en garde, il s'en faut de peu que je ne me brûle en ce feu dont nature [humaine] a mérité le mal (le châtiment) : k peioq trouvi-je laïque ou clerc qui ne manque pas le droit cliemin, \i où Sagesse manque cl fourche; à peine voîs-je femme laïque ou clergesse qui, peu ou prou, ne mérite châtiment; le fou n'a pas plus de sens que la bougresse qui veut toujours brûler en enfer. V ni. Difficilement il sera châtié par verge ou croirafles avertissements de) sa dure marâtre, mais son... reveui et gagne tel morceau qui ensuite leur parait amer. IX. Que Dieu sauve et exalte le comte, car sans lui je ne veut ni [pc der] Venerque, ai manger congre ou murène, ni carrelet, ni plie. 1. Dtpiiri pour liiparl ; même déformation dans verc (i), (span ttpart^ (tg,), pire (10), mwc (29), iorc pour sorti {40), «"■ (JS); deméoMB i rintiricur du vers hasiie (h) aplanc (10). 2. Raynouard (V, s 17) ne donne pour ttriir que le sens de • toumrr 'M 3. CtHii/rrr est le subj. de condirxer (cum de-erigerc), «ériger, drc^l ser •. comme l'a remarqué Siembeck, p. 60. 4-}- Den, tigua pourraient aller pour le sens, mais il faut ici des rimes cm orc, orfO (voy. leçon de R au v. 6); peut-élre lorc, lorga (torques), où I'* était parfois considéré comme ftrmé (cf. estent, tvtllas dans Vc Faydii, U^M Stengel, p. 56). 7. Lire vtrgnn (R). 9. Corr. folbi, si mon sens est exact. 10-14. '3" "*^ '">'' P^^ pourquoi le poète s'accuserait icidestoru qa% reproche aux autres. Ce sont eux sans doute qu'il fait parler. 10. C'est par distraction que Raynouard (IV, ij6) a rattaché â <- (il H comme moi aiiissic) ce prés. ind. de iaiiisi^r, qu'il a correctement tndui ailleurs (11. 289). Marcar. que Raynouard (toc. cil.) traduit pat ■ marqoer en est un pur synonyme (voy. Levy, V, 111); l'anc. fr. possMaii marcbier ■ fouler aux pieds v, tntns.; voy. Littté, 1. 11. Corr. aplan (?); même sens dans l'anc. fr, apkiiar, aplaiioUr', la corr. t'siirc, déji indiquée par Levy (III, jii) resson du v. 16; Raynouard (\', 548) a K secoue ». ij-14. Le Bugue (Dordogne)ï Mais Dore? Faut-il corriger thni] POÉSIES DU TROUBADOUR GAVAUDAN ^2^ Bourg dans le canton d> dorénavant rien de bon ne lui manquera (?), jusqu'à ce qu'elle l'ait mis ns le feu. ji cab — Si alberc d. bêla m. — 34 dabrici — î6 mas nol es clergui ^ua ^ 58 traiiï — 59 cuca — 61 trenque lim — 6j trebalha — 64 tal; leus lai t. t. — 66anc n. cauii s. — 69 sel car aisel — 70 pljeu — 71 y. er; — 72 mo sens — 74 lescrieu — 77 lo rey — 78 cstieu. 1 pauvre fou (fu:intf ^ Ile ne tUigne plui ire dont die puisie subtile, troue liau- 528 A. jEANHOÏ V. Je suis [UD aniant| si délicat pour d^tme Prime que je ne veux qu'elle soit triste devant moi; souvent elle se plaint, grogne et bâilii ses bâillements sont perlïdes; elle lient le sage pour elle lui > enlevé son avoir et qu'il est dans l'embarras alors le regarder et en cherche un autre à regarder, un emporter l'avoir, qu'elle puisse rendre misérable. VI. Telle est douce au début qui, par ruse algui: bert de bonne maille, jambières, gants et coiffe; elle (Fausse Amour) sait tant de lalin et de grec qu'elle est, quand elle veut, clergcsse grecque ; aussi que nul ne se défende (ne tente de se défendre) contre elle : trahi est celui qui la protège; elle guigne d'un œil et ferme l'autre, et la tromperie force k (vient à bout du) naïf. VII. Prix exige que l'on ait lime avec laquelle on lime « brise le* menottes (où elle nousenserte].Moi je fuis le trouble joù elle me plongerait], car elle plonge toujouts ses fidèles dans le trouble, les jeunes et les vieux. Jamais Néron qui tua Sénéque n'eut le cœur clair (sincère). De même fausse Amour ne révèle pas son cceur A qui se découvre [devant elle], quoiqu'elle jure et promette de le faite. VIII. Mieux qu'un bceuf ne laboure, ma sagesse brise et laboure le crime ; celui qu'elle ni on l'écrit bien. IX. Comme une nef, je vi le lance bien, je veux que le ri hiver et en été. peut mdrdre, elle le pince. Ce ■ x te lancer i la mer, et, Alfonsc le conduise (lui dairi ur tinpalliar, vov n rattachant dt u Stichel )9 et Levy II, î7î ; le sens me parait bieo 1 om ; les hommes sensés sont opposés X ceux dool ■ eii bon, *|^^| le pousse <^^^| Je pilote) s^^^H e parait bieo^^H i X ceux dool I '•■oy. Levy, s. v. ; mrtrf en biKtc a naturcllemeni le halam, c.-à-d. mettre dans l'incertitude, i'cmbami dans Ray., II, 171); batte, adj, ■ l^er, frivole ». n. de ma, « hébété, niais » (voy. Mistral, ni) cl non il va être question. J-6. Sur&M*", subst. même sens que iiulr< 1 16. Mici « triste « (Kay-, IV, 1 72). M. Levy (lU, Î77) lit Mfca. mais je quel sens cela peut donner. 17-8. Peut-être : nPrès de laquelle vous ne trouverez vous-mtme aucu joie ■(enlisant qut), jusqu'à ce qu'elle-méme(liit sa joie) vous abandonne « 19. Suppl. [yrij'ff; ? — Fadiu, dérivé de (Ji, ■ sot >, non ■ futidleus a| (Ray., III. 184) ; voy. l'art, de Levy. ai. Raynouard n'a pas tntrusiimr, mais il donne (II, jçé) Irttsimar, a ce seul exemple; cf. Mistral, trtuimàd. POÉSIES DU TROUBADOUR GAVAUDAN 529 24. La liaison des idées m'échappe. 25. Entalec ne peut se rattacher, comme le propose Raynouard (V, 296) à entalhar, « entailler », ce mot faisant rime dérivative avec taleca ; peut-être y avait-il, à côté de ce mot, un taîà de même sens. 26. Taleca, plutôt « sac, bissac » que « panetière » (Rayn., îoc. cit.) ; cf. esp. taUga, 28. Ce vers parait corrompu dans C, tandis que la leçon de R ofire un sens ; mais je ne comprends rien au précédent. 29. Astruga psiTSiit bien être le fém. dea5/n/c(Rayn.,II, 138); le sens serait meilleur si on pouvait en faire un synonyme de astruguia (voy. mon éd. du Catounei gascoun de G. Ader, note sur L, 4 et Mistral, astruguia), 35-6. Cavfc n'est connu que dans le sens de « chouette, chat-huant » et « sot » (voy. Levy) ; cavâc signifierait- il dans le premier vers, « cri de la chouette », c.-à-d. parole de mauvais augure ? 40. Sur recalivar, recaliu, voy. Tobler dans Mém, de VAcad. de Berlin 1896, 836 s$. et G. Paris, Romania, XXV, 621. Recaliu paraît signifier ici non « reprise de fièvre », mais simplement « fièvre ». 42. Grimar, généralement associé à salir, sautar, paraît avoir un sens analogue (voy. Levy, s. vo). 54. Trahuc, « Trabucus, genus calceamenti » (Du Cange, trabucus i et trebu- cus,) Trebux de ferro dans Cabié, Cartulaire des Alafiuins^ p. 51. — P. M.] 5 S. Savoir le latin et le grec, c.-à-d. être très habile. 59. Tors (pu tor^), régulier, de torcet; la corr. clugûy déjà proposée par Levy (I, 265) me paraît sûre. 62. Sur grilhos^ voy. Ray. III, 511, Levy, gril Imu, Mistral, grihet 2. 65. Senec, latinisme évident, est aussi dans A. Daniel XIV, 24, et Gor- monda, 21 (Levy, GuiW., Fig., p. 74). 69. Stichel veut rattacher demugar à remujarçx propose comme sens «être, mobile, agité par le vent »; ce serait plutôt une autre forme du gascon mucbar, « montrer » ; cf. Mistral, demoustra et Lespy, Dict. béarnais, sous muxa. 73. Pessugar est à tort confondu par Raynouard (IV, 526) avec pecefar; voy. Mistral, /»55i^fl. VIII Mss. : C 317 r«, /? 98 vo. — Éd. : Raynouard, Otoix, IV, 402 (d*après C corrigé çà et là par R : manque str. VI); Mahn, Ged., 107 1 (R; Tédition est au reste fort inexacte). — Graphie de C. I Patz passien ven del senhor Vole nos rczemer del sieu sanc, Qpe per nos près cam e moric ; Quel fossem ver fizel amie ; Les leçons dont la source n'est pas indiquée sont celles de R — 2 mûrie. Rtmmnia, XXXÏV. 34 530 A. JEANROY 5 Per so ja us non s'en estanc Que usquecxvasluy non corra, QjLie Dieus nos dona tal conort Quel segle fais, fallit e mort Nos mostra patz per sa doussor, Que fa als bos los mais jauzir I I En patz ab patz patz obezir. II Per aquesta n'aurem major Patz, e vulhatz qu'om voti prezic ; Ges non es ni er ni fon anc En ergulhos cor fellon rie *. 16 Per qu'ieu sospir soven e plane Quar non pessam pus abora Q'us a l'altre no fezes tort, Ni agues ira 0 desconort, Mas fezes Tus a Tautr'amor, E cum pocsem a Dieu servir, 22 Quez elli nos denhe aculhir. III Rcgart deu aver e paor Qui sap so qu*elh per nos suffric ; Vol que siam humil e franc, Perdonem a nostr' enemic, 27 Per so que de luy nons aranc Peccatz, que fort brama e plora Quar 11 premier li son cstort ; Non y a un, tan gran ni fort. Si ca layns, qu'ab gran dolor Nol fasson ardre e blezir 3 3 Selhs quens fan peccar e fallir. IV A nulh home no fan honor, Ni de lur obra non jauzic Que nol tomon d*aut bas el fane. Si co feirol premier antic ; 38 E ja no cug traspas ni manc, Tart o temps, qu'a mâla hora. Qui diables siec, non l'aport ; De cobezezans planton ort. De sobre totz mais lo pejor, Per quens podem greu d'elhs [partir, 44 Qui ben no s'en sap escrimir. V Peccatz a tan dossa sabor Per que Adam(s) lo pom[s] trazic ; Del dreg just fey fais clop e ranc Cobezeza, quel ne partie ; 49 Qp'elh era assis en tal banc Ja no saupra mais ques fora. Et a donat estranh déport Ir*e trebalh e desconort A selhs qu'intran el bollidor. Don ja mais non poiran yssir : 5 5 Pensem nos quo poirem guérir. VI Sans Pauls dis : « Pus temps nos [secor, Ja us de ben a far nos trie », Qu'el sieu sant clar paradis blanc Jhesu Crist, que anc no mentic, 60 Nos apella, enans quel tanc 5 no — 6 corram CR — 9 mostra) iragua C — 10 fai ; chauzir C — 13 von non CR ; com — 14 ges manque R — 15 cors C ; ergolhos... fel .ï, R — 17 no — 18 eus alautre nDn — 19 o] ni CR ; desconortz — 20 pus una fes et una raor — 21 eossi podem — 22 que el n. denhes — 24 el... sofrie —27 arranc — 28 fort] faym — 29 car — 30grans n. fortz — 31 cay — 33 que f. C; falhir R — 55 lor o. anc n. — 37 ferol... amie — 38 euch. — 39 temps qua vtanquc R — 40 que d. sec — 41 cobezeians C — 42 tôt mal C — 43 dels — 45 peccat C — 46 adiiii C — 47 de d. j. fetz — 49 quel — 53 cl] al C : bolliidor — ^5 quoy C; coni R — 56 dis manque — 57 ben farC — 59 jhe- sus — 60 apela. POÉSIES DU TROUBADOUR GAVAUDAN 53 I Lo n' a portât a deshonor Que anc nol laisset repentir ■ 77 En vida ni quan doc mûrir. Corram lai on tug li doctor S'acordon que y podem venir ^"^ Dombredieus prec yeu et ador 66 Ab be far et ab mal gequir. ^"'^^^^ "«^ '^^^ ^^ s^^" ^«"^ ^'^"^^ 80 Ab SOS angils cans novelhs dir. VII Trichât seran li trichador Que anc mal per pieitz non ge- IX Cal comte R. val honor [quic; Et forsa. . . per enantir Noy aura riu voûta ni danc 83 Pretz, en que totz le mons se mir. Al perjur fais qu'a fe falhic 71 Que tôt denan lor no s'enplanc ^ Co"^^«> ^^V ^^ ^n^perador Ni engans que nol secorra ^^^"^ ^"^ P*^^ ^'^'^ ^"^"^^^> Selh es... folhs quar a son tort «^ ^^ P^^^ ^"^"^^'' '^^ ^°^"''- Del diable, quar ab sa sort I. La paix résignée vient du Seigneur qui pour nous prit chair et mourut : il voulut nous- racheter de son sang, afin que nous lui fussions de sincères et fidèles amis ; aussi nul ne doit se lasser de courir vers lui : Dieu en effet Qous donne un tel réconfort que, en ce monde perfide, avili et mort, il nous montre la paix par sa douceur et qu'il fait aux bons accepter avec reconnais- sance les maux et en paix obéir pacifiquement à la paix (?). II. Par cette paix nous en aurons une plus grande ; souffrez que Ton vous prêche à ce sujet. Jamais elle ne fut, n'est, ni ne sera, cette paix, dans le cœur orgueilleux, félon ou présomptueux : aussi m'arrive-t-il souvent de soupirer et de gémir à la pensée que nul aujourd'hui ne se préoccupe de ne pas faire tort à son prochain, de ne pas nourrir à son endroit de sentiments haineux et hostiles (?), alors qu'on devrait songer à lui prouver son amour et rechercher les moyens de servir Dieu, afin qu'il daigne nous accueil- lir. III. Celui-là doit vivre dans la crainte et la terreur qui sait ce qu'il souffrit pour nous; il veut que nous soyons humbles et loyaux, que nous pardon- nions à notre ennemi, pour éviter d'être séparés de lui parle Péché, qui crie et se lamente de ce que les premiers ont été arrachés à sa domination : nul, quelque grand et fort qu'il soit, n'évitera, s'il tombe dans ce gouffre, d'y être, en grande douleur, brûlé et flétri par ceux (les diables) qui nous font pécher et faillir. IV. A nul homme ils ne font honneur ; jamais nul n'a joui de leur opé- 64 tornam — 66 giquir — 69 rieu; tanc — 70 als periurs — 71 que denan luy no sen palanc — 72 engan — 73 sclh el fane car — 74 car — 75 Ion] lo — 76 laiset — 77 can uolc — 78 azor — 79 lays al — 80 et ab los angels — 81-6 ne sont qne dans H — 85 enartir. 532 A. JEANROY ration (des démons) ; toujours au contraire ils précipitent le pécheur de haut en bas, dans la fange, comme ils ont fait pour notre premier père. Ne croyez pas que ceci puisse être évité : que tôt ou tard, le démon fasse le malheur de celui qui le suit. Les diables nous préparent un jardin tout planté de convoitise, le pire de tous les maux : et voilà pourquoi nous nous séparons d'eux si difficilement, quand nous ne savons pas nous défendre contre leurs ruses. V. Péché a si douce saveur qu'Adam se laissa trahir par la pomme; d'un homme droit et juste Convoitise fit un coupable, estropié et boiteux, qu'elle en sépara (de son innocence). Il était (auparavant) assis sur tel banc qu'il n'eût jamais su ce qu'était le mal ; il a donnéun étrange divertissement, douleur, tourment et déconfort à ceux qui tombent dans l'abtmc où il faut bouillir, dont jamais nul ne sortira : songeons donc comment nous pourrons nous en garantir. V. Saint Paul nous dit : « Puisque nous avons le loisir, que nul de nous ne retarde le moment de bien faire », car, dans son saint paradis, lumineux et blanc, Jésus-Christ nous appelle avant d'en fermer la porte.... Courons donc vers ce lieu où tous les docteurs sont d'accord que nous pouvons entrer si nous faisons le bien et laissons le mal. VII VIÎI. J'adore Dieu et le prie de nous laisser venir parmi les siens chatiter avec les anges de nouveaux chants. IX. Dieu veut donner au Comte R[aimon] honneur et force (?), pour faire briller le mérite [du comte Raimon] qui sert au monde entier de modèle. X. No^s avons là-bas, pour faire briller le Mérite, un comte, un roi, un empereur. NOTES 6. Régulièrement il faudrait une rime en -ora ; mais il y a au v. 72 un exemple assuré de rime en -orra ; on pourrait encore proposer corr^ ora. 11. Simple cliquetis de mots où il ne faut pas, je crois, chercher uti sens profond. 12. Cette paix plus grande est évidemment celle du ciel. 13. On pourrait conserver la leçon des mss. en entendant fton pour nos en. Il serait séduisant, mais hardi, de corriger otti en ieu : le poète ferait ainû allusion à son propre ^r^^tV. 17. Dans Flamenca^ abord signifie « de bonne heure » (voy. P. Mcyer, Chanson au gloss. et Appel, Chr. Gl.); ici il paraît avoir le sens de « doré- navant ». Raynouard écrit ab ora. 22. Les nombreux exemples de non-clision de voyelles finales permettent de conserver la \t> Ray- nouard (IV, }j4) lit avec C ptaia et le rattache à phinbtr. Je ne comprends pas l'explication de Harnisch, qui veut corriger s'en en m» cl voit dans plane pUnctura. Slichel ne conclut pas. 71. Peut-être : ni tngiVis (c'esi-i-dire ni ruse, ni , phrase s'arrêterait M. 7}-4. Le tente est évidemment altéré (la répétiti guère admissible) et devait déjà l'être dans la sourc copiste de C a aggravé la bute par 1 devait porter ff//jf(/iirK (conservé pai R) ^iiJ(( = Ah sii sort, à (vers) sa destinée. ' 78. Il n'est pas indispensable de corriger Dombredieu, la forme du n tîf. plus fréquente, ayant pu se propager à l'accusatif; le même fait s'i duit pour ttfgd. ai-3. CJ ne peut être valet, c.ir il faudrait '«hod ; pcui-tirc 11 suppléant au v. suivant darr lifice) (/ue lo toc orra. U "*"■"■"-?'"'- a* n'est des deux mss. mais le original , cadit ptr lo s. t.— 534 A. JEANROY 85. Luy pourrait désigner le comte R[aimon]; mais il D'était ni nn ni empereur; je traduis comme s'il y avait lay. 85. Enantir^ que Rayilouard corrige en enardir^ peut rester, les deux tor- nades, chez les plus anciens poètes, présentant souvent les mêmes rimes ; c'est plutôt au vers suivant que ce même mot doit être corrigé. 86. Ce vers m'est inintelligible. — Sur les personnages désignés dans ces deux envois, voyez plus haut p. 499. IX Mss. : C 318 vo; ^ 98 ro. — Ed., Raynouard, Choix, IV, 85; Milà y Fontanals, Trov., i* éd., p. 129. — Graphie de C. I Senhor, per los nostres peccatz Creys la forsa dels Sarrazis; 3 Jherusalem près Saladis El encaras non es cobratz ; Perque mandai rcys de Marroc 6 Qu'ab totz los revs de Crestias Se combatra ab sos trefas Andolozitz et Arabitz 9 Contra la fe de Crist garnitz. II Totz los Alcavis a mandatz Masmutz, Maurs, Gotz e Barbaris 12 E noy reman gras ni mesquis, Que totz nols ayon ajostatz ; Ane pus menut ayga non ploc ; 15 Cum elhs passon, e^ prendols [plas, La caraunhada dels milas Get'al paysser coma berbitz, 18 E no y reman brotz ni razitz. III Tant an d'erguelh selhs qu'a triatz Qu'els cujol mons lur si'aclis; 2\ Marroquenas, Marabetis Pauzon a mons per mieg los [pratz ; Mest lor gabon : « Franc, faiz nos [loc; 24 Nostr'es Proensa e Tolzas, Entro al Puey totz lo(s) mejas. » Ane tan fers gaps no fon auzitz 27 Dels falses cas, ses ley, marritz. IV Emperaire, vos o aujatz, El reys de Fransa, e sos cozîs, 30 El reys engles, coms peiuvis. Qu'ai rey d'Espanhâ socorratz ; Que ancmais negus mielhsno poc 33 A servir Dieu esser propdas ; Ab luy venseretz totz los cas Cui Bafometz a escamitz, 36 Els renegatz outrasalhitz. V Jhesus Cristz, quens a prezicatz Per que fos bona nostra fis, 39 Nos demostra, qu'es dregz caniis, Qu'ab penedensa er perdonatz Lo peccatz que d'Adam se moc ; 42 E vol nos far ferms e certas Sil crezem, qu'ab los sobiras Nos metra, e serans la guîtz 45 Sobrels fais fellos descauzitz. I senhors CR — 4 encara R — 5 rey /? — 6 de] dels R — 11 roaurs manque C ; goutz C — 13 ayan aiustatz R — 14 aigua ^ — 1$ que els p. R — 16 carraunhada R — 17 getals p. C ; gietol paiser R — 19 sels R — 20 mon \ov R — 21 marroquinas R — 23 mes nos C; francx fai nos locx R — 24 nostres tolzas proensa R - 26 gabs R — 28 emperayre R — 29 el rey de fransa sos R — 50 el rey R — 31 secorratz C — 52 negu R — 35 bafomet R — 36 e. r. els trassalhitz R — 37 Ihesu Crisi... prezicat R — 39 dretz R — \o penedes (s kirrce) p. R — .\\ pcccat C ; azam R — 42 uolc... sertas R, POÉSIES DU TROUBADOUR GAVAUDAN VI Non laissem nostras hereiiti, Pus qu'a h gran fe em assis, 48 A ca; nègres outramaris; ti'usquecï ne sia perpessatz Enans quel dampiiacge nos loi ; i Portogals, Gallicx, Casl>:llas Navars, Atagones, Ferras Lutavem en bana gequiu, 54 Qjj'els an raliusaU et aunîtz. VII Q.uan veyran las baros erozatz Alatiians, Francts, Canibreiis, S7 Engles, Bretos et Angevls, S3S : mesclaiz Biarns, Gascos ab r ËIs Provertsals loli en un âoc, 60 Saber padetz qu'ab las Espas RoiiipreTTi U prevss'elcap ells] [m... Trois ajam motXi totz e dcliu, 6î Pue.vs Qt mest nos loiï l"aurs Ipartitz. Gava ud a s iitz,e mortz ats cas! VIII Profeta Qu'eldigerfa 66 E Dicus er hc On Baibmutz I. Seigneurs, par nos péchés s'accroît la force des Sarrasins : Saladin a pris Jérusalem, qui n'est pas encore reconquise. Et voilà que le roi du Maroc fait savoir qu'il s'apprête à guerroyer contre tous les rois chrétiens avec ses per- fides Andalous et ses Arabes, armés contre la foi du Christ. II. Il a rassemblé louies les races, ceux des Algarves, Masmudes, Maures, Goths et Barbarins : gras ou chétifs, pas un qui ne soit entré dans les rangs, et jamais pluie ne tomba plus serrée qu'ils ne sont quand ils passent, recou- ; leur chef jette au pSturage. comme un troupeau de brebis , charogne destinée aux vautours, et \]i où ils ont passé] il ne Il les plai [ces hordes m. lissa le mande ce ic si orgueilleuK, ceux qu'il a rassembles, qu'ils regardent déjA lime leur^ quand ils fani halle, par tas, au milieu de3 prés, ces Marocains, ces Marabouis, ils se livrent enlreeux aux lorlanteries : « Francs, disent-ils, faites-nous place : Provence et Toulousain sont à nous, i nous tout le pays qui s'étend de là au Puy ! » Jamais ne fut ouie si fière fanfaron- nade que celle de ces chiens perfides, sans foi, maudits. IV. Entendez-les, 6 empereur ! Et vous, roi de France, et vous, son cou- sin, vous enfin, roi anglais, comte de Poitou, et venez tous au secours du roi de Casiille. Jamais personne n'eut meilleure occasion de servir Dieu. Avec son aide vous vaincrez lous ces chiens, i)iie Mahomet a joués (séduits), ces renégats outrecuidants. V. Jésus-Christ, qui nous a fait prêcher [sa parole] pour que notre fin tût bonne, nous montre, <:ar c'est là le droit chemm. quc,gricea la pénitence, il sera pardonné, le péché qui partit d'Adam ; il nous donne la ferme assurance 47 cm assis HMM^iwHl R — 48 oiram. R — 49 cusqex R — soquedapnatie R — il galicï casteias R — 5 J giquitz R — 54 rauzatz R — S ; can veiran R — 58 biarn R — 59 proensals R ~ 61 r. l. prcisa e lamas R — 64 profêtas... guauaudas R — 65 q. ditz er faiz e m. dels c. R — 66onratz R— 670k bafbmet es ai graziiz R, 53^ A. JEANROY que, si nous le croyant, il nous meitra là haut avec les élus et quil si notre guide contre ces vils et perfides félons. VI. Ne livrons pas noire héritage, nous, solidement assis dans ia grande foi, il ces noirs chiens d'outre-mer ; que chacun iongc [a faire son dev(Hr| avant que le dommage nous touche : Portugais, Galiciens, Castillans, Navarrais, ceux d'Aragon et de Cerdagne {?), que nous leur avions oppotte comme une barrière, sont maintcnani repousses et honnis. Vil. Mais viennent les barons croisés. Allemands, Français, Anglais, Bre- tons, Angevins, Béarnais, Gascons, Provençaux, tous en masse : sachez que quand ils seront unis aux Espagnols, nous romprons l'obstacle, coupant létes et bras, jusqu'à ce que toijS nos ennemis soient exierminés : puis nous par- tagerons entre nous leur or. Vlll. Gavaudnn sera prophète ; ses paroles deviendront un fait. Mort il ce* chiens I Là oii .Mahomet fut invoqué, Dieu sera honoré ci » NOTES 8. AndolosU\. Ce sont les .\rabes d'Espagne qui sont désignés par ce nom. lO-i. Sur ces noms de peuples, voy. Die;, 'p. 424, n. 1. Il est singulier, comme il le fait remarquer, que le troubadour fasse des Goths une tribu mahoméune, Milà suppose (p, 127, a. 4) qu'il y a là un souvi.-niT confus dn j fait qu'ils étaient hérétiques. 16-7. La simple correction àtgelais en gttai rend le passage fort cUir. sujet de gila, comme de a (10) est J[aj rtys d. M. ; çaraunhada, a charogne [destinée à devenir ia proie] des milans • désigne l'armée musulmane. Fau- riel traduit de très loin : « ils passent sur les corps morts ce »ur l'herbe >i ; Diei semble traduire d'après la correction proposée ; « il li pousse dans les prairies comme des brebis u. Milà, après avMf entcndaj comme Dicz çaraunhada, propose, sans doute influencé par Faurîul, une ti duction impossible ; " bartdada (que va à devorar los cadàveres) ; esta fata-"-! dada de milanes etc. » 19. La leçon de It est absurde, a été couiin de l'empereur. Co^ii au vent, peut fort bien s'appliquer : Auguste était le beau-tils (Diez); il faut donc corriger tl e: s'explique par la présence de el au début do 29, Le ECite s'expliquerait a si l'on pouvait rapporter 101, par anticipation, au rry d'Eipanlta ia v. Louis VII ayant épousé la fille d'Alfonse VII. Philippe- Auguste éuit co par alliance d'Alfonse VIII. ;i. Ce roi d'Espagne ne peut être qu'Alfonse de Castille, l*adver»irc I«^ plus actif des Musulmans, les rois de Léon et de Navarre ne faîsnt alors roi de France 1 celte époque n'ayant I pris au sens large qu'il asou-^ (ils d'Ëléonote, dont Philippe- n :cnda^^^H ippe- ^^^ 44. M. Levy (IV, 217) fait remarquer que la est ici une 'ai et non l'article : mais le poète étant alors en Espagne, uire (isrme de I est imi de j POÉSIES DU TROUBADOUR GAVAUDAN S37 2. Ferras doit être corrompu ; la correction Cerdas est séduisante, l'auteur, dans son énumération, allant de Touest à Test. 60. Il est inutile de discuter l'opinion de Raynouard (III, 168) qui voit dans Espas une forme masculine de espada ; la rime en a estreit montre bien qu'il s'agit de H is pan us. X Mss. : C 316 r«, /? 98 ro. — Texte de C; variantes de /?. I Un vers vuelh far chantador Cuber t e dus, per vezer 3 Greu e leu entendedor. Lai on sens vol apparer : Per so ja us non gap ni crit 6 Tro n'aya laflor triada. Quel nesci agra tost délit, El no sabens muza e bada 9 Qpan saviezal bistensa. • II Ja non dey per la calor Mon coratge retener 12 De sso don suy en error, Q^e selh mal, don piegz esper, Tôt lo segle aug esbrugit : 1 5 Per mort al viu desguizada. Que ss'esgau quan al temps auzit Foldat quens es prezentada 18 Qpi sai non a quist guirensa. m Grans esfreys senes paor Vey de luenh près remaner, 21 Et als sas querre dolor Q^els fa d'aut en bas cazer Selhs quan fin joi mes en oblit 24 Per estranh'ira privada ; Ans qu[e] ayon nou vielh complit Ni la cuyda far tornada 27 Er lur segurtatz fallensa. IV Qui sec lo camin major Per clar jorn pren escur ser, 30 E passon tug li pluzor, Que paucx n'i vey remaner. Et ans que sian avertit 33 Er trop corta la jornada, Per lonc voler desanauzit, Qp'espan quo t'ai la rozada 36 Menan folla captenensa. V Issoblit de peccador Per messonja laissai ver ; 39 L'engans fer Tenganador Si tôt l'acuelh son plazer E quan l'a un pauc ressentit, 42 Al pus fa sa trascambada, E quan l'a el vas sebellit Sa r^zos l'es cambiada / p 4 lay — s nin — 6 naia — 7 nessi — 9 car — 10 nom — 12 de so do soi — 13 qua; mal manque — 14 segles aug brugit — 15 vieu — 16 ques catemps; rim déplus pour u vers) — 17 er — 18 gaizensa — 19 sens — 20 uci del uer pretz r. — 21 querer — 22 fai — 23 sels cab f. ioi — 26 cuia — 27 falhensa — 28 carai — 29 ior — 31 ni veya r. — 3^ q» si avertit — 34 denantit — 35 co f — 38 laisal — 41 cant — 42 a p. forsa tras- cantbada (le t et le h exponctués) — 44 r. es. 538 A. JEANROY 45 Dos en amar sa valensa. P^ls* amistatz tolh poder __ _ • 57 De servir a fin* amor» Vi Dompnas e drut e senhor ^ . . •. *^ „ - ^ Omis va ab lieys captener. An orguelh quels fa donar, v^.. «• ^i ^ j^ ^ •> „ _ - . . Yeu ai nel sordey cauzit 48 E lauzengier bauzador z« r\ *- 1 » • 1 j ^ ^ , . , 00 Quar tan la n ai sopleyada An trop en ma d.r lezer, ^^^ ^ ^^^^ ^^^^^U^ Quar per lo frug 1. falh falh.t g ^^ ^^^ ,^ ,j„^^j^ 51 Es bona les eyssauzida c^ r\ a» aj '' -'^ 63 Qpe près d en Adam na3rssensa. El motz fatz Testratz qu'a trazit De proeza n'an tomada ^"' ^« ^'«"* "'" " ""* *^"' 54 Non a valorni sufrensa. ,, Q.uen.n'amenibransadonada: 66 Non deu périr ma seroensa. VII Sons retrazon H auctor, I. Je veux faire un vers chantable, couvert et fermé, pour distinguer les vives intelligences des lourdes, pour [voir] où sens apparaîtra : que nul donc ne plaisante ou ne se récrie, jusqu'à ce qu'il ait choisi la fleurque le sot aurait tôt fait de gâter; car l'ignorant muse et baye aux corneilles quand sagesse le trouble. II. Je ne dois pas à cause de la chaleur [de l'été] renoncer à parler sur un sujet qui me tourmente, car je vois ébruité (répandu) par le monde entier ce mal dont j'attends pis encore IV. Celui qui suit le grand chemin prend pour la clarté du jour l'obscu- rité du soir ; et [pourtant] la plupart y passent ; j'en vois peu s'abstenir de le faire ; et avant qu'ils aient compris leur erreur, la journée sera [passée, car elle est] trop courte, [et cela] à cause de ces longs desseins... qui se répandent comme fait la rosée, entraînant [derrière eux] folle conduite. V ... de pécheur pour mensonge laisse le vrai ; [mais] la tromperie retombe sur le trompeur, bien qu'elle lui fasse cueillir quelque plaisir ; et quand on a un peu goûté ce plaisir, elle vous donne, la plupart du temps, un croc-en-jambe ; et quand elle a couché l'homme dans la tombe, sa £açon de faire est bien changée... VI. Dames, amants et seigneurs donnent par vanité, et les losen^rs per- fides trouvent pour médire trop de loisirs VII. Les auteurs nous rapportent que fausse amour ôte le pouvoir de servir à pure amour, quand on lie société avec elle. Moi, en la courtisant si lon- guement, j'ai choisi la plus mauvaise part ; elle eut vite ùàt d'affaiblir Sam- son, et elle fait de même pour toute la lignée sortie de sire Adam. VIII. Mais Dieu m'a tant aimé qu'il me l'a fait comprendre, et ma semence ne périra pas. 46 donas — 47 f. doler — 50 cai per 1. f. li fais f. — 52 e. m. f. lens catraitz — 54 n. an — 59 ieu nai lo s. — 60 car tan lan ey s. — 61 afreuolit — 62 em f. — 63 adamz — 65 que ma m. — 66 no. POÉSIES DU TROUBADOUR GAVAUDAN 539 NOTES Ce qui me paraît clair dans cette pièce énigmatique, c*est qu'elle est d*in- tcntion ascétique et religieuse ; Terreur que Vauteur combat, c'est ratta- chement au siècle et à ses vanités : le faux amour, obstacle à l'amour vrai (v. 56-7), celui de Dieu. On sait que c'était là des lieux communs fréquents chez les plus anciens troubadours, dont Gavaudan est un disciple déclaré. 10. Nous avons donc affaire ici à une « chanson d'été », type assez rare (voy . Zenker, Peire d'Alveruhe^ p. 5 3). 14. Il me parait indispensable, pour avoir un sens, de suppléer p^ entête du vers ; eshrugit aurait passé du sens de « ébruité » à celui de « répandu » ; sur ce mot, voy. Levy, lïl, 134-5. 19-20. La traduction littérale serait : « Je vois des agitations qui de loin paraissaient grandes se calmer quand on est près » ; mais on ne voit pas si settes paor se rapporte à vey ou est une apposition à esfreys. 24. La colère divine « étrangement » redoutable (mais que faire de ^ri- vadii)} Ou plutôt une douleur intime, « étrangement » profonde? 25-7. Je ne comprends pas le premier de ces vers, au reste trop court, mais sa construction rend impossible le Jar du second. Peut-être fach' onrada^ c'est-à-dire « avant qu'ils n'aient rendue honorée (justifié) leur [fausse] opi- nion ». 52. 5« avertir ^ « s'apercevoir de qq. ch. » et parfois « rentrer en soi-même» (voy. ex. dans Levy, I, 113, et pour le fr. l'historique lï avertir dans Littré, premier exemple). 34. Desatiatiiit est certainement fautif. La leçon de R suggère la correction, dese/tantit; desenantir serait aussi naturel que desenansar (Ray. II, 97); cf. enatitar (Levy, II, 416). La comparaison des deux vers suivants est du reste peu claire. 37. Je ne sais que faire de issohîit. 41. Ou « et quand elle l'a un peu tâté »; cf. Ray. V, 199. 42. Le sens me parait ressortir du contexte. Ray. (II, 298) traduit dans ce passage trascambada par « enjambée » ; Mistral donne trescamba, a mouvoir les jambes, courir vite ». 46-54. Les quatre premiers vers de celte strophe sont clairs, mais sans rap- port apparent avec ce qui précède ; les v. 50, 52 (et peut-être d'autres) sont corrompus. 65. Memhransa doit avoir ici le sens fréquent de memoridy « intelligence ». 66. Ma semensay c'est-à-dire « mes vers » (?). A. Jeanroy. 1 NOUVEAUX DOCUMENTS INÉDITS POUR SERVIR A LA BIOGRAPHIE DE PIERRE DE NESSON \ Les documents que j'ai publiés récemment sur Pierre de I Nesson ' constituent un cadre solide pour la biographie du X poète^ mais dans ce cadre il y a des lacunes que je suis heureux de pouvoir combler aujourd'hui à l'aide de documents nouveaux provenant des archives du Parlement de Paris. Ces documents sont postérieurs à la mort du poète^ et cela même explique que j'aie pu croire que les archives de ce grand corps judiciaire avaient dit leur dernier mot, et que j'aie fait part au public, sans tarder davantage, du résultat de mes premières recherches. Les pièces que j'ai à Êiire connaître se rapportent toutes à un long procès intenté à Pierre de Nesson et à ses héritiers par sa nièce Jamette de Nesson et par le mari de celle-ci, Merlin de Cordebeuf ', devant la Cour du sénéchal d'Auvergne, procès qui fut par la suite évoqué en Parlement et jugé définitivement par la Cour suprême le 5 juillet 1455. La date initiale du procès, et aussi la date exacte de la mort de Pierre de Nesson, restent dans l'ombre. Nous savons seule- ment que l'affaire vint pour la première fois au Parlement, sur appel des parties, en 1447, et qu'elle fut plaidée le 3 août de cette année : on trouvera plus loin le texte in extenso des registres du Parlement en ce qui touche ces premières plaidoi- ries. On plaida pour la seconde fois le 11 janvier 1448 : il m'a paru suffisant de donner quelques extraits de ces nouvelles 1 . Romania, XXXIII, 540 et s. 2. Je consacrerai prochainement un article spécial à Jamette de Nesson et à son mari. NOUVEAUX DOCUMENTS SUlt PIERRE EE NESSON S4I plaidoiries, où il y a beaucoup de redites. Quant aux arrêts de la Cour, dont six au moins nous sont parvenus (ii janvier 1448, 7 septembre 1448, 26 juillet 1451, 23 septembre 1452, 31 avril 14SÎ et j juillet 14SS), je les analyse ou j'en donne des extraits, .sauf en ce qui concerne le dernier, où toutes les phases de l'affaire sont clairement résumées et où il est fait définitivement droit aux demandes des parties, que je publie intégralement ', Ce n'est pas ici le lieu de taire une étude historique approfon- die sur les événements qui ont fourni la matière de ce long duel judiciaire, et que nous ne connaissons pas tous de première main. Je me bornerai donc à mettre eu relief les détails que nous y trouvons sur la personne même de Pierre de Nesson, en indiquant en quoi ils complètent ou modifient les docu- ments antérieurement publiés. Nous connaissions déjà le père et le grand-père du poète : nous apprenons aujourdui que son grand-père, Guillaume, avait pour femme Jamette Maschale, et que son père, Banhè- lemi, avait épousé Andrée Boutin (ou Bouline, comme on disait en féminisant le nom de famille). Bartlièlemi de Nes- son et Andrée Boutin eurent trois fils : l'aîné était ce Jamet de Nesson, garde des coffres de Charles VI, dans lequel M. G. Ray- naud a été bien inspiré de voir le père de la poétesse Jamette de Nesson ; le second, Pierre de Nesson, le poète; le troisième, Jean de Nesson, déjà mentionné dans les documents publiés antérieurement '. Il n'est du moins question que de ces trois enfants dans les pièces du procès: l'état-civil de Louis de Nesson, abbé de Saint-Alire de Clermont en 1412, reste donc incertain, mais ilest plus vraisemblable de voir en lu! un oncle qu'un frère de notre poète. Établi et marié à Paris, Jamet de Nesson mourut peu après 1. Sauf quelques coupures iiidiquèKS par des poima, et qui portent sur le» formules et deï répétitions. 2. Je signale lâ en passant un ittèc du 6 juillet ]4$D 0(1 apparaissent comme consorts Jaques de Huguel i cause de sa femme Agnete (JiV) de Nes- son, Marguerite de Saint-Queniin, veuve de feu Jean de Nesson ei JameMe de Nesson (..\rch. Nat-, X" 79, fol. 4} ; cf. les Matinées, X'* 4803, fol. 144 r«). 542 A. THOMAS 1406. Son père et sa grand-mère paternelle l'avaient avantaj^ par des donations entre vifs qui restèrent sans effet par suitcd sa mort prématurée. Plus tard BarthÈlcmi de Nesson a\'anta également son fils cadet, et sans se soucier des filles qu'avaiel laissées son fils aine, il institua Pierre son héritier universel à d'autre part la mère de Pierre, par une donation entre vifs, Ia( avait cédé tous les biens qu'elle pouvait posséder. Une fois s parents morts, Pierre s'arrangea à l'amiable avec son frère J« mais il n'entendit pas partager avec sa nièce Jamette, qui, auioi risée par son mari, l'assigna devant le sénéchal d'Auvef;^ quand elle vit que ses réclamations étaient restées vaines. Pierï de Nesson mourut avant que le juge eût statué sur le fond ; h héritiers reprirent le procès; finalement le Parlement de Pari devant qui l'atfaire fut portée, donna gain de cause ^ jamem de Nesson et h son mari qui furent reconnus cohéritiers poi un tiers : les entants de Pierre de Nesson furent condamnés i restituer le tiers des immeubles delà succession litigieuse et 1 payer en outre une somme de douze cents livres toumtil représentant X la fois le tiers des biens meubles et les revenM et intérêts dont les cohéritiers avaient été frustrés. Jusqu'ici on ne savait rien de la vie privée de Pierre i Nesson : te procès nous fournit des renseignemenrs abondants sur sa n maisnie n, bien qu'il nous laisse ignorer le nom de sa femme. A sa mort, il laissait, k ce qu'il semble, huit enfants vivants (six fils et deux filles), dont les trois premiers seulement étaient majeurs : Louis, prêtre, Banhèlcmi, Jean , Jaques, Bonet et Ives, Dauphine et Jaqueline '. t. L'énumération qui se Trouve en ittc du ptaidtùerlM du ) aoOi 144 donne six noms :Lauis, BartMIcmi, Jcan.Diiuphine, Ja<|un, Ive9;rarr(l d 7 septembre 1448 ni- concorde a\-ec «ne lînumfrjtion qu'en ce les quiilrc premiers cnfanis : »a lieu ik Jaqurs et Ivts, il mentionne «ne fil aommie Jaqueline a un fils nommé Bctul. L'arrêt du 16 juilln tj^I 1 lionne comme m'mEuti,Jaiiurs, Souri et Dauphine; dans les irréu de I4(li I4t] quatre enfants seulement sont nommfs : Banhdenû, Louis, h-e*, E phinc; l'arTi-i final, de 1455. énumèrc comme vivants à la mort de PicrTC<| N«son : Datthèlenii, Louis, Jean. Jaques, Bonet ei Daupliinc; il i apprend en outre que, vers 145a. Jean était mort, Dauphine et Jaques teaîd On voit que le poète avait le druit d'être préoccupé de sa mille : aussi n'est-ce pas une vaine formule qu'il emploie brsque, dans son Hommage à la VUrgt, il supplie la mère de ~' d'assurer la vie éternelle NOUVEAUX DOCUMENTS SUR PIERRE DE NESSON S4Î Je ne sais si sa prière a été exaucée ; toujours est-il que, de ■on côcé, il a fait ce qu'il a pu pour leur assurer la vie tempo- relie ei que mérae, à en croire les dires d'une Nessonne- à laquelle il n'est pas sûr qu'il songeâten invoquant la Vierge, je veux dire sa nièce Jamette, il n'a pas regardé aux moyens. On l'accuse non seulement d'avoir circonvenu son père pour s'assu- rer sa succession an détriment des deux filles de son frère aine, aiais d'avoir séquestré le vieillard dans un coin de sa maison, bien plus, d'avoir montré la plus noire ingratitude vis-à-vis de sa mère en allant jusqu'à lui refuser la nourriture. Admettons ce soient des calomnies. 11 est un-autre point sur lequel il est difficile de le croire tout i fait innocent. Pierre de Toucy, lieutenant du sénéchal d'Auvergne, chargé de faire une enquête au cours du procès pendant devant la Gourde Riom, étant mort avant d'avoir terminé cette enquête, Pierre de Nesson se livra ï des manœuvres ténébreuses qui lui valurent une condamna- tion à I200 livres d'amende. D'autre part, il est avéré que jurmi les titres dont il faisait état pour se défendre contre les réclamations de sa nièce il y avait une pièce fausse, et qu'il mourut fort à point pour ne pas être décrété de prise de corps : son fils Barthèlemi " eut fort à faire pour échapper, de ce chef, aux griffes du Châtelet... is maîcurs, et Ives était encore sous la tutelle de son Irère Barthèlemi. pn remarquera quï J^iqucs et Jatjueline, d'une paît, lve% a Bonet, de l'autre, sont jicn^iis mentionnas ùmultani^nieni. ce qui pourrait faire soup^nner e Pierre de Nesson n'a laissé que six enfants; il me paraît cependant dt(fi< ejle de croire que Ja^uelhm soit une erreur pour Jacohui dans l'arréi du 7 septembre 144S et que Ives et Bontt désignent le même personnage. I. Vcn cit^ par Vallet de Viriville ; cf. Langloîs, Mu.fr. de Romr, p. 1 jo. . C'est ce Barthèlemi dont j'ji déji parlé {Romaiùa, XXîQIl, 54») qui CKi^ l'office d'élu des aides A Clermont, de i4;o cnviTon i IS04, date ide » mort. 344 ^* THOMAS Je n'insiste pas, et je laisse au futur éditeur de Pierre de Ncs- son le soin de plaider, s'il le juge bon, les circonstances atté- nuantes. Mais il est bien certain que le culte de la poésie n*a pas été au xv* siècle — même avant François Villon et avant Henri Baude — un moyen assuré de marcher droit dans les sentiers de la vertu. DOCUMENTS INÉDITS I 1447, 3 août. — Plaidoiries en Parlement dans la cause entre Jamette de Nesson^ femme de Merlin de Cordebeuf, et les héritiers de M* Pierre de Nesson au sujet delà succession de Barthèlemi de Nesson ^ bourgeois d'Aigueperse. Entre Merlin de Cordebeuf , escuier, et damoiselle Jamete de Nesson, sa femme, app*»» du sen^i d'Auvergne, intimez et demandeurs sur le profit d'un defant, d'une part, et messire Loys de Nesson, prestre, Barth[elem^ et Jehan de Nessons (sic), aussi led. B. % de Daulphine, Jaques et Yves, • mineurs, enfansde feu M* P. de Ness(on), app»"" dud. sen»*, et autrement d'autre part. Poignant pour lesd. de Cordebeuf et Jamete, sa femme, dit [que] procès se meut pour raison de certaines donaisons qui montent de in a une 1. de rente faite[s] par feu Barth[elem]i de Neisson dont ou procès est faite mencion. Feu maistre Pierre poursuy Tadnullacion par devant le sen«i d'Au- vergne et furent contraires, et feu M^ P. de Toucy fut commissefe. Avant que signast l'cnqueste, il trespassa. Led. M« Pierre de Nesson incontinent vint après le trespas au clerc de Toussy et partirent d'Aigueperse a Riom de nuyt et fit une lettre ou nom de Toucy adreç[ant] a la femme de Toucy que lui envoyast lad. enqueste ; ainsi le fist et les (sic) bailla a son clerc, lequel et led. de Nesson emportèrent lesd. enquestes et furent trouvez a II II lieues de la, ou ilz regardoient les enquestes ; furent pris et en fiit con- dempné en xii^ 1. d'amende, et lui fit Ten grâce qu'il fut receu a poursuir son procès. Depuis led. de Nesson — c'est assavoir feu M« Pierre de Nesson — monstra a Esgueperse a plusieurs une[s) lettre[s] par lesquel[les] il apparois- soit que lesd. donaisons estoient nulles ou cas que Jamet de Nesson trespasse- roit sans hoir de son corps et en fit M* Pierre fere vidimus, et une journée I. Entre B. et de il faut suppléer quelque chose comme « ou nom »; cf. le no IV. NOUVEAUX DOCDMEKTS INÉDITS S4S I après dïsi que avoit tsiii desrobé vt que l'tii lui avoit embk lewl. IcMtw ci sur ce obtini Ittires du Roy pour *ov aidier des vidimus pour cv qu'il ne vauloit pus <^ue l'en veist lesd. letints origfinaix]. Sur ce se meui procès, el dit que Chauvetoi lieui[en3ni} du sen'i fut commis a 1ère l'enquesie sut ce que Nesson disoii que plu[sieur]s ;ivoient ku les originale et aussi i parfere l'enquesie dudit de Touc>' et y beïOigna, mais avant que eus! parlaîct il est decedé. Dit [1° ;j6 t°] que depuis led. Barth[eleni]i de Nesson est venu en ceste ville et en Chastellei a aucuns noieres a monstre l'original de lad, lettre et enquis se l'en cognatssoit point ks noms des noteres, et incontinent furent trouvées laulsci». et tantost Barth[eteniji s'en ala de cesce ville. A lettres du Roy pour en demander gain de cause ; ainsi le requiert, et l'enieri- fnejntent. Et au rcgart du procès par escript. en uni que sont jpp*"* et inti- roei, condud part et a despcns. et que le procès soit évoqué céans. Pour parties adverses Boylcaue coiiclud ou procès par escript en tant que sont app*"' et întimei et que la sentence fait contre eulx ; touchant la iaul~ setè dit que le procès principal est en Auvergne et que 6artli[eleni}i vînt en cesie ville et apporta iad. lettre, la monstra a son conseil et du conseil d'eulx ala en Chastcllet pour savoir de la lettre s'elle esioit bonne et y ala Cet) avecqucs lui maistrc Jehan de la Mote, car il ne s'en vouloil aidier s'elle n'estoit bonne. Fui trouvée suspecte et mise en la tnain du prevost, Barth[elemji sut ce fut interroguè; dit que onquts ne s'en aida. aini,~ois l'exjba aux noteres pour savoir s'elle estoil bonne ou non. Matière avoit de ainsi le fere. car son père en ses articles du procès expressément a articulé lad. lettre. Et interroguè BanhLelem]i, le prvvost le délivra. Aussi par le fait de partie elle lut veue es mains de son père : ergo il n'a fait faulselè. Qviant au procès, il ne doit estre évoqué cvans veu ce qu'il dit et n'est raison. Hedelêr pour le duc de Bourbon dit que ccst appd vient de son sen<'. ouquel n'a point de fautseié, et pour ce requiert le renvoy aux grans [ours d'Auvergne et s'oppose qu'il ne soit receu a juger céans. Les gens du Koy en vendront lundi et feront venir de Chastcllet 1j lettre faulsc céans et aussi en revendront lesd. parties ei,ouyes, elle fer.i droit sur tout, tant sur le renvoy requis que sur ce que le procureur du Roy avra fArch. Nai.. X" |Srocès principaulx avecques lesd. procès par escript, et se pour la faulseté le procu- reur du Roy prent aucune conclusion, le> parties a qui ce pourra touchier seront a plein ouyes et après la Court leur fera droit.. (Arch. Nat., X»* 4801, fol. 363 vo-364 r©.) 111 1448, 1 1 janvier. — Arrêt du Parlement ordonnant à Jamette de Nesson et à son mari de mettre par devers la Cour toutes les pièces de leur procès contre les héri- tiers de Me Pierre de Nesson. Karolusetc, universis etc., Salutem. Notum facimus quod constitutis in nostra Parlamenti curia Merlino Cordebeuf et ejus uxore, a sen^o Alvemie vd ejuslocum tenente appbus et intimatis, ex una parte, et Bartholomeo do Nesson, Johanne de Nesson et Ludovico de Nesson, fratribus, eciam a dicto senescalo (sic) Alvernie appellantibus et intimatis, ex parte altéra, vel earumdem par- cium procuratoribus,prefata Curia nostra quod dicti Merlinus etejusuxor pro- cessus principales et processus in scriptis ad judicandum receptos, de quorum pcciis, nisi sint bcne euvangelisati ', predicte partes facient coUacionem, pênes I. Terme de pratique qui signifie « vérifier ». Il est surprenant que Du Gange ne l'ait pas connu : les Bénédictins roni introduit avec raison dans leur nouvelle édition, mais sans exemples. On a dit de même en français risiuge- liser : voyez Godefroy et le Dict. de Trévoux.. NOUVEAUX DOCUMENTS INÉDITS 347 dictam nostram Curiam fideiiter clauses infra quindecimatn diem instantis mensis februarii atïerry (5/c) facient, inter cetera, appunctavit... Datum Parisius, in Parlamento nostro, undecima die januarii anno Domini millesimo quadringentesimo quadragesimo septimo et regni nostri vicesimo sexto. (Arch. Nat., \^ 77, fol. 10 v^-ii r©.) IV 1448, 7 septembre. — Arrêt du Parlement déclarant que le sénéchal d'Auvergne a bien jugé un des incidents du procès et évoquant Vaffaire pour être instruite et jugée à fond à Paris. Cum in certa causa mota et pendente coram senescallo Alvemie, seu ejus locumtenente, inter Merlinum de Cordebeuf, scutiferum, et Jacmetam seu Jacobam de Nesson, ejus uxoreni, ad causam ipsius uxoris, actores, ex una parte, et magistrum Petrum de Nesson, dum vivebat, defensorem, ex altéra, racionecerte domus et pertinenciarum ejusdem ac eciam certorum prati, jar- dini, columbarii, piscarie necnon certe terre vulgariter de BressoUes nuncupate pertinenciarumque ejus in villa Aquesparce, suburbiis et aliis locis prope ipsam villarum situatorum et plurium aliorum hcreditagioruni... tantum processum extitisset quod dictis partibus auditis et in factis contrariis et inquesta appunc- tatis, deindeque inquesia per magistrum Petrum de Thossiaco... in parte facta prefati actores certas litteras seu rescriptum per eos a carissimo fratre et consanguineo nostro duce Borbonii vicesima quinta die mensis octobris anno Domini millesimo quadringen» tricesimo octavo obtentas seu obtentum magistro Philippo Chaverot, tune dicti Alvernie senescalli locumtenent présentassent . . . super quo eciam incidenti dictis actoribus, ex una parte, et Bartholomeo, Ludovico et Johanne de Nesson annis minoribus (sic) fratribus ac dicti magistri Pétri defuncti filiis, necnon dicto Bartholomeo nomine admi- nistratorio Dalphine, Jaqueline et Boneti, eciam supradicti magistri Pétri defuncti liberorum annis mmorum, qui presentem processum loco ejusdem magistri Pétri de Nesson, eorum patris defuncti resumpserunt, ex altéra, auditis... per judicium prefate Curie nostre, quatinus dictos defensores et eorum appellacionem concernebat, dictum fuit supradictum locumtenentem dicti senescalli Alvernie bcne judicasse et ipsos defensores maie appellasse... quatinus vero appellacionem per prenominatos actores a dicta sentencia, ut premictitur, interpositam tangebat, eadem curia nostra dicam appellacionem et id a quo appellatum extiterat... adnullavit et adnullat...' venientque partes predicte in dicta Curia nostra ad diem crastinam sancti Martini hiemalis proxime venturi super dictis processibus principali et incidenti... processure et ulterius facture ut erit racionis, ordinavitque eciam ac ordinat ipsa Curia nostra quod certus processus qui super hujusmodi allegata falsitate coram dicto preposiio nostro contra dictum Bartholomeum factus fuisse dicitur pênes 54^ A. THOMAS dictâm curiam nostram afieretur et dicto nostro procuratori generali mo[n]s- trabitur... eisdem tamen Bartholomeo, consortibus et aliis suas defensiones, si quas habent racionabiles et legitimos, reservando... Pronunciatum septima septembris m» coccp XLVIIJO. — COTINI. DiLLIERS. (Arch. Nat., X^ 77, fol. 28010-281 r©.) 145 1, 26 juillet. — Arrêi du Parlement déclarant que les enquêtes faites par feu Pierre de Toussy, lieutenant du sénéchal d'Auvergne, et Durand Galaubei, notaire^ seront considérées comme valables^ sauf aux défendeurs leur droit de récuser certains des témoins entendus, '• Cum in certa causa... processuque tandem post predicti Pétri de Nessoiiy obitum per Bartholomeum, Ludovicum et Johannem de Nesson fratres et ipsius Pctri de Nesson, dum vivebat, âlios ac eciam per diaum Bartholo- meum ut legitimum administratorem Jacobi, Boneti et Delphine de Nesson, ipsius Bartholomei fratrum et sororis, resumpto... Pronunciatum xxvr> julii anno Domini millesimo quadringentesimo Limo. — G. Cotini. B. Claustre. (Arch. Nat., X'^So, fol. 165 vo-164 ro.) VI 1452, 23 septembre. — Arrêt du Parlemint accordant et fixant un délai aux héritiers de M« Pierre de Nesson pour faire la preuve de certaines coutumes par eux invoquées. Karoius etc. dilecto et fîdeli nostro in nostra Parlamenti curia magistro Miloni d'Illiers salutem et dilectionem. Cum in certa causa pendente in nostra Parlamenti curia inter Bertholomeum, Ludovicum, Yvonem et Dalphinam de Nessone, fratres et sororem, actores et requirentes ut reciperentur ad pro- bandum certas consuctudines in xxvjo, xxviij», xxix», xxx», xxxio, xxxvij«, XLio, niixx XII, iiii'^x XV et cvjo articulis suarum scriptarum contenus et deda- ratas, ex una parte, et Merlinum de Cordebeuf et ipsius uxorem ad causam ejusdem defensores et e contradicentes, ex altéra, dictum et ordinatum cxti- terit..., dicta Curia nostra assignai et prefigit dictis partibus... usque ad secundam diem januarii proximo futuri... Datum Parisius, in Parlamcnio nostro, xxiij» die septembris, anno Domini millesimo iiii" Lij'*", et regni nostri xxx». (Arch. Nai., X^aSi, fol. 90 v©.) NOUVEAUX DOCUMENTS INÉDITS 549 VII 1453, 2' ^^^ — Arrêt du Parlement annulant Vappel interjeté par Merlin Je Cordebeufet sa femme d'une sentence de maître Pierre Riclxirdy commissaire de la Cour y et ordomtant au commissaire de terminer son enquête en se faisant assister et au besoin remplacer par Pierre Boniol et Pierre Maréchal, confor- mément à V arrêt du 1^ janvier précédent *. Karolus etc., universis etc., salutem. Notum facimus quod consiitutis coram certis ex consiliariis nostre Parlamenti Curie in hac parte commissa- riis per eam deputatis Merlino de Cordebcuf et ejus uxore, appellantibus a dilecto et fîdeli nostro in dicta nostra CuriaconsiliariomagistroPetro Richardi, in hac parte commissario, ex una parte, et Bartholomeo, Ludovico, Yvone et Dalphina de Nessons {sic), intimatis, ex altéra, vel earumdem parcium procu- ratoribus... Datum Parisius, in Parlamento nostro, die xxj* aprilis, anno Domini mil- lésime quadringentesimo quinquagesimo tercio post Pascha et regni nostre XXXjo. (Arch. Nat., X»* 82, fol. 24 vo-25 r».) VIII 1455, 5 juillet — Arrêt du Parlement jugeant en dernier ressort qui con- damne les héritiers de Af« Pierre de Nesson à restituer à Jamette de Nesson et à son mari le tiers de la succession de BarthHemi de Nesson, pire de Pierre et grand-père de Jamette. I. Cum lismota fuisset coram sencscallo Alvernie in sede sua Riomi pro caifissimo consanguineo nustro duce Borbonii inter Merlinum de Cordebeuf dictum Regnault, scutiferum,et Jacmeta de Nessonio, ejus uxorem, ad causam ipsius uxoris, actores ex una parte, et magistrum Petrum de Nessonio, def- fensorem, ex altéra, super eo quod dicebant dicti actores quod defTunctus Bartholomeus de Nessonio, dicte Jacniete, dum viveret, avus, notabilis homo, dives, castellanusque Aquesparse et magister in caméra compotorum deffiincti carissimi patrui nostri ducis Biturie erat et fuerat ac matrimoniali- ter cum Andréa Boutine copulatus extiterat, ex qua, dicto eorum matrimonio durante, très liberos, videlicct Jacmetum de Nessonio, dicte Jacmctc patrem, diaum magistrum Petrum et Johannemde Nessonio susciperat et liabuerat, pluraque bona mobilia tam ex decessu deffuncti Guillermi de Nessonio, ejus patris, quam alias in servicio patrui nostri ad quatuor millium scutorum auri summam, ac etiam plurima bona immobilia ad duodecim centum sextario- I. Cet arrêt ne parait pas avoir été transcrit dans le registre qui correspond à sa date, ou du moins, s'il y est, il m'a échappé. 550 A. THOMAS rum fruraenti, ducentorum sextariorum siliginis et aliorum granorum sum- mam ascendentia necnon centum aut octuaginta libras Turonensium rendua- les et sexaginta libras Turonensium veleo circa in locacionibus domorum ac aliorum hereditagiorum suorum habuerat et acquisiverat ; 2. Ulierius dicebant dicti actores quod dictus Jacmetus de Nessonio [vo], dicti Bartholomei fîlius priniogenitus ac predicte Jacmcte pater, tempore quo ipse Jacmetus bone memorie genitoris nostri (eu jus anime parcat Deus !) officiarius famulusquecamere et custos coffrorum suorum fuerat, plures curia- litates ac servicia eidem Bartholomeo fecerat ac ejus factoribus seu negocio- rum gestoribus pro eo et ejus contemplacione de suis bonis usque ad quin- gentarum librarum sumniam et amplius elargiatus (sic) fuerat pluresque vestes seu robas, equos, vasa argenteaet alia domus utensilia magni valons eidem Bartholomeo, patri suo, dederat et contulerat et, quod plus est, ipsum propriis suis expensis per dictum genitorem nostrum nobilitari fecerat ; 3 . Dicebant etiam dicti actores quod dictus Bartholomeus in remuneracio- nem ac recompensacionem premissorum eidem Jacmeto tanquam benemerito, presenti et accipienti suisque liberis et heredibus ex suo corpore et matrimo- nio procreatis et descendentibus donacione simi)lici perpétua irrevocabili inter vivos in avantagium et ultra partem et porcionem que sibi et dictis suis heredibus in bonis ejusdem Bartholomei competebat aut competere pos- set infuturum locum et pratum suum de la Pescheria vulgariter nuncupatum cum aliis suis pratis in territorio du Cort situatis ac etiam terram suam Je Bressoliis cum suis pertinenciis quibuscumque quam a Johanne de Bressolits, quonJam milite ejusque loci domino, acquisierat, ea videlicet condicione quod, si dictus Jacmetus aut sui liberi ac aiii liberi et heredes ejusdem Bar- tholomei ad divisionem et partagium bonorum ipsius Bartholomei venire vellent et invicem se compati seu concordare non posseni, idem Jacmetus aut dicti sui liberi in recompensacionem dicte terre de Bressoliis de bonis suis propriis mille francorum auri summam ex qua quilibet heredum ipsius Bar- tholomei partem et porcionem sibi contingentem haberet in cominunî tradere et ponere tenerentur et deberent , donaverat , cessaverat et transporta verat, qui Bartholomeus postmodum supradictam mille francorum auri summam eidem Jacmeto et oredictis ejus filiis et heredibus, causb pretactis, dederat ac eam penitus remiserat, supradictosque transportus, dona- ciones et remissiones sub obligacione omnium et singulorum bonorum suo- rum tenere et obser\'are promiserat et juraverat ; 4. Ulterius dicebant iidem actores quod dictus Bartholomeus de Nessonio fîiium suum vicesima sexta mensis maii anno Domini millesimo quadringen- tesimo sexto, coram magistro Pctro Ebrardi [fo 234 r<»j, dicti senescalli AI ver- nie locumtenontc '. emancipaverat ac usumfructuin sibi in bonis per eum- I . Ms. locunuencntii. NOUVEAUX DOCUMENTS INÉDITS SM I dem ' Jacmetum acquisiiis seu act)i;t[rendis tune competentem cl perlinen- tem, nîchil in eisdcm bonis retinendo. dicto Jacmino donaverat, qui Jacme- tus ' paulo posi dicum emancipacionem. dicta actrice et Guilkrmeia de Ncs- sonio Sliabus ei heredibus suis relicrls, Jecejscrat, que Guîllermeia postmo- dum pariEm seu porcianem sibï tam in bonU ipsius Jacnieti, sui pairis, qiiam eiiani dicii Bartholomei de Nessonio, sui avj. qui post diauni Jacmeium diem suum dauserat cxtremum. coniingeniem ddem scirici, cenis mediis in processu declaraiis, cesserai et Eransportaverai, hocque medio oTiinia bona predicta per dictum Bartholomeum dicto Jacraeto donata. ut predicium est, et similiter tercia pars omnium aliorum bonorum ex ipsius Bartholomei de Nessonio decessu reliciorum dictîs acioribus periinucrani et spectaveram, pér- il nebaniqtie ac spectabani : î. Conscquenier dîcebant iideni actores quod deffuiicta Jacmeta de Mas- chala, dicii Bantiolomei de Nessonio mater, et dicii Jacmeii de Nessonio avîa, duTD vivebat, eidem Jactnelo, nepoti suo, în remuncracionem servlcio- rum et curialilatum sibï per ip?um Jacinetum irnpensorum et impensarum duodecim ceniutn fiorenorum auri summam boni et legîtimi ponderis ipsi Jacmcte per Guillcrmum Je Nessonio, cjus mariiura, qui prediciam sum- mam pro Cl nomine ipsius Jacmete a Johannc de Mascliala, cjus Iraire. ha- bucrat et receperat, debiiatn dederat et iransponavcrat illainque dii;tus Banho- lomt'us de N^sonlo in ei super bonis dicti Gulllerml de Nessonio, ejus patris, ulln dolcm dicte Jacmete de Maschala, sue inatris, et In ipsius dotis augmenlum, su* et omnia bona sua quo ad hoc oblïgando, solvere promiserat, ut per Iltteras super hoc confectas lacius apparere pottrat. sicque, premissis acteniis. diciam donacioncm de rébus prediciis per dicium Bartholomeum dicio Jacmcio ejus iilio tion sine causa, ymo pro se erga dictum Jacmetum acquiiando, Tactam fuisse chre apparebai ; 6. Insuper dicebant dicti actores, quod, premissis non obsiantibus, deffen sor prcdicius omnia et slngula bona supradicta, mobilia et immobilja lam donata quam etiam ex sepe dïciorum Bartholomei de Nessonio et Andreve Boutine, e)us uxori^, ac dicte Jacmete, matris dicti Banhtilomci, decessibus reikia una eum fructibus et craolumentis eorumdem de facio aeceperat et levavciai nec eîsdem acioribus bona predicta, sicui prcmiliitur donata, ncque parfera seu porcionem in dictis bonis et prediclotum conjugum decessibus relietiï ipsis contin}[eniem, super hoc débite sumraatus, restituera volue- 7. Preterea dicebanl iidem actores quodesio quod [vjdictus Jacmeius tem pore dicte donacionis sîbi per dlcium Bartholomeum, suum pairem, factt expresse emancipatus non tuissct aut esset, illud lamen prediao Jacmeto. qui I. Us. eiusdem. 1. Ms. Jacmatus. 5S2 • A- THOMAS fil viib Dostra Parisiensi tune conjugatos crat, ob quod de consuetncfific patrie emancipatus reputabanir ac repatari debcbat, eo etiam quod dicta donado per emancipacionein subsequemem dicti Jaoneti confinnata exâfe- rat. intniine nocere nec per subséquentes dooaciones. si que dicto deficnsori per dictum Bartholoineuni facte iueram. revocari pocerat aut debehat, nec predicu donacio dicto Jacroeto (acta inofficiosa seu immensa, qnin ymo tns* pectis et consideratis ser\icib et curialitatibus supradictis bona et valida ac ad bonani et justam causant £acta reputari debebat : 8. Dicebant insuper dicti actores quod esto quod dictus Bartbokxneos pre- dicum donacionem eidem Jacmeto factam revocasset, dieu tamen rrrocacio ipsi Jacmeto aut dictis actoribos, qui in locuni ipsius succedebant et venie- bant. obesse non debebat, anento quod ipsa donado eidem Jacmeto pitre, absolute et inter vivos facta fiieiat nec cujuscumque consuetudinb pretestu causa mortis donacio did vel ad quartara redud poterat aut debebat ; 9. Dicebant ulteritis dicti actores quod donado per diaum deflensorem pietensa non ob ipsius defiensons meritum sed leviter et incoosuke ac viis et mediis exquisitis per dictum Bartboiomeum, qui tempore prêteuse donacio- nis prediae senio etatis confractus et gravatus et propcer nonnuUos processus et litigia per cives diae ville Aquesparse contra eumdem motos et incohatos ac etiam mortem diai Jacmeti filii sui mulmm in suo intellectu turbatus et per diaum deffensorem ab administracione proprie domus ac bonorum suo- rum totaliter destitutus et in quadam ipsius domus porduncula sepanohn morari coactus fuerat, facta extiterat et propterea eidem deflfensorî prodesse non poterat, quin ymo, anento quod re ipsa et consilio inofficiosa, immensa et excessiva erat, rcscindi ac nuQa et invalida did et dedarari debebat ; 10. Consequenter dicebant iidem actores quod institucio testamcntaria per eumdem deffensorem pretensa, que in patria consuetudinaria in qua to quod predieta donado per diaum deiiensorem tanquam a supradiao Banholomeo emancipatum pre- tensa légitime t'acta extitisset. bona umen in dicta pretensa donacione com- prchcnsa. que ab codem Bartholomeo profeau fuerant et tanquam bona pro- teaicia censcri debebant. dato quod in avaniagium seu precipuiiatem data csscnt scii tuis>cn:. in collacionem m:u partagium vcnirc debuerant ac debe- banî, actcnto maxime quLxl dictub Bartholomeus in dicto pretenso testameiito predictam collacionem tîeri non inhibuerat ; NOUVEAUX DOCUMENTS INÉDITS SS3 II, Subsequenwr dicebaiit actores predicti quod îî qua donairio pet Andre- vnm Bouline diclo deffensori facu ewiterat, dicia tamen donacio, aciento quod îpsa Andreva tempera ipsius donacionis multum senex el quasi ïnsen- saia, co utiain quod ipsa donacio inoffîcîosa, immensa et contra oflïcium pic- lails facta fuerat et erat, eidem deftensori. qui notorie eidem Andreve graves injurias ac molestias, sibi alimenta tft victualia denegando et ingratiiudînem (i^a eam commiciendo, Intulerat, prodesse non debebat nec ea, quasi ip*o facto revocaia, dîctus deAensor juvare .■<£ poieral ; I). Quare petebani dicti actores dictum delfensorcm ad dicta bona cidcm /aoneto per dîctutn deffunctum Bartholomcuni donata nccnon ttrriam par- tent reliquonim bonorum mobilium et iromobilium ex deeessu dicti Bar- tholoinei ac eiiam lerciani parlem bonum dumiaxat mobilium ex decessu dicte Andreve Boutine relictorum restitue ndura cum fructibus, prodcuis ei emolurnentis 14. Dicto deffensore in contrariuni dicente et proponenle quod deliuncli Btrtliolomeus de Nessonio qui, dum livebal, noiabilis homo, dives ac magne auctorilatis fuerat, et Andrevi Boutine inviceni matrimonial iter copulari fue- nnt, ex quorum mairimonio idem deflensor procreatus extiterat. qui Bar- tholomeus, ipsius deffensoris pater, eumdem deffensorcni, suum filiuni, in sua potestate cristeniem et constitutum, ob amorem filialcm quem erga eum gerebat emancipaverat et post ipsius deffensoris emani:ipaiionem [v») raclone et ad causam servicioruni ei curialltatum per eum dicto Banholo- meo, suopatri, Impcnsorum et impcnsarum idem Bartholomeus prenominaio deffensori, filio suo, donacione pura et irre\'ocabili inter vivos et imperpe- tuum plures terras, hcreditagia, possessiones ei maneria, tam in pairia Bor- boniiquam Alvemie siiuatas et exîstentes, slluata seu existencia, juraque et nrnnina debjtorum lacius in processu declaratas ac declaraia, donacione per dictum Bartholomeum de dictis bonis seu eorum porcione dicto Jacmeto, ui idem Jacmelus pretendere volueiat, facta. quam idem Bartholomeus posica el pluries revocaverat non obstanie, dederai, contulerai et traosportaveral..., qui deflensor in eonim seu eanim possessiotie et saisina posilus ac fidem et homagia per dominos (eudales a quibus predicte terre el hereditagia In feudum lenebantur receptus fuerai ac de ipsis idem delTensor, prediao Bartholomeo, cjus pâtre, videnie. sclenie et consensienie, usufructu tantum noimullarum renim predictarum per dictum Bartholomeum rctento et per dictum deffcn- Mrcm eidem Bartholomeo, suo pairi. concetso, rellcto seu dlmisso, plene ci libère usus et gavis us fuerat ■ {. Ulterius dicebat dictus detfensor ' quod prefatus Ranholomeus, ejus pater, in suo lestamento seu cjus ultima volurttate Ipsum deftensoretn hcre- dem $uum univer^alem in omnibus suis bonis instituerai in eademque volun- ^_ 1. JUj. llanholomeus. 554 A. THOMAS tate, dicto deffensore et Johanne de Nessonio, ejus fratre, suis filiis reliais, decesserat, post cujus obitum predictus Johannes de Nessonio, qui pro herede supradicti Bartholomei, ejus patris, se pro porcione ipsum in bonis ex ipsius Bartholomei decessu relictis contingente se gerebat, per certum accordum inter ipsum et dictum deffensorem factum omne jus et omnem acdonem quod et quam in dictis bonis habere poterat aut debebat, predictas donadones dicto deffensori per dictum Barthoiomeum, eorum patrem, factas laudando et approbando eidem deffensori cesserat i6. Preterea dicebat dictus deffensor quod dicta [f. 236 r») Andreva Rou- tine, ejus mater, consideracione curialitatum et servicioruro sibi per ipsum multipliciter factorum et impensorum, bene consulta et advisata, eidem def- fensori omnia sua bona donacione simplici et inter vivos etiam donaverat, et esto quod aliqua donacio anno Domini millesimo quadringentesimo quinto per dictum Barthoiomeum dicto Jacmeto, ejus filio et dicte aaricis patris facta fuisset aut esset, ipsa tamen eo quod tempore dicte donacionis dictus Jacmetus minime emancipatus, quin ymo filius familias in patris potestate constitutus erat, per consuetudinem in dieu patrie Alvernie notorie observa- tan), per quam pater suo filio in ejus potestate constituto aliquid donare non poterat, minime valuerat nullaque et invalida reputari debebat ; et esto quod dictus Jacmetus post dictam donacionem emancipatus ' extitisset, ac tamen diaus Bartholomeus ipsam donacionem per dictum Jacmemm pretensam dictam emancipacionem faciendo minime ratii!îcaverat seu approbaverat, quin ymo ipsam per ipsius Jacmeti ingratitudinem, quia ipse condiciones in dicta donacione contentas adimplere non curaverat, revocaverat, quod facere potue- rat, actento quod diaa donacio tantum ' ad tempus mortis dicti Bartho- lomei habebat, ob quod donacio causa mortis, que revocari poterat, cènseri et reputari debebat, et, quod plus erat, dictus Jacmetus possessionem rerum sibi, ut dicebat, donatarum per apprehencionem (sic) de facto aut alias nunquam adeptus fuerat, quod tamen per consuetudinem Alvernie facere debuerat ; 17. Consequenter dicebat sepe dictus deffensor quod dicta donacio per dic- tum Jacmetum pretensa immensa ac inofiîciosa aut saltem minus débite insi- nuata extiterat, quapropter eisdem actoribus valere aut prodesse non pote rat ; 18. Subsequenter dicebat idem deffensor quod predictus Bartholomeus, ejus pater, bene consultus et advisatus ac in suo bono sensu existens dictas donaciones et institucionem testamenthriam fecerat et, licet tempore ipsarum multum senex esset, sane tamen memis, boni intellectus et in ejus plena libertate cxistebat et semper usque ad ejus decessum fuerat. ob quod donacio- 1 . Ms. cmencipatus. 2. Ms. tractum. NOOVEAOX DOCUMENTS INÉDITS ÎS I I nés « institucioncï predieia bone vx validt censeri tt rcpuWri debuerani ei dcbcbanl ; 19. Subsequcnter dicebit idem deflensor quod ipse ad prcdiaa bona sit>:, sic ut premîttilur, per dictum Bartbolonieum in precipuilatem et avaniagïum pcr prediaas donaciones et testamentum donata confprendum ei In partapum Stu divîsionem cura heredibus dîcti Jacmeti ponendum, acienio quod dictî adores ut heredes dicti Jjcraeti a dicio delTensare ultra legilimam. que îpsis jure nature ab intestaio obvenirf scu competere poterai, habuerant ei accepe- rant, minime [v°l tcncti seu constringi potcrat aut debcbai ; 10. Qjiare peiebat dictus deffensor predictos actores ad predicias suas demandas, requesias et cani:lusiones contra eumdem raciendum non esse admictendos, et. si admiciebantur. tpaos fausam seu actioncm non haberc Dec pariem seu por^ionem in bonis ei posïessionibus supradictis ipsi deffcn- sori, ot supradictiim est, doiiatis pretenderc posse seu debere ac dictas dona- ciones eîdem deffensori per diclos Bartholomeum, patrem, et Andrevam Boutîne. matrem ejusdem deffensoris. factas bonas et validas fuisse et esse ei îuum effcctutn sortiri debere diciumque deffensorem ad bonani et justani causant contrj et adversus precepia, injtineiiones et cxpleta ad dictorum aao- rum requesiam facias seu facia se opposuisse dici et declarari eosdem actores En suis cxpensis condempnari ; it. Super quibus dictis partlbus auditis et in Tactis contrariis et loquesia appunciaiïs ipsaque posttnodum pro parle dictorum actoium per magistrum Petrum de Thossy, lune predicti senescalli locumtenentem, et Durandum Galaubeti, curie dicti senescalli notariuin. ejus adjuiictum in bac parte, facta ac posttnodum, dicto de Thossy cadem inquesta una cum processu verbali sîgno nunuali prefjii Galaubeti, natarii, dumcaxat signata vita functo. prefaii actores cenas litieras a dkto consanguineo nosiro obtentas magistro Pht- Itppo Cbaverol, picdicti senescalli tune locumtenenlis presen tassent quas inie- gnri et cas integrando quod testes per dictos deiTunctum de Thoussy cl GaJaubeti examinât! recolareniur seu reexaminarentur quodque înquesta pre- 4icta per supranominatos de Thoussv vt Galaubeti facla signoque manuali ipsius Galaubeli, ut premictitur, si};naia quo ad lesies vita lunctos recïperetur auumque sortiretur effectnm et eiiam quod processui vetbali dictorum de ^liouss)' ei Galaubeti acsî sïgno manuali ipsius de Thoussy signatuii essel iides adhibereiur requislissent. dlcio deffensore Id minime fieri debere in con- Vtarium pluribus mediis et racionibus dicenie et proponunic: 13. Super quo inddentl dictis partlbus audltls et pet dktum Clla^e^ot, locumtetientem, ad corum facta et raciones pênes eum in scriptis per utum Xedulam tradendum appunciatis, idem locumienens, visa per eum hujusmndi sedula, quod ipse et Peirus Marescalli, notarius, super contentis in ipsa sedula veritatem inquireret ordinasset. qui locumtenens et notarius posimo- dum plures telles, taiii super contentis in prcdicta seduU quam etiam super principali [l'o 2^7 r*>] processu examinassent, quo examine facto ac eodent SS6 A. THOMAS Chuverot paub po^t el anl«quam predictum examen suo signo maniuli signasse! morie prevcnto prefati actores certas alias licieras a prefato coruanguineo nasiro obtenias predicio senescallo xa ejus fro lunc locum- tenenii îierum presc niassent quas inie^rati et cas iniegrando quoi dieu ini]ue'«ta pur prufaios deffunctuin de Thoussy et Galaubcti, super principal] causa, iic etiam ïnquesta seu exanieii per dicios dvtTun>;tum Cbavrroi et Marescalli, lam $uper dicta causa piîncîpalj quam super incidcnti prcdiao pra parte diciorum acinrum facle et signis m^nualibus dictorum Galaubcti (1 Marescalli noiariorura duinlaxat signait recipcrentur ac quod lanie eflicacic et effectus ac|si| signis manualibus dictorum de Thoiissv et Chaveroi lignate fuissent censerentur et repuiarentur suutnque efTeciuin sotiirentur, et si opus csset, quod testes per prefatus deThoussy. Galaubeii, Chaveroi et Maresi:alli lam super principali quam super incîdenii predîctis examinati recolareniur scu réexamina rentur ac in eorumdem actorum daropnis, intéresse et etpensii ideindelfeitsQr condempnareturpeciijsem et requisiisseni, dîcio deflensore in contrarium... dicente el proponenie ; 1], Super quo secundo i ncid en li etiam dictis partibusad plenumaudilisci demum examine predicto per preiatos deffunclum Chaveroi el Mamcalli ■uper dicto primo încidenti facto sjgn(M]ue manuali dicii Marescalli duintaxat, ut predictum est. signato ipsis actoribus, acsl manu dictî defTuncti Chavcrot signatum fuisseï, valjturo de ipsarum parciura consensu rccepio et adniis«o et in céleris ad scribendum earumfaciaet raciones permodum memoHe ac in jure appunciaiis. processibusque predictis postmodum per Baitholomcum, Ludo- vlcum et Johannem de Nessonio, fratres, ipsius niagislri Pétri de Ncssonio dcficDSOtis. qui lunc obierat, lilios, ac etiam per dicium Banholomcum ui legiiimum administratorem Jacobi, Boneti ei Delphine de Nessonïo. ipsius Bartholomei fratruni et sororis. rcsumptis, prefati senescalli locumtcnens pa suam se[)tenciam quod inquesia seu examen predictum per dicios defTuDC* tum Chaveroi et Marescalli etiam super dicta principali causa laaa scu fac- run> valiiura seu valliurum acsi signa manuali ejusdcm Chavcrot sigr>at4 scu signatum fuissent reciperctur, el insuper dicios aciorcs ad peiendum et requt- rendum super dicto primo incidcnii adhuc pendente iniegracicinero |v<| supradiciarum primarum licierarura pet eosdem » dicio cnnsanguinco nt» tro obientarum et cas iniegrando quod testes per preiatos de TluHiMjrJ Galaubeti examinati recolatcntur seu rcexaminsrcntur qiiodquc iDqucstl,1 cosdem de Tlioussy et Galaubeti facta reciperctur non esse admictendoi dem super dicio primo incident! ac processu super eo agitato jus faeere loco CI lempore oiTerendo dixisset et declarasseï ac orditusseï, expenus htnc indc factas compensando, fuisset per uiramque diciarum parcium a dicta scntcncla ad nosirani Patlamenti curiam appeilalum, in qua Curia nostra dîcti licieras a nobis per cos super ipsorum appcllacianîs abtquc emenda et «i us annullacione obtenias sibi inlegrari requisilsscnt ; 14. Super quo eciam io causa seu causis apnellacionum predicUnnn NOUVEAUX DOCUMENTS OJEDITS SS7 tis panibns aniediois a<: pfocessu au beae vel maie fui&set appellatum, jus tamen primiius supei inicgradoiic dicurum licierarum fadendo, ad judiun- clum receplo, prefaw Curia nostra pcrsiium judîdunt licteris a nobis per dk- jciores obtentis obremperando appejlicionem predictam per eos inierjec- Kam absque emcnda el expensisadnuUasset ac prefatus deflensores niali: appel- lasse dictumqui: locumtenttnteni bene judicasse dedarasset, ipsos delfcnsores «xpcnsu dicte cause appcUacbois a in emcnda erga nos condcmpnando, supradiciamigue causam principalcLii cum dicto processu primi JDcidemis in cadem Curîa nostra evocando et reiinendo ac ceriam diem... antediciis ad producendum in hujusmodi processu in eadem Curia nostra asïîgnando ' ; 25, Qjie Curia nostra postmodum per suum judicium quod supradicta inquesla per dicios de Thoussy et Galaubeti pru parle diaorum actorum facia pcrinde acsi ipsa utia cum processu verbali super ea facto signo inanuali dicti de Thoussy signato fuisseï et esseï valeret eique fides adhiberetur diïis- sei et dedarasset, salvis tamen dictis deffensoribus contra testes in eadem inquesta examinatos et sîtnilitet dictis actoribus cumra testes ipsorum deiTen- soruni reprobaclonibus ad quas ac etiam salvaciones, si quas hinc inde Ira- dcre vellent, tradendumcertum terminum ipsis parlibus assignasse!.., acdictos deffensores in expensis ipsius incidentis crga diclos actorcs, earumdem eipcnsarum taiacione pênes eamdem reservaia, condempnasset > ; i£. Posi cujus quidem incidentis seu arresti pronunciacionem dicti deffen- som, videlicet Ludovicus, Banhobmeus. Deiphina et Jacobus de Nessunio, fratres cl 5oror, tonc majores effecti, eorum nominibus ac etiam ipse Banbo- lotneus canquam baillium seu administracionem Yvanîs de Nessonio, ejus frstris, annis minoris, habetis, diaum ptocessum coram ceriis ex consiliariis dicte Curie nosire et per eamdem Curiam ad ipsas parti-s audiendutn super liremissis et ordinandum commissis [fol. 2}8 i°] et deputalis, loco Johannîs de Nessonio, eorum fratris tune detfuncti, resumpsisscnl, quo processu sic Tcsumpto nonnullisque postmodum incideniibus sive debatis et questionibus ...per ceria dicte Curie nostre arresia in processu dedarata decisis', ipsorum ÎRcidencium expensis m dittiniiiva reservatis, ac tandem dictis inquestis factis et ad judicandum recepiis ipsisque uns cum licteris, titulis, munimcntis necnon reprobicionibus testium, coniradictionibus et salvadonibus licte- rarum et omnibus que partes predicte iraJere et producerc voluerant per dictam Curiam nosttam visis et diligenicr ex.jmiRatis ; 17. Eadem Curia nostra per suum judicium prcfatos delTensores, donacio- nibus per ulramque dictarum [parcium] pretensis non obsianiibus, ad red- dcndum et restitucndum dictis actoiibus terciam partem omnium bonorum immobilium ex decessu predicii delTunciiBartholomei de Nessonio relictorum. I. Arrêt du 7 septembre 144S. 1. Anii du 26 juillet t^u. j. Arrêt du 2] septembre [jji 538 A. THOMAS in ipsa tercia parte comprehenso et computato omni eo quod dicti actores ex bonis dicte successionis tenuerunt, habuerunt et possedenint, habentque tenent ac possident, et insuper pro omnibus fnictibus et emolumentis dicte tercie partis predictorum bonorum Immobilium per magistnim Petrum et deffensores predictos a tempore decessus predîcti Bartholomei usque ad pre- sentis arresti pronunciacionem perceptis et levatis necnon pro tercia parte omnium bonorum mobilium ex predictorum Bartholomei et Andreve Bou- tine, conjugum, decessibus etiam relictorum duodecies centum librarum Turonensium summam eisdem (sic) actoribus solvendum absque expensb et ex causa condempnavit et condempnat. Pronunciatum quinta die julii M*» CCCC"o quinquagesimo quinto E. DE MONTEDIDERII. ThIBOUST. DyLLIBRS. (Reg. des arrêts du Parlement de Paris, Arch.Nat. X*a 84, fol. 253-238.) A. Thomas. Addenda. — je place ici quelques notes bibliographiques complémentaires sur Pierre de Nesson, en exprimant' mes remercîments à M. Tabbé Rcure, professeur à l'Institut catholique de Lyon, qui m*a fourni quelques-unes d'entre elles. Aux auteurs qui se sont occupés de notre poète il faut ajouter : Roger de Quirielle, Bio-hihliographU des écrivains anciens du Bourbonnais^ Moulins cl Paris, 1869, p. 166-172; Richard Holbrook, dans Modem Language Kotes^ mars 1905, p. 71 ; ce dernier indique comme contenant Y Hommage à la Vi^rgi deux nouveaux manuscrits, l'un à Paris, Bibl. Nat. fr. 3087, fol. 219-223, l'autre à Londres, Brit. Mus. add. mss. 28790, p. 1-15 — Le ms. possédé en dernier lieu par Marcel Schwob vient d'être acquis par notre Bibl. Nat. et porte la cote : Nouv. acq. fr 10437. — La ballade sur la mort du duc Jean de Bourbon a été publiée non seulement trois, mais cinq fois, en premier lieu par A Bernard, Hist. du Fore^ (1835), II, 48-9, en troisième, dans la Revue du Lyonnais^ nouv. série XIV (1857), p. 269-72, par G. de Soultrait. LA BELLE DAME SANS MERCI ET SES IMITATIONS XI L'HOPITAL D'AMOUR PAR ACHILLE CAULIER Manuscrits : Paris, Bibl. nat., fr. 833, fol. 162 v° : Commence rospital iï Amours fait et compilé par ledit maistre Alain, — Fol. 172 : Finist Vospital d'Amours, — Bibl. nat., fr. 924, fol. 112 : Vospital d'Amours, — Fol. 138 v° : Explicit Fospital d'Amours. — Bibl. nat., fr. 1131, fol. 146 : Lhospital d'Amours. — Fol. 166 v° : Explicit l'ospital d'Amours. — Bibl. nat., fr. 1642, fol. 205 : Cy commence l'ospital ifAfnours. — Fol. 223 v° : Cy finist l'ospital d'Amours. — Bibl. nat., fr. 1661, fol. 217 : L'ospital d'Amours, — Fol. 235 v° : Explicit l'ospital d'Amours. — Bibl. nat., fr. 2230, fol. 184 v° : Cy comtnence l'ospital d'Amours. — Fol. 211 : Cy fine l'ospital d' Amours, — Bibl. nat., fr. 191 39, p- 358 : Cy comtnence l'ospital d'Amours. — P. 403 : Explicit Bonnefoy'. — Bibl. nat., n. acq. fr. 4237, fol. 77 v** : [C]i commence ung petit livret appelle l'ospital d' Amours \ — Arsenal, 3521, fol. ii5-i34v° : L'ospital d'Amours. — Arsenal, 3523, p. 281-320 : L'ospital d'Amours. 1. Voir sur ce ms. et sur le copiste Bonnefoy, Romania, XXII, 425-427. Il manque un feuillet entre les pages actuelles 358 et 359. 2. Les huit premières strophes seulement sont copiées. 560 A. PIAGET Paris, Lib. Morgand, Répertoire n* 2832 : Ubosfntal (T Amours '. — BiBL. Rothschild, n*» 440, fol. 1 15-139 v* : Vospital d^ Amours *. Besançon, 554, fol. 107 v* : Cy après s^ ensuit Vospital iT Amours. La Haye, T, 328, fol. 151-170 v*" : Explicii Fospital d'Amours. Milan, Bibl. Trivulziana, Cod. N 971, fol. 37 *. Rome, Bïbl. vaticane, Vat. 4794, fol. 46 : Uhospital d Amours, Turin, L. II, 12, fol. 131 v* : Comme (sic) Vhospital d'Amours composé par ledict tnaistre Alain. — Fol. 141 : Ci finist rhospital damours. Valenciennes, 417, fol. 14 : Lospital dAfftours. Vienne, 2619, fol. 133 v* : Cy après cammance Tospital d Amours fait par Achilles Caulier. — Fol. 142 v** : Cy finist Vospital d Amours fait par Achilles Caulier ^. Éditions : L'Hôpital damour figure dans toutes les éditions des œuvres d'Alain Chartier, depuis la première, de Pierre le Caron en 1489, fol. G. j. V** : Cy commence Vospital d Amours fait et com- pilé par maistre Alain Chartier. — Fol. H. ij. v** : Explicit Vos- pital dAmouf s ; jusqu'à la dernière édition, d*André Du Chesnc, p. 722-754- ^ . Ce poème a été publié à part sous le titre de Lospitald Amours ou de Vhospital d Amours lequel recite les merveilleuses peines et le moyen de Vantant. Voir Brunet, Manuel ^ IV, col. 345, [E. Picot], Catalogue Rothschild, I, 387-389, Harrisse, Excerpta Colombi niana, p. 115. On peut considérer Y Hôpital damour comme une espèce i 1. Voy. Répertoire méthodique de la librairie Damascène Morgand. Ps 1893, n« 2832. 2. Voy. fE. Picot], Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu } baron James de Rothschild, t. 1, p. 246. 3. Voy. Catalof^û dei codici manoscritti délia Tri^^tl^iana, compilato da lio Porro. Torino, 1884, p. 71 4. Un ms. des œuvres d'Alain Chanier, parmi lesquelles figurait VI d'amour, se trouvait en 1812 a la Bibliothèque de Lyon. Le Catalogue dine (Paris 181 2. t. I, 41 2-41 >) le décrit sous le n« 655. Ce ms. n mentionné dans le nouveau catalogue de MM. Molinier et Desvema} tA BELLE DAME SANS MERCI S6l W/c dame qui eut merci. Dans un précédenr poème, la Cruelle , Achille Caulier avait déj^ vivement pris parti coaia- la lame sans merci. Dans VHôpilal. il se représente comme limant lui-même une dame qui refuse d'abord de se laisser :chir, mais qui finit par se montrer beaucoup moins inexo- (able, en songe il est vrai. Ce poème était bien fait pour incli- flier le cœur des belles à merci et pour donner de l'espoir i tout Umant persévérant. Le poète, « assex joyeulx sans l'esire trop », se trouvait le |Dur de l'an dans une brillante assemblée de dames et de damoi- jelles. A la demande générale, mais non sans s'être fait quelque KU prier, il chanta une chanson nouvelle. Quand il eut fini, I alla s'asseoir A l'écart auprès de sa « maistresse », d'abord nlencieux, puis gémissant ei implorant merci. Mais ce fui en nin : la dame fut inflexible et le pauvre amoureux partit de la île sans allégeance. Pendant la nuit, il eut une vision qui pour Tin temps lui fit oublier ses peines. 11 lui sembla être transporté sur un chemin rempli de ronces et d'épines, le chemin de Trop -dure-res ponce, qui conduisait au désert de Monijoye-de- doulours. A tous les arbres de ce lieu désolé, il y avait des gens pendus; les fleuves, les puits, les fossés étaient pleins de cadavres; le poète reconnut Philis qui se pendit pour Démo- phon, Héro et Léandre, Narcisse, Pyrame et Thisbé, Didon. Espérance et Sapience l'entraînèrent hors de ce lieu de déses- poir et le conduisirent ù l'Hôpital d'Amours, dont Bel Accueil était la portière. Courtoisie l'infirmière. Pitié la n prieuse " et Espoir le médecin. On le soumit immédiatement à un traite- ment approprié : on lui fit avaler une drogue merveilleuse, l'Eaue de gracieux penser. Knfin, grâce à Pitié qui endoctrina rDanger, il obtint de sa dame u ung franc baisier », ce qui tcheva sa guérison. Heureux et ravi, il visita le cimetière 3'Amours où il reconnut les tombes de Tristan, de Lancelot Lac, de Jean de Werchin, sénéchal de Hainaut, d'Alain vChariier lui-même ci du jeune amoureux de la dame sans ItDerci : Assez près, au bout d'ung m: Gesoit k corps di; ircsparfd ''-^e et loyjl Alain Chartir- Qui haull fail. 5 62 A. PIAGET Par luy fust sceu le mef&i De celle qui l'amant occy, Qu'il appella, quant il ot fait, La Belle dame sans tnercy. Entour sa tombe, en lettres d'or, Estoit tout Tart de rethorique. Emprès luy vers ung aultre cor, Soubz une tombe assez publique, Gesoit Tamant tresautentique Q^i mourut, sans le secours d'ame, Par le regart du basilique Contre raison appelle dame. Au delà du cimetière, se trouvait une vallée où Ton jetait les corps maudits des amants faux et déloyaux. On y voyait, étendus sur le sol, Jason qui abandonna Médée, Démophon pour qui Philis se pendit, Énée qui rendit folle Didon, Narcisse qui refusa Écho, Briseïda qui « foi mentit » à Troïlus. Parmi eux gisait la dame sans merci : Entre les faulx pécheurs couchoit La dite dame qu'on a dit Sans mercy, laquelle y estoit Gectee comme par despit. Elle a voit esté sans respit Nouvellement noyée en plour. Et la nommoit on par escript La cruelle femme en amour. Notre amoureux en était là de sa visite, quand il eut un désir <( embrasé comme feu » de retourner auprès de sa dame en quête d'un nouveau baiser. Mais il avait compté sans Danger, qui cette fois ne voulut rien entendre. Plus malade que devant, le pauvre amant, soigné par Espoir, Pitié, Souvenir et Enten- dement, vint plaider sa cause devant le dieu d'Amours lui- même. Le dieu d'Amours le consola, lui donna de sages con- seils, décrivit longuement les peines diverses qui attendent les amoureux, et exalta le sexe féminin : Tout est fait pour homme servir, Fa homme est fait pour servir dame. Avec rautorisation du dieu d'Amours, l'amoureux se rendit LA BELLE DAME SANS MERCI 563 dans le verger, trouva sa belle en excellente humeur et, tandis que Danger dormait sous un sapin, osa réclamer un doux bai- ser qui lui fut accordé de bonne grâce. Cest alors que le poète s'éveilla, seul dans sa chambre, consolé et encouragé par cette vision. Il la mit en vers, souhaitant vivement que songe devînt réalité. On trouve V Hôpital (TAtnotir généralement copié dans les manuscrits non loin de la Belle danie sans merciy au milieu des poèmes d'Alain Chartier. Est-ce pour cela que les anciennes éditions des Faf/:( et dit^ et deux manuscrits copiés sur ces édi- tions nous apprennent que VHôpital a été « fait et compilé » par Alain Chartier. Le marquis de Santillane qui mourut en 1458 et qui était assez bon connaisseur de la littérature française de son temps, a commis la même erreur : « Maestre Alen Charrotier, muy claro poeta modcrno, en grand elegancia compusô é cantô en métro, é escriviô el Debate de las quatre damas, la Bella dama Sanmersi, el Revelle matin, la Grand pas- tara *, el Breviario de nobles, é el Hospital de amores, por cierto cosas assaz fermosas é placientes de oyr *. » CoUetet >, André DuChesne^, de Bure S L:i Monnoye^ eurent beau faire remar- 1. La Pastourelle Grattson. 2. Obras de don Inigo Lope^de Mettdo:(iij marques de Santillana, por don José Amador de Los Rios. Madrid, 1852, p. 8. 3. Colletet déjà remarque que VHôpital ne peut être d* Alain Chartier, puisqu'il est fait mention de Chartier « en tierce personne et comme un homme qui étoit mort depuis longtemps et dont le corps même gisoit avec plusieurs autres au cymetière des amans fidèles». Bibl. nat.,N. acq. fr.3073, fol. 118. 4. En marge de V Hospital d'Amours, p. 722, Du Chesne ajoute la note suivante . « Quelques-uns tiennent que ceste pièce n'est pas d'Alain Chartier et ne se trouve point non plus au ms. » Mais dans les Annotations^ p. 867, Du Chesne est plus affirmaiif et montre qu'il est fait mention dans V Hospital d'Alain Chartier « comme d'un homme ja décédé ». 5. De Bure est très catégorique : « L Hôpital d'Amours^ attribué assez généralement à Alain Chartier, n'est pas de ce poète. Il appartenait a un jeune clerc de Tournay ». Catalogue des livres de la Bibliothèque du duc de la Vallière, t. II, p. 266. 6. La Monnoye, comme de Bure, renvoie au passage du Cœur d'amours espris « où il est dit que l'Hôpital d'Amours étoit l'ouvrage d'un jeune clerc de Tourna V ». Xote à La Croix du Maine, article Chartier. 5^4 A. PIAGET quer qu'il était question dans VHôpital d'amour de U mon li'Alain Charticr, on continua malgré tout à regarder l'auteur de la Belle dante sans merci comme ie poète de l'Hôpital. En 1889 encore, dans un article de la Zeilschrifl fur rotnanische Philologie', M. A. Feist s'efforçait ingénieusement, mais vaine- ment, de prouver que VHôpital d'amour était bien d'Alain Char- tier qui, par fiction poétique, se serait vu mort et aurait fait son propre éloge. En 1457 déjà, le roi René, mieux renseigné, attribuait !'//(}- pital d'amour à •< ung jeune clerc natif de Tournay'. o Le manuscrit de Vienne ' enfin est venu nous apprendre le nom du poète : Achille Caulier, l'aureur de la Cruelle femme. Ce ren- seignement est confirmé par l'acrosticlie, qui n'avait pas été remarqué jusqu'ici, des premiers vers des six premières strophes de VHôpilai : Aciles. L'Hôpital est postérieur à la Cruelle femme, mais pas de beau- coup. Caulier place en effet la dame sans merci, « nouvelle- ment a noyée ^, dans le cimetière des déloyaux. C'est une allusion à \:i Cruel le femme qu'il venait sans doute de composer. G. Paris a cité les vers du Champion des dames, dans lesquels Martin Le Franc fait un grand éloge de la loyale dame sans merci, dont le corps est en tombeau de cristal et non pas l'ospital Ji.et dont l'âme est 0 ou paradis d'Amours ■ ». L'Hôpi- tal d'amour est donc antérieur au Champion des dames comme on sait, date de 1441. Clément Marot regaidait le poème d'Achille Caulier com; indigne d'Alain Chartier. Ce jugement est peul-êtri sévère. Sans être d'une grande originalité, VHôpital d' A\ est facilement écrit et témoigne de quelques dons d'obsi La partie où sont décrites les peines des amoureux renlcn quelques traits heureux et a été imitée par Jean Bouchet dans son Monologue de raison contre tes fol^ amoureux. Le poème du jeune clerc de Tournay eut un très grand si ~ a en 'M M noo^^H 1. 1889, XII]. 19t. Voy. Rdmania, XVm, 618. 2. Œuvrri, idit. Qjmrebarbcs, I. lit, p. 155. ]. Voy. Heuckenkamp, U Curial, p. 1. 11. t. 4, Voy. ftwaHW.XVI, 41). j. Voy. fomû»ai,XVl,4io. LA BELLE DAME SANS MERCI 565 Tamant de la dame sans merci, le héros de V Hôpital prit place dans la galerie des amoureux célèbres. L'auteur du Purgatoire et Amours les cite l'un et l'autre : L'amant priant la dame sans mercy Finablement mourut en désespoir, Ung autre fut prouchain de mort aussi, Ayant le cucur de mesme tout nercy, Qpant il trouva en Tospital Espoir '. On retrouve un hôpital et un cimetière d'amour dans le Champion des dames de xMartin Le Franc et dans le Livre du cuer d^ amours espris du roi René. xn LE TRAITÉ DE RÉVEILLE QUI DORT Manuscrits ' : Paris, Bibl. nat., fr. 1 131, fol. 173 : Le traictié de Reveille qui dort. — Fol. 183 v° : Cy fine le traictié de Resveille qui dort. — Bibl. nat., fr. 2264, fol. 85-98 v° : Explicit Resveille qui dort. ' Voici le début de ce poème dont le titre rappelle le Réveille matin d'Alain Charrier : i Resveille, resveille qui dort ! Resveille soy qui a sommeil, Et d'escouter piteux recort 4 Chacun se mette en appareil. Pieça on n*ouy le pareil : Cest d'un amoureux que je vis Estre d^amours en tel freteil 8 Qu'il sembloit trop mieulx mort que vifz. i. Voy Jardin de Plaisance, édit. de Verard, fol. clxxxvi. 2. Le ms. de Saint-Pétersbourg, 0° 565, fol. 161 -168, renferme un poème sans titre avec Texplicit suivant : Explicit Resi'eilk qui dort. Ce poème, qui commence par ce vers [P]our cuider corroux eschever, n'est autre que le Nouveau marie. 566 A. PIAGET 2 Triste, descoulouré et palle, Et par semblant moult langoureux, Pourmenant parmy une salle, 1 2 Vy n'a gueres cest amoureux, Qui de son tourment douloureux Faisoit moult piteuse complainte. Secrètement a part luy seulx, i6 De prin soir, a chandelle estainte. Le poète, caché « derrière ung tappis », écoute les lamenta- tions de cet amoureux ; une dame fait de même à travers une treille. Le pauvre amant se croyant seul soupirait, gémissait, tordait ses mains, et dans un soliloque entrecoupé de larmes, racontait son infortune et son martyre : Il vit un jour, dans un verger, toute une société de dames et de damoiselles qui chan- taient et dansaient. L'une de ces dames surpassait toutes les autres en beauté, « comme fait le soUail la lune ». Espérant sa bonne merci, il s'approcha d'elle, mais il avait compté sans Dah)^^r, « atout sa mâche de reffus » : 15 Hee ! Amoiiïv^, quant tu me me- [sis Au premier d'amer e^ la voye, Moult de biens lors mepKromesis, 1 16 Trop plus que n'en deservi Nul plaisir n'ay, trestant m* [noyé Que je ne sçay que devenir. Fors qu'en mes larmes je me [noyé; I20 Aultre bien n'ay n'aultre plaisir. 16 Las ! pouçquoy fus je né de mère Ainsy comme aultre créature. Pour souffrir douUour si amere 1 24 Ne si angoisseuse pointure ? Pourquoy me fist onques Nature, Pour avoir la paine et la havre Que de jour en jour me procure 128 Dangier, mon mortel adversaire? 17 Pour quoy vys je onques Beau [semblant? Pour quoy vys je onques Bd [acueul, Icement, comme en emblant, 52 Quan^t pour ung tout seul regart [deul« A mon cW^ur amassé tel deul Que je n'^^ qu'amer et tristesse Et douUodlr ^roP P^"s '^' 668 Mais d'estre a chascun bonne LA DAME amie 82 A dire voir, c'est grant pitié, Ay cause juste et raisonnable. Sauf de raison la reverance, Pour tant, se ma pitié partable LA BELLE DAME SANS MERCI 573 Ne vous souffist, je n'en puis mais' : 672 Servir ne vous sçay d*aultres [metz. l'amant 85 Plaire a tous et ungseul amer, Sans repentise et sans départ, Faire du doullant a oultrance 696 Le plus joyeulx homme de (France. LA DAME 88 Je ne tiens nul pour ennemy, Mais vueil tant de bien a chascun Que tout le monde est mon amy ; Ccst l'amour qu*on ne peut blas- 700 Mais je n'ay voulloir ne demy (mer» 676 Mais s' Amour le seuffre entas- [mer Et départir de part en part, Partout en a petite part, Et vauldroit mieulx, pour plu5 [d'un point, 680 Kulz amer qu'amer en ce point. De tani plaire a vous n'a aucun Que je face pour n'amer qu^un, Combien que chascun m'ayme [ou serve, 704 Ma franchise devenir serve. LA DAME 86 Dieu me gard d'amer aultre- L AMANT 89 Puisque sans fin mercy crier, Sens perdre et amer sans mesu- [re, Ne vous peuent amollier, [ment, 708 Au moins que pour tout mon Or l'amour de quoy vous usez Est de si foi commancement 684 Et de si triste finement. Parce qu'ainsi en abusez. Que tous en estes refFusez, Car trop fait oultree fol lie 688 Qui n'ensuit la merancollie. l'amant 87 Hellas ! se ce gracieulx mot Denomd'amy,qui est tantdoulx. Agréable et si petiot, 692 Pouoit saillir, vous verriez tost Hault plaisir de parfond cour* [roux. [prier Vostre bouche, qu'a ce conjure. Me die, pour mon fait conclure, Soubz secret de confession, 712 Sans plus, s'aucun amez ou non. LA DAME 90 Beau sire, que vous aideroit Quant l'un ou l'aultre vous di- [roye ? La chose telle estre pourroit 716 Que le savoir vous desplairoit, Car, se tellement m'abusoye Que j'amasse et le vous disoie Et ce fustd'aultruy que de vous. Car, par ce seul mot, pouez vous 720 Je croistroye vostre courroux. L'amant qu'ardent désir enflamme exige une réponse plus catégorique et s'obstine à crier « mort ou mercy ». La dame avait la bouche ouverte pour répondre, quand le cerf qu'on chassait fit irruption dans la clairière, ainsi que toute la meute et les chasseurs. La bête fut prise et le dialogue interrompu. Le poète vit Tamoureux, au milieu de l'agitation générale, cher- 574 A. PIAGET dwr comme d'aventure à s'approcher de sa dame. Il les vit même dmsier ensemble, mais il ne put entendre leurs paroles. La nuit venue» tout le monde partit. Qu'advint-il de l'amant ? Le poète pense que s il persévère il sera finalement récompensé. Voici la dernière stroplie : 101 Tout fut arrivé, le soir vint. Mais je cuide, quant a ma part, Chascun print congié et se part. S'il parsuit et sert sans départ Si ne sçay que chascun devint, . Oum'^t mallement fortuné, 804 Ne comment de Pâmant advint. 808 Qp'en 1% an sera guer(e)donné. L'auteur de la Chasse et départ cTAtnourSy pour Eure entrer le Débat sans conclusion dans le plan de sa compilation» a ajouté trois strophes au début et a modifié le dénouement. Il nous apprend que les deux interlocuteurs ne sont autres que « l'amant oultrecuydé » et la « dame sans pityé » : Et a ce que je puis entendre, Cest amant d'Amours dévidé, Qui d'acquérir voulloit prétendre Celle dame sans long attendre, Estoit Tamant oultrecuydé. D'ainsi avoir avoit cuydé L'amour de ceste belle dame Qui onc ne l'ayma par mon ame. Cestoit la dame sans pityé Qui n'eut oncques mcrcy de luy. Onc ne luv. monstra amvtié. Mais rudesse et inimitié. Sans luy donner aulcun appuy. Car elle veoit que en celluy Amant n'avroit que tromperie Et en son amour flaterie. L'amant outrecuidé finit par invectiver grossièrement la jeune dame : il lui souhaite « maie rage », « fièvre quartaine » et l'en- voie au « dyable d'enfer ». Puis le compilateur tire la morale de l'histoire en dénonçant les faux tours d'Amour et en gémis- sant sur les « povres filles », les veuves et les femmes mariées, qui se laissent prendre au beau langage de leurs galants, « pignez, tiffez, vrays marjoletz », et qui finissent à l'Hôtel- Dieu, « le ventre plain ». LA BELLE DAME SANS MERCI 575 XIV LE DESCONSEILLÉ D'AMOURS, PAR HENRI ANCTIL Manuscrit : Turin, L, IV, 3, fol. 140 v** : Le Desconseillié cf Amours . — Fol. 147 V® : Explicit le Desconseillé (T Amours, Voici le début de ce petit poème de soixante strophes : Ung jour de may passé n'a gueres Par desplaisir et desconfort, Et pensant aux très grans affaires Que ma dame m'a fait a tort, Sans nul espoir de reconfon, Aux champs issi sans compaignie . Plus portoye couleur de mort Qjae d'un homme estant en vie. Le poète désespéré tombe par hasard au milieu d'une assem- blée de dames, de damoiselles et de bourgeoises. On l'invite à prendre part à la fête, mais il refuse et continue sa route. Un petit sentier le mène bientôt en pleine campagne, et là, assis dans « le fenoil et la mente », il écoute les oisillons. Leurs chants le distrayent un instant, mais bientôt le souvenir de la dureté de sa dame lui remplit les yeux de larmes. Il raconte « la très grant rudesse que lui faisoit Amours » à un compagnon de sa connaissance qui arrive là par hasard : Il s'était mis en « servage » d'une dame digne de toutes louanges ; il croyait être en sa grâce et attendait patiemment la récompense de son zèle, mais il finit par découvrir que sa dame ne l'aimait pas. Il la ser- vira quand même toute sa vie et mourra son humble servant. Plus la voit on, plus semble belle ; Qui Tayme ne s'en puet repentir '. Les médisants doivent être pour quelque chose dans cette dis- I. La versification d'Henri Anctil laissait fort à désirer : le poète comptait ou ne comptaii pas les syllabes féminines, suivant les besoins du vers. 576 A. PIAGET grâce. Quand la dame l'aperçoit, elle se détourne. Il ne peut plus même lui adresser la parole « pour lui dire sa maladie ». L'ami lui donne le conseil d'oublier cette dame sans merci et de se moquer d'Amours et de ses vilains tours. Que d'amants déçus pour « aucune beauté transitoire » ! Il faut se défier de Bel Accueil, de Beau Parler et surtout de Doux Regars, qui ne sont que « pasture a musars ». Le pauvre amoureux est « moult esbay » de ces conseils. Il proteste de son amour et de sa loyauté et prend à témoins les chevaliers du temps passé qui allaient volontiers « a l'escolle d'Amours » et qui restaient fidèles à leurs dames jusqu'à la mort. L'autre répond : Ces chevaliers du temps passé. Qui ainsi bien Amours servirent Ou ilz ont maint bien amassé Pour le service qu'ilz lui firent, Ceulx qui pour lors vivoient les virent Mourir de tout honneur exemps; Et s*en mocquerent plusieurs et dirent Qjje bien avoient perdu leur temps. Il n'y a pas une sepmaine, En deffendant du roi la terre, Que ung tresvaillant cappitaine Autrement voult honneur acquerre, Encontre les gens d'Angleterre De vaillance tout embrasé, Tant qu'on n eust peu plus vaillant querre. Le noble feu Jehan de Bresé. De telles gens la grant vaillance En les louant doit estre dicte Devant ce que en oubliance Ne soit point, maiz doit estre escripte En cronique ou en recite Telle(s) vaillance(s) que je dis, Non pas la folleur dessus dicte Des chevaliers cv devant diz. Voici la fin : Et puis me dist pour départie : Frère, il fault que je m'en aille, Four ce, tant que je puis, vous prie Que de ceste amour (plus) ne vous [chaille, Car j'ay peur que trop peu vous vaille Et ne soii fors que temps perdu, Et n'en valez mieulx d'une maille. Quant bien vous avrez entendu . Si ala son chief dcbcouvrir ; Ainsi nie disi : <« AJicu vous di. » Mais pour parler ne puez ouvrir Ma bouche, et adont me rendi Morne et confus, puis attenidi Ung bien peu comme es merveille. Lors j'apperceuz et entendi Qu'estoye d'Amours desconscillé. Si pry a Dieu, lequel en forme D'omme me fist par sa bonté, Qu'en brief ma dame se conforme Far honneur a ma voulenté, Car, s'ainsi est, j'ay surmonté Tous mes maux et, pour dire vray. Non obstant ce par moy (ra)conié. Je l'aymeray tant que vivray . Ainsi de courage gentil LA BELLE DAME SANS MERCI 577 Vueillez en bon gré recevoir, Y pouez en raison ou rime, Et dictes que Henry Anctil Suppliez a son non savoir, A fait ce pour grâce avoir. Et Dieu vous gard de niauvaiz Et se faulte appercevoir [crime. L'auteur de ce poème a-t-il connu la Belle datne sans werci ? Le début où Ton voit un poète errer dans la campagne, la mort dans l'âme, et tomber au milieu d'une fête joyeuse, permettrait de le croire. La mention de la mort très récente de Jean de Brezé date le Desconseillé d* Amours de 1442. Jean de Brezé, que Georges Chastelain appelle « le Rolant du roy Charles, le fou- droyeur des Englès, le bras de reJoubtement des campagnes frontières ' », fut tué en 1442 par les Anglais qui tentaient de prendre Évreux. Henri Anctil est, pour moi du moins, un inconnu :son nom, contraction de Anqtietily indique qu'il était originaire de la Normandie, ce que confirme l'allusion à la mort de Jean de Brezé. Un poème d'inspiration semblable, où l'on voit un compa- gnon désabusé chercher à détourner d'Amour un jeune et gen- til galant est le Renoncement d' Amours de Jean Blosset. L'un des personnages mis en scène, « le jaune », qui a été amoureux et qui ne Test plus, pour édifier « le vert » sur les mauvais tours d'Amour, ne manque pas de citer la Dame sans merci. Le vert reste malgré tout fidèle à ses sentiments; mais le poète qui a pris part au débat et qui trouve que l'Amour est « ung^mes- ticr » de peu d'avancement, fait alliance avec le jaune : tous deux jurent de ne jamais plus aimer. D'où le titre du poème \ XV LE LOYAL AMANT REFUSÉ Manuscrit : Besançon, 554, fol. i4i-i6ov*>. Ce poème de cent vingt strophes, sans titre dans le manu- scrit, commence ainsi : i 1. Voy. G. Chasteliain, Œuvres^p. p. Kervyn de Lettenhove, t. VII, p. 48. 2. On ne connaît pas de manuscrit du Renoticenient d'Amours. Pour les éditions, voy. E. Picot et A. Piaget, Œuvres poétiques de Guillaume Alexis, t. II, p. 31. Rofmania^ XXXÏV 9 y 578 A. PIAGET De chemise buée en lermes, De gippon cotonné de plours, Cousu d^aguillons fors et fermes, Vy ung amam, n'a pas huit jours Vestu d'une robe a tous jours Fourrée d'annuy, dont les man- [ches Estoient plaines de doulours, De souppirs et de fièvres blan- [ches. Les chauces, quoy qu*elle cous- [toient. Ou par folie ou par largesse, Brodées haultement estoient De fines perles de tristesse. Ses souliers a dure destresse Enduroit et a grief^re peine ; Mais son chapperon qui ne laisse Fut remply de sanglente estreine. L'amant ainsi accoutré s'en va auprès de sa dame réclamer « le don d'amoureuse alience ». Le poète suit le « povre dolo- reux » et s'introduit, sans être vu, dans la même maison. Il va se « mussier et bouter » derrière la porte non close. Et là, par la « crevaisse », il entend tout. La dame prend pour modèle la Dame sans merci et repousse son pitoyable amoureux : Saige fut, selon commung dit, La belle dame sans mercy Quant son amoureulx escondit ; Oncques son honneur ne flecy. Une année après, cette seconde dame sans merci trépassa. Son amoureux désespéré se retira pour un temps en un « reclusaige », puis se vêtit d'habits noirs et jusqu'à sa mort resta fidèle au souvenir de sa dame. Le loyal amant refusé Le puet Ton proprement nommer. Voici la fin : O jeunes et nouveaulx amans, A vous parlé je maintenant : Soyez voz amours confermans A celluy parfait, en tenant La foy qu'arez en convenant A vostre honnorable partie. Soyez de luy seul souvenant Et ne soii vostre amour panie. Et vous, dames, dont sers je suis Et le seray, quoy que m*avien- Car sans voz mains vivre ne puis, Se j*ay désir que bien me vien- [gne. Nulle de vous ja ne deviengne Si fiere et si rude comme elle. Jamais a ame n*en souviengne : Trop fut despiteuse et rebelle. On peut rapprocher du Loyal amant refusé un autre petit poème. LA BELLE DAME SAKS MERCI 579 qui en est comme la contre-partie, le Desloyal amy \ Cest un débat entre une dame et un écuyer. Ce dernier dont la « mais- tresse » est mone s'en est choisi une seconde, à laquelle comme à la première il a juré fidélité. La dame prétend que c'était agir en déloyal ami et qu'il fallait à toujours rester fidèle au souvenir de la première. L'écuyer estime qu'une fois sa dame morte il était libéré de cous serments. Toutes les auditrices de ce débat sont de l'avis de la dame et condamnent l'écuyer. XVI LA DESSERTE DU DES LOYAL Manuscrits : Paris, Bibl. nat., fr. 924, fol. 155 : La desserte du desloyal [de la main de Thiboust :] en Atnoiirs. — Fol. 171 : Explicit [de la main de Thiboust :] le litre de la des- serte du desloyal en Aniours, — Arsenal, 3523, p. 219-246 : La déserte du desloyal , La Haye, t. 328, fol. 106 : La Desserte du desloyal, Turin, L. IV, 3, fol. 147 v° : Cy ensuit la desserte du desloyal. Poème de quatre-vingt-dix-huit strophes: i Ung jour nous trouvasmes sans dame, Près du Montiz, ung aucre et moy, Tous seulz sans compagnie d*ame, 4 Le moys devant celuy de moy, Assis sur Terbe soubz le moy, Devisans de noz adventures Pour oublier ung pou d'esmoy 8 Qjni tenoit noz pensées dures. I. Turin. L, IV, 3, fol. 50 vo-63 vo. Voici la première strophe : Comme il advint, après disner, Que les dames et damoiselles Jouans au mieulx a deviner Ou compter d'aucunes nouvelles, L'en va voulentiers entour elles Pour veoir et pour escouter ; Hier me mis emprès les plus belles, Et oy ce que orrez compter. 580 A. PIAGET Le poète, en promenade dans la campagne, rencontre un pauvre amant qui se lamentait sur la cruauté de sa dame et qui invectivait ses propres yeux, Amours et Fortune. Il le réconforte, et l'amoureux se décide à aller « requérir mercy » de sa dame. Comme il s'en revenait tout seul, le poète entend un bruit de ménestrels. Il se rend à la fête, où il retrouve, dans un lieu écarté, le pauvre soupirant et sa dame qui débattaient : 42 Ainsi que je m'en revenoye, u r regarder en autres lieux ; Des menesirelz corner ouy , De riens ne se voult entremettre. Et quant plus près d'eulx je ve- 356 Car trop de doleurs le prcssoient; [noyé Plaindre et gentiir tant le las- 332 Plus de les ouir m*esjouy. [soient. Si diz : Yray je la ? — Ouy. Faingnans lui monstrer amistié Je sens mon cueur renouveller. Par souppirs qui ne lui cessoient, Adoncques vers eulx je fouy 360 Qu'a le voir c'estoit graot pitié. 3 36 Le plus tost que g'y peuz aller. ^ ^^^^^ ^ ,^y ^^^ ^ „«ist.«5e 43 One ne vy telle compaignie A qui gaires il n'en chaloit De dames et de damoiselles De sa doloreuse destresse. Ne feste mieulx accompaignie 364 Ou monstrer semblant n'en vou- 340 De si gentes ne de si belles. [loit, La j'en vy qui, pour Tamour Dont le povre tant se douloit [d'elles Qu'a peu que ne mouroit de Monstrerent tout ce qu'ilz sa- [dueil; [voient. Mais tout cela ne lui valloit. Dont bien tirent, car point de tel- 368 Car riens n'en eust £ait qu'a soo [les vueil. 344 Jamais, ce croy, veù"n'avoient. /•• t » 1 • . •* j« . '^^ •' ' /» ^ 47 Xant lui tenoit destranges ter- M Quant j'euz bien regardé par [mes [tout, Qpe parfois lui veissiez saillir Vouloir me prinst de place pren- De ses yeulx maintes grosses ler- [dre, [mes Ht, pour mieulx ad viser trestout, 372 Et son corps si fort tressaillir 348 Je me tiray, sans plus attendre, Qu'a peu le cueur lui deust £aûl- En ung lieu auquel se vint ren- [lir; [dre Puis, pour lui faire dueil plus Au plus tost que je fuz assis [grief. Celui qu'Amours me fist sur- Désir le venoit assaillir, [prendre, 376 Tellement que c'esioit meschiet. ^52 Des heures n'v avoit pas six. /or? . j> ^..-^ ^' - ^ 48 En ceste sueur demoura 45 Tout droit devant moy se vint Longuement, n'en faictes doub- [mettre [tance ; LA BELLE DAME SAI^S MERCI 581 Non pourtant puis il s'asseura Qu^en souppirant lui dist ainsi : 380 Tresfort et reprist contenance, « Je mourraybrief de desplaisance Et si ay bien en souvenance $84 Se de moy vous n'avez mercy ». • Le dialogue entre Tamoureux et sa dame rappelle de tous points celui de la Belle dame sans merci. Il y a toutefois entre les deux poèmes une différence fondamentale. L'amoureux mis en scène dans la Desserte est un « desloyal » qui a commis une infidélité à sa dame; il confesse humblement sa faute, il mau- dit son cœur et ses yeux qui Tont entraîné à « desloyaulté ». Il supplie sa « maistresse » de lui pardonner, sinon elle méri- tera « le nom de la Cruelle dame ». Il jure qu'on ne l'y repren- dra plus et refuse paradis pour son âme, s'il ne dit vrai. Mais la dame ne croit pas aux serments de son amoureux : elle l'ac- cuse de « farder ses mots pour décevoir les dames ». Voici la fin du poème : 96 Adoncques les dances cessèrent Comme il en alla je ne sçay ; El les dames se retrahirent. Que d'en savoir ne m*en chalut, De parler tous deux se laissèrent, 776 Car ailleurs trop plus je pensay. 764 Car Fun de l'autre départirent. aq c» ^ ' ^ ^ 98 Et pour ce, entre vous amou- Gaires de semblant ilz ne nrent r ^ , [reulx, De ce qui leur fut advenu ; 5^^^^ ^^^ ^^^^^ loyaument, Si n'oubliay pas ce qu ilz dirent, q^ ^^^^ „^ ^^^^ ^^^^^,^ 768 Tant l'ay voulentiers retenu. «^ xt^ j»^ii i ' ^ 780 Ne d elles amez longuement ; 97 Ainsi le povre s'en alla, Délaissez tout faulx pensement Bien coursé plus qu'il ne volut. Pour vous garnir de cueur loyal, Après luy bien peu je fuz la, Affin que n'ayez nullement 772 Pour ce que partir m'en faillut. 784 La desserte du desloyal. Se depuis bien fort se dolut, XVII LA SÉPULTURE D'AMOUR Paris, Bibl. nat., fr. 924, fol. 139 : L/ï Sépulture d'Amours. — Fol. 154 v«> : Explicit [de la main de Thiboust :J le livre de la sépulture d* Amours. — Bibl. nat., fr. 2264, fol. 64 : La Sépulture d'Amours. — Fol. 78 : Cyfinist la Sépulture d'Atfwurs. 582 A. PIAGET Poème de 93 strophes. Début : \ Souvent a une fois advient. C'est une parolle commune, Ce qu'a dix mille foiz ne vient. On le voit es cas de Fortune. Fortune n*a reigle nesune : De ce qu'elle a entre ses mains A son gré, sans manière aucune, Elle en fait du plus et du mains. Force elle m'avoit touz temps veu SeuUet es desers de tristesse, Habandonné et despour^'eu, Ne servant aucune maistresse, Si me volut en la fortressc D'esbatement et de déduit. Pour avoir joyë ou destresse, Faire entrer soubz son saucoo- [duit Le poète se trouvait un jour, seul et sans connaître per- sonne, au milieu d'une riche compagnie de dames et d'écuyers qui chantaient et dansaient. Il restait là sans prendre pan à la fête, quand le maître de la maison s'approcha de lui et le pré- senta à une dame « au cler vis ». Trois tours complis, je mis la dame En la place ou pris je l'avoye. Et puis regardé drame a drame Sa beaulté, sa manière coye, Son oeil remply de toute joye. Dont condudz sans délibérer Que, se son serf estre pouoye. Plus rien ne vouldroye espérer. Il dansa encore, sans trop savoir ce qu'il Élisait, la tète rem- plie de mille pensées diverses. Puis il s'assit « sur la cotelle • de sa dame, en guise de coussin, « non obstant le noble tapis ». Et dans cette situation, comme Tamoureux de b dame sans merci, il languissait « au plus près du mire ». Il supplie sa dame de le retenir pour son ser\*ant et de n'être pas « escharse »» de sa merci 11 invoque en témoin de sa sincérité Dieu lui-même. Mais la dame ne voulut rien entendre et ne ht que rire et se moquer. L'amoureux rentra chez lui de fon méchante humeur et tatigué s'endormit. Il eut un songe. Il lui semblait quWmours était mort, v^u'il assistait à ses obsèques et qu'il entendait les lamentations d'Espoir, de Désir, de Rt^et, Je Svm..'o, de jeunesse. Je Loyaulié, Je Venu, d'Honneur et Je Pi::c. LA BELLE DAME SASS MERCI 583 xvm LE MARTYR D'AMOUR PAR FRANCI Manuscrit : Paris, Bibl. nat., ié6i, fol. 12 7^-27. Poème de 117 strophes dont voici la première : Loing de joye et près de tristesse, Au plus parfont de mes douleurs, Entrer me fault en la destresse Désormais de plains et de plours, Car, puis que je fail au secours De celle que tant desiroie, Autre chose a Dieu tous les jours Ne requiers, fors que mort m'envoye. Le poète, pensif et dolent, se trouvait le premier jour de l'année au milieu d'une nombreuse et brillante compagnie. Une dame le navra d'un simple regard. Dès lors il fut [teulx. Telle joie les fait morteulx. Car, comme en commun parler [court, Faulx Riz Aarait eN Cueur Qoieux, 920 Joie donne qui en fin meurt. 888 Tel a beaulx yeulx qui ne voit [goûte. ii$ Et qui, ou devant dit coupplet. 112 — Dame, Amours le me com- manda Quant ou ciel hault en audience L'amoureux martir me nomma 892 Sur tous amans, en la présence De vray Souvenir, qui en ce Me porta grant grâce et hon- [neur. Pour ce prendre en pascience 896 En attendant mon confesseur, 113 Kl la mort qui ni'alcgcra, Qu.iui vers niov lui plaira venir. Droit en la ligne penultime, D\in chascun mot prendroit a [fait 924 La lectre première sans disnie. Mais que du quart mut la Jeu- [sime Lectre pour la première prist. Savoir pourroit, ains qu'il ftist [prime, 928 Le nom du martir qei ce tîst, 117 A qui Dieu doint gloire infinie Quant le conviendra deffincr. Ainsi comme il a dcsser%*ie • I. Aile = à elle. LA BELLE DAME SA\S MERCI 585 932 Par bien et loyaulment aymer Tant que desormaiz adonner Celle a qui Dieu vueiile donner 936 Se puist a tenir loyaulté. Pardon de sa deslovaulté, Quel est le poète qui se nomme Franci? Serait-ce un Italien au service de la cour de France ? Serait-ce Ange-Jean Franci qui donne son nom en acrostiche dans la dernière strophe du Libro di Trajano ' ? Le Martyr d^amour date de 1464 : G; fut en Tan mil quatre cens Soixante et quatre que en telz plainb Me trouvé, pensif et doulens. On peut rapprocher de ce poème, où il est question d'un testament rédigé par le pauvre martyr, du Testament d'un amou- reux qui mourut par amours % composé probablement par un habitant de Turin. Mais la donnée et le ton des deux poèmes sont tout à fait différents. XIX LE DÉBAT DE LA DASdE ET DE VÈCUYER Manuscrit : Besançon, 554, fol. 95 v°-io6 v° K Ce poème a été publié, en 1856, par A. de Montaiglon, Recueil^ t. IV, p. 151-179, d'après deux anciennes éditions gothiques et d'après un manuscrit assez défectueux qui apparte- nait en 1855 à M. Auguste Veinant. Le Débat de la dame et de Vécuyer est une Belle datne sans merciy avec parfois une pointe de raillerie et de charge. L'auteur cite d'ailleurs son modèle : La dame souhaite d'avoir la science de la dame sans merci pour répondre aux « mots sucrés » et aux « paroUes dorées » de son amoureux. L'écuyer répond :• 1. Brunet, Manuel, t. V, col. 964. 2. Montaiglon, Rfcufil, t. IV, p. 193-204. 3. Copie moderne dans le ms. de Besançon, 556, p. 61-87. 586 A. PIAGET Ha! ma dame, vous souvient il encor De la rebelle, orguilleuse, oultrageuse, Laquelle fut et a cry et a cor Forbanye de la court amoureuse ? Se vous n'estes vers moy plus gracieuse, Le bon amant qui pour ly rendit l'ame Ne très passa de mort si doloreuse Que je feroye incontinent, ma dame. Le débat finit comme dans la Belk dame sans merci : La dame, interrompant Técuyer, se lève et se mêle aux danseurs. L'amoureux s'en va de son côté « grattant sa teste » : Priez pour luy, car il va trespasser, Mais, com je croy, le plus tart qu'il pourra. M. de Montaiglon n'a pas connu le manuscrit de Besançon. D'autre part, le texte des anciennes éditions semble avoir été par place remanié et rajeuni. On en jugera d'après là première strophe que je reproduis d'après le manuscrit de Besançon et d'après l'édition Montaiglon : BESANÇON : RECUEIL Hier soir retrait en Pombre d'un Hier sur le tart, soubz l'ombre [tapis [d'un tapis Fut moult pensant, non querant En passant temps, comme sou- [jeux n'esbas, (ventra'esbas. Car quant advient que tristesse Ainsi que gens sont cachés et ta- [du pis [pis Faire me veult, a muser la com- Pour mieulx ouïr et voir jeus et [bas. [esbas, La j'escoutay les amoureux de- J'entr'escoutay les amoureulx de- [bas [bas D'un escuier et d'une belle dame, D'ung escuier et de sa belle dame Lesquelz diray , si vous plait, Lesquelz diray, maintenant tout [hault et bas (en bas. Sans declairer ne le lieu ne nom Sans declairer le lieu, ne le nom [d'ame. [d'ame. t M. de Montaiglon attribue sans hésitation le Débat de la dame et de récnyer à Henri Baude : « Nous ajoutons au bagage littéraire de Baude une pièce autrefois imprimée, la seule de ce genre qu'on puisse jusqu'à présent citer, la plus considérable comme LA BELLE DAME SJ\5 MERCI 587 longueur, sinon comme talent littéraire, et que son éditeur ne pouvoit connoître.. En effet, elle ne se trouve pas dans les manu- scrits de la Bibl. impériale 7685, 7686,7687, de l'ancien fonds, et 208 du Supplément François, dont il a extrait les vers de Baude, et personne n'avoit encore reconnu que ce Débat contenoit le nom de son auteur: je ne l'aurois même pas vu s'il ne m*auoit été appris, comme à tout le monde, par le travail de M. Quicherat. Comme on le verra, ce nom se lit dans une des strophes de la fin, dont les mots : Laisse^ buissonner Bande, équivalent 2? une signature. » Voici la cinquante-neuvième strophe du poème, qui, d'après M. de Montaiglon, renfermerait la signature de l'auteur : L'escuier Ha ! quoy je dy ne vous vueille desplaire ! C'est par honneur que la langue m'eschaude. Tant la chéris que je ne me puis taire, Quand je congnois qu'on la déçoit et fraude. De quoy nous sert une promesse baude Et liberalle ? Quant temps est du rendre, On nous respond : « Laissez buissoner baude, Secours aurez. » Nous avons bel attendre! On rencontre la même locution dans deux poésies de Bnude : dans une supplique au duc de Bourbon (édit. Quicherat, p. 73) Adonc Baude buyssonnera, et dans une autre épître au même seigneur (édit. Quicherat, p. 76). Baude n'a tant sceu buissonner. On la trouve de même dans le début du traité De la vie, dmiplexionet condicion du roy Charles septiesme: « Ainsi que Baude buissonnoitenlaforestd*Esperance... »(édit. Quicherat, p. 199). M. de Montaiglon cite également le rondeau de Charles d'Orléans (édit. Ch. d'Héricault, II, 257): Laisser baude buissonner, Le vieil briquet se repose... « J'hésite d'autant moins », dit M. de Montaiglon. «à voir dans ce rondeau notre Baude, que, nomme par Charles VII élu des Aides pour le Bas-Limousin le 31 octobre 1458, il a pu con- 588 A. PIAGET noître longtemps Charles d'Orléans, qui ne mourut que sous Louis XI, le 4 janvier 1465, âgé de soixante-treize ans, et qui, dans sa vieillesse, a très bien pu encourager les premiers essais * poétiques de Baude. » La question se pose ainsi : le poète, jouant sur son nom, a- t-il créé de toutes pièces cette expression : Laisse:!^ buissanner baude, ou biens*est-il approprié une locution qui avait cours? La seconde alternativeseule paraît juste. Il suit de là qu'il est permis de dou- ter, {Jour plusieurs raisons, que le rondeau de Charles d'Orléans fasse allusion aux débuts littéraires d'Henri Baude, et que le Débat de la dame et dt Vécuyer renferme « la signature de l'auteur ». C'était si peu une signature qu'elle a disparu de l'édition, laquelle, dit M. de Montaiglon, « pourroit avoir été publiée du vivant de Baude, puisqu'elle parut en 1493, et M. Quicherat a fait remar- quer qu'il résulte d'une allusion que Baude écrivoit encore en 1490, et peut-être même un peu après. » Non seulement Trepperel, en remplaçant laisse:;^ buissanner baude par laisse:^ huchier sans fraude, aurait fait disparaître le nom de l'auteur, se privant ainsi d'une excellente réclame, mais il a rendu incompréhensible le nom de la princesse à laquelle était dédié le poème. La dame et l'écuyer, après avoir longtemps débattu, s'en réfèrent à un juge : La Dame La très puissante, très haulte princesse» En ses armes joignant Cyprès a Savoye, Trésor d'onneur, de vertu, de richesse, Lune en beaulté, aube levant en joye, Manne du ciel la plus douce qu'on voye, On ne la puet louer trop haultenient ; De ce débat, se voulez qu'elle l'oye, Tost nous rendra son juste jugement. L'édition de Trepperel donne : joignant Chypre au SuriCy ce qui n'a pas de sens. M. de Montaiglon voit dans cette princesse la seconde femme de Louis XI, « Charlotte de Savoie, fille de Louis I*' du nom, mariée à Louis XI, encore dauphin, en mars 145 1, et morte le i*' décembre 1483 ; d'où il suit que notre pièce n'est pas posté- LA BELLE DAME SANS MERCI 509 rieure à cetie aimée. Nuus ajouterons qu'elle fiii sans doute écrite pour essayer, par cette voie indirecte, de rentrer en grâce auprès de Louis XI, qui paroit s'être fort bien souvenu d'avoir été aban- donné par Bande du temps de son père Ctiarles VII ». Tout cela serait très bien imaginé, si la princesse qui joint Chypre i Savoie énit la reine de France. La femme de Louis XI ne joignait-elle pas plutôt France à Savoie ?Baude, il faut l'avouer, aurait fait sa cour an roi d'une singulière façon en désignant la reine de France comme une princesse qui unit la Chypre et la Savoie. L'identi- fication proposée par M. de Montaiglon est fausse: la princesse que la dame ei l'écuyer choisissent pour juge n'est pas la fille de Louis I" de Savoie, mais bien sa femme, Anne de Lusignan, fille de Jean II, roi de Chypre. Cette princesse qui épousa en 1432 Louis, alors prince de Piémont, devenu duc de Savoie en I440 par l'abdication d'Ame VIII, fut chantée par" Martin Le Franc dans le Champion des dames : Anne de Chippre, la duchesse De Savoie, semblablemcni - Doib je loer pour la richesse De ses vertus xrtt hauliemem. Car qui voit son conletienieni De diverses venus mcslé, Il dit que c'est oiig firmament D'esioillescleresestelé'- Le Débat de ta danie et del'écuyer, qui date de 1440, année où Anne de Chypre devint duchesse de Savoie, k I462, année où cette princesse mourut, n'a rien à faire avec le poète Henri Baude, dont les œuvres, retrouvées et publiées par Quicherat, lémoigneni d'une inspiration toialemeni différente. XX POEMES DIVERS J'ai énuméré jusqu'ici les principaux poèmes issus plus ou ( moins directement de la Belle dame sans merci. On pourrait en 590 A. PIAGET citer d'autres du xv* ou du xvi* siècle, de rimeurs connus ou inconnus*. Il serait ifacile, par exemple, de relever plusieurs imitations d'Alain Chariier dans le Procès du banny a jamais du Jardin d* Amours contre la volonté de sa danie'y dans le Serviteur sans guerdon ', dans V Amoureux transy sans espoir de Boucher^, dans V Amant refusé^ y dans V Amoureux desconforté ^^ dans VEpistre envoyée a une damoyselle sans pitié amoureuse"^ , dans la Rigueur ou la Cruaulté d'Atnours de René Le Peletier*. On composa des parodies obscènes de la Belle datne sans merci et de la Belle dame qui eut merci. Dans cette catégorie rentre le poème inséré au Jardin de Plaisance sous le titre sui- vant : Comment ung povre amoureux qui estoit en la compaignie des dames estant au jardin de plaisance s'enhardit de deprier lune des dam€S, et les responces de ladicte dame a ycelluy atnant^. Le • 1. MM. de Montaiglon et de Rothschild, Recueil Xly p. i et p. 192, rangent dans les pièces « composées à Timitation des petits poèmes d'Alain Chartier » le Messager d'Amours et VEpistremd''uu amant habandonné. Ces deux poèmes ne me semblent pas rentrer dans le cycle de la Belle dame sans merci : ils sont d'une inspiration toute différente. 2. Voy. Egidio Gorra, Studi di critica litteraria, p. 148- 1^5, et Di un pœmetto francese iiudito del secolo XV. Bergamo, 1897. J'essayerai de montrer prochainement que ce poème a pour auteur Aimé de Montfaucon, abbé de Hautcrêt, ambassadeur de Louis, roi de Chypre, à la cour de Rome, puis évéque de Lausanne de 1491 à 1517. \. Ce poème nous a été conservé par quatre mss. : Bibl. nat., fr. 1661, 2264, Bruxelles 11020, La Haye 779. Il est imprimé dans {^Jardin de Plai^ sance : Im lamentacion faicîe au jardin de plaisance du povre serviteur sans guer^ don. Edit. de Verard, fol. clxii-clxiiij. 4. Brunet, Manuel, I, col. 11 54. 5. Inséré dans le Verger d'honneur, édit Trepperel, fol. DD.vj. v©. 6. Dans le Verger d'honneur, édit. Trepperel, fol. P.iiij. Comme dans VAmanl rendu cordelier, l'Amoureux desconforté se retire dans un cloître, dont le prieur esj une abbesse. Le poème se termine par unew imitation de la ballade de Froissart : Sur toutes fleurs j'avme la marguerite. 7. Voy. l^s complaintes de V Esclave fortune avecqtus vingt Epistres, fol. xc. 8. Brit. Ml s. Roy. j6. H. X. René Le Peletier, valet de chambre de l'rançois W. avait accompagné à Londres l'ambassadeur Gilles de La Poninierave. La Ri.^neur il\4niours est dédiée â Henri VUl. 9. Hdit. de Verard, fol. cxxvi-cxxix v". LA BELLE DAME SANS MERCI 59 1 poète, caché derrière un tapis écoute un dialogue entre « un mignon » en quête de bonne fortune et une dame « precelente de corps ». Cette dame « discrète et saige » n*est autre qu'une femme galante qui refuse ses faveurs à un client sans argent. Ce « povre amant » se compare à Villon qui, comme lui, ne pos- sédait pas « grant force de billon » : Ainsi demeure povre comme Villon Et n'ay rouelle seulement. . . que le trou ! Après un long débat, rempli de sous-entendus malpropres et d'obscénités crûment exprimées, la dame congédie son marmi- teux poursuivant. Le Jardin de Plaisance renferme également un travestissement de la Belle danie qui eut tnerci : Cotnnient ung amoureux fait ung dyalogue a sa datne au jardin de plaisance, et puis elle fait la conclu- sion\ C'est un long débat entre un amoureux qui implore « mercy » et une dame qui refuse d'abord avec indignation, mais qui finit par céder : Plus ne refuseray Tamour d'un tel amy. . . Aymez moy, mon amy, je suis la jouvencelle Qui vous ay tant coursé de ma response felle, Baisez mes yeulx, ma bouche, le menton, la mamelle. J'arrête ici, et pour cause, la citation. Je passe également sur la « 'conclusion morale de ceste matière prononcée par la dame ». XXI CONCLUSION Comment expliquer l'extraordinaire succès de la Belle datne sans merci ? Le petit poème d'Alain Chartier ne possède aucune deces apparences brillantes qui tirent l'œil et plaisent à la foule. I. Edi^. de Verard, fol. cxxxij vo-cxxxvj v». Voy. la Complainte que fait ramant a sa dame par amours. Montaiglon et Rothschild, Recueil y XI, »95. 592 A. PIAGET On n'y truuve ni recherches de langage, ni tours de force dans les rimes, ni dissertation paradoxale ou sensationnelle, ni parti pris passionné ou provoquant, comme dans le Roman de la Rose de Jean de Meun. Tout y est simple et mesuré : la langue est claire et facile, les vers bien venus et bien rythmés, les idées honnêtes, sensées, discrètement spirituelles, avec certaines préoccupations morales. Les couleurs vives et éclatantes manquent; c'est une grisaille, non sans harmonie ni sans charme. Tel qu'il est, ce poème devait plaire aux gens délicats et de sens rassis. Il faut croire que cette catégorie de lecteurs était clairsemée en 1424. Le Prince d'Amours et ses innocentes manies avait mis la tête à l'envers aux nombreux adeptes de la Cour amoureuse, fondée « a Tonneur, loenge, recommendacion et service de toutes dames et damoiselles » ». Tout homme et toute femme qui se respectaient devaient être amoureux, sous peine d'être « comme une beste morte qui n'a point d'enten- dement* ». Or l'héroïne du poème d'Alain Chartier, quoique jeune et jolie, refusait d'entrer « au service d'Amours; elle prétendait êire « franche » et rester « franche ». C'était une dame contre nature. Bien plus, niaitre Alain l'approuvait et tournait en ridicule les amoureux ; il osait toucher à l'Amour lui-même, « cruel losangier », « aspre en faict et doulx à men- tir ». Aux yeux du Prince de l'association et de ses fidèles, le poème de Chariier attentait à l'Amour « dont la haultesse est incomprenable » et procurait un « deshonneur, reproche, amen- rissement et blâme » à toutes les dames et damoiselles. C'était, selon l'expression même de la Charte de fondation de la Cour amoureuse, un « libelle diffamatoire^ ». Il est probable qu'Alain Chartier fut signalé comme « homme infâme et ahonty » à tous les membres de l'association et qu'il fut « privé, chassie et deboutté, sans rappel, de toutes gracieuses assemblées 1. Voy. Remania^ WW^ 599. 2. Cette expression est mise par Martial d'Auvergne dans la bouche du Procureur d'Amours, dans le XXV' •" Arrêt, qui est en partie un résumé de la Belle dawe sans weici. 5. y ov. Roffiania, WW, 602. LA BELLE DAME SASS MERCI 593 • et compaignies de dames et damoiselles ». Il se fit autour de la Belle dame sam merci un bruit considérable; Alain Chartier se serait probablement bien passé de cette réclame. Quoi qu'il en soit, le poème fut lu, copié *, réfuté, approuvé, imité. Les uns copièrent servilement, et l'on vit naître de fas- tidieux débats ou dialogues entre un amoureux et sa dame ; d'autres s'emparèrent de l'amant éconduit qui se répandit en complaintes, lamentations et invectives diverses contre la cruauté de sa dame, contre Amour ou contre Fortune ; chez d'autres enfin cet amoureux désespéré vint porter ses griefs devant le dieu d'Amour lui-même, d'où toute la série des jugements, procès, revisions de procès, qui aboutira aux Arrêts d'Amours de Martial d'Auvergne. Toute cette production littéraire est d'une grande pauvreté. La Belle dame sans merci mise n part, ave: V Amant rendu corde- lier et quelques fragments de deux ou trois autres poèmes, tout le reste est sans originalité et sans esprit. La Belle dame sans merci elle-même était d'ailleurs dans la tradition convention- nelle. Il eût fallu pour se soustraire a cette mode un tempéra- ment qu'Alain Chartier tout le premier n'avait pas. Villon lui- même, qui connaissait la Belle dame sans merci dont il redoutait la lecture pour les « amans enfermes », s'intitulait un « amant martvr » ! La Belle dame sans merci est le poème de son siècle qui eut le plus de succès, non seulement en France, mais à l'étranger. Traduit, au xv* siècle, en italien par Girlo del Nero*, en anglais par Richard Rosî, en catalan par Francesch Oliver^, mis en 1. Je ne connais pas moins de 34 inss. de la Belle dame sans merci, 2. Cette traduction a été publiée deux fois, en dernier lieu par M. VV. Sôderhjelm dans la Revue Jes langues romanes^ 1891, p. 95-127. Voy. Roma- ntûy XXI, 431. 3. Vov. Herm. Grôhler, Ueber Richard Roa' mittcicn^liscfje Ueberset^ufig des Gedichtes von Alain Chartier , Im belle dame sans mercy. Breslau, 1886. 4. Bibl. nat. esp., 225, fol. 165. La traduction catalane de la Belle dame sans merci est publiée dans El Cancionero catalan de la Universidad de Zara- go^ay exhuniado y anotado por el D"" D. Mariano Baselga y Ramirez. Zara- goza, 1896, p. 273-29) Les strophes 79-84 man |uent dans Tédiiion. — Au sujet de Francesch Oliver, sur lequel, sauf erreur, on ne possède aucun Romania, XXXIV 38 594 ^- PIAGET rondeaux, au xvi* siècle, par Anne de Graville S sa vogue dura jusqu'à la Renaissance. Plusieurs de ses strophes ou de ses vers eurent un succès particulier. Le poète Père Torella, dans un poème du Chansonnier catalan de l'Université de Saragosse, cite le fameux huitain : Amour es cruzel lizongier ' Aspre en fayt et douç ha mentir Fra Rocaberti, dans la Gloria d'amor, met en scène la Dama sant marci qui prononce Ab veu e gest de gran musarda les quatre vers suivants, copiés de cette façon dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale, Esp. 225, fol. 8 v® : Si moy autre vos reguarde Les ulls son fayts por rcguarder Genipris poynt cautre men guarde Qui scnse mal son doyt guarder K Ce truism, les yeux sont faits pour regarder, semble avoir causé une profonde impression. Martin Le Franc le cite textuel- lement^ : Les yeulx sont fais pour regarder, Dist maistre Alain renseignement, je signale ici un article d'un inventaire de Chambéry publié par M. Pietro Vayra : « Plus, ung aultre moyen en parchemin et papier escript a la main par rime en langaigc espaignol fait par maistre François Olivier, commençant a la grosse lecire : Avant tout, etc., en papier coullé •. Voy. P. Vayra, Le lettere et le arti alla coi te di Savoia nel secolo XV, IniYntari dei castelli di Ciamberi, di Toritio et di Ponte d'Ain. Turin, 1884, p. 52. 1. Voy. la superbe édition des rondeaux d'Anne de Graville publiée à Upsal en 1897 par M. Cari Wahlund. M. Wahlund l'a accompagnée d'une notice fort intéressante sur la Belle darne sans merci et sur les imitations modernes auxquelles elle a donné lieu en Angleterre et en Suède, dans ta poésie et la peinture. 2. Belle dame .unis nie>ci, édit. Du Cliesne, p. > lO. 5. Belle iLnne sans met ci, édit. Du Chesne, p. 509. 4. \'oy Ronhuiia, X\'I, 410. LA BELLE DAME SAMS MERCI 595 Crétin dira plus tard dans le Playdoyé de ï Amant doulou- reux "■ Les yculx sont faits pour veoir. L'auteur du Procès du banni àjanmis du jardin d* Amours^ cite un autre vers de la même strophe : Mestrc Alain dit bien en ses diz Qu'on ne doit aux yeulx garde prandre. On pourrait multiplier les citations. Mais à quoi bon ? Qu'on me permette cependant de reproduire une page de la reine de Navarre, qui montrera, mieux que toute affirmation, de quelle autorité jouissait encore au xvi* siècle la Bt'lle dame sans tnerci : Après avoir raconté le meurtre d'un duc de Florence, la reine '. de Navarre ajoute : Les dames, selon leur coustume, parloient autant par passion que par raison, disans que le duc estoit si digne de mort que bien heureux estoit celuy qui avoit faict le coup. Parquoy, voyant Dagoucin le grand débat qu'il avoit émeu, leur dit : « Pour Dieu, mes Dames, ne prenez point querelle d'une chose desjà passée, mais gardez que vos beauliez ne facent point faire de plus cruels meurtres que celuy que j'ai compté. » Parlamente luy dist : « La Bflle darne sans mercy nous a appris que Si gracieuse maladie Ne met guères de gens à mort *. — Pleustà Dieu, ma Dame, ce luy dist Dagoucin, que toutes celles qui sont en ceste compaignie sceussent combien ceste opinion est faulse, et je croy qu'elles ne vouldroient point avoir le nom d'estre sans mercy, ne ressembler à ceste incrédule qui laissa mourir un bon serviteur par faulte d'une gracieuse response*. » Et ailleurs : " — Vous appelez doncques vostre mestier », dist Parlamante, « de tromper les femmes ; par ainsv de vosire bouche mesmes vous vous jugez. 1. Edit. Coustelier, p. 152. 2. H. Gorra, Di un poem.tto franccsc iueJito, p 11. 3. Édit. Du Chesne, p. 509. g 4. Heptamnou, éJit. Le Roux de Lincy et .Montaiglon , t. Il, p. 24. 596 A. PIAGET — Quant j'en aurois trompé cent mille », dist Simontault, je ne seroys pas encore vengé des peines que j'ay eues pour une seulle. — Je sçay », dist Parlamante, « combien de foys vous vous plaingnez des dames, cttoutesfoys nous vous voyons si joyeulx et en bon poinct qu'il n*cst pas à croyre que vous avez eu tous les maulx que vous dictes. Mais la Belle dame sans niercy répond qu' Il siet bien que Ton le die Pour en tirer quelque confort. » — Vous alléguez ung notable docteur », dist Simontault, « qui non seulle- ment est fâcheux, mais le fait estre toutes celles qui ont leu et suivy sa doctrine. — Si est sa doctrine », dist Parlamante, « autant profitable aux jeunes dames que nulle que je sçache. — S'il estoit ainsy », dist Simontault, « que les dames fussent sans-mercy, nous pourrions bien faire reposer nos chevaux et faire rouller nos harnoys jusques à la première guerre, et ne faire que penser du mesnaige. Et je vous prie, dites moy si c'est chose honneste à une dame d'avoir le nom d'estre sans pitié, sans charité, sans amour et sans mtrcy ' ? » L'auteur de la Belle dame sans merci fut considéré par les uns comme un détracteur du sexe féminin. Bouchet, dans un chapitre des Controverses des sexes masculin et féminin^, intitulé : Les Autheurs qui blasment les femmes et en quel Heu, trouve moyen de placer le doux poète Alain Chartier entre Matheolus le Bigame et Clopinel, en compagnie de Jean Boccace, des XF joyes de mariai^e, des Secrets et loix de mariage, du Trop tost marié et du Dit de Chicheface! Dans ses Remèdes contre folle amour ^^ le même Bouchet recommande de ne jamais lire ni Ovide, ni le Roman de la Rose, ni « les laiz d'amours » d'Alain Chartier. D'autres, au contraire, regardèrent Alain Chartier comme le poète par excellence de l'amour. L'auteur des Erreurs du Juj^e- ment de la Belle dame sans merci l'appelle <• parfait explanateur 1. Mais il sied bien que l'en le die Pour plus tost attraire confort. Édit. Du Chesnc, p. 509. 2. Htptiininoti^ vl-tlii. Le Roux de Lincy et Montaii^lon, t. III, p. 165. 3. Hdit. de 1 5^6, fol. 212. .\. Les S Amour s du Traver^eur en >oti luiolesi^rue, edit. de I );6, p. I i.j. LA BELLE DAME SANS MERCI 597 des comédies et faiz d'Amours ». Le roi René estime qu'Alain Chartier connaissait si bien le « mestier d'Amours » qu'il en a fait les plus beaux poèmes qu'on ait jamais composés*. L'amant de la dame sans merci prit place au xv* siècle à côté des victimes et des héros de l'amour; on le trouve cité à côté de Narcisse et d'Écho, de Didon, de Pyrame et Thisbé, de Médée, de Paris et d'Hélène, de Lucrèce, de David et Bersa- bée, de la fille de Caton qui « huma tout ung ardant charbon », de la châtelaine de Vergi. Arthur Piaget. APPENDICE Notice sur le manuscrit du XV^ siècle appiirtenant à M. le comte Max de Diesbach *. Recueil du milieu du xv* siècle. Papier. 196 feuillets d'une numérotation ancienne. 212 sur 146 millimètres. Lettres majuscules ornées de rouge. Reliure ancienne. Incomplet. Ce volume commence au fol. xxiij . 1. (Fol. xxiij). Sans titre. Honnouré frerc, meistre Alain A vous nous nous recommandons. . . à fol. xxiiij vo : Expîicit la Itctre des dames etnvyee a meistre Allaiu. Voy. Romania, XXX, 28. 2. (Fol. xxiiij %'<»). Cy apprès s'ensuit rexcusacion faicte par ledit maistre Alain sur ces présentes. Mes dames et mes damoyselles [SeJ Dieu vous doint joye prochaine. . . à foi. xxix v« : Expîicit rexcusacion de maistre Alain. 1. ŒuvreSy édit. Quatrebarbes, t. III, p. 155. 2. Je présente ici tous mes remerciements à M. le comte Max de Dies- bach qui a bien voulu, avec la plus grande amabilité, mettre ce volume à ma disposition. 598 A. PIAGET Voy. Les œuvres de maistre Alain Chartier, édit. Du Chesne, p. 525. 3. (Fol. XXX). Cy tipprcs s^ensuil inif Icctre Iramise par les dames a nuti^tre Alain quiint il ne volisi revocquer la belle danu et est quasi un deffieniant. Puis qu'ainsy est Alain feu nostre amy Qu'en ton meff;\it chiet mercy ou amande Dernier vers, fol. XXX \° : Querant pardon a chascone de nous. Voy. Romania, XXX, 31. Les feuillets xxxj à xlj manquent. 4. (Fol. xlij). Débat de Réveille malin, d'Alain Chartier, dont les trente premières strophes manquent. Le fragment débute par ces vers : Mercy de dame est ung trésor Pour enrichir amant sur terre. . . Expl., fol. xliiij : Cy finist Resveille matin. Deo gratias. Edit. Du Chesne, p. 493. 5. (Fol. xliiij \°). La cruelle femme en amours et comment elle fu jugie te accusée devant Amours, Le jours que l'an se renovelle Amours me fist commandemant . . . Expl., fol. Ivj \'^ : E\pHcit comnient la bdle danw sans nwrcy fut jugie et accusée devant Amours et appellee la cruelle femme en Amours. C'est le Parlement d'amour de Baudet Herenc. Vov. Romania, XXX, 317. 6. (Fol. Ivij). (J'y iVuiuitUie /v second livre sur la belle dame et «•«/ appellee la Icale liante en amours. St triste penser me teust joye l^t plains et plours me feussent ris, . . (Fol. ixxiiij v<>). lixpUctt le second livre fait pour la belle dame et devise cotn- ment l\ dnic belle dame lut aptvllee par juj^ement devant amour la leale damm, eu ainour> .<);///, , (• que l\ livre précédant cestuv l'appelle la cruelle feninii et. amours. Sur la Dame loyale en amour, voy. Romaiiia, XXX, ^21. 7. (Fol. ixw). (J\ . fol. 4v°, 5727, fol. i; Brit. Mus. Lansd. 380, fol. 135 v°; Harl. 4473, fol. 42 v° et 45 ; Bull. Soc. Ane. Textes, 1889, p. 109; Montaiglon, Recueil, VI, 19e. 14. (Fol. C). Huit vers : Vert signefie gayeté Pers humilité Et pers est parement. 15. (Fol. C). Liste des jours périlleux et des jours égy^ptiens, sur lesquels on peut voir une étude de M. Jul. Loiseleur dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France ^ 1872, p. 198. M. Paul Meyer a publié trois de ces listes d'après des manus- crits conservés en Angleterre dans le Jahrbtich. fur ronianische und en^lische Literatur,Vll (1866), 47-51. Voy. également le Bulletin de la Société des Anciens textes français , 1883, 93-95. (Fol. c). Hz sont en l'an .xxxii. jours perelioux, ce nous afferme Ezechiel, le mestrc de Griez, lequel regarda es estoillcs et vit par la dominacion des vij planètes que nulles choses qui soient commenciefs] ou faites ne porront a nul prouffit venir, et tant l'ama Nostre Seigneur que il lui moustra par le cours des estoilles (v^) du temps les aventure[s] ce que per nature en porroit cstre sceu. Premicrcinani deffent que nul en yceulx xxxij jours perelioux ne se marie, et se on se marie et on s'eniraime, on sera povre et souffretoux. Item detîent que nul en yceulx jorns ne se remue pour aler demorer de lieu en autre, quar se il y va et il v demore, il sera misérable de tout ce que il avra et en l'autre lieu. Item derifent que nul ne se fase saignier en yv:eulx jours, quar se on [sej tait saignier, on cher.i en tele enfermité don on morra ou a paine en sera on jamais garis. Item détient que nul ne se couche malade en vceulx jours, quar se il (/i7. (•/) couclioit ou il niorroit ou il encherroit en longue maladie. Item detfeni que nul ne voit en marchanJise ne en viage en yceulx jour^, qu.ir se on y va a painc ei retornera on ou jamais a saniié de son corps ou de son chasiel. LA BELLE DAME SASS MERCI 6oi Item se terne travaillie d*enfant en yceulx jours, ou elle ou son enfant sera en aventure de morir, et se elle a enfant, il sera povre et soufïretoux de tous biens et avra povre grâce en cest siècle et se il est riches il nioura villene- mant. Item deffent que nul ne commence plait ne querele en yceulx jours, quar il en venroit a mauvais chief. (vo) Item deffent que nul ne voit en bataillie en champ en yceulx jours, quar celuy qui voudra commenciez la bataillie et il y va en yceulx jours, il sera vencus ou par aventure seront tous deux si mal atome que il en mor- ront. Item dit que nul ne doit planter, nescncr, ne cdiffie[r], ne faire chose dont a nul doyve venir prouffit, quar (quar) par mantefois tout ce a esté esprové de tons maistre de Romine. Cy après s'ensuie^ent les jours pereiîlioux, Premieremant, en janvier en a trois : le premier, le iiij* et le ix«. " En février en a trois : le vie, le x* et le xiiij*". (Fol. cij) En mars en a deux : le iij*^ et le vij*. En avril en a iiij : le iiij«, le vje, le x« et le xvije. En may en a trois : le iiij*, le vijc et le xj*. En juing en a iiij : le vje. le viije, le xj»-' et le xvj*. En juillet en a deux : le ij** et le xxe. En aoust en a iiij : le vij«-\ le xe et le xj« et le xvc. En septembre en a trois : le iiijc, le vije et le xij*. En octobre en a ung : le x«. (Vo) En novembre en a deux : le xij« et le xvij<. En décembre en a deux : le iiij* et le xjc. 16. (Fol. cij vo) Ung seul Dieu tu adoreras • Et aymeras parfaitement Dieu en vain tu ne jureras N'altre chose parellement Les dimenches tu garderas En servant Dieu dévotement. 17. (Fol. cij v«»-ciij). Cy après s\nsHigneut hs jour e^icyaulx. Janvier en ait vij : le i, ii, iiij, vi, x, xvj, xx. Février xvj, xvij, xix. Mars xiiij, xv, xvj. Avril vj, xj. May vij, xvij. Juing xvj, xix. Aoust xix, XX. (Fol. ciij) Septembre xv, xix. Octobre xvj. Novembre xv, xvj. Décembre vj, vij, mj Fol. ciij v°-cv, blancs. é02 A. PIAGET (Fol. cv v° et cvj). Traits de plume et signatures d'un pos- sesseur du manuscrit : Isebâtt Pyttung, Petter Pyttung, Margrett Pyttunngy Niclous Pûttunngy Hanns Pyttunng, Glodo Pyttunng, Margrett Gottroîv. Anno dominy 1^67. Fol. cvj v°-cviij v'', blancs. 18. (Fol. cix). Cy apprès s* ensuivent les complaintes deis quatre dames qui per- dirent leurs amis et commenu Yacteur : Pour oublier merencolie Et pour faire chiere plus lie. . . (Fol. ix«xvj vo). Explicit. Cest le Livre des quatre dames d'Alain Chartier, édit. Du Chesne, p. 594. Le fol. cl manque. Sur le recto de la feuille de garde, à la fin du volume, on lit :^ RONDEL • Me ferés vous tousjours languir, Belle que j'ay voluz servir, Plus que nulle autre qui soit vivant ? Ferés vous jamaix pour moy tant Qu'amis me vueilliés retenir ? Dittes oy pour adoucir Le mal que me faictes sentir, Tousjours vostre grâce actendant. Je croy que vous prenés plaisir A moy voir vivre en desplaisir, Au moins en faictes vous samblant. Comme vostre humble obéissant Je vous vien mercy requérir. Me ferés vous, etc. Ce recueil est l'œuvre de deux copistes : Les cent dix-huit premiers feuillets, le titre du Livre des quatre dames et les feuil- lets vij^'^vj, vij''''xvj, viij'^^ix, viij''''x, ix'^Hûj à ix**xj, qui man- quaient au poème d'Alain Chartier et qui ont été ajoutés après coup, semblent avoir été copiés à Fribourg même. Le Livre des quatre darnes, sauf le titre et les feuillets remplacés, est d'une autre main et semble avoir été copié en France. A. P. MOTS OBSCURS ET RARES DE L'ANCIENNE LANGUE FRANÇAISE (suite *) QuADROs ^ — Quddros est une pierre verte qui a grant vertu, et est trou- vée dans la teste du voultour (Corbichon, Propr. des choses, XVI, 88, éd. 1522). QuANQUANE. — 1645. Timballes, miroir de glace et quanquane, moules d'etaimier (Buîl. de la Commission des antiquités de Roiun, X, 459). QuENTERON î. — 1367. Un avant-bras de fer et les quenterons, xx gros (Dehaisnes, Doc. conc. F histoire de Part dans la Flandre, 474). QuFTAiLLE. — xve S. Il ne sonnoit pas un mot, mais se tenoit comme une droite statue ou une ydole en quêta iîle (Cent Nouv. nouvelles, XXIX, éd. Jacob). 1. Cf. Romania, XXXIII, 556 et sv. — (Plusieurs collaborateurs nous ont envoyé de nouvelles observations sur les mots recueillis par M. Delboulle. Nous attendons que la publication de M. D. soit arrivée à son terme pour faire part à nos lecteurs de celles de ces obsen'ations qui nous semblent devoir être prises en considération, et nous y joindrons toutes celles qui nous seront adressées ultérieurement. Il est préférable de les grouper dans un seul de nos numéros au lieu de les morceler comme on Ta fait jusqu'ici. — Rèd.] 2. [On lit quandros dans les mss. B. Nat., fr. 9140, fol. 28)« et fr. 9141, fol. 254J ; même leçon dans le texte latin imprimé de Barthèlemi de Glan- ville - A. Th.! 3. [Probablement pour queuleron, diminutif de queute « coude »; ce mot désigne, A ce qu'il semble, la partie de l'armure qui protège le coude. — A. Th.| é04 A. DELBOULLE QuEUVRicH. — 1416. Une pièce de fil omble et une pièce de saye avec un petit qtteuvrich (Be2urQps\re y Inv. du château de Chailloue\ 5). QuiRiN ». — xive s. Quirin est une pierre qui est trovee dans le nid de la huppe. Geste pierre revelle les secretz (Corbichon, Propr. des choses , XVI, 81, édit. 1522). — Le quiritty autre pierre précieuse mise sur la poitrine de celui qui dort... (Valgelas, Conservation de la santé, 169. édit. 1599). Rabler, ronfler ^ — 1474. Hau ! Astaroth, comme tu rahles I (Myst. de VInc. et Nativité y p. p. Le Verdier, 2* journée, 224). ■ Racalencier. — 1365. Pour racalencier iiiixx et xiii aunes de cendal de couvretures (Dehaisncs, Doc. conc. Vhist, de Fart dans la Flandre, 164). \ I. Rache (cf. rachet). — 1474. A Claude dou Tou, pour ung banc de V sablon et de rache. — A Pierre Ferreres, pour un banc de rache et sablon (Blavignac, Comptes de dépenses de la constr. du clocf)er de Saint-Nicolas à Fri- hourgy 82-83). 2. Rache. — xvi^ s. Est enjoinct a tous crabiers et autres que quand ils habilleront aucunes ouailles, chèvres ou boucs, ils n'ayent a mettre qu'une seule tendille et trois raches a travers (G. de Lurbe, Statuts de Bordeaux, 212, édit. 1612). Racket (cf. rache i). — 1382. A Jehan et Nicod Jalez, frères, pour ung banc de sablon et rachet (Blavignac, Comptes de dépenses de la constr. du clocher de Saint-Nicolas à Fribourg, 59). Racheure (cf. racine, rachier). — 1395. Une hoppellande d'escarlate ver- meille, frangée partout... Tune des manches prenant a Tautre costé du corps, tout rachié d'argent et leups espergnez en la racljeure (J. Roman, hn: des princes d* Orléans-Valois, 141). Rachié, participe employé substantivement (cf. racheure). — 1 592 Sur b manche sencstre d'icelle hoppellande une grande arbaleste de brodeure d'or et de perles par dessus le rachié (J. Roman, Iiti'. des princes i' Orléans-Valois, 131). Rachier, racher. — 1392- La façon, brodçure et l'or d'un pavillon de 1. (Mcme levon dans les mss. B. Nat., fr. 9140, fol. 285b et fr. 914 1, fol. 2)4^; le texte imprimé de Barthèlemi de Glanville porte quirin (sic). — A. 'Ih.l 2. Le nu)t est expliqué par une note marginale : « Adonc .Astaroth roiitle >» . MOTS OBSCURS ET RARES 605 six couleurs, tout riicf)é d*or. — Une houpelande longue de satin noir, rache^ aloupsespergnicz. — Une longue hoppel lande de satin noir toute rachiee dor, cousue de soyc noire (). Roman, Inv. des princes tV Orléans-Valois ^ 99, 120 et iji). Radiane. — xve-xvi« S. Une pierre precituse de noire couleur et neant- moins transi ucente... laquelle est appellee radiane (J.Le Maire, Œuvres^ p.p. Stecher, IV, 116). Ragée. — 1654. Il (Satan) lui fit prendre une de ses ramasses qu'il frotte lui-même avec une graisse noirâtre, la fit monter dessus en l'obligeant à pro- noncer ces paroles magiques : « Saute mirade par dessus bois et sur ragées » (Tuetey, Sorcellerie à Montbèliard, 90). Ragot. — 1 5 30. Trainé seray par les tricotz; Je trouveray maintes ragot:^ Avant que mon ame soit là. Débat de Charité et d'Orgueil^ dans Montaiglon et Rothschild, Rec . de poésies franc . , XI , 3 09 . Raille '. — 1588. La puce, les souris, la mousche et les railles, ils ne servent d'autre chose que de fascherie (Guterry, Epistres dorées de Guei'ara 35). Raime. — 1299. Pour faire la raime madame et mettre les testes de sen- glers u mur de la sale. — Pour faire une teste de sengler, pour ouvrer a la m I m/ madame (J. M. Richard, Comtesse Mahaut, 507). Ralmerche. — 1)74- Ung vieux manteau de taffetas, doublé de raimerche noyre (Seyssel-Cressieu, Invent, de Barbe d'Amboise, 364). Raisoik, sorte d'étoflfe (cf. l'art, rasoir ci -dessous). — Ceux qui tissen les raisoirs (Bible de Genève sans date, Isaie 19 : texentes subtilia). — J'ai entourné mon lict de raisoirs entrecoupés de fil d'Egypte (^Ibid.^ Prov. 7 : intexui funibus lectulum meum ; stravi tapetibus pictis ex Aegypto). Ralette (de), en rasant la terre, à la sourdine ^ — xyi* s. Or ces deux 1. (Le texte espagnol porte : « la pulga, el raton, la lagartija. la mosca y la cigarra no sirven mas de enojar » {Bibl. de autores esp. de Rivadeneyra, XIII, 87). Dans l'édition de 1573 de la traduction française de Guterry on lit : «la puce, la souris,'la mouche ex la raille » (p. 53). Le mot s'applique évidem- ment à la cigale ; cf. le savoyard rdlîétd « crécelle » et « cigale >> (C'.onstan- tin et Désormaux, Dict. savoyard, p. 342). — A. Th.] 2. Locution conservée dans le patois poitevin sous la forme à la ralette : 6oé A. DELBOULLE amoureux folastroient ainsi ensemblement, quand la maistresse malicieuse- ment vint troubler leurs esbats, marchant de ralette tout bellement, sans faire bruit, pour les surprendre (Cyre Foucault, Epistres (TAristenet, 124, édit. Liseux). Ramberge, mercuriale, plante». — 1514- Décoction de maulves, bettes, raniherge, souvendier, aniz et fenugrec. — Maulves, bettes et ramherf^e (Jeh. Cœurot, Entreleuement de vie, 40 r» et 40 vo). Ramec. — 1559. ^ gomme arabique, le ramec^ la rue (Cl. Valgelas, Con- serv. de la santé, 291). Ramonache, sorte de plante ^ — xvie s. Raifort, lamonaches, cschcr\'is et plusieurs autres semblables racines (De rijonneste Volupté, 60 r», édit. 1584). Rampe». — 1529. Les cordes pour les haller(les nasses) n'estpient que de rampe grosse comme le doigt, faites ainsi qu'un roseau {Disc, de la miiigation de J. et R. Parmentier p.p. Schefer, 57). Ramfegon ♦. — 1382. Item de rampegons de fer (Bréard, Comptes du clos des galées de Rouen, 143). Rancotter, râler $. — xvie s. Le venin leur cnflambe et ronge tout le corps, et rancottent estrangement pour raison des humeurs qui leur empeschent le gosier (Du Pinet, Dioscoride, VI, 47, édit. 1605). cf. raller dans Montaigne (La Cume) et se raller dans Palissy (E. Dupuy Bernard Palissy, p. 318.) [Cotgrave donne l'expression marchant de ralette. c il me paraît certain qu'il l'a emprunté à Cvre Foucault; cf. plus loin rifage . — A. Th.] 1. [Cf. mes Mélanges, p. 98, art. lamherge, où je ne cite qu'un exemple de 1794. M. Schuchardt s'est occupé de ce mot, à propos de la publication de mon volume (Zeitschr. fur rom. Phil., XXVI, 396-7), mais sans citer aucun texte ancien. — A. Th,| 2. [Variété de raifort dont le nom se rattache au lat. arnioracia, grec ài;xoca/.ia; cf. Kôrting, 856 et Rolland, Flore pop., II, 135 et 139. — A. Th.) 3. [L'édition donnée par L. Estancelin (Rech.sur les voyages et découvertes des navigateurs normands, Paris, 1832, p. 190) porte raupe, que Jal, dans son Gloss. nautique, considère comme une « orthographe franco-normande de Tangl. ropc « et traduit par « cordage ». — A. Th.] 4. [Probablement <' croc, harpon -, comme Tital. rampicone, dont .Antoine Oudin connaît aussi la Ibrmc riunpt'iiotic. — A. Th.] ). [Ct. Tari. KANuL'F.T de N. du Puitspelu (on sait que du Pinei est un Lvonnaisjei les an. RANGcvrei kanquklnkr du (jloss. du Sforvan de (-hani- bure. — A. Th.] MOTS OBSCURS ET RARES 607 Randenuler. — 1427. Item est expédient de copper et oster les espines et hayes, et randenuler les tallus des fossez (Varin, Arch. Ugislat. de Reims y I, 759, 2* partie). Randouiller, bouillir longuement '. — 1626. Et le pauvre mary qui n*ose sonner mot, Assis auprès du feu voit randouiller le pot. Courval Sonnet, Exercices de ce temps y p.p. Blanchemain, I, 19. Rapière, ronces, broussailles ? — xiiic s. Ichi n'a point de laigne, boscage ne rapière. Cotiq . de Jérusalem , p . p . H ippeau ,935. Rapon. — Le laict, la chair de porc, les râpons, les moelles (Michel Le Long, Ecole de Salerne, 19, édit. 1660). Raponcle, sorte de plante, raiponce? — 1600. Serfeuil, raponcles, poix, fevcs (Ber. de Verville, Songe de'PoliphiUy 109 ro). Raqjueter. — 1382. Item le chastel de devant a restraindre, a clouer, calefestrer, raqueter par dessuz les bancs et a roisnier (Bréard, Comptes du Clos des gale'es de Rouen y 1 26). Rasoir, sorte d'étoffe (cf. ci-dessus l'art, raisoir). — 1 574- Une bande de * rasoir de soye rouge, faicic en broderie dessus. — 6 douzaines de petites serviettes, 4 aunes de rasoir (Seyssel-Cressieu, Inv. de Barbe d'Amboise, 352 et 357)- Rassis. — 1315- Pour .1. caaignon, pour .1. contre. Au fevre pour .v. fiers et .v. rassis (J. M. Richard, Thierry d'HireçoUy 51). Rastiere *. — 1322. A Seclin, pour .1. gravet a sakier char de pot et une rastiere, xil d. (J. M. Richard, Cart. de T hôpital Saint-] ean-en-V Est rèe d'Arras, 119). Ratengier, fripier, regrattier ? — xiv* s. Sire, on doit herrengiers et tous fruitiers haïr Et trestous ratengier s. Vous amés ratengiers et lor portés bon los. Cfkinson satirique sur les différents métierSy dans Du Méril, Poés. inéd. du moyen âge y 345. ■ 1. [Cf. Moisy, Dict. de patois norni , randonner 3, où l'on trouve l'in- dication que randouiller est usité dans la Seine-Inférieure. — A. Th. | 2. Manifestement sans rapport avec rastiere « vanne » donné par Gode- fray. 6o8 A. DELBOULLE Ra TivEL. — 1 344. Pour sceller rativaux ou mur au dessous de la couver- ture qui queuvre le degré (L. Delisle,* Actes normands de la Chambre des comptes, 306). Ratter ». — 1544. Sy aucun apportoit estain fondre, rattè ou dc^avé (Statuts des ètaimiers, dans Ouin-Lacroix, Hist. des anc. corporations d£ Rouen, 645). Raue ou Ravk, sorte de poisson '. — xvi« s. Poissons et autres bestes, comme escrcvisscs, raueSy chaboux {Statuts de la cour de Monsieur Saint Lûsche, édit. Techener). Raugmine. — xviie s. Il arrive parfois qu'il y a des chevaux raugmines et bigeares qui ne veulent estre pressez en leur manège (Le grand Mareschal français, 25, édit. 1668, Loyson). Reaffle, diable '. — xvi*-* s. Que le grand reaffle peut rompre le cou a celui qui l'avoit besongnée plus de deux ou»trois fois (Du Fail, Contes d*Eu' trapely 289, édit. Guichard). Real. — xiv-xve s. Le peseur doit faire refaire les reaulx, se il en est mestier. — Les reaulx en quoi l'en poise la laine (Beaurepaire, Vicomte de Veau de Rouen, 383). — 1447. Vans, corbeilles, reaulx, cannebustins et de toutte autre ouvrage de relliers (H. Loriquet, Arch. du Pas-de-Calais, 14). Rebbardeure, tête de mouton. — xivc s Les entrailles, que l'on appelle trippes, et la leste de mouton ou de brebis, que les gens de Picardie nomment rehbardt'ure ou "demie rehkirdeure (Jehan de Brie, Ije bon Berger, 34, édit. Liseux). Rebillikr, bossuer? — xiv* s. Mal vestu et mal habillié, En son chief chapeau rebillie. J. de Courcy, Chemin de l'ail Uwce, dans Romania, XXVII, 586. Recastrer. — 1382. De vieux bateaux flobars, chascun gamy de x chaennes de fer pour les haubens, et les fault tous deslier, recastrer, relier, calefestrer, braier (Brcard, Comptes du Clos des galees de Rouen, 132). 1 . Serait-ce le mot actuel rater avec un sens technique ? 2. Ct. (jodelro\ . H.wn. 1 u sorte de poisson ». 3. [Le mot e^t dans (^otgrave qui, vraisemblablement, l'a tiré des Conter li' liiitnipel. — A. Th.J MOTS OBSCURS ET RARES 609 Recavbstibr » — 1302. A maistre Waukicr, pour revestir le rue, faire plouvias, et recav^stier le meuUe par .v. jours et demy, xviii d. par jour {Un compte de Beitvry, dans Soc, des Antiq. de Morinie, 1 17c Hvr., 1881). Rbcbndaler, regarnir de cendal. — i347* Pour une cape a Piet d*argent refaire les orfrais et recendaUr (Dehaisnes» Doc. cvnc. Phist, de Vart dans la Flandre^ 361). Reclinquier, recliquier ». — 1382 Et y fault mettre une neuve quille et ycelle barge recliquier^ requevillier. — Item la fault relier, reclinquier, requevillier (Bréard, Comptes du Clos des gâtées de Rouen^ 121 et 124) Recorne. — xvic s. Par la vertu des puissans arcs de corne Q.ue les Parthois usent en leur recorne, Guill. Michel, Eglogues de Virgile, 27 vo, édit. 1540. Recroc. — 161 3. Les tentes seront bonnes es hayes esloignees du dit bois de dix, vingt, cinquante..., quatre cents pas loing du bois, et faut que les dites hayes et tentes se trouvent, s*il est possible, en recroc (Loys Gruau, .Vont'. Invention de chasse, 47, édit. Jouaust). Redac. — xv«-xvic s. Duc de Milan fut par hec et par hic. Dont il est hors, qu'est un mauvais redac. Jean d'Auton, Chron. de Louis XIÏ, I, 82, édit. De Maulde. RBDOCQ.UER, émousscr J. — xvie s. Les trenchans des brans d'acier qu'ils redocquent a force de ferir a bras tournés {Roman d'Erec en prose, dans Foerster, Cristian von Troyes sàmtl. IVerke, III, 277, 1. 2 d'en bas). Redon, reddok ♦. — 1571- Et pourront aussi les passer (les peaux) en 1 . [Il est clair qu'il faut lire recavestrer, c'e^t-à-dire « regarnir de chevêtre » (cf. Godefroy renchevestrer) ; mais que faut-il entendre par le « che- vêtre » d'une meule? Serait-ce le cercle de fer qui l'entoure? — A. Th.] 2. [La bonne forme doit être reclinquier, et le sens « reborder à clin ». Comme je l'ai rappelé dans mes Mélanges, p. 54, n. i, Jal a cité un cxemplc du verbe clinquer, qui manque à Godefroy, au xv*-' siècle. — A. Th.] ). Ne serait-ce pas un composé de doquier « cogner, heurter »? [Cf. la forme ordinaire redoissier « émousser », dont il y a plusieurs exemples dans Godefroy redoissié ; il est probable qu'il y a eu contamination entre dckjuiei et redoissiir. — A. Th.| 4. [Faute pour redou, reddou : il s'agit du reJoul ou roudou, plante utilisée ItC. XXXIF 3Q 6lO A. DELBOULLE galle, somat ou en redan, — Quand les peaux. . . seront tannées ou pas- sées en galle, reddon ou somat (Statuts des tanneurs, dans G. de Lurbe, Sia^ tuts de la ville de Bordeaux, 305 et 306, édit. 16 12). Reec. — 1 396. Item chascun qui doit le reec de la fuserie de Bouteilles [et] n'ont pas paie a terme doivent d'amende m s. (Coppinger, Comst, de Dieppe, 64). Refuisonner. — xiii« s. Bien ont refuisonné les caînes d'argent. Chevalier au cygne p. p. Hippeau, I, 589. / Regiet. — xiiic s. Li pains regiet et li pains de Paris, xii fertons (Giry, / Hist. de Saint-Omer, 468). Regond ER, rejaillir. — 1604. De TefFroyable bruit les rivages redondent, Et du poids du grand roc les ondes en regondent: Sal. Certon, Odyssée, 133 r«. Tout le flot est brouillé A la chute du roc, et la vague regonde. Id., 135. Rehasiner, rehaisinbr. — 1302. Item pour un quarteron de rondel de quoi on rehasina les volans de che molin, m d. la pieche. — Refaire le volant. . .et rehaisiner (Un compte de Beuvry, dans Soc, des Anti^f. de Morinie, ii7« livr., 1881). Rehemé, réméré *. — xvi« s. Qpand le vassal vend son fief soub facuké de re})eme\ il y a profit de fief, soit que le rehemé fust en une mesme charte avec la vente ou en diverses (Jean Duret, Coust. d*OrUans, 27, édit. 1609). Relar. — 1571. Après que [les cuirs] sont tannez, les faut faire sécher et deffoncer..., les retfouler, blanchir, mettre en relar, et dresser (Statuts des tanneurs, ii^diViS De Lurbe, Statuts de la ville de Bordeaux, 305, édit. 161 2). Relolassé. — XVI i« s. Donc pour la lèpre ayez toute la vertu reloiasset de la plante du cerfueil (Planis de Campy, L Hydre morbifique, 501, édit. 1628). par les tanneurs et les teinturiers; cf. le Dict. général^ roudou, où il n*v a qu'un exemple du xviic s. — A. Th.J I. [Faute probable pour rehemeré, du lat. médiéval reemere, class. reJimere. — A. Th.] MOTS OBSCURS ET RARES 6ll Remeil. — Geste petite fleur, qui hyer estoit seine en Tarbre, ... un remeil de geiee la gaste et annichilc (Herberay des Essarts, Horloge des priticeSy 170, édit. 1592). Remue *. — xvi* s. .1. sold pour un fer et 6 deniers pour la remue. — Deux remues et ung fer neuf a mon cheval (Journal du sire de Gouherville p.p. Tollemer, 822). — 162 1. J'ai loué Jehan. . . pour valet et luy donne XIX livres, .11. paires sabots et une remue de chappeau (L. Guibert, Livres de raison y 270). Remulé -. — xve s. A ton visage remulc Tu es de airage a chat ullé. hdyst. de la Passion, dans Rotnania, XIX, 272. Renaud, nasillement ». — xvi« s. Il eut le palais troué, tellement que depuis il a parlé renauld (Loys Guyon, Miroir de la beaute\ II, 44, édit. 1615). Rengle, fil de fer passé dans le nez des porcs pour les empêcher de fouil- ler la terre *. — 1 280. Nus pors puet aler sour Lard ne sour le pasture de le vile s'il n'a rengle en son neis (Giry, Hist. de Saint-Otner, 5 14). Renouvelle, instrument de chirurgie K — xvic s. Par eux ont esté plu- sieurs ferrements inventez et torgez . . . renouvelles, trepennes, pinsettes, eschelles, bancs (Tagault, Chirurgie, 826, édit. 1645). Renterce *. -7- 1309. Se .1. lions de bonne renommée fait renterce seur .1. autre, et il vuet jurer que la renterce soit sienne, et .1. hons de foi avec lui la vuelle jurer, il .11. en seroient creut ; et la renterce soit selons leur estât et leur condition (Varin, Arch. admin, de Reims, II, 92). 1 . J'ai cru intéressant de relever ce mot employé dans des provinces fort éloignées l'une de l'autre, la Normandie et le Limousin. 2. Le mot figure dans Godefroy avec le sens de « mutilé, tranché, rogné» qui ne parait pas convenir ici. 3. [Cf. Cotgravc, regnaut : « Parler régnant, To speak through the nosei>, La Cume donne deux exemples du xvie siècle de la locution en son renaud, de sens analogue. — A. Th.] 4. [Sans doute emprunté d'un mot- néerlandais apparenté à Tallem. ringel « anneau, boucle », diminutif de ring « cercle ». — A. Th.] 5. [L'édition primitive (Lyon, 1549, p. 71s) a la leçon rouelles, qui est évidemment la bonne; le texte laiin original, qui n'est pas de Tagault, mais de Jaques Houllier (Paris, 1543, p. 414), porte trochiscos. — A. Th.| 6. Le verbe connu rentercier peut-il servir à expliquer ce mot ? (Assu- 6 12 A. DELBOULLE Repaleter. — 1382. Lever le sommier des orgues et repaUter et cuirer de nouvel (Collette et Bourdon, Orgues et org^anistes de la cathédrale de Rouen). Repentie. — xvi* s. Elle sert (l'écorce du pin et de la pesse) aux escor- cheures qui se font en cheminant, ou aux repenties, si on la pilé et qu'on la mette dessus (Jean des Moulins, Hist. des plantes, I, 12, édit. 1653). Repon *. — 1382. Item de chevilles de fer, item de répons de fer (Bréard, Comptes du Clos des galées de Rouen, 148). Reprinse '. — 1452. Pour sa paine et sallaire d'avoir fait et taillié les ymages des Père, Filz et Saint-Esperit avec plusieurs angeles. ., avec plu- sieurs reprinses sur quoy aucuns des dis ymages sont assis (Journal de Tahhé Jean Dudercq p.p. H. Loriquet, 35). Repuron ). — 1552. Le laia qui est fort liquide rend beaucoup de repu- ron, et celuy qui est fort espès beaucoup de fromage (J. Massé, VŒuure de Galien, 202 v» ; ihid., 203). Resvevier ♦. — 1589. La saison sera plus féconde. Aidant Dieu, que n'estiment pas Ces resvevier s qui a grand tas Serrent vin, froment, seigle et orge. Plaisants Devis des supposts du seigneur de la Coquille, 61, édit. 1857. rément ; renterce est un substantif verbal et signifie « revendication » comme rentercier signifie « revendiquer ». — A. Th.] 1 . (Inconnu à Jal ; peut-être apparenté au prov. mod. repoun, enregistré par Mistral avec le sens de « tampon de bois, coin ». — A. Th.] 2. [Ce mot est évidemment identique à reprise, subst. particip. de reprendre, mais avec un sens technique difficile à préciser : il s'agit en tout cas d'un support pour des statues, et l'on peut rapprocher de notre texte cette indication de Cotgrave, Reprise : « Reprises de pierre. Denting peeces 0/ stone. — A. Th.] 3. [Ce mot désigne clairement le sérum ou petit-lait ; il semble dérivé d* un verbe repurer, non attesté, composé avec le préfixe re et purer « égoutter ». — A. Th.) 4. [Le texte cité est d'origine lyonnaise, mais le Dict. étym. de N. du Puitspclu n'est d'aucun secours. J'ai idée qu'il faut lire resnevier, et voir dans ce mot une forme correspondante au prov. rencvier « usurier » ; Mistral enregistre rinevic comme un terme du Dauphiné avec le sens de « regraitier, revendeur ». — A. Th.J MOTS OBSCURS ET RARES 6r3 RETARTiGNé. — xvi* S. Ilz Ont le visage large, les yeux rondz, le nez large, retartigné (Balarin de Raconis, Viateur p.p. Schefer, 233). Retorseur '. — 1493. Lesquclz surposez et commis auront toute puis- sance a veoîr et visiter tant sur les tainauriers, retorseurs, tixcrans, foulons, paraires et autres faisans draps (A. Germain, Hist, du commerce de Mont- ^//iVr, 11,435). Retriê. — 1545. Elle (la sauge) est branchue, elle porte fueilles retriees (Guill. Gueroult, Hist. des plantes, 176). RiBANDORiN *. — 1 566. Grand nombre d^enginsde guerre que de ce temps Ton nommoit ribandorinSy qui se menoyent sur deux roues (Paradin, Annales de Bourgogne, 333). RiBE, moulin à broyer le chanvre. — xv* s. Lesquelz habitans ont le privilège de pouvoir ériger sur leurs propres fonds four, moulin et rihes, et les faire construire sur les eaux (Bonvalot, Coût, du Val de Rosemont, 20). RiBOUiLLES. — 1624. La sainte modestie on n'estime un bouton, La cour fait ribouilles au Gnoti seauton. Du Lorens, Premières satires, 112, édit. Blanchemain. RiCALER, hésiter, tarder? — 1474. Sy fault il, sans plus ricaler, Besongner en ce cas icy. Myst. de Fine, et Nativité p. p. Le Verdier, II, 241. RiESTRE î. — 131 5. Pour .11. hierches, .m. riestres, pour .1. kief de kierue (J. M. Richard, Thierry d*Hireçon, 52). RiEULLÉE^. — xv« s. Nous avons marchandé dePasquier Petit, massoo, de soustenir, de son mestier de massonnerie, la couverture de rieullées, de 1er- miers, de later, contrelater (J. Depoin, Livre de raison de V abbaye de Saint- Martin de Pontoise, 36). 1. [Traduction du prov. retorsedor, qui correspond, comme sens, au franv;. retordeur, — A. Th.] 2. [Faute pour ribaudequin ; voy. Godefroy. Cotgrave enregistre une forme £autive analogue, à savoir ribauderin, -- A. Th.] 3. [Pour reorte\ cf. la forme roertre enregistrée par Godefroy. — A. Th.] 4. [La source citée porte ricullees, mais il est certain que M. Delboulle a raison de voir dans le c une faute typographique pour e ; cf. le mot français nUlée « bordure de mortier, de plâtre, qui sert à lier avec un mur une ran- 6 14 A. DELBOULLE RiFAGE >. — xvie S. J'admoncstois ainsi cette rifage : a Ne ridez point votre front, madame, veu que vous estes si belle » (Cyre Foucault, Epist. amoureuses d*Aristettet, 73, édit. Liseux). RiNCQ. — Ung quartier de rincq et six paux de .xii. piez de large (Des- champs de Pas, Église N.-D. de Saint-Omer^ 2* p., 36). RiSE '. — 1382. Toutes les r/5« et les patesques de bende. — De rise:^ dont l'une est depecie (Bréard, Comptes du Clos des galées de Rouen, 93 et 149)- RiTTH K — xvic S. La chair du cerf. . vache, grues, oyes, canards, cannes, ritteSy besagres (Loys Guyon, Div. Leçons, 342, édit. 1610). Rivée. — 1476. Pour avoir reviseté toute la sonnerie, et dedans le cadran fait une lune nouvelle toute ronde qui se maine par Tengien du dit cadran, et aussi avoir refait, rivé et rebordé de fer les rivées affin qu'elles puissent aller sans empêchement, et fait une noefve roe (Houdoy, La Halle échevinale de Lille, 59). RoAL, ROHAL, ivoire marin ♦. — xiii^ s. Tôt li paisson estoit d'ivoire de roal, Conq. de Jérusalem p.p. Hippeau, 5 S 14 . gée de tuiles, d'ardoises » {Dict. générât), mot que l'Académie a admis dans son dictionnaire en 1835. — A. Th.] 1 . [Mot recueilli par Cotgrave, dont la source doit être le passage cité par M. Delboulle : « Rifage : f. A Sowre, lowring, powting, scouling,frowning, housewife «.Cf. la remarque faite ci-dessus à l'article ralette. — A. Th.] 2 . Jal a enregistré risse dans son Glossaire nautique, et il le définit par « cor- dage* dont on se sert pour attacher sur le pont la chaloupe ou une autre embarcation ». — A. Th.] ^. |Cf. rit, rito, noms du canard et de sa femelle dans une partie du Lan- guedoc, d'après Mistral, et rite ! cri pour appeler les canetons dans les Deux- Sèvres, d'après Rolland, Faune pop., VI, 181. — A. Th.) 4. Cette forme confirme-t-elle l'étymologie donnée par Littré à rohart, qu'il identifie avec le nom même du rorqual} [Le texte en prose cité est celui du Très ancien Coutumier de Normandie, récemment publié, a\ec tous les secours d'une critique éclairée, par M. J. Tardif, lequel lit : « e l'ivuirre. e le rohal » (Coutumiers de Normandie, I, 2« p., p. 53). 11 est bon de rapp>e- 1er que le rorqual, variété de baleine, n'a rien qui puisse fournir de l'ivoire ; il vaut mieux croire que rohal se rattache au nom Scandinave du morse Cisland. hro><-hi\ilr, etc.), bien que la perle de Vs fasse difficulté; et. l'article de M. Bugge, Romania, III, 157. — A. Th.] MOTS OBSCURS ET RARES 615 Li dus en doit avoir Tor et Targent (de la nef depeciee), et lui (lire : la) mirre, et le robal, et le vair et le gris (Mamier, Echiquier de Norfnandie, 49). Rode '. — xvie s. Zeus, un poisson qu'on apelle dorée, trueie, roJe, gai, jau (GuiU. Morel, Ferb. latin, commentariiy édit. 1558). RoERBE ». — is68. Prenez. . . de la racine de roerbe, de chacune deux jointees (Du Fouilloux, Vénerie ^ 62 r©, édit. Favre). RoiL (cf. Tart. royl de Godefroy). — 1545. Pour faire et asseer illec .XXXVI. roix de .xv. piez de lonc, avec les huis et fenestres divisées es dites prisons, et le planquié dessus icels ro/75, xiii lib. (L. Delisle, Actes normands de la Chambre des comptes, 330). RoiNETTE. — xiv« s. Et pour guarison, le pasteur doit prendre d'une herbe appelée roynette, qui croist es gachieres, et a une petite fleur ronde (Jeh. de Brie, Le bon Berger, 151, édit. Liseux). RoivoLLE ». — 143 1. Une herbe qui croist avec le blé souvent, que on nomme la roivolle {Journal d'un bourgeois de Paris p.p. Tuetey, 273). RoLLiN. — 1423. Ung rollin garnis de .vi. perles et de .vi. rubis (Mém. de la Société savoisientie, XXIV, 421). RoMUS. — 1432. En présence desquelz a esté parlé du livet (niveau) de romu^ et couliz que l'en fait et édifie de nouvel a la Planche-Qement (Rose- rot, Registre des délibérations du conseil de ville de Troyes, 227). RoNET. — 1560. Ils m'ont desrobé les planches et ronet^éi^s planchiers da 1. (Mot recueilli par Cotgrave : « Rode : f. 'Dh Dora, or Gold fish ». C'est la dorée ou poisson de saint Pierre (Zeus faber). Rode, que ne cite pas Rolland, Faune pop., III, 161, est donné par Du Pinet dans sa traduction de Pline, éd. 1562, p. 555 et p. 558; la source de Du Pinct est la même que celle de Morel, à savoir Rondelet, De Piscibus (1554), p. 329 : « A Massi- Ucnsibus trueie, quia dum capitur suum more grunnit. In Lerino insula, & Antipoli rode vocatur, id est, rota, quia rotç modo rotundus ferè sit... Galli dorée vocant, ab aureo laterum colore. Nostri cum Hispanis^^M/ ; Santones et Baionenses iau, id est, gallum a dorsi pinnis surrectis. » 2. [G: mot a déjà été relevé par La Cume dans Du Fouilloux, mais avec cette vague définition : •• sorte de plante •>. Je suppose que c'est la patience rouge, Rumex sanguineus, dite en Languedoc rouserbe, renèbre, etc. ; ci. Mistral, rousergas. — A. Th.] 5. [Il faut lire roujolle : c'est le ydelimpyrum arvense,âL\X vulgairement rou- geole, rougerole, etc. — A. Th.) 6l6 A. DÈLBOULLE nia maison (/own/ii/ du sire de Gouherville p.p. Tollemer, 820). — Ferc rofut^, chevrons et aultre mesrain, pour fere et reffayre une maison en Valognes (fW., 574). • RoPART, bélier. — xvic s. Les roparts infestent les brebis et suyvent les vieilles. — Le repart . s'il a le genitoire dextre lié, faict toutes femelles (P. de Changy, Singularité:^ de Pline y 75). Rossignol '. — 1569. La question luy est baillée plusieurs fois : assavoir première sur un tréteau, après le rossigtiol aux genoils, après les pieds luy sont mis dedans une botte pleine de gresse et huile fondus bouillans (Papon, Recueil d^ arrêts ^ 99 1 ) . RoucÉ. — xve-xvic S. Painctures azurées, roucees de gris et blanc (Médicis, Chron. p.p. Chassaing, I, 143). — Un grant arch soubz un revestemcnt rcwif**' de gris, rouge et noir (ibid., I, 350). (Rouelle, instrument de chirurgie. Voy. renouvelle. — A. Th.J Rouget, partie du vêtement. — iS57' De beaux pendans aux oreilles, de riches coulets sur les espaules, rougety vertugale (Jaques de Rochemore, Le Favori de la courte 149). R0UPPIER, matelot chargé de Tentretien des cordages'. — 1529* Le lundy. . .mourut le ronppier de nostre Pensée, nommé Pierre le Comte d'Aust {Disc, de la navigation dej. et R. Parmentier p.p. Schefer, 48). RousEL 3. — xv« s. Faulcon gentil est bon heronnier dessus et dessoubz et d toutes autres manières d'oy seaux, comme aux rouseaux ressemblans au héron (Tardif, Lart de faulconnerie, I, 16, édit. Jullien). Roussel. — 1408. La Court. . .le relieve de despens et pour cause; et oultre a ordonné la court que, quelque partage ait J. de Poix, il avéra .1. rous- sel dont il se plaingnoit (Nie. de Baye, Journal p.p. Tuetey, I, 229). Routeau, nom d'une des parties d'un moulin à eau. — 1408. La cheville qui soustient les rouleaux. — L'arbre debout gamy de ses routeauxcl fuseaux (Fagniez, Ettuies sur V industrie à Paris au XI 11^ et au XIV^s., IS7, n. i). Routine. — 1415. A Jehan Crespelin, pour avoir aidié a refaire les plankes et les routines a le cauchie d'Hargicourt (Beauvillé, Doc. inédits sur la Picardie y IV, 112). 1. Instrument de torture, mais lequel ? Et était-il ainsi nommé parce qu*il forçait le patient à chanter, c'est-à-dire à faire des aveux ? 2. (Inconnu a Jal ; vient de Tangl. râpe « cordage ». — A. Th.) 5. [Cf. Cotgrave, Rousseau (article cité ci-dessus, p. 1 1 1, n. j). — - A. Th.] MOTS OBSCURS ET RARES 617 RusauiLLEUX, accidenté. — 1421. Et Surie sy estpaïs rusquilUux et plain de montaignes (Ghill. de Lannoy, Voy. et ambassades , 121, édit. Potvin et Houzeau). RuTH ». — 1448. Le mantiel de mons^ saint Jehan sera point de vermeil . . .et les cheveux de son chief de fin or glachiez d*ochre de rulh (Hautcœur, Cart, de Flines^ II, 921). RuYEE *. — xvi«-xviie S. Certaines ruyees de maisons qu'on a voit frais- chement abbatues (César de Nostredame, Hist. de Prm'ence^ 757, édit. 1624). Ryssenoer. — 1389. Parmi pluiseurs espees, espérons et ryssenœrs (Dehaisnes, Doc. conc. Vhist. de Vart dans la Flandre, ôjo). A. Delboulle. 1. [Une variété d*ocre porte encore aujourd'hui ce nom dans le commerce, et l'on écrit, au petit bonheur, ocre de rut y de rue ou de^ ru ; j'ai depuis long- temps des notes sur cette dénomination, dont je ne suis pas arrivé à percer le mystère, et je juge inutile de les publier ici. L'exemple cité par M. Del- boulle est plus ancien que ceux que j'avais réunis. — A. Th.] 2. [Pour ruu, action de ruer^ d'abattre ? — A. Th.] COMPTES RENDUS \ Ratoromanische Forschungen, von Renward Brandstetter. I. Das schweizerdeutsche Lehngut im Romontschen. Luzern, Eisenring, 1905. In-80, 82 p. • Les philologues attendent depuis longtemps un travail méthodique qui montre retendue de l'influence germanique sur le vocabulaire des parlers italiens et réto-romans; travail d'autant plus désirable qu'il nous permettrait sans doute de déterminer la chronologie de plusieurs lois phonétiques dans les parlers grisons. M. Bruckner nous a, le premier, donné dans sa précieuse étude, Charakteristik der germanischen Elemente im Italienischen, des recherches approfondies sur les couches successives de mots germaniques qui vinrent s'infiltrer en Italie. M. Brandstetter a abordé un problème moins vaste, mais non moins intéressant, en étudiant l'influence des parlers allemands de la Suisse sur les parlers romans limitrophes du canton des Grisons {soprasel- van ou roumatiche). La plupart des mots étrangers du sopraselvan se retrouvent en effet sous une forme à peu près identique dans les parlers alle- mands suisses, et il est inutile d'en rechercher l'origine, comme on Ta fait jusqu'ici, dans le moyen haut allemand ou même dans l'ancien haut alle- mand : ils ont passé de l'allemand suisse au sopraselvan par transmission orale directe et par simple contact. Parmi les éléments étrangers, on pourra distinguer, comme ailleurs, plu- sieurs couches qui, à des périodes très éloignées, sont venues se superposer. Dans les dialectes grisons, nous retrouvons la première couche germanique entrée pendant les derniers temps de l'empire romain (cf. engad. tais^ ^tiena, rocha^ ^«'^^)- Nous sommes encore mal renseignés sur la deuxième couche qui aurait été introduite avec l'occupation du territoire par des tribus germaniques. Nous touchons par \k à la question délicate et tant de fois débattue de savoir si la province de Raetia secundo a jamais subi Tinvasion des Goths et des Langobards (cf. en dernier lieu, Egger, Archiv fur osterrei- chisdje Geschichte, t. 90, p. 77-232, 321-400). Il nous paraît probable que l'étude approfondie des mots germaniques apportera une solution partielle de ce problème (d. goth. . engad. stallB,'- tn'ggiL'ii (v. h. ail. IriiiVJii) > engad. trega; goth. /wpa (v. h. ail. tapO) > engad. tappK^ etc. Bruckner, op. cit.^ p. 10). R. BRANDSTETTER, Dus Schwetxf^dcutsche Lehngut, 619 Ce n'est que de la troisième couche, constituée par les mots empruntés aux dialeaes allemands de la Suisse, que M. Brandstetter parle dans son tra- vail. Il a eu Timmcnse avantage de pouvoir s*appuyer sur ce trésor monu- mental, refuge des patois allemands de la Suisse, qu'est le Sihwei^enschfs ïdiotikon ; mais on est un peu '.étonné qu'il ait passé sous silence le travail fondamental où M. Ascoli (Arch. glott., t. VII, p. 556 sq.), il y a déjà plus de vingt ans, a indiqué le rôle prépondérant qui revient à nos patois suisses dans rinfîltration des éléments étrangers dans les parlers rétoromans. Dans toutes les parties du lexique, on se rend aisément compte de l'in- fluence séculaire exercée par les parlers allemands sur leurs voisins réto- romans. L'auteur ne nous donne point un relevé complet des mots ainsi pas- sés d'une langue à l'autre ; il se borne à nous en offrir des échantillons carac- téristiques. Ce procédé aboutit sans doute à des résultats assurés, mais il est à regretter que l'auteur exclue ainsi de sa démonstration bien des problèmes qui prêteraient à une discussion intéressante. Voici quelques remarques que nous a suggérées la lecture de cet excellent travail. P. 9. Dans les patois grisons, le mot w les gens » est représenté par l'allemand « die Leute » (sopraselvan : la glout^ W^w't engad. /v/c/, Gartner, Ràtor. Grdtnmatikf p. 2.5). Or, il nous paraît très douteux que toutes ces formes, répandues sur tout le domaine du canton des Grisons, aient leur point de départ dans une forme httt du patois allemand de Peist; car, abstraction faite de ce que ce village avait encore un parler roman au xvie siècle, toutes ces formes postulent évidemment un type tint, qui seul peut expliquer le / mouillé de gUut (cf. Hnu > glin). — P. 15. La consonne Hnale (§) de vierscb^ « de travers, louche » (engad. giursch) ne saurait être expliquée par le suisse twerisch ; le mot roumanche ne doit pas être séparé de l'it. guerciOy esp. giierchoy prov. guers^ fr. mérid. gufrcJje (cf. Mistral et Atlas linguistique, au mol loucl)€) < v. h. ail. dwërisch, a de travers, louche «. En tout cas, il semble bien que viersch soit un ancien mot d'emprunt antérieur à l'influence des patois allemands de la Suisse. — P. 26. Sur tscfjoli, cf. l'article de M. Schuchardt, Zeitscht . f. rom. Phil., XXVIIl, 145 note. — P. 43. Uaul « le bois » n'est pas un mot d'em- prunt qu'on puisse mettre sur la même ligne que xviechslen et nàtsch. L'cnga- dinois gàty prov. j^i////;;, frç. gawlinc, il. guaUo démontrent d'une façon évi- dente que ce mot est entré en roman a une époque déjà très ancienne. ~ P. 45. Le sopraselv. mettra « vase à lait » vient de uuilchtere vivant dans les patois allemands limitrophes. M. Salvioni ( Pastille et Num'e Postilïc, sous fntdctrà)et de même M. Ascoli, s-ircb. fflott.^l, 39, admettent l'existence de représentants réguliers de mulctra où la voyelle tonique aurait été influencée par le verbe allemand melken. Nous préférons voir dans les mots dialectaux (tessinois mfltra, meutra, berg. ^melter, sopraselv. tntltta, etc.) le substantif màîchten', qui a peut-être rencontré le représentant normal de 620 COMPTES RENDUS mulctraet a pu en altérer la voyelle tonique. Vu protonique de mutrin serait dû à l'influence de la labiale initiale, à moins qu'on ne veuille consi- dérer ce diminutif comme un précieux témoignage de l'existence d'un ancien multra. — P. 45. Sériera « vache stérile » doit être rattaché au grand groupe de mots (fr. goret; ital. dialectal borrin, taureau, etc.) dont M. Nigra a étudié l'origine dans VArch. glotl., XV, 113. — P. 45. M. Br. est trop affirmatif en attribuant une origine allemande au mot *bargia, « meule de foin dans les Alpes ». VIdiotikon suisse (t. 4, col. i$49, 1566) indique clairement que le mot allemand hergen n'est vivant que dans la par- tie occidentale de la Suisse, qui, il y a quelques siècles, était foncièrement romane. Or, d'une part, l'aire géographique de ce mot, qui semble nette- ment restreint à ce domaine anciennement rétoroman, d'autre part l'absence de noms de lieux formés avec hargia dans toute la partie centrale de la Suisse, qui s'oppose à la grande richesse de lieux-dits sur l'ancien sol roman', conduiraient plutôt à chercher l'origine dans une autre direction. — P. 5 1 . Le sopraselvan tschampa n'est sans doute pas d'origine allemande , au contraire, le mot tscikimpt doit être un emprunt fait par les dialectes suisse aux patois romans (cf. Pallioppi, tschamp^ tscfjauc; Schuchardt, Zeitschrift /. rom. PhiL, XXVllI, 317, 428, n. 5). — P. 60. L'auteur combat par des raisons solides l'étymologie qui fait dériver le sopraselv. tschaffar de l'allemand schaffen (Kôrting, 2« éd., 8435). Il vaut mieux ranger ce mot dans le groupe de Tital. dialectal acciajffare, dont M. Schuchardt a discuté l'ori- gine dans la Zeitschr. f. rom. PhiL XXVIII, 43. — P. 63. L*auteur fait des remarques intéressantes sur 1*5 initial de schuber < suher, scbeta < site. Pour bischa « brise », il est moins probable que le son palatal y remonte à l'allemand brîische. Au contraire, nous sommes plutôt portés à admettre Tem- prunt de brùsche au sopraselvan brischa, ce qui semble confirmé par la grande diffusion de brisa dans les parlers romans (cf. Nigra, Arch, gloU.f XV, 290). — P. 69. L'allemand xvuor «jetée» a donné le sopraselvan vuor. Diez (Kôrting, 104 15) donne ce mot comme base de l'it. g^a ; ce qui est au moins douteux : on s'attendrait à guora ; le sens de gora, canal du moulin s'oppose également à cette étymologie. On pourrait voir dans cette forme le résultat de la rencontre de « wuor » et giiJa. Dorénavant, il sera indispensable de se reporter aux patois allemands de la Suisse quand on voudra déterminer exactement la provenance des mots d'origine allemande dans le lombard et les parlers rétoromans des Grisons. Espérons que M. Br. écrira bientôt l'histoire de la lutte séculaire de ces langues concurrentes. Jakob JuD. 1. Bravuogn. Bartzi.Ls, Bargun, cantons de Saint-Gall et des Grisons, cf. Schlaticr, 5/ Ga!l:.si sur le fr. rJ/>v, Thiirnc\scn. Keltoromanis^iyrs, p. 45. et Homing, Zfit<:hr. /. rom. Philolo^'if, XXVIl. 151. ). GILLIÈRON ET J. MONGTN, Etude de géographie Hnguistiqite 621 Étude de géographie linguistique. « Scier " dans la Gauie romaDe du Sud et de l'Est, par J. Giu.i(iros' et J. M0NGIN. Parlï, Champion, 190;. ln-4>:, )o pages cl caries en couleur. MM. Gilliéron etMongin oni voulu nous monirL-r loui ce qu'il était possible de tirer de l'élude anenlive des canes de V Allai tiiiguistiqut de la France. Ils en om choisi une, celle du verbe scier dans le sud cl l'est de la France, et i l'aide de déductions trâs serrées, fondées sur des faits précis ou sur des hvpo- thèses ingénieuses, ils sont arrivés  une série de conclusions du plus haut iniérfi ei d'une portée plus générale que les faits exposés dans ces quelques Les auteurs ont neitemeni mis en lumiùre l'uiiliié de la guistique entreprise avec une méthode rigoureuse. L'éiymologisle fera souvent fausse route s'il se comeaie d'envisager la forme d'un mot sur deui ou trois points du territoire, choisis au hasard. Ce qu'il faut, c'est faire la synthèse d'un mot et de ses substituts lexicologiques sur l'ensemble du territoire, et reconstituer les phases successives des luttes qu'ils ont soutenues les uns contre les autres. Cette histoire, on la rétablit scientiliquement il l'aide des données de la géographie linguistique, qui, interprétées à U lumière des principes dialeciologiques. donnent naissance i une véritable géoli^îe du langage, permettant de situer les mois chronologiquement et de retrouver les couches successives qui se sont superposées. Pour représenter l'idée de " scier», MM. G. et M. ont trouvé, dans la inoi- tjé de la France qu'ils envisagent, une série d'aires plus ou moins homogènes, occupéespar les types setrare, resecare, seciare, secare. Voilâlesfaiis bruts. Par une argumentation assez longue, dans le détail de laquelle je n'entrerai pas, ils nous démontrent que serrare occupait jadisa peu prés tout ce terri- toire ■ Pour des motifs qu'ils précisent, resecare l'a supplante, mais a perdu ensuite son préfixe dans une certaine lone (donc le sfga « scier » qu'on trouve i l'heure actuelle dans ces patois ne vient pas directement du latin secare). Ailleurs c'est seciare qui a remplacé s er rare : mais entre les deux ivpei, resecare a nécessairement fnrnié un chaînon. Les représentants de ce type ne viennent donc pas, eux non plus, directement du latin : ils ont été refaits d'après le substantif sector. Certaines afhrTtiations de MM. G. et M. pourront susciter quelques cri- tiques. L'emploi ancien et général de la faucille dentelée, par exemple, est le pivot de plusieurs raisonnements : on objectera peut-être qu'il c prouvé, et qu'il constitue une pure hvpoihése. Hypothèse, soit : I. Aux exemples donnés par MM. G, et M. pour attester la présence ardenne du couple serra-serrare dans la région où i) a disparu, j'ajouterai celui-ci : serra existeencore comme nom de lieu dans un coin de l'Auvergne ; c'est le nom donné i des montagnes situées au nord de Sai^^-Aman^ Tallende (toujours précédé de l'ariicic). 622 COMPTES RENDUS hypothèses ne sont-elles pas nécessaires à la science? Celles de MM. G. et M. sont d'ailleurs parfaitement vraisemblables et justifiées par les faits. Si on peut chicaner tel ou tel détail, il me semble impossible d'expliquer autrement qu'ils ne le font Tensemble des données géographiques présentées par la carte. Leur système est cohérent, et donne satisfaaion à la fois à la logique et aux principes de la linguistique. Où je cesse toutefois d'être d'accord avec les auteurs, c'est lorsque ceux-ci abordent les conclusions générales. Ils nient l'unité et l'homogénéité des patois, en s appuyant sur l'influence exercée actuellement par le français. Je ne puis souscrire à une telle proposition qui, d'ailleurs, n'est nullement la conséquence nécessaire des déductions qui précédent et de cette étude de géographie linguistique. Tous les faits, toutes les transformations reconsti- tués s'expliquent fort bien en se cantonant à l'intérieur de chaque patois, sans qu'il soit nécessaire, ni même utile de faire intervenir Kinfluence des patois voisins. L'action actuelle du français tient à un état- die ctrîHsatîon tout différent de celui des àges^ précédents et qui ne remonte guère à pins d'un siècle. Jusqu'à la Révolution, environ, chaque paroisse formait une unité économique qui n'avait que peu de relations avec le dehors : les patois, dans de tels milieux, ont pu se développer avec une indèpendince à peu près absolue. Qp^y-a-K-il d'étonnant, an surplos, si les mêmes causes se sont présentées simultanément et ont agi î«iépendaniineiit dât» le même sens sur tous les points d'une même région ? Albert Dauzat. PÉRIODIQUES Revue de Bretagne, année 1905, t. II. — P. 24-35, V« Ch. de Calan, La Bretagne dans les romans d'aventure, M. de C. propose comme date de la composition du roman de Ponthus et Sidoine^ dont M. A. Thomas, s*est occupé dernièrement (^ow., XXXIV, 283), une année intermédiaire entre 1354 et 1360, s'appuyant sur ce fait que ce roman, où il est question d'un comte et d*un duc d'Anjou, doit être antérieur à 1 360, époque de l'érection de TAnjou en duché, et que d'autre part il est postérieur à 1354, puisque le duc de Bar y est mentionné*. — P. 532-5, V» Ch. de Calan, Antoine de La Salle et le seigneur du Chastel. Dans le compte rendu que nous avons donné plus haut(/?ow., XXXIV, 318) du livre de M.Sœderhjelm sur Antoine , de La Salle, nous avons admis, avec tous les critiques, que le récit présenté par l'auteur du Réconfort de madame de Fresne, où paraît un seigneur du Chastel, avait été inspiré par Froissart et se rapportait à un événement de 1373. M. de C. pense, avec plus de vraisemblance, que le siège de Brest dont il s'agit est celui que Tanguy du Chastel, commandant la ville pour Jean de Montfort, soutint en 1 342 contre l'armée royale, qui dut se retirer sans succès. Vers le même temps, nous savons que deux des fils de ce Tanguy furent mis à mort par les Français pour punir le père de son dévouement à la cause du duc de Bretagne. C'est cette aventure devenue traditionnelle dans la famille du Chastel que le fameux Tanguy du Chastel, arrière petit- fils de celui de 1342, aurait pu raconter plus tard à Antoine de La Salle, avec lequel il se trouvait en Italie, en 1409- 14 10, au service de Louis II d'Anjou. On connaîtrait ainsi la source demandée par M. Sœderhjelm de cet épisode, auquel Antoine de La Salle aurait fait les retouches nécessaires. Ajoutons cependant qu'il nous semble difficile qu'il ait inventé l'histoire de l'otage, qui dramatise si particulièrement sa narration. Il faut donc admettre, ou que les fils du premier Tanguy ont été exécutés comme otages (ce que ne nous disent ni les historiens de Bretagne ni le P. Anselme, qui a fourni le passage de Moréri utilisé par M. de C), ou bien qu'Antoine de La Salle a composé la première partie du Réconfort en combinant le texte de Froissart et les souvenirs de Tanguy du Chastel. Gaston Raynaud. I . [Que le roman de Ponthus soit postérieur, et même d'un assez grand nombre d'années ; à 1354, c'est ce qu il n'est pas besoin de démontrer, mais nous ne croyons pas que la raison alléguée soit suffisante pour en placer la composition avant 1360. Tout porte à croire que ce roman en prose n'est que de la première moitié du xve siècle. — P. M.] 624 PÉRIODiaUES PiCCOLO ARCHIVIO STORICO DELL*ANTlCO MARCHESATO DI SALUZZO, SOttO il patronaggio del Conte Lud. di Saluzzo-Crissolo, dei marchesi di Saluzzo, diretto da Domenico Chiattone, colla collaborazionedi Const. Rinaudo, Ferd. Gabotio, Gius. Roberii. T. I, Saluzzo, 1901. — Ce recueil est consacré à l'histoire d'un pays qui longtemps s'est trouvé dans la sphère de l'influence française. Il parait par fascicules une ou deux fois par an, et contient occasion- nellement des documents qui intéressent l'histoire littéraire et la philologie romane du moyen âge. Nous les signalerons à l'occasion, sans entreprendre de donner un compte renducomplet du recueil. — P. 127-153,0. Moschetti, Un affresco del sec, XV, Una lauda sacra. Cette lauda, qui se compose de 27 vers italiens, parait avoir été composée au temps de la peste de 1 398. Elle se lit encdre en partie sur une peinture à fresque appliquée sur un mur du palais épiscopal de Saluces (une planche en couleurs jointe au mémoire reproduit cette peinture), et dont il ne reste plus que la partie de gauche. Mais le texte entier s'est conservé dans un Laudario manuscrit, d'après lequel M. Moschetti Ta publié. On a donc, pour le commencement de la pièce (les 14 preniiers vers), deux textes qui, du reste, ne diffèrent que par des particularités graphiques. Au V. 8 la vraie leçon est évidemment marvas (it. nialvaggiOy fr. mauvais), — P. 144; Gius. Flechia, Manipoletto di e.timologie SaJu7^\esi, Recherches étymo- logiques sur une douzaine de mots dont l'un rabaiéa rouler, tomber » a déjà été étudié dans la Romania par le comte Nigra (XXVI, 559) et par M. Parodi (XXVII, 199). — P. 279-305, C. E. Patrucco, LastorianellalegendadiGriselda. Ce mémoire, très étudié et fort savant, ne conduit pas à des résultats certains. M. P. ne croit pas que la célèbre nouvelle de Boccace soit entièrement une œuvre d'imagination : il veut que l'auteur ait eu connaissance d'un récit latin disparu, et il se fonde sur le fait qu'il trouve au xn« siècle dans l'histoiFe des Saluces, un « Vualterius », qui estl'undes seigneurs du pays, un « Johannes Gastaldus » et une « Gisella » ou « Gisla, qui seraient les prototypes du Gual- teri, du Giannucolo et Je la Griseldis de Boccace Seulement rien, dans ce que roii sait de ces personnages obscurs, ne se rapporte au récit de la légende, que Ton a justement considérée jusqu'à présent comme Tune des nombreuses variantes de l'hiitoire si répandue de l'épouse injustement condamnée. Cf. d'ailleurs les observations présentées à ce propos dans la Rasstgna hihUografica délia lettentlura italiana, IX ( 1 90 1 ), 331. T. 11(1903-5). P 176-195, E. Rostagno, Frammenli d'antichi codici.TmnS' cription de deux fragments détachés de quelque vieille rehure et appartenant a la famille Muictti, de Saluces: l'un appartient au Roman de Rcnart, l'autre au poème italien VAcerba. Ce dernier est un feuillet d'une élégante écri- ture, qui présente beaucoup d'analogie avec le ms. bien connu de la Lauren- lienne Plut. XL, 52 Quant au fragment de Rc nu rt (un feuillet double, i deux colonnes par page), il se rapproche beaucoup de la leçon des mss. CMn de l'édition 11. Martin. 11 contient une partie de la branche II de cette édition (vv. 416-468 et 665-785) de la branche XV (vv 246-364), et le commence- PèRIODiaUES 625 ment de la branche XIV (vv. 1-54). La famille à laquelle appartient ce frag- ment n'est pas celle qu'a suivie M. E. Martin, mais je ne suis pas sûr qu'elle n'offre pas le meilleur texte. J'aurai prochainement l'occasion de revenir sur ce point en publiant un nouveau fragment de Renart qui se rattache à la même famille. Le travail de M. Rostagno est très bien conçu, et donne sur les deux fragments tous les renseignements désirables. — Le directeur de la publication M. Chiattone, joint à la fin de chaque volume une bibliographie bien faite des ouvrages récents qui intéressent l'histoire du marquisat de Saluces. P. M. Bulletin HisTORiauE et PHiLOLOGiauE (Comité des travaux historiques), année 1900. — P. 95-7, E. Poupé, Documents relatifs à des représentations scéniqius à Correns {Var) au XV h et an XV Ih siècle. Représentation de V his- toire d'Abraham (1576), de la Passion (1645), du Cid (1667). Cf., pour des représentations du même genre dans le Var, Romania^ IV, 15 1-2; VI, 157 ; XXX, 460. — P. provençal à 478-490, A. Leroux, De la substitution du français au latin et au Limoges. Intéressant. Année 1901. - P. 389-5, E. Petit, Comptes de Volnay (Côte-d'Or) en I ^i6f pour la ducljesse douairière de Bourgogne y Agnès de France^ fille de saint Louis. En français ; quelques formes intéressantes et divers termes de vigne- ron bons ^ relever. — P. 423-49, Le livre-journal de Jean Savais marckind drapier à Carcassonne, p. p. M. Ch. Portai. Cedocument, postérieur seulement de dix ans au Livre-Journal de Maître Ugo Teralh, notaire et drapier à Forçai- quier^ dont j'ai publié les débris subsistant en 1899, a été recouvré en décol- lant des feuillets qui formaient le cartonnage d'un livre. Dans cette opéra- tion les feuillets ont souffert ù ce point qu'il ne reste presque pas une phrase entière. J'ai collationné, avant et pendant la publication, la copie sur l'origi- nal gracieusement offert par M. Portai à la Bibliothèque nationale, et je crois que nous en avons tiré tout ce qu'on en peut lire. Si fragmentaire qu'il soit, ce livre-journal est intéressant pour la langue et pour l'histoire du commerce. — P. 451, Pagart d'Hermansart, Le bannissement à Saint-Omer d\iprès des documents inédits conservés dans les archives de Saint-Omer. Quelques textes en langue vulgaire, 1332-3. — P. 467-72, Alcius Ledieu, Abatis de maison à Abbevilleau XI V^ siècle. Textes vulgaires. Année 1902. — P. 54-60, Alcius Ledieu. Sentences portant mutilatioti de membres prononcées par IWljevinage d'Abbeville au Xlll^ siècle. Textes vul- gaires. — P. 61-72, C»c Je Loisne, Bandes échei'ins ou ancietts règlements de police de la ville de Béthune {vers i^jo). Textes vulgaires; beaucoup de sub- jonctifs en -acfje, -ecLvy -oiche. Quelques mauvaises lectures. — P. 73-8, P. Meyer, Rapport sur des documents concernant Seyne-les- Alpes et communi- qués par M. F. Arnaud. J'ai publié ces documents parce qu'on les avait ren- voyés à mon examen ; mais ils sont de 1336, 1540, 1546 et n'offrent pas, à beaucoup prés, l'intérêt de ceux que j*ai imprimés dans la Romania, XXVII, Romamia, XXXIV. 40 626 • pKKioniarKs 363 et suiv. — P. 606-9, A. Leroux, Lit /i[;'/;///i' Jn roi .-iiuolont et Ui on'i^ines de Limojre s. Ccn^ conunumcM\on est précédée J'iin rapport de G. Paris (le dernier qu'il ail fait au Comiié. i*-"^ déc 1902) où plusieurs des idées expri- mées par M. Leroux sont contestées. Année 1903. — P. 26-39, ''-• Poupé, Doiinnr'iti iciuijy à dt'> repn'ieiitû' lions scàiiques en Provence an XV h et iin A'/7/«-' 3/1VA (précédés d'un rapport de M. K. Picot). E!\traits de comptes municipaux et de délibérations des conseils de diverses localités, concernant des représentations de mystères {Passion, Massacre des Innocents, etc..» et de moralités. Le plus ancien docu- ment est de 1505, le plus récent de i(>(\^. 11 sémite, comme le fait obser\'cr M. Picot, que plusieurs de ces représentati»)ns aient été organisées par des troupes qui taisaient de véritables tournées dr.unatiques. — P. 61-70, J. Gauthier, Services funèbres tin comte ()tl\>n II' de iionri^o^nc Ct'lehres en I FrancJie-Comtè en /;o;. 'i'exte en lani^ue vulgaire où on peut relever \ quelques formes intéressantes. Année 1904. — P. 1 5-2S, L. Poupe, l)oc,/i'//.' an ienne jaùjn'à (^/.^af , qui vient s'ajouter à la longue liste des mss, qu'on a de ce volumineux ouvrage i Remania, XIV, 49-50). — P. 478-522, l'abbé IMed, Un nuiyeu, de Saint-Omer (151 7-1 319). Publication d'une série de lettres missives en français qui otTrentde l'intérêt a divers égards. Ça et la quelques lectures douteuses. P. M. CHRONIQUE M. Jules Gauthier, correspondant de l'Académie des inscriptions et belles- lettres, successivement archiviste du Doubsetdela Côte-d*Or, à qui nous avons dû plus d'une fois de précieuses communications (voir par ex. Romania, XXX, 491 ; XXXIV, 444 '), est décédé à Dijon le 16 octobre. — M. A. Salmon vient d'être nommé maître de conférences {lecturer) de lanj^ue et de littérature irançaises à King's Collège, Université de Londres (création nouvelle). Nous nous réjouissons de voir l'enseignement scientitique des langue romanes pénétrer peu à peu dans les universités anglaises. — L'iîxposiiion de Liège a été, comme celles de Paris(i90o) et de Saint- Louis (1904), féconde en congrès. L'un de ces congrès (lO-i 3 septembre)avait pour objet ■» Texte isionet la culture de la^ langue française », sujet d'un intérêt toujours actuel en Belgique à cause de la rivalité entre Wallons et Flamingants. O congrès, organisé et présidé par notre collaborateur M. Wilmoiie, professeur à l'Université de Liège, a été très suivi, et d'intéressantes communications ont été faites aux diverses sections dont il se composait. Entre les vœux qui ont été adoptés eu assemblée générale, deux méritent particulièrement d'être men- tionnés: l'un en faveur de la simplification de l'orthographe française, l'autre, recommandant à l'Institut international de bibliographie, dont le siège est à Bruxelles, la préparation d'une bibliographie des travaux relatifs à la philologie et il la littérature françaises. — MM. O.Colsonet O. Grojean préparent un catalogue de tous les ouvrages imprimés en w.illon. qui est annoncé comme devant paraître sous les auspices de la Société liégeoise de littérature wallonne. ïVallon doit être ici entendu en un sens très lar<»c, car cette bibliographie comprendra tous les écrits en roman de la Belgique et vie la région voisine, depuis Malmédy jusqu'à la mer du Nord. - Dan> le t. IX ^1905) des Archives suissa des traditions populaites, M. Arthur Hossat tennine la publication des poésies en dialecte jurassien du curé Raspelier (cf. ci-dessus, p. 158). Hn regard du texte fourni par les manuscritsde l'auteur, il donne la transcription phonétique et, au-dessous, une traduction française. Cette publication est accompagnée d'un riche coni_ mentaire critique et philologique. Elle se termine par un court glossaire. — Une revue récemment fondée, et consacrée principalement à 1" histoire I. Cf. aussi le Bulletin de la Société des anciens textes français, 1898, p. 95 628 CHRONIQUE de ritalie et de sa littérature, la MisuUanea di erudiiione, qui parait à Pîse, annonce l'intention de publier, sous la rubrique Attività degli studinsi, l'indi- cation des travaux d'érudition qui sont ou sous presse, ou simplement à Técat de projets, le but, très louable en soi, étant d'éviter des rencontres qui se pro- duisent fréquemment lorsque deux jeunes gens, par exemple, choisissent le même sujet pour une thèse de doctorat. Nous ferons observer toutefois que ces annonces peuvent présenter un inconvénient assez grave : c'est que bien souvent les intentions ne sont pas suivies d'effet. Nous en avons fait l'expé- rience. Plus d'une fois nous avens annoncé comme étant en préparation des ouvrages ou des éditions qui n'ont jamais vu le joi^r. Aussi sommes-nous maintenant très sobres' d'annonces de ce genre. Nous les admettons, de ' seconde main, lorsque nous les trouvons dans un prospectus ou dans quelque recueil autorisé. Ead'autres cas nous n'acceptons les communications qui nous sont faites qu'après sérieuse enquête. On est parfois trop porté à se réser\'er d'avance un terrain qu'on n'aura pas le loisir ou la possibilité d'exploiter. — A la suite de la mise à la retraite de M. Etienne, professeur au lycée de Nancy, qui faisait en même temps à la Faculté des lettres de cette ville une conférence élémentaire d'ancien français, l'Université de Nancy s'est décidée^ créer une maîtrise de conférences de langue et littérature françaises en stipulant que la connaissance de la langue et de la littérature du moyen âge serait expressément exigée de la part des candidats. Nous apprenons, au dernier moment, la nomination à ces fonaions de M. J. Anglade, docteur es lenres de l'Université de Paris. — A l'occasion du 25c anniversaire de l'entrée dans l'enseignement de M. Henri xMorf, ses élèves lui ont offert un recueil intitulé Aus romaniscben Spriicht'ti und Literaturm^ édité par la librairie Niemeyer de Halle, dont nous espérons pouvoir bientôt mettre le compte rendu sous les yeux de nos lec- teurs. — Dans le Bulletin de l'Académie royale de Belgique, classe des lettres (i905,no5,pp. 288etsuiv.), ontparu des rapports très favorables, de MM. Wil- niotte, Stecher et Discailles, sur un mémoire relatif à la mise en scène dans les mystères français, depuis les origines jusqu'au xv^ siècle, présenté à celte . Académie par M. G. Cohen. Ce mémoire a été couronné et doit être prochaine- ment publié. — Nous rendrons compte prochainement du Glossaire hébreu-français du Xllh sikle <\UKi viennent de publier, grâce à une subvention de l'Académie des inscrip- tions et belles-lettres, MM. Mayer Lambert et L. Brandin (Leroux, 1905, in-40). Ajoutons que M. Israël Lévi vient de publier, dans la Revue des études juii*es (n«>d'avriUjuin 1905), des fragments d'un glossaire hébreu-français, tirés de feuillets Je parchemin récemment trouvés à Tunis. Comme le dit M. I. Lévi, aJopt.iiit les conclusions autrefois présentées par Arsène Darmesteter, ces glossaires iicbrcux-trançais sont des répliques d'un même type primitif, mais modifie par chaque glossateur. Il y a donc intérêt à ce qu'ils soient tous mis au jour. CHRONiaUE 629 — Il a été dit, dans le compte rendu de la Reinu des langues romanes (p. 483) que le sens du prov. gitar, « couler le métal (d'une cloche) » n'avait été relevé ni par Raynouard ni par M. Levy. Je n'avais pas bien cherché. En effet ce sens est justifié par divers exemples dans le Supplément Wôrterhuch de M Levy, IV, 127. — P. M. M. Jeanroy nous communique la note suivante : « J'ai eu tort de ne pas rappeller, à propos de l'étymologie de aengier que j'ai récemment défendue (Remania, XXXIII, 602), celle qui avait été proposée par M. Parodi; mon oubli est d'autant plus condamnable que celle-ci avait été signalée ici même (XXVII, 152). Les différents mots italiens (dialectaux) allégués par M. P. ne prouvent naturellement rien pour son étymologie à'aengier, car ils peuvent exprimer une idée analogue par une métaphore différente. Que l'on ait dit à Gênes de butia enta, alors qu'on disait en France de bonne enge, cela ne prouve pas que enta et enge aient une souche commune. Voici, très sommairement mes objections. Je crois avoir montré que la forme primitive est iien^ier. Or 10 un dérivé *ad-ent-icare (pour imputicare paraît bien peu vraisemblable alors qu'on avait déjà le simple im pu tare, fort usité; 20 on attendrait comme forme, sinon constante, au moins fréquente, aetichier; 30 on ne s'expliquerait pas ofigier, qui parait bien un doublet de aengier. » Livres annoncés sommairement. A comparative study of the Aesopic Fable in Nicolas BoT^on, by Ph. Warner Harry. 1903. In 80, 86 pages (Thèse de doctorat présentée à l'Université Johns Hopkins, Baltimore; fait partie du recueil intitulé Uniirrsity Studies published by tJn University of Cincinnati , 2« série, 1. 1, Cincinnati, University Press). — Dans cette dissertation, très éruditeet très soignée, mais un peu longue, eu égard à la somme des résultats obtenus, M. Harry soumet à un nouvel examen la question des rappons deN. Bozon avec ses sources en ce qui concerne les fables contenues dans Touvrage publié en 1889 par la Société des anciens textes français. La conclusion, qu'il exprime dès les premières pages (p. 12), c'est que Bozon connaissait les fables de Marie de France, « sous une forme ou sous une autre », et qu'il a aussi puisé certains récits dans les sermons (il y en a deux collections dont l'une n'a été citée que dans mon introduction à N. Bozon) d'Eude de Cheriton'. La conclusion est peu nouvelle, car j'avais dit la même chose. Ce qui est important, c'est de «avoir sous quelle forme Bozon a connu les fables de Marie de France, et c'est là un point sur lequel des opinions différentes peuvent être soutenues. Or M. H. ne se prononce pas , il remet à plus tard l'examen de cette question fort délicate : « Whether Bozon knew a collection of english fables closely I. M. H., je ne sais pourquoi, adopte la forme Sherrington, bien que j'aie prouvé que la vraie forme est Cljeriton. 630 CHRONIQUE connecied to tlut of Marie de France or not will be discussed in a subséquent publication » (p. 21). Attendons. Çà et là dans les détails, quelques bonnes observations. Ainsi M. H. ajoute quelques utiles rappro- chements avec Marie de France à ceux qui avaient été faits avant lui. Mais tout cela aurait pu être exprimé plus brièvement, et il n'était pas néces- saire de répéter la même remarque en deux ou trois endroits de la dis- sertation, comme il arrive souvent. — P. M. J. E. Matzke, Soine exemples of fmich by Etr^lishniefi in oïd french Literatuic. [1905], Univ. of Chicago press. In-80, 14 p. (extrait de Modem philolo^y, t. III). — Il s'agit des quelques textes où des écrivains français du moyen âge ont pris plaisir à mettre en scène des Anglais, leur prêtant un langage dont l'incorrection provoque le rire. Ces textes sont peu nombreux et ont été plus d'une fois cités et commentés(p. ex. par M. Suchier, Œuvres port. deBeauwj- noir, II, 415 et suiv.). Aussi y a-t-il peu de nouveau dans la dissertation de M. MatzkC; qui peut passer pour un article de vuli:arisation plutôt que pour un travail de recherche originale. M. M., répétant une opinion exprimée avant lui, suppose que les secondes personnes du plur. en as ou j, au lieu à^ei (cotita^ savaSy seras, etc ), sont un emprunt fait au provençal. C'est inadmissible. Quand on se propose de représenter le mauvais langage des Anglais, il n'y a pas de raison de rien emprunter au provençal, qui d'ailleurs n'a pas ces formes. Il faut se garder d'attacher trop d'importance à cts imi- tations comiques du langage d'étrangers parlant français. Celles que les chansonniers comiques de notre temps offrent à un public facile à contenter ' n'ont aucune valeur documentaire : celles qu'on produisait au moyen âge ne devaient pas valoir beaucoup mieux. La i^ennatiisation de la H^allottie prussienne. Aperçu historique par Nie. Pietkin, curé de Sourbrodt-Malmédy. Bruxelles, Soc. belge de librairie, 1904. In 8", 1 28 pages. — La Wallonie prussienne n'est autre chose que le territoire de Malmédy, détaché en 181 5 de l'ancienne principauté de Stavelot (dép. de l'Ourthe, à l'époque impériale) et très arbitrairement rattaché à la Prusî»e. C'est la partie la plus orientale des pays wallons. L'idiome populaire est naturellement le wallon, comme plus à l'ouest », mais le français es: d'un usage courant et il s'y publie deux journaux en cette langue. L'écrit que nous annonçons est le récit très documenté des efforts tentés, depuis une trentaine d'années, pour germaniser le pays, et particulièren^eni depuis 1889, époqueoù l'enseignement du français fut supprimé dans les écoles primaires. On peut rappeler ici que M.Gaidoz a publié en 1886 un travail sur le même I. Le wallon de .Malnicdy a été étudie par M. Zcliqzon dan.s la Zcitii'-r. /. roin. PhiL, XVII, jiS; XVIIl, 2^7 A signaU-r aussi !c nicnioite Je Stùr- /ins^cr sur la conjui^ai^on dans !c wallon de MalinéJv (voir A'<>w.;.-/'.j, X\\ 6^)-h). II existe a .MaliiicJv un « club wallon » fonde en i8c)8, qui publie d'inièrcssantcs poésies en dialecte îocal. CIIKUNIUUK 631 sujet dans le Cor.c^pouddul (10 jepi. ) : mais alors les mesures pour la germa- nisation à outrance du p.iys ii'av. Ment pas le caractère impératif qu'ellesont actuellemenià AUiUilit'uisches liU-mi'utiirbuch von Berthold \Vii-:st. Heidelbcrg, E. Winter, 1904. In 8", xi-^20 pa^es i Siiifunhni-^' Riwianisiher Elt'tpientarbftchcr). — Manuel composé avec beaucoup d'érudition et de critique, qui renffrme: i« une grammaire dans laquelle une attention paiiiculière est apportée aux variétés dialectales ; 2" un choix de textes (pp. 197-254) établis, autant que possible, de première main. etsuivi>(p. 258-70) de notes critiques; }o un gloss;\ire-inJe\ des ie\te^: j» un index, disposé par langues, pour la partie grammaticale. Dans une seconde édition on ne manquera pas défaire dispa- raître un certain nombre de lautcs d'impression, qui ne .sont pas corrigées à Terrata. Giulio Bkrtoni, Il liiiililtodi MoJena, Introduzione, Graramatica, testi antichi. Torino. I£. Loescher. 1905. In-4". 79 pages. — Mémoire très bien fait et intére^sanl a divers points de vue. On n'y trouve pas uniquement la descrip- tioîi du dialecte) Kiiie veion !a méthode de .M. .Ascoli): l'auteur s'est attaché non seulement a constater les phénomènes, mais encore à en faire l'histoire, et il a pu y arriver i^râce à celte circonstance qu'on possède, depuis le xiii« siècle, une série de documents de la langue locale. M. B. en publie des spécimens en appendice. Certains, du ix« siècle et du x«, sont trop anciens pour n{nis renseii^ner sur le langage modenais -^ ils sont en un latin plus (>u nioinv, barbare — mais par eux-mêmes ils offrent de l'intérêt. Rappelons que, en ce qui concerne l'état ancien du modenais, M. B. a publié récemment, dans la Zeihcbr. /. totn. P/;//. (XXIX, 214 et suiv). un intéressan! d<'Cumcnt daté de 1 527 (cf. ci-dessus, p. 480). Aug. de GuHERXATis. I),' .S ;..'// ///,7/.' ,.' (hist'ldii, \c plus ancien des contes Arvens. Roma, 1905 In .S'\ ;: P-i^î^-'^- (I:xtrait des Cromiche deîîa civiltà Elleno-hitiua, anno III ». l'xposé général du thème traditionnel de l'épouse délaissée avec coniparaiso;! d.s ditférents types. I.a littérature indienne et la mvthologie tienneiît ici utk' grande place, et M. de G. ne s'arrête pas un instant à l'idée qu'il puisse \ avDir quoi que ce soit d'historique dans le conte de Hoccace. (\- mémoire, ayant le caractère d'une lecture faite pour le grand public. <.s* dépourvu de l'appareil de l'érudition. Ant. RosEli.i, I.r J.trth in Jt' l\;i\iJ-\-J.) .itUiii'llo nnsli\ 0 in tnli.'o fritnûsc.PaTmay tip. .'*. . /erbini, i«.) )>. I:i-i2\ ;> pages (N'o/yc Bocchialini-Panini). — Le y..: r^ ni.rtns (de Jacques Legrand, cf. Rotuaniay XV, 27 j) e; la Sonimr A A*./, et d«.ux petits poèmes que M. Ro.selli se propose de publier pnchainemen». .-V la suite du Janhin ^e trouve une '« chanson de la sainti- .'iinv- -^ qu'avait déjà publiée M. A. Re.stori, Tre /vcV'''/V/v, etc. (cf. A'' '//./-'.' . XXII. 512». .M. B. signale un autre ms. du même opuscule ;\ la Bibliothèque de La Haye, d'après Jubinal, Lettre à 632 CHRONIQUE « Af. de Salvandy sur quelques-uns des mss. de La Haye, p. 4}. Il aurait pu, s'il avait eu à sa portée les livres nécessaires, en indiquer d'autres, par ex., B. N. fr. 1026, livre très richement orné, qui porte au premier feuillet Técu de France; fr. 22922, ff. 155 et suiv., etc. Dans ces rass. le texte porte jardin, et non jardrin. Le texte de Parme n'est pas très bon; ainsi, dès la seconde phrase il y a une lacune ; il faut lire : « c'est le jardin gracieux ou habite le doulx Jhesus et auquel il appelle s'amie quant il dit ou livre... » Das Verhàllniss des Jran^ôsischen Rolandsliedes ^// Turpinscheu Chronik und lum Carmen de prodicione Guenonis. Inaugural-Dissertation. . . von Gustav Brueckner, Rostock, 1905. In-S», 138 p. (Thèse de doctorat de Rostock)- — Bon mémoire où l'auteur, après avoir résumé clairement les recherches de ses devanciers, divise en quatre parties la matière qu'il s'est proposée: I. L'épisode de la trahison ; 2. Le combat dans la vallée de Roncevaux: 3. La mort de Roland ; 4. Le retour de l'empereur à Roncevaux et sa ren- trée dans sa patrie. M. B. insiste sur les difficultés de détail que soulève le système: soutenu par Gaston Paris et d'après lequel on aurait la succession suivante: Turpin, Carmen, Roland; mais il n'arrive pas lui-même à se faire une idée bien nette des rapports de ces trois monuments littéraires de caractère si dissemblable, puisqu'il conclut que l'hypothèse de la prio- rité de la Chanson de Roland par rapport à Turpin et au Carmen ne peut pas être admise sans réserve. Une source française des poèmes de Gozver, par M}^^ R. Elfreda FowLER. Thèse pour le doctorat de l'Université de Paris. Mâcon, Protat, 1905. In-80 202 pages. — L'excellente édition des œuvres latines, françaises et anglaises de Gower publiée par M. Macaulay pour la Clarcndon Pressa fourni à M'i« F. tous les éléments nécessaires pour tracer, dans ses deux premiers chapitres, une esquisse de la biographie du célèbre écrivain et du contenu de ses trois grands poèmes : Miroir de VOmme, Confessio Amantis, Vox Clamantis. Mais l'auteur a fait une œuvre plus personnelle en s'criforçant de préciser les rapports de ces trois poèmes et surtout en s'aitachant à cdVactériser la manière dont Gower a traité des vices et des vertus et à retrouver les sources diverses où il a puisé pour le faire. Dans beaucoup de cas Gower se rapproche extrêmement soit de la Somme de frère Laurent, soit du Miroir du Monde (édité en partie par Chavannes en 1845 pour la Société d'histoire de la Suisse romande), qui est d'ailleurs, pour une bonne partie, un remaniement de l'œuvre de frère Laurent ; mais M"^ F. pense que Gower a dû avoir à sa disposition une autre sonmie aujourd'hui perdue, écrite en latin ou en français, et formée par la combi- naison du Miroir du Mondf cl de la Somme de frère Laurent. Il est assez difhcile de savoir si elle a raison tant qu'on n'aura pas de l>ons textes de ces deux oeuvres ; d'ailleurs la langue embarrassée de M"« F. nuit trop souvent à la clarté de son exposition. Hlle n'en pas moins accompli un labeur aussi méritoire que considérable en déblayant un peu un terrain fort CHRONIQUE 633 encombré. Deux tableaux occupent la fin de sa thèse (p. 81-202) et témoignent de l'étendue de son information : mettant en parallèle les œuvres qui forment Tobjet de son étude, elle nous donne, dans le premier, les diverses classifications des vices et des vertus, et, dans le second, les analogies qui se remarquent dans VOrgueil et VHumilitê pris comme exemples particuliers. — A. Th. Un vocabulaire français-russe de la fin du XV I^ siècle ^ extrait du Grand Insu- laire d'André Thevet, ms. de la Bibliothèque Nationale publié et annoté par Paul Boyer. Paris, Leroux, 1905. Gr. in-80, 64 pages: extrait des Mémoires orientaux (Congrès de 1905) publiés par l'École nationale des langues orientales vivantes. — Manuel de conversation contenant 644 mots isolés ou de petites phrases par ordre alphabétique approximatif. Le Grattd Insulaire est daté de 1586. Bien que le ms. 844 de la collection Dupuy contienne un Dictionnaire moscovite presque identique, en appen- dice de la relation de voyage de Jean Sauvage, de Dieppe, daté du 20 octobre 1 586, il ne faut pas refuser à Thevet, malgrésa hâblerie ordinaire, le mérite d'avoir compilé ce recueil. M. B. le publie avec soin d'après le ms. fr. 15452 de la Bibl. Nat., en le faisant précéder de la description de l'île d'Alopécie, à l'embouchure du Don, et en l'accompagnant de notes fort instructives. La partie russe est souvent altérée ; quant à la partie fran- çaise, elle n'oflfre pas grand intérêt, comme on pcui s'y attendre. J'y note cependant quelques mots, locutions ou formes rares, comme esque (= ama- dou), p. 36; eshrouer ( -j=z écumer) le pot^ p. 61 ; moscovite ( =: hongre), p. 52 ; pant oreille (= pendant), p. 60 (cf. l'art. PEND-OREii.LEde Cotgrave et l'art, pend-oreillk de Godefroy) ; tacque (= lot de dix cuirs), p. 31 (cf. l'art DACRK de mes Mélan^^es étymologiques). Je ne sais que penser de esqui- pont (p. 30-31), qui s'applique au lin, au chanvre et peut-être A la cire (le ms. a chire): M. B. le rattache sans hésiter au lat. aquipondium. On remarquera qu'un seul mot russe a été francisé : medou (=z hydromel) p. 32. Y avait-il déjà trace d'influence française sur la langue russe ? M. B. semble l'admettre, mais les deux faits qui parleraient en faveur de cette opinion (cf. p. 45 n. i et 59 n. 9) sont bien sujets à caution. — A. Th. TABLE DES MATII-RES . >'. G. HuET, La version néerlandaise des Lorrains, nouvelles éiuvi».'- P. Meykr, Notice du ms. 9225 de la Bibliothèque royale k- W gique (légendier français) V. DE Bartholomaeis, De Ramhiiul e de Coiue } .. A. Thomas. Le roman de Confier de Lastours J. T. (^LARK, L'influence de l'accent sur les consonnes médiale> r italien A.Thomas, Gloses provençales inédites tirées d'un nis. ^je^ [)-..• tioucs d'Ugucio de Pise 1:7, (i. IIlet, Sur quelques formes de la légende du Chn\ilii^r un c^'"- . P. Meyer, Notice du ms. 305 de Queen's Collège, à Oxford (L^<.i dier français) R. Weeks, Études sur Aliscans (siiitt-). A. Thomas, Le nominatif pluriel asymétrique des subsiantils inis^ii'i en ancien provençal H. O.MONr, Notices sur des feuillets retrouvés du n^s. 52) de l'Jijt"'. A PiAGEi', /(/ bi'Ui- iLime sans merci et ses imitations {suite ei lin.. ^ P. Meyek Fragmetits de manu>v;rits français. A. Ji-.WRin'. Les [oésies de (iavaudan A. Thomas, Nouveaux documents inédits pour servir à la bi»»_L;raj''i de Pierre de Messon A. Delhoui LE, Mots obscurs et rares de l'ancienne lanp;ue :..'.:. • ^ i suite ) MELAN(ii:S P. Mi\i-:k, D'J vuiel.iues mss fr.inçais con^ervé> vians !l> i»\Î!<>' v. j- r:t.r^-Uni^ I..1 chan-'-î lies v.-i ••;. CvilioM-^. — L'itis.Ti|V ion en vers de 1\;;>\ de ( i.r.r. îui . , 1. L. W'imo.n:. Waiichier de Den.tin ,uk1 Blelien*. ... V. I * 1' ^- Il •» -s- TAHLI-: i)i:s vi.\rii:Ki s (> ; , A. Thomas, Pour un f «.lictic ^ Je l.i Vierge Mari». :< , — Ane. !r. hirn-, IvUrc :. . — Ane. fr. rousseniel, roscnwl. icw — Ane. tr. nn'etit i i .^ |. Dksormaux, Savoyard vioiba, liorh' i • : G. Kaynaud, Une nouvelle version du fabliau de /-./ .Vi'//'/sic '. eu*. ;= ' I- Dkrocquigny, Ane. fr. Iv^Uihii'i î iS .\. Thomas, Fr. élan^uer, èlau^twiii m^s — Fr. dialectal /l'wrTc)/./ ih.> — Fr. ranciwe ■' i — Ane. tV. reufonuci , tr. mod. r,'nfoniiii l'S CORRFCIIOXS A. Mussafia, Per il Tristauo di Beroul, éd. Murei ;i> i COMPTRS HI'NDUS Hf\ulikux (Ch.), Liste des dietionnaiics, lexiques, voeabuiaire.s tr. anu- rieurs au « Thrcsor » de Nieot (A. 'l'ii. ) ; i ; Bloch (Osear), Étude sur le Dictionnaire de J Nieot (.\. Tli. i v^^- BiONDKL DE Nesle, Die Lieder dc^ — , krit. Aus«;abe von !.. W iese (A . Jeanroy) " :o BnwDSTKTTRR (R.), Das sehwei/erdeutselîe Lelui^ut in Konioni^.i^ii (]. Jud) *-'■■ îu.'tidiin\ Mivrfahrt^ oltfr. ProsanK-r^ct/un;^, h;^»;. von ('. W'aiim M). . i'- : BiavoT (H.), Voir Mélanges. ('iiMUKS f].), Htymolof»ies foré/.ienrcs (\. Th. i ('.IHOT rC), « Ser M et « «'.'viiM.ipInc liiu:iiislii|ur : ." "i (iaule romane du sud et de l'e^t {'A. Daii/at).. r. 636 TABLE DES MATIÈRES Grandgent (G. H.), An outlineof the phonology and morphology of old provençal (A. Th.) 331 Heymann (W.), Franzôsische Dialektwôrter bei Lexicographen d. 16 bis 18 Jahrhunderts (A. Th.) ia6 Hoepffner(E.), Eustache Deschamps, Leben und Werke(G.Raynaud). 125 HoRLUc (P.), L non mouillé + y peut-il se réduire à y} (A. Th.) 309 Kaltenbacher, voir Paris et Vienne. Katten (C), Histoire du mot idylle (A. Th.) 309 John (J. B.), Notes on celtic Studies (J. Bédier) 469 Labande (L. h.), Antoine de La Salle, nouveaux documents (G. Ray- naud) 317 Latreille (C.) et Vignon (L.), Les grammairiens lyonnais et le fran- çais parlé à Lyon à la fin du xviiic siècle (A. Th.) 310 Levi (Ugo), I monumenti del dialetto di Lido Mazor (A. Mussafia). . . 469 Ldchaire (J.), Quelques formes du dialecte siennois 313 Mélanges de philologie offerts à F. Brunot 308 Meunier (J.-M.), Les dérivés nivernais de tnanere et Tétymologie du nom de lieu Maumigny (A. Th.) 311 MONGIN,VOir GiLLIÉRON. Paris et Vienne^ von Kaltenbacher (P. M.) 315 Paris (G.). Sur VAppendix Prohi (M Roques) 116 Passy (J.), L'origine des Ossalois (A. Th.) 474 Paton (L. A.), Studies in the fairy Mythology of Arthurian Romances • (A. Jeanroy) 117 PoREBOWicz (E.), Studya do dziejôw literatur)- àredniowiecznej (J. H. Reinhold) 326 R0Q.OES (M.), Notes sur François de Gillièrcs et ses œuvres gramma- ticales (A. Th.) 311 RossET (Th.), E féminin au xviic siècle 313 Roy (E.), Le mystère de la Passion en France (M. Sepet) 467 Samfiresco (E.), Essai sur V. Conrart, grammairien 311 Saroïhandy (J.), Origine française du vers des romances espagnoles (A. Morel-Fatio) 311 Sebillot (P.), Le Folk-lore de France, t. I (P. M.) 133 Settegast (Fr.), Quellenstudien zur galloromanischen Epik 324 SôDERHjELM (W. ), Notes sur Antoine de La Sale et ses œuvres (G. Ray- naud). 318 Tobler (A.), Etymologisches (A. Th.) 132 Trenel (J.), LWncien Testament et la langue française du moyen âge (E. Bourcicz). ' 320 Vignon, voir Latrkii.le. Wahlund, voir Brtfulans Meerjahrt. Weil (Arm.), Sur une herborisation de J.-J. Rousseau (A. Th.) 312 TABLE DES MATIÈRES 637 WiESE, voir Blondel. YvoN (H.), Y a-t-il un présent passif en français ? 312 ZiNGARELLi (N.), Dante (Paget-Toynbee) 112 LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT Ancona (Paolo d'), Gli af!reschi del castello di Manta nel Saluzzese. . 495 Anglade (J.)> Deux Troubadours narbonnais 351 Bartoli (M. G.), Un po di sardo 495 Becker (H.), Die Auffassung d. Jungfrau Maria in d. Altfr. Litteratur. 494^- Bertoni (G.), Canzonette musicali francesi e spagnuole 496 — Il dialetto di Modena 6} i Bôdtker (A. Tr.), Partenopeus de Blois 167 Boselli, voir Piagnoli. Boyer (P.), Un vocabulaire français -russe de la fin du xvic siècle 633 Breuer (H.), Sprache u. Heitnat d. Balduin von Sebourg 350 Brix (CI.), Richard I, Herzog von d. Normandie in d. franzôs. Littera- tur 172 Bruckner (G.). D. Verhàltniss d. franzôs. Rolandsliedes zum Turpin- schen Chronik u. Carmen de prodicione Guenonis 632 Camus (J.), Les premiers autographes de la maison de Savoie 350 Clément-Simon (G.), Documents sur l'histoire du Limousin . . * 171 Clouzot (Et.), Les marais de la Sèvre Niortaise et du Lay 492 — (M.), Cens et rentes dus au comte de Pohiers à Niort 173 Crescini (V.), Gli affreschi epici medievali del Museo di Treviso 166 Davray, voir Fitzmaurice-Kelly. Delisle (L.), voir Recueil. Derocquigny (J.), A contribution to the study of the french élément in English 169 Devoluy (P.), Les noms de la carte dans le Midi 163 Dictionnaire wallon, voir Projet. Dolobene, Rime pie di messer — 167 Fitting (H.), Eine weiterc Hdschr. d. lat. Uebersetzung d. Codi 351 Fitzmaurice-Kelly (J.), Littérature espagnole, trad. H. Davray 494 Fowler (R. E.), Une source française des poèmes de Gower 632 Galpin (St. L.), « Cortois. « and « vilain » 350 Grœber (G.), Grundriss d. romanischen Philologie, 2c éd 496 GuBERNATis (A. de), De Sacountala à Griselda 632 Maillant (N.), Glossaire géogr. vosgien 162 — Les noms de lieux habités des Vosges 163 — Infiltration et traitement de l'élément germanique dans divers dialectes vosgicns 163 6^S TABLE OKS MATIÈRES 1 1 \ii I w r (S.) Cl ViKTKL (A.), Choix de proverbes et dictons patois de Da'.u is ( Vi)s-:cs) 163 llAiiKV iPii. \V.), A comparative siudy ot" the Aesopic fable in Nie. Bo/on 629 ll\>Ki\s { l\Uiiiîis, voir KosKLi.i. !. j:\ki I Bi 1 I l'M n).)« ^-'' >'omiin Jr hi Violette 168 l.^niiri uitii'iis. voir M.\ nii-.oLUS. l.i-, I i.\ n\ , vnii M viHKOi.us. Li,-ii-il,- I.cc>sc. voir Mathkoi.us. Mai ri wd, voir Ycur books. M\rHioi.Ls, /j's Liiniintiitions de — et le Livre de Leesse de Jehan Le Ivvrc Je Kes^o!î> BJ crii. par A. -Ci. Van H.vmel, II 552 M A i/Ki : |. )"-. ). Sotnc cxamplcs of french by Hnglishmen 6\o M\/./«'\i (d ;. yiw >()netto atiribuiii) a IV. Petrarca e unoa Ant da Fer- lara ■ 167 Mi:vi K l.i";Ki-; ( \V.), Romanische Kamenstudien, 1 170 \\o\ iMi.K (A.). Les sources de l'histoire de France 16) MooKi. (i;. ). Tiitte le opère i'\ Oanie Alighieri i66 C)ri:;iiv: ( L' j et le parler des Canadiens français lO.j l*AKi)i (.c! (A.), (jli studi proven/.ali de! inarchese Cesare Lucchesini ., 495 P\i{oi)i î L. (i.). e Rossi (G.)« I^iesie in dialetto tabbiese del sec. xvii. 174 V\:\ Il ( L. ). le poète Jean Régnier, bailli d'Auxerre i6g V\ \(;\oi 1 i A. ), l'onetica parmigiana riorJinata — per cura di Ant. Bo- -iiii.- • J9> Tu iKix 'N'.), La germanisation de l.i Wallonie prussienne 6;o Pi.w (T. P.). Bibliographie rabelai^enne ^ 168 l*ro|ei vie dijiioniiaire général de la langue wallonne 171 Recueil Jes in^îo^iens des (iaules et de la France, t. XXIV... p. p. !.. 1)1 I isi I-. ^19 iîiiiK . v.m: 1)»m cir.i nt:. Ri 1 : 1 I. ■'( I. ) Le^ quatre dictiiMinaires fran^;ais 172 Rc«i i):(.i 1^ (M.), Die BeJetîtung d. suffixes -m«;// 170 K.M.i is i W.K l/enseii^nement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. \\^ i\.>^M I i( A), l.t j.uJrin . 171 ■^ ■ 1 ( I \-''.-rcr: ■ ->i!\ie |o; I \ '. Ni •:;■>. u!\ e^s.ii^ de :vnl()!o^ie lr.mv;aise 17'-, ■ •': ' ; . I : .:, - ■•■Av \\ iivL;:> M^- TABL»-: DHS MATIÈRES 639 \ ■ ' ! 1 \ .".■. !■ I ( A . - ( î . ) , voir M ati 1 koi.us . \ ! ,;> '1. \l\»rui«;;iis, plinnctiquc et phonologie, morphologie, textes. 165 \ ; ! ' I A. ). voir Maillant. 'A.: si { B.). Altit.ilieiîisches j-neiiientarbuch 6j 1 \:\i i" mKs of Ildw.ird II, edited bv F. \V. Maitlam). vol. I i6.| pi:kiodiquks r>.',!<> :ip. -ivi ^''o^baire des p.itois de la Suisse romande, i9o_|. ^48 '.■•>'.:■■' iiisîo; ion.- v; phiU ^logique,* it.)(X">-i905 625 Kiiiiii.p di. l.i St>v;iêté des anciens textes français, 190.J 485 Hi:!"!-. lip »^- i.i S'ijiéle liégeoise de littérature wallonne, XLII (1903). . . ^4^ .\KMV..>i'o^ de la Société linguistique de Paris, IX-XIl (1896-1905). . . . 342 \\'.r!:;loioLïi.scI)e Miuheilungen, 194)4 155 Pi.:j-)!o wcliivio ^lorico delT anlico marchesaio di Saluzzo, I et II :■■■ ) 624 l'ii^i:c.'.iii)ri-> (Mtiie Mndern Language. Association of America, II-XV'III ■■ : >.S7 - go ; ) 141 Kl." Mît- lie [>in!'Oo;;ie française, XVII, XVIII (1903-4) 151 \U- lA- .ies l.ini'Uc^ romane*:, XLVI, XLVIl (1905-4) 481 '• ' Il PU ... Ik- l'oi^JuingL-n, XIV (1905) i 58 XV (1904) U9 /.!•-:!»•!: ;;:• roniani^che Philologie, XXVllI. 5 (1904) 155 ^(I95 XXIX, I (1905) 17s - - 2(1905) |8(> CHROXiaUH • \.v!«>l4 . it> : Iviron d'Avril, 156 :J. (iauthier 627; G. Grion. 5.}.}; \. \'i;.-.!î.i. j86 ; M. Schwob, ^44. — Nominations : M. Anglade à I •:: .:!:«. de N'aucv, 628; M. J. Bertoni a l'Université de Fribourg : ^: i Li. > u> : M. A. Salmon .1 rt'niversilé de Londres, 627; M. C. Fraii ■.i !'li ii:.;l;c.:iK- de Turin et .\l. I". Carta à la Bibliothèque d'Fste (Modène) : ,- \1. 11. .\i..r^cl .1 la Bibliothèque nationale, 51$. — Prix de la fonda- :« ^ Mie- vit..^;!U' .' M. II. Levy, 156; prix La Grange à M. H. Rov, 5. 17: ;> ! .k ■ \^ i îé:ii!e royale de Belgique à M. G. Cohen, 628. — Incendie d^ ... n •! -•i\i...ii;^ de Turin, 158, 5.18. -- Manuscrits français de la bibliothèque .iv !..•.,) . M.u ( I^an légués au b'it/william Muséum de Cambridge, joi. In. ^.1 ';■■'■; '. .1 c:Hiimiv>it)n niinistéiielle chargée de préparer un j^rc^jei dv.- .'.^■.^'•' ••' •■ \ Torthc\»:raphe, 161. - Rapport présenté au nom de TAca- 640 TABLE DES MATIÈRES demie française sur les propositions relatives à la simplification de Tortho- graphe, 346. — Congrès relatifs aux langues et littératures romanes à l'Exposition de Saint-Louis, 158. Congrès relatif à l'extension et la culture de la langue française à l'Exposition de Liège, 627. — Exposition, à Macerata, de documents sur les dialectes de la Marche d'Ancône, 491. — Publi- cations de la Société des anciens textes français, 489 ; de la Gesellschaft f. romatiisctje Literatur, 156. — Archives suisses des traditions populaires, 158, 627. — Bibliographie des écrits de G. Paris, 545. — Nouvelles éditions de la Littérature française au moyen âge et de VHistoire poétique de Charîemagne, par G. Paris, 490. — Pour la simplification de notre ortlxh grapl)e, par P. Meyer, 347. — Glossaire Ijthreu-français du XUl^ siècle p. p. Mayer-Lambert et L. Brandin, 628. — Volumes de mélanges oflferts à M. H. Morf, 628; à M. Ad. Mussafia, 346; à M. Ad. Tobler, 489. — Nouvelle édi- tion de la Chronique de Jean Le Bel, 1 56. — Ul. Chevalier, Répertoire des sources historiques du moyen âge (hio-hihliog rapine), fasc. III, 2^ éd., 156. — Ul. Chevalier, Repertorium hymnologicum, 1. 111, 157. — L'édition de Froissart de la Société de l'histoire de France continuée par M. G. Lefè\re-Pontalis, i$6. — Art. de M. J. Camus sur un ms. à miniatures de Turin, 490. — Art. de M. R. Lavaud sur Guiraut de Borneil, 156. — The Modem La nguai^e Refiew, 491. — Miscellanea di erudi^ione, 627. — Sixième rapport (1904) sur les travaux de la commission du glossaire des patois de la Suisse romande, 348. — Travaux projetés: édition de Guihert d'Andrenas,4^i'; Fac-similé du ms. Orsini da Costa, contenant les sonnets, les Can{oni et les Trionft de Pétrarque, 157; catalogue des ouvrages en wallon, 627. — Note de M. Jeanroy sur aengier, 629. — Communication de M. J. Nève, 162; de M. Vaganay, 162 ; de M. Novaii, 496. MAÇON, PROIAT FRl-.Rl.S, IMPKIMKUKS. "s •' •^•' .,w : " ■•■•i^-- v-î-. .';N ^r'-^y»-^^ r , • - ^ • • '.•V '■ ' i'ê •• .:S " A' ' ^-^ ^ -A' ■ ?fk'>...;;-::v>.- ' r. ^'V*^^-* ■vi ^ \ J^HH^^^H SiÉîîiPi!™ iSriÊ '. • • •■, .' s - «n • 7 ' -Vi. • i ■ • . ■ 4 ■ 1 Stanford Universlty Ubrary ■ Stanford, California ^m In order that others may use this book, 1 plc&se return it as soon as possible, but 1 not laler than the date due. ■ ^. 1 ifif /■ m m. -